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De l’usage des témoignages de convertis en milieu chrétien: grandeur et fragilités

Posted in Christianisme et culture, Témoignages with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 janvier 2013 by Darth Manu

Upheaval- Testimony to the Atrocities

Ce sujet peut sembler un peu trop large et christiano-centré pour le présent blog. Il est cependant inspiré en partie par l’usage de témoignages de metalleux convertis par certains sites chrétiens pour induire des jugements de valeurs généraux sur le metal. A cela s’ajoute l’usage polémique de témoignages par des catholiques, de manière récurrente, sur diverses questions d’actualité: ainsi, ces derniers mois, les témoignages d’homosexuels défavorables au « mariage pour tous » (le plus connu et à mon avis le plus emblématique étant celui de Philippe Ariño), ou encore, depuis un peu plus longtemps, ceux d’anciens musulmans convertis au christianisme (en France Joseph Fadelle, par exemple)…

Tout d’abord qu’est-ce qu’un témoignage? Nous allons voir qu’il peut revêtir différentes significations, suivant qu’il est énoncé dans un contexte de foi, juridique, etc. et que suivant ses derniers, il n’a pas nécessairement le même poids, ni la même valeur, et ne doit pas nécessairement être reçu de la même façon pour prendre tout son sens.

Le Larousse donne les définitions suivantes du verbe « témoigner« :

verbe transitif indirect

Définitions de témoigner

Se porter garant de quelque chose, être en mesure de l’affirmer : Je suis prêt à témoigner de sa probité.

Être la preuve, la confirmation de quelque chose d’autre : Ses réponses témoignaient de sa parfaite connaissance du sujet.

Et du nom « témoignage« :

« nom masculin 

Définitions de témoignage

Action de témoigner, de rapporter ce qu’on a vu, entendu, ce qu’on sait : Le témoignage des journalistes.

Déclaration, déposition d’un témoin en justice : Les témoignages sont accablants pour l’accusé.

Déclaration orale ou écrite attestant les qualités de quelqu’un : J’ai besoin d’un témoignage de bonne conduite.

Acte qui témoigne d’un sentiment, d’une qualité, etc. : Recevoir des témoignages de sympathie.

Texte, propos racontant des faits vécus : Ce livre est un excellent témoignage sur notre époque. »

Témoigner, c’est donc communiquer, par écrit ou par oral, une connaissance que l’on a à un public qui ne l’a pas, ou n’est pas supposé l’avoir. C ‘est partager une expérience, un sentiment, un savoir, un constat, en s’engageant, en se portant garant par sa personne…

La signification de ce témoignage n’est pas la même suivant l’occasion pour laquelle il est donné, et son public: témoigner de son alcoolisme devant un cercle d’alcooliques anonymes peut avoir une connotation édifiante, voire être signe de courage et d’humilité. Faire la même chose à l’occasion d’une garde à vue peut être au contraire incriminant.

Considérons plus particulièrement deux exemples de témoignages, dont la confrontation me parait très éclairante:

– Le témoignage dans un contexte de foi, comme signe:

Selon Wikipédia:

« Le témoignage est un concept religieux qui se décline de deux façons :

Recevoir un témoignage : le témoignage est une connaissance spirituelle donnée par le Saint-Esprit (voir Mt 16:17 ; Jn 15:26 ; Ro 8:16 ; 1 Jn 5:6).

Porter témoignage : le témoignage consiste, à l’exemple des apôtres, à aller porter la bonne nouvelle. Il peut prendre soit la forme de l’évangélisation, soit la forme de récits de conversion où le témoin s’implique personnellement, racontant ce que la foi a changé dans sa vie (voir Mt 24:14 ; 2 Ti 1:8).

Dans le décret sur l’apostolat des laïcs, il est souvent fait allusion au témoignage : « Le témoignage même de la vie chrétienne et les œuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à la foi et à Dieu ». »

Le témoignage de foi est celui d’une rencontre, celle de Dieu, qu’il s’agisse des apôtres sillonnant la Palestine deux par deux pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, de Saint Paul qui donne le récit de sa transformation après sa révélation sur le chemin de Damas un signe de laGloire de Dieu et de Sa Miséricorde, ou de l’un de ces très nombreux chrétiens qui racontent comment le Christ a changé leur vie pour le meilleur.

Il est l’expression d’une conversion: le témoin s’est détourné de son amour-propre et de son égoïsme pour s’abandonner à Dieu, et y a expérimenté, au moins sur le moment,  une espérance et une paix qui ont transformé  sa vie pour le meilleur.

Le témoignage, enfin, est l’expression d’une subjectivité transfigurée: le témoin a trouvé un fondement sur lequel assoir son existence, plus solide que tous ceux sur lequel il avait auparavant tenté de construire sa vie, et en même temps indémontrable objectivement, communiquable uniquement de sujet à sujet, par le récit d’une expérience vécue, qui porte des interrogations et des réponses dans lesquelles son public peut retrouver, au moins en partie, les siennes propres. Il s’agit non pas de prouver des faits, établis de manière objective et au dela du doute, mais de relier des subjectivités, en faisant de sa propre vie un signe qui pointe vers ce qui est susceptible de donner un sens à toute vie.

En ce sens, le témoin de foi atteint par le récit de son vécu subjectif une Vérité qui est susceptible d’être nourriture pour le vécu subjectif de toute autre personne. En engageant son intériorité dans son témoignage il touche l’intériorité d’autrui. Et par sa personne, il engage son existence propre, et la Grâce qui lui a été donnée, pour lui et pour le monde, et qui donne une légitimité nouvelle à sa parole.

– Le témoignage dans un contexte juridique, comme preuve: 

Selon le site www.vie-publique.fr:

« Le témoignage désigne au sens large la déclaration par laquelle un individu communique à autrui la connaissance personnelle qu’il possède d’un fait ou d’un évènement. Dans le domaine juridique, si le témoignage est parfois utilisé pour l’établissement d’actes authentiques, comme à l’occasion de la célébration du mariage, le recours au témoignage constitue sans doute le mode de preuve le plus fréquent. Le témoin est en effet celui qui vientsolennellement attester par sa déclaration de la véracité d’un fait ou d’une situation.

L’importance de la preuve testimoniale au cours de la procédure varie selon que l’on se trouve dans un système de preuve légale, où la loi détermine les différentes preuves admissibles et leur force probante, ou de preuve libre, où le juge apprécie souverainement les divers éléments de preuve qui lui sont présentés.En matière civile, où domine le modèle de la légalité des preuves, le système français ménage une place limitée au témoignage : il est en principe seulement admissible pour prouver l’existence des faits juridiques, tandis que la preuve écrite est considérée comme obligatoire en matière d’acte juridique. En outre, le témoignage étant considéré comme une preuve fragile et imparfaite, sa force probante est expressément subordonnée par la loi à celle des preuves écrites.En matière pénale, caractérisée par une liberté de la preuve, le témoignage joue un rôle beaucoup plus fondamental, puisqu’il constitue souvent le seul élément permettant de caractériser qu’un individu a commis une infraction. Le droit français ne distingue pas entre les témoins à charge et à décharge, pas plus qu’entre les témoins entendus sur les faits et ceux, dits de « moralité », dontl’audition porte sur la personnalité du prévenu. Le juge est libre d’apprécier, dans le cadre de son intime conviction, la valeur qu’il convient d’apporter à ce mode de preuve. »

Au contraire du témoignage de foi, celui au sens juridique n’a pas pour finalité de faire signe, par l’intermédiaire du récit d’une intériorité, vers une autre intériorité, mais de prouver la réalité objective de faits allégués. Dans un témoignage de foi, le vécu intérieur est fondamental, puisque c’est sa transformation qui manifeste l’effort de conversion et la rencontre avec Dieu qui l’a rendue possible, alors que l’occasion de cette rencontre est secondaire, est ce qui a rendu le message possible mais n’est pas en soi le message. Dans un témoignage au sens juridique, si la sincérité d’un témoin me semble un élément important, ce qui est primordial, ce sont les faits qui l’ont conduit à être témoin, et non son intériorité: une personne mauvaise peut donner un témoignage fiable, et un saint un autre qui serait biaisé, erroné, voire tout simplement faux suivant leur implication, leur situation psychologique et émotionnelle, leur connaissance ou non d’éléments susceptibles d’éclairer les faits constatés, leur recul, etc.

A ce titre, alors que la dimension de point de vue personnel, marqué par un vécu, une histoire, et une intériorité, est ce qui donne sa force au témoignage de foi, car c’est là, au plus profond du coeur du témoin, que Dieu vient le toucher et le rencontrer, elle est au contraire une source de fragilité et d’erreur pour un témoignage factuel, auquel on demande de contribuer à prouver des faits.

« L’histoire de la jurisprudence révèle que des condamnations ont été prononcées sur la foi de témoignages faux ou erronés sur l’identité de l’inculpé ou de l’accusé. La variation de la perception de faits, les soubresauts de la mémoire et ses trahisons ne doivent jamais être oubliés quand on soupèse un témoignage.

L’étude psychologique d’un témoignage est forcément complexe. Pour apprécier convenablement la valeur d’un témoignage, il faudrait reconstituer toutes les réactions qui ont été celles du témoin, depuis le moment où en tant qu’homme ordinaire, il a assisté à un événement ou un incident qui d’abord lu a paru banal, alors qu’il était inquiet, préoccupé, anxieux, ou simplement distrait, jusqu’au moment, où, pourvu du rôle de témoin officiel, il fait appel à sa mémoire pour restituer, à sa façon, ce même événement reconstitué par sa mémoire.

La valeur d’un témoignage dépend de deux facteurs : l’objet du témoignage qui est lanature des faits et les aptitudes et les réactions du témoin. » (  La fragilité du témoignage, par Régis Poujet,Académie des sciences et les lettres de Montpellier, séance du 18/03/2002, conférence n°3776)

Dans le témoignage de foi, si bien sûr il est sincère, le témoin est sa propre preuve pour ainsi dire, dans la mesure où les transformations opérées dans sa vie sont la mesure de la Grâce qu’il a reçu. Alors qu’un témoignage qui porte sur une réalité factuelle, même sincère, est généralement sujet à caution et à vérifications (ou au moins confontation avec d’autres points de vue), dans la mesure où le témoin donne un point de vue particulier et situé sur une réalité qui ne luis sera jamais entièrement réductible, au contraire du premier où il a la connaissance immédiate et intime des changements opérés par la conversion, même s’il a toute sa vie ensuite pour en approfondir les tenants et les aboutissants, puisque c’est de son propre être qu’il s’agit… Dans le premier cas, le vécu, l’histoire de la personne contribuent à la certitude… Dans le second, elles sont potentiellement source d’erreurs et de préventions…

« Le témoin fiable est celui qui prend de la distance par rapport à l’événement, qui avance prudemment en ne perdant pas de vue qu’il peut se tromper, qui ne se prend pas pour la loi et ne se considère pas comme investi de la mission de rendre la justice. Chaque être
humain a sa propre vérité. Elle ne rend pas obligatoirement compte de la réalité. J’entends la question que vous me poserez « Que penser du témoignage que j’apporte ce soir ? »

Il n’est qu’un témoignage et, comme tel, il doit être écouté et entendu avec prudence, enregistré avec réservé et confronté à d’autres témoignage, mais la réalité ne sera jamais atteinte. Gardons présent à l’esprit ce qu’avait écrit sur le mur de sa cellule le condamné à mort
retrouvé plusieurs siècles plus tard sous les cendres de Pompéi « Dans ce monde, rien n’est éternel ».

