Archives de Collectif Provoc Hellfest

Matthieu 21, 28-32 (Kiss the Devil)

Posted in Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal with tags , , , , , on 19 novembre 2015 by Darth Manu

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« En ce temps-là,
Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Quel est votre avis ?
Un homme avait deux fils.
Il vint trouver le premier et lui dit :
‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’
Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’
Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière.
Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’
et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
Ils lui répondent :
« Le premier. »
Jésus leur dit :
« Amen, je vous le déclare :
les publicains et les prostituées
vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice,
et vous n’avez pas cru à sa parole ;
mais les publicains et les prostituées y ont cru.
Tandis que vous, après avoir vu cela,
vous ne vous êtes même pas repentis plus tard
pour croire à sa parole. » »

Sur les événements tragiques de vendredi dernier, je n’ai rien à dire d’utile ou d’intéressant, et je vais donc me taire, pour laisser la parole aux victimes survivantes et aux nombreuses personnes beaucoup plus qualifiées que moi sur les questions qu’ils soulèvent.

La coïncidence de deux épisodes dérisoires, en marge de ces attentats, me conduit cependant à revenir, des années après, à ce blog, que j’ai longtemps délaissé au bénéfice d’Aigreurs administratives, pour une très rapide réaction à chaud, rien de bien transcendant:

  • L’opportunisme idéologique du « Collectif pour un festival respectueux de tous »:

Ce collectif, composé majoritairement de catholiques membres ou proches du réseau Ichtus, a jugé utile, même pas trois jours après les attentats, alors que de nombreux metalleux étaient encore en deuil (même si, contrairement à ce que son nom suggère, Eagles of Death Metal , dont un membre est par ailleurs pasteur protestant, n’est pas un groupe de metal, et encore moins de death metal, il y avait des metalleux , ou des proches de metalleux, dans le public, y compris un journaliste des Inrocks, et le Bataclan est une salle que cette communauté connait bien, et dont elle garde beaucoup de souvenirs heureux) , de publier un article liant cet attentat à son petit combat personnel, en soulignant que le groupe jouait « Kiss the Devil » et qu’il avait récemment partagé un concert avec une formation dénommée « JC Satan ». Après avoir cité in extenso le communiqué de l’OEI, quasiment comme un texte appuyant certaines de leurs analyses sur le rock, ses membres écrivaient:

« Par ailleurs, chacun(e) est en mesure de le comprendre, au moins les bonnes volontés : plaisanter et/ou diner avec Satan, même avec une grande cuillère ;  diffuser et légitimer l’antichristianisme au nom, nous le redisons à nouveau,  d’une conception dévoyée de la liberté d’expression,  c’est tout simplement irresponsable et la manifestation d’un individualisme destructeur du bien commun et de la concorde. Merci à « Libération » pour cet article ! Non, décidemment, nous ne serons JAMAIS cet « ESPRIT CHARLIE LA ! »
A l’occasion de cette infâmie perpétrée par qui l’on sait, on mesure la distance qu’il y a entre la violence de ces extrèmistes dépourvus de toute humanité et la protestation que nous manifestons / Hellfest qui pourtant nous taxe justement, avec d’autres, d’extrémistes : il devient plus qu’urgent d’utiliser les mots à bon escient.

Depuis le temps que nous dénonçons la programmation sataniste et antichrétienne du Hellfest diffusant des messages de haine avec le concours des autorités publiques mais aussi l’argent public, Hellfest comme pouvoirs publics seraient bien inspirés de tirer toutes les leçons de cette tragédie et par conséquent de faire enfin preuve de responsabilité et, par conséquent encore, de faire le tri dans la programmation 2016. »

 

Je ne me suis jamais senti, moi non plus, spécialement « Charlie », comme je l’indiquais dans un billet sur Aigreurs administratives. Et je ne pense pas que le deuil et /ou la compassion fonctionnent comme des réfutations a priori d’un éventuel arrière-plan politique , culturel ou philosophique qui poserait éventuellement question. Je n’aime pas le discours de Charlie Hebdo sur l’Islam. Je ne pense pas que les morts rendent caduques le débat sur l’islamophobie. Je ne me souviens cependant pas m’être précipité pour instrumentaliser leur mort au profit de la dénonciation de l’islamophobie, du racisme ou du post-colonialisme (même si certains l’ont sans doute fait, et même si je suis profondément convaincu que de telles questions se posent dans notre société française).  Et j’essaie, sans toujours y parvenir, de penser sur plusieurs niveaux, et de prendre en considération parallèlement, sans les opposer ni minimiser l’un par l’autre, les questions « systémiques » globales, et les rapports individuels victimes/agresseurs, qui ne reproduisent pas toujours les premières, loin de là (il n’y a d’ailleurs jamais qu’une seule cause, même systémique, à un événement, et partir d’un seul angle de vue  ou d’une seul grille, que ce soit l’économie, la géopolitique, la religion, la responsabilité individuelle etc., pour en rendre compte ne me parait jamais fructueux). Et d’observer un temps, sinon de silence, du moins de réserve, par rapport aux tragédies individuelles, qui débordent toujours des rapports sociaux/politiques,/de pouvoir etc., sans non plus jamais s’en détacher totalement. C’est du moins ce que j’ai essayé de faire en janvier, peut-être de manière insuffisante, et cette semaine encore, confronté aux statuts de contacts qui étaient conduits par un choc bien compréhensible à tenir des discours à mon sens excessifs, voire déraisonnables et politiquement dangereux.

J’ai donc été quelque peu étonné de lire cet empressement à faire de cette tragédie une nouvelle flèche à rajouter au carquois de leur arsenal anti-metal et « contre-culture », de cette manière de reprendre quasiment à leur compte le jugement (mais non les méthodes, on est bien d’accord) de l’OEI sur le rock, de tirer parti de ce massacre pour se défendre d’être extrémiste (« vous voyez, il y a pire que nous! »). J’ai interpellé leur compte Twitter sur ce que j’ai d’abord considéré comme une maladresse, et la conversation s’est mal … passée, au point que j’ai fini par les bloquer. Loin de nuancer ou tempérer leurs propos, ou même de convenir que le moment était un peu délicat, ils m’ont sommé de prendre position sur les propos et l’imagerie satanistes de certains groupes invités au Hellfest, tels que Watain ou Archgoat.

Ce qui, au regard du second événement que je souhaitais évoquer dans ce billet, prend une résonance assez ironique.

