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Y a-t-il un scandale du Hellfest? (cc @abbegrosjean )

Posted in Hellfest with tags , , , , , on 12 avril 2012 by Darth Manu

 

Pas très fier d’avoir publié un billet au ton polémique un Mercredi des Cendres, j’avais décidé de faire Carême de billets sur le Hellfest. Nous sommes désormais dans le temps de Pâques, et bien que celui-ci se prête encore moins dans son esprit aux joutes internautes enflammées, deux points d’actualité m’obligent à revenir sur ce débat:

1) Les billets du Collectif pour un Festival Respectueux de Tous sur le groupe de black metal Taake, invité cette année au Hellfest, bien que le chanteur ait suscité récemment la polémique en Norvège par des propos insultants pour l’Islam, et ait pour habitude d’arborer en concert une croix gammée sur la poitrine.

2) Une intervention de l’Abbé Grosjean sur Europe 1 (et les échanges subséquents que j’ai eu avec lui sur le sujet sur Twitter) où il donne une large diffusion aux positions qu’il partage avec le Collectif.

J’ai décidé de faire de ce billet une synthèse de mes réponses aux arguments des catholiques critiques envers le Hellfest.

Pour éviter tout malentendu je tiens à préciser que bien que je ne connaisse pas vraiment personnellement l’Abbé Grosjean (bien que nous sommes croisés à l’occasion, aux dernières JMJ et dans un rassemblement de blogueurs cathos), je suis paroissien du diocèse où il est prêtre, et qu’à ce titre, j’ai probablement un certain nombre d’amis en commun avec lui, et que je lui suis très reconnaissant du dévouement avec lequel il exerce son ministère, d’après les échos que j’en ai entendu. J’ai également apprécié l’honne^teté et le courage dont il a fait preuve lors de la polémique sur la pièce de Castellucci cet automne. Tout ça pour dire que nos différences d’opinions sur le Hellfest ne lui valent aucune hostilité personnelle de ma part, et qu’il n’est pas non plus un « intégriste », ni un « menteur », contrairement à ce que j’ai pu lire à l’occasion en certains endroits.

Pour faire bonne mesure, j’ajoute que si je suis souvent dur avec le Collectif dans mes billets, et que je comprenne qu’ils en retirent un certain agacement, pour ne pas dire un agacement certain, je ne les considère pas comme des « extrémistes » et que j’observe des différences importantes, notemment dans la forme plus modérée, avec celles menées en parallèle par Civitas (qui les a d’ailleurs magistralement zappé sur la question l’an dernier). Ce qui ne retire rien au fait que je regrette profondément leurs a priori et le fait que leur méthode d’analyse du Hellfest et du metal contribue généralement par ses lacunes (amalgames, citations wikipedia détournées, incohérences…) à donner à leurs lecteurs les moins informés une vision extrêmement déformée des deux.

1) Le Hellfest: un festival anti chrétien?

a) christiancore et black metal

Comme je le signale dans mon billet sur la présence de groupes chrétiens à l’affiche du Hellfest 2012, pour moi, les critères de programmation du Hellfest ne sont ni religieux ni idéologiques, mais artistiques: le Hellfest invite les groupes qui montent ou qui font parler d’eux, dans les registres musicaux de sa compétence. J’en veux pour preuve, la présence, au côté de groupes aux thématiques satanistes ou néo-païennes, actuellement majoritaires dans le sous-registre du black metal, celles de groupes explicitement chrétiens dans celui du metalcore (August burns red, Betraying the martyrs), dont la composante chrétienne est de plus en plus populaire aux Etats Unis notemment.

Contrairement à l’interprétation proposée par un membre du Collectif dans une interview accordée à Paris-Match, il semble douteux que ces groupes soient invités pour servir d’alibi: plusieurs d’entre eux étaient déjà programmés en 2009 avant le retrait de Coca-Cola des sponsors et le début « sérieux » de la polémique.

Le vrai débat ne porte donc pas tant à mon avis sur le Hellfest en lui-même, qui se contente d’inviter les groupes qui « marchent », et qui est un festival de metal parmi beaucoup d’autres (sonisphère, Wacken, Copenhell…)que sur la prégnance de certaines thématiques d’allure anti chrétienne dans certains styles (le black metal, et dans une moindre mesure, le death metal, en particulier…). Le Père Grosjean, dans un billet ancien, rappelait qu’il ne s’agissait pas de polémiquer sur le metal mais de faire respecter la loi par un festival bien précis. Je pense au contraire qu’il est plus légitime de discuter les inspirations et les formes d’expression du metal dans son ensemble que de se focaliser sur un festival: sinon cela revient à traiter les symptômes et non les causes.

b) connotation et dénotation: ne pas niveller le sens

Encore convient-il de se doter d’une grille d’analyse opératoire. Comme je l’expliquais dans un précédent billet, se contenter de citer des textes de groupes présents au festival qui relèvent des champs sémantiques et lexicaux de la violence, du satanisme, du paganisme, de l’occultisme, e l’anti-christianisme, ne permet pas de cerner le message réel des auteurs, qui est conditionné par beaucoup de paramètres.

Ainsi je rappelais que le sens dénotatif explicite du texte, aussi noir, révolté et morbide qu’il puisse apparaitre au néophyte, est susceptible d’être altéré par toutes sortes de connotations, qui peuvent résider dans les figures de style contenues dans les paroles, dans la mise en scène, dans la musicalité, dans l’expression même qui se lit sur le visage des musiciens lorsqu’ils jouent sur scène, dans le contexte de la représentation et ce que les auditeurs viennent y chercher. Et je citais l’exemple de Pneumatis, considérablement moins choqué l’an dernier par la prestation de Dark Tranquillity que par celle de Therion, bien qu’il y ait assisté juste après, et malgré une musique beaucoup plus violente (death mélodique vs opéra metal) et une mise en scène plus explicitement morbide.

Restituer l’esprit véritable des groupes invités au Hellfest, et celui de ce festival, demande donc un travail de précision qui suppose de ne pas plaquer une grille de lecture préétablie sur les phénomènes observés et de  prendre le temps de fréquenter la musique elle-même, sur CD et en concerts. Un travail que le Collectif, malgré l’authentique bonne volonté de ses membres, et une débauche de copier-coller qui peut impressionner le lecteur mal informé, ne fait pas jusqu’ici (à part l’article d’Etienneweb sur GNR qui est tout à fait intéressant). Quelques exemples: une citation non sourcée de l’article wikipedia sur Blue Oyster Cult, détournée de son sens initial pour faire passer une filiation musicale pour une filiation idéologique, un article délirant qui vise à démontrer les liens supposés entre metal et Nouvelle Droite sur le « fondement » du choix de pseudonyme d’un musicien (et cela  après avoir présenté le Hellfest dans un article précédent comme « la vitrine culturelle de l’esprit de gauche »: merci la cohérence!), leur présentation d’une collaboration ponctuelle entre Eminem et Marylin Manson comme la preuve d’une « connexion avec le rap »: apparemment quelque chose de très mal pour eux. Pourquoi? Mystère (le Collectif: arrière base des vrais « True Metalleux »? 😉 )…

c) art et morale: un critère de discernement insuffisant

Mais voilà que l’Abbé Grosjean m’oppose sur Twitter une objection assez forte en apparence:

 » certain que #Hellfest pourrait se tenir sans inviter ce genre de chanteur avec croix gammée par ex : 1.bp.blogspot.com/-JGwjoqyJ22Q/T… @Darth_Manu« 

Ca s’est sûr, de même que la littérature française du 20ème siècle aurait sûrement subsisté si Céline n’avait pas écrit Bagatelle pour un massacre et si Brasillach n’avait pas collaboré avec le régime nazi. Que Carl Schmitt n’avait pas besoin de soutenir le régime nazi pour être un philosophe politique de premier plan. Que les peintures du Caravage n’auraient pas moins embelli les églises italiennes s’il n’avait tué personne ni été mêlé à toutes sortes d’affaires criminelles.

Car devinez quoi? S’il est certain que l’importance d’une oeuvre d’art ne doit pas rendre aveugle sur les exactions éventuelles de son auteur, ces dernières n’annulent pas non plus cette importance. J’ai été horrifié  d’apprendre le comportement personnel de Roman Polanski, et écoeuré de l’indulgence de la justice suisse à son égard. Cela n’enlève rien à mon respect pour ses talents de réalisateur et son importance dans l’histoire du cinéma, et je n’exercerai pas de pression pour entraver le financement de ses films ou leur représentation.

On m’objectera qu’il ne prône pas la pédophilie dans ses films. Cela ne vaut pas pour certains des auteurs que je viens de citer, qui exposent clairement leurs convictions antisémites dans leurs oeuvres, et dont les plus ardents défenseurs se trouvent souvent au premier rang de ceux qui jouent les vierges effarouchées face au Hellfest.

Tout ça pour dire que les musiciens de Taake semblent être une belle brochette d’abrutis, mais que leur contribution  musicale au black metal est tout à fait excellente, et mérite d’être reconnue par les festivals en pointe dans le genre. De même que personnellement, je fais le choix d’écouter du black metal chrétien, mais que jamais je ne dirais que Sanctifica ou Elgibbor supplantent Mayhem ou Darkthrone ou Emperor, et que je ferai mémoire du talent de ces groupes sans qui le BM n’aurait pas existé, quand bien même je désapprouve leur discours et leur comportement.

Cette reconnaissance du talent musical malgré un comportement personnel et des textes condamnables, j’y vois un précédent dans l’Eglise, avec ce communiqué du Vatican:

 “À l’occasion du 40è anniversaire de la dissolution des Beatles, le Vatican a rendu hommage samedi aux quatre garçons dans le vent dans son hebdomadaire l’Osservatore Romano. Dans un article, le Vatican déclare qu’il pardonne aux Beatles pour leurs commentaires « sataniques » et notamment ceux de John Lennon qui déclarait en 1966 que son groupe était plus populaire que Jésus Christ. Le Vatican a également déclaré que les Beatles était « un joyau » de la musique. « Il est vrai que le groupe consommait de la drogue, qu’ils vivaient dans l’excès à cause de leur succès. Ils ont même dit qu’ils étaient plus connus que Jésus Christ et on fait passer d’autres messages mystérieux à connotation satanique. Ils n’ont peut-être pas été le meilleur exemple qui puisse être pour la jeunesse de l’époque, mais ils n’étaient pas les pires. Leurs belles mélodies ont changé le monde de la musique et continue encore aujourd’hui à donner du plaisir », écrit l’Église Catholique. John Lennon avait également déclaré lors de cette fameuse interview que la chrétienté finirait par disparaître. « Elle va s’éteindre et sombrer. Je n’ai même pas besoin de le prouver…Je ne sais pas qui du rock and roll ou de la chrétienté des disparaîtra le premier » avait-il affirmé, choquant le Vatican. Une page est donc tournée aujourd’hui et l’Eglise Catholique semble définitivement réconciliée avec les Beatles. Interviewé sur la chaîne américaine CNN, l’ancien batteur du groupe, Ringo Starr, qui vient de sortir un nouvel album intitulé « Y Not », a déclaré mardi qu’il se fichait du pardon du Vatican. « Ils ont déclaré à l’époque que nous étions sataniques et ils ont quand même réussi à nous pardonner ? Je pense qu’ils ont mieux à faire que de parler des Beatles », a-t-il expliqué” (Le Parisien).

Si l’Eglise estime que la contribution musicale des Beatles peut suffir à contre-balancer leur « satanisme », pour quoi ne pourrait-elle pas mener la même réflexion pour les groupes de black metal? Ou alors, c’est que le BM en tant que musique emballe peut-être moins les catholiques que les Beatles. Et on n’est plus dans une controverse idéologique mais dans une discussion sur les goûts musicaux des uns et des autres. Autant l’assumer une bonne fois pour toutes…

2)  Le Hellfest: un festival qui fait deux poids deux mesures?

a) Anal Cunt et Satanic Warmaster

L’un des arguments favoris du Collectif est de soutenir que l’orga du Hellfest fait preuve d’hypocrisie, puisqu’elle refuse de déprogrammer les groupes anti-chrétiens, mais qu’elle a déprogrammé l’an dernier deux groupes d’allure antisémites l’an dernier: Satanic Warmaster et Anal Cunt, ce qui tendrait en outre à montrer qu’il existe une discrimination sélective envers les chrétiens, dont les outrages qu’ils subissent de la part de certains groupes seraient présentés comme du « folklore », alors que les groupes qui s’attaquent à d’autres religions seraient sanctionnés immédiatement.

L’examen des faits me parait contredire cette analyse. Si nous en reprenons l’historique en effet, on observe quà partir d’un reproche apparemment similaire: le soupçon d’antisémitisme, les réactions du festival  et des festivaliers  ont été bien différentes. Satanic Warmaster, groupe de black metal réputé proche de la mouvance NSBM (National Socialist Black Metal) a été déprogrammé sous la pression de certains groupes invités et festivaliers. Ce qui a entrainé l’irritation de certains et un certain nombre de débats entre metalleux, mais sans levée de boucliers globale. Pour ce qui est d’Anal Cunt, il s’agit d’un groupe de grindcore qui n’est pas politisé, mais qui est adepte d’une espèce d’humour provocant de mauvais gout, comme son nom en témoigne. Certaines de ses chansons qui semblent ironiser sur ce qui peut parfois apparaitre à certains comme des outrances de l’anti nazisme, en en prenant le contre-pied ironique (ainsi « Hitler was a sensitive man ») ont été pointées par un catholique engagé contre le Hellfest (Les Yeux Ouverts) à une association d’anciens résistants et déportés. Celle-ci a en retour contacté la mairie de Clisson, qui a fait pression sur la direction du festival pour qu’Anal Cunt soit déprogrammé. Cette décision a suscité une très grande colère des métalleux. Même Radio Metal, partisan du dialogue avec les catholiques et qui a pris plusieurs fois parti contre l’abus des thématiques anti chrétiennes dans les paroles de certains groupes, l’a condamnée. Personnellement, après un temps d’indécision, je me suis également prononcé contre, pour des raisons que j’ai exposées dans un billet précédent.

Comment s’explique cette différence de réaction des festivaliers? Satanic Warmaster semble lié à des activistes politiques d’extrême-droite, et pouvoir potentiellement joindre le geste à la parole. Anal Cunt n’est violent que verbalement. Cen’est donc pas le fait qu’on semble s’attaquer à des juifs plutôt qu’à des chrétiens qui a rendu plus facile à avaler la suppression de Satanic Warmaster, mais le soupçon d’activisme politique. Les groupes qui attaquent le christianisme dans leurs paroles et qui sont invités au Hellfest, s’il est vrai que certains ont été condamnés dans leur jeunesse en Norvège pour des faits graves (mais en sont manifestement revenus depuis) ne sont pas des activistes politiques, juste des musiciens. Il est donc normal que les réactions suscitées par leur programmation soient moins vives que celles entrainées par la présence de groupes de NSBM, et il est faux de dire qu’il y a eu cette année là « deux poids deux mesures » de la part des organisateurs.

b) Taake

Le Collectif fonctionne complètement sur l’idée (au demeurant bien naïve et communautariste) que les chrétiens font lo’bjet d’une discrimination spécifique, et que les agressions contre d’autres groupes sont beaucoup moins bien tolérés. C’était donc dans sa logique de souligner la présence en 2012 au Hellfest d’un groupe qui a  suscité récemment la polémique en Norvège lors d’une manifestation culturelle de grande envergure (dont les organisateurs ont soit dit en passant tenu bon dans leur refus de le déprogrammer) en raison de certaines de ses paroles à connotation « islamophobe ». Dans l’espoir que pour un groupe hostile à l’islam, les réactions seraient beaucoup plus vives que pour des groupes anti-chrétiens.

