Archive pour Evangélisation

« Christians Against Black Metal »: le retour de la vengeance de la mort qui tue!

Posted in Christianisme et culture, Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal, Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , , , on 28 mai 2013 by Darth Manu

christians against black metal

J’ai été pas mal absent de ce blog ces derniers mois, du fait, d’une part, d’un alourdissement de ma charge de travail qui devrait se résoudre dans les prochaines semaines, et d’autre part parce que le débat sur le « mariage pour tous » m’a beaucoup préoccupé, pour les raisons que j’ai exprimées sur Aigreurs administratives, et ne m’a pas laissé beaucoup de temps ni de disponibilité d’esprit pour écrire sur le black metal (ni même pour en écouter 😦  ). Ce court billet, sur un sujet relativement anecdotique, se veut donc un coup d’envoi, en attendant que je finisse mes brouillons en court (un billet sur black metal et santé en réponse à un article publié par Etienneweb sur le site du Collectif Provocs Hellfest, un sur la place qu’il convient de donner à mon sens à l’imaginaire sataniste dans l’évaluation du rayonnement culturel du black metal, un sur la fonction du « morbide » dans ce même courant musical, et la suite de mon avant-dernier billet, sur la « guerre culturelle »). Venons-en maintenant au sujet du jour: un de mes contacts facebook a signalé sur son mur la page suivante (Correctif du 5/07/2013: un commentateur me signale qu’il s’agirait d’un fake):

« Christians Against Black Metal. BAN this sick form of « music »

Black Metal is a Perverse, Blasphemous type of music from Scandanavia. It degrades children into Homosexuals, Arsonists and Sodomites. It MUST be banned. »

Je passe rapidement sur l’usage abusif des majuscules, qui donne l’impression que l’auteur partage a minima avec ceux qu’il dénoncent un goût certain pour la dramatisation à l’excès et le spectaculaire, et sur sa fixation évidente (quoique d’actualité) sur l’homosexualité, qui monopolise pas moins de deux des trois conséquences supposées, sur nos chères têtes blondes, du black metal (on trouve quelques figures célèbres d’homosexuels dans le black metal: je pense notamment à l’ancien membre de Gorgoroth puis Godseed, Ghaal. Cependant, il me semble que le milieu du black metal, et plus généralement celui du metal, sont encore loin d’être « gay friendly« , et qu’il y aurait pour les chercheurs en études de genre matière à réflexion sur les stéréotypes sur l’homosexualité, et plus généralement sur la sexualité dans son ensemble, véhiculés par ces msuiques, leur iconographie, leurs textes, etc.).

Je voudrais faire trois remarques sur cette page, non pas parce qu’elle aurait une quelconque originalité qui aurait attiré mon attention, mais au contraire parce qu’elle me parait pour ainsi dire archétypique d’une méthode et d’une vision du monde que la quasi totalité des initiatives chrétiennes de dénonciation du metal ont en commun:

1) un rapport naïf, unilatéral et hégémonique au multiculturalisme:

– Pourquoi naïf? Ce qui frappe dans ce type d’initiative, c’est l’importance donnée à l’intuition fondatrice, qui devient le critère définitif de toute appréciation du sujet, de manière quasi dogmatique. Ainsi, des personnes qui ignoraient tout du metal, n’en ont jamais écouté, ne se sont jamais rendu à des concerts ou des festivals, ne fréquentent pas ou très rarement des métalleux, s’improvisent en quelques mois, voire quelques semaines, des spécialistes, capables d' »alerter » leurs concitoyens sur la « réalité » de cette musique, et d’en remonter aux metalleux les plus aguerris. Il y  là une forme de confiance absolue en son jugement propre et en sa vision du monde bien à soi qui ne me parait pas si commune, et me frappe de plus en plus au fil des années. Comme si tout phénomène s’offrait d’emblée en totalité à notre perception et à notre jugement. Comme si juger du bien et du mal était évident, sans contre-exemples, sans situations trompeuses, sans complexité des réalités observées. Comme si discerner se limitait à constater.

– Pourquoi unilatéral? Lorsqu’on voit des milliers de personnes s’enthousiasmer pour quelque chose qui nous choque et nous parait « contre nature », on pourrait prendre le temps d’essayer de comprendre ce qu’une personne rationnelle peut trouver à quelque chose qui nous parait si détestable, essayer de mieux le connaitre, d’en délimiter les niveaux de discours, de signification, les objectifs réels, l’impact esthétique, la genèse historique. D’essayer de trouver tout ce positif que tant de personnes puisent dans le négatif, de saisir comment elles peuvent prétendre trouver de la joie, voire un sens à leur vie dans l’exaltation apparente de la maladie, du désespoir et de la mort, par exemple. Quitte le cas échéant à en souligner les limites et les contradictions, ou les illusions, éventuelles, d’une manière d’autant plus précise qu’elle est informée et l’aboutissement d’un dialogue en profondeur.

L’auteur de la page qui nous occupe, ainsi que nombre de ses prédecesseurs, adopte clairement une démarche symétriquement inverse. Il montre ce qui le choque (ainsi une interview provocante de Dark Funeral) ou ce qu’il considère élever les âmes (ainsi des exemples de « vraie musique » à ses oreilles), et situe ainsi le gros du travail de comparaison, de hiérarchisation, de compréhension et de discernement du côté de ses contradicteurs. Le post suivant me parait à ce titre exemplaire:

« Y’all are saying that you’re open minded, decent folk. Well, go prove it and go to Church, tomorrow. Attend the Sunday service, and see if it’ll change your view on Christians.
Maybe then you’ll start understanding that we aren’t children raping , crusading monsters. A lot of bad things can be said about the things Black Metal has done in the past, too. And continues to do. »

On pourrait le prendre au mot et renverser sa remarque, en lui suggérant d’aller à des concerts et des festivals, et de discuter IRL avec des metalleux. Ce qui lui permettrait peut-être de constater qu’ils ne sont pas tous des pyromanes, des tueurs ni même haineux envers les chrétiens. Mais il ne semble même pas réaliser une seule seconde la possibilité de cette réciprocité. Parce qu’il ne se situe pas dans un rapport réciproque: il ne mène pas un dialogue, mais donne un enseignement.

– Pourquoi hégémonique? Précisément parce qu’il place la quête de la vérité du côté de ceux auxquels il s’adresse, et le contenu de celle-ci dans son discours propre. Ce faisant, il ne se positionne pas en tant que chercheur, ou même en temps que partisan (qui assumerait le caractère partial et inachevé de son point de vue, tout en l’admettant par là même) mais comme prédicateur. Il ne donne pas sa vérité (qu’il ne comprend pas l’engouement pour le black metal, que celui-ci le choque), mais la Vérité (que le black metal blasphèmerait contre le Saint Esprit, seul péché irrémissible pour les chrétiens, qu’il pervertirait les enfants, pour les transformer en homosexuels, pyromanes, ou encore sodomites, qu’il existe une vraie musique, avec laquelle il n’aurait aucun rapport, etc.). On comprend donc pourquoi il se soucie si peu de discerner la vérité (ou les vérités) du black metal: il vient lui apporter la Vérité. Il se considère comme un messager, plutôt que comme un chercheur. Les prophètes ont-ils étudié les ressorts économiques et sociaux des civilisations sont ils dénonçaient la corruption. Non, ils sont venus apporter non pas leur parole, leurs impressions subjectives, mais la Parole de Dieu qui leur a été confiée. Mais notre compréhension de ce que sont l’amour de Dieu et le blasphème rejoignent-elle celle de Dieu? En imitant la démarche des prophètes du premier testament,ne risquons-nous pas d’oublier ce qui nous en différencie: que nous n’avons pas de mandat explicite et donné d’avance contre telle ou telle situation de corruption? Et qu’étant nous aussi prophètes par notre baptème, mais de manière souvent plus invisible, plus quotidienne, ordinaire, cette parole de Dieu, nous avons à la chercher tout autant qu’à la prédire, et autant dans ce qui nous choque, et pourtant réjouit notre prochain, en cherchant à comprendre cette positivité apparement incompréhensible et paradoxale du négatif

2) un manque de perspective sur la diversité des cheminements et des points de vue individuels:

Que fait cette page? Elle alterne entre dénonciation et évangélisation: elle montre ce qui choque l’auteur dans le black metal, et ce qui le rend heureux dans le christianisme. Elle se veut un témoignage. En soi, c’est très bien. Ce qui me dérange ici, c’est la forme que prend ce témoignage, son caractère purement exemplaire et pour tout dire, subjectif. On a un peu l’impression que l’auteur pense que si ses lecteurs, et l’ensemble des black metalleux, voyaient comme s’ils étaient dans sa tête, s’ils écoutaient la musique comme il l’écoute et voyaient le metal comme il le voit, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.Or, tout le monde n’est pas touché de la même manière par une même musique, que ce soit par rapport à d’autres auditeurs, ou bien suivant le moment de sa vie, et de son cheminement personnel. Certains chrétiens, de toutes sensibilités, sont touchés par le black metal. Ainsi le membre unique du groupe Elgibbor, à sa conversion, a renoncé à son satanisme passé, mais également à toutes ses addictions, mais a persévéré dans le black metal, parce que, à la lumière de sa conversion, il y a vu un moyen puissant d’évangélisation et de témoignage. Inversement, si j’en crois le « révérend » de l’Eglise de Satan Gavin Baddeley, dans son livre L’essort de Lucifer, Anton LaVey, le fondateur de cete dernière, n’aimait aucun groupe de metal, à l’exeption (si je me souviens bien, je n’ai pas le livre sous les yeux) de Mercyful Fate. Il ne suffit pas de dire que les paroles et l’iconographie du black metal sont souvent choquantes, que son son est violent et morbide, mais de faire la cartographie de ses auditeurs, de comprendre qui l’aime et pourquoi, ce que j’ai essayé de commencer dans quelques billets ( le plus approfondi ici), sans avoir encore thématisé cette idée de cartographie qui vient de me venir à l’esprit. Et en partant de ce public et de sa diversité, et non plus des seuls paroles, on commence à appréhender la diversité des personnes et des états intérieurs de vie , y compris pour pour certains profondément spirituels et chrétiens, avec lesquels cette musique a pour effet d’entrer en résonance, ce qui permet d’en dresser un portrait et une compréhension beaucoup plus nuancés que de prime abord.  Et de sortir d’une confrontation binaire des points de vue, entre « pros » et « antis » metal, pour commencer à appréhender les interactions complexes entre les cheminements individuels et les phénomènes culturels, ce qui permet par exemple de proposer des éléments de discernement du multiculturalisme qui ne tombent ni dans le relativisme ni dans la dénonciation, mais qui permettent, pour chaque intersection entre groupes culturels, de mettre en évidence des points de dialogue et de rencontre, voire d' »élevation » commune, et au contraire d’autres qui constituent des ruptures, des clôtures, ou des casus belli. C’est pourquoi je trouve si intéressant (goûts personnels mis à part) d’examiner de manière privilégiée le cas du black metal chrétien, qui, précisément parce qu’il est ouvertement paradoxal et apparemment contradictoire, permet de poser avec netteté et précision les enjeux, les tenants et les aboutissements de la révolte supposée du black metal contre le christianisme, et plus largement contre tout ce qui peut apparaitre comme des idéaux positifs faisant largement consensus dans nos sociétés.