  • La solidarité et la compassion du Temple de Satan:

Le chapitre de Minneapolis du Temple Satanique a publié ce mercredi sur son site et sa page Facebook le communiqué suivant:

If there is anyone in the Minneapolis area who is Muslim and afraid to leave their home out of fear for some kind of backlash, don’t hesitate to reach out to us. We would be glad to escort you where you need to go without advertising our presence – just big dudes walking you where you need to be. We would also happily accompany you so you can get some groceries. Our offer to the Muslims of the Twin Cities comes from a place of genuine compassion for our fellow human beings. It’s not to ride the tide of sentiment or capitalize on people for further name recognition. Let us know if you or someone you know need the sort of assistance we are offering. If you have contact with the Muslim community, make them aware of our service as well. They can contact us at: curt@thesatanictempleminneapolis.com or our facebook page: https://www.facebook.com/tstmsp/

Ces satanistes, dont on aurait pu penser qu’ils tireraient de l’attentat un nouveau prétexte pour justifier leur hostilité aux religions monothéistes qui se réclament d’Abraham et de son alliance avec Dieu, proposent aux musulmans qui redouteraient de sortir seuls de chez eux de les escorter, de la manière la plus discrète et la moins intrusive possible. De cette manifestation de solidarité, dont beaucoup, beaucoup, beaucoup de chrétiens seraient bien avisés de s’inspirer, je retire les réflexions suivantes:

  1. Je n’ai jamais vraiment compris les réactions extrêmes que semblent susciter chez de nombreux chrétiens les groupuscules satanistes. Ou plutôt, j’ai toujours plus ou moins assimilé ces réactions à une forme de superstition. Il ne viendrait à (presque) personne de suggérer que parce qu’on est chrétien, on est gentil ou dans une relation authentique et profonde avec Dieu. Il me parait assez évident qu’en sens inverse, se dire sataniste n’implique pas une profonde dureté de coeur, et encore moins des liens surnaturels avec des entités maléfiques. J’ai eu ma période où j’ai visité un certain nombre de sites satanistes, où j’ai lu des livres de et sur des satanistes, et l’épithète qui m’est venue à l’esprit est moins « maléfique » qu' »excentrique ».  Entendons-nous bien: tout ce que j’ai lu ou entendu de « sataniste » oscillait pour moi entre un peu ridicule et franchement nocif, et je ne troquerais pas ma foi chrétienne pour aucun de ces discours. Mais cette initiative de membres du Satanic Temple me confirme que l’Esprit souffle où il veut, et que les satanistes ne sont pas moins susceptibles d’annoncer le Christ aux chrétiens que les collecteurs d’impôts et les prostituées des évangiles aux docteurs de la loi, même sans passer par une « conversion » formelle et explicite et un changement de religion. Le coeur (ou le déficit de coeur) déborde les opinions et les engagements idéologiques, même les plus provocants. Il n’y a pas d’essence religieuse qui vient prédéterminer les actes d’une personne. Les actions  individuelles des personnes donnent sa consistance à cette essence religieuse, ou au contraire la vident de sens, quelle que soit cette religion et la réalité et la nature de sa relation à Dieu. Car Dieu s’adresse à des personnes individuelles, aime des personnes individuelles, et non des essences.

2. Le collectif Provocs Hellfest me reproche de ne pas suffisamment m’indigner de la présence de symboles satanistes au Hellfest. Quelques dizaines d’heures après, je tombe sur une organisation authentiquement sataniste (contrairement à plusieurs des groupes qu’ils dénoncent) qui fait preuve d’un sens des responsabilités et d’une solidarité dont ce collectif m’a paru cruellement manquer cette semaine, que ce soit par son instrumentalisation militante de l’attentat, ou par son discours sur l’Islam. Après avoir souligné sur son blog la présence de groupes « anti-Islam » au Hellfest, sans que je parvienne complètement à déterminer si c’est pour s’en féliciter (ces groupes s’opposeraient au « politiquement correct ») ou pour les dénoncer ( les contacts avec les médias etc.), il en tire sur Twitter un certain nombre d’affirmations générales sur l’Islam et le « multiculturalisme »:

J’avais déjà relevé dans un précédent billet, en 2012, la contradiction entre leur dénonciation de l’islamophobie du groupe de black metal Taake et leurs sympathies avérées pour nombre de sites catholiques très hostiles à l’Islam. Je constate aujourd’hui aujourd’hui que leur très haute idée de la culture chrétienne et de la lutte contre le « relativisme » et le satanisme leur fait envisager les questions liées à l’Islam ou aux minorités exclusivement en termes de divergences idéologiques, là où des satanistes, pas plus suspects de sympathies particulières envers l’Islam, et sans engagement devant Dieu, se soucient des conséquences, potentiellement graves, de ces divergences idéologiques sur les personnes, même de leurs adversaires présumés. Ce qui m’a fait irrésistiblement penser au passage de l’Evangile de Matthieu que je cite en titre et en exergue: un fils dit oui au Christ et refuse de se laisser déplacer pour le guetter dans son prochain. Un autre dit non au Christ, et pourtant donne de lui-même pour son prochain (il est vrai que si j’en crois son site principal, cette dénomination sataniste semble reconnaître plus que d’autres une certaine valeur à l’empathie et la compassion). Tout cela me confirme dans ma conviction que le combat du collectif contre le « satanisme » et la « contre-culture » n’a rien de sérieux ni de légitime, et est motivé par des arrière-pensées politiques et non par une authentique démarche évangélique.

3. A ceux qui s’étonneraient que j’accorde tellement de cas au bien être de la communauté musulmane, dans le contexte de l’attentat de vendredi dernier, je réponds que je les invite à lire le témoignage d’un journaliste qui a été pendant 10 mois l’otage de l’OEI, qui a fréquenté quotidiennement ses membres pendant toute cette période, et qui témoigne de leur volonté de cliver musulmans et non-musulmans, et de l’importance de leur refuser cette tentation et de tout faire pour encourager au contraire la coexistence et le dialogue:

« With their news and social media interest, they will be noting everything that follows their murderous assault on Paris, and my guess is that right now the chant among them will be “We are winning”. They will be heartened by every sign of overreaction, of division, of fear, of racism, of xenophobia; they will be drawn to any examples of ugliness on social media.

Central to their world view is the belief that communities cannot live together with Muslims, and every day their antennae will be tuned towards finding supporting evidence. The pictures from Germany of people welcoming migrants will have been particularly troubling to them. Cohesion, tolerance – it is not what they want to see. »

Qui, je le demande, a fait cette semaine, véritablement, le jeu du Diable, des satanistes ou des bons catholiques?

4. Quand je fais référence au passage de l’Evangile ci-dessus, j’ai bien conscience que je ne suis pas pure extériorité par rapport à son message, et qu’il est très possible que je puisse être le fils qui dit oui et ne fait pas, et le collectif celui qui dit non et fait, dans les années, mois, semaines ou jours qui viennent. Ce que je reproche à ce collectif, ce n’est pas tant d’exprimer des opinions avec lesquelles je suis en désaccord, que de sembler aveugle à la complexité du monde, de se contenter d’une grille d’analyse simple et abstraite, une construction intellectuelle, avec laquelle ils analysent et interprètent tout, sans jamais se préoccuper de vérifier et d’éprouver la solidité de leurs principe à la lumière de la réalité concrète des expériences singulières (ce qui les distingue profondément, quoiqu’ils en pensent, du réalisme aristotélicien dont ils se réclament sans doute). Tout dans l’actualité du metal, du satanisme, du rock, de la culture populaire et /ou contemporaine, est une confirmation de leur discours ou est passé sous silence. Même l’assassinat de fans de rock par un groupuscule religieux devient une preuve de la nocivité de l’irréligiosité supposée du rock. Le problème est à mon sens de cultiver les idées et les grands principes, dans leur simplicité séduisante, au détriment des ambiguïtés et des nuances des individus réels. J’ai conscience en écrivant ces mots que je m’attaque moi-même à un discours, au détriment de leurs personnalités réelles dont je ne sais pas grand chose, même si j’ai rencontré certains d’entre eux IRL. Et que cette tentation de l’abstraction jugeante me guette tout autant dans mes échanges avec les tradis, les cathos LMPT, les militants de droite etc. Je pars de leur exemple pour méditer un danger qui me guette tout autant qu’eux: celui de cultiver les divergences idéologiques au détriment d’une certaine capacité d’empathie, de perdre la capacité de se laisser surprendre ou d’être curieux des ressources morales insoupçonnées d’autrui. De se demander si quelqu’un qui semble contredire tout ce que je considère comme bon et beau et vrai est quand même capable de me surprendre et de témoigner en acte d’un bien que j’avais à peine, ou pas du tout, entrevu. De réaliser que derrière le « combat culturel », il y a des individus qui certes, s’inscrivent dans une histoire et dans des rapports de pouvoir, mais qui n’y sont jamais complètement réductibles, ou plutôt, les déplacent sans cesse, d’une manière qui peut être surprenante. J’ai conscience en écrivant ces lignes que certains lecteurs beaucoup plus proches de mes idées que le Collectif Provocs Hellfest pourraient y voir une forme de « dépolitisation », voire de démission face aux injustices sociales. Et cela me parait effectivement une difficulté. Il me semble cependant que l’angle politique, non seulement ne prime pas, mais que c’est précisément dans ses failles, dans les réalités individuelles à la marge, les « exceptions », qu’il n’arrive pas à englober ou résoudre ou dépasser, que se situe l’enjeu principal des luttes sociales/politiques, son enjeu principal. Et j’ai conscience aussi que les personnes du Collectif peuvent aussi bien me surprendre,  et m’ébranler, à tout instant, que je leur demande de se laisser ébranler ou surprendre par des metalleux ou des satanistes ou des musulmans.

