Archive pour février, 2011

La Norvège: du christianisme d’Etat au black metal

Posted in Les sources du black metal with tags , , , , , , , , , on 21 février 2011 by Darth Manu

Les racines du black metal sont norvégiennes. Au point où les expressions « black metal norvégien » et « True Black Metal » sont utilisées de manière interchangeable dans certains milieux…  Le black metal est même l’une des principales exportations culturelles de la Norvège:

« Au départ véritable « niche », le metal extrême avec en tête le black metal s’est peu à peu imposé pour devenir l’un des styles musicaux les plus connus hors des frontières du pays. Des premiers groupes reconnus comme Mayhem, Darkthrone ou Immortal à ceux qui ont fait évoluer le genre (Enslaved, Satyricon, Dimmu Borgir etc.), la Norvège reste le pays de référence pour ce style musical, et de nombreux groupes profitent d’un engouement qui ne semble pas se tarir » (brochure La Norvège naturellement, p. 20).

« Le style métal est traditionnellement l’un de ceux que la Norvège exporte le mieux. Des groupes tels que Satyricon, Red Harvest, Dimmu Borgir, Enslaved et Mayhem sont soutenus, en Norvège comme à l’étranger, par un public aussi fidèle qu’étendu, et la presse internationale spécialisée considère les groupes norvégiens comme faisant partie des meilleurs au monde dans ce genre musical » (Norvège: le site officiel pour Madagascar).

Pourtant la Norvège est un pays où le christianisme est religion d’Etat, et où son influence sociale, politique et culturelle est l’une des plus importantes au monde:

« La Norvège est l’un des pays du monde qui compte le plus de chrétiens actifs. Quelques 70 organisations mettent chaque été sur pied des réunions, assemblées générales, camps, conférences et conseils. Par dizaines de milliers, ils profitent de la douceur de l’été pour se ressourcer et raffermir leur foi avant de rentrer chez eux affronter le quotidien du chrétien militant. […] Chaque année, on vend une bonne centaine de milliers de livres sur le Christ et la foi chrétienne, et d’innombrables programmes télévisés sont consacrés au même sujet. Des milliers de missionnaires, bardés de colis alimentaires, apportent la bonne parole aux masses démunies. Des millions de personnes fréquentent les églises, et plus nombreux encore sont ceux qui joignent leurs mains le soir avant de s’endormir.
Chaque année paraissent trois cents titres de livres purement chrétiens, et les églises accueillent sept millions de fidèles au cours de diverses cérémonies. […] La société norvégienne est sans doute complètement dépendante de l’effort bénévole colossal consenti par les chrétiens engagés. Il est pourtant impossible de chiffrer l’assistance fournie par ceux-ci à la société dans des domaines tels que l’éducation des enfants, les mouvements de jeunesse, la culture, les sports, la santé, les soins aux personnes âgées, l’assistance aux toxicomanes, l’aide au tiers monde, etc.  » (article rédigé par par Nytt fra Norge et recueilli sur le site www.photos-suede.com).

Que le black metal suscite l’intérêt dans un pays relativement déchristianisé comme la France est une chose, mais comment expliquer qu’il soit né en Norvège, un pays dont les valeurs lui semblent si contraires? Pourquoi des jeunes qui baignaient dans une culture chrétienne ont-ils ressenti le besoin de s’y opposer si violemment?

Dans L’Age du metal, le père Robert Culat propose deux éléments de réponse:

1) Une religion d’Etat fortement majoritaire peut valoriser une « appartenance traditionnelle » au détriment d’une adhésion mue par une foi authentique: « Face à un christianisme majoritaire dans les statistiques et minoritaire dans les coeurs et la pratique se profile l’accusation d’hypocrisie et de tiédeur. Cela peut constituer à notre avis une possile explication aux actes extrêmes commis par l’Inner Cicle en Norvège. […] N’est-ce pas finalement aux symboles d’une religion affadie que ce sont attaqués les black métalleux scandinves? » (L’Age du Métal, p. 275).

2) Le black metal serait une réaction tardive aux abus de la christianisation de la Norvège au Moyen-Age: «  »En fait les membres de l’Inner Circle étaient davantage des nostalgiques de l’époque païenne (pré-chrétienne) que de vrais satanistes. Ces néo-païens, si l’on peut s’exprimer ainsi, reprochaient au christianisme, religion étrangère, importée et imposée, d’avoir tué leur culture véritable et originale. Brûler les églises en bois debout était à leurs yeux un acte prophétique, annonçant la restauration de la culture antique » (ibidem).

