La Norvège: du christianisme d’Etat au black metal

Les racines du black metal sont norvégiennes. Au point où les expressions « black metal norvégien » et « True Black Metal » sont utilisées de manière interchangeable dans certains milieux…  Le black metal est même l’une des principales exportations culturelles de la Norvège:

« Au départ véritable « niche », le metal extrême avec en tête le black metal s’est peu à peu imposé pour devenir l’un des styles musicaux les plus connus hors des frontières du pays. Des premiers groupes reconnus comme Mayhem, Darkthrone ou Immortal à ceux qui ont fait évoluer le genre (Enslaved, Satyricon, Dimmu Borgir etc.), la Norvège reste le pays de référence pour ce style musical, et de nombreux groupes profitent d’un engouement qui ne semble pas se tarir » (brochure La Norvège naturellement, p. 20).

« Le style métal est traditionnellement l’un de ceux que la Norvège exporte le mieux. Des groupes tels que Satyricon, Red Harvest, Dimmu Borgir, Enslaved et Mayhem sont soutenus, en Norvège comme à l’étranger, par un public aussi fidèle qu’étendu, et la presse internationale spécialisée considère les groupes norvégiens comme faisant partie des meilleurs au monde dans ce genre musical » (Norvège: le site officiel pour Madagascar).

Pourtant la Norvège est un pays où le christianisme est religion d’Etat, et où son influence sociale, politique et culturelle est l’une des plus importantes au monde:

« La Norvège est l’un des pays du monde qui compte le plus de chrétiens actifs. Quelques 70 organisations mettent chaque été sur pied des réunions, assemblées générales, camps, conférences et conseils. Par dizaines de milliers, ils profitent de la douceur de l’été pour se ressourcer et raffermir leur foi avant de rentrer chez eux affronter le quotidien du chrétien militant. […] Chaque année, on vend une bonne centaine de milliers de livres sur le Christ et la foi chrétienne, et d’innombrables programmes télévisés sont consacrés au même sujet. Des milliers de missionnaires, bardés de colis alimentaires, apportent la bonne parole aux masses démunies. Des millions de personnes fréquentent les églises, et plus nombreux encore sont ceux qui joignent leurs mains le soir avant de s’endormir.
Chaque année paraissent trois cents titres de livres purement chrétiens, et les églises accueillent sept millions de fidèles au cours de diverses cérémonies. […] La société norvégienne est sans doute complètement dépendante de l’effort bénévole colossal consenti par les chrétiens engagés. Il est pourtant impossible de chiffrer l’assistance fournie par ceux-ci à la société dans des domaines tels que l’éducation des enfants, les mouvements de jeunesse, la culture, les sports, la santé, les soins aux personnes âgées, l’assistance aux toxicomanes, l’aide au tiers monde, etc.  » (article rédigé par par Nytt fra Norge et recueilli sur le site www.photos-suede.com).

Que le black metal suscite l’intérêt dans un pays relativement déchristianisé comme la France est une chose, mais comment expliquer qu’il soit né en Norvège, un pays dont les valeurs lui semblent si contraires? Pourquoi des jeunes qui baignaient dans une culture chrétienne ont-ils ressenti le besoin de s’y opposer si violemment?

Dans L’Age du metal, le père Robert Culat propose deux éléments de réponse:

1) Une religion d’Etat fortement majoritaire peut valoriser une « appartenance traditionnelle » au détriment d’une adhésion mue par une foi authentique: « Face à un christianisme majoritaire dans les statistiques et minoritaire dans les coeurs et la pratique se profile l’accusation d’hypocrisie et de tiédeur. Cela peut constituer à notre avis une possile explication aux actes extrêmes commis par l’Inner Cicle en Norvège. […] N’est-ce pas finalement aux symboles d’une religion affadie que ce sont attaqués les black métalleux scandinves? » (L’Age du Métal, p. 275).

2) Le black metal serait une réaction tardive aux abus de la christianisation de la Norvège au Moyen-Age: «  »En fait les membres de l’Inner Circle étaient davantage des nostalgiques de l’époque païenne (pré-chrétienne) que de vrais satanistes. Ces néo-païens, si l’on peut s’exprimer ainsi, reprochaient au christianisme, religion étrangère, importée et imposée, d’avoir tué leur culture véritable et originale. Brûler les églises en bois debout était à leurs yeux un acte prophétique, annonçant la restauration de la culture antique » (ibidem).

