Archive pour black metal

Les trois bougies d’Inner Light

Posted in Actualité et perspectives du black metal, Christianisme et culture with tags , , , , , , , , , , , on 14 décembre 2013 by Darth Manu

Godkiller – The Rebirth of the Middle Ages
La nostalgie d’un Moyen-Age largement fantasmé: point de convergence significatif entre ces « ennemis culturels » que seraient les catholiques et black metalleux engagés politiquement?

Aujourd’hui, le présent blog fête ses trois ans.

Je l’ai créé le 14 décembre 2010 sur un coup de tête, sans trop savoir si j’allais le faire durer ni même oser le diffuser sur ma page FB et mon compte twitter.

Il s’agissait d’approfondir la question des relations entre musique black metal et foi, que j’avais déjà abordée plusieurs fois sur mon précédent blog Aigreurs administratives (version 1.0), mais qui méritait à mon avis un traitement et un affichage spécifiques. Ce blog, qui devait être une expérience ponctuelle (et, croyais-je, beaucoup trop ambitieuse pour mes moyens propres) est rapidement devenu mon principal lieu d’expression, au profit duquel je délaissais en quelques semaines, et pour longtemps, Aigreurs administrative.

Deux ans plus tard, mon identité numérique reposait clairement sur une spécialisation en lien avec les rapports entre culture et foi, et plus spécifiquement entre « contre-culture » metal et foi. Je n’étais plus complètement anonyme et isolé, mais était connu, au moins de nom, dans le petit cercle des catholiques blogueurs et twittos, et en particulier de ceux gravitant plus ou moins vers son centre politique (en gros, le habitués dela FASM). J’avais été nominé (quoiqu’arrivé bon dernier, au premier Prix Pélerin du blog catho, j’avais été convié à un colloqu organisé par le Diocèse de Lyon sur la musique metal, etc.

Mais comme beaucoup d’autres, j’étais en train de me laisser aspirer par la polémique autour du mariage pour les personnes de même sexe et des études de genre. Frustré de me pas pouvoir les aborder autrement que sous formes de digressions, dans des billets centrés sur la culture metal, j’ai rouvert une nouvelle version d’Aigreurs administratives, chez un nouvel hébergeur. Là encore, ce ne devait être qu’un blog d’appoint. Là encore, c’st devenu mon moyen d’expression privilégié, qui m’a progressivement conduit à prendre parti pour la loi Taubira et les études de genre, contre la Manif pour tous et ses dérivés.

Il peut donc sembler incongru de fêter cette troisième année, qui a marqué un très fort ralentissement dans l’activité de publication d’Inner Light.

Il m’a été en effet particulièrement difficile d e publier sur un blog qui réfléchit sur la foi -alors que la manière dont je vis et conçois la mienne a été profondément transformée par un polémique qui a déchiré beaucoup de catholiques, avec forme de violence culturelle et symbolique dont les conséquences sont à mon avis encore à venir pour l’Eglise et ses rapports au monde contemporain- et sur la culture (alors que la découverte des études de genre, et au travers d’elles des études culturelles, m’obligeait à repenser en profondeur les présupposés sur les quels j fonctionnais jusqu’alors).

Au terme de cette année, je pense avoir suffisamment digéré ces bouleversements pour recommencer la réflexion qui est l’objet de ce blog. J’ai pu prendre suffisamment de recul pour publier mon bilan de ces nombreux mois de Manif pour tous, qui a eu la bonne fortune d’être relayé sur twitter par des blogueurs extrêmement influents (Embruns, Eolas), puis d’être repris sur Rue 89 (ironie: le plus gros pic de fréquentation d’Inner Light est intervenu pendant sa plus longue période d’inactivité). J’ai également suffisamment approfondi, me semble-t-il, ma réflexion sur le fait culturel pour commencer à formuler une réflexion sur les points qui me gênaient ces derniers mois.

Je les dévoilerai progressivement, mais je commencerai en janvier par un billet qui précisera le cadre méthodologique et conceptuel dans lequel j’essaie désormais de penser (à mon niveau il est vrai limité d’amateur autodidacte) les relations culturelles entre black metal et christianisme.  J’y emprunterai entre autre une partie de la réflexion de l’intellectuel marxiste Antonio Gramsci sur le concept d’hégémonie culturelle (avant cela, je présenterai la pensée de cet auteur, en lien avec un autre sujet que le metal, sur Aigreurs administratives, en début de semaine prochaine).

En gros, la question que tentera de poser ce billet sera celle des fluctuations d’origine social, culturelles et politiques, qui au fil du temps et des époques change le contenu et les enjeux des rapports entre metal et christianisme. L’une des limites d mes précédents billets était à mon sens d’envisager de façon trop abstraite les rapports entre chrétiens et metalleux, comme deux blocs minoritaires, mais opposés, au milieu des quels les chrétiens metalleux étaient pris, et que j’analysai d’une manière sans doute un peu trop détachée des évolutions sociales et culturelles. Lorsque le metal est né, le christianisme conservait encore dans de nombreux pays une position d’hégémonie culturelle, sociale t politique qui a beaucoup reculé depuis. Inversement, le metal se voulait une musique d marginaux, de rebelles, une contre-culture. Même sous ses formes les plus extrêmes, telles que le black metal, il est aujourd’hui diffusé dans toutes les catégories de la population occidentale (y compris chez les cadres en costard cravate, y compris chez les cathos les plus intransigeants vis à vis de notre époque). Il ne s’agit pas pour moi, contrairement à certains de mes lecteurs critiques envers un certain festival, d’y voir les effets d’une ‘guerre culturelle », mais de penser l’historicité de la culture: comment les éléments les plus porteurs de sens et d’innovation des contre-cultures les plus agressives et les plus élitistes deviennent des composantes à part entière de la culture dominante (on a vu l’été dernier , aux réactions à l’arrestation de Varg Vikernes, combien le souvenir du « black metal inner circle  » avait du mal à faire encore peur pour de vrai, y compris dans les sphères médiatiques, et combien les accusations portées contre lui ont vite rencontré le scepticisme et la dérision). Pourquoi par exemple une musique telle que le black metal, qui s’est voulu « antichrétienne » et nihiliste par excellence, peut aussi bien avoir ses bacs dédiés à la FNAC qu’être défendue aussi bien par des « gauchistes » que des messieurs « tout le monde » que par des représentants des sphères cathos les plus réactionnaires (je pense par exemple à Ambroise qui avait publié deux billets sur Inner Light et qui milite chez les Hommen, l’Action Française et le Printemps Français, et publie des tribunes chez Nouvelles de France  sous l nom d’Athanase Ducayla Sur un registre moins extrémiste politiquement, je pense à cette photographie, publiée fièrement par la Manif pour Tous sur son site, d’un metalleux qui portait un T Shirt du groupe de power metal Manowar, et tenait à la main un drapeau « Un papa, Une maman!). Alors qu’on voit bien que les catholiques, même modérés sont capable de mobilisations extrêmement impressionnantes, aussi bien quantitativement que dans la variété et l’inventivité des modes de contestations, que dans la durée, pour défendre ce qu’ils considèrent être leurs fondamentaux culturels. Quand on compare l’ampleur de la Manif pour tous à la mobilisation tellement plus limitée (quoique ni petite, ni dénuée de significations culturelles t politiques) contre le Hellfest, on voit combien le metal, même le black metal, n’est plus vraiment perçu comme une menace contre ces fondamentaux (je le mesure aussi à l’accueil beaucoup plus tiède, voire glacial, de la part de certains catholiques, à mes billets sur Aigreurs administratives, comparés à ceux d’Inner Light). Inversement, beaucoup de black metalleux parmi les plus extrémistes et contestataires et situés à l’extrême-droite semblent délaisser de plus en plus le combat contre le christianisme, pour se recentrer contre l’Islam et le multiculturalisme. Quitte à s’allier avec des cathos à l’occasion (par exemple, le bloc identitaires semble avoir beaucoup de metalleux dans ses rangs, et fait partie des appuis les plus importants du Printemps français, des Antigones, etc.). J’essaierai aussi de voir si le concept d’intersectionnalité (la situation des minorités des minorités: par exemple la féministe voilée qui est minoritaire et au regard du féminisme, et au regard de l’Islam), qui ne vient pas de Gramsci mais des études de genre, et que j’ai évoqué en troisième parti d’un billet récent sur Aigreurs administratives, peut être opérationnel pour penser la situation des croyants metalleux (qu’ils soient cathos, protestants, musulmans, etc.).

Je développerai plus avant, et de manière plus précisément argumentée et illustrée, ces questions dans mon prochain billet sur ce blog. D’ici là, joyeuses fêtes de fin d’année, bonne montée vers Noël à ceux pour qui cette fête à un sens, et à en janvier! 🙂

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Le traitement médiatique de l’arrestation de Varg Vikernes et ses enseignements

Posted in Actualité et perspectives du black metal with tags , , , , , , , , , , , , , on 20 juillet 2013 by Darth Manu

Aske - Burzum

Donc, deux jours après le début de sa garde à vue, et sans que celle-ci ait atteint la durée maximale de 96 heures, Varg Vikernes a été relâché  (et a depuis commencé sur son blog le récit en plusieurs parties de l’arrestation et la garde à vue). Si aucune association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste n’a été mise en évidence, il sera cependant probablement poursuivi pour incitation à la haine raciale devant le tribunal correctionnel de Paris.

Rien n’est surprenant dans cette issue:

– concernant l’accusation d’incitation à la haine raciale: tout ceux qui ont ne serait-ce qu’un tout petit peu suivi l’histoire du groupe Burzum et de son unique membre connaissent bien le racisme et l’antisémitisme explicites et sans cesse rabâchés de ce dernier. On se souvient que l’an dernier, Radio metal a préféré censurer sur plusieurs points une interview qu’il lui a accordée, plutôt que de la publier, comme d’habitude, intégralement, en raison de nombreuses déclarations antisémites susceptibles d’engager la responsabilité légale du webzine.