Le manque de réactions de la communauté métalleuse (même si certains râlent un peu ça et là sur les forums), par opposition aux réactions contre Satanic Warmaster, démontre à mon avis le contraire. Là encore, il n’y a pas de discrimination en fonction du contenu des paroles, mais une attention portée à la présence ou non d’un activisme poltique réel derrière. Ce qui n’est pas le cas de Taake, à ma connaissance.

L’effet pervers de ces discours de catholiques hostiles au Hellfest, c’est qu’à force de se plaindre  que les chrétiens soient la cible privilégiées des textes de metal, ils finissent par donner de mauvaises idées à de mauvaises personnes. C’est-à-dire qu’au lieu de persuader les éléments les plus provocateurs du metal de traiter le christianisme comme les autres religions, ils vont au contraire les inciter à traiter les autres religions comme le christianisme, comme je le montrais récemment dans mon billet Metal et Islam, où je condamnais les propos tenus par Taake.

c) L’indignation sélective des catholiques mobilisés contre le Hellfest

Ce qui m’amuse dans cette polémique, c’est l’importance soudaine que revêtent les critiques contre l’Islam aux yeuxde certaines personnes;

Par exemple, quand je jette un coup d’oeil sur la blogroll du blog Les Yeux Ouverts, tenu par un des membres du Collectif, je remarque au hasard:  Nephtar et Nephtali, qui appelle de ses voeux l’interdiction de l’Islam, le Salon Beige, qui tente de faire porter sur l’Islam dans son ensemble la responsabilité des drames de Toulouse et Montauban, et, « last but not least« , une rubrique Islam qui mentionne deux sites: Islam clair et net, qui estime que « l’Islam se croit investi de la mission divine de conquérir le monde entier par tous les moyens », et La petite feuille verte, qui le réduit au djihadisme. E-Deo, qui soutient l’action du Collectif au point de faire figurer sur son site une bannière permanente avec un lien qui renvoie vers lui, a diffusé récemment, entre autres très nombreux exemples, une tribune intitulée: « L’Islam est le fascisme du XXIème siècle ».

Chaque fois que j’ai pu critiquer l’extremisme de ces sites, des interlocuteurs catholiques (dont un membre du Collectif) ne se sont pas privés de critiquer mon « manque de charité »  et de souci de « l’unité de l’Eglise ». Je reçois ces critiques et les prends en compte: la charité et l’unité de l’Eglise sont au coeur de ma foi. De même, je respecte leur liberté d’opinion et d’expression, et je ne cherche pas à faire pression sur leur hébergeur pour les faire censurer. Tout comme j’ai essayé de recevoir avec humilité le billet de l’abbé Grosjean en septembre dernier où il nous appelait à nous réjouir de la possible réintégration dans l’Eglise de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, qui est pourtant à Taake, en matière de relations effectives avec l’extrême-droite et les milieux « islamophobes », ce que la vodka frappée est à la grenadine.

En ces périodes d’élections, il ne se passe pas un jour sans que le catholique que je suis ne soit appelé par une personnalité influente dans l’Eglise à « discerner » mon engagement dans la Cité et à agir en « cohérence ». C’est pourquoi je « discerne » sur le Hellfest à partir de ma connaissance conjointe des milieux catholiques et métalleux, et, en « cohérence » avec ce que certains m’appellent à tolérer tous les jours de mla part de catholiques, je tiens à vous dire, mes chers Frères et Soeurs dans le Christ, que les provocations de mauvais goût de Taake, si je les condamne sur le principe, ne me font ni chaud ni froid, car elles ne sont précisément que ça, des provocations, sans activisme politique réel derrière. Je ne pourrais en dire autant de la plupart des noms que je viens de citer.

3) Le Hellfest: un mauvais usage des deniers publics?

a) Etre cohérent dans la dénonciation: la culture complètement subventionnée ou pas du tout

L’Abbé Grosjean m’a donné sur Twitter un autre argument:

 » @Darth_Manu j’ai demandé simplement qu’on fasse un effort sur la programmation ! Pour éviter ce qui relève de l’offense subventionnée !« 

 Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans un billet publié à l’occasion de la polémique autour du Golgota Picnic, je suis sur le principe contre la restrictions des subventions publiques à des oeuvres d’art en raison de leur contenu. Je comprends qu’on puisse être contre le principe d’une culture subventionnée: mais pour moi, soit on subventionne toutes les oeuvres, soit on n’en suventionne aucune: et je ne me souviens pas que les catholiques aient crâché sur le subventionnement public des « hommes et des dieux », sans lesquels ce film n’aurait probablement pas vu le jour.

Alors on me dit que l’insulte ne saurait profiter des deniers publics. Mais en matière d’art, qui décide de ce qui relève ou non de l’insulte? Les Chants de Maldoror ont des pages tout aussi trash que la plupart des textes de groupes présents au Hellfest, et il s’agit pourtant d’un chef d’oeuvre reconnu de la littérature française. Doit-on interdire son enseignement dans les établissements publics? Et n’y a-t-il pas un dangereux précédent, à demander que l’autorité publique s’immisce dans le jugement d’une oeuvre d’art? Une association féministe ou de défense des droits des homosexuels pourrait estimer que telle ou telle oeuvre catholique offense des onvictions et des droits reconnus par beaucoup, et obtenir le retriat des financements sur cette base. Et voilà comment on nourri le politiquement correct.

Franchement, dans le cas du Hellfest, le remède proposé par l’Abbé Grosjean semble pire que le mal. 

 b) les retombées économiques du Hellfest vs son cout

Un autre des chevaux de bataille favoris du Collectif: le coût du Hellfest pour les collectivités territoriales. 

Mais le Collectif ne se borne qu’à énumérer les subventions des collectivités et autres aides financières (emplois aidés) sans mettre en regard l’étude détaillé de l’apport du festival, en terme de notoriété internationale, de tourisme, et de retombées économiques pour le commerce local (et quand il le fait, c’est, de manière bien peu cohérente, pour dénoncer « le règne du fric »).

Il chipote également sur le nombre de personnes effectivement présentes au festival chaque année, de manière bien chicanière, puisqu’il est certain que le festival écoule chaque année l’ensemble des entrées, et chaque année un peu plus tôt.

En fait, il existe un organisme dont c’est le travail d’évaluer les conséquences du Hellfest sur la gestion des deniers publics, et c’est la Chambre Régionale des Comptes de Loire-Atlantique. Elle le fera tôt ou tard, comme pour tout organisme bénéficiant de la générosité publique, et on aura alors des éléments tangibles et vérifiés sur lesquels discuter. En attendant tout ce que j’ai pu lire sur le sujet de la part du Collectif n’est à mes yeux que spéculations peu convaincantes et partisanes. 

c)déficit de communication, déficit d’évangélisation?

Au final, on peut aussi se demander ce que coûte à l’Eglise l’action du Collectif. Comme on le voit régulièrement sur divers forums et blogs depuis 2008, les pressions d’associations chrétiennes attisent la rancoeur de nombreux metalleux contre les chrétiens. J’ai même trouvé un article d’un journal égyptien, pourtant bien placé pour savoir ce qu’est une persécution religieuse véritable, qui a directement comparé l’action des catholiques opposés au Hellfest avec les persécutions des islamistes au PMO. 

A contrario, le livre du Père Culat, L’Age du Metal, qui présente le bilan d’un dialogue qui s’étend sur de nombreuses années avec le milieu u metal, a rencontré un énorme succès, et a fortement adouci le regard de beaucoup de metalleux sur l’Eglise catholique et le christianisme en général. Mon propre travail, lui-même bien accuilli pour l’instant, alors que le black metal chrétien n’a pendant très longtemps rencontré qu’hilarité et hostilité ouverte, en bénéficie.

Un témoignage lu dans les commentaires de mon blog, qui devrait inciter à mon avis les catholiques qui appuient l’action du Collectif à comprendre que celle-ci est contre-productive, et que d’autres voies permettent de manière beaucoup plus efficaces de combattre l’antichristianisme parfois présent dans le metal:

 » J’ai voulu me faire débaptiser il y a quelques années quand ce collectif ordurier est apparu, pensant bêtement que c’était représentatif des catholiques en général. Je n’en ai plus envie depuis que je connais ce blog, toi et le père Culat. J’ai même remis ma médaille ahah ^^ C’est symbolique mais c’est un signe je pense que certains sont dans l’erreur depuis le début et s’enterrent bien profond » (Larsen).

 Le vrai scandale

Les plus perspicaces d’entre vous l’auront peut-être deviné, ma réponse à la question que je pose en titre de ce billet est… OUI, il y a bien un scandale du Hellfest!!!

En fait, il y en a même plusieurs. En voici trois, par ordre croissant d’importance:

– Le scandale de ma foi blessée: 

L’article que Pèlerin-Info m’a consacré la semaine dernière, dans le cadre du Prix du blog catho 2012, décrit bien à quel point la polémique du Hellfest m’a atteint dans mon unité de chrétien et de métalleux, quand j’en ai rpis connaissance en 2009. Ce que je n’ai pas dit au journaliste qui m’a interviewé, par contre, c’est que pendant une période assez longue (plusieurs mois) j’ai perdu mes habitudes de fréquentation du Sacrement de Réconciliation.  Pourquoi? Parce que cette polémique, par la caricature qu’elle donnait d’un monde que je connais bien, et ses procès d’intention abusifs, a déçu temporairement ma confiance dans l’Eglise, quoique pas dans les paroissiens et les prêtres que je connaissaient, tous très dévoués. Toute la première moitié de l’année 2009, j’ai souffert de voir l’Eglise caricaturée par les médias, à propos de l’affaire de Recife, de la levée de l’excommunication des évèques de la FSSPX, des propos du pape sur le préservatif, des scandales de pédophilie… Et à l’entrée de la seconde moitiée de cette année 2009, j’ai vu de nombreux représentants de cette Eglise avoir exactement la même attitude avec ceux qu’ils n’arrivaient pas à comprendre. Comment continuer à écouter tous ces beaux discours sur la beauté d’aimer son prochain, de se laisser déplacer, si c’est pour voir que quand l’autre est vraiment autre, les catholiques ne réagissent pas mieux que tout le monde? Travailler à établir des ponts et un dialogue entre catholiques et métalleux m’a aidé à reconstruire cette confiance perdue en l’Eglise.

– Le scandale du refus du dialogue:

Que des catholiques soient blessés et scandalisés par les textes et les propos de certains groupes, je le comprends tout à fait. Ce que je conçois moins, c’est l’attitude qu’ont eu de nombreux catholiques envers ceux qui essayaient de discuter et d’apaiser la situation. Le Père Culat s’est fait insulter sur plusieurs sites, certains hors de la communion de l’Eglise, mais d’autres non. Le Père Pierre Binsinger, également prêtre et métalleux, et invité par Famille Chrétienne à témoigner en faveur du Hellfest en 2010, a lui aussi eu sa part de procès d’intention et d’outrages dans les commentaires, et tout ça au nom du respect.  Ma lectrice « Marie/Marie du Hellfest » a participé pendant plusieurs années à une discussion sur le forum La Cité Catholique, où elle est venu proposer une démarche de dialogue, pleine d’humilité et de désir de vérité. Si les administrateurs et plusieurs membres l’ont très bien accueillie, d’autres ont multiplié les insinuations, les remarques arrogantes et les procès d’intention à son égard. Et pour tant le dialogue n’a rien d’impossible. Quand j’étais au JMJ, une personne de mon groupe s’est félicité devant moi des initiatives contre le Hellfest. Il connaissait ma position, mais il ne semblait pas se douter qu’un autre jeune du groupe, avec qui il semblait avoir de bonnes relations, était un métalleux qui se rend au Hellfest chaque fois qu’il peut se permettre. Et beaucoup de jeunes catholiques, en aumônerie, aux JMJ, sont de fervent metalleux couumiers des concerts et des festivals comme le Hellfest. Comme quoi l’esprit du Hellfest n’est pas si négatif, puisque de nombreux chrétiens animés d’une vraie foi et d’un vrai dévouement contribuent à sa nature et son essence.

– Le scandale du repli:

Ce que je vais dire là ne vise pas l’Abbé Grosjean (pas plus que le précédent paragraphe, qui décrit des abus dont il a lui-même souffert cet automne), ni même le Collectif. Mais je pense qu’il y a des catholiques qui jouent les indignés mais qu’au fond l’existence du Hellfest arrange secrètement, et qui seraint bien déçus s’il venait à disparaitre. Un festival sataniste qui a pignon sur rue, c’est bien pratique. D’une part, si l’oeuvre du Diable est si outrancièrement manifeste, n’est-ce pas finalement rassurant, comme une preuve indirecte de l’existence de Dieu? D’autre part, cela tend à prouver l’existence d’un complot contre les chrétiens et l’Eglise, une « christianophobie » active et « révolutionnaire », qui dispense de chercher des causes plus profondes à la déchristianisation (et potentiellement plus porteuses pour nous de remises en question) et justifie des phénomènes de repli, voire de communautarisme. Et pourtant, le Hellfest, j’y étais l’an dernier, j’y serai à nouveau cette année, et je témoigne que c’est un festival de musique et pas grand chose d’autre. Et toute cette polémque est à mes yeux une farce.

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Les textes chantés au Hellfest: comment comprendre l’expression: « les mots ont un sens »?

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 22 février 2012 by Darth Manu

J’évoquais dans mon billet précédent la propension des anti hellfest à tout ramener au sens littéral des paroles des groupes de métal qui développent un imaginaire satanique et/ou occulte et /ou fantastique, pour verrouiller tout débat avec des défenseurs du festival.

« Les mots ont un sens », disent-ils. Ce n’est pas faux, et ils en ont même plusieurs. Mais en quel sens prendre cette proposition justement, et comment dévoiler la signification véritable des paroles des groupes de metal? Faut-il s’en tenir au sens littéral, au risque de niveller les intentions et le discours réel de chaque artiste, ou remettre en contexte et dégager plusieurs niveaux de sens, et plusieurs types d’usages de ce que Nicolas Walzer a appelé l »imaginaire satanique » dans son livre Satan profane?

Tout le monde a entendu parler du sens commun et du sens figuré. Ce ne sont pas les seuls. On pourrait citer également le sens dénotatif et le sens connotatif:

« En linguistique, le sens ou signifié dénotatif, la dénotation, s’oppose au sens ou signifié connotatif, la connotation.

  • La dénotation désigne le sens littéral d’un terme que l’on peut définir (et trouver dans le dictionnaire).
  • La connotation désigne tous les éléments de sens qui peuvent s’ajouter à ce sens littéral.

Le champ de la connotation est difficile à définir car il recouvre tous les sens indirects, subjectifs, culturels, implicites et autres qui font que le sens d’un signe se réduit rarement à ce sens littéral. Définir la connotation est si difficile qu’on en arrive parfois à la définir par défaut comme tout ce qui, dans le sens d’un mot, ne relève pas de la dénotation1.

Par exemple, si on s’intéresse au mot flic, le sens dénotatif est le même que celui de policier. Mais à ce sens s’ajoutent des connotations péjoratives et familières.

Un même mot ou symbole pourra donc avoir des connotations différentes en fonction du contexte dans lequel il est utilisé. Ainsi, la couleur blanche connote[réf. nécessaire] la pureté et le mariage pour un Européen, le deuil pour un Extrême-Oriental ; tandis que la svastika, si elle est vue par un Indien comme un symbole religieux hindouiste (représentant l’énergie positive), ne peut pas être vue par un occidental sans lui faire penser au nazisme (ici utilisée comme énergie destructrice).