5. Il existe en France une initiative, d’origine laïque et non sataniste, qui est née en janvier dernier, après la précédente vague d’attentats, qui a été lancée sous la forme d’un hashtag, #voyageavecmoi, sur twitter, et qui permet à chacun d’entre nous de proposer à des personnes musulmanes qui prennent seules les transports en commun d’être accompagnées. Quelqu’un vient de créer une application (que je n’ai pas encore réussi à faire fonctionner mais je n’ai pas encore suffisamment essayé). J’invite tous mes lecteurs/toutes mes lectrices à reprendre à leur compte cette démarche.

Et quoiqu’il en soit, après une semaine qui a été, comme pour l’immense majorité d’entre nous, bien lugubre, l’initiative sataniste que je citais plus haut a suscité en moi de la joie, et un peu d’espoir. Et me donne envie, rempli que je suis de reconnaissance et d’espérance, d' »embrasser le diable ».

Le traitement médiatique de l’arrestation de Varg Vikernes et ses enseignements

Posted in Actualité et perspectives du black metal with tags , , , , , , , , , , , , , on 20 juillet 2013 by Darth Manu

Aske - Burzum

Donc, deux jours après le début de sa garde à vue, et sans que celle-ci ait atteint la durée maximale de 96 heures, Varg Vikernes a été relâché  (et a depuis commencé sur son blog le récit en plusieurs parties de l’arrestation et la garde à vue). Si aucune association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste n’a été mise en évidence, il sera cependant probablement poursuivi pour incitation à la haine raciale devant le tribunal correctionnel de Paris.

Rien n’est surprenant dans cette issue:

– concernant l’accusation d’incitation à la haine raciale: tout ceux qui ont ne serait-ce qu’un tout petit peu suivi l’histoire du groupe Burzum et de son unique membre connaissent bien le racisme et l’antisémitisme explicites et sans cesse rabâchés de ce dernier. On se souvient que l’an dernier, Radio metal a préféré censurer sur plusieurs points une interview qu’il lui a accordée, plutôt que de la publier, comme d’habitude, intégralement, en raison de nombreuses déclarations antisémites susceptibles d’engager la responsabilité légale du webzine.

– concernant la levée de la garde à vue et des soupçons de terrorisme: dès les premières dépêches, les faits reprochés paraissaient très minces. Dès le début, lesjournalistes ont rappelé que l’achat de 4 armes à feu par Marie Cachet, la compagne de Vikernes, qui semble avoir été l’élément déclencheur décisif de la garde à vue, était légal, puisqu’elle dispose d’un permis de port d’arme. Interrogé sur l’opération, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a reconnu dès le premier jour que l’arrestation était de nature essentiellement préventive:

« « Cet individu, proche de la mouvance néonazie constituait donc une menace potentielle pour la société, comme l’atteste la violence de ses propos interceptés notamment sur le Web », affirme la Place Beauvau. Plus tard dans l’après-midi, M. Valls, tout en reconnaissant qu’il n’y a pour le moment « ni cible, ni projet identifié », a justifié cette décision par la nécessité, face au terrorisme, « d’agir avant, et non pas après ». » (Le Monde, « Valls justifie l’arrestation préventive du Norvégien Vikernes »).

Enfin, la nature des armes trouvées au domicile de Varg Vikernes, des 22 long rifle essentiellement, semble peu compatible avec un massacre du type de celui commis par Breivik en 2011, et beaucoup plus avec la pratique de la chasse mise en avant par le couple. Jacques Raillane / Abou-Djaffar, ancien des services secrets et un commentateur très informé des milieux et des problématiques du contre-terrorisme, exprimait dès mardi son profond scepticisme:

Si, compte-tenu des antécédents de Varg Vikernes, on comprend aisément qu’il soit surveillé, et que ses récents posts de blog sur le déraillement de Brétigny, couplés à un achat d’armes important, suscitent quelques inquiétudes, surtout à quelques jours du second anniversaire du massacre commis par Breivik en Norvège, on peut en effet s’interrogersur le caractère brutal et médiatique du mode d’intervention choisi. Peut-être lié au besoin de redorer le blason de la DCRI, fortement terni par l’affaire Merah?

An fond, je n’en sais rien, n’étant pas moi-même spécialiste, ni de près, ni de loin, du contre-terrorisme, et tout cette histoire relève au fond du fait divers très anecdotique.

Ce qui est plus intéressant, c’est le traitement médiatique qui en a été fait, et ce qu’il révèle de l’évolution de la réception du black metal par le grand public, un quart de siècle après son apparition, et 21 ans après les méfaits du black metal inner circle norvégien, auxquels Varg Vikernes a tant et si célèbrement contribué.

Tout au long de la journée de mrdi, et alors que la nouvelle de sa garde à vue se répandait sur les réseaux sociaux, j’ai vu pluieurs de mes contacts metalleux commencer à anticiper un backlash médiatique sur la communauté metalleuse dans son ensemble.

Ainsi, un de mes contacts facebook écrivait sur sa page:

« Métalleux, métalleuses, Brace yourselves, Commentaires are coming, avec la mise en examen de Varg, le Metal va s’en prendre des caisses et des violentes ! ahahahahah c’est bon, l’année prochaine on repasse sur M6, c’est fini les traitements de faveurs du petit journal ! 😄 »

Et, avec une inquiétude plus tangible, le fondateur et responsable du webzine Radio Metal:

Or, force est de constater que malgré des erreurs factuelles (Varg Vikernes « disciple » de Breivik, entre autres), les amalgames ont été quasiment inexistants. En fait, en parcourant les divers articles écrits sur cette affaire, les épithètes « néo-nazi » et « compatriote de Breivik » semblent plus significatif pour les journalistes, pour comprendre l’arrestation, que le statut de « star » du black metal de Vikernes, même s’il est également évoqué.

Radio Metal a compilé une petite revue de presse du traitement médiatique de l’affaire, avec le commentaire suivant:

« On aurait pu croire que, sous le coup de l’émotion, de nombreux médias généralistes allaient traiter à la va-vite l’objet éminemment complexe qu’est Varg en faisant, on l’a déjà vu à de nombreuses reprises par le passé, un amalgame facile entre « metal » et « extrémisme ». Pourtant, et c’est à signaler, malgré quelques approximations factuelles concernant l’idéologie de Varg (notamment son rapport à Anders Breivik) les grands médias ont souvent fait le travail en allant à la pêche aux infos – des infos précises parfois issues de médias spécialisés comme le nôtre – dans le but d’informer au mieux leur lectorat respectif.