Par ailleurs, Robert Culat souligne également le rôle du climat des pays scandinaves, en s’appuyant sur les déclarations de divers musiciens BM (« Je suis persuadé que le climat froid de la Norvège, la situation isolée de ce pays, jouent un rôle important dans notre expression usicale. Ceux qui ont déjà foulé le sol norvégien comprendront… » (L’Age du Métal p. 274, propos de Nocturno Culto de Darkthrone, tirés de Metallian).

Enfin, il analyse un témoignage d’Isahn, d’Emperor, de la manière suivante:

« Cette figure de la scène BM parle de la jeunesse de son pays, la Norvège. Il décrit une existence vouée à l’ennui, totalement superficielle[…]. C’est le manque d’idéal qui prédomine. […] Les jeunes n’entrant pas dans ce moule deviennent vite des rebelles qui peuvent trouver une aventure à vivre dans le black metal. Ceux qui n’admettent pas cette vision médiocre de la vie sont parfois amenés à mépriser ceux qui s’en contentent (« les moutons »). Et du mépris à la haine il n’y abien souvent qu’un pas qui est vite franchi. […] Je ne retiendrai ici que deux concepts: la haine et la vénération de la Nature. La haine se comprend très bien à partir de ce qui vient d’être dit. Il s’agit souvent de la haine de l’homme, de la misanthropie. Mais il faut bien voir de quel homme il s’agit dans ce contexte précis: la haine propre au BM se porte sur l’homme mouton de panurge, sur l’homme médiocre et sans personnalité, sur l’homme qui est de moins en moins humain parce que de moins en moins libre. […] Quant à la vénération de la Nature c’est me semble-t-il, un concept majeur du B. […] Le concept de la Nature dans le BM peut tout d’abord se rattacher à la misanthropie. La Nature sauvage est le refuge pour le blackist car c’est l’endroit non encore souillé par l’homme malade et décadent […]. C’est précisément dans la Nature que le blackist épanche sa soif d’absolu et rencontre la transcendance qui fait cruellement défaut à nos sociétés bourgeoises athées » (Op. cit., p. 338 à 340, entretien accordé à Postchrist).

Nous avons donc une société fortement christianisée, que pour ma part, si peu luthérien que je sois et en l’absence de tout séjour personnel en Norvège, j’hésiterai quand même à qualifier de tiède ou d’hypocrite: « La société norvégienne est sans doute complètement dépendante de l’effort bénévole colossal consenti par les chrétiens engagés » nous apprend le précédent témoignage. Ce christianisme institutionnalisé, fortement ancré dans la vie quotidienne des norvégiens des années 1980-1990, et dans la norme sociale qu’ils définissent, peine à coïncider avec les aspirations et les besoins d’une partie de la jeunesse norvégienne, qui se sent marginalisée et associe en retour les valeurs chrétiennes si dominantes avec le conformisme,et l’hypocrisie perçues de la société qui leur parait si étrangère. A cette représentation conformiste du christianisme, superficialité apparente à laquelle est opposée l’intériorité de chaque métalleux, vécue comme l’authenticité, les black métalleux norvégiens vont répondre par une tentative de retour à l’origine, c’est-à-dire d’une part ce qu’il y a avant le christianisme, à savoir le paganisme scandinave, et d’autre part ce qu’il y a avant et au delà de l’homme, c’est à dire la Nature. Que ces deux origines coïncident très bien dans leurs thématiques étant la cerise sur le gâteau.

Cela démontre t-il une rupture réelle entre le black metal et la Norvège en tant que nation chrétienne? Personnellement, et à la suite du père Culat, je ne le pense pas.

Concernant la thématique de la haine, et le satanisme qui en est le corrélat, et comme j’ai cherché à le montrer dans un précédent article, il s’agit moins d’une opposition radicale à l’amour évangélique que d’une tentative, certes bien imparfaite, de discernement de la densité et de la complexité du réel derrière les idéologies qui viennent conforter toute majorité sociale, très proche  finalement dans l’esprit de la démarche du christianisme, ainsi dans « les pensées qui attaquent dans le dos » du philosophe scandinave (danois) Kierkegaard. Et pour ce qui est de de la vénération de la nature, et des thématiques néo-païennes qui en sont la traduction nostalgique, comme le montre le père Culat et comme j’ai également essayé d’en témoigner dans un autre article, pour naïve qu’elle puisse paraitre, il s’agit moins d’une négation de notre civilisation chrétienne que d’une tentative de reconstruction d’une relation à l’absolu, en face de l’échec apparent du christianisme. La destruction des églises en bois des premiers chrétiens de Norvège, pour condamnable qu’elle soit dans les faits, étant vécue par les premiers black métalleux comme la préfiguration du retour, la parousie pourrait-on dire avec un peu de mauvais esprit, des Dieux originaux de la Norvège, et de l’authenticité supposée de leurs valeurs.