Par ailleurs, Robert Culat souligne également le rôle du climat des pays scandinaves, en s’appuyant sur les déclarations de divers musiciens BM (« Je suis persuadé que le climat froid de la Norvège, la situation isolée de ce pays, jouent un rôle important dans notre expression usicale. Ceux qui ont déjà foulé le sol norvégien comprendront… » (L’Age du Métal p. 274, propos de Nocturno Culto de Darkthrone, tirés de Metallian).

Enfin, il analyse un témoignage d’Isahn, d’Emperor, de la manière suivante:

« Cette figure de la scène BM parle de la jeunesse de son pays, la Norvège. Il décrit une existence vouée à l’ennui, totalement superficielle[…]. C’est le manque d’idéal qui prédomine. […] Les jeunes n’entrant pas dans ce moule deviennent vite des rebelles qui peuvent trouver une aventure à vivre dans le black metal. Ceux qui n’admettent pas cette vision médiocre de la vie sont parfois amenés à mépriser ceux qui s’en contentent (« les moutons »). Et du mépris à la haine il n’y abien souvent qu’un pas qui est vite franchi. […] Je ne retiendrai ici que deux concepts: la haine et la vénération de la Nature. La haine se comprend très bien à partir de ce qui vient d’être dit. Il s’agit souvent de la haine de l’homme, de la misanthropie. Mais il faut bien voir de quel homme il s’agit dans ce contexte précis: la haine propre au BM se porte sur l’homme mouton de panurge, sur l’homme médiocre et sans personnalité, sur l’homme qui est de moins en moins humain parce que de moins en moins libre. […] Quant à la vénération de la Nature c’est me semble-t-il, un concept majeur du B. […] Le concept de la Nature dans le BM peut tout d’abord se rattacher à la misanthropie. La Nature sauvage est le refuge pour le blackist car c’est l’endroit non encore souillé par l’homme malade et décadent […]. C’est précisément dans la Nature que le blackist épanche sa soif d’absolu et rencontre la transcendance qui fait cruellement défaut à nos sociétés bourgeoises athées » (Op. cit., p. 338 à 340, entretien accordé à Postchrist).

Nous avons donc une société fortement christianisée, que pour ma part, si peu luthérien que je sois et en l’absence de tout séjour personnel en Norvège, j’hésiterai quand même à qualifier de tiède ou d’hypocrite: « La société norvégienne est sans doute complètement dépendante de l’effort bénévole colossal consenti par les chrétiens engagés » nous apprend le précédent témoignage. Ce christianisme institutionnalisé, fortement ancré dans la vie quotidienne des norvégiens des années 1980-1990, et dans la norme sociale qu’ils définissent, peine à coïncider avec les aspirations et les besoins d’une partie de la jeunesse norvégienne, qui se sent marginalisée et associe en retour les valeurs chrétiennes si dominantes avec le conformisme,et l’hypocrisie perçues de la société qui leur parait si étrangère. A cette représentation conformiste du christianisme, superficialité apparente à laquelle est opposée l’intériorité de chaque métalleux, vécue comme l’authenticité, les black métalleux norvégiens vont répondre par une tentative de retour à l’origine, c’est-à-dire d’une part ce qu’il y a avant le christianisme, à savoir le paganisme scandinave, et d’autre part ce qu’il y a avant et au delà de l’homme, c’est à dire la Nature. Que ces deux origines coïncident très bien dans leurs thématiques étant la cerise sur le gâteau.

Cela démontre t-il une rupture réelle entre le black metal et la Norvège en tant que nation chrétienne? Personnellement, et à la suite du père Culat, je ne le pense pas.

