Les textes chantés au Hellfest: comment comprendre l’expression: « les mots ont un sens »?

J’évoquais dans mon billet précédent la propension des anti hellfest à tout ramener au sens littéral des paroles des groupes de métal qui développent un imaginaire satanique et/ou occulte et /ou fantastique, pour verrouiller tout débat avec des défenseurs du festival.

« Les mots ont un sens », disent-ils. Ce n’est pas faux, et ils en ont même plusieurs. Mais en quel sens prendre cette proposition justement, et comment dévoiler la signification véritable des paroles des groupes de metal? Faut-il s’en tenir au sens littéral, au risque de niveller les intentions et le discours réel de chaque artiste, ou remettre en contexte et dégager plusieurs niveaux de sens, et plusieurs types d’usages de ce que Nicolas Walzer a appelé l »imaginaire satanique » dans son livre Satan profane?

Tout le monde a entendu parler du sens commun et du sens figuré. Ce ne sont pas les seuls. On pourrait citer également le sens dénotatif et le sens connotatif:

« En linguistique, le sens ou signifié dénotatif, la dénotation, s’oppose au sens ou signifié connotatif, la connotation.

  • La dénotation désigne le sens littéral d’un terme que l’on peut définir (et trouver dans le dictionnaire).
  • La connotation désigne tous les éléments de sens qui peuvent s’ajouter à ce sens littéral.

Le champ de la connotation est difficile à définir car il recouvre tous les sens indirects, subjectifs, culturels, implicites et autres qui font que le sens d’un signe se réduit rarement à ce sens littéral. Définir la connotation est si difficile qu’on en arrive parfois à la définir par défaut comme tout ce qui, dans le sens d’un mot, ne relève pas de la dénotation1.

Par exemple, si on s’intéresse au mot flic, le sens dénotatif est le même que celui de policier. Mais à ce sens s’ajoutent des connotations péjoratives et familières.

Un même mot ou symbole pourra donc avoir des connotations différentes en fonction du contexte dans lequel il est utilisé. Ainsi, la couleur blanche connote[réf. nécessaire] la pureté et le mariage pour un Européen, le deuil pour un Extrême-Oriental ; tandis que la svastika, si elle est vue par un Indien comme un symbole religieux hindouiste (représentant l’énergie positive), ne peut pas être vue par un occidental sans lui faire penser au nazisme (ici utilisée comme énergie destructrice).

L’opposition entre dénotation et connotation entretient des rapports complexes avec l’opposition entre sens propre et sens figuré » (article Wikipedia connotation et dénotation).

La svastika est un exemple particulièrement intéressant, dans la mesure où elle montre bien comment  une dénotation apparemment limpide, la croix gammée,  peut avoir la signification qu’elle prend complètement transformée par les connotations, suivant le contexte culturel dans lequel elle est perçue.

A la lueur de cette distinction entre dénotation et connotation, on pourrait proposer la relecture suivante de la polémique sur le Hellfest: les groupes dont la présence est critiquée par les anti Hellfest utilisent une dénotation commune, qui est la référence à un imaginaire satanique, ou occulte, etc. Les pro Hellfest soulignent que si la dénotation est comparable, la connotation n’est pas nécessairement la même entre les plus extrêmes de ces groupes et les plus flokloriques, voire entre l’ensemble de ces groupes et celle que prennent les paroles de leurs chansons dans le contexte de l’enseignement de l’Eglise catholique.

Quelques exemples:

– Connotation « religieuse »: 

 » Glorification of the black god
In the shape of a black goat – The dark lord himself
Presiding over the revelry..
Demons, witches, and spirits of Darkness await
And watch with pleasure on the succumbed virgins
And innocent souls.. Soon to be sacrificed
The only light is the gleam of the torches from the inverted women wombs
And the fire from the cauldron, in which human fat is being boiled
The air is filled with diabolical laughter and screams
Spells are whirling, and the smell of hell is spreading all around
The appearance of spirits of Darkness from the heart of Hell
A necromantical union brought forth to haunt the night
 The christians fled like pigs, overwhelmed with fear
Except glimpses of the moon surrounded by stars
Clouds block the nocturnal light, as the earth trembles
Under hooved feet accompaigned by..
The beating of skins under the blackened sky

Noone dares to tread the mountain on this night

They watch with enlarged eyes, in fear from afar
 As the lightning joins the perverted dance at the bare mountain » (Glorification of the black god », Marduk).

Les membres de Marduk n’ont jamais caché leur satanisme théiste (cf. mon article sur le blasphème pour quelques sources).

– Connotation métaphorique:

 « Highway to Hell

livin’ easy
lovin’ free
season ticket on a one way ride
askin’ nothin’
leave me be
takin’ everythin’ in my stride
don’t need reason
don’t need rhyme
ain’t nothin’ that I’d rather do
goin’ down
party time
my friends are gonna be there too
I’m on the highway to hell
on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell

no stop signs
speed limit
nobody’s gonna slow me down
like a wheel
gonna spin it
nobody’s gonna mess me around
hey satan
payin’ my dues
playin’ in a rockin’ band
hey mumma
look at me
I’m on the way to the promised land
I’m on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell
highway to hell
don’t stop me

I’m on the highway to hell
on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell
(highway to hell) I’m on the highway to hell
(highway to hell) highway to hell x2
(highway to hell)
and I’m goin’ down
all the way
 I’m on the highway to hell » (AC/DC, Highway to Hell).

L’artiste n’évoque pas un culte personnel à Satan, ni même une quelconque forme de religiosité satanique. Le champ lexical du diable et de l’enfer renverrait à une relecture métaphorique du  périple du groupe en bus, de concerts en concerts:

 » http://www.lyricinterpretations.com/look…
Here are several interpretations from the above website:
Bon’s telling about how he’s just gonna enjoy life to the fullest ’cause he’s goin’ to hell anyway. 
The song is a metaphor for the band’s tour in America. They said the constant riding on the bus was like taking the highway to hell. 
anonymous November 14th, 2006 02:12AM
Highway to hell was the nickname for the canning highway in australia. It runs from where lead singer bon scott lived in fremantle and ends at the pub called « the raffles », which was a big rock and roll drinking hole in the ’70s. As the canning highway gets close to the pub, it dips down into a steep decline: « no stop signs…..Speed limit….Nobody gonna slow me down ». So many people were killed by driving fast over that intersection at the top of the hill on the way to a good night out, that it was called the highway to hell, so when bon was saying « im on the highway to hell » it meant he was doing the nightly or weekly pilgrimage down the canning highway to the raffles bar and rock and drink with his mates: « aint nothing I would rather do. Going down, party time, my friends are gonna be there too. 
anonymous September 15th, 2007 02:47AM 
I think it is both based on the non-stop tour in America and the highway in Australia where Bon died. »  (source).