Pour conclure, je reprendrai la réponse du vieux médecin alcoolique et tellement humain, mis en scène par John FORD dans « La chevauchée fantastique ». A la jeune femme de moeurs légères qui lui demande s’il est bien d’accepter d’épouser l’homme qui l’aime et qu’elle
aime, il répond avec l’humilité que confère l’âge, l’expérience et la connaissance des faiblesses humaines :

« Mais qui suis-je pour dire où est le bien et où est le mal ».« 

Il arrive que ces deux types de témoignages, celui de foi et celui qui porte sur une réalité factuelle (dont celui au sens juridique était un exemple), soient confondus en une seule et même parole: ainsi le cas des convertis qui au travers du récit de leur histoire personnelle, vont non seulement rendre compte de la Grâce qu’ils ont reçue, mais également mettre en garde contre certaines réalités auxquelles ils étaient attachés auparavant, et dont ils estiment qu’elles ont mis en péril leur âme.

Il me semble que la valeur d’un témoignage en tant que récit de conversion, aussi réelle, miraculeuse, et authentique que soit la Grâce reçue, n’implique pas nécessairement l’opportunité et la lucidité de la mise en garde qui y est mêlée, même si bien sûr elle n’interdit pas cette dernière, et si il est parfaitement concevable que la dénonciation de tel ou tel méfait ou comportement soit un effet de cette Grâce et voulu par Dieu.

Je pense en fait que ce type de témoignage demande de la prudence et un discernement au cas par cas, ce qui ne diminue en rien la valeur de la conversion en elle-même sur le plan spirituel.

Trois exemples qui me laissent dubitatif, non pas sur la sincérité des témoins et la réalité de la Grâce qui leur a été donnée, mais sur la suite à donner à l’extension qu’ils font du constat d’une souffrance qu’ils ont expérimentée à l’occasion de tel ou tel mode de vie, religion, culture, à  la formulation d’un jugement de valeur sur ces réalités considérées dans leur essence et leur globalité:

– un homosexuel catholique qui définit l’essence de l’homosexualité en relation avec le « fantasme de viol »:

Philippe Ariño n’est pas le seul homosexuel qui s’oppose en France au mariage pour tous (quoique ceux qui s’expriment en ce sens ne paraissent pas bien nombreux, contributeurs d’Homovox inclus). C’est cependant le plus emblématique, et celui qui a partir de l’expérience de sa sexualité et des milieux « gays », a voulu théoriser l’essence du désir homosexuel et les revendications sociales qui y sont attachées.

Par exemple:

« Alors pour commencer, si vous le voulez bien, je vais lâcher cette bombe: Et si le secret de l’homosexualité, c’était minoritairement le viol, et majoritairement le fantasme de viol ? Ne vous inquiétez pas. Au début, ça choque ; et une fois qu’on regarde les faits, on arrête de s’offusquer, on respire, on boit frais, et tout le flou artistique qui entourait le concept d’homosexualité se dissipe. » (Araignée du désert, Dico online, Code n° 178 : Viol)

Ou encore:

« Même si, juste avant de se donner la mort, certains ont prétendu expliquer leur acte suicidaire par le rejet social de leur orientation sexuelle afin de camoufler les nombreuses raisons étrangères à l’homosexualité qu’ils n’ont pas souhaité affronter de leur vivant, cela ne prouve en rien que l’homophobie ou la société soient les uniques causes du suicide chez les personnes homosexuelles. […]

Ce qui empêche les personnes homosexuelles de désigner l’ennemi homophobe, ce n’est pas seulement le voile de mystère entourant l’acte homophobe : c’est surtout la découverte que les principaux ennemis des personnes homosexuelles, ce sont elles-mêmes. La plupart des personnes homosexuelles qui se font assassiner le sont par leurs pairs ou leurs partenaires amoureux. Si les anciennes dictatures traditionnellement connues comme telles maquillaient les meurtres en suicides, la nouvelle dictature homosexuelle, quant à elle, maquille les suicides en meurtres, et les règlements de compte entre communautaires en assassinats venus de l’extérieur. Ce n’est guère mieux… » (Araignée du désert, Le Phil de l’Araignée 2: On n’a rien compris à l’homophobie…)

Ou enfin:

« Ce baiser, en apparence beau, victorieux, et anodin (« Arrête ! Ça n’est rien, un p’tit kissou ! C’est mimi ! C’est culoté ! » me dira-t-on) ne fait que symboliser la superficialité, la prétention et l’homophobie de l’acte homosexuel en lui-même. Celui-ci, de par son éloignement du Réel et son expulsion de Son roc principal qu’est la différence des sexes (une différence qui concerne l’existence de toute l’Humanité), fait violence, et ce, universellement, car elle contredit la présence de n’importe quel être humain. » (Collectif pour la famille, « Le Kissing lesbien contre le Happening marseillais de VITA ou l’imposture bobo bisexuelle ») Rien que ça!!!

Son témoignage personnel, en ce qu’il nous montre ses difficultés à conjuguer son homosexualité et son éducation catholique, et son cheminement, d’une sexualité débridée et papillonnante, jusqu’au choix de la chasteté dans la continence totale, est admirable, et semble le signe d’une vraie conversion, et place l’unité retrouvée de son existence sous le signe de la confiance en Dieu et en son Eglise. En ce sens, du point de vue de la foi, il semble qu’il s’agisse d’un témoignage vrai, dont il est normal et même souhaitable qu’il soit diffusé largement par les médias et les institutions catholiques, comme c’est déjà le cas.

Par contre, on peut s’interroger sur la manière dont il semble engager par son témoignage, non seulement le désir homosexuel tel qu’il l’a vécu et avec lequel le Seigneur l’a trouvé, mais le désir homosexuel dans son essence, et avec lui l’ensemble des homosexuels.

Comme Régis Poujet le rappelle dans le texte cité précédemment, quand il s’agit d’une réalité extérieure, objective, le témoignage donne un point de vue sur elle, mais ne l’atteint jamais dans son essence, ne la réduit pas à ce qu’il en dit (de même qu’on peut analyser un ensemble de faits et en donner une interprétation, éclairée par certaines prises de positions philosophiques, scientifiques, religieuses, mais qui peut dire ce qu’est le réel, pour ne pas parler du « Réel »?). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est susceptible d’apporter aucun éclairage. Mais il doit être relu avec distance et esprit critique. Ainsi, un sociologue du metal qui est aussi metalleux ne peut pas ne pas avoir un point de vue déterminé en partie par son expérience personnelle, mais il opère par rapport à celle-ci une mise à distance critique, en faisant recours à une étude de terrains, à des choix méthodologiques préalablement définis, à des modèles d’interprétation universitairement éprouvés et reconnus, etc.

Force est de constater que Philippe Ariño ne prend nullement de telles précautions, et a généralement recours à une approche très empirique, voire profondément subjective:

« Dire que ces codes ont une histoire qui m’est propre, cela encouragera peut-être certaines personnes à les vider d’universel, à s’en désolidariser, pour dire que j’ai projeté dans mon Dictionnaire ma propre vie et fais de mon cas une généralité. Certes, je suis aussi parti de mon vécu et de mes références personnelles pour élaborer mon écrit ; mais cela n’est vrai que dans un second mouvement. C’est d’abord mon observation innocente et néanmoins attentive de toutes les œuvres artistiques parlant de près ou de loin d’homosexualité qui a donné naissance à mon Dictionnaire. Ma vie et mes goûts de personne homosexuelle m’ont assurément aidé à les reconnaître, souvent dans l’émerveillement et l’amusement. Mais si ces codes n’étaient que le fruit de ma propre imagination et l’expression d’une vision du monde très égocentrée, je ne les verrais pas dans autant de fictions, de pièces de théâtre, et de films, qui me sont encore inconnus, que je découvre peu à peu aujourd’hui, et qui sont réalisés par des gens qui ne connaissent même pas l’existence de mon Dictionnaire. Les échos entre mes écrits et ces œuvres, qu’on le veuille ou non, sont troublants. Je n’aurai pas assez de toute ma vie pour les découvrir! » (Le Phil de l’Araignée 14 : Les Secrets de mon Dictionnaire des Codes homosexuels)

La répétition des expériences est un aspect de la recherche de terrain, la clarification de la méthodologie et les principes employés pour les interpréter en est un autre, primordial, mais qui semble purement et simplement esquivé par Philippe Ariño.

Dans certains passages, il recourt même à une forme de confiscation de la parole en prétendant savoir mieux que d’autres homosexuels qui expriment des positions en contradiction avec les siennes ce qu’ils ont vécu et ressenti. Ainsi, dans l’une des citations ci-dessus:

« Même si, juste avant de se donner la mort, certains ont prétendu expliquer leur acte suicidaire par le rejet social de leur orientation sexuelle afin de camoufler les nombreuses raisons étrangères à l’homosexualité qu’ils n’ont pas souhaité affronter de leur vivant »

Et c’est bien là le problème: son témoignage est précieux en tant qu’il est une parole, qui exprime un parcours personnel. Son discours sur l’homosexualité, profondément subjectif sous couvert de conceptualisation, est précieux en ce qu’il nous montre comment elle a été source de souffrance pour lui, et comment sa rencontre avec Dieu a mis un terme à cette souffrance. Il nous donne son point de vue sur l’homosexualité. Mais il ne nous donne pas l’homosexualité en elle-même. Pour cela, il faut écouter tous les témoignages et les confronter. Et au nom de quoi sa parole prendrait le pas dans mon esprit  sur celle contraire de cet homosexuel favorable au « mariage pour tous » et profondément blessé par la « manif pour tous », par exemple? Parce que je suis catholique et qu’elle m’arrange davantage? Qu’elle soit rassurante pour des chrétiens qui ont du mal à assumer l’intransigeance de certains enseignements de l’Eglise sur l’homosexualité, c’est bien normal, mais cela ne veut pas dire qu’elle en a établi la vérité. il faut entendre toutes les paroles, toutes les souffrances, toutes les joies en lien avec l’homosexualité, ou tout du moins un échantillon représentatif, avant de dire qu’on a vu la vérité. Et de manière méthodique, en examinant les témoignages de manière rationnelle, à la manière d’une enquête. Et malheureusement je pense que ce n’est pas ce qui est fait aujourd’hui dans l’Eglise à partir du témoignage de Philippe Ariño, ce qui , encore une fois, ne diminue nullment sa valeur et sa beauté en tant que témoignage de conversion, mais empêche d’en déduire des vérités générales sur l’homosexualité et les homosexuels.

– un musulman converti qui projette de « détruire l’Islam »:

J’ai assisté samedi dernier, dans le cadre de mon service d’animateur d’aumônerie, à un témoignage de Joseph Fadelle, ce musulman irakien qui s’est converti au christianisme, que sa famille a tenté de tuer pour cela, et qui fait aujourd’hui l’objet d’une fatwa le condamnant à mort. Il a écrit un livre désormais célèbre, Le Prix à Payer, que je n’ai pas encore lu.