Concernant la thématique de la haine, et le satanisme qui en est le corrélat, et comme j’ai cherché à le montrer dans un précédent article, il s’agit moins d’une opposition radicale à l’amour évangélique que d’une tentative, certes bien imparfaite, de discernement de la densité et de la complexité du réel derrière les idéologies qui viennent conforter toute majorité sociale, très proche  finalement dans l’esprit de la démarche du christianisme, ainsi dans « les pensées qui attaquent dans le dos » du philosophe scandinave (danois) Kierkegaard. Et pour ce qui est de de la vénération de la nature, et des thématiques néo-païennes qui en sont la traduction nostalgique, comme le montre le père Culat et comme j’ai également essayé d’en témoigner dans un autre article, pour naïve qu’elle puisse paraitre, il s’agit moins d’une négation de notre civilisation chrétienne que d’une tentative de reconstruction d’une relation à l’absolu, en face de l’échec apparent du christianisme. La destruction des églises en bois des premiers chrétiens de Norvège, pour condamnable qu’elle soit dans les faits, étant vécue par les premiers black métalleux comme la préfiguration du retour, la parousie pourrait-on dire avec un peu de mauvais esprit, des Dieux originaux de la Norvège, et de l’authenticité supposée de leurs valeurs.

Nous avons donc, d’une part une revendication de la sincérité du désir existentiel de l’individu face à la pression sociale, d’autre part la thématisation d’une forme d’espérance. S’il est vrai que le black metal norvégien a mené  à la formulation d’idéologies néo-païennes, satanistes ou néo-nazies on peut donc dependant déceler la part de l’héritage évangélique dans ses racines historiques. J’en veux pour illustration l’influence écrasante de l’oeuvre d’un catholique: Le Seigneur des Anneaux de Tolkien, dans les paroles et la symbolique de nombre de groupes norvégiens de BM, y compris et même notamment parmi les plus anti-chrétiens, tels que Burzum, Gorgoroth, … « Le classement par genres littéraires donne sans surprise aucune, la première place à la fantasy (dite aussi heroic fantasy) avec 43,50% des citations totales de livres. Le Seigneur des Anneaux de Tolkien vient largement en tête avec 80 cittions (livre et/ou film). […] C’est tout de même amusant de constater que c’est un auteur catholique qui est ainsi plébiscité! le milieu metal est souvent très paradoxal… » (L’Age du Metal p. 77, à partir d’un échantillon qui concerne il est vrai l’ensemble du metal, et non le seul BM).

Donc non seulement rien ne s’oppose dans les aspirations les plus primitives qui ont donné naissance  au black metal à sa reformulation chrétienne, mais il parait évident que sa naissance a été grandement favorisée par la mentalité si chrétienne de la Norvège.  Les groupes de BM chrétiens ne s’y sont pas trompé, ainsi le groupe suédois Crimson Moonlight, qui resitue la vénération des paysages de la nature scandinave dans une perspective de prière d’action de grâce:

« Thy Wilderness

As I wonder through the frozen
Landscape of Scandinavia
I am surrounded by
The magnificent creation
Thy nature truly a testimony
Of Thy eternal might
Like a wall, ancient mountains
Rise beyond the endless forests
As a mirror, the cold lakes
Reflect their shadows
Star of the Nordic skies glimpse
In harmony with the heavenly
Symphony of colours
The majestic northern lights

I praise Thee, o Master
For the gift of nature
I praise Thee
For the landscape of Scandinavia
Thou spread snow like wool
And scatter frost like ashes
Thou hurls down Thy hail like morsels
Who can withstand Thy icy blast?
Thou send Thy word and melt them
Thou stir the breeze
And let the water flow

Ancient beasts of the north
Made by Thy hands
In the depths of the Swedish
Wastelands they live
Elks and bears
Kings of the wood
Who would not fear their creator?
Thou have shown me
The beauty of lynx and fox
Their cunning conceived
By Thy wisdom in days of old
I have heard the wolves
Lift their howls of praise heavenwards
While ravens and eagles sour
In the midst of the sky
Proclaiming that the hour has come

For the day of the Lord is near
Soon it is upon us
Verily, I have seen Thy sign
The crimson moonlight » (Crimson Moonlight, The Covenant Progress, « Thy Wilderness« , paroles sur Dark Lyrics).