– Connotation parodique:

 » 666 Packs

We have a deal with Satan
A contract signed in Hell
We sacrifice a virgin
He makes our record sell

SATAN! – To Antichrist we pray
EVIL! – To hit the charts one day

666 Packs – Seven days of death and pain
Satan – Thirteen hours blood will rain
666 Packs – Nine black bats will eat your brain
Satan – Good with numbers? Join our cult

We have the baddest evil
Come buy our merchandise
 A plastic skull, a T-Shirt
That says « I shit on Christ »

SATAN! – is thrashing to the beat
EVIL! – on seven days of week

On stage we slaughter poultry
In songs we slaughter man
Black masses, guts and torture
We do the worst we can

SATAN! EVIL! – on blood and gore we feast
 SATAN! – I am your Judas Priest » (« 666 Pack », Tankard).

 » We have the baddest evil
Come buy our merchandise
 A plastic skull, a T-Shirt
 That says « I shit on Christ »

On lit clairement dans ce couplet, outre le clin d’oeil à Judas Priest à la fin du chant, que la référence à Satan n’ y est pas plus sincère que celle au Christ dans Golgotà Picnic ou dans Dogma, et que les musiciens tournent ici en ridicule la référence à l’imaginaire satanique dans le metal, en montrant le caractère de cliché et l’aspect mercantile de ce type de paroles.

La juxtaposition des paroles de Marduk et de Tankard montre bien comment, à partir d’une dénotation identique, la référence au satanisme, le jeu des connotations aboutit à une signification radicalement inverse: chez Marduk, un effort de promotion du satanisme comme une religion « sérieuse », une profession de foi. Chez Tankard, une parodie caustique, quasiment un « blasphème » contre le satanisme.

Cela n’a pas empêché les Yeux Ouverts l’an dernier de mettre ces mêmes paroles de Tankard, qui jouait l’an dernier au Hellfest, dans le même sac que celles des groupes satanistes:

 » Bonjour,
Prendre tout cela avec humour ? Désolé, je ne peux pas. 
Tankard : http://www.parolesabc.com/paroles/parole_tankard/666-packs_fr.html » (source).

Pour les anti hellfest, que ce soient Les Yeux Ouverts, le Collectif, ou Civitas, qui « argumentent » leur position en citant pêle mêle des références à l’imaginaire sataniques dans toutes sortes de groupes de metal, juxtaposées sans aucun effort de prise de connaissance et d’analyse du contexte, il est clair que quand il s’agit de cette musique: sens dénotatif = sens connotatif.  Et pourtant, quand il s’agit de la référence au Christ dans certains oeuvres contemporaines, il sont tout à fait capables de voir le sens connotatif, et de crier au loup dès qu’ils ont l’impression que l’Eglise est parodiée ou ridiculée, même légèrement (ainsi cette fameuse campagne de pub avec le Christ). De même qu’ils n’oublient pas d’éclairer le sens dénotatif du texte par la connotation que lui donne l’exégèse catholique, lorsqu’ils prient à partir de certains passages très durs des Psaumes, par exemple dans le cadre de la liturgie des heures. Non seulement leur argumentation n’est pas sérieuse sur le plan intellectuel, mais elle est contradictoire avec leurs autres prises de positions.

Curieusement, Les Yeux Ouverts a évoqué récemment le sens connotatif, d’une manière qui prétendait renforcer sa position alors qu’elle la mine dans les faits:

« Dans les billets consacrés au rock sur mon blog, il en a été question assez longuement : mélodie, harmonie, ryhtme.
 A prendre aussi en compte l’ambiance musicale des concerts ( son et effets spéciaux), les textes, les thèmatiques, les pochettes…« 

 L’interprétation musicale, l’ambiance, les textes, tout cela en effet constitue des éléments de sens qui participent au sens connotatif de la prestation des groupes invités au Hellfest, et qui sont donc des éléments de signification qui sont susceptibles de modifier le sens littéral, dénotatif des paroles du groupe, éventuellement d’inspiration sataniste, anti chrétienne, néo-païenne, etc. Raison de plus d’éviter de croire informer sur le festival en juxtaposant des paroles de chansons et des extraits d’interviews, sans analyse des groupes au cas par cas, sans avoir assisté à leurs concerts ni écouté de manière approfondie leur musique.

Car il suffit parfois d’un rien pour qu’une représentation transforme complètement la connotation des paroles, et même que l’ambiance recherchée ostensiblement aboutisse à un résultat très différent de celui affiché, beaucoup moins glauque souvent.

Le récit que Pneumatis a fait l’an dernier de son après-midi au Hellfest est à ce titre très éclairant, pour qui ne se contente pas de n’en retenir que son impression sur Therion:

 » Et c’est comme ça, par exemple, que j’ai pris un pied énorme à écouter un groupe que j’aurais certainement boudé du seul fait de son nom : Anathema. Forcément, ce ne sera pas du gout de tout le monde, mais punaise qu’est-ce qu’ils m’ont pris aux tripes. Une émotion extraordinaire. Vraiment quelque chose de fort.« 

Pour avoir été présent avec lui, je me rappelle qu’il avait décrit sur le moment cette musique comme faisant remonter hors de lui tout ce qui était source de souffrance et de noirceur, dans une sorte d’action purificatrice. Et cela, bien que le groupe s’appelle: « Anathema ». Ce qui rejoint l’exprérience de la plupart des fans du groupe:

« Anathema are personally one of my favourite bands. Musically they pack so much depth and emotion into their songs that one really cannot help but fall headlong into their dream-laden poetic craft. They are one of those bands that one can turn to for comfort and to ease pain. A solitary listen helps you through the bad times; Anathema can be uplifting, depressing, cathartic and even soul searching » (interview dans Mtuk Metal ‘Zine).