– concernant la levée de la garde à vue et des soupçons de terrorisme: dès les premières dépêches, les faits reprochés paraissaient très minces. Dès le début, lesjournalistes ont rappelé que l’achat de 4 armes à feu par Marie Cachet, la compagne de Vikernes, qui semble avoir été l’élément déclencheur décisif de la garde à vue, était légal, puisqu’elle dispose d’un permis de port d’arme. Interrogé sur l’opération, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a reconnu dès le premier jour que l’arrestation était de nature essentiellement préventive:

« « Cet individu, proche de la mouvance néonazie constituait donc une menace potentielle pour la société, comme l’atteste la violence de ses propos interceptés notamment sur le Web », affirme la Place Beauvau. Plus tard dans l’après-midi, M. Valls, tout en reconnaissant qu’il n’y a pour le moment « ni cible, ni projet identifié », a justifié cette décision par la nécessité, face au terrorisme, « d’agir avant, et non pas après ». » (Le Monde, « Valls justifie l’arrestation préventive du Norvégien Vikernes »).

Enfin, la nature des armes trouvées au domicile de Varg Vikernes, des 22 long rifle essentiellement, semble peu compatible avec un massacre du type de celui commis par Breivik en 2011, et beaucoup plus avec la pratique de la chasse mise en avant par le couple. Jacques Raillane / Abou-Djaffar, ancien des services secrets et un commentateur très informé des milieux et des problématiques du contre-terrorisme, exprimait dès mardi son profond scepticisme:

Si, compte-tenu des antécédents de Varg Vikernes, on comprend aisément qu’il soit surveillé, et que ses récents posts de blog sur le déraillement de Brétigny, couplés à un achat d’armes important, suscitent quelques inquiétudes, surtout à quelques jours du second anniversaire du massacre commis par Breivik en Norvège, on peut en effet s’interrogersur le caractère brutal et médiatique du mode d’intervention choisi. Peut-être lié au besoin de redorer le blason de la DCRI, fortement terni par l’affaire Merah?

An fond, je n’en sais rien, n’étant pas moi-même spécialiste, ni de près, ni de loin, du contre-terrorisme, et tout cette histoire relève au fond du fait divers très anecdotique.

Ce qui est plus intéressant, c’est le traitement médiatique qui en a été fait, et ce qu’il révèle de l’évolution de la réception du black metal par le grand public, un quart de siècle après son apparition, et 21 ans après les méfaits du black metal inner circle norvégien, auxquels Varg Vikernes a tant et si célèbrement contribué.

Tout au long de la journée de mrdi, et alors que la nouvelle de sa garde à vue se répandait sur les réseaux sociaux, j’ai vu pluieurs de mes contacts metalleux commencer à anticiper un backlash médiatique sur la communauté metalleuse dans son ensemble.

Ainsi, un de mes contacts facebook écrivait sur sa page:

« Métalleux, métalleuses, Brace yourselves, Commentaires are coming, avec la mise en examen de Varg, le Metal va s’en prendre des caisses et des violentes ! ahahahahah c’est bon, l’année prochaine on repasse sur M6, c’est fini les traitements de faveurs du petit journal ! XD »

Et, avec une inquiétude plus tangible, le fondateur et responsable du webzine Radio Metal:

Or, force est de constater que malgré des erreurs factuelles (Varg Vikernes « disciple » de Breivik, entre autres), les amalgames ont été quasiment inexistants. En fait, en parcourant les divers articles écrits sur cette affaire, les épithètes « néo-nazi » et « compatriote de Breivik » semblent plus significatif pour les journalistes, pour comprendre l’arrestation, que le statut de « star » du black metal de Vikernes, même s’il est également évoqué.

Radio Metal a compilé une petite revue de presse du traitement médiatique de l’affaire, avec le commentaire suivant:

« On aurait pu croire que, sous le coup de l’émotion, de nombreux médias généralistes allaient traiter à la va-vite l’objet éminemment complexe qu’est Varg en faisant, on l’a déjà vu à de nombreuses reprises par le passé, un amalgame facile entre « metal » et « extrémisme ». Pourtant, et c’est à signaler, malgré quelques approximations factuelles concernant l’idéologie de Varg (notamment son rapport à Anders Breivik) les grands médias ont souvent fait le travail en allant à la pêche aux infos – des infos précises parfois issues de médias spécialisés comme le nôtre – dans le but d’informer au mieux leur lectorat respectif.

France TV Info, Le Monde, BFM etc. : beaucoup de médias ont tenté de faire le portrait de Varg et je n’ai à ce jour pas constaté d’amalgames douteux assimilant « black metal » à « néo-nazi », « metal » à « dangerosité » ou les habituels poncifs que les fans de metal subissent constamment ! Mais n’hésitez pas à partager vos impressions en commentaires si vous avez lu/vu des propos de journalistes sur l’affaire Vikernes qui vous ont choqué ou si votre ressenti global, concernant le travail journalistique des grands médias sur cette affaire, est tout simplement différent de mon opinion (plutôt positive).« 

De mon côté, j’ai remarqué que les grands médias sont aller solliciter, outre des spécialistes des droites radicales (Jean-Yves Camus, Stéphane François, etc.), des experts de niveau universitaire, qui connaissent le sujet d’asez prêt (Alexis Mombelet, Nicolas Walzer). Parcontre, il ne m’a pas semblé que tous ces pseudos experts que certains catholiques, de droite comme de gauche, ont longtemps porté aux nues, et qui se sont spécialisés dans une dénonciation apocalyptique et outrancière du metal et des idéologies supposées en constituer le coeur: Jacky Cordonnier, le Père Benoit Domergue, Paul Ariès, etc. On ne nous a ps ressorti non plus la tarte à la crème du rapport de la MIVILUDES sur le satanisme.

Pour expliquer cette modération à l’encontre du metal, si nouvelle chez les grands médias français, on peut, avec Radio Metal, émettre l’hypothèse que la polémique récurrente du Hellfest et le succès populaire de ce festival, maintenant l’un des poids lourds français, ont favorisé une meilleure connaissance du metal par le grand public, et une acceptation croissante de ses valeurs et de son esthétique, et ont constitué un accélérateur de son intégration:

« D’ailleurs, en France, parler du metal dans les médias généralistes signifie souvent répondre à des questions où l’on est très vite obligé de défendre l’image négative du genre en dissertant sur les minorités extrémistes comme Varg Vikernes dont le discours haineux est, évidemment et heureusement, dénoncé par la très grande majorité du public metal. Dans cette optique, c’est dans la façon de parler du metal au grand public – véritable lutte pour l’image et la crédibilité du mouvement au sens large – que se situe l’une des vraies réussites du Hellfest. En effet, Ben Barbaud et ses acolytes sont parvenus à remporter, au fil du temps, un combat moral et politique situé bien au-delà de la musique et c’est peut-être avant tout en cela que la réussite du Hellfest est exceptionnelle. Les attaques anti-Hellfest en provenance des conservateurs (Christine Boutin, Philippe de Villiers…) ayant finalement été totalement décrédibilisées par des émissions comme Le Petit Journal (Canal +) qui n’ont jamais hésité à railler leurs discours extrémistes en valorisant même le festival de l’Enfer par l’humour ! »

Ironiquement, à force de ramener le metal et le Hellfest sur le terrain de l’actualité et de pousser les journalistes et l’opinion publique à s’y intéresser, ses opposants les plus irréductibles ont peut-être bien contribué à favoriser une connaissance plus étendue et nuancée de cette musique et de ce milieu. Bien malgré eux, ils auraient peut-être contribué à cette banalisation du metal extrême qu’ils semblent tant redouter.

Autre explication possible: le black metal a un quart de siècle. Le monde a vieilli, et les gamins qui se faisaient confisquer leurs CDs sont devenus grands, et pour certains, journalistes (je me souviens avoir discuté, à l’issue de la table ronde sur le metal organisée par le diocèse de Lyon en novembre dernier, avec un journaliste de Rue 89 Lyon qui se définissait lui-même comme metalleux. Les amateurs de black metal ne sont plus depuis longtemps une petite minorité de marginaux ou de précurseur, mais une composante à part entière du « grand public ». J’observe d’ailleurs une certaine porosité de la presse metal et de celle plus mainstream, puisque l’auteur d’un article sur Varg Vikernes publié cette semaine sur le Huffington Post est Maxime Bourdier, également membre de l’équipe de rédaction de Metallian, l’un des magazines de référence en France sur le metal extrême.

Côté catho, ça été très calme, ce qui n’a pas manqué de surprendre certains:

Pourtant, toute cette année a bien montré que l’actualité sociétale (mariage pour les personnes de même sexe, recherche sur les cellules souches…) écrasait, dans la cathosphère, tous les autres sujets ou presque, et en particulier les polémiques culturelles. Alors que les années précédentes, on a vu des campagnes très virulentes contre l’oeuvre « Piss Christ », divers pièces de théâtre, diverses séries télé, comme Inquisitio, cette année, on n’a quasiment rien vu de tel. Comme si, loin d’être une préoccupation centrale des catholiques, l’art « blasphématoire » était au fond un sujet bouche trou, destiné à faire entendre la voix des catholiques les plus revendicatifs en l’absence d’actualité sur les « vrais » sujets qui fâchent.

Même sur le Hellfest, l’année a été très calme, beaucoup plus que les précédentes (sans doute en grande partie du fait de l’actualité politique brûlante qui a mobilisé ailleurs l’énergie des cathos). Les deux polémiques les plus lourdes de l’année autour de ce festival, et de manière très relative, sont toutes deux sans rapport avec la nature de la musique qui y est jouée et l’identité des groupes qui y sont invités: la mobilisation de riverains contre les nuisances sonores du festival, et la saisie de viande avarié sur le stand d’un des restaurateurs sous-traités par le Hellfest.