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15 Réponses to “La Norvège: du christianisme d’Etat au black metal”

  1. Bonjour,
    Les sources du BM sont multiples et variées. L’ésotérisme y tien sa place comme le besoin de transcendance, comme aussi le défouloir ou encore la fuite, comme aussi l’adhésion à Satan comme pour Manson, Wattain…
    Pour le métal norvégien, sans nier les aspects de révolte/excès de l’évangélisation, les circonstances climatiques avancées par R. Culat sont pour le moins discutables.
    dans une société fortement déchristianisée, l’espace est ouvert à toutes les autres cultures, y compris la contre culture. Le BM qui se revendique comme contre-culture, renvoie à la responsabilité du chrétien dans la société et appelle ceux-ci, d’une certaine façon, à la cohérence. De la même façon que l’on ne peut servir Dieu et l’argent, on ne peut appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien.
    Les métalleux, souvent, ne sont pas en cause, les groupes , leurs sponsors et les autorités publics, c’est autre chose.
    C’est le pourquoi de mon engagement/hejllfest qui cette année accueille mayhem, Dark tranquillity, exhumed et autre Anal Cunt.
    Cordialement

    • Merci d’avoir pris le temps de me lire.

      « Les sources du BM sont multiples et variées. L’ésotérisme y tien sa place comme le besoin de transcendance, comme aussi le défouloir ou encore la fuite, comme aussi l’adhésion à Satan comme pour Manson, Wattain… »

      Ce que vous dites est tout à fait exact. Mon objectif n’est pas de nier les sources anti-chrétiennes et ésotériques du BM, mais d’en dégager les aspects les plus compatibles avec la foi chrétienne, afin de soutenir et de faire connaitre les efforts des groupes chrétiens, et de contribuer à le couper de l’idéologie BM= satanisme ou néopaganisme. Si la défense du catholicisme passe en effet par la critique des groupes les plus durs, elle passe aussi, à mon avis, par une transformation interne du black metal, qui mette en avant ses éléments les plus riches, souvent ceux qui sont plus proches de la partie chrétienne de ses origines, afin qu’il ne soit plus possible de l’identifier purement et simplement au satanisme.

      « Pour le métal norvégien, sans nier les aspects de révolte/excès de l’évangélisation, les circonstances climatiques avancées par R. Culat sont pour le moins discutables ».

      A vrai dire, il s’agit d’un élément assez périphérique de sa démonstration, qui vise surtout à citer le témoignage de certains black métalleux. Je le trouve intéressant dans le rapprochement qu’on peut en faire avec l’aspect « communion avec la nature » du BM, qui peut avoir des connotations païennes, ou non (cf. Thy Wilderness). Après, il est évident que la naissance d’une idéologie ou d’un courant musical ne se détermine pas par un environnement climatique, d’autant que le BM s’est exporté en Amérique latine, au proche orient, etc.

      « Le BM qui se revendique comme contre-culture, renvoie à la responsabilité du chrétien dans la société et appelle ceux-ci, d’une certaine façon, à la cohérence. « .

      Le BM appartient à ce qu’il est convenu d’appeler la culture populaire, mais il ne se définit pas nécessairement comme une contre-culture. Il y a au contraire chez certains de ses membres un fort besoin de reconnaissance par la culture plus classique. Ainsi les quelques groupes qui ont réussi à gagner un peu d’argent l’ont souvent dépensé aussitôt pour travailler avec des orchestres de musique classique (Cradle of Filth). Morgan de Marduk lui-même, d’une manière qui me parait par ailleurs très exagérée et utopique, en est venu à nier les racines rock du BM pour tenter d’établir un lien de filiation direct entre ce dernier et la musique classique. Leur ambition peut laisser sceptique, mais elle démontre à mon avis qu’il n’y a pas à proprement parler de projet contre-culturel du BM dans son ensemble, même si certains groupes peuvent en donner l’impression (je n’ai pas d’exemple précis en tête)…

      « De la même façon que l’on ne peut servir Dieu et l’argent, on ne peut appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien ».

      Jécoute du black metal depuis mes 18 ans. Je suis revenu définitivement à l’Eglise depuis mes 27 ans (j’en aurais 34 dans quelques semaines). Mon expérience est qu’il y a du bien et du mal mêlés dans le black metal, et je considère que ma responsabilité de chrétien est de les discerner, pour promouvoir l’effort des groupes qui depuis 1992, souvent de manière isolée et en proie aux railleries ou aux condamnations des deux camps, essaient de sortir le BM de l’ornière du satanisme et de l’anti-christianisme, et de démonter l’idéologie qui tente d’assimiler ce courant musical aux postures blasphèmatoires de certains… Ce que j’essaie de faire dans mon blog.