Se contenter de lire des interviews et des paroles de groupes ne suffit pas à se faire une idée exacte de l’impact réel du metal sur les auditeurs. Il faut aussi écouter la musique. Ce que le Collectif et les Yeux Ouverts ne font manifestement pas, lacune qui les prive de toute crédibilité auprès des métalleux et du grand public.

Dans le même ordre d’idée, Dark Tranquillity, le groupe que nous sommes allés voir avec Pneumatis et quelques autres après Therion, utilisait une mise en scène qui tentait de créer une ambiance inquiétante, fantastique, avec force effets de lumières. Et pourtant, tout cela était annulé par le gentil sourire du chanteur, le plaisir manifeste qu’il prenait à jouer, et partager avec un auditoire heureux:

 » L’autre, Dark Tranquillity, je me suis juste emmerdé, pour le dire poliment. Ceci dit, malgré la morbidité de fond, notamment dans la mise en scène avec ses mélanges de thèmes sur la foi et sur les démons, j’ai quand même noté une incroyable relation entre le chanteur et son public, quelque chose d’assez fascinant. Lui, le grand sourire permanent, on aurait dit qu’il avait envie d’embrasser son public à chaque instant comme si ce dernier venait de lui sauver la vie. Et le public marchait à fond dans son énergie… à part moi, assis par terre en attendant que ça se passe. Concernant la mise en scène, on était clairement dans une démarche esthétique, pas forcément de mon gout, mais qui se comprend et qui n’avait rien de rituel ni de sataniste à proprement parlé ».

 Si tous ces groupes qui développent un imaginaire satanique ou fantastique utilisent bien une dénotation commune, à laquelle les anti hellfest reviennent sans arrêt avec entêtement, on constate donc à partir de ces exemples la complexité et la richesse des déplacements de sens que des connotations différentes peuvent entraîner. Les « mots ont un sens » dénotatif, certes, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas être complètement transformé par le contexte, voire inversé. Ce renversement de sens peut venir du texte même, du registre utilisé et des effets de styles, comme pour Tankard. Il peut venir également de l’ambiance créée par la musique, qui peut-^tre, ou non, plus positive que les paroles. Enfin, l’intention réelle de l’artiste qui transparait de son visage sur scène (par exemple, partager le plaisir musical dans le cas de Dark Tranquillity) est encore une connotation qui peut bouleverser le registre initial des paroles (qui, rappelons-le, ne sont souvent pas compréhensibles lors des concerts).

Même dans le cas de groupes effectivement satanistes comme Marduk, et explicites dans leurs paroles comme dans leur mise en scène, un autre déplacement de sens est encore possible:

 « Le lecteur apporte lui-même ses propres connotations: il apporte aux textes sa propre expérience et ses autres lectures, en déplace les significations grâce à son imaginaire » (Espace français .com, La dénotation et la connotation).

  De même que l’auditeur ou le spectateur, dirais-je.

Une svastika prend une certaine signification dans un contexte européen, et un autre radicalement différent en contexte hindou. D’ une manière analogue, on pourrait dire qu’un concert de Marduk, mis en scène de la même façon, avec les mêmes paroles, aurait une certaine signification dans le cadre d’une messe noire, où chaque participant aurait un livret avec les paroles, une autre signification lors du Hellfest, au milieu de groupes beaucoup moins engagés religieusement, dans un contexte festif où personne n’entend clairement les paroles et où la bière coule à flot, et encore un autre dans une assemblée de musiciens, qui seraient beaucoup plus attentifs à la performance musiclae qu’aux paroles ou à la mise en scène.   De même que si on transposait la liturgie d’une messe catholique sur une estrade du Hellfest au milieu d’un public éméché, sa signification pour les specteurs serait sans doute profondément différente qu’au sein d’une église (et pour le coup sans doute proche du blasphème).

Alors certes, le Hellfest invite des groupes antichrétiens, parmi d’autres. Mais au lieu de se contenter de citer leurs paroles, pour aller ensuite directement à la conclusion: « le Hellfest est un festival christianophobe », il convient, d’une part, d’aborder la question de l’interprétation de leur paroles, non pas seulement de manière littérale, « fondamentaliste » pourais-je dire si j’étais taquin, mais d’en faire une approche « historico-critique », en faisant l’inventaire de l’ensemble des connotations qui transforme ou non le sens littéral chez tel ou tel groupe. Ce qui suppose, au dela de leurs paroles et des titres de leurs chansons, de prendre connaissance de la pensée réelle des musiciens, de mener une véritable analyse littéraire des effets de styles qui au sein d’un texte peuvent complètement déplacer, transfigurer, relativiser voire inverser la référence à l’imaginaire satanique ou occulte, d’écouter leur musique, d’aller à leurs concerts, de comprendre leur mode de pensée et d’expression artistique. Un travail de longue haleine, et tout le contraire des copier-coller vite faits du Collectif.

Même lorsqu’un groupe s’avère réellement antichrétien, cela ne démontre nullement que la structure qui l’accueille est anti chrétienne. Le Hellfest a invité plusieurs fois des groupes chrétiens. Je l’ai souligné, parce que cela indique bien à mon sens que ses organisateurs n’ont pas d’animosité particulière contre le chrétiens. pour autant, cela n’en fait pas un festival de musique chrétienne comme le Holyfest. Inversement, ce n’est pas parce qu’il invite des groupes satanistes qu’il devient un festival de musiques satanique. Les groupes sont présents, certes, mais la connotation que leur donne leur présence au Hellfest diffère de celle qu’ils auraient dans un rassemblement religieux ou politique. L’atmosphère printanière, la bonne humeur générale, les déguisements, la bière, tout cela neutralise l’imagerie morbide et donne à l’essentiel des trois journées des allures de carnaval bon enfant.