L’opposition entre dénotation et connotation entretient des rapports complexes avec l’opposition entre sens propre et sens figuré » (article Wikipedia connotation et dénotation).

La svastika est un exemple particulièrement intéressant, dans la mesure où elle montre bien comment  une dénotation apparemment limpide, la croix gammée,  peut avoir la signification qu’elle prend complètement transformée par les connotations, suivant le contexte culturel dans lequel elle est perçue.

A la lueur de cette distinction entre dénotation et connotation, on pourrait proposer la relecture suivante de la polémique sur le Hellfest: les groupes dont la présence est critiquée par les anti Hellfest utilisent une dénotation commune, qui est la référence à un imaginaire satanique, ou occulte, etc. Les pro Hellfest soulignent que si la dénotation est comparable, la connotation n’est pas nécessairement la même entre les plus extrêmes de ces groupes et les plus flokloriques, voire entre l’ensemble de ces groupes et celle que prennent les paroles de leurs chansons dans le contexte de l’enseignement de l’Eglise catholique.

Quelques exemples:

– Connotation « religieuse »: 

 » Glorification of the black god
In the shape of a black goat – The dark lord himself
Presiding over the revelry..
Demons, witches, and spirits of Darkness await
And watch with pleasure on the succumbed virgins
And innocent souls.. Soon to be sacrificed
The only light is the gleam of the torches from the inverted women wombs
And the fire from the cauldron, in which human fat is being boiled
The air is filled with diabolical laughter and screams
Spells are whirling, and the smell of hell is spreading all around
The appearance of spirits of Darkness from the heart of Hell
A necromantical union brought forth to haunt the night
 The christians fled like pigs, overwhelmed with fear
Except glimpses of the moon surrounded by stars
Clouds block the nocturnal light, as the earth trembles
Under hooved feet accompaigned by..
The beating of skins under the blackened sky

Noone dares to tread the mountain on this night

They watch with enlarged eyes, in fear from afar
 As the lightning joins the perverted dance at the bare mountain » (Glorification of the black god », Marduk).

Les membres de Marduk n’ont jamais caché leur satanisme théiste (cf. mon article sur le blasphème pour quelques sources).

– Connotation métaphorique:

 « Highway to Hell

livin’ easy
lovin’ free
season ticket on a one way ride
askin’ nothin’
leave me be
takin’ everythin’ in my stride
don’t need reason
don’t need rhyme
ain’t nothin’ that I’d rather do
goin’ down
party time
my friends are gonna be there too
I’m on the highway to hell
on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell

no stop signs
speed limit
nobody’s gonna slow me down
like a wheel
gonna spin it
nobody’s gonna mess me around
hey satan
payin’ my dues
playin’ in a rockin’ band
hey mumma
look at me
I’m on the way to the promised land
I’m on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell
highway to hell
don’t stop me

I’m on the highway to hell
on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell
(highway to hell) I’m on the highway to hell
(highway to hell) highway to hell x2
(highway to hell)
and I’m goin’ down
all the way
 I’m on the highway to hell » (AC/DC, Highway to Hell).

L’artiste n’évoque pas un culte personnel à Satan, ni même une quelconque forme de religiosité satanique. Le champ lexical du diable et de l’enfer renverrait à une relecture métaphorique du  périple du groupe en bus, de concerts en concerts:

 » http://www.lyricinterpretations.com/look…
Here are several interpretations from the above website:
Bon’s telling about how he’s just gonna enjoy life to the fullest ’cause he’s goin’ to hell anyway. 
The song is a metaphor for the band’s tour in America. They said the constant riding on the bus was like taking the highway to hell. 
anonymous November 14th, 2006 02:12AM
Highway to hell was the nickname for the canning highway in australia. It runs from where lead singer bon scott lived in fremantle and ends at the pub called « the raffles », which was a big rock and roll drinking hole in the ’70s. As the canning highway gets close to the pub, it dips down into a steep decline: « no stop signs…..Speed limit….Nobody gonna slow me down ». So many people were killed by driving fast over that intersection at the top of the hill on the way to a good night out, that it was called the highway to hell, so when bon was saying « im on the highway to hell » it meant he was doing the nightly or weekly pilgrimage down the canning highway to the raffles bar and rock and drink with his mates: « aint nothing I would rather do. Going down, party time, my friends are gonna be there too. 
anonymous September 15th, 2007 02:47AM 
I think it is both based on the non-stop tour in America and the highway in Australia where Bon died. »  (source).

– Connotation parodique:

 » 666 Packs

We have a deal with Satan
A contract signed in Hell
We sacrifice a virgin
He makes our record sell

SATAN! – To Antichrist we pray
EVIL! – To hit the charts one day

666 Packs – Seven days of death and pain
Satan – Thirteen hours blood will rain
666 Packs – Nine black bats will eat your brain
Satan – Good with numbers? Join our cult

We have the baddest evil
Come buy our merchandise
 A plastic skull, a T-Shirt
That says « I shit on Christ »

SATAN! – is thrashing to the beat
EVIL! – on seven days of week

On stage we slaughter poultry
In songs we slaughter man
Black masses, guts and torture
We do the worst we can

SATAN! EVIL! – on blood and gore we feast
 SATAN! – I am your Judas Priest » (« 666 Pack », Tankard).

 » We have the baddest evil
Come buy our merchandise
 A plastic skull, a T-Shirt
 That says « I shit on Christ »

On lit clairement dans ce couplet, outre le clin d’oeil à Judas Priest à la fin du chant, que la référence à Satan n’ y est pas plus sincère que celle au Christ dans Golgotà Picnic ou dans Dogma, et que les musiciens tournent ici en ridicule la référence à l’imaginaire satanique dans le metal, en montrant le caractère de cliché et l’aspect mercantile de ce type de paroles.

La juxtaposition des paroles de Marduk et de Tankard montre bien comment, à partir d’une dénotation identique, la référence au satanisme, le jeu des connotations aboutit à une signification radicalement inverse: chez Marduk, un effort de promotion du satanisme comme une religion « sérieuse », une profession de foi. Chez Tankard, une parodie caustique, quasiment un « blasphème » contre le satanisme.

Cela n’a pas empêché les Yeux Ouverts l’an dernier de mettre ces mêmes paroles de Tankard, qui jouait l’an dernier au Hellfest, dans le même sac que celles des groupes satanistes:

 » Bonjour,
Prendre tout cela avec humour ? Désolé, je ne peux pas. 
Tankard : http://www.parolesabc.com/paroles/parole_tankard/666-packs_fr.html » (source).

Pour les anti hellfest, que ce soient Les Yeux Ouverts, le Collectif, ou Civitas, qui « argumentent » leur position en citant pêle mêle des références à l’imaginaire sataniques dans toutes sortes de groupes de metal, juxtaposées sans aucun effort de prise de connaissance et d’analyse du contexte, il est clair que quand il s’agit de cette musique: sens dénotatif = sens connotatif.  Et pourtant, quand il s’agit de la référence au Christ dans certains oeuvres contemporaines, il sont tout à fait capables de voir le sens connotatif, et de crier au loup dès qu’ils ont l’impression que l’Eglise est parodiée ou ridiculée, même légèrement (ainsi cette fameuse campagne de pub avec le Christ). De même qu’ils n’oublient pas d’éclairer le sens dénotatif du texte par la connotation que lui donne l’exégèse catholique, lorsqu’ils prient à partir de certains passages très durs des Psaumes, par exemple dans le cadre de la liturgie des heures. Non seulement leur argumentation n’est pas sérieuse sur le plan intellectuel, mais elle est contradictoire avec leurs autres prises de positions.

Curieusement, Les Yeux Ouverts a évoqué récemment le sens connotatif, d’une manière qui prétendait renforcer sa position alors qu’elle la mine dans les faits:

« Dans les billets consacrés au rock sur mon blog, il en a été question assez longuement : mélodie, harmonie, ryhtme.
 A prendre aussi en compte l’ambiance musicale des concerts ( son et effets spéciaux), les textes, les thèmatiques, les pochettes…« 

 L’interprétation musicale, l’ambiance, les textes, tout cela en effet constitue des éléments de sens qui participent au sens connotatif de la prestation des groupes invités au Hellfest, et qui sont donc des éléments de signification qui sont susceptibles de modifier le sens littéral, dénotatif des paroles du groupe, éventuellement d’inspiration sataniste, anti chrétienne, néo-païenne, etc. Raison de plus d’éviter de croire informer sur le festival en juxtaposant des paroles de chansons et des extraits d’interviews, sans analyse des groupes au cas par cas, sans avoir assisté à leurs concerts ni écouté de manière approfondie leur musique.

Car il suffit parfois d’un rien pour qu’une représentation transforme complètement la connotation des paroles, et même que l’ambiance recherchée ostensiblement aboutisse à un résultat très différent de celui affiché, beaucoup moins glauque souvent.

Le récit que Pneumatis a fait l’an dernier de son après-midi au Hellfest est à ce titre très éclairant, pour qui ne se contente pas de n’en retenir que son impression sur Therion:

 » Et c’est comme ça, par exemple, que j’ai pris un pied énorme à écouter un groupe que j’aurais certainement boudé du seul fait de son nom : Anathema. Forcément, ce ne sera pas du gout de tout le monde, mais punaise qu’est-ce qu’ils m’ont pris aux tripes. Une émotion extraordinaire. Vraiment quelque chose de fort.« 

Pour avoir été présent avec lui, je me rappelle qu’il avait décrit sur le moment cette musique comme faisant remonter hors de lui tout ce qui était source de souffrance et de noirceur, dans une sorte d’action purificatrice. Et cela, bien que le groupe s’appelle: « Anathema ». Ce qui rejoint l’exprérience de la plupart des fans du groupe:

« Anathema are personally one of my favourite bands. Musically they pack so much depth and emotion into their songs that one really cannot help but fall headlong into their dream-laden poetic craft. They are one of those bands that one can turn to for comfort and to ease pain. A solitary listen helps you through the bad times; Anathema can be uplifting, depressing, cathartic and even soul searching » (interview dans Mtuk Metal ‘Zine).

Se contenter de lire des interviews et des paroles de groupes ne suffit pas à se faire une idée exacte de l’impact réel du metal sur les auditeurs. Il faut aussi écouter la musique. Ce que le Collectif et les Yeux Ouverts ne font manifestement pas, lacune qui les prive de toute crédibilité auprès des métalleux et du grand public.

Dans le même ordre d’idée, Dark Tranquillity, le groupe que nous sommes allés voir avec Pneumatis et quelques autres après Therion, utilisait une mise en scène qui tentait de créer une ambiance inquiétante, fantastique, avec force effets de lumières. Et pourtant, tout cela était annulé par le gentil sourire du chanteur, le plaisir manifeste qu’il prenait à jouer, et partager avec un auditoire heureux:

 » L’autre, Dark Tranquillity, je me suis juste emmerdé, pour le dire poliment. Ceci dit, malgré la morbidité de fond, notamment dans la mise en scène avec ses mélanges de thèmes sur la foi et sur les démons, j’ai quand même noté une incroyable relation entre le chanteur et son public, quelque chose d’assez fascinant. Lui, le grand sourire permanent, on aurait dit qu’il avait envie d’embrasser son public à chaque instant comme si ce dernier venait de lui sauver la vie. Et le public marchait à fond dans son énergie… à part moi, assis par terre en attendant que ça se passe. Concernant la mise en scène, on était clairement dans une démarche esthétique, pas forcément de mon gout, mais qui se comprend et qui n’avait rien de rituel ni de sataniste à proprement parlé ».

 Si tous ces groupes qui développent un imaginaire satanique ou fantastique utilisent bien une dénotation commune, à laquelle les anti hellfest reviennent sans arrêt avec entêtement, on constate donc à partir de ces exemples la complexité et la richesse des déplacements de sens que des connotations différentes peuvent entraîner. Les « mots ont un sens » dénotatif, certes, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas être complètement transformé par le contexte, voire inversé. Ce renversement de sens peut venir du texte même, du registre utilisé et des effets de styles, comme pour Tankard. Il peut venir également de l’ambiance créée par la musique, qui peut-^tre, ou non, plus positive que les paroles. Enfin, l’intention réelle de l’artiste qui transparait de son visage sur scène (par exemple, partager le plaisir musical dans le cas de Dark Tranquillity) est encore une connotation qui peut bouleverser le registre initial des paroles (qui, rappelons-le, ne sont souvent pas compréhensibles lors des concerts).

Même dans le cas de groupes effectivement satanistes comme Marduk, et explicites dans leurs paroles comme dans leur mise en scène, un autre déplacement de sens est encore possible:

 « Le lecteur apporte lui-même ses propres connotations: il apporte aux textes sa propre expérience et ses autres lectures, en déplace les significations grâce à son imaginaire » (Espace français .com, La dénotation et la connotation).

  De même que l’auditeur ou le spectateur, dirais-je.

Une svastika prend une certaine signification dans un contexte européen, et un autre radicalement différent en contexte hindou. D’ une manière analogue, on pourrait dire qu’un concert de Marduk, mis en scène de la même façon, avec les mêmes paroles, aurait une certaine signification dans le cadre d’une messe noire, où chaque participant aurait un livret avec les paroles, une autre signification lors du Hellfest, au milieu de groupes beaucoup moins engagés religieusement, dans un contexte festif où personne n’entend clairement les paroles et où la bière coule à flot, et encore un autre dans une assemblée de musiciens, qui seraient beaucoup plus attentifs à la performance musiclae qu’aux paroles ou à la mise en scène.   De même que si on transposait la liturgie d’une messe catholique sur une estrade du Hellfest au milieu d’un public éméché, sa signification pour les specteurs serait sans doute profondément différente qu’au sein d’une église (et pour le coup sans doute proche du blasphème).

Alors certes, le Hellfest invite des groupes antichrétiens, parmi d’autres. Mais au lieu de se contenter de citer leurs paroles, pour aller ensuite directement à la conclusion: « le Hellfest est un festival christianophobe », il convient, d’une part, d’aborder la question de l’interprétation de leur paroles, non pas seulement de manière littérale, « fondamentaliste » pourais-je dire si j’étais taquin, mais d’en faire une approche « historico-critique », en faisant l’inventaire de l’ensemble des connotations qui transforme ou non le sens littéral chez tel ou tel groupe. Ce qui suppose, au dela de leurs paroles et des titres de leurs chansons, de prendre connaissance de la pensée réelle des musiciens, de mener une véritable analyse littéraire des effets de styles qui au sein d’un texte peuvent complètement déplacer, transfigurer, relativiser voire inverser la référence à l’imaginaire satanique ou occulte, d’écouter leur musique, d’aller à leurs concerts, de comprendre leur mode de pensée et d’expression artistique. Un travail de longue haleine, et tout le contraire des copier-coller vite faits du Collectif.

Même lorsqu’un groupe s’avère réellement antichrétien, cela ne démontre nullement que la structure qui l’accueille est anti chrétienne. Le Hellfest a invité plusieurs fois des groupes chrétiens. Je l’ai souligné, parce que cela indique bien à mon sens que ses organisateurs n’ont pas d’animosité particulière contre le chrétiens. pour autant, cela n’en fait pas un festival de musique chrétienne comme le Holyfest. Inversement, ce n’est pas parce qu’il invite des groupes satanistes qu’il devient un festival de musiques satanique. Les groupes sont présents, certes, mais la connotation que leur donne leur présence au Hellfest diffère de celle qu’ils auraient dans un rassemblement religieux ou politique. L’atmosphère printanière, la bonne humeur générale, les déguisements, la bière, tout cela neutralise l’imagerie morbide et donne à l’essentiel des trois journées des allures de carnaval bon enfant.