Concernant la garde à vue de Varg Vikernes, j’ai juste remarqué un article du Collectif Provocs Hellfest ça suffit! qui citait une interview de Stéphane François sur Varg Vikernes et le NSBM, pour renvoyer sur un de leur propre article, qui établissait un lien entre le black metal dans son ensemble et l’idéologie de la Nouvelle Droite. Très mal à propos à mon sens, puisque ce politologue a lui-même réfuté, dans d’autres publications, l’amalgame qu’ils tentent de lui attribuer, comme je le signalais dans un billet que je consacrais aux liens entre une minorité de groupes de metal à la marge et certaines initiatives de la droite néo-païenne:

« la scène europaïenne s’est intéressée sérieusement au Black Metal àpartir des faits divers morbides dont les groupes radicaux de cette scène se sont rendus coupables : meurtres, cannibalisme, incendies de dizaines d’églises, violation de sépultures. En effet, depuis le début des années quatre-vingt-dix, cette scène musicale a souvent défrayé la
chronique par les crimes et les incendies perpétrés par des musiciens de cette scène ou par leurs fans. Des disques de groupes de cette scène furent saisis par la police, comme par exemple en Allemagne. Toutefois, malgré ces dérives nous ne pouvons pas suivre les textes délirants de Paul Ariès et du Père Benoît Domergue dans leur description apocalyptique de ce milieu musical car la majorité de ces groupes sont apolitiques et non violents, même s’ils utilisent un satanisme, souvent de façade. Par ailleurs, cette musique est née au milieu des années quatre-vingt absente de la violence postérieure qui caractérisera certaines de ses dérives » (Les paganismes de la Nouvelle-Droite, thèse de doctorat soutenue par Stéphane François le 29 septembre 2005 à l’Université Lille II, sous la direction de Christian-Marie Wallon-Leducq, p.192).

En fait, l’inquiétude exprimée mardi par beaucoup de metalleux (y compris de black metalleux), face au risque d’être amalgamés avec Vikernes, montre que loin d’être au coeur du milieu et de la musique metal, les idéologies violentes qui ont en partie accompagné la genèse de certains courants se séparent progressivement de celui-ci. on observe avec le black metal ce qu’on a constaté avant lui, pour d’autres courants musicaux, ou plus largements artistiques, contestataires. Mieux ils sont connus, et plus ils sont reconnus. Plus ils sont reconnus, et plus ils s’intègrent au paysage culturel au sens large. Ils se répandent, se partagent davantage, et perdent de leur radicalité. Bien loin de subvertir la culture, ils sont phagocytés par elle (les réactions de la communauté metalleuse cette semaine, oscillant entre sarcasmes envers Varg Vikernes et refus des amalgames, témoignent que l’écoute assidue de Burzum n’implique nullement une adhésion aux thèses politiques, religieuses et historiques de son auteur. Assez paradoxalement, alors que la grande majorité des metalleux détestent sa « pensée », ses positions politiques lui ont par contre valu une appréciation très élogieuse en 2011 de la part d’un blog intégriste particulièrement mobilisé contre le Hellfest: comme quoi le rapport triple entre musique, idéologie et religion est finalement plus complexe et pluriel qu’on ne le dit souvent).

Aussi bien la revendication, longtemps (et abusivement à mon sens) présentée comme indissociable du black metal , d’une musique qui devrait, sous peine de se perdre, être celle du mal, que le combat de certains chrétiens contre la culture « sataniste semblent devenir avec le temps des combats d’arrière-garde, à l’obsolescence programmé à moyen terme. La question qui commence à se poser est plutôt celle d’un black metal, dont l’intégration par la culture mainstream est désormais en bonne voie, qui arriverait à mettre en cohérence cette évolution avec la radicalité et la violence de son esthétique. il s’agit peut-être désormais de moins s’épancher ad nauseam sur ce qu’il combat ou serait supposé combattre (le christianisme etc.), mais sur la partie positive (paradoxalement il est vrai pour une musique si négative) de son message: ce qu’il dit de l’homme, de la souffrance, du monde, de la nature etc…. et de la musique en elle-même).

Avec toute les difficultés (abstraction, élitisme…) qu’il y a à théoriser l’apport artistique au sens le plus large de d’expressions de l’art populaire, et les résistances que ce type de tentatives entraine fréquemment, comme en témoigne la publication d’un manifeste en faveur d’une théorisation plus grande du black metal, publié par un membre du groupe Liturgy:

« Une violente controverse a récemment secoué la scène déjà tumultueuse du black metal, suite à la parution d’un manifeste, Transcendental Black Metal. Son auteur, Hunter Hunt-Hendrix, compositeur et chanteur d’un groupe brooklynien (Liturgy) y redéfinissait les contours, la nature et la destinée de cette musique, en des termes clairement philosophiques, et à grands renforts d’emprunts à Nietzsche et à Hegel.

Plus précisément, il y décrivait deux moments dans l’histoire de cette musique, en théorisant la nécessité du passage de l’un à l’autre. Le premier – correspondant à la naissance du genre et à son développement, essentiellement en Scandinavie – y était décrit comme « atrophié, nihiliste, lunaire » en raison de ses thématiques et de sa tonalité. Le caractère statique de ce premier moment est, pour Hunt-Hendrix, insatisfaisant, et doit conduire à un dépassement, une négation nietzschéenne du nihilisme. Ce deuxième moment – à savoir, l’émergence d’un black metal américain hybride, intégrant d’autres genres musicaux et développant une rythmique légèrement distincte – se caractérise par l’affirmation, la plénitude ; des valeurs solaires, en somme3. Ce deuxième temps, qui est aussi la forme aboutie de ce genre, sa fin, inclut implicitement l’œuvre de Hunt-Hendrix et de son groupe Liturgy.

Or, au sein de l’univers relativement fermé et discret du black metal, la simple mise en ligne de ce texte a provoqué un petit cataclysme, qui s’est notamment manifesté sur le web. Tandis que ce discours philosophique exposait Liturgy à un plus large public, lui valant notamment l’intérêt du New-Yorker ou de Art Times, les réactions violentes de fans de metal ont fusé. Jugé pédant ou déplacé par certains, illégitime par d’autres – en s’ouvrant à d’autres genres musicaux, Liturgy aurait perdu le droit de formuler un quelconque discours sur le black metal – le manifeste donne lieu à plusieurs lettres ouvertes dirigées contre ce « traître » qui a voulu se faire le chantre d’une cause qui n’est pas la sienne. […]

A notre sens, l’accueil réservé à ce manifeste au sein de la scène metal est un indice de la méfiance générale des cultures populaires à l’égard de toute forme de théorisation. Préférant rester à l’abri du regard du grand nombre, et refusant d’être traduites dans des termes « sérieux », ces sous-cultures gardent leurs distances avec la théorie. Mais ce faisant, elles maintiennent le fossé séparant les arts « nobles » ou savants des arts populaires, se constituant volontairement comme un objet négligeable pour les universitaires – ou tout juste digne de l’intérêt de l’ethnologue attiré par l’exotisme d’une culture étrangère. Elles se cantonnent volontairement dans le domaine de l’expression viscérale d’émotions propres à une certaine catégorie de la population – simple symptôme d’un phénomène que la sociologie se donnera pour objet d’expliquer.

Pourtant, comme le souligne Hunt-Hendrix lui-même, « les musiques populaires pourraient se permettre d’être un peu plus prétentieuses ». Car s’enfermant dans la catégorie des musiques qui ne se théorisent pas, elles masquent leur intérêt esthétique propre, et dissimulent le fait qu’à leur manière, elles constituent une forme de pensée sensible, enfermant des positionnements métaphysiques et éthiques, des points de vue sur le monde. Elles se donnent à voir comme des simples phénomènes anthropologiques, outils de reconnaissance au sein de groupes tribaux, masquant tout ce qu’elles donnent à penser sur le plan esthétique.

Le texte de Hunt-Hendrix aura au moins eu ce mérite-là. Renouant avec la tradition des manifestes artistiques qui ont fleuri au début du siècle dernier, le musicien adopte une posture qui consiste à penser sa place au sein d’une histoire de l’art, à situer son geste artistique au sein de cette histoire, et à justifier, de manière théorique, la nécessité de ce geste. Ce faisant, le chanteur contribue à amenuiser le fossé existant entre arts « nobles » et arts populaires, acte pour lequel on ne saura trop lui témoigner notre reconnaissance. » (Un manifeste pour le black metal : quand les musiques populaires se théorisent, par Églantine de Boissieu et Catherine Guesde, Sens public, 9 janvier 2012)

« Christians Against Black Metal »: le retour de la vengeance de la mort qui tue!

Posted in Christianisme et culture, Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal, Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , , , on 28 mai 2013 by Darth Manu

christians against black metal

J’ai été pas mal absent de ce blog ces derniers mois, du fait, d’une part, d’un alourdissement de ma charge de travail qui devrait se résoudre dans les prochaines semaines, et d’autre part parce que le débat sur le « mariage pour tous » m’a beaucoup préoccupé, pour les raisons que j’ai exprimées sur Aigreurs administratives, et ne m’a pas laissé beaucoup de temps ni de disponibilité d’esprit pour écrire sur le black metal (ni même pour en écouter 😦  ). Ce court billet, sur un sujet relativement anecdotique, se veut donc un coup d’envoi, en attendant que je finisse mes brouillons en court (un billet sur black metal et santé en réponse à un article publié par Etienneweb sur le site du Collectif Provocs Hellfest, un sur la place qu’il convient de donner à mon sens à l’imaginaire sataniste dans l’évaluation du rayonnement culturel du black metal, un sur la fonction du « morbide » dans ce même courant musical, et la suite de mon avant-dernier billet, sur la « guerre culturelle »). Venons-en maintenant au sujet du jour: un de mes contacts facebook a signalé sur son mur la page suivante (Correctif du 5/07/2013: un commentateur me signale qu’il s’agirait d’un fake):

« Christians Against Black Metal. BAN this sick form of « music »

Black Metal is a Perverse, Blasphemous type of music from Scandanavia. It degrades children into Homosexuals, Arsonists and Sodomites. It MUST be banned. »

Je passe rapidement sur l’usage abusif des majuscules, qui donne l’impression que l’auteur partage a minima avec ceux qu’il dénoncent un goût certain pour la dramatisation à l’excès et le spectaculaire, et sur sa fixation évidente (quoique d’actualité) sur l’homosexualité, qui monopolise pas moins de deux des trois conséquences supposées, sur nos chères têtes blondes, du black metal (on trouve quelques figures célèbres d’homosexuels dans le black metal: je pense notamment à l’ancien membre de Gorgoroth puis Godseed, Ghaal. Cependant, il me semble que le milieu du black metal, et plus généralement celui du metal, sont encore loin d’être « gay friendly« , et qu’il y aurait pour les chercheurs en études de genre matière à réflexion sur les stéréotypes sur l’homosexualité, et plus généralement sur la sexualité dans son ensemble, véhiculés par ces msuiques, leur iconographie, leurs textes, etc.).