En ce sens, Pneumatis a choisi d’intituler le compte-rendu de sa présence à la soit-disant « fête de l’enfer »: « Un dimanche à la campagne », et il écrivait:

 » Alors d’abord, sans grande surprise, j’ai trouvé l’ambiance super : ça m’a rappelé mes années d’étudiant. C’est très sensoriel, en fait. Sur fond sonore de basses permanentes, marcher dans cette foule festive, en faisant craquer les gobelets de bière vide sous ses sandales et en respirant cette odeur enivrante d’herbe fraichement coupée… j’avais un peu l’impression de rentrer à la maison ; dans le sens de revenir quelques 15 années en arrière. Moi qui aie toujours regretté d’être né trop tard pour Woodstock, je ne pouvais me sentir que chez moi.

 Concernant les concerts, j’ai soudain pris la mesure de l’incroyable absurdité de nos débats autour des paroles de chanson… Il suffit de voir les musicos sur scène et leur public : d’une, on ne comprend rien à ce qu’ils chantent (enfin moi, en tout cas) et de deux, j’avais franchement l’impression que personne n’en avait rien à cirer, de toute façon. Tout le monde est là pour la musique, et je me suis soudain mis à penser qu’avec le tapage qu’on a fait sur le Hellfest, on devrait sans doute un peu plus se soucier d’autres concerts, d’autres styles de chansons dans lesquels la violence est nettement plus affirmée (suivez mon regard). En bref, j’ai compris à quel point nos revendications, quelques légitime qu’elles aient été, étaient à des années lumières des motivations qui attirent ici les amateurs de métal. Tu sais, c’est un peu comme si des gens se rendaient dans le plus grand restaurant du pays une fois par an pour y déguster des plats exceptionnels qu’ils n’ont jamais l’occasion de déguster par ailleurs, et que, toi qui n’y vas pas, venais leur parler de fermer le restaurant parce que la faïence dans la cuisine te choque. On a toujours de bonnes raisons d’être choqués par de la faïence (si si, moi en tout cas, j’en ai des tas) mais c’est pour illustrer l’incongruité (vachement facile à prononcer) que cela représente pour le type qui vient déguster. Au minimum, on comprend l’incompréhension« .

 Moi-même, je dois dire que je me suis demandé en juin dernier lors du festival si je n’en faisais pas trop au niveau des paroles de certains groupes, tellement tous ces débats que nous menons entre cathos sont complètement déconnectés de la réalité vécue du festival.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut pas s’intéresser à l’importance de l’imaginaire satanique dans le metal, ni ignorer les groupes explicitement satanistes ou blasphématoires. Mais le Hellfest n’est pas le bon angle pour ouvrir ce débat, parce que cela parasite le débat sur la dénotation satanique, et la connotation antichrétienne ou sataniste qu’elle prend chez certains groupes, avec d’autres connotations propres au festival, qui sont beaucoup plus festives et détachées des rancoeurs de certains musiciens contre le christianisme. La plupart des festivaliers ne comprennent pas la polémique, parce que les cathos antihellfest imposent une certaine connotation pour l’interprétation du sens du festival, qui est contraire à celle qu’ils expérimentent pour eux-mêmes chaque année, et refusent de prendre en compte leur témoignage.

Pour poser de manière pertinente la question des rapports entre metal et christianisme, il faut donc resituer le débat dans la perspective de l’ensemble de l’histoire du metal, en étant attentif à la totalité des variations de sens apportées à l’imaginaire religieux dans le metal, ce qui suppose une étude approffondie des différents courants musicaux et des différents groupes, et une bonne connaissance musicale et personnelle du milieu. Faire l’inventaire des connotations chrétiennes et antichrétiennes, c’est le travail que je me propose de faire sur ce blog depuis sa création. Et cela est indissociable d’une approche ouverte du terrain, qui n’impose pas une grille d’interprétation préétablie, mais qui accepte le dialogue avec les metalleux, et la possibilité de se laisser soi même déplacer par leur témoignage. L’analyse ne doit pas se construire sur des généralisations à partir d’une poignée de similitudes, notamment dans la dénotation occulte ou satanique, mais sur une recherche au cas par cas sur chaque groupe: Pneumatis cite dans son billet Judas Priest, Anathema, Dark Tranquillity et Therion. Là où la méthode du Collectif nous donnerait à penser que tous ces groupes sont bonnet blanc et blanc bonnet, on voit que l’expérience musiale et personnelle qu’il a retiré de chacun d’entre eux était très hétérogène, voire radicalement inverse si l’on compare les exemples de Therion et Anathema.

Certains antihellfest prétendent que ce que je propose là est une forme de relativisme:

 » Pour le relativiste qui se respecte, la hiérarchisation ou même la simple comparaison sont forcément suspectes par les temps qui courent.
Au nom de ce relativisme s’érige un nouveau dogme dont le premier de ses commandements pourrait être  » Tout est égal et par conséquent rien n’a de sens ni de valeur objective : s’opposer à ce principe est innacceptable et doit donc être condamné. »
Veronèse et Picasso, Fauré et Jarre, la cathédrale Notre dame de Paris et la pyramide du louvre, Homère et René Char, Carpaux et Botéro , Molière et Castellucci, Chateaubriand et Breton, Black sabbath et Amstrong …pareils ! Egaux !
Méditons le mot de Camus dans l’homme révolté :
Le relativisme, fils naturel du libéralisme, se présente dans les beaux habits du représentant de la tolérance, de l’esprit d’ouverture, du consensus, de la liberté, du progrès…
Méditons le mot de Camus : « Rien n’étant vrai ou faux, laid ou beau, la règle désormais sera de se monter le plus efficace. Le monde ne sera plus alors partagé en juste et en injuste mais en maîtres et en esclaves » » (Collectif pour un festival respectueux de tous, « Le Hellfest, vitrine de l’esprit de gauche en matière de culture? » (sic)).