France TV Info, Le Monde, BFM etc. : beaucoup de médias ont tenté de faire le portrait de Varg et je n’ai à ce jour pas constaté d’amalgames douteux assimilant « black metal » à « néo-nazi », « metal » à « dangerosité » ou les habituels poncifs que les fans de metal subissent constamment ! Mais n’hésitez pas à partager vos impressions en commentaires si vous avez lu/vu des propos de journalistes sur l’affaire Vikernes qui vous ont choqué ou si votre ressenti global, concernant le travail journalistique des grands médias sur cette affaire, est tout simplement différent de mon opinion (plutôt positive).« 

De mon côté, j’ai remarqué que les grands médias sont aller solliciter, outre des spécialistes des droites radicales (Jean-Yves Camus, Stéphane François, etc.), des experts de niveau universitaire, qui connaissent le sujet d’asez prêt (Alexis Mombelet, Nicolas Walzer). Parcontre, il ne m’a pas semblé que tous ces pseudos experts que certains catholiques, de droite comme de gauche, ont longtemps porté aux nues, et qui se sont spécialisés dans une dénonciation apocalyptique et outrancière du metal et des idéologies supposées en constituer le coeur: Jacky Cordonnier, le Père Benoit Domergue, Paul Ariès, etc. On ne nous a ps ressorti non plus la tarte à la crème du rapport de la MIVILUDES sur le satanisme.

Pour expliquer cette modération à l’encontre du metal, si nouvelle chez les grands médias français, on peut, avec Radio Metal, émettre l’hypothèse que la polémique récurrente du Hellfest et le succès populaire de ce festival, maintenant l’un des poids lourds français, ont favorisé une meilleure connaissance du metal par le grand public, et une acceptation croissante de ses valeurs et de son esthétique, et ont constitué un accélérateur de son intégration:

« D’ailleurs, en France, parler du metal dans les médias généralistes signifie souvent répondre à des questions où l’on est très vite obligé de défendre l’image négative du genre en dissertant sur les minorités extrémistes comme Varg Vikernes dont le discours haineux est, évidemment et heureusement, dénoncé par la très grande majorité du public metal. Dans cette optique, c’est dans la façon de parler du metal au grand public – véritable lutte pour l’image et la crédibilité du mouvement au sens large – que se situe l’une des vraies réussites du Hellfest. En effet, Ben Barbaud et ses acolytes sont parvenus à remporter, au fil du temps, un combat moral et politique situé bien au-delà de la musique et c’est peut-être avant tout en cela que la réussite du Hellfest est exceptionnelle. Les attaques anti-Hellfest en provenance des conservateurs (Christine Boutin, Philippe de Villiers…) ayant finalement été totalement décrédibilisées par des émissions comme Le Petit Journal (Canal +) qui n’ont jamais hésité à railler leurs discours extrémistes en valorisant même le festival de l’Enfer par l’humour ! »

Ironiquement, à force de ramener le metal et le Hellfest sur le terrain de l’actualité et de pousser les journalistes et l’opinion publique à s’y intéresser, ses opposants les plus irréductibles ont peut-être bien contribué à favoriser une connaissance plus étendue et nuancée de cette musique et de ce milieu. Bien malgré eux, ils auraient peut-être contribué à cette banalisation du metal extrême qu’ils semblent tant redouter.

Autre explication possible: le black metal a un quart de siècle. Le monde a vieilli, et les gamins qui se faisaient confisquer leurs CDs sont devenus grands, et pour certains, journalistes (je me souviens avoir discuté, à l’issue de la table ronde sur le metal organisée par le diocèse de Lyon en novembre dernier, avec un journaliste de Rue 89 Lyon qui se définissait lui-même comme metalleux. Les amateurs de black metal ne sont plus depuis longtemps une petite minorité de marginaux ou de précurseur, mais une composante à part entière du « grand public ». J’observe d’ailleurs une certaine porosité de la presse metal et de celle plus mainstream, puisque l’auteur d’un article sur Varg Vikernes publié cette semaine sur le Huffington Post est Maxime Bourdier, également membre de l’équipe de rédaction de Metallian, l’un des magazines de référence en France sur le metal extrême.

Côté catho, ça été très calme, ce qui n’a pas manqué de surprendre certains:

Pourtant, toute cette année a bien montré que l’actualité sociétale (mariage pour les personnes de même sexe, recherche sur les cellules souches…) écrasait, dans la cathosphère, tous les autres sujets ou presque, et en particulier les polémiques culturelles. Alors que les années précédentes, on a vu des campagnes très virulentes contre l’oeuvre « Piss Christ », divers pièces de théâtre, diverses séries télé, comme Inquisitio, cette année, on n’a quasiment rien vu de tel. Comme si, loin d’être une préoccupation centrale des catholiques, l’art « blasphématoire » était au fond un sujet bouche trou, destiné à faire entendre la voix des catholiques les plus revendicatifs en l’absence d’actualité sur les « vrais » sujets qui fâchent.

Même sur le Hellfest, l’année a été très calme, beaucoup plus que les précédentes (sans doute en grande partie du fait de l’actualité politique brûlante qui a mobilisé ailleurs l’énergie des cathos). Les deux polémiques les plus lourdes de l’année autour de ce festival, et de manière très relative, sont toutes deux sans rapport avec la nature de la musique qui y est jouée et l’identité des groupes qui y sont invités: la mobilisation de riverains contre les nuisances sonores du festival, et la saisie de viande avarié sur le stand d’un des restaurateurs sous-traités par le Hellfest.

Concernant la garde à vue de Varg Vikernes, j’ai juste remarqué un article du Collectif Provocs Hellfest ça suffit! qui citait une interview de Stéphane François sur Varg Vikernes et le NSBM, pour renvoyer sur un de leur propre article, qui établissait un lien entre le black metal dans son ensemble et l’idéologie de la Nouvelle Droite. Très mal à propos à mon sens, puisque ce politologue a lui-même réfuté, dans d’autres publications, l’amalgame qu’ils tentent de lui attribuer, comme je le signalais dans un billet que je consacrais aux liens entre une minorité de groupes de metal à la marge et certaines initiatives de la droite néo-païenne:

« la scène europaïenne s’est intéressée sérieusement au Black Metal àpartir des faits divers morbides dont les groupes radicaux de cette scène se sont rendus coupables : meurtres, cannibalisme, incendies de dizaines d’églises, violation de sépultures. En effet, depuis le début des années quatre-vingt-dix, cette scène musicale a souvent défrayé la
chronique par les crimes et les incendies perpétrés par des musiciens de cette scène ou par leurs fans. Des disques de groupes de cette scène furent saisis par la police, comme par exemple en Allemagne. Toutefois, malgré ces dérives nous ne pouvons pas suivre les textes délirants de Paul Ariès et du Père Benoît Domergue dans leur description apocalyptique de ce milieu musical car la majorité de ces groupes sont apolitiques et non violents, même s’ils utilisent un satanisme, souvent de façade. Par ailleurs, cette musique est née au milieu des années quatre-vingt absente de la violence postérieure qui caractérisera certaines de ses dérives » (Les paganismes de la Nouvelle-Droite, thèse de doctorat soutenue par Stéphane François le 29 septembre 2005 à l’Université Lille II, sous la direction de Christian-Marie Wallon-Leducq, p.192).