Je voudrais faire trois remarques sur cette page, non pas parce qu’elle aurait une quelconque originalité qui aurait attiré mon attention, mais au contraire parce qu’elle me parait pour ainsi dire archétypique d’une méthode et d’une vision du monde que la quasi totalité des initiatives chrétiennes de dénonciation du metal ont en commun:

1) un rapport naïf, unilatéral et hégémonique au multiculturalisme:

– Pourquoi naïf? Ce qui frappe dans ce type d’initiative, c’est l’importance donnée à l’intuition fondatrice, qui devient le critère définitif de toute appréciation du sujet, de manière quasi dogmatique. Ainsi, des personnes qui ignoraient tout du metal, n’en ont jamais écouté, ne se sont jamais rendu à des concerts ou des festivals, ne fréquentent pas ou très rarement des métalleux, s’improvisent en quelques mois, voire quelques semaines, des spécialistes, capables d' »alerter » leurs concitoyens sur la « réalité » de cette musique, et d’en remonter aux metalleux les plus aguerris. Il y  là une forme de confiance absolue en son jugement propre et en sa vision du monde bien à soi qui ne me parait pas si commune, et me frappe de plus en plus au fil des années. Comme si tout phénomène s’offrait d’emblée en totalité à notre perception et à notre jugement. Comme si juger du bien et du mal était évident, sans contre-exemples, sans situations trompeuses, sans complexité des réalités observées. Comme si discerner se limitait à constater.

– Pourquoi unilatéral? Lorsqu’on voit des milliers de personnes s’enthousiasmer pour quelque chose qui nous choque et nous parait « contre nature », on pourrait prendre le temps d’essayer de comprendre ce qu’une personne rationnelle peut trouver à quelque chose qui nous parait si détestable, essayer de mieux le connaitre, d’en délimiter les niveaux de discours, de signification, les objectifs réels, l’impact esthétique, la genèse historique. D’essayer de trouver tout ce positif que tant de personnes puisent dans le négatif, de saisir comment elles peuvent prétendre trouver de la joie, voire un sens à leur vie dans l’exaltation apparente de la maladie, du désespoir et de la mort, par exemple. Quitte le cas échéant à en souligner les limites et les contradictions, ou les illusions, éventuelles, d’une manière d’autant plus précise qu’elle est informée et l’aboutissement d’un dialogue en profondeur.

L’auteur de la page qui nous occupe, ainsi que nombre de ses prédecesseurs, adopte clairement une démarche symétriquement inverse. Il montre ce qui le choque (ainsi une interview provocante de Dark Funeral) ou ce qu’il considère élever les âmes (ainsi des exemples de « vraie musique » à ses oreilles), et situe ainsi le gros du travail de comparaison, de hiérarchisation, de compréhension et de discernement du côté de ses contradicteurs. Le post suivant me parait à ce titre exemplaire:

« Y’all are saying that you’re open minded, decent folk. Well, go prove it and go to Church, tomorrow. Attend the Sunday service, and see if it’ll change your view on Christians.
Maybe then you’ll start understanding that we aren’t children raping , crusading monsters. A lot of bad things can be said about the things Black Metal has done in the past, too. And continues to do. »

On pourrait le prendre au mot et renverser sa remarque, en lui suggérant d’aller à des concerts et des festivals, et de discuter IRL avec des metalleux. Ce qui lui permettrait peut-être de constater qu’ils ne sont pas tous des pyromanes, des tueurs ni même haineux envers les chrétiens. Mais il ne semble même pas réaliser une seule seconde la possibilité de cette réciprocité. Parce qu’il ne se situe pas dans un rapport réciproque: il ne mène pas un dialogue, mais donne un enseignement.

– Pourquoi hégémonique? Précisément parce qu’il place la quête de la vérité du côté de ceux auxquels il s’adresse, et le contenu de celle-ci dans son discours propre. Ce faisant, il ne se positionne pas en tant que chercheur, ou même en temps que partisan (qui assumerait le caractère partial et inachevé de son point de vue, tout en l’admettant par là même) mais comme prédicateur. Il ne donne pas sa vérité (qu’il ne comprend pas l’engouement pour le black metal, que celui-ci le choque), mais la Vérité (que le black metal blasphèmerait contre le Saint Esprit, seul péché irrémissible pour les chrétiens, qu’il pervertirait les enfants, pour les transformer en homosexuels, pyromanes, ou encore sodomites, qu’il existe une vraie musique, avec laquelle il n’aurait aucun rapport, etc.). On comprend donc pourquoi il se soucie si peu de discerner la vérité (ou les vérités) du black metal: il vient lui apporter la Vérité. Il se considère comme un messager, plutôt que comme un chercheur. Les prophètes ont-ils étudié les ressorts économiques et sociaux des civilisations sont ils dénonçaient la corruption. Non, ils sont venus apporter non pas leur parole, leurs impressions subjectives, mais la Parole de Dieu qui leur a été confiée. Mais notre compréhension de ce que sont l’amour de Dieu et le blasphème rejoignent-elle celle de Dieu? En imitant la démarche des prophètes du premier testament,ne risquons-nous pas d’oublier ce qui nous en différencie: que nous n’avons pas de mandat explicite et donné d’avance contre telle ou telle situation de corruption? Et qu’étant nous aussi prophètes par notre baptème, mais de manière souvent plus invisible, plus quotidienne, ordinaire, cette parole de Dieu, nous avons à la chercher tout autant qu’à la prédire, et autant dans ce qui nous choque, et pourtant réjouit notre prochain, en cherchant à comprendre cette positivité apparement incompréhensible et paradoxale du négatif

2) un manque de perspective sur la diversité des cheminements et des points de vue individuels:

Que fait cette page? Elle alterne entre dénonciation et évangélisation: elle montre ce qui choque l’auteur dans le black metal, et ce qui le rend heureux dans le christianisme. Elle se veut un témoignage. En soi, c’est très bien. Ce qui me dérange ici, c’est la forme que prend ce témoignage, son caractère purement exemplaire et pour tout dire, subjectif. On a un peu l’impression que l’auteur pense que si ses lecteurs, et l’ensemble des black metalleux, voyaient comme s’ils étaient dans sa tête, s’ils écoutaient la musique comme il l’écoute et voyaient le metal comme il le voit, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.Or, tout le monde n’est pas touché de la même manière par une même musique, que ce soit par rapport à d’autres auditeurs, ou bien suivant le moment de sa vie, et de son cheminement personnel. Certains chrétiens, de toutes sensibilités, sont touchés par le black metal. Ainsi le membre unique du groupe Elgibbor, à sa conversion, a renoncé à son satanisme passé, mais également à toutes ses addictions, mais a persévéré dans le black metal, parce que, à la lumière de sa conversion, il y a vu un moyen puissant d’évangélisation et de témoignage. Inversement, si j’en crois le « révérend » de l’Eglise de Satan Gavin Baddeley, dans son livre L’essort de Lucifer, Anton LaVey, le fondateur de cete dernière, n’aimait aucun groupe de metal, à l’exeption (si je me souviens bien, je n’ai pas le livre sous les yeux) de Mercyful Fate. Il ne suffit pas de dire que les paroles et l’iconographie du black metal sont souvent choquantes, que son son est violent et morbide, mais de faire la cartographie de ses auditeurs, de comprendre qui l’aime et pourquoi, ce que j’ai essayé de commencer dans quelques billets ( le plus approfondi ici), sans avoir encore thématisé cette idée de cartographie qui vient de me venir à l’esprit. Et en partant de ce public et de sa diversité, et non plus des seuls paroles, on commence à appréhender la diversité des personnes et des états intérieurs de vie , y compris pour pour certains profondément spirituels et chrétiens, avec lesquels cette musique a pour effet d’entrer en résonance, ce qui permet d’en dresser un portrait et une compréhension beaucoup plus nuancés que de prime abord.  Et de sortir d’une confrontation binaire des points de vue, entre « pros » et « antis » metal, pour commencer à appréhender les interactions complexes entre les cheminements individuels et les phénomènes culturels, ce qui permet par exemple de proposer des éléments de discernement du multiculturalisme qui ne tombent ni dans le relativisme ni dans la dénonciation, mais qui permettent, pour chaque intersection entre groupes culturels, de mettre en évidence des points de dialogue et de rencontre, voire d' »élevation » commune, et au contraire d’autres qui constituent des ruptures, des clôtures, ou des casus belli. C’est pourquoi je trouve si intéressant (goûts personnels mis à part) d’examiner de manière privilégiée le cas du black metal chrétien, qui, précisément parce qu’il est ouvertement paradoxal et apparemment contradictoire, permet de poser avec netteté et précision les enjeux, les tenants et les aboutissements de la révolte supposée du black metal contre le christianisme, et plus largement contre tout ce qui peut apparaitre comme des idéaux positifs faisant largement consensus dans nos sociétés.