Nous avons donc, d’une part une revendication de la sincérité du désir existentiel de l’individu face à la pression sociale, d’autre part la thématisation d’une forme d’espérance. S’il est vrai que le black metal norvégien a mené  à la formulation d’idéologies néo-païennes, satanistes ou néo-nazies on peut donc dependant déceler la part de l’héritage évangélique dans ses racines historiques. J’en veux pour illustration l’influence écrasante de l’oeuvre d’un catholique: Le Seigneur des Anneaux de Tolkien, dans les paroles et la symbolique de nombre de groupes norvégiens de BM, y compris et même notamment parmi les plus anti-chrétiens, tels que Burzum, Gorgoroth, … « Le classement par genres littéraires donne sans surprise aucune, la première place à la fantasy (dite aussi heroic fantasy) avec 43,50% des citations totales de livres. Le Seigneur des Anneaux de Tolkien vient largement en tête avec 80 cittions (livre et/ou film). […] C’est tout de même amusant de constater que c’est un auteur catholique qui est ainsi plébiscité! le milieu metal est souvent très paradoxal… » (L’Age du Metal p. 77, à partir d’un échantillon qui concerne il est vrai l’ensemble du metal, et non le seul BM).

Donc non seulement rien ne s’oppose dans les aspirations les plus primitives qui ont donné naissance  au black metal à sa reformulation chrétienne, mais il parait évident que sa naissance a été grandement favorisée par la mentalité si chrétienne de la Norvège.  Les groupes de BM chrétiens ne s’y sont pas trompé, ainsi le groupe suédois Crimson Moonlight, qui resitue la vénération des paysages de la nature scandinave dans une perspective de prière d’action de grâce:

« Thy Wilderness

As I wonder through the frozen
Landscape of Scandinavia
I am surrounded by
The magnificent creation
Thy nature truly a testimony
Of Thy eternal might
Like a wall, ancient mountains
Rise beyond the endless forests
As a mirror, the cold lakes
Reflect their shadows
Star of the Nordic skies glimpse
In harmony with the heavenly
Symphony of colours
The majestic northern lights

I praise Thee, o Master
For the gift of nature
I praise Thee
For the landscape of Scandinavia
Thou spread snow like wool
And scatter frost like ashes
Thou hurls down Thy hail like morsels
Who can withstand Thy icy blast?
Thou send Thy word and melt them
Thou stir the breeze
And let the water flow

Ancient beasts of the north
Made by Thy hands
In the depths of the Swedish
Wastelands they live
Elks and bears
Kings of the wood
Who would not fear their creator?
Thou have shown me
The beauty of lynx and fox
Their cunning conceived
By Thy wisdom in days of old
I have heard the wolves
Lift their howls of praise heavenwards
While ravens and eagles sour
In the midst of the sky
Proclaiming that the hour has come

For the day of the Lord is near
Soon it is upon us
Verily, I have seen Thy sign
The crimson moonlight » (Crimson Moonlight, The Covenant Progress, « Thy Wilderness« , paroles sur Dark Lyrics).

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Pour un accueil nuancé du black metal chrétien

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , on 8 février 2011 by Darth Manu

L’existence du black metal chrétien commence à être bien connue de tous, mais son essort semble freiné par les stéréotypes qui circulent à son sujet, y compris parfois chez les métalleux chrétiens.

Nous pouvons ainsi lire dans L’Age du Metal de Robert Culat:

« On peut considérer le black metal comme une inversion des valeurs religieuses du christianisme. Le white metal pratique alors comme une inversion de l’inversion! A la haine que les blackeux ont pour la religion il oppose un zèle chrétien allant jusu’au prosélytisme. […] On l’aura compris le white metal n’est pas tant un style musical qu’une idéologie utilisant les différents genres de metal: black, death et thrash principalement. C’est ainsi qu’on aboutit au paradoxe lexical suivant: tel groupe de white metal joue du black metal » (p. 292).