En fait, l’inquiétude exprimée mardi par beaucoup de metalleux (y compris de black metalleux), face au risque d’être amalgamés avec Vikernes, montre que loin d’être au coeur du milieu et de la musique metal, les idéologies violentes qui ont en partie accompagné la genèse de certains courants se séparent progressivement de celui-ci. on observe avec le black metal ce qu’on a constaté avant lui, pour d’autres courants musicaux, ou plus largements artistiques, contestataires. Mieux ils sont connus, et plus ils sont reconnus. Plus ils sont reconnus, et plus ils s’intègrent au paysage culturel au sens large. Ils se répandent, se partagent davantage, et perdent de leur radicalité. Bien loin de subvertir la culture, ils sont phagocytés par elle (les réactions de la communauté metalleuse cette semaine, oscillant entre sarcasmes envers Varg Vikernes et refus des amalgames, témoignent que l’écoute assidue de Burzum n’implique nullement une adhésion aux thèses politiques, religieuses et historiques de son auteur. Assez paradoxalement, alors que la grande majorité des metalleux détestent sa « pensée », ses positions politiques lui ont par contre valu une appréciation très élogieuse en 2011 de la part d’un blog intégriste particulièrement mobilisé contre le Hellfest: comme quoi le rapport triple entre musique, idéologie et religion est finalement plus complexe et pluriel qu’on ne le dit souvent).

Aussi bien la revendication, longtemps (et abusivement à mon sens) présentée comme indissociable du black metal , d’une musique qui devrait, sous peine de se perdre, être celle du mal, que le combat de certains chrétiens contre la culture « sataniste semblent devenir avec le temps des combats d’arrière-garde, à l’obsolescence programmé à moyen terme. La question qui commence à se poser est plutôt celle d’un black metal, dont l’intégration par la culture mainstream est désormais en bonne voie, qui arriverait à mettre en cohérence cette évolution avec la radicalité et la violence de son esthétique. il s’agit peut-être désormais de moins s’épancher ad nauseam sur ce qu’il combat ou serait supposé combattre (le christianisme etc.), mais sur la partie positive (paradoxalement il est vrai pour une musique si négative) de son message: ce qu’il dit de l’homme, de la souffrance, du monde, de la nature etc…. et de la musique en elle-même).

Avec toute les difficultés (abstraction, élitisme…) qu’il y a à théoriser l’apport artistique au sens le plus large de d’expressions de l’art populaire, et les résistances que ce type de tentatives entraine fréquemment, comme en témoigne la publication d’un manifeste en faveur d’une théorisation plus grande du black metal, publié par un membre du groupe Liturgy:

« Une violente controverse a récemment secoué la scène déjà tumultueuse du black metal, suite à la parution d’un manifeste, Transcendental Black Metal. Son auteur, Hunter Hunt-Hendrix, compositeur et chanteur d’un groupe brooklynien (Liturgy) y redéfinissait les contours, la nature et la destinée de cette musique, en des termes clairement philosophiques, et à grands renforts d’emprunts à Nietzsche et à Hegel.

Plus précisément, il y décrivait deux moments dans l’histoire de cette musique, en théorisant la nécessité du passage de l’un à l’autre. Le premier – correspondant à la naissance du genre et à son développement, essentiellement en Scandinavie – y était décrit comme « atrophié, nihiliste, lunaire » en raison de ses thématiques et de sa tonalité. Le caractère statique de ce premier moment est, pour Hunt-Hendrix, insatisfaisant, et doit conduire à un dépassement, une négation nietzschéenne du nihilisme. Ce deuxième moment – à savoir, l’émergence d’un black metal américain hybride, intégrant d’autres genres musicaux et développant une rythmique légèrement distincte – se caractérise par l’affirmation, la plénitude ; des valeurs solaires, en somme3. Ce deuxième temps, qui est aussi la forme aboutie de ce genre, sa fin, inclut implicitement l’œuvre de Hunt-Hendrix et de son groupe Liturgy.

Or, au sein de l’univers relativement fermé et discret du black metal, la simple mise en ligne de ce texte a provoqué un petit cataclysme, qui s’est notamment manifesté sur le web. Tandis que ce discours philosophique exposait Liturgy à un plus large public, lui valant notamment l’intérêt du New-Yorker ou de Art Times, les réactions violentes de fans de metal ont fusé. Jugé pédant ou déplacé par certains, illégitime par d’autres – en s’ouvrant à d’autres genres musicaux, Liturgy aurait perdu le droit de formuler un quelconque discours sur le black metal – le manifeste donne lieu à plusieurs lettres ouvertes dirigées contre ce « traître » qui a voulu se faire le chantre d’une cause qui n’est pas la sienne. […]

A notre sens, l’accueil réservé à ce manifeste au sein de la scène metal est un indice de la méfiance générale des cultures populaires à l’égard de toute forme de théorisation. Préférant rester à l’abri du regard du grand nombre, et refusant d’être traduites dans des termes « sérieux », ces sous-cultures gardent leurs distances avec la théorie. Mais ce faisant, elles maintiennent le fossé séparant les arts « nobles » ou savants des arts populaires, se constituant volontairement comme un objet négligeable pour les universitaires – ou tout juste digne de l’intérêt de l’ethnologue attiré par l’exotisme d’une culture étrangère. Elles se cantonnent volontairement dans le domaine de l’expression viscérale d’émotions propres à une certaine catégorie de la population – simple symptôme d’un phénomène que la sociologie se donnera pour objet d’expliquer.

Pourtant, comme le souligne Hunt-Hendrix lui-même, « les musiques populaires pourraient se permettre d’être un peu plus prétentieuses ». Car s’enfermant dans la catégorie des musiques qui ne se théorisent pas, elles masquent leur intérêt esthétique propre, et dissimulent le fait qu’à leur manière, elles constituent une forme de pensée sensible, enfermant des positionnements métaphysiques et éthiques, des points de vue sur le monde. Elles se donnent à voir comme des simples phénomènes anthropologiques, outils de reconnaissance au sein de groupes tribaux, masquant tout ce qu’elles donnent à penser sur le plan esthétique.

Le texte de Hunt-Hendrix aura au moins eu ce mérite-là. Renouant avec la tradition des manifestes artistiques qui ont fleuri au début du siècle dernier, le musicien adopte une posture qui consiste à penser sa place au sein d’une histoire de l’art, à situer son geste artistique au sein de cette histoire, et à justifier, de manière théorique, la nécessité de ce geste. Ce faisant, le chanteur contribue à amenuiser le fossé existant entre arts « nobles » et arts populaires, acte pour lequel on ne saura trop lui témoigner notre reconnaissance. » (Un manifeste pour le black metal : quand les musiques populaires se théorisent, par Églantine de Boissieu et Catherine Guesde, Sens public, 9 janvier 2012)

A propos de la vidéo: « Du Death Metal à Jésus Christ »

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , on 8 juin 2012 by Darth Manu

Le Collectif Provocs Hellfest ça suffit a rappelé récemment  l’existence d’un témoignage, posté sur DailyMotion et Youtube, qui émane d’un ancien amateur de metal extrême, dont l’expérience largement atypique de cette musique semble avoir été l’occasion de grandes souffrances psychiques et spirituelles, et qui s’est par la suite converti au christianisme, ce qui lui a permis de trouver une forme de paix intérieure.