3) la figure imposée de l’enfance en péril:

C’est sans doûte la conjonction avec les « manif pour tous » qui m’y fait penser, mais je suis frappé par cette récurrence de la figure de « l’enfance en danger » chez les pourfendeurs des « contre cultures ». L’enfant, objet malléable à merci, aussi exposé aux influences culturelles « extérieures » qu’il semble bardé de défenses très difficilement pénétrables contre l’enseignement de ses parents et de ses enseignants, serait perverti au jour le jour par le metal, les jeux vidéos, les séries trop violentes, etc. Ainsi dans notre exemple, il risquerait au contact du black metal de développer des prédispositions « perverses » pour les incendies volontaires et la sexualité anale. Je ne dis pas que certains divertissement culturels n’ont aucun impact, et il est tout à fait du ressort des éducateurs de développer chez ceux dont ils ont la charge une conscience claire de ce qui est bien et de ce qui est mal, et le goût du beau et du vrai. Et au préalable, de se former soi-même à ces enjeux. Cela dit, cela semble une curieuse façon de mettre au centre le bien des jeunes générations, que d’accueillir avec méfiance tout ce qui semble nouveau et inhabituel. Eduquer au beau et au vrai, c’est aussi s’éduquer soi-même avec les enfants (ou les adolescents) et découvrir de nouvelles formes de beauté et de nouvelles perspectives sur la vérité et le bien. Non pas que tout est acceptable (et on peut s’interrogerselon moi légitimement sur le « photoréalisme » de certains FPS, sur l’hypersexualisation d’icônes de dessins animés, de bandes dessinées, ou de jeux vidéos). Mais je pense qu’au souci parfaitement légitime de préserver les enfants d’influences nocives peuvent se mêler un certain nombre d’injonctions de nature sociale et comportementale, qui viseraient à valoriser les loisirs qui sont dominants dans leur groupe d’appartenance, et à les dissuader de pratiquer ceux qui y apparaissent dissonnant: ainsi certains vont valoriser des activités « saines » telles que le théâtre, certains sports, la danse, sur les jeux vidéos, les jeux de rôle. D’autres vont suggérer à leur enfant de faire du piano ou de la guitare électrique plutôt que de la basse ou de la guitare électrique. Je caricature un peu, mais je pense que nous sommes tous tentés de valoriser des modèles qui ne sont pas seulement de nature morale, mais qui s’inscrivent dans des rapports sociaux liés à l’habitude et à la perception des rapports de pouvoir dans la société (quelles activités sont associées à la réussite, à une meilleure intégration et quelles autres semblent liées à des formes de marginalités, voire de révolte?). Or, que nous enseigne souvent notre propre histoire: qu’il est dans la nature même de ces normes d’évoluer, instituant leur propre obsolescence à force de répétition et de décalage avec les besoins de chaque génération: ainsi les jeux vidéos, les dessins animés japonais ou le metal lui-même ne suscitent pas la même opprobe que pour la génération précédente, qui elle-même avait lutté pour faire accepter comme des divertissements « convenables » le rock et la lecture de bandes dessinées. Plutôt que de nous braquer, apprenons donc à anticiper ces déplacements, qui constituent des apports de chaque générations par rapport aux précédentes, et prenons conscience que, sans renoncer bien sûr à notre jugement d’éducateur adultes, ce dernier a tout à gagner à se laisser éduquer par les formes nouvelles de culture ou de contre-culture qui choque notre sensibilité, parfois parce qu’elles sont intrinsèquement contestable, mais souvent parce qu’elles annoncent quelque chose de nouveau qui nous parait étranger par rapport à nos valeurs, mais qui anticipe partiellement le génie futur des générations nouvelles. Et demandons si ce qui nous choque fait obstacle à notre perception du bien et du mal, ou bien à notre désir de reconduire sous forme d’injonction culturelle nos critères propres d’identification  à tel ou tel groupe et telle ou telle situation au sein d’une hiérarchie sociale.

Conclusion:

Je me suis un peu éloigné, dans ma troisième remarque, du black metal qui n’est plus si jeune, et dont les initiateurs sont quadragénaires et, pour nombre d’entre eux, eux-mêmes pères de famille (mais tout en m’étant efforcé de rester dans cette thématique enseignement – dialogue / enseignement-prédication). Ces trois brèves remarques avaient surtout pour objet de saisir, sans les approfondir ici-même, ce qui m’apparait de plus en plus comme des types psychologiques et sociaux cohérents de la dénonciation chrétienne des « contre-cultures ». Sans y réduire ou y enfermer tous les discours ni tous les arguments de cette dernière, je commence à me dire qu’une étude de la psychologie, de la sociologie, des cadres intellectuels et des représentations (pour ne pas dire des mythes) des groupes et des particuliers chrétiens qui luttent contre les différents avatars récents de la culture populaire serait, non seulement d’une lecture tout à fait passionnante, mais très intéressantes pour comprendre les positionnements proprement culturels et temporels qui interagissent, dans l’Eglise, avec ce dépôt de la foi qui unit ses membres, et qui conditionnent en partie la manière dont elle aborde, à une époque donnée, les combats qui sont les siens, et l’image qu’elle donne d’elle-même et de son message à la société profane. Ce qui a sans doute été fait par des gens beaucoup plus compétents que moi, mais dont je prends de plus en plus conscience de l’importance dans les enjeux d’évangélisation et de témoignage: qu’est-ce qui dans notre compréhension du Beau, du Bien et du Vrai, nous vient de l’esprit, et qu’est-ce qui nous vient des usages et des intéressements qui nous sont légués, socialement et culturellement, par notre époque, notre lieu de vie et notre milieu? L’opportunité de la question est évidente; le contenu de la répons sans doute moins…

« Guerre culturelle », communautés et rapports de pouvoir 1/2

Posted in Christianisme et culture with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 mars 2013 by Darth Manu

Mayhem - Grand Declaration of War

Je repousse une fois de plus, provisoirement, mes brouillons de billets en cours, pour livrer quelques réflexions générales sur les affrontements de pouvoirs entre communautés, sous l’angle culturel, à partir de la lecture d’un impressionnant dossier sur le sexisme chez les « geeks », écrit par la « gameuse » féministe Mar_Lard pour le blog Genre!, et des tweets qui suivent dont elle est l’auteure, et qui répondent à certaines critiques de sa démarche:

Je ne vais dans ce billet, pas plus que dans  celui qui lui fera suite,  ni commenter sa critique de la culture geek, étant loin d’être spécialiste des exemples qu’elle donne, ni m’étendre, sur le fond du moins, sur la question du féminisme et du mouvement LGBT  (j’en parlerai longuement, mais sans juger dans un sens ou dans l’autre leur combat), qu’il m’arrive d’évoquer sur mon autre blog, mais sur lesquels j’ai un regard très extérieur. Je précise également que si je dresse un parallèle entre deux combats très différents et souvents opposés, je ne mets pas sur le même plan toutes les oppressions qu’ils dénoncent… J’ai pour seule ambition dans les lignes qui suivent d’exposer les réflexions que je tire, pour « mon combat » à moi qui concerne les relations entre les communautés métalleuse(s) et chrétienne(s) et les enjeux culturels et sociaux qui y sont liés, de la lecture de son article et de ses tweets, de la polémique qui y est liée, et de ce que cela m’apprend sur les conflits de pouvoir  dans le contexte de la culture… Pour cela, dans le présent article, je traiterai de la notion de guerre  culturelle, à partir des exemples opposés de la conception proposée par les catholiques engagés contre « la culture de mort », et de celle théorisée par les militants féministes et LGBT, et des pratiques qui ont été développées de part et d’autres pour la mener, puis, dans un second billet, je développerai une crtique de son caractère aporétique, voire contradictoire à son objet qui est, dans les deux cas, la lutte contre l’oppression par le dominant du dominé, puis tenterai d’expliciter ce qui constitue mon éthique personnelle de la coexistence et du dialogue (qui n’implique pas de renoncer à ce combat mais de poser un certain regard sur lui)…

1) sur les notions de « communauté » et d' »oppression »:

Les milieux catholiques opposés au mariage pour les personnes de même sexe et les militants pro mariage pour tous, au delà de leurs vastes et semble-t-il insurmontables divergences culturelles, politiques et philosophiques, ont en commun une intuition commune: celle du pouvoir insidieusement normatif de la culture dominante, qui fait tenir pour « évidents » et « de bon sens » des discours et des usages éminemment critiquables sur les plans historique, philosophique, et parfois moral.

Les catholiques, comme je le rappelai dans un article récent, parleront volontiers, à la suite du pape Jean-Paul II, de « culture de mort », et de « structures de péché »:

« Comment a-t-on pu en arriver à une telle situation? Il faut prendre en considération de multiples facteurs. A l’arrière-plan, il y a une crise profonde de la culture qui engendre le scepticisme sur les fondements mêmes du savoir et de l’éthique, et qui rend toujours plus difficile la perception claire du sens de l’homme, de ses droits et de ses devoirs. 

[…] 12. En réalité, si de nombreux et graves aspects de la problématique sociale actuelle peuvent de quelque manière expliquer le climat d’incertitude morale diffuse et parfois atténuer chez les individus la responsabilité personnelle, il n’en est pas moins vrai que nous sommes face à une réalité plus vaste, que l’on peut considérer comme une véritable structure de péché, caractérisée par la prépondérance d’une culture contraire à la solidarité, qui se présente dans de nombreux cas comme une réelle « culture de mort ». Celle-ci est activement encouragée par de forts courants culturels, économiques et politiques, porteurs d’une certaine conception utilitariste de la société.

En envisageant les choses de ce point de vue, on peut, d’une certaine manière, parler d’une guerre des puissants contre les faibles […]. » (Encyclique Evangelium Vitae, 11 et 12).

Certains catholiques (dont les membres du Collectif Provocs Hellfest qui sont, au moins pour certains, des activistes d’ICHTUS) à partir de là n’hésitent pas à parler d’une « guerre culturelle »:

« La guerre culturelle est pourtant une réalité, un moyen détourné et moderne de mener une guerre de conquête classique, ou encore une lutte idéologique, mais en passant par les cœurs et les émotions avant de passer par les territoires.

Voici la définition qu’en donnait le général Arnaud de Foïard [4] au cours des années 1980 : « La guerre culturelle est un moyen de domination et de conquête par perversion de l’équilibre culturel de l’adversaire. Certes, de tous temps et plus particulièrement en Orient, les affrontements humains s’accompagnèrent d’actions de dégradation du moral de l’adversaire, mais la guerre culturelle revêt une toute autre ampleur et trouve son efficacité en dehors du choc des armes. Il s’agit d’un moyen de combat des temps modernes, qui agit sur la perception qu’ont les individus du monde et de la société dans lesquels ils vivent, afin de créer des courants d’opinion et d’orienter les comportements individuels et collectifs vers la déstructuration interne et le rejet de cette société. Le but de la guerre culturelle est la conquête pacifique du pouvoir politique par la prise de contrôle des esprits des citoyens ».Cette méthode d’agression a été mise en place à sa plus grande échelle par l’URSS, du temps de sa puissance. Mais aujourd’hui que son appareil militaire, politique et idéologique s’est effondré, les ravages de la guerre culturelle se font encore sentir. L’adage qui veut que « morte la bête, mort le venin », ne s’applique hélas ici qu’imparfaitement, et bien imprudent serait celui qui sous-estimerait la capacité de nuisance que conserve encore le poison de la guerre culturelle.[…]

C’est une œuvre de discorde systématique, un travail volontairement dévastateur dont les conséquences sont considérables.