« […] les membres de groupes de white metal se sentent investis d’une mission divine auprès de ceux qui sont « perdus ».  La musique n’est qu’un instrument de la prédication et de la catéchèse. Reste une question essentielle: est-ce que les brebis perdues écoutent du white metal?Etant donné le caractère extrêmmement minoritaire de ce courant à l’intérieur du metal on peut en douter… « (p. 294 et 295).

Ce qui nous donne un excellent résumé par un catholique métalleux des préjugé des black metalleux à l’égard du unblack metal

Qu’en est-il dans les faits?

Il est vrai que si l’on considère les paroles du groupe qui a donné son nom au unblack metal, Horde, on constate en effet qu’elles appliquent au satanisme le traitement ordinairement infligé au christianisme par les groupes de black metal. Il n’y a qu’à lire les titres de l’album Hellig Usvart:

« 1. A Church Bell Tolls Amidst the Frozen Nordic Winds    
2. Blasphemous Abomination of the Satanic Pentagram    
3. Behold, the Rising of the Scarlet Moon    
4. Thine Hour Hast Come    
5. Release and Clothe the Virgin Sacrifice    
6. Drink From the Chalice of Blood    
7. Silence the Blasphemous Chanting    
8. Invert the Inverted Cross    
9. An Abandoned Grave Bathes Softly in the Falling Moonlight    
10. Crush the Bloodied Horns of the Goat    
11. Weak, Feeble, Dying, Antichrist    
12. The Day of Total Armageddon Holocaust »    (Source Encyclopaedia Metallum).    

L’unique membre du groupe se sent-il pour autant « investi d’une mission divine« , fait-il preuve d’un « zèle chrétien allant jusqu’au prosélytisme« ? Lui-même s’en défend:

« Erasmus: There seems to be a great deal of confusion surrounding ‘Hellig Usvart’ and its original intention. Some are saying that Hellig Usvart was never intended to be a sincere release, but is rather a parody which pokes fun at the black metal scene. Care to shed some light on the subject? Did you ever intend to mock black metal?

Anonymous: Within the black metal scene, watching all the way across the world, all I could see was a bleak, dark, hopeless, lifeless and negative void. All I wanted to do was to shine a light into that darkness. Give an alternative that was comparable in sound to the scene I was trying to infiltrate, to provide some hope, some light. That was all. No mockery, no parody, no jokes. I would never mock any style of music, nor would I mock the musicians themselves. I have great respect for them. The music of Immortal, Emperor, Dimmu Borgir, Satyricon, etc. is incredible, masterful. One can still show respect, while disagreeing with certain lyrical content. « (Interview par Son of Man Records).

Si on ne peut certes pas totalement nier qu' »Anonymous » évoque une forme de mission divine, on voit que celle-ci s’exprime dans le respect du black metal et des black metalleux. Il ne s’agit pas d’inverser la haine que certains black metalleux vouent au christianisme, encore moins de faire du prosélytisme, d’autant plus que Horde n’a sorti qu’un unique album. J’y vois plutôt une sorte de clin d’oeil aux groupes de black metal norvégien du début des années 1990, si prompts à se prendre au sérieux.

Si le succès de Hellig Usvart a suscité plusieurs imitations (cf. Poems of shadow par exemple), la façon dont les divers groupes d’unblack metal choisissent d’assumer leur identité chrétienne est plus nuancée qu’on ne le dit.

A côté des groupes retournant les clichés du satanisme contre lui-même, on trouve de nombreux exemples d’une expression plus subtile et moins ostentatoire de cette dernière. Ainsi, dès les années 1990, des groupes tels que Crimson moonlight, Antestor ou Vaakevandring orientent leurs paroles vers des thématiques plus spirituelles, telles que l’angoisse, l’espérance, la prière, et l’expression symbolique de leur cheminement intérieur personnel.

« I see the lyrical writing as truly important and we want to be as honest and relevant as possible in our writing. I think it´s sad that so many extreme bands are writing about destructive things that I don´t stand for, like murder, violence, gore and killing Christians & it´s hard for me to take those bands seriously, but some bands really have something honest or important to say (Christian or not) and then it gives the music more respect! Almost all our lyrics are first made in Swedish and then translated to English. Because it´s a lot better to express feelings and experiences in the language we speak. All lyrics are kind of « real life experiences » explained in a poetic way. Myself (pilgrim) and Gustav have written all of them. Since my wife left me a couple of weeks before we released Covenant Progress 2003 I have been struggle a lot in the Shadow of Death. The lyrics that I have written is therefore a progress in my life from, (in order)My Grief, My Remembrance, The Cold Grip of Terror, Intimations of Everlasting Constancy to more recent things described in Embraced by the beauty of Cold and Illusion was true beauty. In all this confusion, dark grief and pain I have seen that our Lord Christ is the One he proclaim. He is the light that never fades away and His love is greater than all pain in the world. I know it´s true. So the lyrics also point on a light and a hope in God. Gustav´s lyrics is also personal experiences. His poetry goes quite deep and it´s a lot of reflections of life and faith from his own life, written in a very philosophical way » (interview de Pilgrim de Crimson Moonlight par Harm Magazine).