Il se trouve que je connais cette vidéo depuis l’été 2009, lorsque j’ai pris connaissance de la polémique autour du Hellfest. J’ai alors été profondément  troublé par la manière dont son titre  semblait monter en épingle un témoignage magnifique, mais isolé, pour stigmatiser une communauté toute entière. Cela n’a pas été pour rien dans ma décision l’année d’après de m’engager dans ce débat, et je lui ai consacré sur mon précédent blog, Aigreurs Administratives, le tout premier article que j’ai écrit sur le métal. Ce billet est intitulé: « Du metal à Jeus Christ au metal ( à Jésus Christ) » et a été publié le samedi 20 février 2010. Je le reproduis ci-dessous:

 » « Du death metal à Jésus Christ« : j’ai découvert ce témoignage en surfant sur Google l’été dernier, lorsque la polémique autour du Hellfest commençait à retomber. Il m’a laissé une impression très mitigée.

En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l’amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l’enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C’est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l’action de l’Esprit Saint.

Par contre, l’usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S’il est certain que la musique metal n’est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c’est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l’écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices. Le père Robert Culat, dans son livre L’Age du metal (Editions du Camion Blanc, septembre 2007), en cite plusieurs:

« Le metal m’aide à purger mon agressivité.L’écoute du Death metal m’apaise ». (p. 187)

« Personnellement le metal me renforce, me régénère, il me permet de ne pas sombrer dans une dépression en voyant dans quel monde nous vivons ». (p. 188)

« Cette musique m’a servi d’exutoire à l’époque où j’avais besoin de défouler une violence contenue qui aurait pu déboucher sur des actes autrement rédhibitoires ». (p. 189)

Et si je puis me permettre d’apporter mon propre témoignage, je ne suis pas d’accord du tout non plus pour décrire le metal comme une musique par nature source de colère et de souffrance.

Il est vrai que lorsque j’ai commencé à écouter du metal (surtout du heavy et du black), je sortais de l’adolescence et me suis détourné de mon éducation chrétienne et de ma foi par des attitudes et des opinions néfastes et courantes chez certains métalleux. Il est tout aussi vrai que lorsque je suis retourné dans l’Eglise, j’ai arrêté d’écouter pendant plusieurs années des groupes de metal, et j’ai essayé de faire une croix sur cette période de ma vie.

Et j’en ai ressenti de la souffrance. J’avais l’impression de me couper d’une certaine forme de beauté dont l’expérience m’avait été donnée. Je n’arrivais pas à faire le lien entre ce que je concevais comme mon devoir de chrétien et le souvenir que je gardais de mes amis métalleux. J’avais l’impression d’être écartelé entre deux vérités dont j’avais été témoin, aussi incontournables l’une que l’autre et pourtant apparemment incompatibles.

J’ai recommencé à écouter du metal, en choisissant des groupes chrétiens pas trop méchants comme Stryper. Puis je suis passé au unblack metal, avec des groupes comme Antestor. J’ai découvert que des chrétiens essayaient de réconcilier leur passion du metal avec leur foi, comme les groupes de metal chrétien, comme le père Culat, comme les membres du groupe facebook « Je suis chrétien, j’écoute du metal et ce n’est pas contradictoire ».

J’essaie actuellement de faire oeuvre de discernement à la façon ignatienne, en prêtant attention à ce que le metal me fait, aux mouvements qu’il suscite dans mon coeur. Et malgré tout ce que certains peuvent dire sur l’incompatibilité apparente entre les ambiances nihilistes et désespérées propres au black metal et la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, je rejoins le témoignage cité plus haut qui mentionnait l’influence apaisante du death metal. En donnant une structure (si déstructurante soit-elle par rapport aux styles musicaux plus répandus) et un rythme (parfois à la limite du supportable mais évocateur et rempli de signifiants) à des angoisses et des fantasmes jusqu’alors non formulés, le metal extrême les exorcise et leur donne de la beauté, une source de significations potentiellement positives et créatrices d’espoir dans la vie et l’âme de l’amateur de black metal que je suis. Et si personnellement je ne suis pas musicien, cette beauté qui surgit dans leur vie, là où ils voyaient peut-être un peu trop de laideur, incite les amateurs de cette musique qui jouent d’un instrument à créer plutôt que détruire.

Je n’ai pas fini mon discernement, mais ce point où j’en suis me paraissait suffisamment important pour le partager avec vous.

Pour finir, je voudrais vous fournir une dernière piste de réflexion: l’aumônerie de ma paroisse, où je suis animateur, a organisé la projection du film D’une seule voix, qui montre la tournée en France d’un orchestre composé d’iraeliens juifs et arabes, et de palestiniens. On y trouve des musiciens de hip hop, style parfois aussi contesté que le metal. Tout le monde a trouvé ce film très beau, très proche du message de l’Evangile. Et bien le groupe israélien Orphaned Land, qui a certes développé une identité très singulière, mais qui est parti du death metal, ne cesse au fil de ses albums de chercher à promouvoir la paix entre chrétiens, juifs et musulmans, et revendique avec fierté son succès auprès des jeunes palestiniens.

Où est la différence? »

Hellfest, Holyfest… et pourquoi pas les deux?

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , on 6 juin 2012 by Darth Manu

Pas très motivé par la nullité de la plupart des actions récentes contre le Hellfest, je me suis concentré sur d’autres sujets dans mes derniers articles (la seconde partie de ma réflexion sur la catharsis devrait être publiée d’ici lundi prochain, soit dit en passant). C’est pourquoi je n’ai parlé ni de la pétition d’Avenir de la Culture, pompée à 99% sur d’autres sites et dont les arrières-pensées politiques paraissent si douteuses que même le Collectif Provocs Hellfest Ca Suffit a déconseillé de la signer, ni de l’action en justice de l’AGRIF et de l’article récent de l’Humanité (dont les cathos anti-Hellfest se sont moqués, notamment dans Nouvelles de France) qui ont en commun de faire un amalgame simpliste entre imagerie guerrière et apologie du nazisme.

Je reprends cependant aujourd’hui la plume à propos de cette polémique, suite à un échange ce matin sur Twitter avec le collectif Culture et Foi, qui a porté à mon attention un nouvel angle d’attaque des catholiques hostiles au Hellfest: opposer ce dernier au Holyfest, festival de musique chrétienne dont la première édition est prévue le 30 juin et le 1er juillet prochains à Arradon, dans le Morbihan. Par exemple:

 » Vous êtes « Holyfest » ou « Hellfest » ?
 Anne Kerjean , le 21 avril 2012 à 18:20 
Lu sur le site du Holyfest : 
HolyFest est un festival jeune de musique chrétienne ouvert à tous,
qui se déroulera du 30 juin au 1 juillet 2012. À l’initiative, un groupe
de jeunes du diocèse de Vannes qui, épaulés par leur évêque, a voulu
répondre à l’appel de Benoît XVI à l’évangélisation. Comme têtes d’affiches cette année, Glorious et LZ7 vont faire vibrer
le campus du Vincin, où se déroule l’événement ! En plus de ces deux
groupes, 2 artistes tenus secrets pour le moment complèteront la fête !
Et le côté spirituel ne sera pas mis de côté pour autant : rencontres,
débats, messe, adoration, etc. seront organisés pendant toute la durée
du festival. Des intervenants de qualité, des artistes qui déchirent, du
matériel de pro, une ambiance de dingue et même un DJ en live à minuit,
rien n’est mis de côté.

« Je ne suis pas fan, mais l’idée est bonne… » (a.k) » (Chrétienté-info)

 Côté défenseurs du Hellfest, certains se sont également emballés:

 » HolyFest, pour concurrencer le Hellfest… navrant….