La première d’entre elles est la perte des repères, et le rejet du passé et des héritages. Dans les pays occidentaux, cela s’est traduit par une forte déchristianisation, un flou des identités de plus en plus accentué, une dislocation du lien social, l’oubli du sens du réel, et pour finir, le développement d’un individualisme de plus en plus massif.

La guerre culturelle inaugure par ailleurs la formation de sous-cultures (culture de masse, culture de la nouveauté, culture du plaisir), qui produisent des « sous-hommes ».

Au final, la subversion de la société civile déstabilise complètement la société politique. Un sentiment de culpabilité, de haine de soi, de son pays, de son passé, engendre de la méfiance et le rejet des corps et des organisations. La famille, l’Etat, l’entreprise, l’Eglise sont les victimes de cette défiance instillée peu à peu. L’homme ainsi coupé de tout ce qui lui donnait sens un profond se retrouve pour finir seul, oppressé par un sentiment de détresse dont il ne peut se défaire.

On comprend alors aisément qu’une société ainsi contaminée devienne une proie beaucoup plus accessible pour un totalitarisme qui se présente comme la solution aux maux qu’il a lui-même engendrés. Et si l’Union Soviétique ne parvint pas intégralement à ses fins vis-à-vis du monde occidental, nul ne pourra contester que le schéma de subversion que nous venons d’évoquer corresponde exactement à la débâcle culturelle qu’a connue la seconde moitié du XXème siècle.[…]

Les chrétiens ne peuvent se contenter d’être des témoins ou des consommateurs culturels. Il leur faut devenir des acteurs complets, pour prendre des responsabilités dans les réseaux et les relais de la culture, et pourquoi pas, participer à l’émergence des nouvelles formes de la culture, et les faire prospérer.

Il ne faut pas se contenter de conserver, de faire mémoire, de se plonger dans ce qui fut, de nous réfugier dans le révolu ; il faut faire en sorte que ce qui vient du passé reprenne vie, et délivre aujourd’hui la vérité pleine de dynamisme dont les hommes d’aujourd’hui ont cruellement soif.

Entendons-nous bien pour finir : le but à poursuivre n’est pas de prendre le pouvoir culturel afin de manipuler les intelligences, les personnes et les sociétés, mais pour restaurer une vraie culture qui libère et qui élève, une culture qui rapproche de Dieu. Les deux réalités définies plus haut sous le terme de « culture » doivent donc être converties. Il y a un climat à reconstituer dans la société même, et cela au service des personnes et de leur vie intérieure. La société doit servir les cœurs et les âmes, la culture doit servir la culture.

Restons aussi bien conscients que la guerre culturelle, d’une certaine façon, n’aura jamais de fin, parce que la lutte des idées continuera toujours. La vérité devra toujours être défendue, soutenue, et illustrée contre le mensonge. Le venin de la subversion marxiste n’est pas mort, mais au moins n’y a-t-il plus de glandes venimeuses pour le produire. Ne croyons pas pour autant que l’esprit de Révolution en tant que tel soit éteint : il restera au contraire toujours à l’œuvre. » (ICHTUS, dossier « les enjeux de la culture »).

Les féministes et militants LGBT, pour un certain nombre d’entre eux, se réfèreront volontiers aux travaux de recherche universitaire récentes en sociologie, en anthropologie, en neurologie, en philosophie, en histoire, en littérature, en linguistique et ailleurs pour mettre en évidence le caractère construit d’un certain nombre de normes sociales tenues communément pour naturelle, par exemple la différence des sexes ou encore « l’hétérosexualité obligatoire »:

« Le corps est le lieu où se cristallise des rapports sociaux de
sexe, des représentations, des pratiques. Toutes les sociétés
tendent à vouloir finalement socialiser ce corps en lui donnant des orientations pour être conforme à ce qu’elles en entendent. Une des règles principales autour desquels les individus organisent le vécu de leur corps est celle de la différence des sexes. Rappelons que c’est une des grandes règles sur laquelle repose l’organisation sociale de la plupart des sociétés (Héritier, 1996). Notre corps sexué, parce que nous naissons avec des caractères sexuels primaires, selon que nous sommes homme ou femme,
ferait l’objet d’un processus de genrisation et, deviendrait ainsi un corps genré.

Dès la naissance la personne fait l’objet d’une sexualisation. On sexualise ces autres choses, qui ne sont plus biologiques, mais qui sont ces manières d’être, de penser en société selon entre autres une catégorisation sexuée. On donne finalement des caractéristiques sexuelles à du social et, cela s’inscrit dans le vécu de l’individu au quotidien. On renforce son appartenance au groupe masculin ou à celui féminin selon les modèles proposés par la sociétédans laquelle il vit. L’appropriation par la société a lieu, le corps est socialisé. Le genre féminin et le genre masculin, en tant que constructions sociales, sont nés. Les poupées aux petites filles et les camions aux garçons ! Il n’y a pas de doute le genre est un construit social qui s’est nourrit au creuset de différences sexuelles biologiques, posant ainsi le sexe biologique comme catégorie sociale, et qui s’en est servi comme alibis pour instaurer des inégalités sociales de sexe. Comme le souligne Marina Burakova-Lorgnier, le point de vue essentialiste cautionne cette
catégorisation selon le sexe et explique les différences genrées du fait de différences biologiques. En effet, le fait même de dire que nous naissons avec un corps sexué peut être pensé comme une construction sociale.

Face à cette attente de normativité de la part des sociétés, gare à ceux qui n’ont pas voulu choisir les voies des modèles proposés par celles-ci. Jugés déviants, ils ont bien souvent fait l’objet de stigmatisation, voire de mise à l’écart de la société où ils sont nés. » (« Corps et sociétés à l’épreuve du changement: du corps sexué au corps genré », Chrystelle Grenier-TorresSociologue, chercheure associée au laboratoire SSD-ADES,Pôle Grand Sud Ouest-Genre en Action, Bulletin « Genre en action » n°4).

L’essentialisation de contructions sociales (l’hétéronormativité ou le modèle cis genre, par exemple)est menée, de manière insidieuse, par l’éducation, par une certaine recherche universitaire (la scientifique féministe Anne Fausto-Sterling parle du rôle social normatif de la biologie, qui a longtemps construit deux sexes homogènes à partir de données biologiques parfois beaucoup plus diffuses: cf mon article sur les études de genre sur mon autre blog), mais aussi par la culture. Ainsi, dans le cas de la culture « geek », Mar_Lard montre comment le point de vue du mâle blanc hétéro cis genre est posé, tant dans les représentations culturelles en elles-mêmes que dans le discours porté sur elles par la communauté, comme un passage obligé, une forme de « vérité » obligatoire,  au point de rendre possibles et mêmes banals les pires phénomènes d’exclusion et de harcèlement.

Au delà de cette prise de conscience commune d’une « guerre culturelle », il est clair que ces deux visions présentent de vastes différences. La première présente le caractère normatif insidieux de la culture comme un phénomène historique récent (conséquence du communisme pour Ichtus) et la conséquence d’une volonté consciente (du moins à l’origine) de subversion, en vue d’une « révolution » des valeurs. La seconde le présente comme une propriété structurelle de toute société, la manière dont tout groupe dominant, va, le plus souvent inconsciemment, essentialiser les raisons contingentes de sa prise de pouvoir pour les rendre invisibles et incritiquables. La première va se présenter comme une restauration, celle de valeurs qui sont déjà connues, nous sont données de manière immuable et éternelle par l’Eglise, mais ont été subverties et rendues méconnaissables. La seconde va plutôt se ranger du côté de la subversion, non pas d’un ordre établi en tant qu’il est un ordre établi, mais parce qu’il apparait comme un instrument d’oppression des plus faibles par les plus forts. Enfin, il est clair qu’en terme de contenu, chacune tend à considérer comme bon ce que l’autre considère comme mauvais, mauvais ce qu’il considère comme bon, et « évident » ce que l’autre remet fondamentalement en cause: ainsi, pour les catholiques, la « complémentarité des sexes est une évidence pour la droite raison », et l’égalité « réelle » n’est pas une finalité en soi, ni même un objectif qui fait sens.

Au delà de ces très fortes divergences, restent en commun, outre le fait de la guerre culturelle elle-même, la revendication de la défense des plus faibles contre les plus forts, la conviction que « l’adversaire » n’est pas tant le désaccord de l’autre en lui-même que des pseudo évidences implantés de manière structurelle dans notre culture commune par des rapports de pouvoir qui rendent invisibles des formes d’oppression et d’injustice, et la conviction que cette guerre est un travail de longue haleine, sans doute toujours à renouveler:

 » Restons aussi bien conscients que la guerre culturelle, d’une certaine façon, n’aura jamais de fin, parce que la lutte des idées continuera toujours. La vérité devra toujours être défendue, soutenue, et illustrée contre le mensonge. Le venin de la subversion marxiste n’est pas mort, mais au moins n’y a-t-il plus de glandes venimeuses pour le produire. Ne croyons pas pour autant que l’esprit de Révolution en tant que tel soit éteint : il restera au contraire toujours à l’œuvre. » (Ichtus, idem).