 Le grand reproche que l’on peut faire au relativisme, en effet, et au dela du caractère spécieux des exemples donnés par le Collectif, est d’aplanir les différences, de dire que tout se vaut. Mais lorsque le Collectif juxtapose toutes sortes de groupes, sur la seule base de leur référence commune à un imaginaire satanique, occulte ou bien tout simplement fantastique, sans faire l’effort d’analyser les différences de connotations, les déplacements de sens, que chacun de ces groupes fait subir à celle-ci, dans l’usage qu’il en fait, ne rentre-t-il pas lui-même dans ce type de démarche? Son jugement initial et pré-ordonné, suivant lequel les groupes invités au Hellfest seraient un phénomène parmi d’autre d’une « contre-culture » « révolutionnaire », qui vise à subvertir la présence du Beau, du Bien, du Vrai, dans notre culture, et ses racines chrétiennes, devient l’unique norme de sa démarche interprétative, qui dès lors ne va pas s’intéresser aux connotations nées de l’analyse litéraire des paroles, de la connaissance des parcours des musiciens, de l’atmosphère réelle des concerts, sauf quand çela va dans son sens. Son intuition première du Hellfest prédomine contre toute recherche de terrain, toute mise en contexte, tout témoignage contradictoire. Elle dispense de l’effort de prendre connaissance de la musique dans le détail. Elle s’alimente d’informations superficielles glanées ça et là (ainsi, comme je le rappelais dans mon billet précédent, le Collectif mentionne la censure dont Cannibal Corpse a été l’objet dans divers pays, parce que ça l’arrange, mais il se garde bien de mentionner qu’elle a depuis levée dans la plupart des cas). Elle estime n’avoir pas besoin du surcroit d’information et de réflexion apportés par la contradiction constructive et le dialogue (d’où la fermeture des commentaires sur le site du Collectif et sa manie de ne pas répondre aux réponses à ses interventions sur d’autres blogs, comme le mien).

Restaurer les nuances des significations en fonction du contexte n’est pas du relativisme, sinon tous les chercheurs en sciences humaines, tous les littéraires, tous les éxégètes catholiques, et le pape lui-même, lorsqu’il s’associe à la recherche historico-critique sur les Ecritures, seraient des relativistes.

Par contre le Collectif, lorsqu’il élève son opinion a priori comme norme ultime d’interprétation du metal et du Hellfest, ainsi que je viens de le montrer, entre dans une démarche qui lui est analogue, puisqu’il subordonne la vérité du metal, qui ne peut se dévoiler qu’au fil d’une enquête minutieuse de terrain et du dialogue avec les métalleux, spectateurs et musiciens, à la relativité du point de vue qu’il en a…

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14 Réponses to “Les textes chantés au Hellfest: comment comprendre l’expression: « les mots ont un sens »?”

  1. Je trouve sincèrement qu’on tourne en rond… Depuis l’année dernière ou j’ai eu le malheur de tenter d’organiser un Colloque à Nantes qui fut un véritable flop, j’ai rencontré un certain nombre de gens, comme LYO, Pneumatis, et … Darth Manu ;), qui au final, discutent, disputent autour du débat du bien ou mal fondé du HellFest. Un Collectif s’est monté afin de dénoncer, disons le, le caractère sataniste du HF, à se demander s’il ne s’agit pas du Metal… Tel n’était pas l’objet de mon colloque, et ça ne sera jamais l’objet de mes recherches,…
    On peut sans cesse critiquer LYO d’avoir une dent contre le HF… Je le soupçonne même d’être sentimental, car Clissonnais d’origine, comme Ben Barbaud. En ce qui me concerne, je suis « presque » Clissonnais d’adoption, et j’ai une très forte attache avec le département de LA… Mais je NE suis PAS sentimental. Pourtant, je pourrais comme LYO l’être, et pour les mêmes raisons…
    Juste à côté de chez mes parents (mon village d’origine), il y a pourtant un festival qui commence à faire du bruit : le festival « Couvre Feu », à Corsept… Curieusement, la blogosphère « catholique » (notez les guillemets) n’en parle pas… Et pourtant, à l’époque de ce festival, il y a un défilé inintérompu de CRS, lesquels prennent leur quartier juste à côté de mon ancien domicile, le Casino de Saint Brévin. La programmation n’en est pourtant pas moins « pire » que celle du HellFest…
    Franchement… Je ne comprends pas TOUT ce batage pour interdire le HF, ou même, pour l’approuver.
    Verra t’on des Collectifs se monter contre le Sonisphère ? Il y a pourtant Marylin Manson (Pour le coup, qu’on ne vienne pas dire qu’il n’est pas sataniste!) :
    http://www.concertlive.fr/actualite/sonisphere-festival-2012-evanescence-faith-no-more-et-4-autres-noms
    Pourquoi ne critique pas t’on le Printemps de Bourges ? Les Vieilles Charrues, également ? L’année dernière, le programme des Vieilles Charrues était pourtant haut en couleur, avec une tête d’affiche comme Snoop Dog… Non pas que je veuille dire qu’il est sataniste, loin de là d’ailleurs, mais quand même, la philosophie édoniste de ce ténor du Gangsta’rap n’est pas à proprement parler très catholique…
    Alors OUI, je pense qu’il y a beaucoup de passion autour du HF. Je pense même que ceux qui s’y opposent regrettent de voir leur Venise de l’Ouest devenir un repère de métaleux crasseux avide de bière et de musique de dégénérés! Qu’ils aient donc alors de la compassion pour les autres habitants qui subissent les autres festivals! Qu’ils aient de la compassion pour ceux qui habitent à proximité des boîtes de nuit, car c’est tous les samedis soirs qu’on ramasse des ados beurrés venus se « réfugier » dans « leurs » musiques dyonisiaques… Et parfois, ça finit par des accidents de voiture, et pire… des morts.
    Alors, POUR LA DERNIERE FOIS, et j’insiste, ce n’est pas le HF qui doit être en cause ; ce n’est pas Clisson qui doit être en cause dans tous ces débats. Ce qui doit être en cause, je le dis, et je me répète encore, et POUR LA DERNIERE FOIS, c’est la musique…
    Sinon… et bien le risque est de se laisser envahir par nos passions respectives, et trouver des explications ailleurs que dans le fond du problème.
    S’agit il de LYO ? que tu pointes du doigt, Manu ? Peut être s’agit il de toi également Manu… N’en déplaise.
    Toi et LYO avez des vues totalement opposées sur le Metal. LYO déteste ça, et ne s’en cache pas. Toi, c’est le contraire… Tu aimes ça, et tu pardonnes trop… Il y a trop de passion dans tout ça, et vous vous attaquez tous les deux au problème des paroles, alors qu’il s’agit avant tout de musique.