Après Christine Boutin, après les messes en parallèle au Hellfest pour empêcher Satan de revenir sur Terre, voici le HolyFest !

T’es jeune ? t’es catho ? tu aimes le rock chrétien ? tu aimes faire des randonnées à genoux ? Saint Jacques est un objectif pour toi ? Alors le Holy Fest est pour toi !!! Et c’est dans le Morbihan…. “À l’initiative, un groupe de jeunes du diocèse de Vannes qui, épaulés par leur évêque, a voulu répondre à l’appel de Benoît XVI à l’évangélisation.” »(Nantes Secteur Ouest)

 Autant dire que cette façon de mettre en concurrence ces deux festivals m’ENERVE profondément. Voici pourquoi:

1) Le nom ne dit pas tout: 

Ce n’est pas parce qu’un festival s’appelle  « Hellfest » qu’il vise à choquer les chrétiens. D’une part, « Hell » a des connotations plus étendues, eet pour certaines plus neutres, que le seul Enfer chrétien. D’autre part, on peut y voir de manière beaucoup plus plausible un simple clin d’oeil potache à la réputation « sulfureuse » du rock puis du metal.

Et inversement, ce n’est pas parce que le nom « Holyfest » évoque le Hellfest que la visée des organisateurs est nécessairement de créer une réponse chrétienne à ce dernier. Au contraire, ils s’en défendent explicitement sur leur page facebook:

 » Julien Hl: un site anti hellfest (provocs hellfest, ça suffit pour le citer) fait la promo du holyfest. question : adhérez vous aux propos tenu par ce genre de site, ainsi qu’à leurs demandes de censures par pétition?
2 juin, 11:22 · J’aime

HolyFest: HolyFest n’est pas le porte parole d’une cause ou d’un mouvement, nous ne sommes pas un lobby ou un groupe de pression nous n’avons donc pas à prendre position. Notre seul souhait est de proposer un festival de musiques chrétiennes actuelles de qualité. Nous nous construisons en proposition et non en adhésion ou en opposition.
dimanche, à 19:04 · J’aime

Julien Hl: genre quelques soient ceux qui vous font de la pub faut pas cracher dans la soupe…… -_-‘
Hier, à 13:51 · J’aime

HolyFest: Le site Provocs HellFest a publié de son plein gré un article sur notre festival. Cela ne signifie en rien que le festival s’inscrit dans la lignée des critiques faites par ce site sur le HellFest. Aucun rapprochement, comparaison ou opposition ne doivent être effectués.
il y a 21 heures · » (page facebook du Holyfest).

 Sans doute les catholiques si prompts à la « riposte » seraient bien inspirés de vérifier leurs sources avec la même rigueur et la même honnêteté qu’ils demandent aux médias, dès lors qu’il s’agit de l’Eglise, et auraient pu par exemple tout simplement demander aux organisateurs du Holyfest de préciser leurs intentions, au lieu de les faire séance tenante les porte-étendarts d’une croisade qui n’est pas nécessairement la leur.

2) Comparer ce qui est comparable: 

Faire connaitre une initiative telle que le Holyfest, qui vise à réconcilier culture contemporaine et foi chrétienne, cela me parait excellent. Par contre, en profiter pour faire des comparaisons irréfléchies et partisanes ne peut selon moi que fausser l’image de ce festival auprès de l’un de ses coeurs de cibles: les jeunes qui aiment la musique, sont intéressés par le christianisme mais hésitent à faire le premier pas, et risquer de les e détourner:

– les finalités respectives du Hellfest et du Holyfest ne sont clairement pas les mêmes: le Holyfest a un objectif d’évangélisation, et n’invite que des groupes chrétiens. Le Hellfest se veut purement à visées musicales, et non seulement ne se limite pas aux groupes « christianophobes », mais invite également ceux qui pronent la tolérance et le dialogue avec les religions (Orphaned Land l’an dernier), mais également, et depuis plusieurs années, des groupes chrétiens, comme je le montrais dans un article précédent.

– Leur rayonnement culturel est sans rapport: le Holyfest accueille trois groupes, le Hellfest trois fois cinquante groupes. Le premier invite des groupes respectables, qui arrivent à créer une bonne ambiance delouange et de prière lors des rassemblements chrétiens du genre FRAT ou JMJ, comme Glorious. Le second accueille des groupes qui ont tourné des pages essentielles de l’histoire du rock et de ses dérivés, ainsi Ozzy osbourne, Lynyrd Skynyrd, Judas Priest, Scorpions, Slayer, … J’aime bien Glorious, j’ai assisté récemment à un de ses concerts à Cergy avec mon groupe d’aumônerie, dont j’ai gardé un bon souvenir. Maisen terme de virtusosité technique et d’innovation musicale, il semble très en dessous de beaucoup de groupes conviés au Hellfest. Opposer le Holyfest au Hellfest ne peut qu’être défavorable au premier, ne serait-ce que du fait de la différence de moyens et de niveau musical, et donner l’impression que pour les catholiques, la musique n’est que le prétexte à une forme d’entrisme idéologique et n’est jugée que sur ses seuls paroles, sans recherche de profondeur musicale ou de créativité artistique. Faire de l’art un prétexte, ce n’est pas le but du Holyfest, mais l’utilisation polémique qui en est faite par certains lui en donne l’apparence, et sape ses efforts d’évangélisation…

-Les registres musicaux ne sont pas les mêmes: si le Holyfest était un festival de metal chrétien, on pourrait encore discuter, mais il se focalise surtout pour l’instant sur la pop- louange, qui n’a pas grand chose à voir musicalement avec le metal. Opposer le Holyfest au Hellfest, c’est donner l’impression qu’une sensibilité religieuse chrétienne, tournée vers des musiques plus sucrées, s’opposerait à une sensibilité musicale plus virile, intrinsèquement anti chrétienne, ce qui est une caricature et du débat autour du Hellfest, et du christianisme, dont la plupart des anti-hellfest se sont toujours défendus, et qui ne peut qu’aller contre une perception plus favorable de notre foi dans la culture contemporaine.

3) Ne pas privilégier les oppositions artificielles au détriment des passerelles:

Cette opposition théorique entre les deux festivals semble présupposer que l’on doit choisir entre les deux. Mais plusieurs métalleux qui participent au Hellfest se sont montrés très tôt intéressés par le Holyfest, comme la page facebook de ce dernier en témoigne:

 » Julien H: moi je vais au hellfest, et j’ai envie de vous dire bravo! enfin une forme de contestation intelligente! au lieu de critiquer bêtement vous faites votre propre festival avec votre musique, très bien ça ^_^ on va finir par s’entendre 😉
2 février, 12:18 · J’aime · 15

Lou Tou: Moi j’aimerai faire les 2 HellFest et HolyFest !!!! On peut être catho et metalleux !!!
6 février, 15:49 · J’aime · 4

Julien H: bon après selon la tenue pour le hellfest (on a parfois du très très lourd) éviter de mettre la même pour le holyfest….. ou alors le holyfest avec un t-shirt hellfest et inversement…juste pour le fun :p
6 février, 20:47 · J’aime · 2

Maxime P: Exactement on peut être catho et métalleux (je le suis mêm si je suis plus hard rock style guns n’ roses) Et il ne faut pas faire l’amalgame des contestations de certains intégristes avec l’Eglise !!
6 février, 22:57 · J’aime · 1

Lou T: Pour ceux que sa interesse j’ai fondé un groupe facebook sur le metal chrétien (ouvert à tous chrétien ou non) https://www.facebook.com/groups/112597992121331/
Vive le métal chrétien!!!!!
Parce que le métal chrétien est une exellente manière pour les chrétiens amateur…
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7 février, 12:40 · J’aime · 2

Émeline L: trop envie d’y aller!!!
8 février, 18:54 · J’aime · 1

Kévin K: Je trouve complètement idiot de considérer ce genre de festival comme étant une sorte de réponse au Hellfest. D’après ce que j’ai pu voir, le Holyfest affiche clairement sa volonté de proposer des groupes/artistes à vocation Chrétienne (mêm…
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10 février, 18:01 · J’aime

HolyFest: Notre festival ne s’oppose à rien ni personne : nous proposons juste notre musique !
11 février, 10:28 · J’aime · 1 » (page facebook du Holyfest).