L’approche que les études de genre donnent de la culture comme « invisibilisation » et essentialisation de rapports de pouvoirs construits socialement, me parait particulièrement féconde, en ce qu’elle permettent, par exemple dans le conteste des rapports entre christianisme et metal, qui est l’objet principal de ce blog, de démonter certaines évidences suspectes. Ainsi, le fameux « le black metal est par nature satanique et anti-chrétien » est faux historiquement ( il existe des groupes de black metal chrétien dès le début des années 1990 et dans plusieurs pays, et la scène s’éloigne peu à peu au fil du temps de ses racines satanistes) et ne veut pas dire grand chose sur le plan littéral (le black metal est un courant musical, le christianisme une religion, et le lien d’opposition entre les deux parait malaisé à expliciter: cf. mon billet « Holy Unblack Metal?« ). Par contre, cet énoncé arrange un groupe considéré comme plus important numériquement et plus ancien dans le black metal, qui choisit d’exprimer par cette musique les difficultés personnelles de certains de ses membres avec la religion chrétienne, et également certaines factions du christianisme, pour qui une « culture de mort » visible et spectaculaire constitue un vecteur efficace de motivation et de mobilisation.  Malgré son caractère inintelligible et intrinsèquement contradictoire, il est présenté comme une évidence (et symétriquement le « black metal chrétien » comme un « oxymore ») parce qu’il essentialise et rend invisible les convictions contingentes des groupes dominants au sein de chacune des deux communautés.

2) sur le « militantisme », le lobbying, et « l’indignation »:

Un autre point commun pour le coup très visible des défenseurs de ces deux visions, ce sont les moyens d’action par lesquels ils choisissent souvent de mener cette « guerre culturelle »: le militantisme politique, et lobbying, et « l’indignation ». En effet, si l’ennemi est une normativité culturelle insidieuse, qui ne cesse de rendre invisibles des phénomènes d’oppression et d’essentialiser des rapports de force contingents, d’endormir chacun d’entre nous, en somme, l’enjeu, pour le militant, va être de réveiller la société, et de rendre visible, par une veille constante, ce qui ne cesse de se dérober à nos regards et à notre pensée.

Il va nommer ce qui est rendu innommable, par la mise en place d’ une veille de tous les signes discrets (ou non) d’oppression (les stéréotypes de genre dans la culture, les initiatives laïques type interdiction de crèches, etc.), par la création de néologisme qui permettent de mettre une appelation sur des discours et des pratiques rendues évidentes et invisibles par la pensée dominante (homophobie, hétéronormativité, ou encore homosexualisme, christianophobie), par la mise en évidence théorique d’un système d’occultation de la vérité .

Il va alerter, par des blogs, par des pétitions, par la sollicitation des politiques, par des campagnes de presse, par des pressions sur les actuers de la société et de la culture (pouvoirs publics, entreprises…) , des détournements, des parodies (on songe aussi bien à Superman en costume « traditionnel » de super héroïne qu’au clip parodiant Inquisitio l’été dernier)… Jouer sur l’émotion aussi bien que sur la raison, en « indignant », en montrant les conséquences injustes, inégalitaires, mortifères, de certains discours et certains usages…

Il va combattre, en intentant des procès, en demandant des lois plus restrictive de la liberté d’expression sur certains sujets, etc.

Bref, sans se faire d’illusion sur un hypothétique « grand soir », il va chercher à opérer une prise de conscience dans les mentalités, à rendre davantage visible son combat pour que l’évidence morale de celui-ci passe du statut d’invisible à celui de visible, et soit intégré progressivement dans le point de vue du groupe dominant.

Et il est évident, pour prendre par exemple le cas du féminisme, qu’une telle démarche permet de changer des choses: droit de vote pour les femmes, généralisation de l’accès à toutes les catégories professionnelles, effacement de la conception hiérarchique du rapport homme/femme. Côté catholique, beaucoup de personnes estiment qu’un relatif manque de combativité de l’Eglise dans les années 1970, une certaine stratégie de « l’enfouissement », a largement contribué à la déchristianisation de la société, et la transformation graduelle des catholiques en minorité (une grosse minorité quand même, comme leur pouvoir de mobilisation ces derniers mois le démontre).

Il reste que cette guerre culturelle transforme la société en un champ de bataille permanent, générateur à son tour d’exclusions et de confiscations de paroles, pour les personnes se situant entre les partis ou à la fois dans différents partis, ou hors de ceux-ci.

Dans la seconde et dernière partie de cette série de billets, à paraitre d’ici le courant de la semaine prochaine, j’analyserai la manière dont les normes ne cessent d’évoluer et de réapparaitre par là où elles emblaient s’anéantir, à partir de la réflexion de Judith Butler sur le pouvoir et la norme. A partir de là, (en quittant la philosophie de J. Butler) j’essaierai de montrer que les mécanismes de cette guerre culturelle, qui ne cesse de se rallumer et de reconstruire des oppositions et des casus belli, n’a pour seul horizon que la coexistence des différentes parties, qu’elle soit pacifique ou belliqueuse, et j’essaierai à partir de là d’exprimer et de défendre mon éthique personnelle du dialogue et de l’entre-deux, que je souhaite attentive aux principes qui dirige mon action, mais aussi aux exclusions que celle-ci crée inévitablement à son tour par la transformation des normes à laquelle elle contribue nécessairement, et d’en proposer une application au débat metal/christianisme…

Rétrospective: mon premier billet sur l’unblack metal

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , on 5 mars 2013 by Darth Manu

Crimson Moonlight - Veil of Remembrance

En attendant mon prochain « vrai » billet, qui devrait être publié d’ici vendredi et qui, contrairement à ce que j’indiquai dans mon programme prévisionnel de publication, portera sur les critiques d’ordre « médical » adressées au metal, en réaction à un article récent d’Etienneweb  paru sur le blog du Collectif « Provocs Hellfest ça suffit! », je vous propose aujourd’hui de lire (ou relire), mes toutes premières réflexions sur le black metal chrétien, que j’ai publiées, deux mois avant la création d’Inner Light, sur Aigreurs administratives, le 9 octobre 2010…

A la relecture de ce billet, et des autres que j’ai écrits à l’époque sur le metal, je m’amuse de constater que si mes positions sur l’unblack ont bien sûr évolué au fil des 29 mois qui s’en sont suivis, dans le sens d’un affinement, d’un approfondissement, de formulations plus nuancées (voire mon article « Holy Unblack Metal? »  pour connaitre l’état actuel de mes réflexions sur ce sujet) et aussi d’une plus grande ouverture au black metal « séculier » (c’est-à-dire non chrétien: je traduis ici un terme souvent utilisé par les métalleux chrétiens anglophones: « secular metal »), l’intuition centrale est globalement restée inchangée. Alors qu’en ce qui concerne la polémique autour du Hellfest, je constate que mon point de vue s’est beaucoup modifié: je ne l’interprète plus depuis longtemps , contrairement à mes premiers billets sur Aigreurs administratives, comme l’expression d’ un affrontement frontal binaire, et à investissement égal,  entre des metalleux anti chrétiens et des chrétiens anti metalleux (du moins dans le contexte de la France entre 2008 et 2013), mais, de plus en plus, comme une forme de malentendu, né d’une radicalisation culturelle et politique d’une certaine partie des catholiques qui se sentent devenir une minorité, face à un milieu du metal qui me semble de moins en moins authentiquement contestataire (même le black) mais qui a en partie conservé l’imagerie sulfureuse des débuts, quoique pas nécessairement la signification première de celle-ci (même si évidemment des exceptions notables subsistent), et qui s’intègre de façon de plus en plus évidente et harmonieuse dans une évolution plus large et plus consensuelle des courants artistiques contemporains, musicaux mais pas seulement… J’y reviendrai sans doute…

« Disclaimer: mes compétences musicales sont proches de zéro. Je vais donc aborder la question sur le terrain très empirique et théorique de mon ressenti de chrétien et d’amateur de black metal, et non sur ceux de la composition musicale ou de son instrumentation, a fortiori de la musicologie.

 

Le black metal peut-il se prêter à une approche d’inspiration chrétienne, ou exprimer des valeurs dans lesquels un chrétien pourrait se reconnaitre? Certains avis tendraient à nous faire répondre par la négative:

 

« Selon LHN, le black métal est un tout, et l’on ne peut dissocier la musique et l’esprit du black : le black est un combat, est une guerre contre ce bluff historique qu’est la peste religieuse ».(Site La Horde Noire, en réaction à l’interview du père Culat par vs-webzine).

 

« Faut en vouloir aux groupes de pseudo-black metal … perso, quelques mots qui peuvent définir le black, sont la haine, l’angoisse, la mélancolie, le sombre …. et non l’amour et la joie ! je n’ai rien contre ce dernier, mais ce n’est pas non plus son élément (qu’est le black metal), ni la bonne façon de s’exprimer (qui est de passer par la composition de musique), ni même les bon outils (la structure de la musique black metal … comme par ex le chant U_u !) si j’ai envie d’un peu de rose dans ma vie, j’écouterais du B.Marley … de m’eclater avec la techtonique ou autre ! ce qui conclu par : je suis contre le unblack ! » (Trouvé sur un forum au cours d’une recherche sur Google).

 

« – Qu’est ce qui fait, selon toi et en termes généraux, le Black Metal ?

– Le Black se distingue par le refus, le refus d’un peu tout, santé – gloire – argent – business, mais plus particulièrement le refus de la chrétienté ; c’est pourquoi, ainsi que je l’explique dans l’avant-propos, le « noli » figurant dans le titre s’applique parfaitement. Mais surtout le Black met en lumière la volonté d’abandonner le christianisme, coupable de tant d’abjections (et je me suis renseigné à ce sujet) depuis pratiquement sa fondation. » (Site Obsküre – Entretien avec Frédérick Martin A propos de l’ouvrage « Eunolie – Conditions d’émergence du Black Metal » (éd. Musica Falsa, 2003, janvier2004)).

 

   Le black metal, comme son nom le suggère, et comme la deuxième citation le rappelle, met en scène des émotions obscures, négatives, telles qu’effectivement la haine, l’angoisse et la mélancolie, ou encore la terreur, le désespoir, etc. En ce sens, il serait opposé à la « Bonne Nouvelle » du christianisme, qui célèbre l’amour, l’espérance, la joie, etc.