En ce sens, Pneumatis a choisi d’intituler le compte-rendu de sa présence à la soit-disant « fête de l’enfer »: « Un dimanche à la campagne », et il écrivait:

 » Alors d’abord, sans grande surprise, j’ai trouvé l’ambiance super : ça m’a rappelé mes années d’étudiant. C’est très sensoriel, en fait. Sur fond sonore de basses permanentes, marcher dans cette foule festive, en faisant craquer les gobelets de bière vide sous ses sandales et en respirant cette odeur enivrante d’herbe fraichement coupée… j’avais un peu l’impression de rentrer à la maison ; dans le sens de revenir quelques 15 années en arrière. Moi qui aie toujours regretté d’être né trop tard pour Woodstock, je ne pouvais me sentir que chez moi.

 Concernant les concerts, j’ai soudain pris la mesure de l’incroyable absurdité de nos débats autour des paroles de chanson… Il suffit de voir les musicos sur scène et leur public : d’une, on ne comprend rien à ce qu’ils chantent (enfin moi, en tout cas) et de deux, j’avais franchement l’impression que personne n’en avait rien à cirer, de toute façon. Tout le monde est là pour la musique, et je me suis soudain mis à penser qu’avec le tapage qu’on a fait sur le Hellfest, on devrait sans doute un peu plus se soucier d’autres concerts, d’autres styles de chansons dans lesquels la violence est nettement plus affirmée (suivez mon regard). En bref, j’ai compris à quel point nos revendications, quelques légitime qu’elles aient été, étaient à des années lumières des motivations qui attirent ici les amateurs de métal. Tu sais, c’est un peu comme si des gens se rendaient dans le plus grand restaurant du pays une fois par an pour y déguster des plats exceptionnels qu’ils n’ont jamais l’occasion de déguster par ailleurs, et que, toi qui n’y vas pas, venais leur parler de fermer le restaurant parce que la faïence dans la cuisine te choque. On a toujours de bonnes raisons d’être choqués par de la faïence (si si, moi en tout cas, j’en ai des tas) mais c’est pour illustrer l’incongruité (vachement facile à prononcer) que cela représente pour le type qui vient déguster. Au minimum, on comprend l’incompréhension« .

 Moi-même, je dois dire que je me suis demandé en juin dernier lors du festival si je n’en faisais pas trop au niveau des paroles de certains groupes, tellement tous ces débats que nous menons entre cathos sont complètement déconnectés de la réalité vécue du festival.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut pas s’intéresser à l’importance de l’imaginaire satanique dans le metal, ni ignorer les groupes explicitement satanistes ou blasphématoires. Mais le Hellfest n’est pas le bon angle pour ouvrir ce débat, parce que cela parasite le débat sur la dénotation satanique, et la connotation antichrétienne ou sataniste qu’elle prend chez certains groupes, avec d’autres connotations propres au festival, qui sont beaucoup plus festives et détachées des rancoeurs de certains musiciens contre le christianisme. La plupart des festivaliers ne comprennent pas la polémique, parce que les cathos antihellfest imposent une certaine connotation pour l’interprétation du sens du festival, qui est contraire à celle qu’ils expérimentent pour eux-mêmes chaque année, et refusent de prendre en compte leur témoignage.

Pour poser de manière pertinente la question des rapports entre metal et christianisme, il faut donc resituer le débat dans la perspective de l’ensemble de l’histoire du metal, en étant attentif à la totalité des variations de sens apportées à l’imaginaire religieux dans le metal, ce qui suppose une étude approffondie des différents courants musicaux et des différents groupes, et une bonne connaissance musicale et personnelle du milieu. Faire l’inventaire des connotations chrétiennes et antichrétiennes, c’est le travail que je me propose de faire sur ce blog depuis sa création. Et cela est indissociable d’une approche ouverte du terrain, qui n’impose pas une grille d’interprétation préétablie, mais qui accepte le dialogue avec les metalleux, et la possibilité de se laisser soi même déplacer par leur témoignage. L’analyse ne doit pas se construire sur des généralisations à partir d’une poignée de similitudes, notamment dans la dénotation occulte ou satanique, mais sur une recherche au cas par cas sur chaque groupe: Pneumatis cite dans son billet Judas Priest, Anathema, Dark Tranquillity et Therion. Là où la méthode du Collectif nous donnerait à penser que tous ces groupes sont bonnet blanc et blanc bonnet, on voit que l’expérience musiale et personnelle qu’il a retiré de chacun d’entre eux était très hétérogène, voire radicalement inverse si l’on compare les exemples de Therion et Anathema.

Certains antihellfest prétendent que ce que je propose là est une forme de relativisme:

 » Pour le relativiste qui se respecte, la hiérarchisation ou même la simple comparaison sont forcément suspectes par les temps qui courent.
Au nom de ce relativisme s’érige un nouveau dogme dont le premier de ses commandements pourrait être  » Tout est égal et par conséquent rien n’a de sens ni de valeur objective : s’opposer à ce principe est innacceptable et doit donc être condamné. »
Veronèse et Picasso, Fauré et Jarre, la cathédrale Notre dame de Paris et la pyramide du louvre, Homère et René Char, Carpaux et Botéro , Molière et Castellucci, Chateaubriand et Breton, Black sabbath et Amstrong …pareils ! Egaux !
Méditons le mot de Camus dans l’homme révolté :
Le relativisme, fils naturel du libéralisme, se présente dans les beaux habits du représentant de la tolérance, de l’esprit d’ouverture, du consensus, de la liberté, du progrès…
Méditons le mot de Camus : « Rien n’étant vrai ou faux, laid ou beau, la règle désormais sera de se monter le plus efficace. Le monde ne sera plus alors partagé en juste et en injuste mais en maîtres et en esclaves » » (Collectif pour un festival respectueux de tous, « Le Hellfest, vitrine de l’esprit de gauche en matière de culture? » (sic)).

 Le grand reproche que l’on peut faire au relativisme, en effet, et au dela du caractère spécieux des exemples donnés par le Collectif, est d’aplanir les différences, de dire que tout se vaut. Mais lorsque le Collectif juxtapose toutes sortes de groupes, sur la seule base de leur référence commune à un imaginaire satanique, occulte ou bien tout simplement fantastique, sans faire l’effort d’analyser les différences de connotations, les déplacements de sens, que chacun de ces groupes fait subir à celle-ci, dans l’usage qu’il en fait, ne rentre-t-il pas lui-même dans ce type de démarche? Son jugement initial et pré-ordonné, suivant lequel les groupes invités au Hellfest seraient un phénomène parmi d’autre d’une « contre-culture » « révolutionnaire », qui vise à subvertir la présence du Beau, du Bien, du Vrai, dans notre culture, et ses racines chrétiennes, devient l’unique norme de sa démarche interprétative, qui dès lors ne va pas s’intéresser aux connotations nées de l’analyse litéraire des paroles, de la connaissance des parcours des musiciens, de l’atmosphère réelle des concerts, sauf quand çela va dans son sens. Son intuition première du Hellfest prédomine contre toute recherche de terrain, toute mise en contexte, tout témoignage contradictoire. Elle dispense de l’effort de prendre connaissance de la musique dans le détail. Elle s’alimente d’informations superficielles glanées ça et là (ainsi, comme je le rappelais dans mon billet précédent, le Collectif mentionne la censure dont Cannibal Corpse a été l’objet dans divers pays, parce que ça l’arrange, mais il se garde bien de mentionner qu’elle a depuis levée dans la plupart des cas). Elle estime n’avoir pas besoin du surcroit d’information et de réflexion apportés par la contradiction constructive et le dialogue (d’où la fermeture des commentaires sur le site du Collectif et sa manie de ne pas répondre aux réponses à ses interventions sur d’autres blogs, comme le mien).

Restaurer les nuances des significations en fonction du contexte n’est pas du relativisme, sinon tous les chercheurs en sciences humaines, tous les littéraires, tous les éxégètes catholiques, et le pape lui-même, lorsqu’il s’associe à la recherche historico-critique sur les Ecritures, seraient des relativistes.

Par contre le Collectif, lorsqu’il élève son opinion a priori comme norme ultime d’interprétation du metal et du Hellfest, ainsi que je viens de le montrer, entre dans une démarche qui lui est analogue, puisqu’il subordonne la vérité du metal, qui ne peut se dévoiler qu’au fil d’une enquête minutieuse de terrain et du dialogue avec les métalleux, spectateurs et musiciens, à la relativité du point de vue qu’il en a…

Hellfest: la tentation du complot

Posted in Christianisme et culture, Hellfest with tags , , , , , on 15 février 2012 by Darth Manu

 

J’évoque fréquemment la mentalité de citadelle assiégé traduite par nombre d’actions de lobbying menées par certains catholiques, et cristallisée tout particulièrement autour du concept douteux de « christianophobie ».

Mon par ailleurs (sincèrement) estimé lecteur Les Yeux Ouverts vient de m’en fournir une expression particulièrement marquante, dans la séquence de commentaires suivantes, postée à la suite d’un de mes précédents billets:

Les Yeux Ouverts:

« […] La nature païenne du black metal a en effet pour fondement le refus ou la haine de Dieu exprimés synthétiquement par cette expression “Non serviam” qui ne date pas de 1968 et dont la nouvelle droite n’est pas la seule expression révolutionnaire (cf par exemple le laïcisme exprimé tout récemment par le candidat socialiste à l’élection présidentielle, le libéralisme exprimé par le maçonnisme, le mondialisme matérialiste ou encore le relativisme ). Un titre comme “Black metal, Révolution et Anti christianisme” est plus approprié.
On ne méditera jamais assez ces propos des promoteurs du hellfest ” le black metal est par nature sataniste” et ” on ne déprogramme pas les groupes anti-chrétiens” ( allusion à l’annulation de Anal Cunt l’année dernière plaisantant avec les victimes de la shoah)
 La programmation du hellfest 2012 est révélatrice une fois encore de cet esprit black metal qui par ailleurs n’est pas l’exclusivité de cette tendance« .

Darth Manu:

« […] Je pense que tu mélanges là beaucoup de discours très hétérogènes.Par exemple, le différentialisme de la Nouvelle Droite, aussi bien que la fascination pour le néo paganisme de certains groupes de metal, peuvent être lus comme des réactions au “mondialisme matérialiste” que ces courants ne cessent d’ailleurs de dénoncer, non sans éviter les clichés.Et ils n’ont strictement rien à voir, ni dans leur discours, ni dans leurs origines, avec le programme de François Hollande. Le fait que tous ces exemples semblent illustrer une certaine défiance apparente à l’encontre du christianisme ne suffit pas à mettre en évidence une idéologie commune […] ».

Les Yeux Ouverts:

 » […] Qiand je constaterai par ailleurs, aujourd’hui et en france, que le BM dénonce avec la même énergie, la même constance et la même violence les autres religions, la maçonnerie, le communisme, alors là je réviserai sans problème mon propos parce que cela signifiera alors que l’esprit de transgression ou de celui de totale liberté d’expression revendiqués par ce metal ne sont pas que des mots !

 Tu n’es pas sans méconnaître les sponsors politiques du hellfest , tous socialistes. Il se trouve que j’ai d’une part en main un courrier du conseil régional /hellfest et que je connais d’autre part l’initiative de ce même conseil régional/jeunesse : pass contraception et distribution gratuite de preservatif. Je ne mélange pas tout , bien au contraire ! »

 Je lis dans l’argumentation de LYO le paralogisme suivant:

Majeure: On trouve chez les groupes présents aux Hellfest, dans le programme du parti socialiste, dans la pensée de la Nouvelle Droite, dans la tradition maçonnique, des discours qui sont hostiles au christianisme et/ou contraires à son enseignement.

Mineure: Un Conseil Régional contrôlé par le PS subventionne le Hellfest,  dont les groupes invités se réclament parfois de courants musicaux qui présentent quelques affinités à la marge avec des thèses de la Nouvelle Droite, avec l’ésotérisme franc maçon ou encore avec l’occultisme.

Conclusion: Tout est lié.

Je consacre un article tout entier à ce paralogisme, parce qu’il me parait pointer l’un des aspects les plus gênants de la contestation anti Hellfest: ses affinités avec ce qu’Hannah Arendt parmi d’autres appelait « la mentalité du complot ».

Alain de Benoist, tout fondateur qu’il soit de la Nouvelle Droite, et indépendamment de l’hostilité que m’inspire l’essentiel de sa pensée, nous en livre une analyse intéressante dans un article intitulé: La psychologie du conspirationnisme:

« La première observation que l’on peut faire est que les théories du complot, alors même qu’elles ne cessent de parler de forces secrètes, de puissances invisibles, d’action souterraine, etc., proposent elles-mêmes un schéma qui, loin d’être opaque, se fonde au contraire sur le postulat d’une extraordinaire « transparence » de l’action historique. Celle-ci se trouve en effet ramenée d’emblée à une sorte de causalité mécanique et linéaire. Les événements sont produits mécaniquement par
des agents cachés, qui manipulent les hommes comme on appuie sur un bouton pour obtenir l’effet désiré. Ce trait caractéristique résulte à vrai dire de la nature même de la théorie. La « preuve » du complot réside dans son efficacité, et pour qu’il soit efficace il faut que les effets obtenus soient conformes aux intentions initiales. Paradoxalement, il y a dans cette conception une certaine inspiration rationaliste, bien qu’elle émane d’auteurs fréquemment antirationalistes. Elle postule une histoire rationnelle, caractérisée par des événements qu’il serait possible de rapporter à des causes uniques et à des actes volontaires déterminés. Xavier Rihoit remarque à ce propos que, « tissé de paradoxes, le conspirationnisme est le fait d’homme qui, d’une part, adhèrent à des vérités de foi, dogmatiques et inaccessibles à la raison, mais qui, d’autre part, ne cessent de vouloir rendre la réalité historique parfaitement transparente et les conduites humaines imparablement logiques » » (p. 3et 4).

 Cette causalité mécanique, je la retrouve dans la manière dont LYO ramasse les courants de pensée très disparates qu’il évoque ausein d’une même origine: « le refus ou la haine de Dieu ». Ce qui est très symptômatique selon moi de la façon dont de nombreux sites catholiques font l’inventaire minutieux de toutes les manifestations du recul du christianisme dans notre culture, de toutes les critiques de notre Eglise dont les médias se font l’écho, de toutes les oeuvres d’allure ne serait-ce que vaguement blasphématoire ou occultiste, de toutes les persécutions de chrétiens dans des pays aussi différents que la Chine ou le Pakistant, pour, ignorant magistralement la diversité des causes de tous ces phénomènes, et des formes qu’ils prennent, de gravité très hétérogène, les rassembler en une grande vague de fond, une cause unique, qu’ils nomment la « christianophobie ».