3) la figure imposée de l’enfance en péril:

C’est sans doûte la conjonction avec les « manif pour tous » qui m’y fait penser, mais je suis frappé par cette récurrence de la figure de « l’enfance en danger » chez les pourfendeurs des « contre cultures ». L’enfant, objet malléable à merci, aussi exposé aux influences culturelles « extérieures » qu’il semble bardé de défenses très difficilement pénétrables contre l’enseignement de ses parents et de ses enseignants, serait perverti au jour le jour par le metal, les jeux vidéos, les séries trop violentes, etc. Ainsi dans notre exemple, il risquerait au contact du black metal de développer des prédispositions « perverses » pour les incendies volontaires et la sexualité anale. Je ne dis pas que certains divertissement culturels n’ont aucun impact, et il est tout à fait du ressort des éducateurs de développer chez ceux dont ils ont la charge une conscience claire de ce qui est bien et de ce qui est mal, et le goût du beau et du vrai. Et au préalable, de se former soi-même à ces enjeux. Cela dit, cela semble une curieuse façon de mettre au centre le bien des jeunes générations, que d’accueillir avec méfiance tout ce qui semble nouveau et inhabituel. Eduquer au beau et au vrai, c’est aussi s’éduquer soi-même avec les enfants (ou les adolescents) et découvrir de nouvelles formes de beauté et de nouvelles perspectives sur la vérité et le bien. Non pas que tout est acceptable (et on peut s’interrogerselon moi légitimement sur le « photoréalisme » de certains FPS, sur l’hypersexualisation d’icônes de dessins animés, de bandes dessinées, ou de jeux vidéos). Mais je pense qu’au souci parfaitement légitime de préserver les enfants d’influences nocives peuvent se mêler un certain nombre d’injonctions de nature sociale et comportementale, qui viseraient à valoriser les loisirs qui sont dominants dans leur groupe d’appartenance, et à les dissuader de pratiquer ceux qui y apparaissent dissonnant: ainsi certains vont valoriser des activités « saines » telles que le théâtre, certains sports, la danse, sur les jeux vidéos, les jeux de rôle. D’autres vont suggérer à leur enfant de faire du piano ou de la guitare électrique plutôt que de la basse ou de la guitare électrique. Je caricature un peu, mais je pense que nous sommes tous tentés de valoriser des modèles qui ne sont pas seulement de nature morale, mais qui s’inscrivent dans des rapports sociaux liés à l’habitude et à la perception des rapports de pouvoir dans la société (quelles activités sont associées à la réussite, à une meilleure intégration et quelles autres semblent liées à des formes de marginalités, voire de révolte?). Or, que nous enseigne souvent notre propre histoire: qu’il est dans la nature même de ces normes d’évoluer, instituant leur propre obsolescence à force de répétition et de décalage avec les besoins de chaque génération: ainsi les jeux vidéos, les dessins animés japonais ou le metal lui-même ne suscitent pas la même opprobe que pour la génération précédente, qui elle-même avait lutté pour faire accepter comme des divertissements « convenables » le rock et la lecture de bandes dessinées. Plutôt que de nous braquer, apprenons donc à anticiper ces déplacements, qui constituent des apports de chaque générations par rapport aux précédentes, et prenons conscience que, sans renoncer bien sûr à notre jugement d’éducateur adultes, ce dernier a tout à gagner à se laisser éduquer par les formes nouvelles de culture ou de contre-culture qui choque notre sensibilité, parfois parce qu’elles sont intrinsèquement contestable, mais souvent parce qu’elles annoncent quelque chose de nouveau qui nous parait étranger par rapport à nos valeurs, mais qui anticipe partiellement le génie futur des générations nouvelles. Et demandons si ce qui nous choque fait obstacle à notre perception du bien et du mal, ou bien à notre désir de reconduire sous forme d’injonction culturelle nos critères propres d’identification  à tel ou tel groupe et telle ou telle situation au sein d’une hiérarchie sociale.

Conclusion:

Je me suis un peu éloigné, dans ma troisième remarque, du black metal qui n’est plus si jeune, et dont les initiateurs sont quadragénaires et, pour nombre d’entre eux, eux-mêmes pères de famille (mais tout en m’étant efforcé de rester dans cette thématique enseignement – dialogue / enseignement-prédication). Ces trois brèves remarques avaient surtout pour objet de saisir, sans les approfondir ici-même, ce qui m’apparait de plus en plus comme des types psychologiques et sociaux cohérents de la dénonciation chrétienne des « contre-cultures ». Sans y réduire ou y enfermer tous les discours ni tous les arguments de cette dernière, je commence à me dire qu’une étude de la psychologie, de la sociologie, des cadres intellectuels et des représentations (pour ne pas dire des mythes) des groupes et des particuliers chrétiens qui luttent contre les différents avatars récents de la culture populaire serait, non seulement d’une lecture tout à fait passionnante, mais très intéressantes pour comprendre les positionnements proprement culturels et temporels qui interagissent, dans l’Eglise, avec ce dépôt de la foi qui unit ses membres, et qui conditionnent en partie la manière dont elle aborde, à une époque donnée, les combats qui sont les siens, et l’image qu’elle donne d’elle-même et de son message à la société profane. Ce qui a sans doute été fait par des gens beaucoup plus compétents que moi, mais dont je prends de plus en plus conscience de l’importance dans les enjeux d’évangélisation et de témoignage: qu’est-ce qui dans notre compréhension du Beau, du Bien et du Vrai, nous vient de l’esprit, et qu’est-ce qui nous vient des usages et des intéressements qui nous sont légués, socialement et culturellement, par notre époque, notre lieu de vie et notre milieu? L’opportunité de la question est évidente; le contenu de la répons sans doute moins…

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#EGC « L’art contemporain, voie de spiritualité ? » : christianisme, black metal et art contemporain

Posted in black metal et art contemporain with tags , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2012 by Darth Manu

Il m’a été proposé, ainsi qu’à plusieurs autres blogueurs catholiques, de promouvoir la tenue prochaine des Etats Généraux du Christianisme par un article sur mon blog, en lien avec l’un des thèmes qui y seront traités, dans le cadre d’un partenariat de mes amis de la Fraternité des Amis de Saint Médard avec le journal La Vie et l’émission Le Jour du Seigneur.

Les thèmes qui m’étaient proposés me paraissant assez délicats à croiser avec une réflexion sur le black metal, j’ai suivi le conseil qui m’était donné, et consulté le programme des EGC pour voir si un autre thème me conviendrait davantage. Et j’ai en effet trouvé ce que je cherchais:

Samedi 13 octobre 2012 14h-15h30:  » L’art contemporain, voie de spiritualité ? » Un débat animé par Isabelle Francq,journaliste à La Vie. Avec Jérôme Cottin, théologien, Université de Strasbourg.

Cela faisait un bon moment que je voulais traiter des relations entre black metal, art contemporain et christianisme,  la lecture cet été du livre Black Metal et Art contemporain: tout détruire en beauté, de Gwenn Coudert, m’encourageant et m’inspirant fortement en ce sens, et ce thème me permet de faire d’une pierre deux coups, en traitant cette question tout en participant à la campagne d’articles autour des EGC.

1) Le débat entre chrétiens et art contemporain

En France à l’heure actuelle, ce débat parait assez mal engagé, comme en témoignent les manifestations catholiques de 2011 en représailles contre diverses oeuvres issues de l’art contemporain: le Piss Christ, et les pièces Sur le Concept du Visage de Dieu et Golgota Picnic, ainsi que les commentaires de divers blogs catholiques sur le lien entre les Pussy Riot et certaines écoles particulièrement extrêmes de celui-ci.

Les propos que François Bœspflug, dominicain, professeur d’histoire des religions à la faculté de théologie catholique de l’université de Strasbourg, a accordés au Figaro à l’occasion de la polémique autour des pièces de théâtre en octobre 2011, aparaissent très révélateurs de cette méfiance des catholiques français à l’encontre de l’art contemporain:

« Le christianisme est-il devenu la cible privilégiée des artistes ?

Oui, sans doute. L’art contemporain est l’une des manifestations de la christianophobie. Pas la seule… Encore faut-il préciser que ce n’est évidemment pas systématique. L’art sacré d’inspiration et de destination chrétienne poursuit sa route et continue de susciter des œuvres. Le septième art, à ma connaissance, est beaucoup moins souvent christianophobe que ne le sont les arts plastiques. Voyez au cinéma le film Des hommes et des dieux, ou Habemus papam, au théâtre les pièces d’Olivier Py, en littérature, en BD…« 

Cet historien des religions oppose quasiment l’art contemporain à l’art sacré, comme si c’était un art maudit!

Pourtant, d’autres chrétiens voient dans les thématiques et les choix esthétiques propres à l’art contemporain, y compris dans certaines de ses variantes les plus provocantes et les plus extrêmes, l’occasion d’un « dialogue », qui met en évidence des « tensions créatrices ».

Ainsi, Jérôme Cottin, théologien protestant et lui aussi enseignant à l’Université de Strasbourg, qui participera au débat des EGC sur « l’art conyemporain, voie de spiritualité »:

« Alors que dans les pays où le protestantisme est culturellement significatif, voire majoritaire, le dialogue entre l’art contemporain et le christianisme est fréquent, il n’en va pas de même en France. Ce dialogue semble être inexistant, ou réduit à quelques exemples sporadiques et non significatifs.

Comment expliquer cela, alors que la France fut, au XXe siècle, le pays dans lequel on trouva quelques uns des plus grands artistes chrétiens (Rouault, Manessier, Gleizes), ou en dialogue avec le christianisme (Chagall, Le Corbusier) ?

Pour certains cela est dû au catholicisme dominant qui, à cause des positions dirigistes du magistère romain, ne favorise pas un dialogue avec des artistes, lesquels exigent qu’ils soient libres de leur art et de leurs revendications. Pour d’autres, c’est le statut particulier du religieux, cantonné à la sphère du privé du fait de la stricte laïcité française, ainsi que la sécularisation avancée, qui en sont la cause. Pour d’autres encore, cela n’a rien à voir avec le christianisme, mais avec l’évolution de l’art qui, depuis plus d’un siècle, s’est émancipé de tout système de pensée. L’art se veut autonome, ne délivre aucun message particulier, si ce n’est celui de l’art. L’art n’a pas de message à faire valoir, il ne montre que des formes.

Toutes ces raisons ont leur pertinence. Mais elles restent insuffisantes, tant qu’aucune enquête approfondie n’a été faite sur les réalisations artistiques elles-mêmes, les intentions et les écrits des auteurs, les contextes de création et de réception des œuvres. C’est ce que je me suis employé à faire, et cela pendant plus d’une décennie. Parallèlement à cette enquête, il fallait aussi délimiter le sujet. Que choisir ? Qu’approfondir ? Que laisser de côté ? Difficulté d’autant plus grande, qu’aujourd’hui tout peut être de l’art, aussi bien une boite de conserve vide, un chiffon, un tas d’objets (ainsi le mouvement récup’art, initié par Ambroise Monod). Même le rien, le vide, l’absence d’objet, la forme virtuelle peuvent devenir œuvre d’art. Soi-même, l’être humain sont parfois l’unique objet de la création artistique.