      « C’est le pourquoi de mon engagement/hejllfest qui cette année accueille mayhem, Dark tranquillity, exhumed et autre Anal Cunt ».

      Juste une petite digression typologique qui ne vise pas en elle-même à contredire votre propos: comme vous l’indiquez sur votre site, Anal Cunt est du grindcore, donc du metal extrême, mais pas du black…

  2. Bonjour,
    Merci de ces éclairages. Bientôt un billet sur mon blog en 2 parties « Adresse aux métalleux ».
    Cordialement

  3. Salut Manu,
    Pour info, j’ai fait la pub de ton blog sur métalship.
    J’apprécie notre échange et te propose de faire une chronique sur le mien.
    Je suis en effet touché par ton témoignage et te souhaite d’ores et déjà , vraiment, un bon anniversaire !
    Cordialement et longue vie à ton blog !

    • Merci beaucoup pour le coup de pub et la proposition! Ca me touche beaucoup!
      Cette fin de semaine, je vais être un peu occupé, mais je vais essayer de préparer un projet la semaine prochaine…
      A bientôt…

  4. à Darth Manu,
    De rien !
    Je t’ai lu sur le chafouin !
    Quand donc cessera cette gueguerre inutile et contre-productrive ?
    en attendant, la protestation monte/hellfest 2011 : fait rare, plusieurs milliers de connexions sur mon blog et j’ai sentiment pour ne pas écrire la certitude que cela ne fait que commencer ! Honneur aux métalleux qui ouvrent les yeux ! Anal Cunt, c’est « déguelasse » et non défendable !
    Pour ta chronique,date à ta convenance : j’ai prévu des posts !

  5. Je ne suis pas sûr que le Black Metal peut être vu comme révolte contre un certain christianisme. Il s’agit plutôt de réaction contre la culture scandinave qui peut être résumée par la loi de Jante : http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Jante dont les racines remontent bien au delà de l’évangélisation. Le climat scandinave est particulièrement hostile, surtout en hiver, et donc les hommes ont développé un sens communautaire très poussé. La Suède est l’un des pays les plus athées de la planète et en même temps l’un des plus solidaires (c’est le pays qui, par rapport à son PIB, a le plus donné à la Haiti après le tremblement de terre). Le sens de la solidarité communautaire est poussé à un degré inconnu sous nos latitudes avec comme contrepartie une méfiance viscérale envers tout individualité un peu trop affirmée comme le montre très bien la loi de Jante.

    • @Bashô:
      Merci pour cette réponse riche dont l’un des mérites parmi d’autres est de donner du poids à l’argument « climatique » rapporté par le père Culat, que j’avais tendance à considérer comme périphérique et qui suscitait le scepticisme des Yeux ouverts.

      L’anti-christianisme est présenté par beaucoup des premiers black métalleux comme l’une des motivations centrales de leur musique. Je pense que celle-ci vaut mieux que cette revendication primaire, aussi, cette piste que vous proposez, si elle me révèle des choses que j’ignorais, n’est pas pour m’étonner. Maintenant, si le rapport au chrisitanisme dissimule très vraisemblablement des iproblématiques plus en profondeur, c’est néanmoins le symbole privilégié par lequel ce courant musical a choisi de s’exprimer. Ce qui ne signifie pas qu’il est le seul, ou même le principal. Mais il est justement cela pour les black metalleux, un symbole, et cette importance qu’il a dans la constiution musicale du genre, dont le nom même renvoie à la thématique sataniste initialement développée dans l’album Black Metal de Venom (groupe qui n’était pourtant pas lui-même sataniste) plutôt qu’à une spécificité musicale, rend difficile à éviter cet angle de « la révolte contre le christianisme »,. Quitte à démontrer qu’il est un paravent qui dissimule un rapport à la religion et à la musique beaucoup plus complexe.

      Je ne crois pas qu’il y ait en effet des situations avec des causes uniques (et les deux ou trois formations au management que j’ai pu avoir qui m’ont initié à la méthode de l’arbre des causes me confortent dans cette opinion).