En ce sens, si de tels groupes expriment explicitement leur engagement chrétien dans les paroles de leurs morceaux, il s’agit moins de prosélytisme ou d’idéologie que de témoigner de leur foi, dans ce qu’elle leur a apporté de positif, mais également dans les difficultés et les moments de doûtes qui sont autant d’épreuves pour elle.

Ainsi le morceau Betrayed d’Antestor, loin de se réduire à une forme de propagande chrétienne, exprime de manière poignante les tentations du désespoir, du repli sur soi et du suicide, face à l’absence apparente de Dieu:

« BetrayedI am in pain
I am… the cursed one

Life is not what it was meant to be
What I didn’t ask for has now turned my way
Somewhere in a garden it all turned wrong
Things I once believed in have now turned evil

Yet I pray, « Deliver me from evil »
But another spell pulled me away

Will suicide break the ring of curse
Tomorrow I’ll be gone, so don’t look for me

I am lying on my death-bed, with chaos in my mind
My life took more than it gave
Betrayed and deceived I will now pass away
And with the gun in my hand, my questions
Are soon to be answered

Will suicide break the ring of curse…

Satan and god, the thought passes my mind
Heaven and hell, it’s not up to me
If the Christians that I’ve seen
Represent the true God of heaven
Then it’s not a place that I want to be
But if I’m blinded, please open my eyes
And help my now…

Will suicide break the ring of curse
Tomorrow I’ll be gone, then you’ll be all alone » (
source: Dark Lyrics).

Non seulement ces groupes ne vivent pas leur identité chrétienne comme une opposition ou un renversement de ce qu’est le black metal, mais ils rejettent souvent les appelations « unblack metal » et « white metal » . Certains groupes, comme Antestor  ou Shadow of Paragon par exemple, choisissent de nommer leur musique d’une manière qui la détache de toute polémique de nature religieuse, ni « white » ni « black« , en la baptisant d’un nom plus neutre, ainsi « sorrow metal » ou « extreme metal » respectivement pour nos deux exemples.

« We don’t even call our music black metal even. We call it Atmospheric Sorrow Metal. Because that’s more neutral. Then people wouldn’t say, « oh, you play black metal, you are Satanists ». There really is a sorrow sound, sad sound, in our music. And it’s kinda cold, winterly, Nordic in a way » (interview d’Antestor par Art of the Ears Webzine).

« We described our music as black metal for some time, since that is what we do sound like. But since many people do not refer black metal to the specific musical details rather than the ideological and religious values, we had to go around the problem and call it something else. We do have a mix of black and death influenses in our sound, but to be honest, “Extreme Metal” sounds more like what we really play theese days. To call ourselves un-black feels stupid since we are not against black metal or the black metal bands, we simply dont agree about much of what other secular bands are singing about. A situation that is certainly found in any genre between different bands and the normal thing is to just let it go. Agree to disagree 😉  » (interview de Shadow of Paragon par Lord of Metal).

D’autres groupes, comme Crimson Moonlight , revendiquent leur appartenance pure et simple au black metal tout court, qu’ils ne conçoivent alors pas comme une idéologie mais comme un courant musical neutre en lui-même, susceptible d’exprimer des thèmes satanistes aussi bien que des thèmes chrétiens:

 « We believe that all kinds of music are now neutral. I mean, a music genre cannot be “evil” itself. It all depends on the purpose: why you’re doing it and what the lyrics are about. I will use an illustration to explain: a knife in the hands of a murderer can kill life, but a knife in the hands of a doctor can save life. Now is the knife evil itself? No, it depends on how you use it. The power is in our hands to decide what we want to use music for. I know that many black metal fans react badly when we use the words “black metal” to describe our music, and we are sorry if we make people upset for that. But for us, BM is a musical genre. Listen to Veil of Remembrance and tell me what kind of music it is. I know that all BM from the beginning was all satanic and occult metal bands. But today even the secular scene says something else, because there are a lot of bands with satanic and occult lyrics (Deicide, Morbid Angel, God Among Insects) who are not called “black metal” and why is that? BM has grown and changed. We also believe that God created all tones and forms of harmonies and even styles of music. Humankind can use these gifts in different ways and styles » (Interview de Crimson Moonlight par Ultimate Metal).