Mon enquête a pris en compte plusieurs données, afin de les articuler ensemble :

  • Les débuts de l’art contemporain autour des années 1910-20, mais aussi l’art le plus actuel.
  • Les expressions traditionnelles (peinture, dessin, sculpture, gravure), mais aussi les plus novatrices (Land Art, installations, performances, ready-made etc.)
  • Les productions d’artistes en France et en Europe, mais aussi celles d’autres continents (Amérique du Sud, Asie).
  • Les œuvres d’artistes reconnus internationalement, mais aussi celles de (jeunes) artistes, peu médiatisés, travaillant en marge des décideurs du marché de l’art.
  • L’art produit en contexte d’Église, mais aussi celui qui vise à défier ou à provoquer le christianisme.
  • L’art marqué ou stimulé par la théologie protestante (et plus particulièrement réformée), mais aussi celui inspiré par un christianisme plus général, parfois syncrétiste.

À partir de ces perspectives multiples, on découvrira une importante production artistique en relation ou en tension avec le christianisme. Tellement importante même, que des choix furent nécessaires ; des artistes, œuvres et mouvements artistiques durent être laissés de côté. » (« L’art contemporain et le christianisme. Du dialogue improbable aux tensions créatrices » Esprit et Liberté, n° 217, mars 2008).

Le problème ainsi posé, Jérôme Cottin, dans la suite de l’article, rappelle plusieurs tentatives de dialogues entre artistes contemporains et chrétiens,:

– certains réussis, ainsi celui que « l’archevêque de Vienne Otto Mauer, grand amateur d’art contemporain, a su nouer avec l’artiste avant-gardiste Arnulf Rainer » qui…

« le plus grand artiste autrichien vivant, était en révolte contre toutes les institutions qu’elles soient sociales, politiques, artistiques ou religieuses . Il exprima sa révolte contre l’Église en ce qu’il recouvrait un certain nombre de motifs religieux (le Christ, des croix, les Saints, les anges etc.) par des aplats de couleurs, souvent sombres. Sa démarche de « surpeinture » fut, au sens propre, iconoclaste. Mais l’interprète de l’art qu’était Otto Mauer avait compris que, derrière ce refus et ce rejet, il y avait une quête. Ces recouvrements étaient en effet en même temps des dévoilements : Rainer recouvrait certes ces sujets religieux, mais jamais entièrement. Il restait toujours un détail visible ; la figure religieuse prenait alors un autre sens : elle ne disparaissait pas, elle renaissait. Ce dialogue entre Rainer et Mauer s’est approfondi au cours des années, au point que l’artiste autrichien reçut et accepta, en 2005, un doctorat Honoris Causa de l’université catholique de Münster en Westphalie. »

-D’autres ratés:

« – Dans l’église d’Assy, déjà évoquée, un scandale éclata en 1952 autour du Crucifix réalisé par Germaine Richier. Ce Christ expressionniste, sans visage, exprimait parfaitement le dénuement du Fils de Dieu sur la croix, la réalisation des prophéties du « serviteur souffrant » dans le livre du prophète Ésaïe, ainsi que la souffrance des malades accueillie dans les sanatoriums du plateau d’Assy. Des groupes catholiques conservateurs ont fait une campagne visant à interdire ce crucifix « indigne ». Ils trouvèrent un écho auprès du Vatican qui demanda d’ôter le crucifix, qui ne put revenir à sa place que 20 ans plus tard.

– Dans le monde anglophone, des œuvres, maintenant célèbres, de Renée Cox, Chris Olifi, Andres Serrano, furent aussi l’objet de scandales. Quand on les étudie de près et que l’on entre en dialogue avec leurs auteurs, elles s’avèrent certes surprenantes, mais jamais agressives.

– Enfin récemment en France, l’Église catholique ne manqua pas d’attaquer certaines publicités s’inspirant de sujets religieux, et en particulier de la Cène de Léonard de Vinci (ainsi par Volkswagen en 1997, et par François et Marithé Girbaud en 2005), toujours avec les mêmes arguments. On peut ne pas approuver l’usage de thèmes religieux dans la publicité, mais il est un fait que celle-ci s’inspire de thèmes artistiques et religieux, de notre patrimoine historique, artistique et culturel, pour vendre des produits. Derrière une intention commerciale, il y a aussi un travail sur la réactualisation de valeurs culturelles, que l’on ne saurait ignorer ni mépriser. »

A partir de ce rappel historique des relations entre chrétiens et artistes contemporains au 20ème et au 21ème siècles, Jérôme Cottin définit « en quatre mots » (en fait six: 4 + 2 plus particulièrement mises en avant au 21ème siècle) les tendances principales à ses yeux de l’art contemporain, en indiquant à chaque fois des pistes de dialogue avec le questionnement propre au christianisme:

a) la rupture: D’une part, l’art contemporain vise à représenter autrement, par rapport aux traditions qui l’ont précédées: cet autrement peut être dans la manière de présenter les objets choisis, dans le choix lui-même de ces objets (tout peut devenir art, dans cette perspective, y compris le plus banal, le plus intime, ou le plus repoussant) et dans la définition de l’acte artistique lui-même (la création nait du regard du spectateur aussi bien que de l’inspiration de l’auteur: elle devient complexe et composite). Cette perpétuelle recherche de la nouveauté résonne avec la thématique biblique de Dieu créateur de toutes choses: « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5).

D’autre part, en rompant avec les canons de la beauté plastique pour aller déceler celle-ci jusque dans le trivial ou l’immonde, l’art contemporain dessine une  forme de conversion des sens qui parait analogue sur ce point à celle qui nous invite, dans la prière et dans la méditation de la Parole de Dieu, à retrouver Sa Présence jusque dans l’apparamment mauvais ou dans le banal, confrontés au triomphe apparent du Mal ou tout simplement à ce qui parait être l’absence de Dieu.

b) la révolte:

La révolte est esthétisée jusque dans son principe dans de nombreuses oeuvres de l’art contemporain. Si cette révolte peut se tourner contre l’Eglise ou contre Dieu, elle peut également être déchainée contre des causes injustes ou contre un mal effectif:

« – Les toiles « christiques » du juif Marc Chagall. En représentant des Christs crucifiés, il utilise ce qui est pour lui le symbole le plus universel de la souffrance humaine, pour dénoncer les pogroms, les persécutions et l’extermination du peuple juif en Europe centrale et en Allemagne, dans la première moitié du XXe siècle.[…]

On n’aura pas de difficulté à mettre le combat de ces artistes en rapport avec la militance chrétienne, et voir en eux une forme moderne du combat prophétique (et christique), contre l’injustice, l’exploitation humaine, la violence et le mensonge. À bien des égards, l’artiste contemporain est un prophète des temps modernes.« 

c) l’invisibilité:

L’art abstrait, qui inspire des oeuvres qui ne représentent rien, fait écho à la quête spirituelle d’un « Dieu sans images », d’un Dieu qui échappe lui-même irréductiblement à l’expérience des sens et de l’intellect, ce qui fait écho à la foi calviniste de Jérôme Cottin, plus aisément semble-t-il qu’à la sensibilité de la plupart des catholiques.

d) l’écriture: La réflexion sur l’écriture joue un rôle important  dans de nombreuses oeuvres d’art contemporain, que ce soit dans sa dimension de signifiant linguistique (le fameux « ceci n’est pas une pipe » de Magritte), dans les tentatives de théorisation formelle que de nombreux artistes mènent parallèlement à leur activité créatrice proprement dite, ou encore dans le rapport à l’Ecriture elle-même:

« Un exemple saisissant de cette présence de l’Écriture dans l’œuvre – parfois à l’insu même du spectateur – se trouve dans les calligraphies « dansantes » de la jeune artiste coréenne, travaillant à Paris, Joanne Lim (elle organise souvent des chorégraphies, avec des danseuses et danseurs coréens, devant ses tableaux) : le spectateur ne voit que des signes coréens incompréhensibles, qui sont pourtant des extraits de textes bibliques ; ce sont autant des mots à lire que des formes harmonieuses à regarder.

Par ses incursions dans l’univers du signe, l’art contemporain peut ainsi rendre une certaine actualité à l’écriture, au texte, et donc aussi au texte biblique. »

e) la mise en avant du corps humain:

« Dans ses tendances les plus actuelles, l’art remet en avant le corps humain, qui avait disparu sous l’influence de l’abstraction. Avec la disparition du monde des objets, de la nature, le corps humain avait aussi disparu. Il réapparaît depuis quelques années, dans différentes formes d’art : installations, photographies, art vidéo, performance. Parfois, c’est le corps de l’artiste qui devient l’unique sujet du travail artistique (Body Art). La frontière entre artiste et acteur n’est plus alors très nette.

– Un artiste comme Bill Viola, qui travaille à partir de séquences vidéo, montre des corps humains plongés dans différents liquides, ou en lévitation. Il en ressort une double impression de légèreté et de corporéité, qui pourrait symboliser la réception de la Grâce en l’être humain. De fait l’auteur ne nie pas du tout les lectures rituelles, voire religieuses que l’on peut faire de son art.[…]

Le retour du corps humain dans l’art n’est pas qu’une réponse à l’art abstrait, volontiers considéré comme désincarné, spirituel. Cette présence accrue du corps humain peut être aussi une réponse à l’emprise du virtuel sur le réel. »

f) la contestation de la société de consommation et de spectacle:

Les nouveaux médias et supports d’images et de sons sont souvent utilisées dans les oeuvres actuelles, non pas nécessairement pour les célébrer, mais pour déconstruire le nivellement des signifiants et les manipulations qu’ils permettent:

« À la suite du Pop Art américain et de l’Art vidéo, ces artistes, dans ces mises en scènes insolites et souvent provocantes, attirent notre attention sur les manipulations des images de consommation : elles tendent à se substituer à la réalité et à faire de nous des « images d’images ».« 

Si Jérôme Cottin, dans son argumentation, assume parfaitement son point de vue protestant réformé, et de manière explicite, l’article cité ci-dessus a été publié dans une revue catholique, et suscité des réactions très positives de différents membres de l’Eglise, signe qu’elle porte, au dela d’interprétations et de formulations parfois en décalage, des questionnements communs:

« Les chrétiens d’Occident ont été attirés par ces chefs-d’œuvre que sont les icônes. Les artistes ont réalisé dans ce style des mosaïques célèbres comme celles de la basilique San Clemente de Rome. Mais une question s’est posée à eux : comment représenter ce drame horrible qu’est la Passion, Jésus souffrant le martyre sur la croix ? En posant cette question l’Occident va ouvrir une autre voie pour la création artistique. À l’apparition de sa nature divine dans sa nature humaine va succéder la représentation de l’humanité de Jésus. La miséricorde de Dieu va se dire en contemplant la souffrance toute humaine de Jésus dans sa Passion. Si l’icône orthodoxe souligne avec un art extraordinaire l’abaissement de Dieu qui touche toute l’humanité, l’image en Occident met plus l’accent sur chaque homme promu à une dignité humaine nouvelle. La parole du centurion témoin de la mort de Jésus sur la croix illustre bien cette démarche : « Sûrement, cet homme était un juste… » L’Évangile de Jean dit de son côté : « J’ai vu la lumière luire au cœur des ténèbres. » Les artistes occidentaux ont réussi à regarder en face les souffrances de Jésus sans enfermer les croyants dans le dolorisme, mais en laissant deviner la présence de Dieu et l’amour de Jésus alors que les passants ne voyaient qu’un condamné cloué en croix.