 En sens contraire, on pourrait observer que le christianisme accorde dans son message une place importante aux aspects les plus sombres ou les plus douloureux de la condition humaine.  Dieu nous accueille dans la globalité de notre être, avec nos aspirations les plus nobles, mais également avec tout ce qui alourdit notre vie intérieure, nous fait souffrir ou nous incline à faire souffrir autrui. Les Psaumes, qui en tant dans d’endroits célèbrent l’amour du Seigneur ou la joie d’être sauvé, comportent également des passages beaucoup plus sombres, voire morbides, tel celui où les corps des enfants du peuple enemi sont brisés sur des rochers (ce qui ne signifie pas que le psalmiste approuve nécessairement un tel acte, mais est sans doute une métaphore à partir d’une coutume commune à beaucoup de peuples à l’époque). Autre exemple, chaque Eucharistie rappelle, outre la résurrection du Christ et son retour dans la Gloire, sa mort. Ce qui pris tout ensemble représente le kérygme, le centre de notre foi.

    Le champ d’expérimentation du black metal, sa thématique, fait donc tout à fait sens dans la vie de foi d’un chrétien. Tout pratiquant sincère connait la place du désespoir, du doute, de la colère, de la haine parfois, au sein de la vie spirituelle. Tout être qui cherche à se présenter devant Dieu se trouve en retour confronté à son péché, à tout ce qui le coupe de la pleine communion avec le Créateur.

    Et cette affinité possible entre le black metal et le christianisme, contrairement à ce que la deuxième citation suggère, a été très bien perçue par les musiciens de unblack metal. Un titre de morceau tel que The Cold Grip of Terror (de Crimson Moonlight) ne parait pas particulièrement vouloir mettre « un peu de rose dans la vie » (pas de façon bisounours en tout cas).

    Le Père Domergue, lors d’un chat animé par le forum de La Cité Catholique, a donné une lecture plus fine de ce qui peut distinguer la thématique du black metal de l’approche chrétienne, en réponse à une question que je lui avais posée:

    « Je voudrais également souligner le fait que — toujours Marduk et Dark Funeral qui vont venir à Clisson dans qques jours — font souvent référence à la mort, au désespoir etc. et ceci peut être commun avec le christianisme. Mais la différence notable avec le message de l’Évangile, c’est que la Bonne Nouvelle parle de ces thèmes avec une ouverture qui aboutit vers la Résurrection, pour ne parler que de ce thème. Sauf exception, les chansons en question n’y font pratiquement jamais réf. et donc je ne peux pas comparer ces différents textes directement. L’Évangile donne un sens à la mort, là où le Death ou le Black M n’en font qu’une exaltation, sans chercher forcément à donner une porte de sortie ».

    La porte de sortie, voilà la différence. Le black metal enferme son auditeur dans le désespoir, alors que le christianisme invite chacun à vivre la souffrance, le doute, le désespoir, tout ce que notre vie comporte de négatif, dans l’espérance. En ce sens, là où un musicien de black metal « traditionnel » cherche par sa musique à couper tout horizon, vise le point maximal d’oppression, le climat le plus malsain possible, l’unblack metalleux  essaie de toucher l’instant où le désespoir le plus absolu se mue en espérance, où les ténèbres se découvrent de façon preque imperceptible pour laisser percer la lumière à venir. La musicalité du black metal, qui exprime de façon si efficace l’absence de Dieu, pour trop souvent s’enfermer dans le constat de cette absence et en venir à maudire Celui qui ne vient toujours pas (en apparence du moins) peut tout autant révéler en miroir le désir qui est à la racine de la souffrance exprimée.

    Ce que Crimson Moonlight me parait exprimer, pour ne prendre qu’un exemple, dans les paroles de The Cold Grip of Terror:

       « I carry a longing, a yearning stronger than words can tell.. I carry my sword, my emblem of victory, in this chaos I flourish… I believe. My dream is the loveliest dream. Just the wish to have it fulfilled is enough. I watched my step when I entered the narrow path.. I saw and I understood… Its goal lies beyond the black fog, beyond the cold grip of terror. To reach the goal I have to walk a long way, have to tear my flesh on the sharpest thorns, have to squeeze my staff so my hand gets cramped… Through weird depths of bloody tranquility, through darkness, pain and chaos.. through still, serene silence… through the lashings of icy rains… Suffering…Is it a challenge, a divine trumpet? Day and night I lay there knocked to the ground. Scars and wounds were my constant company… The taste of cold blood woke me up from my restless sleep. The heat of fire burnt my hands, stiff with cold, when I tried to make them warm. Sackcloth covers my body And I’ve had to lower my horn in the dust. My face is flaming red with tears, and death has painted my eyelids shadowy black. And this although my hands are free from violence and my prayer is pure! My days are gone, my plans are shattered, gone what was once my heart’s desire. I wish to change night for day. Daylight would be near now when darkness breaks in. No, I know Thou will carry me, Thy presence is greater than the darkest agony. Thou, the only one. My fortress. Thou alone are immortal… Covered in glorious majesty Thou alone are the Lord’s anointed. The darkness recedes, ’cause the true light is already shining… « 

 

   Nous faisons généralement le choix d’une vie de foi, ou y retournons, après avoir eu l’expérience profonde de l’Amour de Dieu, ou de la Beauté de Sa Création, etc. Intuitions exaltantes du Divin que la musique plus traditionnelle peut célébrer. Mais nous éprouvons cette foi dans la nuit de telles expériences, dans la banalité désespérante du quotidien, ou dans l’horreur et la cruauté qui sont trop souvent la signature de notre réalité terrestre. Et le destin de notre âme se joue dans la façon dont elle assume cette nuit: dans le désespoir ou dans l’attente.

    Le black metal me parait exprimer d’une façon particulièrement pure et évocatrice cette croisée des chemins. En ce sens, s’il lui arrive d’accompagner un chemin de damnation, il peut aussi, d’une façon très puissante, exprimer l’espérance dans la nuit, qui est le lot de tout chrétien… »

« Auteurs invités »

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , on 9 janvier 2013 by Darth Manu

 Elgibbor - The Imminent Invasion

J’ai publié par le passé trois textes émanants d' »auteurs invités »:

Peste Noire ou le Métal Noir rédempteur de France

La beauté comme rédemption (tous les deux par Ambroise)

Un témoignage sur la journée « Le Metal: des vibrations interdites? » du 25 novembre 2012 (un témoignage d’Anne)

Si des personnes sont intéressées par la possibilité de contribuer à leur tour (bénévolement) à ce blog, elles peuvent m’envoyer leur(s) proposition(s) de texte(s) à l’adresse suivante:

darth_manu [at] hotmail.fr

accompagnées d’une suggestion de titre, et éventuellement d’illustrations.

Les thèmes abordés peuvent concerner:

– le black metal.

– le metal en général, considéré dans ses relations avec la religion, ou avec telle ou telle religion (pas seulement le christianisme), ou encore avec la culture contemporaine dans son ensemble.

– le christianisme considéré dans ses relations avec la culture (par exemple avec l’art contemporain, ou avec la musique sur telle ou telle partie de leur histoire commune).

– les courants de pensée et les religions recomposées qui ont pu avoir une influence thématique sur le black metal (par exemple le(s) satanisme(s)).

– tout témoignage personnel qui paraitra en relation avec les thèmes de ce blog.

– toute autre idée qui apparaitra opportune.

Je préfère les contributions argumentées qui expriment des opinions avec lesquelles je suis en désaccord, à celles qui rejoindraient mon point de vue mais qui seraient péremptoires.

Si publication il y a, je rajouterai la mention [auteur invité] après le titre, et j’ajouterai quelques lignes, en caractères gras, d’introduction du texte et de présentation de l’auteur (merci d’indiquer sous quel nom vous désirez être nommé). Le billet sera archivé, très logiquement,  dans la catégorie « Auteurs invités ».

Merci à celles et/ou ceux qui se montreront intéressé(e)s.

Inner Light a deux ans!

Posted in Rions avec le black metal with tags , , , , , , on 14 décembre 2012 by Darth Manu

Black Metal Greeting Card - It Says Happy Birthday

Aujourd’hui, Inner Light fête ses deux ans. Lorsque j’ai créé ce blog, c’était vraiment sur un coup de tête, sans vraiment être sûr de le faire durer plus de quelques semaines, ni même d’oser le faire connaitre. A vrai dire, c’était surtout un prétexte pour essayer WordPress, après avoir découvert Overblog via mon précédent blog. Aujourd’hui, les réflexions que je développent dans les billets, et les échanges qu’elles suscitent, constituent vraiment une respiration pour moi, par delà ma vie personnelle et professionnelle, et me permettent non seulement d’approfondir ma passion pour le metal, mais également de progresser intellectuellement et même spirituellement, au travers notamment des commentaires et de l’exercice difficile, mais toujours enrichissant qui consiste à essayer d’y répondre de la manière la plus honnête et constructive possible, et de me laisser interroger, voire déplacer,  par eux.

Merci donc à vous tous qui faites vivre ce blog par vos partages, vos réactions, vos critiques, vos compléments d’information! 🙂

La photo qui illustre ce billet joue sur les connotations possible de cette torche allumée, brandie par un black metalleux en corpse paint. Est-il sur le point de brûler une de ces églises « en bois debout » typiques de la Norvège, ou se prépare-t-il à allumer les bougies d’un gateau d’anniversaire?Elle peut tout aussi bien, même si ce n’est probablement pas l’inspiration initiale du photographe, illustrer le projet de ce blog: montrer que même une musique aussi noire que le black metal peut porter une « lumière intérieure », et la brandir comme une flamme dans la nuit (pour la démonstration, cf. mon précédent billet).

Elle est l’oeuvre de Dark & Somber Greetings, une entreprise spécialisée dans la création de cartes de voeux exploitant les thématiques du black metal (preuve que le milieu du black metal n’est pas que premier degré et nihilisme, même si cet aspect existe, et que l’humour et l’autodérision y sont aussi appréciés par un grand nombre de ses membres):

« Dark & Somber Greetings is the strange collaboration of photographer/entrepreneur Courtney Frystak and illustrator/designer/musician Farron Loathing. The use of traditional Black Metal photography for something as unlikely as greeting cards began as an internet gag, but somehow evolved into an actual greeting card company to the delight of thousands of misanthropic creatures who can at last feel comfortable sending a birthday card, or holiday message to one of their patron demons or family members.

The D&SG stronghold is located within a subterranean bunker in Los Angeles. »

Inside reads_ Another Step Closer to The Grave.