      Par ailleurs, une augmentation statistique de l’athéisme dans certains pays scandinaves, manisfeste un changement par rapport à un héritage chrétien, mais pas nécessairement une influence moindre:  » La religion n’a pas perdu son importance dans la société suédoise, mais elle a changé de ton, constate un rapport de l’Académie d’Åbo, Finlande. Dans les pays nordiques sécularisés, L’Église protestante luthérienne doit être libérale et ouverte à une interprétation moderne du message chrétien, faute de quoi elle est jugée trop autoritaire – une attitude que la plupart des Suédois n’acceptent pas » (http://www.sweden.se/fr/Accueil/Travailler-vivre/A-lire/Les-Suedois-sont-ils-en-voie-de-perdre-leur-religion-/).

      Je n’en sais rien, c’est juste une hypothèse que je formule à chaud à la suite de votre commentaire, mais peut-être cette défiance est-elle un retour à ce sens de la solidarité communautaire que vous évoquez en réaction à ce qui parait être un christianisme affadi, trop libéralisé et institutionnalisé. Les black metalleux en ce sens revendiqueraient non pas seulement l’individualisme, mais une forme authentique de spiritualité, l’appartenance à une communauté plus ancienne et vénérable que l’Eglise qui serait l’âge d’or de la Norvège, le temps des vikings et du paganisme scandinave. Il ne serait pas totalement une réaction contre cette loi de Jante mais en partie un retour certes paradoxal à celle-ci contre une institutionnalisation excessive de l’Eglise luthérienne scandinave et l’inividualisme et l’indifference croissante des scandinaves en matière de religion. Et en même temps quand même une révolte contre l’étroitesse d’esprit de cet aspect de la culture scandinave, dans l’élitisme certes très affirmé du black metal (qui s’oppose également au choix des death métalleux, surtout anglo saxons, de renoncer à un certain nombre de codes distinctifs du metal, notamment vestimentaires). Un communautarisme non conformiste en quelque sorte…

      Quoiqu’il en soit, cela démontre que les rapports entre christianisme et black metal sont complexes (et les problèmes qu’ils soulèvent passionnants) et que ceux qui des deux côtés proclament comme un dogme leur incompatibilité ne savent pas à côté de quoi ils passent…

  6. Contribution à cette discussion :
    Pour les chrétiens, il n’est pas concevable que Dieu, infiniment bon, aie pu créer le Mal. Ainsi, le catéchisme de l’Eglise catholique précise : « Derrière le choix de nos premiers parents, il y a une voix séductrice, opposée à Dieu, qui, par envie, les fait tomber dans la mort. L’Écriture et la tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou
    diable. L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. “Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais” ».
    Dieu a créé l’homme à son image, c’est à dire LIBRE, capable de se placer en vis à vis, de participer dans un dialogue d’amour à sa vie divine, ou de s’opposer. Le choix de dire NON est perçu par certains (et notamment par les satanistes) comme la source de la connaissance,
    de l’esprit critique et de la liberté. Alors que pour les chrétiens c’est le OUI à l’amour de Dieu qui nous rend participant de sa liberté créatrice et qui crée et re-crée la vie dans toute sa diversité et sa fantaisie.
    « Fais ce qu’il te plait ! Et si quelque chose s’oppose à ton désir, détruit-le ! » Tel est en substance le message véhiculé par le satanisme. Un message qui séduit facilement les adolescents en quête de liberté et d’indépendance. Mais, n’est-il pas sous-jacent dans les comportements de nos sociétés occidentales ou la consommation et l’hédonisme ont tous les
    droits ?

    Réagir et agir

    Quelle attitude adopter quand un enfant, un parent ou un ami semble « aspiré » par la mouvance satanique ? Tout d’abord, il est nécessaire de « raison garder » ; la mode gothique et la musique « metal » ne sont pas a priori dangereuses, ni condamnables. Cependant il convient de rester attentif face à certains signes qui peuvent légitimement inquiéter. Il n’est
    pas possible en quelques lignes d’indiquer ici ces différents signes.