Les réflexions de J. Cottin nous provoquent à scruter ce qui se vit dans le monde artistique avec assez d’acuité pour déceler comment les artistes d’aujourd’hui expriment leur vie spirituelle. Cela ne va pas de soi, car le langage des artistes est un langage qui heurte, dérange, qui nous déporte. La première question n’est pas de savoir si cette œuvre est belle, mais ce qu’elle dit de l’homme. Cette question est importante si nous voulons partager avec nos contemporains la Bonne Nouvelle de Jésus. » (« La création artistique a-t-elle encore une place dans notre pastorale? » P. Robert Pousseur, Esprit et Vie n°204, novembre 2008).

2) « Black metal et art contemporain »

Voilà pour l’exposition des relations troublées, mais à mon avis potentiellement fécondes, entre chrétiens et artistes contemporains. Mais quel rapport avec le black metal?

Gwenn Coudert, photographe, journaliste chez le webzine de metal soilchronicles,et beaucoup plus accessoirement lectrice régulière et commentatrice occasionnelle de mon blog, s’attache à montrer dans son livre, injustement passé inaperçu, Black Metal et Art contemporain: Tout détruire en beauté, paru cet été aux éditions du Camion Blanc, les affinités remarquables qui existent dans leur questionnement esthétique, entre art contemporain et black metal, et rappelle les passerelles déjà nombreuses qui ont été opérés entre ces deux registres de l’art:

« L’art contemporain agit en destructeur. Il démolit les valeurs des courants qui le précèdent. Le cubisme démolit la forme et la reconstruit, le surréalisme la met en mouvement, le land art casse les frontières spatiales de l’oeuvre et l’actionnisme la place dans le réel. Le black metal n’utilise pas seulement le thème de la violence et de la destruction, mais détruit lui aussi les barrières de l’art contemporain. En cela ce courant est sans limite. Le « beau » est mis aux oubliettes, seuls les extrêmes et les contrastes violents sont acceptés. La musique est démolie pour être reforgée, la technique n’est plus obligatoire et l’expression prime, l’image du spectacle coloré est alors tâché de sang et de lumières rouges et bleues. La chaleur d’un théâtre devient la moiteur glaciale d’un concert. » (entrée « destruction, création », p. 193).

Dans le black metal comme dans l’art contemporain, on retrouve ce désir de bousculer la représentation ordinaire du monde, des choses, des personnes, pour faire apparaitre des réalités ou des intuitions qui ne sont pas évidentes de prime abord, qui sont cachées ou trop nouvelles pour avoir encore été appréhendées clairement:

« Le produit artistique black metal s’inscrit dans des enregistrements de musique (sons, vidéos), des images et des performances tirées d’une recette proposée par quelques personnes. Il s’agit de: ne pas plaire, abolir les limites, annihiler les courants artistiques précédents, proposer quelques chose qui n’existe pas, à l’image de l’art performance, du body art ou de l’actionnisme viennois et de tout courant réactionnaire extrême. » (entrée « oeuvre d’art », p.92).

Cette volonté de rupture avec la tradition musicale, y compris dans le metal, et de révolte contre les artifices de nos sociétés de masse, qu’il partage avec l’art contemporain, trouve comme moyen d’expression privilégié, dans son expression musicale et visuelle, la violence:

« Le black metal est une musique violente. C’est un art qui fait référence à des thématiques brutales, agressives. La guerre, la souffrance, le sang, la mutilation de la chair, la privation de la liberté d’expression. […] Cette musique est un art violent, braquant son sexe en érection sur le monde aseptisé de la consommation. Non pas pour dominer, mais pour l’ensemencer de graines de vie, de force et d’ouverture sur son environnement. Le pont qui pourrait lier cette musique avec la pensée nietzschéenne est ici, la Volonté de puissance inversée en puissance de volonté. Ce qu’il faut absolument comprendre est que le black metal n’engendre pas la violence, il est son image sonore et visuelle. Il fait le choix de l’interpréter grâce au support de la musique. Cet acte de production de quelque chose de si froid, hostile et glacial qu’il ne parait pas adressé à tous, mais à des sortes d’élus à même de recevoir cette musique. « Le black metal ne peut être violent, il ne viole personne! « (Marco)

[…] Le black metal n’appelle pas à la violence, il est l’expression de la violence. Le black metal n’agresse personne puisqu’il est lui-même l’expression de l’agressivité. Certaines parts de soi sont invisibles, taboues, écartées du chemin social préconstruit, cette culture extrême représente une occasion d’y toucher. Le public, le clan, se chargeant d’interpréter ce message artistique. » (entrée « violence », p. 290, 291 et 292).

Si certains des premiers black metalleux ont cédé à la tentation de prolonger cette représentation de la violence par une mise en pratique de celle-ci tout ce qu’il y a de plus réelle, et que des faits divers sanglants ont pu être constatés ça et là à la marge, force est de constater que cette radicalité esthétique du black metal est vécue par ses adeptes sur scène, en concert, mais nullement dans la vie quotidienne. Il y a une séparation, une ligne frontière, entre la performance artistique et la vie de tous les jours, marquée par exemple par l’apparence. On ne trouve guère de black metalleux à ma connaissance, qui se baladent  dans la rue en corpse paint et équipés de tout l’arnarchement guerrier exhibé en concert. Cette musique amène à méditer la violence en tant que concept et expression, mais cela n’entraîne pas nécessairement l’exaltation de la violence appliquée à tel ou tel.  Comme je le remarquais dans deux précédents billets consacrés à « la haine » dans le black metal, cette dernière est souvent universalisée, finalement abstraite, dans le discours  de nombreux groupes. Il s’agit moins, et de moins en moins,  d’exprimer une haine spécifiquement dirigée contre tel ou tel, que de la représenter dans son principe, tellement esthétisée qu’elle draine bien d’autres signifiés, et bien d’autres émotions souvent plus positives, derrière son signifiant. Comme Gwenn Coudert le souligne par ailleurs:

« Ce courant musical se voulant subversif, il est surprenant de constater le revirement de certains groupes vers un esprit de moins en moins guerrier et de plus en plus sobre. On assiste à une réelle évolution voire, un retournement des valeurs à l’image du white metal et de la croix chrétienne qui se « re-retourne ». 

[…] Sur le plan social, cette musique n’est plus « dangereuse ». Le black metal est maintenant relativement intégré dans la société. Force est de constater que certaines déviances n’existent plus. Les manifestations trop subversives et les abus sont mal interprétés. Plus précisément, les excès sont à la mode mais leurs conséquences sont interdites.

[…]Si ce courant ne trouve pas un nouvel ennemi (celui du christianisme étant devenu presque passéiste), l’archétype du black metal tendra à disparaitre et cette sobriété deviendra l’une de ses règles d’apparence. Comme s’il était plus violent de rester sobre, calme , sage, les frasques festives étant maintenant réservées au monde des adolescents et des « trendies » (ceux qui n’y connaissent rien en langage extrême).

Bien évidemment ce constat n’est pas une généralité. Nous parlons surtout de musiciens/amateurs de black metal qui se sont assagis. […]

L’art possède des aspects sobres  contrastés par les transgressions. Prenons l’exemple de Kandinsky. Un retour à la sobriété est visible à la fin de sa carrière, on y voit une synthèse des premières années de son oeuvre. Au lieu d’avoir des cadres immenses et éclatants de couleurs, les derniers travaux de Vassili mettant en valeur la forme dans son plus simple appareil. On épure, on assagit, mais l’essence y gagne en crédibilité. Le black metal suit un chemin similaire marqué par une meilleure connaissance du style. Le chemin de la maturité? » (entrée « sobriété », p. 270 et 271).

La technicité et la recherche esthétique prenant l’avantage sur l’esprit subversif des origines, que reste-t-il de cette radicalité qui est l’empreinte formelle du black metal et sa contribution à l’Histoire des arts?  Cette empreinte formelle justement, cette esthétisation de la transgression et de la souffrance qui démonte les canons ordinaires du beau, de la mélodie et de l’harmonie, pour donner à l’imaginaire de nouveaux paysages:

« Les thématiques de cette musique sont les inversions, l’opposition, la subversion, le purisme, la nature et la subversion. le purisme, la nature, la symétrie et la réaction. En effet, en considérant son bagage issu de civilisations anciennes, le black metal est une réaction à notre société contemporaine. C’est l’une des raisons de la présence si récurrente d’images d’environnements naturels bruts, hostiles et froids. Ainsi montagnes, nuit, neige, feu… sont un bac à sable pour les métalleux qui rejettent l’image d’une société de consommation confortable. Ils réagissent à l’aseptisation de notre environnement. Les images subversives ou provocantes vont dans le sens d’appel ou de choc du public. L’imaginaire black metal se fiche du beau interprété par les modes.

[…]Si la musique extrême est parfois considérée comme un enfermement dans une solitude malsaine couplée à une dépression chronique d’adolescent attardé, ses amateurs affirment le contraire et paraissent prendre la vie avec philosophie, simplicité et liberté. Les personnes qui cultivent l’imaginaire black metal sont majoritairement insérées dans la société. Ce pilier semble nécessaire dans la composition musicale, comme s’il était utile d’avoir un pied dans la société pour conserver sa capacité de création. Malgré des thématiques simples sur un support bien défini, le black metal répond à beaucoup d’attentes intérieures, notamment à un désir de sensations fortes ou de complexité et de défi.

L’exploration des tréfonds a toujours existé dans l’art, l’enfer et le paradis se mêlaient déjà dans la peinture de Jérôme Bosch au XVème siècle, ou chez le peintre religieux Grünewald qui à la ême époque, a été l’un des premiers à représenter la chair…

Dans le black metal ces représentations peuvent provenir de pochettes d’album dont les souvenirs d’écoute ont été forts, ou par comparaison à des expériences de concerts. Aussi les photos jouent un rôle important dans la composition de son propre imaginaire musical. » « entrée « imaginaire », p. 206 et 207).

Car au fond, la destruction, la transgression, la souffrance, la « haine », loin d’être les finalités ultimes du black metal, ne sont au fond que les ingrédients formels que son inspiration rassemble pour créer, pour contribuer à ce « musée de l’imaginaire » (Malraux) constitué par l’ensemble de la production artistique mondiale, pour « tout détruire en beauté »…

Eclairante en ce sens est la conclusion de la dernière interview en annexe du livre de Gwenn Coudert, celle  d’Alrinack, bassiste de PHTO (« Percevoir les Horribles Tristesses Obscures »):

« Si ce n’est pas trop indiscret, peux-tu me donner ta définition du black metal?