  » La théorie conspirationniste est donc avant tout une théorie antagoniste, voire négatrice du hasard et de l’aléa. Une expression typique de ce genre de littérature est précisément la formule : « Ce n’est pas un hasard si… » Non seulement toute occurrence simultanée peut être ainsi réinterprétée en termes de causalité, mais on aura aussi recours à des formes pathologiques, délirantes, de la pensée analogique. C’est ainsi que l’abbé Barruel explique la forme triangulaire de la lame de la guillotine, non par la plus grand efficacité du tranchant biseauté, mais par la volonté des révolutionnaires de donner au « couteau républicain » la forme du triangle maçonnique. Ce n’est pas un hasard, affirme dans le même esprit le dirigeant noir antisémite américain Louis Farrakhan, si les dollars portent sur leur revers un aigle surmonté de treize étoiles (correspondant aux treize Etats alliés dans la guerre d’Indépendance américaine) car, en reliant ces étoiles les unes aux autres, on obtient… l’étoile de David ! Raoul Girardet, de son côté, rapporte qu’au XIXe siècle, « une certaine presse antisémite dénoncera dans le creusement du métropolitain parisien une entreprise du complot juif visant à faire planer sur la capitale tout entière une menance permanente de destruction ». Or, la même idée est réapparue à date récente chez certains groupes extrémistes russes à propos du métro de Moscou, dont le tracé était censé reproduire des signes kabbalistiques. On constate donc une résurgence des thématiques. La négation du hasard permet ainsi d’accumuler des « preuves » qui n’en sont pas, au moyen de faits anodins réinterprétés comme autant de « marques diaboliques », c’est-à-dire de « signatures » attestant pour l’oeil exercé de la réalité du complot. « En ce sens, ajoute Xavier Rihoit, et c’est un autre paradoxe, les conspirationnistes, malgré leur traditionalisme déclaré, n’en font pas moins preuve d’une mentalité typiquement moderne : à l’instar des grandes idéologies, ils pensent que la réalité historique est intégralement déchiffrable et excluent ce dont la raison ne veut pas entendre parler : l’aléa, l’accident, l’exception, le hasard » » (p. 4 et 5).

 Si le conspirationnisme des antihellfest porte souvent sur des choses bien moins graves que certains des exemples évoqués ici, les exemple y abondent de ce refus si caractéristique du hasard.

Quelques exemples marquants:

 » Curieusement, on observe que le métal s’est créé, en 40 ans d’existence, des codes, des croyances, des symboliques, des rites, des icônes, un langage, des images, une rhétorique, des concerts-grands messes …bref un ensemble d’attitudes et de comportements communautaristes empreint de religiosité et dont il faut aller chercher le fondement dans cette double assertion révolutionnaire :  » fais ce que tu veux sera toute la loi » et  » vis pleinement ce que tu ressens en toi ». Ces 2 assertions de Anton Szandor LaVey (fondateur de l’Eglise de Satan en 1966) ont pour origine Aleyster Crowley, spécialiste de l’occultisme et de l’ésotérisme,[…]

 Pas étonnant de savoir que LaVey est proche de Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie, et qu’il a fondée l’Église de Satan le jour de la Walpurgisnacht (fête germanique supposée magique).

 Pas vraiment surprenant donc de voir dans le show des Screams Awards Marilyn Manson ( nommé révérend de l’église de satan par Anton Lavey ) rendre hommage à Ozzy Ozbourne. Surnommé « le pape du metal » ,Ozzy Osbourne est l’auteur du titre « Mr Crowley » , est aussi connu pour le « Ozzfest » dont la version 2002 avait pour jaquette le dieu Pan.

 Pas étonnant non plus de voir ce même Manson en compagnie cette fois d’Eminem ! » (Hellfest: le temps des dinosaures?, sur le blog du Collectif Provocs Hellfest).

 « Curieusement », « Pas étonnant », « pas vraiment surprenant », « pas étonnant non plus »: cet article ne démontre rien du lien de causalité doctrinal qu’il évoque entre le satanisme d’inspiration thélémite, le metal, le Hellfest, et le rap (via Eminem). Il se contente de suggérer… et laisse l’imagination du lecteur finir le travail.

Plus anecdotique, mais vraiment trop fort: les mots utilisés l’an dernier par le Salon Beige pour relater la tentative (au demeurant stupide) de la direction du Hellfest, pour faire supprimer le blog du Collectif par son hébergeur:

 « Ils ont choisi le Vendredi Saint, ce n’est pas anodin

Le collectif contre le Hellfest a reçu ce jour un courrier de Barbaud Benjamin, Président de l’association HELLFEST PRODUCTIONS, dont voici un extrait :

« vous trouverez ci-joint le courrier qui vient d’être envoyé à votre hébergeur (afin de fermer le site…), qui je suis sûr ne restera pas sans réponse. Ensuite dans un second temps nous allons sans plus tarder communiquer et informer nos festivaliers de l’existence de vos différents blogs afin qu’ils puissent eux aussi vous exprimer leur exaspération et leur mécontentement. Nul doute que votre compte messagerie risque d’exploser… »

En attendant, la pétition contre les festivaliers de l’Enfer est toujours en ligne« .

 Il parait surtout évident que Ben Barbaud a profité de la vandalisation le jour même du Piss Christ et des réactions d’outrage qui ont fait suite pour contre attaquer, et qu’il n’a sans doute même pas réalisé la signification de la date pour les chrétiens. Mais ce « ce n’est pas anodin » suggère, hors de tout élément de preuve, et même de toute vraisemblance, qu’il a voulu rééditer consciemment le scandale de la Passion du Christ.

Reprenons le cours de l’analyse d’Alain de Benoist:

 « Le rejet de l’aléa entraîne une extraordinaire décontextualisation. Si l’événement ne saurait relever de l’imprévu, mais atteste au contraire de la réalité d’un plan qu’on peut interpréter comme une sorte de contre-ordre naturel, c’est que le cours des choses obéit à une logique qui lui est extérieure. La conspiration engendre les événements, mais n’est atteint par aucun d’eux. Elle explique l’histoire, mais elle se tient elle-même hors de l’histoire. Le complot se définit donc, non seulement par son ubiquité, mais par sa transhistoricité. A la limite, il existe en tous temps comme en tous lieux : l’histoire manipulée par les conspirateurs n’est que la réalisation d’un projet élaboré en dehors d’elle » (p.5).

 C’est cette décontextualisation qui empêche tout dialogue sérieux de s’établir avec les anti hellfest (et ce ne sont pourtant pas les métalleux de bonne volonté qui manquent, qu’ils soient cathos ou non). Les arguments glissent sur eux, et ils ne semblent retenir que ce qui contribue à leur cause. C’est ainsi qu’ils parviennent à réunir dans leurs tribunes des groupes dont l’esthétique, le rapport réel au christianisme et le discours général sont aussi différents que Black Sabbath, Blue Öyster Cult, Mötley Crüe, Judas Priest, Tankard ou les goupes de BM satanistes. Ils jugent sur les seules paroles, extraites de leur contexte. Et toute tentative d’éclairer ce dernier est purement et simplement ignorée. Ainsi, on retrouve dans l’un des billets du Collectif la phrase de Behemoth:  « À mon commandement, inondez les rues de Bethléem du sang des enfants ! », dont j’avais proposé une interprétation en contexte l’an dernier, par réaction à l’utilisation malhonnête qu’en avait fait Catholiques en Campagne en 2010. Sans aucune prise en compte, aucun retour argumenté de la part des antihellfest. J’ai pourtant porté à la connaissance de certains (je ne pense pas au Collectif ou à LYO en particulier sur ce point) ce billet. De même, j’avais cité la levée de la censure dont Cannibal Corpse a fait l’objet en Allemagne ou en Nouvelle Zélande comme un argument contre l’efficacité supposée de cette dernière dans une réponse à l’argumentaire déployé par le Collectif l’an dernier. Dans un billet récent, le Collectif cite cette censure dont a été victime Cannibal Corpse, sans indiquer qu’elle a depuis été levée. Et pourtant les gens du Collectif lisent mon blog, et y interviennent à l’occasion en commentaire. Quand j’ai cité les paroles de Cremation of holiness l’an dernier, c’était le lendemain sur leur blog, parce que pour le coup ça les arrangeait.

 » Il ne fait pas de doute que le succès des théories du complot provient avant tout de cette extraordinaire simplification qu’elles proposent, et c’est pourquoi la modernité, qui se caractérise notamment par une complexité de plus en plus grande des faits sociaux, constitue pour elles un terrain privilégié. Plus l’état du monde est complexe, plus la simplification radicale qu’apporte la théorie paraît salvatrice. Loin que leur caractère « total » suscite un légitime scepticisme, c’est au contraire ce caractère qui explique l’ampleur et la facilité de leur propagation. On voit par là quelles sont, pour leurs adeptes, les vertus de ce genre de théories. En expliquant, elles rassurent. Mais elles permettent aussi de faire une remarquable économie d’efforts. A quoi bon se livrer à une multitude d’enquêtes historiques, psychologiques, sociologiques pour tenter d’élucider le sens des événements et la nature du social, quand la théorie du complot permet de s’en tenir à une cause unique ? De même que la conspiration « explique » tout, à l’inverse tout « prouve » la conspiration : la multiplicité des effets est la marque même de l’unicité de la cause. A première vue, tout paraît compliqué, mais une fois la cause identifiée, tout devient prodigieusement simple ; il n’y a plus à chercher plus loin« .

 D’où la grande popularité chez les catholiques de ce type de sites de dénonciation: ils permettent d’expliquer de manière simple le recul culturel du christianisme (gentils cathos persécutés par les méchants christianophobes) et de paraitre évangéliser et témoigner à peu de frais. Riposter, dénoncer, faire « campagne », ç’est beaucoup plus facile que de dialoguer: ça évite d’écouter, de chercher à comprendre, à s’informer, à se mettre à la place du contradicteur, de se laisser décentrer par et pour lui, attitudes pourtant ô combien plus authentiquement évangéliques, et ça présente bien, ça permet de se donner un petit côté héroïque à peu de frais.

  » Toute la littérature conspirationniste est, par ailleurs, un discours de l’apparence. Elle repose sur l’idée que la réalité est tout autre chose que ce qui se laisse voir par le commun des mortels. On pourrait dire que le discours conspirationniste est éminemment « platonicien ». Il met en scène la « caverne » où se trouvent enfermés les naïfs et braque le projecteur sur l’« arrière-monde » où s’activent les « chefs
d’orchestre invisibles ». Ce dualisme est indispensable à la théorie. Il y a deux mondes : un monde immédiatement visible, le monde de la vie quotidienne, à la fois banal et compliqué, et il y a le monde de la coulisse, celui qui dirige le premier monde en « tirant les ficelles ». Le thème essentiel devient alors celui du codage et du décodage. Au conspirateur, qui s’emploie à dissimuler ses interventions, répond celui qui dévoile la conspiration parce qu’il sait en décoder les manifestations. L’adepte de la théorie du complot sait comment il faut décrypter. Il sait comment il faut « lire » l’histoire de l’humanité, comment il faut « traduire » ce qui s’observe en
surface, comment il faut faire pour déceler la cause cachée derrière l’événement apparent. Les événements ne sont donc pas à prendre au premier degré. Ils sont toujours autre chose que ce qu’ils paraissent être. Ils sont autant de preuves, d’indices ou de traces. Les naïfs peuvent bien s’y tromper, l’adepte de la théorie du complot, lui, a l’oeil plus exercé et plus perçant. C’est un peu, au fond, comme s’il faisait lui-même partie de la conspiration. Il combat certes l’action des grands initiés, mais il n’est pas moins initié qu’eux. Il lui faut donc se poser comme titulaire d’un savoir qui surplombe le savoir caché de ceux contre qui il se dresse. Prodigieux jeu de miroir, où transparaît le caractère proprement policier de la théorie et où le problème de l’origine de ce savoir dont se targue l’« inventeur » du complot n’est évidemment jamais posé« .

 De manière analogue, les antihellfest ont une « intuition » (quoique l’exemple que je mets en lien manifeste plus de bonne volonté que la moyenne). Ils ne connaissent pas, pour la plupart, grand chose au metal, n’en écoutent pas, l’avouent plus ou moins quand on les accule. Pourtant, ils se font fort d’en remontrer sur la question aux autres cathos qui étudient le metal depuis des années et en proposent une lecture plus nuancée (comme le Père Culat), aux universitaires (comme Nicolas Walzer), et aux métalleux eux-mêmes. Ils prétendent « réinformer » leurs lecteurs sur la question, alors qu’ils n’arrivent même pas, péniblement, à se constituer pour eux-même une information basique, qui soit juste et justifiée. Ils sont tellement sûrs d’avoir identifié la cause du phénomène, la « christianophobie » qu’ils glissent sur tout, qu’ils prennent rarement en compte les critiques, qu’ils sont persuadés de manière invincible de leur bon droit, qu’on a un peu l’impression de toujours leur répéter la même chose sans vrai retour.

 » Et ceci nous amène à un autre trait caractéristique des théories conspirationnistes. C’est qu’elles ne peuvent être réfutées. Dans la mesure même où elles prétendent tout « expliquer », ces théories rejettent d’emblée toute
contradiction, tout argument qu’on pourrait leur opposer, en y voyant, soit une preuve manifeste de la « naïveté » des contradicteurs, soit une simple manoeuvre des comploteurs visant à empêcher qu’ils soient démasqués. Toute contradiction, tout démenti devient alors une preuve supplémentaire de l’existence du complot. La dénégation, dûment instrumentalisée, se transforme en confirmation. Les thèses conspirationnistes, autrement dit, font un usage systématique du soupçon freudien : la dénégation confirme le symptôme. (Qui affirme avec force n’être pas intéressé par les choses du sexe confirme par là même combien il en est obsédé). L’organisation, la collectivité ou la catégorie de personnes accusée d’être au centre du complot se retrouve donc dans une situation de double bind des plus classiques : si elle avoue, c’est qu’elle est coupable ; si elle nie, c’est qu’elle est également coupable, et qu’elle cherche en plus à tromper son monde. Dans de telles conditions, la meilleure preuve de bonne volonté que puisse donner l’accusé consiste à reconnaître qu’il est
coupable. On reconnaît là le procédé psychologique caractéristique des procès de sorcellerie, prolongé à l’époque contemporaine, notamment, par les grands procès staliniens tels qu’Artur London les a décrits dans L’aveu ».

« Hell is hell », me disait encore ce matin sur facebook un catholique qui me reprochait de sous-estimer « la finesse des linguistes du Hellfest ». On pourra toujours expliquer à des antihellfest que le hellfest est avant tout un festival musical, faire l’historique des différents courants, remettre en contexte les paroles d’allure antichrétiennes. La plupart reviendront à telle ou tel parole hors contexte d’allure blasphématoire, et soit on continuera à argumenter avec eux, et ils nous soupçonnerons d’approuver tacitement le blasphème ou la « christianophobie », d’être leurs « alliés objectifs », soit on abandonnera, et ils auront le sentiment d’avoir démontré leur affaire. Et voilà comment le dialogue est plombé depuis plusieurs années, et s’enlise…

Je dois préciser, arrivé à la fin de ce parcours, que ce billet n’a pas pour but de pathologiser les antihellfest, de la même manière que les pourfendeurs de la « christianophobie » pathologisent par ce même terme toute critique du christianisme. J’estime parfaitement possible qu’on puisse trouver des arguments tout à fait recevables contre le Hellfest. J’ai discuté avec des catholiques critiques à l’encontre de ce festival ou du metal, et qui ne semblaient pas affectés par cette « mentalité du complot », comme Etienneweb ou le Chafouin. Et il arrive d’avoir des discussions vraiment intéressantes avec certains de ceux qui me semblent rentrer peu ou prou dans cette logique conspirationniste, ainsi les Yeux Ouverts. Rentrer dans ce type de conditionnement intellectuel n’est d’ailleurs pas incompatible, c’est évident, avec le fait par d’être réellement travaillé par l’Esprit et d’apporter un témoignage authentique de l’Evangile à nos contemporains. Enfin, les mêmes mécanismes sont à l’oeuvre chez des partisans de courant de pensées très différents (ils sont ainsi le pain quotidien des cathos progressistes de Golias, ou encore de différentes associations de défense de la laïcité) et même chez certains métalleux, comme le montrent un article de la Horde Noire semble-t-il désormais supprimé (évoqué dans cette interview en lien) qui voyait dans l’oeuvre du Père Culat une « infiltration » de l’Eglise catholique chez les métalleux, ou encore l’attitude de certains qui ont accusé le Collectif d’avoir monté de toute pièce la tentative de suppression du blog par la direction du Hellfest, que j’évoquais plus haut.