    Trois attitudes sont fondamentales :

    Veiller. C’est-à-dire s’informer et se former, afin de faire preuve d’un peu plus de discernement pour identifier ce qui peut être nuisible ou non. Mais aussi, s’intéresser aux jeux que pratiquent les jeunes, notamment sur Internet. Une récente enquête a montré que 72% des parents ne savent pas leurs enfants consultent sur Internet. Un rapide sondage auprès d’une
    cinquantaine d’élèves en classe de première dans un lycée privé a montré qu’un tiers d’entre eux consultaient régulièrement des sites sataniques…

    Prévenir. Ce qui signifie informer et parfois interdire. Dans la plupart des familles, le téléphone portable, Internet et la télévision sont en « libre service » et les enfants les utilisent sans qu’il n’y ait plus aucun « filtre » ni autorisation des parents. Le dialogue sera souvent le seul moyen de se rendre compte. Et si le dialogue est rompu…

    Guérir. Dans la plupart des cas cette démarche est impossible sans une aide extérieure. Les dérives « sataniques » ou sectaires s’inscrivent très souvent sur une faille psychologique qu’un psychiatre ou psychologue compétent pourra aider à regarder en face. Parfois l’intervention d’un exorciste (présent dans chaque diocèse) sera nécessaire. Et puis, trop
    souvent oublié, il ne faut pas hésiter à s’adresser également à la police dès lors que des libertés fondamentales ou l’intégrité des personnes ont été bafouées.

    L’important c’est d’aimer : aimer avec fermeté et miséricorde, avec la dureté de l’acier pour affronter les assauts du monde et une tendresse infinie envers ceux qui nous entourent.

    Source : « Pastorale, nouvelles croyances et dérives sectaires » du diocèse de Toulouse

  7. Iron Damien Says:

    Je sais que ça n’élève pas le débat, mais je pense que dans la plupart des cas, ils voulaient juste emmerder leurs parents !

    • « Je sais que ça n’élève pas le débat, mais je pense que dans la plupart des cas, ils voulaient juste emmerder leurs parents ! »

      Personne n’en doute… Mais des jeunes qui veulent emmerder leurs parents, on en a à toutes les générations depuis des lustres, et le black metal est un phénomène récent, à l’origine relativement localisée, même s’il s’est bien exporté par la suite.

      La question n’est à mon avis pas tant de déterminer pourquoi ces jeunes ont choisi la révolte que de comprendre pourquoi ils ont créé cette forme particulière de révolte, avec son contenu idéologique si spécifique, et la création de nouvelles formes musicales qui l’a accompagné…

  8. Robert Culat Says:

    Voici une liste des associations ayant appelé à signer une pétition contre le Hellfest:
    17 juin 2009 / Tous contre le Hellfest et ses sponsors !
    •Le Salon Beige
    •France Jeunesse Civitas
    •Belgique et Chrétienté
    •Forum de l’information catholique française
    •Le Forum catholique
    •Christ Roi
    •Alain Escada
    •Nephtar et Nephtali
    •Les Intransigeants
    •Anti-Impérialisme
    •Groupe Louis XVII
    •l’association angevine Cité et Culture
    •Paperblog
    •Radio Courtoisie
    •Louis XVII.info
    •Le Zouave du Pape
    •Unitas
    •La Cité catholique
    •Civitas
    •URBVM
    •Le Légitimiste
    •radioclas
    •images saintes
    •Jeunes CNI
    •Saint Michel de Rolleboise
    •Jeunes pour la France
    •Au fil du temps
    •Top Chrétien
    •Christian Vanneste
    •Chrétienté Info
    •Le JDD
    •Europe 1
    •Emediat
    •La Cité catholique
    •Kernews (91,5 FM)
    •Présent
    •Act’Hope
    •PadreBlog
    •Facebook
    •JésusMarie.com
    •Denissto.eu
    •Marie Roca
    •Juridique et culturel
    •La France Couronnée
    •Les Manants du Roi
    •Renouveau charismatique catholique de Lille
    •Docteur Angélique
    •Le Bal des Dégueulasses
    •Forum Terre-net
    •FN 56
    •Actualités unitariennes
    •Le blog de La Nef
    •Nour al islam
    •ACR 1290
    •Motu Proprio en Isère
    •Charte de Fontevrault
    •CNI 91
    •La Lorraine royaliste
    •L’AGRIF
    •…
    Continuez à propager la nouvelle autour de vous, à (faire) téléphoner et à (faire) écrire, nous devons accroître la pression !
    Thibaud
    Ce post a été réactualisé le 22 juin 2009 au soir. Si nous avons oublié certains blogs/sites/fora, merci de nous les signaler : blog.edeo@yahoo.fr