Le black metal est avant tout un mouvement artistique et peut se comprendre à travers l’histoire du mouvement rock. Mais c’est évidement plus que cela. C’est un milieu à travers lequel de nombreuses exubérances sont permises. C’est évidemment le cliché de la musique du « Diable » qui se trouve porteuse de valeurs anciennes, mais qui sonnent neuves aux esprits d’aujourd’hui. J’y vois aussi la contradiction, la dualité, c’est un mouvement clé car il est en quête perpétuelle de(s) extrême(s), donc tend à la jointure, il apporte les ténèbres pour offrir la lumière, il disperse la lumière pour plonger dans les ténèbres.

[…] De manière plus philosophique, penses-tu que la notion de souffrance peut engendre la créativité?

Oui, je pense. De manière philosophique autant que psychanalytique, la souffrance ramène à l’inconfort donc à la nécessité de créativité. Quand plus rien ne va, il faut changer, transformer son environnement pour l’améliorer. L’art dans le BM a cette place, le monde va mal, l’humanité devient folle. Il faut le dire, le montrer, l’expliquer, pour que peut-être il puisse changer » (p. 372 et 373).

3) Art contemporain, black metal et spiritualité  chrétienne

Le premier point commun des recherches esthétiqes propres au black metal et à l’art contemporain, et qui leur vaut une aussi mauvaise presse auprès de nombreux catholiques, est cette recherche d’une forme d’absolutisation de la transgression dans leur expression. Ce qui fait dire à certains qu’ils sont « subversifs », « révolutionnaires », « contre-culturels », « contraires au bien commun », « christianophobes » pour tout dire…

Mais la recherche d’expressions de la transgression est-elle en soi contraire aux « valeurs chrétiennes »?

Comme je le montrais dans un précédent billet, une même représentation littéralement choquante peut voir sa signification changer du tout au tout suivant les connotations qui lui sont données par l’artste. Et mettre en scène des objets, des corps ou des évènements de telle sorte que le regard les appréhende sous un regard nouveau, c’est précisément, plus encore que pour d’autres traditions artisitiques, la démarche de l’art contemporain.

Trois exemples:

– Un corps de femme nu peut exalter la « révolution sexuelle », en étant présenté de manière séduisante, , mais dans l’art contemporain, notamment féminin, il est souvent mis en scène de manière à heurter, non pas pour illustrer telle ou telle perversion de l’artiste, mais pour inscrire dans la conscience du spectateur le statut d’objet qui est souvent associé à ce corps dans le discours médiatique contemporain, et pour le faire réagir:

« Les femmes revendiquent la possibilité de créer « aussi fort » que les hommes en utilisant la violence et la sensibilité des regards. Natasha Merrit utilise par exemple Internet pour y déployer des photos de sa sexualité au jour le jour. » (Gwenn Coudert, op. cit., entrée « analogie avec l’art contemporain féminin », p.294)

– le spectacle de cadavres peut exprimer une recherche cynique du gain en attisant les plus bas instincts, ainsi dans cette pub de Benetton il y a quelques années, parfois au contraire pour forcer le regard sur des réalités déplaisantes dont nous avons trop tendance à nous protéger (on songe aux panneaux publicitaires d’Amnesty International qui représentent des enfants du tiers-monde squelettiques) et pour susciter en nous un malaise moral, pour nous appeler à une plus authentique compassion, et charité en acte:

« D’autres artistes ont représenté des malades du sida, et mettent en scène des mourants, souvent de jeunes hommes, à la manière des pietà : ils meurent à l’âge où le Christ est mort, dans les bras de l’être aimé. » (Jérôme Cottin, op. cit.)

– La représentation de blasphèmes: comme je l’indiquais dans mon dernier billet, tous les blasphèmes n’appellent pas la même appréciation de leur gravité, ni toujours de notre part la même réaction: condamnation ou dialogue, écoute et remise en question de notre manière d’annoncer l’Evangile. Enfin, qui dit représentation d’un blasphème ne dit pas forcément blasphème. J’ai lu une bonne part des réactions cathos en 2011 à propos du « Piss Christ » de Serranno et de « Sur le concept du Visage de Dieu » de Castellucci, et je ne suis toujours pas convaincu du caractère blasphèmatoire de ces oeuvres.

On pourrait développer une anlyse similaire sur beaucoup d’albums de black metal, ce que j’ai tenté de faire dans de nombreux billets précédents.

Toujours est-il que la valeur d’une oeuvre d’art et son message s’apprécient, que ce soit pour l’art contemporain, le black metal, ou toute autre école artistique, au cas par cas. Car elle elle l’expression d’une inspiration particulière, d’un vécu unique, d’une maîtrise technique plus ou moins grande.

Et pourtant les catholiques ont tendance à juger en masse les oeuvres issues de l’art contemporain ou du black metal. Pour beaucoup, elles sont « transgressives », « contre-culturelles », « révolutionnaires », « christianophobes (il n’y a qu’à lire le blog du Collectif Provocs Hellfest, celui des Yeux Ouverts, les sites d’Ichtus ou de Liberté Politique, ou encore de nombreux sites de la tradisphère, ou même seulement la  citation initiale  de la première partie du présent billet). Parce qu’au fond leur lecture de es oeuvres n’est pas spirituelle, n’est pas religieuse, n’est même pas artistique: elle est politique. Au fond, ce qu’il voit dans l’art contemporain, par exemple, c’est une espèce d’avatar culturel  du marxisme et ou du féminisme, qui prolonge ce qu’il voient comme leur travail idéologique de subversion des racines chrétiennes de l’Europe par une contre-culture qui va instaurer comme idéal esthétique une contre-façon du Beau de manière analogue au communisme qui va promouvoir comme idéal éthique et politique une contrefaçon du Bien et de la charité.

Personnellement, je n’y crois pas du tout. Certes, des tentatives de récupérationspolitiques existent: On songe à l’usage de leur corps par les FEMEN en ce moment, aux tentatives d’entrisme du black metal, que je décrivais dans un précédent article, par des racialistes. Et ni les groupes de black metal, ni les artisites contemporains ne sont toujours dépouvus d’arrière pensées politiques. Et le philosophe marxiste Antonio Gransci défendait une forme de combat révolutionnaire sur le terrain de la culture. Mais l’art, qu’il s’agisse de l’art contemporain, du black metal, ou de tout autre courant, n’est pas, par nature, révolutionnaire, mais réactionnaire. Non pas qu’il soit particulièrement lié à des idées très à droite, mais parce qu’il est l’expression de l’intériorité d’un individu ou d’un petit groupe, un appel à porter un regard individuel renouvelé sur le monde. Il est fait par des individus pour des individus, en réaction au regard majoritaire. Et dès lors qu’un art se met à toucher la foule, qu’il devient un art de masse, que l’inspiration qui l’animait s’affadit et devient le lot commun, il suscite une réaction, à la recherche d’une transgression de ce qui était initialement la transgression. Nous avons vu avec Jérôme Cottin comment le body art pouvait être une réaction à l’art abstrait. Le blck metal fut une réaction au death metal, et s’est lui-même ramifié en une multitude de courants, qui tente parfois les uns contre les autres, de prolonger son étincelle créatrice. L’art, même transgressif, n’est pas affaire de foules, n’est pas affaire de politique, et moins encore de révolution.

Comme Jean-Baptiste Farkas, artiste contemporain et enseignant aux Beaux Arts, le rappelle en introduction au livre de Gwenn Coudert:

« C’est pourquoi la phase « positive » actuelle du BM, plus acceptable, suscitant davantage l’admiration, fragilise davantage le milieu. Voire le divise tout simplement en deux  camps, en rangeant d’un côté les gardiens d’une doxa, les « true », pour qui le BM tire sa force de la consanguinité ( de la reproduction d’un modèle établi une fois pour toute par les groipes fondateurs) et de l’autre, les progressistes qui conçoivent leur action comme appartenant à une évolution (pour ceux-là, le modèle à reproduire bougerait en permanence) et qui tentent de prouver qu’il est possible de faire avancer ce type de metal en l’orientant vers la lumière ou en lui faisant intégrer des éléments extérieurs. Comme le fait de puiser sans culpabiliser dans d’autres styles musicaux.

Tout cela pour avancer qu’au centre du BM, éthique et style confondus, se pose l’ardente question de la façon dont il faut reproduire un modèle. Résumons: le BM est porteur d’une promesse qui lui confère une grandeur (une intégrité à toute épreuve) mais d’autre part cette promessepourrait le condamner à toujours rester identique à lui-même, dans une plus ou moins grande mesure, éventualité que la nouvelle génération BM ressent comme un danger.

[…] Le BM est l’expression d’un grand NON associé à une mystique (idéal et exaltation). C’est pourquoi le BM comparé à d’autres formes d’expression pourra d’une part être perçu comme un épisode issu de la saga « amalgamant toutes les fois où l’art a incarné un grand NON ». Mais aussi comme un mouvement ayant tenté, sur le plan de l’art, d’associer ce NON à un au-delà, un » inaccessible ».

Dire que le BM est contestation, pure négation, ce n’est pas en avoir assez dit encore. Il est contestation et croyance à la fois. Négation et croyance à la fois. » (p. 54 et 55).

Ce paradoxe qui est celui du black metal, et aussi parfois de l’art contemporain, entre radicalité de la révolte et nécessité de composer avec le monde et son histoire pour ne pas s’essouffler, pour maintenir allumée la flamme créatrice, me rappelle en miroir cet autre paradoxe: celui de cette « génération Jean Paul II » admirable dans son désir de témoigner fièrement de sa foi, dans un monde qui la comprend de moins en moins, et de ne pas transiger sur les principes, mais qui se trouve elle-même, dans son expression d’un grand OUI, cette Belle Totalité Catholique, si séduisante de l’intérieure à vivre, spirituellement et intellectuellement, mais si difficile à communiquer et à justifier à nos contemporains, elle-même divisée entre ses « true » et ses « progressistes », déchirée entre ceux qui pensent possible de composer avec le monde et ceux qui ne veulent reculer sur rien.