Et en effet, Alain de Benoist conclut son article de la manière suivante:

 « On a essayé de montrer ici que ce conspirationnisme met en jeu des
mécanismes psychologiques assez spécifiques. Ces mécanismes s’enracinent euxmêmes dans des traits permanents de l’esprit humain. C’est la raison pour laquelle il y a tout lieu de penser que les théories du complot réapparaîtront toujours sous une forme ou sous une autre. Si absurdes qu’elles puissent être, leur puissance mythique les dotera toujours d’une évidente capacité de séduction« .

 Simplement, et au delà de la bonne volonté de la plupart des catholiques concernés, je voulais signaler dans cet article que la contestation du Hellfest, née d’une indignation légitime dans son objet, quoique souvent mal informée, semble s’enfermer (enfer -mer)dans une logique conspirationniste, qui paralyse a priori tout débat, et menace de fausser le rapport de nombre de catholiques à la culture et à la société contemporaine. Et de tuer la nouvelle évangélisation dans l’oeuf…

Pour conclure, je ne résiste pas à la tentation de citer le « Collectif pour un festival respectueux de tous », qui cite lui-même l’évangile de Marc (comme quoi on a quand même quelques références communes):

« Que celles et ceux qui ont des oreilles entendent ! »  😉

Quand Civitas attaque Kronenbourg les chrétiens trinquent…

Posted in Hellfest with tags , , , , , on 8 juin 2011 by Darth Manu

J’ironisais dans mon précédent billet sur les métalleux qui avaient pris au sérieux les billets anti Hellfest de Brave Patrie. A leur décharge, certains sites de la réacosphère arrivent à dépasser en ridicule leur propre parodie.

En témoigne ce montage surréaliste, commis par l’Institut Civitas, en grande forme malgré toutes les critiques, y compris du côté des cathos , que lui a values son action dans le cadre de la polémique autour de l’oeuvre « Piss Christ » exposée à Avignon en avril dernier:

Certains de mes lecteurs, qui se reconnaitront, se (com)plaisent à louer dans ce genre d’initiatives « une parole libérée », qui sème au fil des années des germes de vérité dans l’opinion publique, et qui à moyen terme permettra une prise de conscience des français et de leurs élus sur les méfaits de la « cathophobie », dans ce cas précis du comportement sataniste et blasphématoire de certains groupes.

Faisons un bilan d’étape de cette grandiose entreprise d’éveil des esprits aux méfaits du Hellfest:

En réaction à cette initiative de Civitas, Les Inrockuptibles titrent « En croisade contre le Hellfest, des cathos s’en prennent à Kronenbourg ». Dans leur article, on peut lire des perles telles que.

 « [le président de l’Institut Civitas]  a personnellement arrêté de boire de la Kro, mais quand on lui signale que les vins de la Loire subventionnent aussi le festival, il hésite. Plus difficile de faire une croix sur le Muscadet. »

Ou:

 « Du côté des festivaliers, cette agitation – plutôt anecdotique – commence à agacer. Mais Yoan Le Nevé, co-organisateur, reste compréhensif. L’année dernière, un débat avait même été organisé avec des prêtres, des exorcistes et des musiciens « satanistes ». Et finalement, en plus d’un gros coup de pub, la campagne des intégristes sert son propos : « Heureusement que le rock fait encore un peu peur aux conservateurs ! » »

Ou encore:

 « Jean-Pierre Coudrais, le maire de Clisson, est lui ravi de l’évènement qui apporte « un rayonnement international à la commune. Il y a des gens qui viennent de 50 pays différents ! » Il tient à signaler que la commune « va tout faire » pour conserver la manifestation, qui va devoir déménager l’année prochaine, à la suite de la construction d’un collège sur les lieux des concerts. »

En gros, Civitas se ridiculise aux yeux des médias, ridiculise l’ensemble de l’Eglise catholique avec lui (encore…), et leur donne l’occasion d’oublier une fois de plus que le débat de l’an dernier a été organisé par une radio catholique et non par le Hellfest. Autant dire qu’il ne réussit  pas du tout à créer cette supposée « prise de conscience », de même que ses comparses anti Hellfest.

Son initiative contre Kronenbourg est d’autant plus grotesque et malvenue que dans un courrier à l’un des signataires de la pétition du « Collectif pour un festival respectueux de tous », le sponsor écrit:

 « S’il devait s’avérer une atteinte aux lois de la République, Brasseries Kronenbourg respecterait toute décision de justice qui serait rendue et qui lui serait opposable. »

Or, les anti Hellfest aiment à répéter qu’ils ne s’attaquent pas spécifiquement au métal mais dénoncent « les appels à la haine » (délit susceptible de sanctions pénales donc) présents selon eux dans les paroles de certains groupes présents au Hellfest. La réponse de Kronenbourg ne s’oppose donc pas en substance à leur démarche (mais sont-ils à une contradiction près?), mais rappelle utilement que:

 « Premier Brasseur de France, Brasseries Kronenbourg, élabore ses bières en Alsace depuis 347 ans. Une longévité qui repose sur des valeurs et des engagements forts notamment en matière de consommation responsable, de respect de l’environnement et des différences, de soutien à la culture. Dans ce cadre, nous sommes très attachés à la liberté d’expression, droit fondamental de la République, qui s’impose à tous.  »

Nous sommes dans un Etat de droit, et les restrictions parfois nécessaires apportées à cette liberté d’expression doivent se fonder sur le droit, sur des arguments juridiques sérieux, voire des décisions de justice, et non sur des généralités et des clichés sur les groupes présents au Hellfest, et encore moins sur des pressions et des menaces. A ce titre l’attitude de Kronenbourg parait plus responsable et citoyenne que celle des lobbies anti Hellfest.

Au bout de quatre ans de polémiques, les actions contre le Hellfest échouent donc dans une large part à infléchir le point de vue des médias et des sponsors sur le Hellfest. Elles n’impressionnent pas non plus les responsables politiques locaux. Ainsi, on peut lire dans un article de L’Hebdo de Sèvres et Maine, reproduit sur le site du « Collectif pour un festival respectueux de tous » », qui porte sur le déménagement du Hellfest sur un autre site de Clisson, le passage suivant:

 « Jeudi dernier les élus clissonnais étaient appelés à voter leur aide. Celle-ci devrait atteindre les 60 000 euros. […] Le conseil municipal a appouvé la délibération. Un seul élu s’est abstenu ».

Une abstention n’étant pas une opposition, j’en conclus que la fameuse prise de conscience par les politiques et l’opinion publique des méfaits de la cathophobie que les actions contre le Hellfest étaient censées permettre depuis toutes ces années est pour l’instant un échec total.

Tout cela ne signifie pas qu’il n’y a pas des interrogations légitimes à poser sur l’hostilité au christianisme très présente chez certains groupes, notamment de black metal. En tant que catholique, je suis inquiet lorsque je vois des métalleux ridiculiser le métal chrétien par principe, au lieu de juger chaque groupe au cas par cas sur ses qualités musicales, ou lorsque je lis qu’un groupe de BM comme Old’s Man Child a refusé de jouer avec Extol parce que c’est un groupe chrétien, qu’Enslaved a annulé un concert avec Slechtvalk pour les mêmes raisons suite aux pressions de certains fans, ou encore que Cacophonous Records a pu virer un groupe d’unblack aussi talentueux qu’Antestor ou ne pas lui payer ce qui lui était dû là encore sous prétexte des convictions religieuses de ses membres. Tous ces évènements, malheureusement récurrents, sont autant de raisons pressantes et légitimes de construire un dialogue autour des relations entre christianisme et métal.

Seulement, il me parait de plus en plus évident que les actions menées contre le Hellfest non seulement ne permettent pas de faire avancer ce dialogue, mais rendent à ceux des métalleux qui le refusent un fier service, et ce pour deux raisons:

– Il est facile de trouver des exemples de situations où des groupes chrétiens ont été marginalisés ou empêchés de jouer du fait de l’extrémisme et des préjugés d’une minorité de métalleux. Au lieu de partir de ces exemples concrets pour montrer que les chrétiens sont en droit d’émettre certaines inquiétudes, et de proposer un dialogue serein, argumenté et respectueux des convictions de chacun, les anti Hellfest préfèrent répondre au mal par le mal, et se faire à leur tour les agresseurs. Alors qu’il existe des cas authentiques de « christianophobie » dans l’histoire du métal, dont l’analyse critique pourrait susciter cette prise de conscience des métalleux et du grand public qu’ils appellent de leur voeux, ils préfèrent se focaliser sur un festival qui, sauf preuve du contraire, ne s’est pas rendu coupable jusqu’ici de tels abus. Alors que dans d’autres cas les chrétiens étaient les victimes, ils nous font passer ici pour les agresseurs, et confirment la partie des métalleux et de l’opinion hostile au christianisme dans ses idées préconçues. C’est un cercle vicieux, où les préjugés et les excès des uns viennent nourrir ceux des autres et inversement.

-Cette polarisation sur le Hellfest ne permet pas d’énoncer clairement les vrais problèmes ni de poser un débat constructif. Le Hellfest n’est après tout qu’un festival de musique, certes important, en province, et même parmi les tradis, on trouve des gens qui se demande pourquoi y consacrer autant de temps et d’énergie, alors qu’il y a des problèmes beaucoup plus graves et urgents, ainsi ceux qui touchent à la bioéthique, aux inégalités, aux persécutions dans certains pays du proche et moyen orient,… Les organisateurs du festival ne sont pas forcément non plus les interlocuteurs qui ont le plus de marge de maneuvre pour dialoguer, de même que les élus locaux d’ailleurs: il y a trop d’enjeux financiers, musicaux, organisationnels et même politiques pour q’un débat amorcé de cette manière puisse être serein et constructif. Et il est illusoire de croire que la censure, même si elle a lieu (extrêmement peu probable dans les circonstances actuelles) de ce festival va permettre l’évolution des mentalités les plus hostiles au christianisme. Au contraire, un tel coup de théâtre, qui mettrait un terme à l’un des festival de métal les plus importants d’Europe, serait une blessure qui exacerberait pendant des années les préjugés contre l’Eglise, et rendrait beaucoup plus difficiles encore les efforts des métalleux chrétiens qui essaient de changer les choses de l’intérieur.

C’est pourquoi je suis désormais convaincu qu’il est urgent de mettre un point final à cette polémique contre le Hellfest, qui a heurté trop de monde depuis trop longtemps pour pouvoir vraiment devenir juste et constructive, et reprendre le problème à zéro, en posant de manière globale, ferme, et appuyée sur des exemples précis et documentés, la question des rapports très contrastés et ambigus (entre rejet et fascination) du métal au christianisme depuis ses débuts. Car lutter contre la « cathophobie », c’est très bien, mais le faire sans discernement ni pragmatisme ni connaissance sérieuse du sujet ni prospective sérieuse sur les conséquences réelles à moyen et long termes des différentes initiatives lancées, c’est finalement un remède pire que le mal…

De Patrick Roy à Anal Cunt en passant par Brave Patrie…

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , , on 24 mai 2011 by Darth Manu

La métallosphère laissait éclater sa colère la semaine dernière, à la suite de ce qui paraissait constituer deux nouvelles attaques particulièrement indignes contre le Hellfest et le métal de la part de catholiques d’extrême-droite.

En cause, deux articles du site Brave Patrie:

Patrick Roy: ROT IN HELL!

Christine Boutin : « Le Hellfest a piégé DSK »

Il suffit de parcourir les commentaires de ces articles pour voir que beaucoup de métalleux les ont fort peu appréciés:

Exemple:

« Vous n’êtes qu’une bande de fachos sans ouverture d’esprits. Je refuse de répondre àa la connerie par le connerie mais là, allez vous faire foutre. Vous salissez la mémoire d’un grand homme, métalleux ou pas on s’en fout, et de plus, un grande homme qui est décédé.  
Honte à vous. Bandes de fachos.  
Tu dois être adhérents au FN pour écrire des trucs comme ça.  
Fuck. » (commentaire anonyme en réponse à l’article sur Patrick Roy).

On retrouve un certain nombre de réactions aussi agacées sur diverses pages facebook consacrées à la défense du Hellfest et du métal (ainsi« Grâce au meeting de l’UMP du 11/03/10, tu as appris que tu étais sataniste! »).

Las, quelques empêcheurs de râler en rond ne tardèrent pas, sur divers sites, à rappeler que Brave Patrie (sous-titré « Le vrai journal des vraies valeurs de la France vraie »!) n’est ni d’extrême-droite, ni catholique, ni opposé au métal et au Hellfest, mais est tout simplement un site parodique, et que ces deux articles sont des fake.

En témoigne cette mise au point, publiée naguère sur Brave Patrie en réponse à certaines réactions indignées à la suite de précédentes provocations:

« Nous SAVONS que nos articles ne sont qu’un ramassis d’insanités fascisantes, de vileries lèche-culoires et d’extrémismes puants, et c’est le but de notre démarche : mettre en abyme les raisonnements actuels du gouvernement pour en pousser la logique jusqu’à son aboutissement le plus naturel. Et si cela finit par en être ridicule, tant mieux. » (Brave Patrie va censurer ses forums).

Si ces clarifications calmèrent en grande partie les choses, elles ne firent pas totalement taire toutes critiques:

« peut on réellement rire de la mort de quelqu’un de la souffrance qu’il a vécu et de la souffrance que ses proches ressentent au quotidien je ne pense pas et puis si c’est de l’humour (apparement c’est bien le cas …) il est très mal tourné et pas très visible franchement je suis contre !!! et j’assume!!! » (commentaire de Lolo à l’article sur Patrick Roy).

Ce que répondent certains métalleux à Brave Patrie, c’est qu’on ne peut pas rire de tout, et que l’humour ne peut pas s’exercer au dépend des personnes. Réponse certes non dépourvue de légitimité, mais tout à fait remarquable pour qui a suivi les évolutions récentes de la polémique contre le Hellfest. En effet, lorsqu’Anal Cunt a été déprogrammé du Hellfest en raison des paroles de ses chansons (notamment « Hitler was a sensitive man« ), la réponse quasi universelle des métalleux aux critiques du blog Les Yeux Ouverts, à l’origine de la démarche qui a provoqué cette annulation, a été de ce type:

« c’est incroyable de reconnaitre l’humour et pas pour Anal Cunt! Comment vous pouvez juger un humour que je parie vous avez jamais réellement écouté ou lu. Vous avez seulement lu les texte des chansons qui convient pour faire annuler ce groupe! Car franchement quand on vois une chansons appelé « All Our Fan is Gay » ( tous nos fans sont gay) comment prendre au sérieux les autres chansons. Et puis faut un peu se renseigner, Anal Cunt fait partie de la famille du Grind metal, ce style est fait pour justement ne pas se prendre au sérieux!  » (Commentaire de Sam en réponse au billet « Lettre à un festivalier du Hellfest », sur Pensées d’outre-politique).