    Enfin, je précise quand même qu’il ne m’a pas été inutile de suivre vos discussions respectives, parfois entremêlées de gentils coups de gueule (du genre LYO, mon meilleur ennemi…), et même d’y participer plus qu’activement, mais là, je crois qu’on a fait le tour de la question et qu’on commence sérieusement à tourner en rond.

    En ce Mercredi des Cendres, UDP.

    • Je reconnais que je ne suis pas très fier d’avoir publié un billet d’une telle tonalité un Mercredi des Cendres. J’avais commencé la rédaction ce we, et je l’ai publié quand je l’ai terminé. J’avais également prévu quelque chose de plus serein, et la lecture de certains billets du Collectif, tel que celui-ci qui brasse du vent avec pasgrand chose (http://provocshellfestcasuffit.blogspot.com/2012/02/metal-et-nouvelle-droite-des.html) ou celui-là qui enfonce des portes ouvertes sur un fait divers archi connu (http://provocshellfestcasuffit.blogspot.com/2012/02/regard-sur-le-metal.html) a fortement contribué à une inflexion pour le pire du ton de mon billet. J’aurais mieux fait rétrospectivement de m’accorder un jour de réflexion supplémentaire avant de le publier.

      Cela dit:

      « Verra t’on des Collectifs se monter contre le Sonisphère ? Il y a pourtant Marylin Manson (Pour le coup, qu’on ne vienne pas dire qu’il n’est pas sataniste!) : »

      Il y a déjà bien assez de cathos qui traquent la christianophobie partout, à mon avis, mais je reconnais que le décalage des réactions contre le Hellfest et le sonIsphère me fait sourire depuis un moment.

      « Alors, POUR LA DERNIERE FOIS, et j’insiste, ce n’est pas le HF qui doit être en cause ; ce n’est pas Clisson qui doit être en cause dans tous ces débats. Ce qui doit être en cause, je le dis, et je me répète encore, et POUR LA DERNIERE FOIS, c’est la musique… »

      En cequi concerne le metal, je suis d’accord avec toi pour dire que c’est un débat plus intéressant, et j’appelle d’ailleurs dans le présent billet à recentrer les échanges sur le metal en lui-même, plutôt que sur le Hellfest.

      Je continue cependant à traiter la question du Hellfest parce qu’elle me parait éclairante pour traiter la question des rapports entre christianisme et culture, qui m’intéresse également (sur ce point je rejoints LYO, même sic’est pour s’ccorder sur le fait que nous ne sommes pas d’accord).

      « S’agit il de LYO ? que tu pointes du doigt, Manu ? Peut être s’agit il de toi également Manu… N’en déplaise.
      Toi et LYO avez des vues totalement opposées sur le Metal. LYO déteste ça, et ne s’en cache pas. Toi, c’est le contraire… Tu aimes ça, et tu pardonnes trop… Il y a trop de passion dans tout ça, et vous vous attaquez tous les deux au problème des paroles, alors qu’il s’agit avant tout de musique. »

      Peut-être et le Carême sera pour moi l’occasion de méditer cette question que tu me poses. Cela dit, je n’ai jamais nié qu’il y avait des groupes anti chrétiens au Hellfest ou dans le metal, et j’accorde d’autant plus d’importance à cette question que j’ai consacré un blog entier à y répondre. On peut ne pas etre d’accord avec mes anlyses et mes conclusion, mais je fais mon maximum pour étayer mes arguments sur des faits solides et des aaffrimations vérifiées et sourcées, et je recherche autant que possible le dialogue avec mes contradicteurs.

      Je reconnais certes que ce type de billets est lassant. Tu noteras que j’ai arrêté de faire des billets réponse points par points comme l’an dernier, et que j’essaie maintenant de partir de thématiques larges, comme le conspirationnisme dans mon dernier billet ou les degrés de signification des mots dans celui-là. J’ai également renoncé à publier en septembre la seconde partie de ma réponse à Liberté Politique, ou à faire la contre-analyse points par points des accusations du Collectif que nous avons discutée en décembre en commentaire de mon billet sur les groupes chrétiens au Hellfest, parce que j’avais l’impression de perdre des points de QI à force de m’étendre sur les amalgames et les contre sens des billets en cause, et de m’enfermer dans un cycle sans fin.

      Mais il ne s’agit pas que de moi, toi, LYO ou du Collectif. La semaine dernière, j’ai eu plusioeurs échanges sur le Hellfest sur facebook ou twitter avec des personnes qui appuyaient l’opposition au Hellfest, et qui semblaient dans l’ensemble de bonne foi. L’une d’elles, même si je ne le dis pas dans l’article, m’a fait cette objection: les mots ont un sens. Je lui ai promis d’u revenir, non pas en 140 caractères, mais dans un billet complet. Ce qui est fait…

      • « vous vous attaquez tous les deux au problème des paroles, alors qu’il s’agit avant tout de musique »

        Ah, et je ne suis pas sûr d’être d’accord avec tout ce qu’implique une telle affirmation, mais je pense que tu t’en doutes, et on aura l’occasion d’en reparler…

  2. Cela me rappelle l’histoire des cardinaux Decourtray et Lustiger qui ont condamné sans l’avoir vu le film La dernière tentation du Christ et qui en se référant uniquement à des « on-dit » rapportés par de pieux fidèles ont fait un contresens évident dans l’interprétation blasphématoire qu’ils ont donnée de l’œuvre de Scorsese. Je viens d’étudier à fond cette affaire pour un site web. Cela m’a demandé du temps et de la réflexion, certes… Après toute personne un minimum cultivée et qui a étudié la littérature devrait savoir ce que tu dis dans ton article. Que le sens littéral d’un mot ou d’une expression n’est jamais suffisant pour comprendre un texte ou une idée. Les Pères de l’Eglise appliquaient toujours aux textes bibliques plusieurs lectures pour justement ne pas tomber dans le panneau d’une lecture fondamentaliste des Ecritures. Et aussi parce que le sens littéral dans la Bible est souvent le plus pauvre et le moins intéressant. S’il n’y avait que le sens littéral des mots à quoi bon un sermon? Puisque un chat c’est un chat… Autant supprimer les sermons et remettre la Bible en latin…