« L’homme n’est ni ange ni bête », écrivait Pascal, ni totalement dans le OUI, ni totalement dans le NON. En tant que catholique, je pense que l’Eglise a des choses à apporter à certains cris de détresses décelables dans certaines expressions auto-destructrices perceptibles dans l’art contemporain (ainsi peut-être Gina Pane artiste française décédée dans les années 1990, qui n’a pas hésité à s’infliger dans ses performances de nombreuses blessures, et est allé jusqu’à s’obliger à regarder le journal télévisé une lumière dans les yeux ou bien à ingérer 600 g de viande crue) ou de façon minoritaire dans le black metal (auto mutilations, alcoolisme, toxicomanie…). Mais je pense également qu’un discours trop centré sur le grand OUI, sur cette belle totalité catholique, convertira, touchera certaines personnes, mais en fera fuir d’autres, avec des vécus différents. Opposer art contemporain et art sacré, musique religieuse et black metal me parait une aberration. Certaines personnes peuvent être aspirées par la transgression présente dans le BM ou l’art contemporain, mais d’autres en ont besoin pour dire leurs blessures et les surmonter, les orienter vers une signification plus élevée. L’Eglise a donc à mon avis tout intérêt, dans sa mission qui est de faire partager au plus grand nombre de personnes possibles cette Bonne Nouvelle dont elle est la dépositaire, de porter un regard plus favorable sur l’art contemporain et le black metal, pour mieux entendre les cris de souffrances et de révolte, et les interpellations vers elle, mais aussi pour mieux y répondre, d’une manière qui touche enfin les coeurs qui ont été repoussés  par ses approches plus classiques, à la manière dont Mgr Mauer, de par sa connaissance de l’art contemporain, et sa sympathie pour ce dernier, a su entendre derrière les blasphèmes apparents d’Arnulf Reiner sa fascination secrète pour le Sacré, et le ramener à de meilleurs dispositions envers l’Eglise, là où des attitudes de condamnation et de pressions l’aurait sans doute radicalisé dans son NON. Et peut-être, dans ce dialogue avec la souffrance et les blessures intéroeures qu’elle engagera avec ces artistes, découvrira-t-elle des manières de comprendre l’Evangile, de le vivre et de l’annoncer, dont elle n’avait pas elle-même encore complètement conscience…

Prix Pèlerin du blog catho 2012: félicitations à Dopamine et remerciements divers…

Posted in Christianisme et culture with tags , , , , , , , on 16 mai 2012 by Darth Manu

Ce deuxième billet “interlude” d’affilée, en attendant un nouvel article plus en lien direct avec les thématiques de ce blog sur la question de la catharsis dans le black metal, à paraitre d’ici la fin de la semaine (et un billet sur les développements récents de la polémique autour du Hellfest la semaine prochaine normalement), pour dire quelques mots du Prix du blog catho 2012, organisé par le Pèlerin, et pour féliciter la lauréate, Dopamine, ainsi que l’ensemble des nominés.

Le Prix en lui-même, tout, d’abord. S’il est certain qu’être nominé ne pouvait que me prédisposer favorablement dès le départ à cette initiative du Pèlerin, je pense sincèrement même si mon blog n’avait pas été retenu parmi les “heureux élus”, j’aurais été tout autant enthousiasmé . J’avais déjà été impressionné l’an dernier par les efforts du Pèlerin pour mieux faire connaitre la “cathosphère” ( par son palmarès des blogs cathos, son interview de Koz, sa sélection de blogs politiques cathos…). En tant que catholique, je suis fier de constater que les journaux catholiques “traditionnels” ne partagent pas le dédain d’une certaine presse papier à l’égard des blogs, et s’intéressent sincèrement à la diversité des témoignages et des démarches d’évangélisations rendues possibles par ce nouveau support. J’ai également beaucoup apprécié l’esprit de ce Prix, qui loin de concentrer l’éclairage sur quelques “valeurs sûres”, n’hésite pas à mettre en avant des blogs moins connus, afin de montrer la diversité de la cathosphère et ses”trésors cachés”.

La sélection, ensuite. Surs les  5 autres blogs nominés, je connaissais celui de Dopamine, et j’avais entendu parler d’Angel Cake. Les autres ont été de très heureuses découvertes. Petite revue d’ensemble:

– Une Catho à l’hosto: à tout seigneur tout honneur, je commence par la grande gagnante de cette édition 2012. Je connais son blog depuis novembre dernier. Je dois dire que ce témoignage d’une étudiante en médecine touche une corde sensible dans mon coeur, puisque mon père est médecin, et que j’ai toujours admiré, au travers de ce que je pouvais voir de son activité professionnelle, l’engagement au jour le jour  à sauver des vies ou tout du moins à soulager des souffrances qui me parait au coeur de ce métier. J’espère que Dopamine s’y épanouira. En attendant, je suis touché par l’humour et la tendresse dont elle fait preuve face aux épreuves dont elle est le témoin souvent quotidien, et d’autant plus que déjà adolescent je me suis jugé trop peu courageux pour affronter toutes ces maladies et ces souffrances et suivre les traces de mon père sur le plan professionnel. J’ai plus particulièrement gardé en mémoire son billet Histoires de vie en soins palliatifs, qui est l’une des contributions aux débats de cette année sur l’euthanasie qui m’a le plus marqué, et à mes yeux la preuve qu’éthique chrétienne ne rime pas forcément avec intolérance et dogmatisme. Et sa victoire est aussi un peu la mienne par procuration, puisque j’ai voté pour elle sur Facebook. 😉

– KTO and the City: Le “prix du public”, en quelque sorte, puisque ce blog est le gagnant incontestable du vote facebook. Je savais que je n’étais pas un pro de la présentation, mais quand j’ai découvert son blog, j’ai verdi de jalousie tellement il est agréable à regarder et d’ne facture beaucoup plus “pro” que le mien. Son ton frais et son rapport non conflictuel à la culture populaire constitue une rupture rafraichissante avec les polémiques auxquelles mon blog réagit très régulièrement. je retiens plus particulièrement son billet Soirée mousse au Banana Cafe, qui, comme son titre ne l’indique pas, rend compte de la soirée “lavement des pieds” à la basilique Saint Pie X lors du FRAT de Lourdes. Je dois reconnaitre que pour ma part, j’étais tellement tendu par la peur d’un bataille d’eau, lors de cette cérémonie, que je suis un peu passé à côté de son esprit et que je n’ai pas vraiment réussi à motiver mon groupe de jeunes et à leur faire surmonter leurs complexes et/ou réticences. Ce billet m’a permis de me réconcilier avec mon souvenir de cette soirée.

– Catholique aujourd’hui: un blog dont j’apprécie le souci de dialoguer avec la culture contemporaine. Son auteur donne un  exemple à mon avis très éclairant et “intègre” (pour reprendre un concept cher aux métalleux) de cet appel qu’à lancé Benoit XVI aux catholiques à évangéliser internet,par exemple pour la 46ème journée des communications sociales. Il n’hésite pour autant pas à confier avec honnêteté ce qui  lui pose question dans telle ou telle position de l’Eglise sur l’actualité ou en général: ainsi ce billet sur la correction fraternelle. Un bel exemple de chrétien engagé, aussi bien au sens du chrétien qui donne de son temps pour mieux faire connaitre sa foi  et contribuer au Bien commun, qu’à celui de l’engagé qui agit chrétiennement, avec droiture, sincérité et franchise.

– Angel Cake: je dois admettre que je ne suis pas un grand cuisinier dans l’âme, et un peu hermétique au concept premier de ce blog ( une raison d’autant plus grande de liretrès régulièrement ce blog, ne serait-ce que pour surmonter mes limites, me direz-vous…). Par contre, ma mère a lu avec beacoup d’intérêt les articles que je lui ai montré, beaucoup plus d’intérêt d’ailleurs que ceux de mon propre blog. Si elle avait un compte Facebook (ele est absolument réfractaire aux réseaux sociaux) elle aurait probablement “trahi” son pauvre fils et voté Angel Cake. Si le côté “recettes de cuisine” n’est pas mon truc, je dois dire que j’ai beaucoup aimé l’angle “spi” de ce blog, ainsi que l’engagement de Tellou pour la promotion des femmes dans la société et dans l’Eglise et pour un meilleur dialogue avec d’autres cultures et d’autres religions. Parmi d’autres, je me suis promis de parler plus particulièrement de son billet intitulé “Mercredi des cendres…”, le premier que j’ai lu de près, tant j’ai été amusé par le paradoxe d’un blog de cuisine qui d »écrit le Carême comme “la meilleure saison spirituelle de l’année”, et parce que je me suis senti profondément proche de la manière de le vivre qui était exprimée dans ces quelques lignes…

– Des petits riens qui disent tant: le blog le plus explicitement “spi” de la sélection, d’ailleurs plébiscité lors du vote Facebook par les ténors du genre, David Lerouge et Zabou en tête. Avant même d’aller sur ce blog, j’ai été frappé par son titre, qui saisit de manière si profonde ce qui fait le quotidien de toute vie de foi, si difficile à expliquer à un non croyant. Je retiens également que l’auteure est animatrice d’aumônerie (comme moi) et semble donner une place toute particulière à cet engagement dans l’écriture de son blog. Et effectivement, l’angle de celui-ci me parait tout à fait excellent pour donner aux jeunes le goût de la prière. Ce court poème, “Qu’as-tu à nous dire?…”, donne un bon exemple des trésors que recèle ce blog, qui nous rappelle qu’au delà des polémiques qui sont sans doute trop souvent le lot de la cathosphère (mon blog inclus), la relation à Dieu est première et constante…

Enfin la nomination de mon blog. Je remercie infiniment le Pèlerin, et ses partenaires RCF, La Croix, Le Jour du Seigneur, et le blog du Père Lemessin , d’avoir pris le temps de lire mes billets souvent trop longs, et de s’être intéressés à mon parcours et à mon témoignage. j’ai beaucoup apprécié l’article qui m’a été consacré, qui retranscrit fidèlement mon histoire et mon engagement. Au delà de l’inévitable pointe de fierté, cela compte pour ma foi, puisque j’y vois les membres de mon Eglise attentifs à la diversité des parcours qui mènent à elle, aussi paradoxaux et détournés et provoquants qu’ils puissent paraitre. Pour tout cela merci et Deo Gratias.

Pour finir, je livre à l’appréciation des lecteurs le jugement du jury sur mon blog:

Un blog détonnant et attachant. La démarche et le parcours de Darth Manu suscitent l’admiration : nous avons été touchés par ce mélange de douceur, d’ouverture au dialogue (sur les Hellfest notamment), de profondeur (les billets sont très documentés). Une suggestion ? Des billets plus courts, agrémentés d’un peu d’humour” (“Une catho à l’hosto remporte le prix Pèlerin du blog catho 2012”)

-Sur la longueur: ce reproche, déjà maintes fois formulé par les Yeux Ouverts, Amblonix, Sylvia, et d’autres, n’est pas pas pour m’étonner. Un jour j’arriverai à me limiter, peut-être… Gardons la foi…

-Sur l’humour: un blog sur le black metal qui ferait de l’humour!?! WTF!?! Blasphème!!! 😉 Plus sérieusement,faire un peu moins dans le sérieux (pardon…) gagnerait sans doute à détendre l’atmosphère parfois étouffante de la polémique sur le Hellfest… Mais en même temps, j’aime bien aller dans la confrontation sur le fond, dans l’investigation plutôt que dans la distanciation…

Mais bon, ce billet verse déjà dans le crime de lèse majesté en faisant preuve de bisounours attitude sur un blog de black metal… Flame me! 😉

Bonne Fête de l’Ascension! 🙂 (sans transition)

A propos de la pétition « Provocs Hellfest, ça suffit » 2/2

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , on 20 avril 2011 by Darth Manu

Je tiens en premier lieu à présenter à tous mes excuses pour le retard de cette seconde partie de mon billet sur le Hellfest, et plus particulièrement à mon confrère blogueur Les Yeux ouverts, qui attendait la publication de cette suite pour me répondre.

Cela dit:

2) Les demandes de la pétition:

« L’examen approfondi des groupes et des chansons de ceux-ci et à la non programmation de tout groupe et/ou chanson incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit »:

OK là dessus, àla réserve près qu’inciter à la haine, ce n’est pas la même chose que critiquer ou qu’exprimer une aversion pour, comme je le montrais dans la première partie de mon billet.