Personnellement, je retire de ce mini-drame internaute  les enseignements suivants:

– La question de savoir si on peut rire de tout, ou manquer de respect aux personnes, par exemple aux victimes du génocide du peuple juif, aux catholiques pour qui leur foi est tout et qui sont blessés par des paroles blasphématoires (ou encore à la famille de Patrick Roy) est légitime, et les opposants au Hellfest, quand bien même ils auraient tort sur tout le reste, ont raison de la poser en soi. La preuve en est que les métalleux s’émeuvent aussi de de paroles prononcées sous le couvert de l’humour qui semblent manquer de respect à des personnes qui leur sont chères.

-Je ne me sens pas capable personnellement de répondre de manière ferme à cette question. J’étais gêné lors de la polémique autour d’Anal Cunt, et j’y suis resté globalement silencieux. J’ai défendu Brave Patrie sur Facebook (sur le groupe Front de défense du métal) ces derniers jours, tout en étant tout de même assez gêné par l’article sur Patrick Roy. Ces débats posent de vraies questions, mais qui sont aussi très difficiles à élucider: rire de tout, cela peut favoriser des situations d’exclusion, de brimade, de harcèlement… Censurer l’humour, c’est ouvrir la porte au politiquement correct, au conformisme moral et intellectuel, à l’hypocrisie. J’aurais aimé pouvoir poser calmement et de façon nuancée le débat sur Anal Cunt: de la manière dont ça s’est fait, par l’annulation brutale du groupe à la suite de pressions institutionnelles, c’était IM-POS-SI-BLE;. Tout le monde s’est braqué, et le débat a tourné pendant plusieurs semaines à la foire d’empoigne.

-La méthode choisie par les opposants au festival s’est révélée contre-productive. Alors qu’ils posaient une vraie question, très légitime en elle-même, ils ont préféré passer par l’interdiction plutôt que le dialogue. Résultat, les métalleux se sont indignés de la suppression d’un groupe que beaucoup attendaient et du recul des organisateurs du Hellfest, avec toutes les inquiétudes que cela laissait présager pour l’intégrité artistique future du festival (lire par exemple cet article éclairant de Radio Metal: Hellfest, à qui le tour!, qui pose lui-même à mon avis des inquiétudes parfaitement recevables et légitimes), et la question initiale: « Peut-on rire de tout? », a été escamotée. Personnellement, j’aurais préféré qu’Anal Cunt joue cette année et que la question soit réellement posée sur les forums de métal et discutée tranquillement, plutôt que d’y attacher tout l’affect et le traumatisme (tout relatif certes mais traumatisme quand même) d’une annulation du jour au lendemain. Et j’en crois les métalleux (qui ne sont pas un bloc homogène mais des personnes comme vous et moi, avec leur propre parcours et leur discernement moral individuel) capables: ils viennent eux-mêmes de la poser à propos des articles de Brave Patrie, et la plupart sont capables de bonne foi et d’admettre la légitimité de la question (je peux en témoigner: j’en ai fréquenté un certain nombre et j’en suis issu): le tout est de la leur présenter d’une manière qui ne donne pas l’allure d’un procès en sorcellerie contre le métal et le Hellfest, et qui évite les amalgames, mais qui montre qu’eux-mêmes poseraient sans doute les mêmes questions si ce qui leur est cher était traité sans respect par certaines paroles de chansons, etc… Mais cela suppose de faire confiance à l’honnêteté intellectuelle de ses contradicteurs: difficile, souvent désespérant et frustrant, mais beaucoup plus courageux et efficace en profondeur que les tribunes et les pressions, qui finalement ne convainquent que les convertis.

Peut-on rire de tout? Voilà, la question est lancée (et je le répète, pour l’instant je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante, dans un sens ou dans l’autre). Discutons-en calmement, dans la confiance et le respect mutuels, au lieu de nous disputer à son sujet…

Hellfest: rengainons l’épée et commençons à témoigner plutôt que de juger!

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , on 22 avril 2011 by Darth Manu

Les organisateurs du Hellfest semblent perdre patience:

« Reçu ce vendredi Saint…ou quand notre action dérange !

Messieurs,

Las de vos sempiternels même reproches, nous avons décidé nous aussi de  dénoncer votre manque criant de discernement en ce qui concerne notre  manifestation HELLFEST.
Vos amalgames et différents préjugés ne peuvent continuer à venir salir  l’image d’un événement salué par tous (collectivités publique, habitants  de Clisson, Préfecture de Loire Atlantique…) et ou AUCUN incident  n’est jamais survenu.  Vous vous efforcez à colporter des éléments sortis de leur contexte et qui ne représentent en rien la véritable nature de cette manifestation,  ou plusieurs dizaine de milliers de personnes partagent un moment convivial et amical, qui sont à ma connaissance des valeurs que vous défendez.  Dès lors nous avons nous aussi décidé de passer à l’action et de tout  faire pour contrer vos méthodes dignes d’un autre temps.
Dans un premier temps, vous trouverez ci-joint le courrier qui vient  d’être envoyé à votre hébergeur, qui je suis sûr ne restera pas sans  réponse. Ensuite dans un second temps nous allons sans plus tarder communiquer et informer nos festivaliers de l’existence de vos différents blogs afin qu’ils puissent eux aussi vous exprimer leur  exaspération et leur mécontentement. Nul doute que votre compte messagerie risque d’exploser…
Au vu de la manière dont les choses se sont déroulées, avec la conclusion que l’on connait, à Avignon ces derniers jours, il serait  présomptueux de penser que vos pressions vous mènerons à vos fins… Pas sûr que l’opinion publique, nos différents partenaires privés, les différentes collectivités publiques, ainsi que les médias prennent le  choix de vous suivre dans cette « croisade », qui, si elle continue, n’aura servie qu’à une chose…creuser les fossés d’incompréhension et  attiser la haine entre communautés (Catholique et Metalleux). Hors à la  lecture de vos pamphlets, il semble que ce soit ce contre quoi vous vous battiez…
Cordialement
Mr Barbaud Benjamin Président de l’association HELLFEST PRODUCTIONS; » (Source: Collectif pour un festival respectueux de tous).

Je ne crois pas personnellement que Ben Barbaud ou ses avocats aient spécifiiquement ciblé le Vendredi Saint: leur courrier exprime clairement qu’ils s’ttaquent aux accusations abusives et sans fondements du collectif, et non au christianisme dans son ensemble. Encore le réflexe de victimisation des anti-Hellfest à l’oeuvre.  Je regrette néanmoins cette démarche de la part des organisateurs du festival, qui reproduit l’erreur des antiHellfest en sens inverse: on ne change pas les coeurs et les préjugés sous la contrainte…

Par contre cela montre à mon avis deux choses:

-Le type d’actions menées jusqu’ici par les anti-Hellfest ne débouche sur aucune amélioration de l’image de l’Eglise dans l’opinion, n’incite nullement les métalleux à respecter davantage notre foi, mais au contraire les braque et les incite à répondre eux-mêmes par la polémiique et le recours à la justice.

-La débacle du Piss Christ, qui est issue du même type d’application sans discernement de cette méthodologie de la « riposte », fait que les organisateurs du Hellfest, comme ceux de l’exposition d’Avignon d’ailleurs, sont maintenant en position de force dans ce type de polémiques, tant devant l’opinion que les tribunaux.

Quel succès pour toutes ces associations qui ne cessent d’inciter à la fin du dialogue et à la confrontation! Bravo! Une fois de plus l’évangélisation avance à grands pas! Deux ans que cette polémique a une ampleur nationale, et tout ça pour ça!

Plus sérieusement il devient urgent d’en finir avec toutes ces campagnes conflictuelles contre le Hellfest, afin de poser les conditions d’existence d’un débat serein, qui donne enfin un témoignage authentique de ce qu’est suivre le Christ, et qui donne envie de se mettre à sa suite, au lieu de rebuter et de nourrir les préjugés contre l’Eglise

En tout cas, voilà qui nous donne l’occasion de méditer la liturgie du jour:

« Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira du fourreau ; il frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : +. Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je vais refuser la coupe que le Père m’a donnée à boire ? »

Mettons à profit ce Vendredi Saint pour méditer à notre profit cette leçon donnée aux anti-Hellfest: le Christ ne désire pas être défendu par l’épée, mais par l’annonce patiente de l’Evangile, à temps et à contre-temps, et qui s’appuie sur l’exemple donné par notre propre recherche personnelle de la sainteté.

A propos de la pétition « Provocs Hellfest, ça suffit » 2/2

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , on 20 avril 2011 by Darth Manu

Je tiens en premier lieu à présenter à tous mes excuses pour le retard de cette seconde partie de mon billet sur le Hellfest, et plus particulièrement à mon confrère blogueur Les Yeux ouverts, qui attendait la publication de cette suite pour me répondre.

Cela dit:

2) Les demandes de la pétition:

« L’examen approfondi des groupes et des chansons de ceux-ci et à la non programmation de tout groupe et/ou chanson incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit »:

OK là dessus, àla réserve près qu’inciter à la haine, ce n’est pas la même chose que critiquer ou qu’exprimer une aversion pour, comme je le montrais dans la première partie de mon billet.

A noter qu’historiquement, l’interdiction pure et simple de groupes de métal a généralement des incidences très faibles sur leur popularité, quand elle n’est pas récupérée purement et simplement à des fins publicitaires par leurs promoteurs:

Dans le cas par exemple du groupe de death metal Cannibal Corpse:

« Cannibal Corpse est considéré comme l’un des groupes phares du brutal death metal, bien que leur renommée vienne plus de leurs ventes, de leurs pochettes ultra-gores et de la polémique qu’il suscite un peu partout. Le groupe est notamment interdit en Corée, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En Allemagne les chansons des trois premiers albums du groupe sont interdites de concerts et les compilations contenant ces chansons sont tout simplement supprimées, ainsi que les pochettes de tous leurs albums. Malgré cela, Cannibal Corpse est un des seuls groupes de death metal a être rentré au billboard américain… » (MetalOrgie).

Quels ont été les résultats concrets de leur interdiction dans ces différents pays?

« Stemming from that, what are your views on censorship in general today?
Paul: Well it sucks. Censorship, it’s not good. It shouldn’t be there, it’s just one of those things, if you don’t like it, you don’t have to look at it, you don’t have to buy it. If you’re brought up right it all comes down to the parents. It’s also on the other hand something we know that we can’t let bother us. We know it’s going to be there, and if we sit there and try and fight it, there’s really no point to waste time on it. Worry about what we do is obviously what we’ve been doing. We had those problems in Germany for years. The first three records are banned, we can’t play songs off the first three CDs and everything. That didn’t make us think, hmm we aren’t going to go there then, or what do we do now, we just find a way to work around it. You’re not stopping us, we won’t play songs from the first 3 CDs then, we’re still playing, making CDs, fans are coming. You know, so you just take it in stride and work around it. It’s a lot better now. Last tour we did in Europe we were allowed to play the songs. I don’t know what happened, whether it’s a statute of limitations or they just don’t care anymore or something. But now we’re allowed to go and play the songs. So we just stuck to it. Stuck to what we’ve done, don’t play some songs, and now we’re able to. So yeah, you just can’t let it bother you. It’s unfortunate that it exists. What can you do? I guess, just do your thing and work around it. » (puregrainaudio).

« On vous a interdit de jouer des chansons des trois premiers albums en Allemagne mais cette interdiction s’est éventuellement expirée et vous avez pu jouer de ces chansons lors de votre passage au Wacken… comment étaient les réactions?

  Pat O’Brien :: Cannibal Corpse
R C’était vraiment dément. Les fans de Cannibal Corpse là-bas veulent entendre Hammer Smashed Face depuis toujours! La dernière fois que nous avons joué au Wacken, nous avons pu le faire alors les réactions s’en sont suivies! Ces gens ne veulent pas que le gouvernement choisisse pour eux quoi écouter. Ils ne veulent pas de censure. C’est ridicule tout cela… Pendant des années, nous allions jouer dans des petits bars ou des petites salles et nous devions signer des papiers comme quoi aucun titre des trois premiers albums ne serait joué. De temps en temps, nous en échappions une sans faire trop exprès (rires) et, je te le jure, les exécutifs de la compagnie de disques en Allemagne en entendaient parler le lendemain. De temps en temps, un gars aucunement subtil s’approchait de nous en nous demandant si nous avions joué Hammer Smashed Face à Leipzig, par exemple. Évidemment, si nous avions joué une chanson des trois premiers albums dans un contexte comme un festival ou quelque chose du genre, nous aurions tous étés arrêtés. Il arrivait très fréquemment que des officiers de police se pointaient à nos spectacles avec une expression de « Que diable fais-je ici » au visage, alors que nous étions en train de jouer. Comment veux-tu qu’ils sachent la différence entre Hammer Smashed Face et Fucked With a Knife? Et ne me laisse pas te parler d’à quel point je trouve cela aberrant d’avoir dit cela moi-même… penses-y, nous pouvions jouer Fucked With a Knife, mais pas question de jouer Hammer Smashed Face…
  Fred Laroche :: CDM
Q J’ai décidément du mal à imaginer qu’ils puissent différencier les chansons des 3 premiers albums des autres chansons…

  Pat O’Brien :: Cannibal Corpse

R

Pfff… bien sur qu’ils ne sont pas capables! Voyons! A moins que l’un d’eux soit un fan de notre musique en secret… De toute façon, ils l’ont dans le cul aujourd’hui puisque cette censure a fait en sorte que les fans ont voulu entendre les chansons encore plus. Ça a fait en sorte que les fans étaient encore plus intéressés à acheter ces albums puisqu’ils étaient difficiles à trouver et qu’ils étaient en fait des items de collection. » (Capitale du Metal)

Non seulement les résultats concrets de la censure sont généralement très discutables (publicité paradoxale, contournement des décisions de justice éventuelles, piratage) mais ils passent complètement à côté du problème très légitime auquel celle-ci vise à répondre. Non seulement en effet la plupart des fans de metal les plus hostiles au christianisme ne se sentent pas particulièrement poussés à se remettre en cause, mais ils se braquent et tirent de ce type d’action la confirmation de leur vision des chrétiens comme bornés et intolérants: ou comment le repli communautaire des deux côtés tue le dialogue et ne fait qu’alimenter la popularité et l’argumentation des groupes les plus hostiles au christianisme.

Le refus de mettre en avant et/ou de proposer à la vente tout support de quelque forme que ce soit et incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit »

Reprenons l’exemple de Cannibal Corpse:

« As of October 23, 1996, the sale of any Cannibal Corpse audio recording then available was banned in Australia and all copies of such had been removed from music shops. At the time, the Australian Recording Industry Association and the Australian Music Retailers Association were implementing a system for identifying potentially offensive records, known as the « labelling code of practice. »

As a result, until April 1, 2006, only one Cannibal Corpse album, Gallery of Suicide, was listed in even the most explicit class of records allowed to be sold in Australia, and even that one disappeared from all legal classification after 2001. Thus, from at least April 1, 2003 to March 31, 2006, it was illegal for Australian music retailers to sell any audio recording produced by Cannibal Corpse. However, from April 1, 2006 to March 31, 2007, it became legal to sell all ten of the studio albums that the band had recorded by them, as well as the live album Live Cannibalism, the boxed set 15 Year Killing Spree, the EP Worm Infested, and the single « Hammer Smashed Face. » » (Corpseclothing).

La censure, comme souvent (cf. par exemple le destin du Comic Code Authority aux Etats-Unis, ou de la censure cinématographique en France), n’a duré qu’un temps. A-t-elle réduit le succès de Cannibal Corpse? Non. A-t-elle incité le groupe a adoucir les textes de ces morceaux? Non. A-t-elle suscité une prise de conscience dans le milieu du métal sur le contenu des paroles? Non. A-t-elle contribué à l’essort de la christianophobie chez une partie des métalleux? Manifestement oui, si j’en crois les réactions sur les sites de metal à chaque occurrence de ce type de censure.