Si son histoire personnelle m’a bouleversé, et sa conversion m’a paru très belle et très courageuse, j’ai été très gêné, et même très choqué, à mesure que j’écoutais, par le grand nombre d’affirmations définitives et sans nuances qu’il portait, non seulement sur l’Islam tel qu’il l’a connu, ce qui serait bien normal, mais sur cette religion tel qu’il prétend l’avoir comprise dans son essence, et sur la personne du Prophète Mohammed, qu’il présente comme un pervers et un meurtrier.

Et autant je suis intimement convaincu de la grande valeur de sa parole en tant que témoignage de foi, autant je suis profondément sceptique quand au crédit à lui apporter en tant que témoignage au sens « juridique » contre l’Islam.

Joseph Fadelle dit qu’il a compris que l’Islam était une religion mauvaise lorsqu’il a lu le Coran. Mais ce type de texte religieux fondateur peut-il se comprendre par une simple lecture littérale, comme un roman ou un essai? J’ai rencontré quantité de metalleux qui aiment à rappeler tous les passages moralement choquants dans la Bible: le marchand et son épouse qui tombent raides morts dans les Actes des Apôtres après avoir tenté d’escroquer la communauté chrétienne, le Christ qui enseigne que les blasphèmes contre l’Esprit Saint ne seront pardonnés ni sur terre ni au ciel, les menaces à la fin de l’Apocalypse contre ceux qui interprèteraient un peu trop ce livre… Alors certes, ces passages ne sont pas à lire naïvement, mais à interpréter suivant les traditions littéraires de l’époque, le sens spirituel que l’auteur a voulu transmettre, les questions théologiques qui se posaient… Mais n’en est-il pas de même de l’Islam? Il existe plusieurs écoles « juridiques » d’interprétation souvent très éloignées les unes des autres, des querelles sur des versets qui abrogeraient ou non d’autres versets, des centaines de « hâdith » des paroles du Prophète qui éclaireraient la lecture du Coran et l’authenticité, pour certains d’entre eux, fait l’objet d’un large consensus, mais pour d’autres est âprement discutée… Rien qu’à lire la page wikipedia consacrée au Coran, on perçoit combien sa lecture est difficile d’accès et combien il est aventureux de prendre le sens des verset au pied de la lettre (ce qui est aussi le cas des textes de la Bible, mais c’est toujours plus facile de se concentrer sur le sens littéral quand il s’agit des textes et de la foi des autres).

Lors du témoignage auquel j’ai assisté, il nous a dit que suite à l’exhortation de son ami chrétien Massoud, il est allé voir un Imam pour savoir comment lire le Coran. L’Imam lui a conseillé un grand nombre de relectures préalables, ce qui l’a fait reculé. Il a alors décidé, comme « voie de contournement », de lire directement le Coran, et juste le Coran. Le conseil de l’Imam n’était sans doute pas très pédagogique, mais avait selon moi un fond de sagesse.

« Au contraire, l’une des caractéristiques du Coran est justement son invitation continuelle à la réflexion et à la compréhension : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent ! » (38:29) ; « Très certainement Nous avons exposé [tout ceci] dans ce Coran afin que [les gens] réfléchissent. » (17:41) ; « En effet, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54:17), etc.

Une simple étude de l’histoire de l’islam permet également de se rendre compte de la masse de commentaires écrits à propos du Coran et des différents aspects de la religion en vue d’en comprendre les différentes significations, et ce tant dans les milieux chiites que sunnites. L’immense littérature d’ouvrages religieux et de commentaires ne s’est pas tarie et continue de constituer le sujet de nombreux écrits jusqu’à aujourd’hui. La source principale de dissension en islam n’a donc pas été le caractère licite de la réflexion à propos de la religion ou du Coran, acceptée par tous sauf à de rares moments de l’histoire, mais bien la façon et la méthode utilisée pour commenter le Coran ou plus généralement pour mener une vraie réflexion religieuse.  » ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Quelques autres exemples: Joseph Fadelle s’appuie beaucoup sur la description des femmes dans le Coran, mais celle donnée par Saint Paul  (qu’il oppose pourtant à la personne du Prophète Mohammed) est également très dure, et guère acceptable pour la plupart des contemporains, y compris catholiques. Elle est à interpréter, on est d’accord. Mais il en va de même du Coran: sur la question de la récompense des femmes au paradis, des réponses humaines ont été données, sur celle de leur intelligence relativement à celle des hommes, on trouve assez facilement sur Google des interprétations qui nuancent fortement le sens littéral. Peut-être sont-elles fausses, peut-être sont-elles vraies, mais elles existent, elles sont des paroles, auxquelles confronter le témoignage de Joseph Fadelle, avant de penser que celui-ci atteint l’essence de l’Islam.

« M. Fadelle évoque ensuite la question du statut de la femme en islam, point qui lui pose problème : « Autre point conflictuel pour moi, je ne saisis pas l’insistance du Coran à définir la supériorité et le pouvoir des hommes sur les femmes, considérées la plupart du temps comme des inférieures, possédant la moitié du cerveau d’un homme, et parfois impures, quand elles ont leurs règles. » (p. 28). Le type d’expression utilisée, c’est-à-dire ici, « la moitié d’un cerveau », confirme la tendance de l’auteur à utiliser un procédé de simplification tournant à la caricature comme base de son argumentaire contre l’islam. On pourrait aussi objecter à l’auteur que le christianisme même est exposé à sa critique. Dans la Première Epître de Paul aux Corinthiens, nous pouvons lire : « Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme […] Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c’est comme si elle était rasée. […]L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme. C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend » (11:3-10) ou encore dans l’Epître de Paul aux Ephésiens : « Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise » (5:23), ou la Première Epître de Paul à Timothée : « Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté » (2:11-15). Il n’est pas ici question d’établir la moindre comparaison entre islam et christianisme ni de nous lancer dans de l’exégèse comparée, mais simplement de souligner les incohérences, les raccourcis et le regard mutilé que porte l’auteur tant sur l’islam que sur le christianisme, en n’y puisant que ce qui lui permet d’agrémenter au mieux son réquisitoire sur l’islam. » (« Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise).

Il insiste beaucoup sur l’idée que la fréquentation des chrétiens serait source d’impureté pour un musulman. Sans doute est-ce vrai dans la pratique des chiites irakiens qu’ila fréquentés… Cela dit, pour voir des dizaines de musulmans y compris « rigoureux » dans mon travail, et avoir été ami avec d’autres, je n’ai jamais observé le degré de rigueur qu’il décrit, bien au contraire.

« Comme nous l’avons évoqué, la conversion de Joseph Fadelle se déroule à la suite d’une rencontre avec un chrétien avec qui il partagea sa chambre durant son service militaire. En filigrane d’une démarche personnelle que nous ne cherchons encore une fois aucunement à juger, nous découvrons tout au long de l’ouvrage de nombreuses incohérences et mêmes idées fausses sur l’islam, notamment concernant la question de la relation avec l’autre. A titre d’exemple, lorsqu’il comprend avec qui il va partager sa chambre, M. Fadelle évoque qu’il est pris d’un sentiment d’horreur soi-disant né de ce que sa religion lui aurait inculqué : « – Tu crois que moi, un Moussaoui, je vais dormir avec un chrétien ? La frayeur m’envahit et m’ôte toute raison. Chez moi, les chrétiens sont considérés comme des parias impurs, des moins que rien avec qui il faut éviter à tout prix de se mélanger. » (pp. 13-14). Après avoir passé quelques jours auprès de lui, il écrit : « Je suis même surpris de ne pas être incommodé par l’odeur car dans ma famille, c’est une chose acquise : un chrétien se reconnaît à ce qu’il sent mauvais. » (pp. 15-16). Cette position est de nouveau clairement exprimée dans l’un de ses entretiens où il affirme plus clairement que le Coran même (et non pas seulement des traditions familiales) est la source d’un tel comportement : « Avant de rencontrer le Christ, je voyais les chrétiens à travers le Coran, je les considérais comme on me demandait de les considérer. C’est-à-dire comme des impurs qu’il faut combattre et tuer. » 

L’idée que l’islam enjoindrait à ses adeptes de ne pas se mélanger avec les chrétiens, qu’ils seraient impurs, sentiraient mauvais ou, pire encore, qu’il faudrait les tuer, est absolument fausse et éminemment dangereuse. Concernant tout d’abord la supposée « impureté », l’écrasante majorité des autorités musulmanes actuelles rejette une telle position. En outre, le Coran souligne expressément que les musulmans peuvent consommer la nourriture des « Gens du livre » (c’est-à-dire notamment des juifs et des chrétiens) : « Vous est permise la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. » (5:5). Comment donc serait-il permis de consommer la nourriture préparée et donc touchée par une personne en soi impure ? [6] En outre, si les chrétiens sont des « parias impurs », comment expliquer le désir de M. Fadelle de le convertir, et donc de le compter parmi les siens (pp. 16-17) ? Une conversion ferait-elle miraculeusement disparaître la supposée « mauvaise odeur » qu’il évoque ?!

Entre ces deux attitudes extrêmes – c’est-à-dire rejet absolu de l’autre ou volonté de le rendre identique à soi-même en lui niant le droit à toute altérité -, l’islam invite au contraire à cohabiter avec les « Gens du livre » dont font partie les chrétiens, et souligne que les croyants vertueux parmi eux seront sauvés : « Ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens, et les Chrétiens, ceux parmi eux qui croient en Dieu, au Jour dernier et qui accomplissent les bonnes œuvres, pas de crainte sur eux, et ils ne seront point affligés » (5:69).  Le Coran pose également les bases d’un respect mutuel invitant à une coexistence : « Que l’animosité pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété » (5:8) ; « Quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. » (5:32). Le Coran reconnaît aussi la valeur de la diversité des communautés religieuses, diversité voulue par Dieu afin qu’elles puissent rivaliser en charité et en bonnes actions : « Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Dieu qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez. » (5:48). Au lieu de souligner les traits d’union et ce qui rassemble, l’auteur du Prix à payer semble vouloir attiser les antagonismes et rendre tout dialogue impossible. » ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Etc., etc. Cela n’enlève rien à la valeur de son témoignage personnel, que je crois profondément vrai. Et compte tenu de son parcours, je comprends tout à fait qu’il éprouve un très fort ressentiment à l’encontre de son ancienne religion. Sans doute ferais-je de même à sa place. Mais si son témoignage est tout à fait précieux en tant que témoignage de conversion, et est très éclairant sur les abus dans sa pratique dans certains pays du Proche et Moyen Orient, il n’atteint pas,  je suis désolé de le dire, justement en tant qu’il est un témoignage, un point de vue individuel,  l’essence de l’Islam, et je ne vois pas pourquoi je prendrais davantage en compte sa parole que celle de tous les musulmans que j’ai rencontrés et qui ont puisé dans l’Islam la motivation et la force pour faire le bien, même si je ne crois pas, en tant que chrétien à la véracité de cette religion, car ce n’est pas parce que certaines de ses croyances sont fausses qu’elle rend pour autant mauvais.