A noter qu’historiquement, l’interdiction pure et simple de groupes de métal a généralement des incidences très faibles sur leur popularité, quand elle n’est pas récupérée purement et simplement à des fins publicitaires par leurs promoteurs:

Dans le cas par exemple du groupe de death metal Cannibal Corpse:

« Cannibal Corpse est considéré comme l’un des groupes phares du brutal death metal, bien que leur renommée vienne plus de leurs ventes, de leurs pochettes ultra-gores et de la polémique qu’il suscite un peu partout. Le groupe est notamment interdit en Corée, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En Allemagne les chansons des trois premiers albums du groupe sont interdites de concerts et les compilations contenant ces chansons sont tout simplement supprimées, ainsi que les pochettes de tous leurs albums. Malgré cela, Cannibal Corpse est un des seuls groupes de death metal a être rentré au billboard américain… » (MetalOrgie).

Quels ont été les résultats concrets de leur interdiction dans ces différents pays?

« Stemming from that, what are your views on censorship in general today?
Paul: Well it sucks. Censorship, it’s not good. It shouldn’t be there, it’s just one of those things, if you don’t like it, you don’t have to look at it, you don’t have to buy it. If you’re brought up right it all comes down to the parents. It’s also on the other hand something we know that we can’t let bother us. We know it’s going to be there, and if we sit there and try and fight it, there’s really no point to waste time on it. Worry about what we do is obviously what we’ve been doing. We had those problems in Germany for years. The first three records are banned, we can’t play songs off the first three CDs and everything. That didn’t make us think, hmm we aren’t going to go there then, or what do we do now, we just find a way to work around it. You’re not stopping us, we won’t play songs from the first 3 CDs then, we’re still playing, making CDs, fans are coming. You know, so you just take it in stride and work around it. It’s a lot better now. Last tour we did in Europe we were allowed to play the songs. I don’t know what happened, whether it’s a statute of limitations or they just don’t care anymore or something. But now we’re allowed to go and play the songs. So we just stuck to it. Stuck to what we’ve done, don’t play some songs, and now we’re able to. So yeah, you just can’t let it bother you. It’s unfortunate that it exists. What can you do? I guess, just do your thing and work around it. » (puregrainaudio).

« On vous a interdit de jouer des chansons des trois premiers albums en Allemagne mais cette interdiction s’est éventuellement expirée et vous avez pu jouer de ces chansons lors de votre passage au Wacken… comment étaient les réactions?

  Pat O’Brien :: Cannibal Corpse
R C’était vraiment dément. Les fans de Cannibal Corpse là-bas veulent entendre Hammer Smashed Face depuis toujours! La dernière fois que nous avons joué au Wacken, nous avons pu le faire alors les réactions s’en sont suivies! Ces gens ne veulent pas que le gouvernement choisisse pour eux quoi écouter. Ils ne veulent pas de censure. C’est ridicule tout cela… Pendant des années, nous allions jouer dans des petits bars ou des petites salles et nous devions signer des papiers comme quoi aucun titre des trois premiers albums ne serait joué. De temps en temps, nous en échappions une sans faire trop exprès (rires) et, je te le jure, les exécutifs de la compagnie de disques en Allemagne en entendaient parler le lendemain. De temps en temps, un gars aucunement subtil s’approchait de nous en nous demandant si nous avions joué Hammer Smashed Face à Leipzig, par exemple. Évidemment, si nous avions joué une chanson des trois premiers albums dans un contexte comme un festival ou quelque chose du genre, nous aurions tous étés arrêtés. Il arrivait très fréquemment que des officiers de police se pointaient à nos spectacles avec une expression de « Que diable fais-je ici » au visage, alors que nous étions en train de jouer. Comment veux-tu qu’ils sachent la différence entre Hammer Smashed Face et Fucked With a Knife? Et ne me laisse pas te parler d’à quel point je trouve cela aberrant d’avoir dit cela moi-même… penses-y, nous pouvions jouer Fucked With a Knife, mais pas question de jouer Hammer Smashed Face…
  Fred Laroche :: CDM
Q J’ai décidément du mal à imaginer qu’ils puissent différencier les chansons des 3 premiers albums des autres chansons…

  Pat O’Brien :: Cannibal Corpse

R

Pfff… bien sur qu’ils ne sont pas capables! Voyons! A moins que l’un d’eux soit un fan de notre musique en secret… De toute façon, ils l’ont dans le cul aujourd’hui puisque cette censure a fait en sorte que les fans ont voulu entendre les chansons encore plus. Ça a fait en sorte que les fans étaient encore plus intéressés à acheter ces albums puisqu’ils étaient difficiles à trouver et qu’ils étaient en fait des items de collection. » (Capitale du Metal)

Non seulement les résultats concrets de la censure sont généralement très discutables (publicité paradoxale, contournement des décisions de justice éventuelles, piratage) mais ils passent complètement à côté du problème très légitime auquel celle-ci vise à répondre. Non seulement en effet la plupart des fans de metal les plus hostiles au christianisme ne se sentent pas particulièrement poussés à se remettre en cause, mais ils se braquent et tirent de ce type d’action la confirmation de leur vision des chrétiens comme bornés et intolérants: ou comment le repli communautaire des deux côtés tue le dialogue et ne fait qu’alimenter la popularité et l’argumentation des groupes les plus hostiles au christianisme.

Le refus de mettre en avant et/ou de proposer à la vente tout support de quelque forme que ce soit et incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit »

Reprenons l’exemple de Cannibal Corpse:

« As of October 23, 1996, the sale of any Cannibal Corpse audio recording then available was banned in Australia and all copies of such had been removed from music shops. At the time, the Australian Recording Industry Association and the Australian Music Retailers Association were implementing a system for identifying potentially offensive records, known as the « labelling code of practice. »

As a result, until April 1, 2006, only one Cannibal Corpse album, Gallery of Suicide, was listed in even the most explicit class of records allowed to be sold in Australia, and even that one disappeared from all legal classification after 2001. Thus, from at least April 1, 2003 to March 31, 2006, it was illegal for Australian music retailers to sell any audio recording produced by Cannibal Corpse. However, from April 1, 2006 to March 31, 2007, it became legal to sell all ten of the studio albums that the band had recorded by them, as well as the live album Live Cannibalism, the boxed set 15 Year Killing Spree, the EP Worm Infested, and the single « Hammer Smashed Face. » » (Corpseclothing).

La censure, comme souvent (cf. par exemple le destin du Comic Code Authority aux Etats-Unis, ou de la censure cinématographique en France), n’a duré qu’un temps. A-t-elle réduit le succès de Cannibal Corpse? Non. A-t-elle incité le groupe a adoucir les textes de ces morceaux? Non. A-t-elle suscité une prise de conscience dans le milieu du métal sur le contenu des paroles? Non. A-t-elle contribué à l’essort de la christianophobie chez une partie des métalleux? Manifestement oui, si j’en crois les réactions sur les sites de metal à chaque occurrence de ce type de censure.

En effet, la censure n’est pas efficace contre le metal pour la raison suivante: le métal y a été confronté tout au long de son histoire, et la plupart de ses courants les plus extrêmes se sont définis et ont trouvé leur audience en réaction à ses exigences:

« Un autre point, sur lequel nous avons déjà quelque peu discuté précédemment, a également contribué à la solidarité du milieu: nous faisons ici allusion à l’union du milieu Metal contre la censure. Contre le PRMC (cf. supra), contre les opprobres faites u Metal par certaines associations religieuses ou parentales, le Metal s’est retrouvé d’autant plus soudé au sein de la micro-famille qu’il forme. Il est pourtant à noter que ses réponses aux diverses accusations furent souvent de minces stratégies de défense, le Metal ne reniant pas son côté ostentatoire et parfois amoral. A cela notre question précédente refait surface: la liberté de tout dire que nombreux de ses protagonistes s’octroient peut-elle coexister avec le système en vigueur et ses valeurs? Nous ne pouvons donner présentement une réponse claire à cette question. Néanmoins ces deux facteurs-statut de paria, censure- que nous venons d’évoquer permettent de mieux saisir la force unitaire dans laquelle le Metal s’est formé. En cela les acteurs du milieu Metal s’avèrent engagés et solidaires, attributs qu’ils expriment au travers de leur distinction sociale-visuelles ou autres-, au travers de leur connaissance partagée du genre et qui circule par une médiation passionnelle, mais surtout par une forme de rebellion qui consiste à aller contre le courant principal (en anglais: le mainstream), contre le socialement ou le politiquement correct, ou d’une manière générale à se tourner vers ce qui leur semble le plus proche de l’authenticité » (Le Metal: étude d’un genre ambigu, extrême, protéiforme, mémoire de DEA par David Moussion, sous la direction de Jean-Paul Olive, PU à l’Université Paris VIII, p. 47).

Le métal est né de la confrontation à la censure, et en chercher les failles est l’une des raisons d’être de ses variantes les plus extrêmes, comme le grindcore, le death ou le BM. Comment croire que ce qui a suscité initialement ces provocations va parvenir à les museler sur le long terme? Le blogueur hostile au Hellfest Les Yeux Ouverts s’est plaint récemment du communautarisme des métalleux (dans une interview accordée au site Liberté Politique) , mais il ne semble pas se rendre compte que celui-ci est né historiquement d’une réaction contre la censure mainte fois exercée et dès l’origine du genre sur certains groupes de métal, et qu’en appelant lui-même à la censure du festival, il ne fait que l’alimenter et confirmer la raison d’être de groupes tels Belphégor ou Mayhem. C’est en montrant que nous sommes capable de dialoguer et de nous remettre en cause que nous infirmerons l’idéologie de ces groupes, et non en répétant à l’infini les maladresses qui les ont fait naître et leur ont donné leur popularité.

« La non promotion sous quelque forme que ce soit à l’intérieur de l’enceinte du festival : de la violence y compris à caractère sexuel ; des transgressions contre nature ( nécrophagie, profanation…) ; des comportements dommageables pour l’intégrité physique des personnes ( mutilation, suicide, appel au meurtre…) ; du satanisme. « 

L’ajout du satanisme à cette liste est révélatrice de la confusion d’esprit des auteurs de cette pétition, qui mêlent en une même approche apologétique et argumentation juridique. Si le satanisme est bien évidemment condamnable dans une perspective chrétienne, et doit être combattu sur le terrain des idées, comment justifier son interdiction sur le plan du droit positif au nom d’une démarche qui entend combattre « la haine contre quelque communauté que ce soit »:

N’importe quelle personne hostile à l’Eglise et sachant additionner « 2+2 » aura tôt fait de retourner l’argument contre les auteurs de cette pétition, et de les accuser de tentative de discrimination contre les minorités religieuses qu’ils désapprouvent. C’est ce qui arrive quand on tente de retourner soit-même le discours victimaire des minorités hostiles au christianisme: on finit par s’enfermer dans des contradictions logiques.

En effet, il est possible: soit de mener le combat sur la terrain juridique, donc dans une perspective éventuellement contraignante,  et de défendre le respect de toutes religions, sans préjudice de leur enseignement, soit de le faire sur le terrain doctrinal, et donc de se donner les moyens de critiquer ce contenu, mais dans une démarche qui est une démarche de dialogue et non de contrainte politique et juridique, soit d’essayer éventuellement de tenir ces démarches de manière parallèle. Mais les confondre au sein d’une même demande, une même phrase a fortiori,  est très maladroit, et donne une impression de sectarisme et de logique partisane.