En effet, la censure n’est pas efficace contre le metal pour la raison suivante: le métal y a été confronté tout au long de son histoire, et la plupart de ses courants les plus extrêmes se sont définis et ont trouvé leur audience en réaction à ses exigences:

« Un autre point, sur lequel nous avons déjà quelque peu discuté précédemment, a également contribué à la solidarité du milieu: nous faisons ici allusion à l’union du milieu Metal contre la censure. Contre le PRMC (cf. supra), contre les opprobres faites u Metal par certaines associations religieuses ou parentales, le Metal s’est retrouvé d’autant plus soudé au sein de la micro-famille qu’il forme. Il est pourtant à noter que ses réponses aux diverses accusations furent souvent de minces stratégies de défense, le Metal ne reniant pas son côté ostentatoire et parfois amoral. A cela notre question précédente refait surface: la liberté de tout dire que nombreux de ses protagonistes s’octroient peut-elle coexister avec le système en vigueur et ses valeurs? Nous ne pouvons donner présentement une réponse claire à cette question. Néanmoins ces deux facteurs-statut de paria, censure- que nous venons d’évoquer permettent de mieux saisir la force unitaire dans laquelle le Metal s’est formé. En cela les acteurs du milieu Metal s’avèrent engagés et solidaires, attributs qu’ils expriment au travers de leur distinction sociale-visuelles ou autres-, au travers de leur connaissance partagée du genre et qui circule par une médiation passionnelle, mais surtout par une forme de rebellion qui consiste à aller contre le courant principal (en anglais: le mainstream), contre le socialement ou le politiquement correct, ou d’une manière générale à se tourner vers ce qui leur semble le plus proche de l’authenticité » (Le Metal: étude d’un genre ambigu, extrême, protéiforme, mémoire de DEA par David Moussion, sous la direction de Jean-Paul Olive, PU à l’Université Paris VIII, p. 47).

Le métal est né de la confrontation à la censure, et en chercher les failles est l’une des raisons d’être de ses variantes les plus extrêmes, comme le grindcore, le death ou le BM. Comment croire que ce qui a suscité initialement ces provocations va parvenir à les museler sur le long terme? Le blogueur hostile au Hellfest Les Yeux Ouverts s’est plaint récemment du communautarisme des métalleux (dans une interview accordée au site Liberté Politique) , mais il ne semble pas se rendre compte que celui-ci est né historiquement d’une réaction contre la censure mainte fois exercée et dès l’origine du genre sur certains groupes de métal, et qu’en appelant lui-même à la censure du festival, il ne fait que l’alimenter et confirmer la raison d’être de groupes tels Belphégor ou Mayhem. C’est en montrant que nous sommes capable de dialoguer et de nous remettre en cause que nous infirmerons l’idéologie de ces groupes, et non en répétant à l’infini les maladresses qui les ont fait naître et leur ont donné leur popularité.

« La non promotion sous quelque forme que ce soit à l’intérieur de l’enceinte du festival : de la violence y compris à caractère sexuel ; des transgressions contre nature ( nécrophagie, profanation…) ; des comportements dommageables pour l’intégrité physique des personnes ( mutilation, suicide, appel au meurtre…) ; du satanisme. « 

L’ajout du satanisme à cette liste est révélatrice de la confusion d’esprit des auteurs de cette pétition, qui mêlent en une même approche apologétique et argumentation juridique. Si le satanisme est bien évidemment condamnable dans une perspective chrétienne, et doit être combattu sur le terrain des idées, comment justifier son interdiction sur le plan du droit positif au nom d’une démarche qui entend combattre « la haine contre quelque communauté que ce soit »:

N’importe quelle personne hostile à l’Eglise et sachant additionner « 2+2 » aura tôt fait de retourner l’argument contre les auteurs de cette pétition, et de les accuser de tentative de discrimination contre les minorités religieuses qu’ils désapprouvent. C’est ce qui arrive quand on tente de retourner soit-même le discours victimaire des minorités hostiles au christianisme: on finit par s’enfermer dans des contradictions logiques.

En effet, il est possible: soit de mener le combat sur la terrain juridique, donc dans une perspective éventuellement contraignante,  et de défendre le respect de toutes religions, sans préjudice de leur enseignement, soit de le faire sur le terrain doctrinal, et donc de se donner les moyens de critiquer ce contenu, mais dans une démarche qui est une démarche de dialogue et non de contrainte politique et juridique, soit d’essayer éventuellement de tenir ces démarches de manière parallèle. Mais les confondre au sein d’une même demande, une même phrase a fortiori,  est très maladroit, et donne une impression de sectarisme et de logique partisane.

3)L’esprit de la pétition:

Le collectif auteur de cette pétition entend marquer la fin du dialogue:

« Le dialogue instauré depuis des années avec les organisateurs et qui s’est traduit l’année dernière par une table ronde n’a pas porté les fruits escomptés puisque les organisateurs et les pouvoirs publics n’ont tenu aucun compte des alertes et des appels à la responsabilité.

Avec les programmations d’une quinzaine de groupes de la même veine, voire pire que l’édition 2010, la fête de l’Enfer continue les provocations et la promotion du satanisme.
Le temps du dialogue est donc arrivé à son terme.
C’est pourquoi le collectif de lutte contre toutes les provocations violentes et haineuses« Provocshellfestcasuffit » a été constitué.
 A-confessionnel au sens de son autonomie par rapport aux instances religieuses et a-politique au sens de son indépendance par rapport aux partis politiques, le collectif a pour objectifs :
Continuer d’alerter
Faire pression afin que les provocations évoquées plus haut cessent
Son action n’est donc en aucun cas dirigée contre les métalleux en tant que personne, tout en soulignant tout de même leur propre responsabilité.
Le collectif « Provocshellfestcasuffit » est par conséquent ouvert à toute personne, physique et/ou morale, qui souhaiterait apporter sa pierre à cette démarche qui s’inscrit dans le temps » (« Qui sommes nous?« ).
On peut se demander si le dialogue a effectivement commencé, tant les échanges sur certains sites sont parfois violents et péremptoires des deux côtés. On peut également s’interroger sur l’étrange conception du dialogue qu’a ce collectif, qui semble placer la remise en question d’un seul côté, et ne juger les fruits du dialogue qu’en fonction des concessions obtenues sur le court terme (alors que le collectif inscrit sa propre démarche « dans le temps ».
Je m’interroge pour ma part sur les fruits qu’espèrent obtenir à long terme les auteurs de cette pétition: on ne change pas les mentalités par la contrainte, l’Histoire l’a assez prouvé. Et quel sens donnent-ils à leur engagement de chrétien dans la cité?
Etre chrétien, ce n’est pas la même chose qu’être homosexuel, femme, membre d’une minorité ethnique, etc. Il ne s’agit pas simplement de revendiquer d’être ce que l’on est sans être embêté par personne, ce n’est pas juste une question d’identité à affirmer et à défendre. Le sens de notre baptême, c’est certes de refuser le mal, mais plus profondément encore  de répandre le bien, d’annoncer une Bonne Nouvelle, d’évangéliser, de convertir les coeurs des païens, de les disposer  à entendre  l’Evangile… C’est non seulement l’une des significations primordiales de notre engagement de baptisés, mais également une revendication très actuelle de notre communauté. J’assistais hier soir à la messe chrismale de mon diocèse. Lors de l’homélie, l’évèque fit le bilan des remontées des différentes équipes paroissiales qui ont participé au synode lancé en septembre dernier (je suis paroissien du diocèse de Versailles). L’une d’elles était la suivante: que la nouvelle évangélisation soit moins dans les paroles et davantage dans les actes.
Quel est l’apport de cette pétition à cet impératif de l’évangélisation? Il est à mon avis égal à zéro. Comment disposer en effet à l’écoute et à la conversion des gens à qui on commence par dire « le temps du dialogue est révolu », qu’on tente de faire céder sous la pression du nombre et des menaces de procès? Le Hellfest attend en moyenne chaque année autour de 70 000 festivaliers: et bien cela fait 70 000 personnes que cette pétition risque de dégoûter durablement du christianisme. Bravo pour l’effort d’évangélisation: c’est bien la peine qu’on se casse le c… dans nos paroisses, avec notre famille, nos amis ou au travail pour essayer de faire évoluer la vision de l’Eglise, si c’est pour se faire pointer que les catholiques sont les premiers à proclamer la fin du dialogue dès que le cours de celui-ci n’évolue pas comme ils l’auraient souhaité!
Je ne résiste pas à ce sujet à la tentation de faire le parallèle avec cette polémique autour de l’exposition à Avignon d’une oeuvre intitulée Piss Christ, qui représente un crucifix plongé dans de l’urine, et qui a suscité la vindicte de diverses organisations catholiques.
Les similitudes avec la polémique autour du Hellfest sont nombreuses: une manifestation artistique semble verser dans le blasphème: en réponse, une association catho, Civitas, au demeurant très liée à Catholiques en campagne qui était l’auteur de la pétition anti-Hellfest de l’an dernier, lance une pétition demandant aux pouvoirs publics d’interdire cette oeuvre, avec des arguments très proches de ceux habituellement invoqués contre le Hellfest. Les résultats à ce jour sont édifiants: une oeuvre relativement confidentielle acquit une notoriété extraordinaire, quelques jeunes crurent bons de la détruire, pour rien puisqu’elle est à nouveau exposée, si ce n’est qu’ils ont faipasser par leur acte les catholiques du statut de victimes à celui d’agresseurs, et les responsables de l’exposition de celui d’agresseurs à celui de victimes.
Ce fait divers déplorable me parait lourd d’enseignement pour la polémique autour du Hellfest. En effet:
-On parle beaucoup de la responsabilité des groupes et des organisateurs du Hellfest, et de leur influence éventuelle sur les jeunes les moins aptes à discerner. Cette interrogation me parait pouvoir s’appliquer également aux collectifs anti-Hellfest: à force de présenter l’Eglise comme une citadelle assiégée, victime des pires discriminations et exactions, il parait peu étonnant que des jeunes soient poussés à des actes de révoltes, voire à des délits, et (pourquoi pas un jour prochain?), à des crimes, en croyant protéger leur foi contre une société corrompue et les maneuvres du démon. La christianophobie croissante de certains milieux, et les outrances de certains sites et associations cathos sont les deux versant d’un même problème, qui est la dissolution du tissu social et le repli derrière les belles idéologies communautaires. Ne nous laissons pas gagner par ce cancer en cherchant à l’opérer chez l’autre.
-Pour éviter d’être des victimes, certains catholiques décident de se faire des agresseurs, par des pétitions, des menaces, des manifs, … et, nous l’avons vu, parfois par la violence. Voilà qui renverse dramatiquement l’enseignement de l’Evangile, qui incite à tendre l’autre joue et à se faire serviteur . Je sais bien que dans certains milieux on aime à parler de la « Sainte Colère » et à citer abondamment l’épisode des marchands du temple. Je suis peu convaincu: cette scène ne décrit pas Jésus appelant ses disciples à la résistance civile, mais un Fils chassant des intrus de la maison de SON Père. Hors de cette maison, point de « Sainte Colère », mais les humiliations et les tortures subies, en restant ferme sur le message, mais dans l’humilité,  de la Passion. Nous ne sommes pas le Christ, et je ne pense pas que nous sommes à même de juger avec la même autorité des pécheurs tels que nous, et de les chasser de semblable façon. Le Christ nous appelle en effet à nous juger nous mêmes avant de juger autrui, et à porter notre propre croix. Il nous appelle à vivre par cette dernière plutôt que par l’épée, et c’est donc à mon avis sur notre imitation de sa Passion que nous serons jugés, de préférence à celle de sa Sainte Colère. Dans le cas du Hellfest, vivons notre Passion en répondant aux outrages de certains groupes par le témoignage de tout ce que notre foi nous a apporté de Bon, de Beau et de Vrai, et ainsi nous changerons les coeurs avec succès, de même que le Christ a préféré la Croix et la promesse du rachat des péchés aux condamnations et aux menaces (même s’il a toujours veillé à rappeler les conséquences d’un refus de la Grâce proposée, mais sans chercher à contraindre quiconque). Même lorsqu’il a envoyé ces disciples annoncer l’Evangile, il ne leur a pas demandé de menacer ceux qui refuseraient de les accueillir, ou de lancer des campagnes contre eux, mais de secouer la poussière de leurs semelles et de s’en aller.
-Certains disent que ces pétitions ont au moins le mérite d' »être là » pour défendre l’Eglise, et que « c’est toujours mieux que de ne rien faire ». Quel a été le résultat de la pétition de Civitas: une oeuvre qui était connue de peu de catholiques (elle date de 1987 et c’est seulement maintenant que la polémique surgit!), et qui donc en choquait peu, est devenue connue de tous, et en a donc choqué un nombre beaucoup plus importants. Et les catholiques, qui étaient les victimes et qui à se titre pouvaient demander la sympathie, sont devenus les  agresseurs et ont suscité l’opprobre. Je vais peut-être passer aux yeux de certains pour un « tiède » (et franchement je m’en moque bien), mais je pense que pour le coup, ne rien faire aurait été beaucoup mieux…
Voilà donc pourquoi je ne signerai pas cette nouvelle pétition contre le Hellfest, et déconseille de le faire, même si je salue un certain effort d’information et de nuance par rapport à celle de Catholiques en Campagne l’an dernier.
Pour conclure et ouvrir le débat, je signale l’information suivante:
« À l’occasion du 40è anniversaire de la dissolution des Beatles, le Vatican a rendu hommage samedi aux quatre garçons dans le vent dans son hebdomadaire l’Osservatore Romano. Dans un article, le Vatican déclare qu’il pardonne aux Beatles pour leurs commentaires « sataniques » et notamment ceux de John Lennon qui déclarait en 1966 que son groupe était plus populaire que Jésus Christ. Le Vatican a également déclaré que les Beatles était « un joyau » de la musique. « Il est vrai que le groupe consommait de la drogue, qu’ils vivaient dans l’excès à cause de leur succès. Ils ont même dit qu’ils étaient plus connus que Jésus Christ et on fait passer d’autres messages mystérieux à connotation satanique. Ils n’ont peut-être pas été le meilleur exemple qui puisse être pour la jeunesse de l’époque, mais ils n’étaient pas les pires. Leurs belles mélodies ont changé le monde de la musique et continue encore aujourd’hui à donner du plaisir », écrit l’Église Catholique.  John Lennon avait également déclaré lors de cette fameuse interview que la chrétienté finirait par disparaître. « Elle va s’éteindre et sombrer. Je n’ai même pas besoin de le prouver…Je ne sais pas qui du rock and roll ou de la chrétienté des disparaîtra le premier » avait-il affirmé, choquant le Vatican. Une page est donc tournée aujourd’hui et l’Eglise Catholique semble définitivement réconciliée avec les Beatles. Interviewé sur la chaîne américaine CNN, l’ancien batteur du groupe, Ringo Starr, qui vient de sortir un nouvel album intitulé « Y Not », a déclaré mardi qu’il se fichait du pardon du Vatican. « Ils ont déclaré à l’époque que nous étions sataniques et ils ont quand même réussi à nous pardonner ? Je pense qu’ils ont mieux à faire que de parler des Beatles », a-t-il expliqué » (Le Parisien).
Si on peut pardonner à certains groupes leurs « messages mystérieux à connotations sataniques » au nom de la musique, pourquoi pas à tous?