C’est pourquoi c’est à mon avis à juste titre que le Père Roucou, responsable du Service National pour les relations avec l’Islam (SRI), qui est l’organe officiel de l’Eglise en charge de cette question,  s’est inquiété de l’usage fait de son témoignage, remarquable sur le plan de son cheminement de foi mais très contestable dans ses affirmations sur l’Islam en général, dans de nombreux lieux de l’Eglise:

 » Les prêtres conseillent ce livre à leurs paroissiens. Fadelle lui-même est invité à donner des conférences partout. Et pas simplement pour parler de son itinéraire qui est tout à fait respectable, mais pour dire que l’islam est l’œuvre du diable. On sent se renforcer chez les catholiques – comme chez l’ensemble des Français – un courant d’hostilité à l’islam. Nous sommes attaqués comme naïfs vis-à-vis des musulmans parce que nous discutons avec eux, alors que c’est notre mission. Ma position, en tant que SRI, c’est de dire que je n’ai pas à choisir entre ma solidarité avec les chrétiens du Proche-Orient et l’amitié avec les musulmans d’ici. » (cité sur L’observatoire de la Christianophobie).

En ces temps de repli communautaire de tout côté, il parait néfaste et contre-productif d’alimenter les divisions et les haines, comme de nombreux sites catholiques politisés très à droite et réticents aux réformes du dernier Concile semble le faire, en instrumentalisant de manière évident le témoignage de Joseph Fadelle en vue de durcir la position catholique contre l’Islam et les musulmans, par des propos inutilement alarmistes et insultants pour les partisans du dialogue interreligieux:

 » Par cette déclaration, le père Roucou laisse entendre que les musulmans d’ici sont victimes d’un terrorisme comparable à celui enduré par les chrétiens d’Orient. C’est une posture absolument scandaleuse. A le lire, on a l’impression qu’il souhaiterait que Joseph Fadelle soit éliminé, plutôt que de remettre en cause l’action du SRI. Car c’est bien ce qui risque d’arriver : Joseph Fadelle, par son témoignage, ses conférences publiques, pourrait être assassiné demain. » (Maximilien Bernard de Perepiscopus, cité sur L’observatoire de la Christianophobie ).

En effet:

« Pour conclure, nous souhaitions de nouveau insister sur ce point essentiel : ceux qui prétendent dénoncer l’intolérance et la violence ne font souvent que l’alimenter et la renforcer. Qu’apporte un tel ouvrage à part un renforcement de l’incompréhension et des pires préjugés pouvant exister sur une religion ? L’acharnement dont Joseph Fadelle fait preuve contre l’islam n’est-il pas à comparer avec ce qu’il prétend dénoncer ? Prouve-t-on le bien-fondé de sa religion en détruisant celle de l’autre ? Car c’est bien à cela qu’aspire l’auteur du Prix à payer : « Je veux détruire l’islam, d’abord pour sauver les musulmans. La distinction entre les deux est encore une fois primordiale. C’est le salut des musulmans qui m’importe. »  ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Réjouissons-nous de la belle conversion de Joseph Fadelle, mais accueillons son témoignage sur l’Islam avec un esprit de discernement et de paix. Et profitons-en pour méditer l’enseignement de l’Eglise sur cette religion:

« 3. La religion musulmane

L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre [5], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.

Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. (Déclaration Nostra Aetate). »

– Des metalleux convertis qui témoignent contre leur ancien milieu:

J’ai eu l’occasion de confronter dans un précédent billet mon témoignage, qui est celui d’un équilibre entre ma foi et mon intérêt pour le metal, à celui d’un ancien metalleux converti, qui voyait au contraire dans sa vie, entre les deux, une relation d’opposition.

Par ailleurs, j’ai publié récemment plusieurs témoignages de chrétiens metalleux qui vivaient positivement leur double appartenance, et le Collectif en a de son côté mis d’autres en ligne qui exprimaient au contraire une forme d’incompatibilité vécue entre les deux, le metal apportant la souffrance, et la conversion la joie.

Si on prend ces témoignages pour ce qu’ils sont au départ, c’est à dire comme des paroles qui décrivent une rencontre individuelle, personnelle avec Dieu, il n’y a pas lieu de les opposer, car Dieu vient nous rencontrer chacun où nous sommes, nous n’écoutons pas tous le metal de la même manière, et il ne nous touche pas de manière identique. Chaque témoignage sur ces deux sites, est en ce sens de valeur comparable, puisque pris isolément, chacun décrit une vraie rencontre avec Dieu, et pris tous ensemble, démontre la diversité des parcours de conversion possibles, l’Amour de Dieu qui vient sauver tout le monde. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt des témoignages de foi.

Par contre, à vouloir voir dans tel ou tel une description de l’essence du metal, on risque de les opposer, et de chercher à déterminer lesquels sont les vrais témoignages, et lesquels sont les faux, ce qui n’a pas de sens, car la conversion nous apporte une connaissance sur Dieu et sur nous-mêmes, mais pas nécessairement sur des réalités contingentes (le Collectif ne semble pas jusqu’ici tomber dans ce travers, que j’essaie également d’éviter). Elle nous dit si le metal est bon pour nous, mais pas néssairment s’il est bon ou mauvais en général.

C’est pourquoi j’écrivais, dans mon propre témoignage:

« En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l’amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l’enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C’est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l’action de l’Esprit Saint.

Par contre, l’usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S’il est certain que la musique metal n’est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c’est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l’écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices.« 

Il est donc nécessaire, pour se faire une idée du metal (ou de l’Islam, ou de l’homosexualité), de ne pas prendre en considération que ceux qui nous arrange, ou d’opposer frontalement, suivant une axiologie binaire (vrai/faux, bon/mauvais), ceux en sens contraire, mais de les faire résonner chacun pour ce qu’ils sont en les confrontant, les faire se parler les uns les autres pour se nuancer et s’approfondir, et non pas s’annihiler, les uns les autres. Et faire se rencontrer de la la sorte deux paroles, cela s’appelle un dialogue

Conclusion:

L’historien catholique et spécialiste des études de genre Anthony Favier soulignait dans un billet récent sur son blog les dérives polémiques d’une certaines utilisation des témoignages en milieu chrétien:

« De manière générale, je m’interroge désormais sur cette pratique du témoignage public et répété, presque en roue libre et sans garde-fou. Elle me semble relever d’une importation d’un des aspects les plus criticables du protestantisme nord-américain: à savoir la figure du repenti balloté de salles paroissiales en aumônerie étudiante à des fins édifiantes dont la parole est tellement conforme à la norme religieuse qu’on se demande si elle n’est pas pur marketing. Est-ce que la pratique brutale de l’expérience personnelle et religieuse dans l’espace public et médiatisé est potentiellement dangereuse pour l’individu qui s’y livre? Ce dernier n’est jamais à l’abri de manipulations de la part de personnes bien contentes de réduire son expérience à des fins qui leur sont propres, mais surtout, jamais à l’abri, lui-même, de se trouver piégé dans le récit qu’il fait. La fable à la première personne piège toujours son principal protagoniste. Qui s’enfonce dans un récit trop lisse de sa vie risque de s’y sentir un jour piégé sans réelle possibilité de douter ou de changer de direction. Peut-on penser plus chaste que de parler publiquement de sa chasteté? Sûrement… La pertinence de la tradition chrétienne de la relecture de vie — qu’elle se pratique dans le cadre d’exercices spirituels ou de retraites religieuses — c’est qu’elle se fait demanièreplus exigeante: dans une durée relativement longue, et surtout, sans ce tiers si particulier à gérer lorsqu’on parle de soi intimement: le public.  » (Penser le genre catholique, « Élaborer une éthique chrétienne de l’homosexualité: interroger sereinement les thèses de Philippe Ariño »)

Au delà du risque de poser en tant que témoin un cheminement en devenir comme une histoire achevée, et d’aliéner par son témoignage son propre discernement, qui existe effectivement à la marge pour chacun d’entre nous, la pratique du témoignage à des fins polémiques me parait poser au moins deux autres problèmes, l’un de nature morale, et l’autre de nature religieuse:

1) Nous avons vu qu’un témoignage de foi s’adresse d’un vécu intérieur à d’autres vécus intérieurs, qu’il est éminemment subjectif. A ce titre, il s’adresse moins à l’intelligence rationnelle qu’à une sorte d’intelligence affective (éclairée il est vrai par l’intelligence de notre foi), en provoquant un certain nombre de sentiments, associés à une réflexion sur la nature de ces derniers et leur signification. A ce titre, l’utiliser, non pas seulement pour faire connaitre un exemple de rencontre avec le Seigneur, mais également pour faire passer un jugement sur une réalité distincte de celle-ci, n’est-ce pas solliciter l’émotion plutôt que la réflexion, chercher à persuader plutôt que convaincre, et en ce sens inciter les auditeurs à privilégier les injonctions de la passion dans leur discernement plutôt que la mesure et l’écoute, ce qui est non seulement dangereux sur les plans de la recherches de la vérité et de la justice, mais les rend en outre vulnérabls à toutes sortes de manipulations et d’instrumentalisations?

2) Le témoignage de foi me semble être dans son essence le récit d’une parole que Dieu nous a adressé, à nous, personnellement, et qui remplit notre existence d’une nouvelle légitimité. L’utiliser pour émettre des jugements d’ordre général sur telle ou telle réalité qui nous a fait souffrir, non pas en tant qu’elle nous a fait souffrir, mais dans son essence, sans prendre le temps de la nuance, de recherches objectives et d’un dialogue, éventuellement éclairés par notre conversion, n’est-ce pas souvent, d’une certaine manière, renverser la logique du témoignage, et plutôt que de laisser Dieu parler à travers nous, parler nous-mêmes au travers de l’évocation de Sa propre Parole?

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Quelques éléments de réponse préliminaires à certaines objections au « black metal chrétien »…

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , , , , on 17 octobre 2012 by Darth Manu

Ce « billet » n’en est pas vraiment un, mais est un copier-coller d’un commentaire que j’ai posté sous le précédent, en réponse à certaines objections qui m’étaient faites sur la question de la légitimité ou non d’un black metal chrétien. En attendant un second billet plus approfondi sur cette question, à paraitre d’ici la mi-novembre, il a pour raison d’être, d’une part, d’éviter de trop « flooder » un article davantage axé sur les relations entre black metal, christianisme et art contemporain, d’autre part de rendre plus visible cette discussion intéressante qui est menée depuis plusieurs jours sur « l’unblack metal »:

Je pense qu’il y a un petit malentendu sur ce que j’entends par « black metal chrétien ». J’y consacrerai prochainement un billet à part entière, probablement d’ici la mi-novembre, mais je vais donner dès maintenant quelques éclaircissements très rapides.