3)L’esprit de la pétition:

Le collectif auteur de cette pétition entend marquer la fin du dialogue:

« Le dialogue instauré depuis des années avec les organisateurs et qui s’est traduit l’année dernière par une table ronde n’a pas porté les fruits escomptés puisque les organisateurs et les pouvoirs publics n’ont tenu aucun compte des alertes et des appels à la responsabilité.

Avec les programmations d’une quinzaine de groupes de la même veine, voire pire que l’édition 2010, la fête de l’Enfer continue les provocations et la promotion du satanisme.
Le temps du dialogue est donc arrivé à son terme.
C’est pourquoi le collectif de lutte contre toutes les provocations violentes et haineuses« Provocshellfestcasuffit » a été constitué.
 A-confessionnel au sens de son autonomie par rapport aux instances religieuses et a-politique au sens de son indépendance par rapport aux partis politiques, le collectif a pour objectifs :
Continuer d’alerter
Faire pression afin que les provocations évoquées plus haut cessent
Son action n’est donc en aucun cas dirigée contre les métalleux en tant que personne, tout en soulignant tout de même leur propre responsabilité.
Le collectif « Provocshellfestcasuffit » est par conséquent ouvert à toute personne, physique et/ou morale, qui souhaiterait apporter sa pierre à cette démarche qui s’inscrit dans le temps » (« Qui sommes nous?« ).
On peut se demander si le dialogue a effectivement commencé, tant les échanges sur certains sites sont parfois violents et péremptoires des deux côtés. On peut également s’interroger sur l’étrange conception du dialogue qu’a ce collectif, qui semble placer la remise en question d’un seul côté, et ne juger les fruits du dialogue qu’en fonction des concessions obtenues sur le court terme (alors que le collectif inscrit sa propre démarche « dans le temps ».
Je m’interroge pour ma part sur les fruits qu’espèrent obtenir à long terme les auteurs de cette pétition: on ne change pas les mentalités par la contrainte, l’Histoire l’a assez prouvé. Et quel sens donnent-ils à leur engagement de chrétien dans la cité?
Etre chrétien, ce n’est pas la même chose qu’être homosexuel, femme, membre d’une minorité ethnique, etc. Il ne s’agit pas simplement de revendiquer d’être ce que l’on est sans être embêté par personne, ce n’est pas juste une question d’identité à affirmer et à défendre. Le sens de notre baptême, c’est certes de refuser le mal, mais plus profondément encore  de répandre le bien, d’annoncer une Bonne Nouvelle, d’évangéliser, de convertir les coeurs des païens, de les disposer  à entendre  l’Evangile… C’est non seulement l’une des significations primordiales de notre engagement de baptisés, mais également une revendication très actuelle de notre communauté. J’assistais hier soir à la messe chrismale de mon diocèse. Lors de l’homélie, l’évèque fit le bilan des remontées des différentes équipes paroissiales qui ont participé au synode lancé en septembre dernier (je suis paroissien du diocèse de Versailles). L’une d’elles était la suivante: que la nouvelle évangélisation soit moins dans les paroles et davantage dans les actes.
Quel est l’apport de cette pétition à cet impératif de l’évangélisation? Il est à mon avis égal à zéro. Comment disposer en effet à l’écoute et à la conversion des gens à qui on commence par dire « le temps du dialogue est révolu », qu’on tente de faire céder sous la pression du nombre et des menaces de procès? Le Hellfest attend en moyenne chaque année autour de 70 000 festivaliers: et bien cela fait 70 000 personnes que cette pétition risque de dégoûter durablement du christianisme. Bravo pour l’effort d’évangélisation: c’est bien la peine qu’on se casse le c… dans nos paroisses, avec notre famille, nos amis ou au travail pour essayer de faire évoluer la vision de l’Eglise, si c’est pour se faire pointer que les catholiques sont les premiers à proclamer la fin du dialogue dès que le cours de celui-ci n’évolue pas comme ils l’auraient souhaité!
Je ne résiste pas à ce sujet à la tentation de faire le parallèle avec cette polémique autour de l’exposition à Avignon d’une oeuvre intitulée Piss Christ, qui représente un crucifix plongé dans de l’urine, et qui a suscité la vindicte de diverses organisations catholiques.
Les similitudes avec la polémique autour du Hellfest sont nombreuses: une manifestation artistique semble verser dans le blasphème: en réponse, une association catho, Civitas, au demeurant très liée à Catholiques en campagne qui était l’auteur de la pétition anti-Hellfest de l’an dernier, lance une pétition demandant aux pouvoirs publics d’interdire cette oeuvre, avec des arguments très proches de ceux habituellement invoqués contre le Hellfest. Les résultats à ce jour sont édifiants: une oeuvre relativement confidentielle acquit une notoriété extraordinaire, quelques jeunes crurent bons de la détruire, pour rien puisqu’elle est à nouveau exposée, si ce n’est qu’ils ont faipasser par leur acte les catholiques du statut de victimes à celui d’agresseurs, et les responsables de l’exposition de celui d’agresseurs à celui de victimes.
Ce fait divers déplorable me parait lourd d’enseignement pour la polémique autour du Hellfest. En effet:
-On parle beaucoup de la responsabilité des groupes et des organisateurs du Hellfest, et de leur influence éventuelle sur les jeunes les moins aptes à discerner. Cette interrogation me parait pouvoir s’appliquer également aux collectifs anti-Hellfest: à force de présenter l’Eglise comme une citadelle assiégée, victime des pires discriminations et exactions, il parait peu étonnant que des jeunes soient poussés à des actes de révoltes, voire à des délits, et (pourquoi pas un jour prochain?), à des crimes, en croyant protéger leur foi contre une société corrompue et les maneuvres du démon. La christianophobie croissante de certains milieux, et les outrances de certains sites et associations cathos sont les deux versant d’un même problème, qui est la dissolution du tissu social et le repli derrière les belles idéologies communautaires. Ne nous laissons pas gagner par ce cancer en cherchant à l’opérer chez l’autre.
-Pour éviter d’être des victimes, certains catholiques décident de se faire des agresseurs, par des pétitions, des menaces, des manifs, … et, nous l’avons vu, parfois par la violence. Voilà qui renverse dramatiquement l’enseignement de l’Evangile, qui incite à tendre l’autre joue et à se faire serviteur . Je sais bien que dans certains milieux on aime à parler de la « Sainte Colère » et à citer abondamment l’épisode des marchands du temple. Je suis peu convaincu: cette scène ne décrit pas Jésus appelant ses disciples à la résistance civile, mais un Fils chassant des intrus de la maison de SON Père. Hors de cette maison, point de « Sainte Colère », mais les humiliations et les tortures subies, en restant ferme sur le message, mais dans l’humilité,  de la Passion. Nous ne sommes pas le Christ, et je ne pense pas que nous sommes à même de juger avec la même autorité des pécheurs tels que nous, et de les chasser de semblable façon. Le Christ nous appelle en effet à nous juger nous mêmes avant de juger autrui, et à porter notre propre croix. Il nous appelle à vivre par cette dernière plutôt que par l’épée, et c’est donc à mon avis sur notre imitation de sa Passion que nous serons jugés, de préférence à celle de sa Sainte Colère. Dans le cas du Hellfest, vivons notre Passion en répondant aux outrages de certains groupes par le témoignage de tout ce que notre foi nous a apporté de Bon, de Beau et de Vrai, et ainsi nous changerons les coeurs avec succès, de même que le Christ a préféré la Croix et la promesse du rachat des péchés aux condamnations et aux menaces (même s’il a toujours veillé à rappeler les conséquences d’un refus de la Grâce proposée, mais sans chercher à contraindre quiconque). Même lorsqu’il a envoyé ces disciples annoncer l’Evangile, il ne leur a pas demandé de menacer ceux qui refuseraient de les accueillir, ou de lancer des campagnes contre eux, mais de secouer la poussière de leurs semelles et de s’en aller.
-Certains disent que ces pétitions ont au moins le mérite d' »être là » pour défendre l’Eglise, et que « c’est toujours mieux que de ne rien faire ». Quel a été le résultat de la pétition de Civitas: une oeuvre qui était connue de peu de catholiques (elle date de 1987 et c’est seulement maintenant que la polémique surgit!), et qui donc en choquait peu, est devenue connue de tous, et en a donc choqué un nombre beaucoup plus importants. Et les catholiques, qui étaient les victimes et qui à se titre pouvaient demander la sympathie, sont devenus les  agresseurs et ont suscité l’opprobre. Je vais peut-être passer aux yeux de certains pour un « tiède » (et franchement je m’en moque bien), mais je pense que pour le coup, ne rien faire aurait été beaucoup mieux…
Voilà donc pourquoi je ne signerai pas cette nouvelle pétition contre le Hellfest, et déconseille de le faire, même si je salue un certain effort d’information et de nuance par rapport à celle de Catholiques en Campagne l’an dernier.
Pour conclure et ouvrir le débat, je signale l’information suivante:
« À l’occasion du 40è anniversaire de la dissolution des Beatles, le Vatican a rendu hommage samedi aux quatre garçons dans le vent dans son hebdomadaire l’Osservatore Romano. Dans un article, le Vatican déclare qu’il pardonne aux Beatles pour leurs commentaires « sataniques » et notamment ceux de John Lennon qui déclarait en 1966 que son groupe était plus populaire que Jésus Christ. Le Vatican a également déclaré que les Beatles était « un joyau » de la musique. « Il est vrai que le groupe consommait de la drogue, qu’ils vivaient dans l’excès à cause de leur succès. Ils ont même dit qu’ils étaient plus connus que Jésus Christ et on fait passer d’autres messages mystérieux à connotation satanique. Ils n’ont peut-être pas été le meilleur exemple qui puisse être pour la jeunesse de l’époque, mais ils n’étaient pas les pires. Leurs belles mélodies ont changé le monde de la musique et continue encore aujourd’hui à donner du plaisir », écrit l’Église Catholique.  John Lennon avait également déclaré lors de cette fameuse interview que la chrétienté finirait par disparaître. « Elle va s’éteindre et sombrer. Je n’ai même pas besoin de le prouver…Je ne sais pas qui du rock and roll ou de la chrétienté des disparaîtra le premier » avait-il affirmé, choquant le Vatican. Une page est donc tournée aujourd’hui et l’Eglise Catholique semble définitivement réconciliée avec les Beatles. Interviewé sur la chaîne américaine CNN, l’ancien batteur du groupe, Ringo Starr, qui vient de sortir un nouvel album intitulé « Y Not », a déclaré mardi qu’il se fichait du pardon du Vatican. « Ils ont déclaré à l’époque que nous étions sataniques et ils ont quand même réussi à nous pardonner ? Je pense qu’ils ont mieux à faire que de parler des Beatles », a-t-il expliqué » (Le Parisien).
Si on peut pardonner à certains groupes leurs « messages mystérieux à connotations sataniques » au nom de la musique, pourquoi pas à tous?