    • Freddy Mercury (Queen) : « Je n’aime pas analyser (mes chansons). Je préfère ques les gens plaquent leur propre interprétation, pour y lire ce qu’ils aiment. Je chante les chansons, c’est tout. Je les écris, les enregistre et les produit ; c’est à l’acheteur de l’interpréter de la manière dont il (ou elle) le sent. Ce n’est pas à nous de proposer une étiquette. Quel ennui si tout était établi à l’avance, si chacun savait toujours de quoi il s’agit. J’aime que les gens se fassent leur propre opinion. Si je devais analyser chaque mot, cela serait très ennuyeux pour le public, et cela briserait quelques illusions » (In « Freddy Mercury par Freddy Mercury, traduit par Joseph Achoury Klejman, Compilé par Greg Brooks et Simon Lupton, ed. Jbz et cie – 2010, p 65)
      Voilà… je pense que tout est dit, et que Freddy Mercury n’est pas le seul à penser ça.

      • Je rejoins le Collectif et LYO sur l’idée qu’on ne peut pas complètement séparer musique, paroles, et inspiration, même si je juge la nature de cette dernière dans le metal de manière manifestement beaucoup plus positive qu’eux, et si’l est vrai que l’interaction de ces trois éléments peut varier suivant les musiciens et les morceaux. Je te ferai une réponse détaillée et argumentée en commentaire de ce billet ce we, après la publication de mon prochain article (qui parlera de tout autre chose, et pas du Hellfest rassures-toi), et j’en ferai ,probablement un nouveau billet dans les semaines à venir.

  3. Bonjour,
    Sonisphère, techno parade ou concert de rap à la ntm, il y a en effet beaucoup de terrains culturels d’action : si je suis mobilisé sur le hellfest, c’est en effet parce que Clissonnais mais pas par sentimentalisme.
    Tankard ? OK. Mais les autres, Manu , tous les autres ?
    Mes billets sur le rock essentiellement consacrés à la musique mais qui, comme toute expression artistique, n’est pas sans finalité ou motivation ?
    Pour avoir connu et même rencontré cet immense scupteur Jean Fréour, j’ai compris combien les plus grands sont sans concession avec la matière qu’ils utilisent et mettent un soin infini à tendre vers la perfection dans tous les sens du terme, même quand ils créent des oeuvres profanes.

    • « Sonisphère, techno parade ou concert de rap à la ntm, il y a en effet beaucoup de terrains culturels d’action : si je suis mobilisé sur le hellfest, c’est en effet parce que Clissonnais mais pas par sentimentalisme.
      Tankard ? OK. Mais les autres, Manu , tous les autres ? »

      Le responsable du Collectif m’a posé par mail la même question. Je te fais un copier coller de la réponse que je lui ai apporté sur ce point:

      « J’ai effectivement utilisé des exemples extrêmes, mais qui correspondent à des positions prises l’an dernier par votre collectif et Les Yeux Ouverts. Pour la petite histoire, je tenais à revenir sur l’exemple de Tankard parce que ce sont les accusations portées par LYO sur ce groupe précis qui ont précipité il y a un an ma décision de me désolidariser complètement de sa démarche envers le Hellfest. Apparemment, si j’en crois son dernier commentaire sur mon blog, sa position s’est nuancée depuis sur ce point, ce qui est une bonne nouvelle.

      Pour ce qui concerne les autres groupes, dont certains ont des connotations effectivement beaucoup moins parodiques, je pense que mon article apporte également des éléments de réponse. Notamment:

      « Si tous ces groupes qui développent un imaginaire satanique ou fantastique utilisent bien une dénotation commune, à laquelle les anti hellfest reviennent sans arrêt avec entêtement, on constate donc à partir de ces exemples la complexité et la richesse des déplacements de sens que des connotations différentes peuvent entraîner. Les “mots ont un sens” dénotatif, certes, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas être complètement transformé par le contexte, voire inversé. Ce renversement de sens peut venir du texte même, du registre utilisé et des effets de styles, comme pour Tankard. Il peut venir également de l’ambiance créée par la musique, qui peut-^tre, ou non, plus positive que les paroles. Enfin, l’intention réelle de l’artiste qui transparait de son visage sur scène (par exemple, partager le plaisir musical dans le cas de Dark Tranquillity) est encore une connotation qui peut bouleverser le registre initial des paroles (qui, rappelons-le, ne sont souvent pas compréhensibles lors des concerts). »

      et :

      « Une svastika prend une certaine signification dans un contexte européen, et un autre radicalement différent en contexte hindou. D’ une manière analogue, on pourrait dire qu’un concert de Marduk, mis en scène de la même façon, avec les mêmes paroles, aurait une certaine signification dans le cadre d’une messe noire, où chaque participant aurait un livret avec les paroles, une autre signification lors du Hellfest, au milieu de groupes beaucoup moins engagés religieusement, dans un contexte festif où personne n’entend clairement les paroles et où la bière coule à flot, et encore un autre dans une assemblée de musiciens, qui seraient beaucoup plus attentifs à la performance musiclae qu’aux paroles ou à la mise en scène. De même que si on transposait la liturgie d’une messe catholique sur une estrade du Hellfest au milieu d’un public éméché, sa signification pour les specteurs serait sans doute profondément différente qu’au sein d’une église (et pour le coup sans doute proche du blasphème). »

      Mon billet ne parle pas que de Tankard, et sa démonstration envisage non seulement le cas des groupes qui font une utilisation détournée de la référence satanique ou occulte dans leurs textes, mais également ceux dont les paroles et /ou la mise en scène présentent des connotations morbides, comme Dark Tranquillity, mais qui par d’autres aspects (la musique, l’attitude des musiciens sur scène, …) neutralisent ces dernières par des connotations plus positives, et ceux qui sont éeffectivement anti chrétiens ou satanistes comme Marduk, mais dont la portée est fortement limitée par l’état d’esprit des festivaliers et la finalité du Hellfest, qui comme le fait remarquer Pneumatis dans son témoignage, et comme j’en ai été moi-même témoin l’an dernier, est festive et non militante contre le christianisme. « 