En premier lieu, quand je parle de black metal « chrétien », je ne l’entends pas au sens où l’on peut dire que Glorious est de la pop chrétienne, ou même que HB, Stryper ou Theocracy sont du metal chrétien. Le black metal, en tant que support musical, ne permet pas de manifester toute la Gloire de la Résurrection dans toute sa plénitude et son achèvement. C’est en ce sens que j’écris plus haut qu’on ne peut pas faire d’alleluia black metal. Le black metal, précisément en ce sens que sa quête de la violence et du désespoir à l’état pur est aporétique, qu’elle ne débouche certes pas sur la révélation pleine et entière d’une transcendance, mais qu’il échoue également à concrétiser cette négation absolue de Dieu cherchée par ses géniteurs, pose une question, celle de la possibilité de la conversion (et inversement celle de la possibilité de l’apostasie). Il n’y répond pas, il la pose juste. Et en ce sens, d’un point de vue chrétien, il est intrinsèquement limité et effectivement « impuissant ». C’est pourquoi personnellement je n’écoute pas que du black metal, mais j’alterne avec des épisodes découte de heavy metal, de power metal, de metal symphonique, de msuique proprement religieuse même, toutes beaucoup plus à même d’exprimer la joie pascale. C’est pourquoi également je concluais un précédent billet, qui m’avait servi de méditation l’an dernier lors du samedi saint, par la phrase suivante:

« Et comme l’attente dans les ténèbres finit par céder place à la lumière, je vous laisse et vous souhaite une joyeuse Fête de Pâques! »

Pourtant, je défends cette quête d’un black metal chrétien pour les raisons suivantes:

– D’une part parce que cette question est un fait historique, et est posée par de nombreuses personnes dans de nombreux pays, et quasiment depuis l’apparition du black metal en tant que telle. Des personnes aiment profondément cette musique, sont chrétiennes, luttent pour trouver une cohérence entre ces deux aspects de leur vie, et je pense que la moindre des choses vis à vis de ces témoignages est de poser cette question à fond.

– D’autre part, du point de vue de mon expérience personnelle:j’ai commencé à écouter du black metal à l’âge de 18 ans (j’en ai 35 aujourd’hui) dans une période de révolte contre l’Eglise et le christianisme. A l’époque, j’étais profondément attiré par l’angle sataniste, au fond plus encore que par la musique elle-même. En fait, je voulais moi-même devenir sataniste, même si concrètement ça ne s’est jamaisfait. Je suis revenu définitivement dans l’Eglise, après un long et douloureux cheminement personnel, à 28 ans. A cette époque, je n’écoutais plus de msuique, mais vraiment plus du tout. Vers 31 ans, j’en ai conçu du regret, et ai recommencé à écouter du metal, en privilégiant son expression chrétienne. Ce que j’ai remarqué, c’est que bien que j’ai définitivement tourné la page de la révolte, et que l’aspect anti chrétien du black metal me parait aberrant, j’apprécie toujours la musique, et en fait davantage qu’avant, même si c’est par période alternée avec des périodes où j’écoute d’autres styles.Ma question est « pourquoi? ». Je ne dis pas que j’y ai pleinement répondu, mais c’est l’un des objectifs de ce blog d’y arriver.

S’il est certain que je n’imagine pas que l’on passe du black metal même chrétien dans des rassemblements type JMJ ou FRAT comme on y passe du Glorious ou du Agapè, il m’a semblé cepndant distinguer trois compréhensions de ce terme « black metal chrétien », qui me paraissent légitime.

1) D’un point de vue interne au black metal: le black metal ne peut exprimer la conversion en tant que telle, mais il en suggère la possibilité. Le fait qu’il y ait du black metal chrétien peut se concevoir comme un phare dans la nuit du black metal (d’où le titre de mon blog, même si c’est aussi une chanson des Beatles).Ce que les groupes de black metal chrétien rappellent, qu’on soit convaincu ou pas par l’adaptation du black metal à leur foi (en fait très diverse, comme je le montrerai dans mon billet) qu’ils proposent, c’est que même au plus profonde de la nuit, au plus profond de la révolte, la possibilité d’être touché par Dieu, la proposition de sa Grâce, demeure. Ce qui me parait exprimé de façon tout à fait géniale par l’intro de l’abum Hellig Usvart, de Horde: « A Church Bell Tolls Amidst the Frozen Nordic Winds ». Commel’indique ce titre, on entend les murmures d’un vent qu’on imagine souffler puissament sur les étendues désertiques de la Norvège, tant célébrées par certains groupes de black metal, et au loin, la cloche d’une église. D’une manière différente, l’unique membre du groupe Elgibbor, qui était sataniste, drogué, alcoolique, s’est converti et abandonné quasi instantanément, et à vrai dire miraculeusement toutes ses addictions (et pour connaitre des personnes en proie à certaines, je sais que c’est loin d’être évident). Il ne faisait plus siennes cette souffrance et cette impuissance présentes dans le black metal. Pourtant il a éprouvé le besoin de rester dans le milieu du black metal, et de monter son groupe, non pas pour exprimer  sa propre impuissance, son propre désespoir, sa propre souffrance, mais comme un témoignage qu’il a connu les sentiments exprimés par le black metal, et que pourtant il a trouvé une issue dans sa foi (en gardant à l’esprit qu’il est préférable de ne pas inscrire cette démarche dans une perspective de prosélytisme ou d’entrisme, que beaucoup de black metalleux craignent et dénoncent à juste titre, mais comme un simple témoignage, qui renvoie chaun à son jugement propre et à son parcours: la conversion ne s’impose pas: elle inspire (ou non) les coeurs).

2) D’un point de vue interne au christianisme, sans doute plus intellectuel que spirituel: le black metal, comme je l’ai souvent écrit, exprime le point de passage limite entre la négation la plus absolue de Dieu et la conversion, précisément parce qu’il est si limité et ontradictoire, que vouloir vivre pleinement la « philosophie black metal » mène soit à l’enfermement et à la folie, soit à essayer de briser ce cercle vicieux, en posant des limites ou en changeant son point de vue, entre autre, et de façon extrême, par la conversion. Et c’est intéressant d’un point de vue chrétien, et il ne me parait guère surprenant que certains groupes d’unblack, ainsi Antestor, par exemple avec son morceau Betrayed qui porte sur le suicide, se soient attachés à cette thématique. Il est certes évident que se focaliser sur cet aspects de la vie de foi, qui peut être aussi bien l’instant précédent la conversion, que celui où on endure l’attente de Dieu au plus profond des ténèbres d’une épreuve, peut mener à l’enfermement aussi sûrement que le « true black metal », si on oublie qu’il doit nécessairement s’effacer pour laisser place à la conversion, mieux exprimée sans doute par d’autres genres musicaux. Il est évident aussi que la « violence » de l’art chrétien est très différente de la violence du black metal, précisément parce qu’elle est moins complaisante, qu’elle est orientée vers un sens, mais c’est justement le choc de cette différence qui rend cette confrontation intéressante à mes yeux.

3) Toujours d’un point de vue interne au christianisme, mais probablement plus spirituel, quoique plus diffus, parfois, la musique proprement chrétienne, orientée vers la joie, l’espérance et tout, peut enfermer et couper de la vie de foi elle-même. Parfois, dans certains rassemblements, dans certaines célébrations, l’accent mis sur cette joie peut paraitre un peu artificiel, détacher un peu du souvenir de toutes ces souffrances bien réelles, qui peuvent briser nette notre foi si celle-ci est trop naïve et idéalisée. Parfois, après un « temps fort » chrétien, je ressens vraiment le besoin d’écouter du black metal, à la manière dont on tend en sens inverse un ressort pour le redresser.

Enfin, il existe de nombreux (quoique pas très très très nombreux ) black metalleux chrétiens, qui chacun à leur manière, tentent de répondre à cette question que je me pose avec eux. Et même si il y a des exemples de ratages criants, ainsi certains groupes dont le discours me ferait presque regretter celui des black metalleux plus traditionnels ou ce cas récent d’un groupe d’unblack qui a brutalement retourné sa veste pour faire du black violemment anti chrétien (Ancient Plague, désormais renommé Litany of Scars), ce qui nous rappelle que ce point de passage exprimé par le black metal est dans les deux sens, vers la conversion, mais aussi vers l’apostasie, je choisis de faire confiance à la majorité d’entre eux pour me surprendre et apporter des réponses auxquelles je n’aurais pas pensé (ainsi l’un des morceaux les plus convaincants de Crimson Moonlight, tant musicalement qu’au niveau du texte, Thy Wilderness, réinterprète dans une perspective chrétienne, de manière très intéressante, l’exaltation de la nature et des paysages scandinaves présente chez de nombreux groupes de black).

Je comprends que cette approche du black puisse paraitre « ennuyeuse » pour des personnes qui ne sont pas habitées par de telles questions. Mais force est de reconnaitre qu’elle ne l’est pas pour tous (et de même, il y a aussi des personnes, même bien disposées, que le black metal en général ennuie profondément)…

A propos de la vidéo: « Du Death Metal à Jésus Christ »

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , on 8 juin 2012 by Darth Manu

Le Collectif Provocs Hellfest ça suffit a rappelé récemment  l’existence d’un témoignage, posté sur DailyMotion et Youtube, qui émane d’un ancien amateur de metal extrême, dont l’expérience largement atypique de cette musique semble avoir été l’occasion de grandes souffrances psychiques et spirituelles, et qui s’est par la suite converti au christianisme, ce qui lui a permis de trouver une forme de paix intérieure.

Il se trouve que je connais cette vidéo depuis l’été 2009, lorsque j’ai pris connaissance de la polémique autour du Hellfest. J’ai alors été profondément  troublé par la manière dont son titre  semblait monter en épingle un témoignage magnifique, mais isolé, pour stigmatiser une communauté toute entière. Cela n’a pas été pour rien dans ma décision l’année d’après de m’engager dans ce débat, et je lui ai consacré sur mon précédent blog, Aigreurs Administratives, le tout premier article que j’ai écrit sur le métal. Ce billet est intitulé: « Du metal à Jeus Christ au metal ( à Jésus Christ) » et a été publié le samedi 20 février 2010. Je le reproduis ci-dessous:

 » « Du death metal à Jésus Christ« : j’ai découvert ce témoignage en surfant sur Google l’été dernier, lorsque la polémique autour du Hellfest commençait à retomber. Il m’a laissé une impression très mitigée.

En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l’amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l’enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C’est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l’action de l’Esprit Saint.

Par contre, l’usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S’il est certain que la musique metal n’est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c’est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l’écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices. Le père Robert Culat, dans son livre L’Age du metal (Editions du Camion Blanc, septembre 2007), en cite plusieurs:

« Le metal m’aide à purger mon agressivité.L’écoute du Death metal m’apaise ». (p. 187)

« Personnellement le metal me renforce, me régénère, il me permet de ne pas sombrer dans une dépression en voyant dans quel monde nous vivons ». (p. 188)

« Cette musique m’a servi d’exutoire à l’époque où j’avais besoin de défouler une violence contenue qui aurait pu déboucher sur des actes autrement rédhibitoires ». (p. 189)

Et si je puis me permettre d’apporter mon propre témoignage, je ne suis pas d’accord du tout non plus pour décrire le metal comme une musique par nature source de colère et de souffrance.

Il est vrai que lorsque j’ai commencé à écouter du metal (surtout du heavy et du black), je sortais de l’adolescence et me suis détourné de mon éducation chrétienne et de ma foi par des attitudes et des opinions néfastes et courantes chez certains métalleux. Il est tout aussi vrai que lorsque je suis retourné dans l’Eglise, j’ai arrêté d’écouter pendant plusieurs années des groupes de metal, et j’ai essayé de faire une croix sur cette période de ma vie.