  9. Le Black est né en Suède (Bathory) et en Suisse (Hellhammer / Celtic Frost) durant les années 80. La 2ème vague Black (fin 80 début 90) a été lancée par Samael (Suisse) et Mayhem (Norvège). C’est juste de la musique…

    • « Le Black est né en Suède (Bathory) et en Suisse (Hellhammer / Celtic Frost) durant les années 80. La 2ème vague Black (fin 80 début 90) a été lancée par Samael (Suisse) et Mayhem (Norvège). »

      S’il est vrai que certains groupes précurseurs du black metal n’étaient pas norvégiens (et certains n’en étaient pas moins scandinaves, comme Bathory, suédois, et Impaled Nazarene, finlandais, et donc d’un contexte culturel voisin) et que par ailleurs le black metal s’est rapidement exporté un peu partout dans le monde, y compris dans des pays de culture très éloignée de celle de la Norvège (comme au Proche et Moyen Orient), il n’en reste pas moins que c’est dans les pays scandinves, et notamment (mais pas seulement je suis bien d’accord) en Norvège, qu’il semble s’être développé le plus rapidement. Et la scène norvégienne reste l’une des scènes de référence pour ce style, et est même devenue l’une des principales exportations culturelle de ce pays, au point que le gouvernement a commencé à former ses diplomates à cette musique.https://innerlightofblackmetal.wordpress.com/2011/06/10/les-diplomates-norvegiens-a-lecole-du-black-metal/

      Quand en outre on voit des musiciens de black metal indiquer ouvertement la Norvège, son climat, sa culture, son histoire, comme des influences ou des sources d’inspiration, ainsi Ihsahn que je cite dans le présent billet, ou encore Enslaved qui s’est intéressé de manière très précise et documentée (et non pas fantasmée comme beaucoup d’autres groupes de black) au paganisme scandinave, je trouve intéressant d’explorer cette filiation, qui en core une fois n’est pas mon invention mais qui est revendiquée par de nombreux musiciens, de manière un peu précise. Même si on est bien d’accord qu’elle n’épuise pas les sources du black metal, ni sa richesse musicale, puisqu’il a aussi bien pu toucher, une fois encore, des auditeurs et des musiciens un peu partout dans le monde.

      « C’est juste de la musique… »

      C’est à dire? Est-ce qu’un musicien, quand il compose, cesse d’être une personne, avec la culture qui a façonné son point de vue, les interrogations, les angoisses ou les espoirs, qu’il partage avec ses contemporains et ses compatriotes.? Que le contexte culturel et social n’épuise pas la création musicale, je suis bien d’accord. Et que la question proprement musicle (où plus largement artistique, puisque beaucoup de groupes ne limitent pas leur expression à la musique proprement dite, mais cherchent à créer au travers des pochettes, des textes, de la mise en scène des concerts, formant un « art total » qui a d’ailleurs pu inspirer en retour plusieurs artistes contemporains) soit plus intéressantes que les « philosophies » ou les religions recomposées que certains ont pu essayer de créer autour du black metal, cela me parait évident. Il n’en reste pas moins que votre affirmations, d’une part contredit les propos explicites de nombreux musiciens de black metal qui ont précisément tenté de faire de leur musique, non pas « juste de la musique », mais un mode de vie à part entière (la fameuse « intégrité », etc.), et d’autre part, semble réduire l’acte de création à la pure recherche de formes musicales nouvelles, alors que, si nous sommes bien d’accord que celle-ci reste primordiale, il me semble que beaucoup de musiciens essaient aussi de faire passer leur « âme » au travers d’elle, qui certes ne se réduit pas à un héritage culturel, mais n’est pas complètement dissociable de celui-ci non plus.

  10. Good replies in return of this difficulty with genuine
    arguments and explaining everything on the topic of that.

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