  4. @Etienne et LYO: Je vais être un peu occuppé aujourd’hui mais je vous réponds d’ici 2-3 jours…

  5. Un louable effort d’humilité de la part du Collectif provocs hellfest, en ce début de Carême…

    http://​provocshellfestcasuffit.blogspo​t.com/2012/02/​respect-responsabilite.html

  6. Quel débat!

    Je n’ai bien évidemment pas la prétention de pouvoir réagir avec les connaissances nécessaires et encore moins l’expérience requise, mais mon travail sur le lien qui se tisse entre l’art contemporain et le black metal m’ont permise de répondre à quelques questionnements importants qui m’animaient. C’est complexe, car comme le dit le billet, seule la connaissance approfondie du milieu metal permet de le cerner dans les motivations de son apparition par rapport à la nature d’un contexte.

    Ce contexte diffère selon les pays et au delà de la religion pratiquée ou non, ce sont des valeurs plus universelles qui sont touchées comme la morale et le respect d’autrui. Dans un pays comme la Norvège, qui a eu besoin de se réapproprier un sens propre et une individualité artistique dans son histoire, certains ont été creuser dans les interdits les plus noirs afin de crier ce qu’ils ne voulaient pas à savoir une société d’ennui, de consommation plastifiée, de Mc Donalds et de soi-disant progrès. L’affiliation au paganisme dans son imagerie et dans sa signification est, pour la majorité des amateurs de balck metal, une forme de respect pour la nature et la vie, la maternité, la femme. Cela peut se voir et se prouver par la solidarité, le respect, la construction de valeurs comme par exemple le courage, l’imagination, le rêve, la transmission, la famille, la force. Pour quelqu’un qui y adhère, tout cela va à l’encontre de la dépression, de la molesse et de l’absence d’esprit artistique.

    Le black metal norvégien, avant de puiser dans une interprétation du paganisme ses motivations profondes, a d’abord hurlé, éructé, vomi ce NON et ce, à l’image des actionnistes viennois (que dire sur ces vidéos atroces :/), ou tous ces artistes d’après guerre qui mélaient mort, sang, blasphèmes, oppositions, inversions et chocs de sens. La subversion est indispensable au black metal et comment pourrait il se construire sans cette base première, bien qu’inspirée grandement par les courants artistiques précédents? L’histoire des femmes, même, à engendré des les années 50 tout un courant artistique dur, fait de coupures, de mutilations, de sang, de blasphèmes et de chocs… ceci étant par hypothèse lié à une réaction absolue face à un enfermement chronique…

    A la fin des années 80 les adolescents norvégiens qui se sentaient pousser ce désir d’individualisme artistique ont souhaité aller plus loin que ce death metal technique apparent, et ce thrash plus ancient. Contre tout, ils ont balancé un poing clouté là dedans et ça a été si fort que ce mouvement a fini par répondre à tous ces cris enfouis. Oui, je suis d’accord, à la manière de la musique cathartique d’Aristote.

    Appréciant moi-même le black metal, je ne sens pas (et là je fais appel à un sentiment subjectif), de volonté de ralliement des troupes autour d’un leader charismatique même si, de manière imagée, on retrouve ça dans la gestuelle, les poings levés, les signes et symboles. Il y a dans le black metal un cryptage (logos illisibles, paroles incompréhensibles, corpse paint) qui retire l’accès au sens littéral des textes. Au départ les croix sont retournées et la banalisation de ces actes dans le milieu a permis, toujours dans certains contextes (par exemple les pays de l’Est), une montée vers l’expression d’un interdit inacceptable, le néo-nazisme. Dernier choc, dernières atrocités, dernier sujet intouchable, celui-ci. Il est alors logique que le black metal soit tenté de jouer avec toujours dans ce sens de cri… « c’est interdit? Vous allez voir JE vais le faire ». Otto Muehl, Rudolf Schwarzkögler faisaient pire, en déféquant sur des drapeaux en chantant l’hymne national et autres frasques dites maintenant artistiques au plus haut point. Otto Muehl a même écopé d’une peine de prison mais sans prendre en compte ses actes de viols sur mineurs, sous couvert de l’art?

    Le black metal, à la différence de l’actionnisme, mêle à son art le romantisme et cela lui donne esthétique, cohérence et imaginaire riche, mais le cri est le même. Si les festivaliers ne donnent pas d’importance à ce débat en grande majorité c’est parce que le metal n’est pas anti christianniste en particulier, il crie contre une société dont il ne veut pas de manière très générale. Beaucoup pensent que le véritable « satanisme » est ailleurs (dans la publicité, la manière dont nous sommes gouvernés, les injustices sociales…) et le metal permet de sévader quelque peu de ça aurtour de copains, de respect et de rires. Le metal ne cache rien mais ne demande pas non plus à être écouté par tous (dans sa nature).

    Le Hellfest, débat houleux et toujours intéressant quand il est argumenté par des personnes comme vous. Je ne suis pas certaine d’être restée dans le sujet évoqué par le billet mais je suis la suite avec attention.

    • Merci pour cette contribution une fois de plus très intéressante, qui renforce le sentiment d’impatience avec lequel j’attends la publication prochaine de votre livre. 🙂

      J’ai fait « Carême de polémique sur le Hellfest » depuis la publication de ce billet. Le Carême est fini depuis deux jours, et aussi bien l’importation de la polémique « Taake » en France par le Collectif que l’intervention sur Europe 1 sur le sujet par l’Abbé Grosjean de Padreblog (qui allait dans le sens du Collectif) et les échanges que j’ai eu avec lui ce matin sur Twitter, m’incitent à publier un nouvel article sur la question d’ici la fin de la semaine…

  7. […] je le montrais dans un précédent billet, une même représentation littéralement choquante peut voir sa signification changer du tout au […]

  8. […] qui assistent à leur prestation les partagent nécessairement. Comme je le montrais dans un article précédent, la signification littérale, dénotative, des paroles et de la mise en scène d’un groupe […]

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