Et j’en ai ressenti de la souffrance. J’avais l’impression de me couper d’une certaine forme de beauté dont l’expérience m’avait été donnée. Je n’arrivais pas à faire le lien entre ce que je concevais comme mon devoir de chrétien et le souvenir que je gardais de mes amis métalleux. J’avais l’impression d’être écartelé entre deux vérités dont j’avais été témoin, aussi incontournables l’une que l’autre et pourtant apparemment incompatibles.

J’ai recommencé à écouter du metal, en choisissant des groupes chrétiens pas trop méchants comme Stryper. Puis je suis passé au unblack metal, avec des groupes comme Antestor. J’ai découvert que des chrétiens essayaient de réconcilier leur passion du metal avec leur foi, comme les groupes de metal chrétien, comme le père Culat, comme les membres du groupe facebook « Je suis chrétien, j’écoute du metal et ce n’est pas contradictoire ».

J’essaie actuellement de faire oeuvre de discernement à la façon ignatienne, en prêtant attention à ce que le metal me fait, aux mouvements qu’il suscite dans mon coeur. Et malgré tout ce que certains peuvent dire sur l’incompatibilité apparente entre les ambiances nihilistes et désespérées propres au black metal et la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, je rejoins le témoignage cité plus haut qui mentionnait l’influence apaisante du death metal. En donnant une structure (si déstructurante soit-elle par rapport aux styles musicaux plus répandus) et un rythme (parfois à la limite du supportable mais évocateur et rempli de signifiants) à des angoisses et des fantasmes jusqu’alors non formulés, le metal extrême les exorcise et leur donne de la beauté, une source de significations potentiellement positives et créatrices d’espoir dans la vie et l’âme de l’amateur de black metal que je suis. Et si personnellement je ne suis pas musicien, cette beauté qui surgit dans leur vie, là où ils voyaient peut-être un peu trop de laideur, incite les amateurs de cette musique qui jouent d’un instrument à créer plutôt que détruire.

Je n’ai pas fini mon discernement, mais ce point où j’en suis me paraissait suffisamment important pour le partager avec vous.

Pour finir, je voudrais vous fournir une dernière piste de réflexion: l’aumônerie de ma paroisse, où je suis animateur, a organisé la projection du film D’une seule voix, qui montre la tournée en France d’un orchestre composé d’iraeliens juifs et arabes, et de palestiniens. On y trouve des musiciens de hip hop, style parfois aussi contesté que le metal. Tout le monde a trouvé ce film très beau, très proche du message de l’Evangile. Et bien le groupe israélien Orphaned Land, qui a certes développé une identité très singulière, mais qui est parti du death metal, ne cesse au fil de ses albums de chercher à promouvoir la paix entre chrétiens, juifs et musulmans, et revendique avec fierté son succès auprès des jeunes palestiniens.

Où est la différence? »

Black metal, Nouvelle Droite et christianisme: l’amour du prochain est-il une capitulation? 2/2

Posted in La "philosophie" du black metal with tags , , , , , , , on 31 janvier 2012 by Darth Manu

Avant d’examiner plus particulièrement le sens que le christianisme donne à l’amour, rappelons qu’il  y a plusieurs sortes d’amours, qui ne se donnent pas ni ne se vivent  de la même façon:  l’amour des enfants, l’amour dans un couple, l’amitié, l’amour du prochain.

En fait, sous ce même mot « amour » que le français utilise, des réalités très différentes en apparence les unes des autres sont décrites, auxquelles d’autres langues donnent des noms différents. Ainsi, le grec ancien distinguait entre l’amour sexuel (eros), l’amour d’amitié (philia) et l’amour don (agapè).

C’est avec le christianisme que l’amour don au sens d‘agapè prend une importance croissante.

Comme le Pape Benoit XVI le rappelait en effet dans l’encyclique Dieu est Amour:

 » À l’amour entre homme et femme, qui ne naît pas de la pensée ou de la volonté mais qui, pour ainsi dire, s’impose à l’être humain, la Grèce antique avait donné le nom d’eros. Disons déjà par avance que l’Ancien Testament grec utilise deux fois seulement le mot eros, tandis que le Nouveau Testament ne l’utilise jamais: des trois mots grecs relatifs à l’amour – eros, philia (amour d’amitié) et agapè – les écrits néotestamentaires privilégient le dernier, qui dans la langue grecque était plutôt marginal. En ce qui concerne l’amour d’amitié (philia), il est repris et approfondi dans l’Évangile de Jean pour exprimer le rapport entre Jésus et ses disciples. La mise de côté du mot eros, ainsi que la nouvelle vision de l’amour qui s’exprime à travers le mot agapè, dénotent sans aucun doute quelque chose d’essentiel dans la nouveauté du christianisme concernant précisément la compréhension de l’amour. Dans la critique du christianisme, qui s’est développée avec une radicalité grandissante à partir de la philosophie des Lumières, cette nouveauté a été considérée d’une manière absolument négative. Selon Friedrich Nietzsche, le christianisme aurait donné du venin à boire à l’eros qui, si en vérité il n’en est pas mort, en serait venu à dégénérer en vice[1]. Le philosophe allemand exprimait de la sorte une perception très répandue : l’Église, avec ses commandements et ses interdits, ne nous rend-elle pas amère la plus belle chose de la vie ? N’élève-t-elle pas des panneaux d’interdiction justement là où la joie prévue pour nous par le Créateur nous offre un bonheur qui nous fait goûter par avance quelque chose du Divin ? » (Dieu est Amour, 3).

Il parait manifeste  que c’est surtout l’amour au sens de don, d’agapè, qui est visé par Corvus, lorqu’il écrit: « Ce rapprochement et ce dépassement s’articulent autour de la soumission, du retrait surtout lorsqu’il est univoque. Ils effacent l’individu au profit de l’autre, qui est bien heureux de ne pas avoir à se battre pour “imposer” son point de vue, ou plutôt sa différence puisque auparavant, cela se faisait par les armes .  » De même que les théoriciens de la Nouvelle Droite, ainsi Guillaume Faye, réprouvent dans le christianisme, là encore à la suite de Nietzsche, cette « préférence systématique pour le faible, la victime, le vaincu« .

Cet amour qui se soumet, qui « effacerait l’individu au profit de l’autre », on peut en effet être tenté de l’opposer à l’eros, l’amour corporel, instinctif, possessif, celui qui selon Corvus, pousserait à dominer son partenaire plutôt qu’à s’effacer devant son être et sa manière de vivre: « Il n’y a pas fusion ou émulation parce que comme dans un couple, comme dans tout bipartisme, il y a toujours l’un des deux partis qui finit par imposer son individualité, ou son existence à l’autre. L’un des deux partis finit toujours par plier. Par nécessairement par la force d’ailleurs. Souvent par les sentiments« .

Dans son encyclique Dieu est amour, Benoit XVI rend bien compte de cette tension entre l’amour eros et l’amour agapè:

 » Dans le débat philosophique et théologique, ces distinctions ont souvent été radicalisées jusqu’à les mettre en opposition entre elles : l’amour descendant, oblatif, précisément l’agapè, serait typiquement chrétien; à l’inverse, la culture non chrétienne, surtout la culture grecque, serait caractérisée par l’amour ascendant, possessif et sensuel, c’est-à-dire par l’eros. Si on voulait pousser à l’extrême cette antithèse, l’essence du christianisme serait alors coupée des relations vitales et fondamentales de l’existence humaine et constituerait un monde en soi, à considérer peut-être comme admirable mais fortement détaché de la complexité de l’existence humaine. En réalité, eros et agapè – amour ascendant et amour descendant – ne se laissent jamais séparer complètement l’un de l’autre. Plus ces deux formes d’amour, même dans des dimensions différentes, trouvent leur juste unité dans l’unique réalité de l’amour, plus se réalise la véritable nature de l’amour en général. Même si, initialement, l’eros est surtout sensuel, ascendant – fascination pour la grande promesse de bonheur –, lorsqu’il s’approche ensuite de l’autre, il se posera toujours moins de questions sur lui-même, il cherchera toujours plus le bonheur de l’autre, il se préoccupera toujours plus de l’autre, il se donnera et il désirera «être pour» l’autre. C’est ainsi que le moment de l’agapè s’insère en lui ; sinon l’eros déchoit et perd aussi sa nature même. D’autre part, l’homme ne peut pas non plus vivre exclusivement dans l’amour oblatif, descendant. Il ne peut pas toujours seulement donner, il doit aussi recevoir. Celui qui veut donner de l’amour doit lui aussi le recevoir comme un don. L’homme peut assurément, comme nous le dit le Seigneur, devenir source d’où sortent des fleuves d’eau vive (cf. Jn 7, 37-38). Mais pour devenir une telle source, il doit lui-même boire toujours à nouveau à la source première et originaire qui est Jésus Christ, du cœur transpercé duquel jaillit l’amour de Dieu (cf. Jn 19, 34) » ( Dieu est Amour, 7).

Il est inexact en ce sens de décrire l’amour chrétien comme un pur retrait, un effacement ou une soumission. De même que l’amour « mondain » n’est pas en totalité un bipartisme ou une lutte de pouvoir. Si les rapports de force sont évidemment présents dans toute relation amoureuse et en constituent une composante importante dans la durée, y voir le fond de celle ci apparait extrêmement réducteur.

Cette lutte de pouvoir, si elle existe, n’est en effet pas première dans la relation, que celle-ci ait pour cadre l’amour de Dieu, l’amour du prochain, ou l’amour en couple. Ce qui vient tout d’abord, c’est une rencontre entre deux personnes:  il convient de noter en effet que l’amour ne nait pas de la seule volonté, comme Benoit XVI le rappelle. Il « s’impose à l’être humain« , il nous est donné. C’est vrai pour l’amour entre deux amants. Cela l’est également pour l’amour du prochain ou l’amour de Dieu, qui nous est donné par la Grâce, selon l’enseignement de l’Eglise. Après, on peut choisir d’accueillir ou non cette amour, de s’y « soumettre » ou non, dirait Corvus. Mais au départ, quoiqu’il arrive ensuite, il est reçu.

L’amour, c’est donc à l’origine une inclination que nous recevons à l’occasion d’une rencontre, que ce soit celle de notre prochain, de la Grâce Divine ou de la personne avec qui nous choisiropns de créer un couple. L’amour n’a donc pas pour origine un retrait, un diminution de notre être mais un apport, quelque chose que nous recevons d’un autre et qui nous fait sentir plus vivants, plus nous même. Lorsqu’il nait en nous, l’amour nous procure de la joie parce qu’il semble nous apporter un surcroit d’être.