Enfin, certains groupes qui sont généralement considérés comme des groupes d’unblack metal, parce que leurs membres ne cachent pas leur foi chrétienne, mais qui n’expriment pas celle-ci de manière explicite dans leurs morceaux, refusent parfois que leur musique soit désignée comme du « black metal chrétien », parce qu’ils estiment que leur discours touche à des vérités et des expériences plus larges et plus communément partagées que le christianisme au sens strict, ou que leur foi est de l’ordre de leur vie privé.

Je prendrai deux exemples:

Le groupe de viking metal Slechtvalk, dont les membres sont chrétiens mais estiment que leur foi ne regarde qu’eux:

« We regret to inform you that our show with Enslaved, which was supposed to take place on 20th of October in ‘De Kade’, Zaandam, has been cancelled. The reason for the cancellation was that, after some mails from certain narrow-minded individuals, the management of Enslaved got the impression that Slechtvalk is some kind of evangelizing metal band in veins of Stryper. According to the management, Enslaved does not to play with religious or political motivated bands. […] when Slechtvalk plays live, we just want to enjoy ourselves and give people a good show to look at and good music to listen to. All bands we’ve played with can tell you that we’ve kept our own views to ourselves, unless we were asked to share them and always showed respect if they disagreed and just drank a beer together and enjoyed good music » (Communiqué officiel du groupe Slechtvalk).

Slechtvalk exprime encore plus nettement son refus de lire dans les paroles de ses chansons et les thématiques de ses morceaux une tentative d’évangélisation ou de prédication dans une interview par le site metal message.

Le groupe Lo Ruhamah, qui est souvent classé parmi les groupes chrétiens mais dont les membres préfèrent laisser leurs convictions réelles dans le flou:

« Without being too long-winded on the matter, we still often comfortably utilize Christian symbols and imagery when conveying communion with the divine, but we do not exclusively adhere to any particular conception nor seek to propagate the views that often accompany them. As such, we are not comfortable being grouped with the general aims of ‘Christian metal’ as a means to further any particular religious convictions. I say this not to skirt the issue or to try to be intentionally abstruse to avoid some obvious connections we have to those beliefs, but rather to clarify our intentions. In the end we simply want to use the music as a catharsis; a means to exorcise and articulate our most profound spiritual experiences, but the band as a collective entity isn’t pushing the agenda of any specific religious group » (Interview par Teeth of the divine).

On voit donc que le cliché du groupe de black metal chrétien pour qui la musique n’est qu’un instrument de propagande et d’infiltration du milieu du metal extrême, qui n’a pas d’attachement ou d’intérêt sincères pour le genre BM ou pour la création artistique mais qui cherche à récupérer sa relative popularité, ne correspond pas à la démarche réelle de la plupart des groupes d’unblack metal importants. Bien au contraire, ceux-ci sont non seulement souvent conscients de ce risque, mais font tout pour ne pas réduire leur musique à de l’idéologie. Ils cherchent réellement à forger un discours qui ne s’enferme ni dans une posture simpliste de « riposte chrétienne », ni dans une prédication désincarnée et dissociée de la spécificité musicale du genre à l’image de ce qui est parfois reproché à des groupes de metal chrétien plus mainstream comme Stryper ou Mortification, mais qui centre leur effort de création artistique sur la musique et la manière dont elle exprime leur intériorité et leur expérience personnelle, sans le réduire à une doctrine arbitrairement plaquée sur des compositions qui exprimeraient le contraire de son contenu dans leur musicalité . L’enjeu du black metal chrétien n’est pas de soumettre un courant musical à une nouvelle idéologie, mais au contraire de le délivrer de celle qui l’accompagne depuis sa naissance et à laquelle il est généralement associé, en montrant qu’il est assez riche pour exprimer également des idées et des expériences intéressantes pour le point de vue contraire.

Au terme de ce billet, je pense donc que l’intérêt principal de l’unblack metal est de permettre la rupture du black metal d’avec ses racines idéologiques, pour trouver la reconnaissance qu’il mérite en tant que genre musical à part entière…