Il est cependant vrai que cette joie, et le sentiment qui est à l’origine de notre amour, ne durent habituellement pas, et sont souvent la proie du temps et de l’usure. Ainsi les couples qui, au bout de quelques semaines, quelques mois, quelques années, découvrent qu’ils n’éprouvent plus rien l’un pour l’autre, que la passion qui les avait unis semble irrémédiablement disparue. Ainsi également le converti qui les premiers jours, les premières semaines, prend beaucoup de plaisir à prier Dieu et à  vivre les sacrements, et qui au fil du temps ressent de la sécheresse dans sa prière, de l’ennui à la messe, et dont la foi s’estompe peu à peu:

 » Dans le développement de cette rencontre, il apparaît clairement que l’amour n’est pas seulement un sentiment. Les sentiments vont et viennent. Le sentiment peut être une merveilleuse étincelle initiale, mais il n’est pas la totalité de l’amour. Au début, nous avons parlé du processus des purifications et des maturations, à travers lesquelles l’eros devient pleinement lui-même, devient amour au sens plein du terme. C’est le propre de la maturité de l’amour d’impliquer toutes les potentialités de l’homme, et d’inclure, pour ainsi dire, l’homme dans son intégralité. La rencontre des manifestations visibles de l’amour de Dieu peut susciter en nous un sentiment de joie, qui naît de l’expérience d’être aimé. Mais cette rencontre requiert aussi notre volonté et notre intelligence. La reconnaissance du Dieu vivant est une route vers l’amour, et le oui de notre volonté à la sienne unit intelligence, volonté et sentiment dans l’acte totalisant de l’amour. Ce processus demeure cependant constamment en mouvement: l’amour n’est jamais «achevé» ni complet; il se transforme au cours de l’existence, il mûrit et c’est justement pour cela qu’il demeure fidèle à lui-même. Idem velle atque idem nolle[9] – vouloir la même chose et ne pas vouloir la même chose; voilà ce que les anciens ont reconnu comme l’authentique contenu de l’amour: devenir l’un semblable à l’autre, ce qui conduit à une communauté de volonté et de pensée. L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus: la volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même[10]. C’est alors que grandit l’abandon en Dieu et que Dieu devient notre joie (cf. Ps 72 [73], 23-28) » ( Dieu est Amour, 17).

Le propre de cette rencontre de l’autre qu’est l’amour est qu’il nous fait désirer le connaitre davantage, non pas pour mieux le posséder ou le dominer, non pas non plus d’une manière morbide qui nous pousserait à nous annihiler pour lui, mais pour être plus proche de lui. Il nous transforme à son image, ce qui conduit certes à faire parfois le sacrifice de certaines choses qui nous définissaient, mais dans une relation qui n’est pas à sens unique, où chacun tout à la fois donne à l’autre et reçoit de lui.

L’amour, pour durer, doit en effet s’éprouver et se transformer. Un amour qui culmine dans la domination ou la soumission, c’est un amour qui meurt, des deux côtés. Là où l’amour de l’autre enrichissait à l’origine les deux parties, il ne reste que l’anéantissement et la frustration pour la personne qui s’est totalement soumise, et l’ego pour celle qui al’affrontement. La logique du dominant est en ce sens tout aussi nihiliste que celle du dominé, dans la mesure où elle vient tuer à la source ce qui lui avait procuré la joie du partage et un surplus d’être.

C’est pourquoi un amour qui veut durer, qui veut vivre, est un amour qui veille à toujours donner, mais qui est aussi attentif  à toujours recevoir, ou peut être plus précisément à réaliser combien il reçoit et à en concevoir de l’épanouissement et de la reconnaissance. Dans un couple, il s’entretient dans la fidélité et le pardon des infidélités. Dans la relation à Dieu, il persévère par la prière, la fréquentation de sacrements de l’Eucharistie et de la Réconciliation, et dans le service.  Cette fidélité ne se résume pas à un pur sacrifice de sa liberté au profit de l’être aimé. Elle veille non seulement à toujours donner, mais également à toujours être reconnaissante: elle est attentive à toutes les attentions de la part de l’être aimé, à tout ce qui est reçu en même temps que donné. Un couple heureux le demeure, non seulement parce que chacun des membres de ce couple persévère dans l’amour de son partenaire, mais également parce qu’il se sait aimé de lui en retour. Et le croyant n’aime pas dans le vide, malgré les apparences, mais est fréquemment appelé à convertir son regard, et à rendre Grâce de tout ce que l’Amour Divin lui apporte dans sa vie, de combien sa joie est plus grande depuis qu’il a fait le choix de l’Amour, malgré toutes les épreuves et les souffrances du quotidien, ce qui se manifeste régulièrement par des signes très concrets dans sa vie de foi.

Un exemple très concret que l’amour qui se donne est aussi un amour qui reçoit peut être trouvé dans l’aboutissement par excellence de la vie de couple, qui est la naissance d’un enfant. Je n’en ai pas personnellement, mais j’ai toujours été frappé par le témoignage de ces nombreux parents parmi mes proches, qui donnent tout, sacrifient tout pour leur(s) enfant(s), et en retirent une joie profonde et une vie bien plus pleine que par le passé. En donnant beaucoup, on reçoit souvent beaucoup, et aimer, loin « d’effacer » l’individu, permet de l’affirmer pleinement, dans la relation à autrui qui constitue aussi à chaque instant son être, par dela toute définition abstraite du moi comme un ilôt indépendant du reste du monde.

De façon sans doute un peu moins évidente, mais tout aussi profonde, il en va de même de cet amour du prochain, quand bien même celui-ci serait un parfait inconnu ou mon pire ennemi, auquel nous appelle le Christ. Cet autre que je m’efforce d’aimer, pour le coup souvent pontre mon inclination ou mon sentiment, il ne conduit pas ma volonté à s’anéantir devant lui, mais à se transformer, pour passer de l’affrontement stérile du « je » et du « toi » au « nous » qui me permet d’envisager mon prochain, non comme une source de frustration et de colère, mais comme une occasion de construire quelque chose qui dépasse mon petit moi ballotté par les émotions éphémère et ma courte existence, de témoigner d’une signification plus profonde et plus durable que la somme de mes réussites et de mes échecs personnels. Il me permet de faire corps avec autrui, de retirer de la joie et non plus de la souffrance ou de l’envie de sa joie, et de l’espérance et non plus de l’indifférence de sa tristesse. Aimer mon prochain me fait certes expérimenter au jour le jour quantité de petites frustrations, de petites révoltes et de petites désespérances, mais à moyen terme me transforme, et me donne une paix intérieure, alors que vivre selon ma propre volonté m’enfermait dans l’angoisse et la méfiance, et me fait connaitre la joie de construire quelque chose de durable au fil des années, là où le temps joue inéluctablement contre ceux qui prétendent ne vivre que pour eux et que par leur propres forces. L’amour donne du fruit, qui germe bien souvent au delà de notre existence éphémère. La haine est stérile: elle nous enferme dans une opposition à une adversité que nous ne pouvons jamais soumettre ou détruire, surtout quand on prétend haïr de manière absolue, et ne mène qu’à une mort dans la solitude après une existence vide.

Pour re situer ce fruit dans une perspective chrétienne:

« L’amour du prochain se révèle ainsi possible au sens défini par la Bible, par Jésus. Il consiste précisément dans le fait que j’aime aussi, en Dieu et avec Dieu, la personne que je n’apprécie pas ou que je ne connais même pas. Cela ne peut se réaliser qu’à partir de la rencontre intime avec Dieu, une rencontre qui est devenue communion de volonté pour aller jusqu’à toucher le sentiment. J’apprends alors à regarder cette autre personne non plus seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais selon la perspective de Jésus Christ. Son ami est mon ami. Au-delà de l’apparence extérieure de l’autre, jaillit son attente intérieure d’un geste d’amour, d’un geste d’attention, que je ne lui donne pas seulement à travers des organisations créées à cet effet, l’acceptant peut-être comme une nécessité politique. Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l’autre bien plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires: je peux lui donner le regard d’amour dont il a besoin. Ici apparaît l’interaction nécessaire entre amour de Dieu et amour du prochain, sur laquelle insiste tant la Première Lettre de Jean. Si le contact avec Dieu me fait complètement défaut dans ma vie, je ne peux jamais voir en l’autre que l’autre, et je ne réussis pas à reconnaître en lui l’image divine. Si par contre dans ma vie je néglige complètement l’attention à l’autre, désirant seulement être «pieux» et accomplir mes «devoirs religieux», alors même ma relation à Dieu se dessèche. Alors, cette relation est seulement «correcte», mais sans amour. Seule ma disponibilité à aller à la rencontre du prochain, à lui témoigner de l’amour, me rend aussi sensible devant Dieu. Seul le service du prochain ouvre mes yeux sur ce que Dieu fait pour moi et sur sa manière à Lui de m’aimer. Les saints – pensons par exemple à la bienheureuse Teresa de Calcutta – ont puisé dans la rencontre avec le Seigneur dans l’Eucharistie leur capacité à aimer le prochain de manière toujours nouvelle, et réciproquement cette rencontre a acquis son réalisme et sa profondeur précisément grâce à leur service des autres. Amour de Dieu et amour du prochain sont inséparables, c’est un unique commandement. Tous les deux cependant vivent de l’amour prévenant de Dieu qui nous a aimés le premier. Ainsi, il n’est plus question d’un «commandement» qui nous prescrit l’impossible de l’extérieur, mais au contraire d’une expérience de l’amour, donnée de l’intérieur, un amour qui, de par sa nature, doit par la suite être partagé avec d’autres. L’amour grandit par l’amour. L’amour est «divin» parce qu’il vient de Dieu et qu’il nous unit à Dieu, et, à travers ce processus d’unification, il nous transforme en un Nous, qui surpasse nos divisions et qui nous fait devenir un, jusqu’à ce que, à la fin, Dieu soit «tout en tous» (1 Co 15, 28) » (Dieu est Amour, 18).

On peut donc aisément mesurer à quel point l’affirmation suivante de Corvus est d’une absurdité sans nom:

« Voilà pourquoi le Christ a été abandonné. Parce qu’il ne symbolise plus la crainte, ni la peur. Parce que ses messages se sont féminisés un peu comme l’ensemble de la société. Les jeunes hommes ont besoin de se sentir Homme. Ils ont besoin de sentir qu’ils en ont une entre les deux jambes. Je sais, c’est animal mais c’est aussi profondément humain.
Parce que l’image de Marie a remplacé l’image d’un dieu dur, guerrier, qui peut être cruel. Parce que la tolérance tout azimut du Christianisme actuelle mène à la tombe, au remplacement, à la soumission et à la collaboration.
Que le Christianisme des Templiers ressuscitent, et vous verrez que les Eglises se rempliront à nouveau » (source).

L’amour est au centre de l’Evangile, et Marie est le symbole par excellence de notre Eglise. Remplacez les par une religion de la crainte et de la peur, par un « christianisme des templiers » (si tant est qu’une telle chose, au sens où Corvus l’entend, ait jamais existé), et le christianisme est mort. Alors qu’importe de nous brandir la menace de l’Islam, du black metal, du communisme, ou de que sais-je encore, si c’est pour renoncer à ce qui fait le coeur même de notre foi? Ce « christianisme culturel » tant revendiqué par certains, qui prétend minimiser l’importance de la charité en conscience et en acte et l’accueil de l’autre devant la défense de la « chrétienté », ne nous mène pas ver la victoire, mais bel et bien au suicide. Rome a combattu les barbares par les armes, et s’est écroulée. L’Eglise leur a fait connaitre ses martyrs, et les rois francs, wisigoths, etc. ont fini par se convertir.

Quand à la hargne de certains black metalleux contre les chrétiens, je ne crois pas qu’elle soit dûe à une intention inconsciente de les éveiller et leur faire reprendre les armes. Le black metal, qui s’est voulu la musique de la haine, du désespoir et du néant, s’est détaché au fil des années de ses origines satanistes, pour se tourner ver le néo-paganisme (Enslaved), l’imaginaire fantastique (Cradle of Filth) ou même le christianisme (Antestor). Les musiciens sont nombreux à minimiser l’idéologie pour mettre l’acte de création musicale au premier plan. Cette revendication de l’égoïsme et de la solitude, « par delà le bien et le mal », qui est bel et bien revendiquée par certains black metalleux, j’y vois moins l’expression d’une domination virile qu’une manière d’exprimer sa souffrance et en même temps de la fuir (si j’épouse l’origine du mal, si je suis la source de la souffrance d’autrui, comment pourrais avoir mal et souffrir en retour?), qui n’échappe pas à l’aspiration finalement si proche de n’importe quelle religion de faire corps par l’expression d’une recherche esthétique commune, de fonder une communauté. Mais le black metal, loin d’exprimer une force naturelle instinctive, sûre d’elle-même et dominatrice, est parcouru de paradoxes et d’hésitations: musique du néant, et par là même acte de création, exaltant la Nature originelle, mais irréalisable sans une technologie avancée (cf. Du paganisme à Nietzsche de Nicolas Walzer Editions du Camion Blanc, 2010), jouée par des « solitaires » pourtant très attachés à leur communauté, parfois jusqu’au conformisme, qui se réclament souvent d’une sorte d' »élite » musicale, mais se délectent de l’amateurisme des morceaux de raw black metal.  Quand on creuse un peu derrière les postures et les grands discours, le black metal n’exprime ni une assurance particulièrement impoortante de ses membres, ni l’expression de je ne sais quel instinct naturel élitiste, mais une grande fragilité, et le souci de définir de nouvelles normes face à une existence souvent bien incertaine. Et ce sont cette fragilité et cette incertitude qui le rendent bien souvent profond, bien plus que les pseudos philosophies volontaristes et le culte de la force de certains de ses zélateurs, car c’est là qu’il touche aux grandes questions qui traversent un jour ou l’autre toute âme humaine. Y compris celles chrétiennes, parfois pour leur perte, mais souvent aussi de telle sorte qu’elles cheminent vers le repentir et la conversion.

Fire de Elgibbor: du satanisme au black metal chrétien

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , , on 19 janvier 2011 by Darth Manu

 

Groupe sympathique sans être totalement incontournable au sein du BM chrétien, Elgibbor a deux particularités: c’est un one man band à la manière de Burzum, et c’est le projet d’un ancien sataniste, converti au christianisme, qui utilise sa musique pour diffuser le message qui a transformé sa vie.

« Fire » (alias Jarek…) également membre de Fire Throne, explique dans une interview comment sa conversion a transformé sa vie pour le meilleur:

« – You were known to be a Satanist in the past, but you have converted to Christianity. That’s quite a different take on life, any particular event that caused this change? Was it a sudden change, or a slow transition? How is it to be a Christian and live with a satanic past?

My life was on a downward spiral. I was pretty deep in to drugs and alcohol and had lost all sense and reason in life. A lot of my friends had committed suicide and I knew I was on the same road. The day came when I did try to commit suicide and a friend of mine found me and told me that God had changed his life and that there really was hope and sense in this life. I had hit rock bottom and had nowhere else to turn… so I listened to him and made the decision to give my life to Christ. I realized that God could rebuild everything that I had torn down in my life. I gave up the drugs and alcohol immediately. I finally saw past the “religion” and saw God as someone I could have a true friendship with » (Interview sur le site Metal Storm).

Il précise les circonstances de celle-ci dans une interview accordée au site Christian Metal Fellowship:

« I asked the Lord to be my Savior around 12 years ago. A drummer and great friend in my band got saved and he witnessed to me over and over again. He never gave up on me and still cared for me like a brother even when I didn’t see things his way. He invited me to a Christian conference and I decided to go because I didn’t have anything better to do. God met me there in a mighty way and I ran forward during the altar call and threw up my hands and surrendered my life to Him. The next night He delivered me from drugs, alcohol, cigarettes and black magic! We serve an awesome God ».

Nous avons là le portrait type du black metalleux pris dans une spirale de désespoir et d’autodestruction,tellement stéréotypé qu’il est en fait plutôt rare dans ce milieu, qui rencontre un jour Dieu et abandonne tout ce qui était source de perdition dans sa vie. A ce titre, son parcours rappelle beaucoup quelques témoignages allègrement diffusés sur certains sites catholiques (celui-ci par exemple), qui sont présentés comme des mises en garde contre les dangers supposés du métal extrême.

Jarek se distingue cependant de ces derniers sur un point important: s’il abandonne immédiatement et de manière spectaculaire tous les comportements mortifères qu’il associait jusqu’ici à son écoute et à sa pratique du black metal, il ne va pas se détourner de ce dernier, et va même jusqu’à créer son propre groupe, avec pour objectif d’évangéliser son ancien milieu:

« Alex:
What is Elgibbors goal as a band?
Jarek:
To let people in the « metal world » know that God loves them right where they are no matter what they look like or how they feel. And to infiltrate the « enemy’s territory » with the Light, Love, Grace, Mercy and Forgiveness that only comes with a saving knowledge of Christ!!! » (Christian Metal Fellowship).

La formulation du projet peut paraitre un peu naïve, mais celui-ci me fascine par deux aspects:

1) Le black metal, avec l’alcool, la drogue, la magie noire, etc. était l’un des éléments centraux de l’ancienne vie de Jarek. Après sa conversion, non seulement il retire de cette musique une satisfaction qui parait tout aussi grande (tout au plus il privilégie désormais l’écoute de groupes de black metal avec des paroles chrétiennes, et n’écoute plus les « autres » groupes que dans des festivals comme Wacken) , mais il y voit le terrain et l’instrument privilégiés de sa nouvelle mission de baptisé.

« Alex:
What are some of your favorite bands? Christian then secular
Jarek:
DC Talk, Toby Mac, Newsboys, Amy Grant…haha….just kidding! (Those are great bands, just not my style!) I like Narnia, Arvinger, Slechtvalk, Antestor, Horde etc. Too many to list! The only secular music I listen to is Vivaldi! Other than that, I only listen to music that exalts the Lord » (Christian Metal Fellowship).

« The notorious vocalist of Gorgoroth, Ghaal, once said in a video: « Black metal is a message ». Does your music contain a message too, and if so, what is your message?
Yes my music always contains a very strong message. The main messages in my music are about the spiritual battles that we all go through and the relationship between humankind and their Creator » (Metal Storm).

2) Jarek ne perçoit pas son background de black metalleux anciennement sataniste comme un simple égarement de jeunesse heureusement rectifié, mais comme une opportunité:

« I think that coming from a satanic background makes me even stronger. I saw the side of life that was filled with hopelessness and despair and stepped in to a life full of hope and grace. I also think God allowed me to go through what I went through so that I could have a better understanding of where people are coming from when they too get to a point where life doesn’t make sense anymore. No matter how hard you try to understand someone, you can never fully understand what they’re going through unless you’ve been there yourself and I’ve been there too… I can totally relate and understand what it’s like to live without hope… something that not many Christians can truly do » (Metal Storm).

La communauté constituée par les black metalleux n’est pas la source du mal, mais ce qui doit être sauvé de celui-ci. Fire s’est converti, a abandonné miraculeusement toutes ses addictions, et pourtant sa passion pour le black metal n’a pas faibli. Non seulement elle est devenue à son tour un germe d’espérance, à travers son projet musical: Elgibbor, mais la fréquentation de ce style musical préserve sa sensibilité à une forme de souffrance qui passe souvent inaperçue, et qu’il a expérimentée intimement lorsqu’il était sataniste. Le black metal lui permet de ne pas oublier cette absence apparente de Dieu qui, sans qu’il le sache, était la cause de ses souffrances et de son désespoir, de témoigner pour toutes ces personnes qui au travers de leur engagement dans le milieu du BM expriment la frustration de leur désir d’absolu, par le cynisme, la provocation, le blasphème, pour qui la formulation usuelle de l’espérance chrétienne ne fonctionne pas  …

A travers sa musique, il dénonce bien sûr l’idéologie du satanisme, mais souligne aussi certaines insuffisances du discours que nous chrétiens, tenons aujourd’hui sur notre foi, qui non seulement échoue à toucher certains, mais passe parfois tellement à coté de leurs souffrances et de ce qui leur tient à coeur qu’elle les insupporte et suscite leur révolte et leur colère. Faire le choix de ne pas les condamner d’emblée, mais de comprendre leur logique et leur démarche intérieure permet de discerner ce qui a pu décevoir leurs attentes dans l’annonce de l’Evangile et de reformuler celle-ci d’une manière qui correspond à leur histoire personnelle et leur vie intérieure. Jarek, en ce sens, est la preuve vivante que non seulement le black metal n’est pas opposé par essence au christianisme, mais qu’il a quelque chose à lui apporter.

Le black metal n’est donc ni tout à fait indissociable de l’idéologie mortifère qui lui est généralement associée, ni tout à fait distinct de celle-ci, mais constitue un point de passage entre désespoir et espérance, entre blasphème et conversion, révolte et adhésion… Pour le désespéré et le cynique, il est, en tant que musique, création artistique, une ouverture vers l’éternité et la transcendance. Et au chrétien, à l’homme qui essaie de faire grandir en lui la foi, l’espérance et la charité, il est un rappel de la douleur que l’on éprouve lorsqu’on manque de tout cela, une mémoire de la souffrance et du péché qui permet de prendre davantage conscience encore de la vie nouvelle apportée par le souffle de l’Esprit,  tout en conservant de la sympathie et une forme de proximité envers ceux qui errent encore

Dans les interviews précédemment citées, Fire témoigne des réticences de beaucoup de chrétiens et de métalleux devant ce message, et j’y retrouve la souffrance que je ressens quand je vois mes deux communautés d’appartenance s’entre-déchirer et se déclarer mutuellement l’ultime ennemi de tout ce qui est bon, beau et vrai, ce qui motive d’ailleurs l’existence du présent blog.  Et s’il m’arrive de trouver que  son discours sur le christianisme manque parfois de nuances et de subtilités théologiques, pour le peu que j’en connais, je trouve que les paroles qui suivent traduisent bien la profondeur et la sincérité de la vie spirituelle et de la démarche de Fire:

« Heaven or Hell

I was the one who condemned him to die,
I was one of them who blasphemed his name,
I was the one who laughed when I saw evil on the Earth,
I thought I was strong and that others didn’t matter.
When I saw the place I was blindly headed, Fear gripped my soul.
I saw that hell existed! But when I hear your name, a door opened to heaven.
I saw that heaven existed! I want to live there forever.
With your life is easier. I know you are always close when I need you.
You are mightier than Lucifer the liar. Many souls are still in prison,
Only you give true freedom » (« Heaven or Hell », Repent or Perish, paroles sur Encyclopaedia Metallum).