 Le Holyfest est une passerelle possible avec la musique populaire. L’opposer d’emblée à l’un des festivals les plus importants de celle-ci, c’est en faire un repoussoir pour ceux-là mêmes qu’il souhaite amener à porter un regard plus favorable sur le christianisme.

 Surtout, il est remarquable de constater l’évolution comparée des métalleux envers le christianisme, et des catholiques envers le metal. Il fut un temps où les groupes de metal chrétiens étaient ostracisés sur certaines scènes metal: en témoignent par exemple les déboires d’Antestor avec le label Cacophonous Records, ou encore l’annulation par Enslaved, plus récemment, d’un concert prévu avec le groupe Slechtvalk sous la pression de certains fans. Et pourtant, ils sont de nos jours de mieux en mieux acceptés et intégrés au sein du metal mainstream. Certains sont invités au Hellfest… Et rien que pour cette année, il me vient spontanément en tête plusieurs chroniques très positives d’albums de groupes ouvertement chrétiens sur des sites importants de metal mainstream: ainsi concernant Betraying The Martyrs (deathcore), Theocracy (power metal) ou encore A Hill To Die Upon (death/black metal).

Alors que comme en témoignent cette polémique, et les nombreuses initiatives lancées cette année contre le Hellfest, de nombreux catholiques choissement la crispation et la confrontation plutôt que de profiter de ces ouvertures, et préfèrent concevoir la culture comme un champ de bataille plutôt que comme le lieu d’un dialogue, à rebours de cette belle initiative que le Holyfest demeure, se définir en opposition à une culture non chrétienne plutôt qu’en proposition d’une culture chrétienne…

Il ne fait pas de doute que face à la déchristianisation de notre société, il est primordial de dialoguer avec nos contemporains et de les informer, afin qu’ils aient une vision plus  exacte et juste du christianisme et de l’Eglise. Il ressort pourtant de ce billet, et notamment du fait que beaucoup de metalleux semble de mieux en mieux disposés envers le christianisme qu’il y a quelques années, en sens inverse notre propre évolution par rapport à la culure contemporaine,  qu’en nous mettant à leur écoute, nous avons égelement beaucoup à gagner en terme d’enseignements et de remises en questions.

En attendant, je souhaite une édition plein de succès, et sans incidents, aussi bien au Hellfest (où je serai présent sur toute sa durée dans une dizaine de jours) qu’au Holyfest (auquel je ne pourrai malheureusement pas assister cette année)!!! 🙂

Y a-t-il un scandale du Hellfest? (cc @abbegrosjean )

Posted in Hellfest with tags , , , , , on 12 avril 2012 by Darth Manu

 

Pas très fier d’avoir publié un billet au ton polémique un Mercredi des Cendres, j’avais décidé de faire Carême de billets sur le Hellfest. Nous sommes désormais dans le temps de Pâques, et bien que celui-ci se prête encore moins dans son esprit aux joutes internautes enflammées, deux points d’actualité m’obligent à revenir sur ce débat:

1) Les billets du Collectif pour un Festival Respectueux de Tous sur le groupe de black metal Taake, invité cette année au Hellfest, bien que le chanteur ait suscité récemment la polémique en Norvège par des propos insultants pour l’Islam, et ait pour habitude d’arborer en concert une croix gammée sur la poitrine.

2) Une intervention de l’Abbé Grosjean sur Europe 1 (et les échanges subséquents que j’ai eu avec lui sur le sujet sur Twitter) où il donne une large diffusion aux positions qu’il partage avec le Collectif.

J’ai décidé de faire de ce billet une synthèse de mes réponses aux arguments des catholiques critiques envers le Hellfest.

Pour éviter tout malentendu je tiens à préciser que bien que je ne connaisse pas vraiment personnellement l’Abbé Grosjean (bien que nous sommes croisés à l’occasion, aux dernières JMJ et dans un rassemblement de blogueurs cathos), je suis paroissien du diocèse où il est prêtre, et qu’à ce titre, j’ai probablement un certain nombre d’amis en commun avec lui, et que je lui suis très reconnaissant du dévouement avec lequel il exerce son ministère, d’après les échos que j’en ai entendu. J’ai également apprécié l’honne^teté et le courage dont il a fait preuve lors de la polémique sur la pièce de Castellucci cet automne. Tout ça pour dire que nos différences d’opinions sur le Hellfest ne lui valent aucune hostilité personnelle de ma part, et qu’il n’est pas non plus un « intégriste », ni un « menteur », contrairement à ce que j’ai pu lire à l’occasion en certains endroits.

Pour faire bonne mesure, j’ajoute que si je suis souvent dur avec le Collectif dans mes billets, et que je comprenne qu’ils en retirent un certain agacement, pour ne pas dire un agacement certain, je ne les considère pas comme des « extrémistes » et que j’observe des différences importantes, notemment dans la forme plus modérée, avec celles menées en parallèle par Civitas (qui les a d’ailleurs magistralement zappé sur la question l’an dernier). Ce qui ne retire rien au fait que je regrette profondément leurs a priori et le fait que leur méthode d’analyse du Hellfest et du metal contribue généralement par ses lacunes (amalgames, citations wikipedia détournées, incohérences…) à donner à leurs lecteurs les moins informés une vision extrêmement déformée des deux.

1) Le Hellfest: un festival anti chrétien?

a) christiancore et black metal

Comme je le signale dans mon billet sur la présence de groupes chrétiens à l’affiche du Hellfest 2012, pour moi, les critères de programmation du Hellfest ne sont ni religieux ni idéologiques, mais artistiques: le Hellfest invite les groupes qui montent ou qui font parler d’eux, dans les registres musicaux de sa compétence. J’en veux pour preuve, la présence, au côté de groupes aux thématiques satanistes ou néo-païennes, actuellement majoritaires dans le sous-registre du black metal, celles de groupes explicitement chrétiens dans celui du metalcore (August burns red, Betraying the martyrs), dont la composante chrétienne est de plus en plus populaire aux Etats Unis notemment.

Contrairement à l’interprétation proposée par un membre du Collectif dans une interview accordée à Paris-Match, il semble douteux que ces groupes soient invités pour servir d’alibi: plusieurs d’entre eux étaient déjà programmés en 2009 avant le retrait de Coca-Cola des sponsors et le début « sérieux » de la polémique.

Le vrai débat ne porte donc pas tant à mon avis sur le Hellfest en lui-même, qui se contente d’inviter les groupes qui « marchent », et qui est un festival de metal parmi beaucoup d’autres (sonisphère, Wacken, Copenhell…)que sur la prégnance de certaines thématiques d’allure anti chrétienne dans certains styles (le black metal, et dans une moindre mesure, le death metal, en particulier…). Le Père Grosjean, dans un billet ancien, rappelait qu’il ne s’agissait pas de polémiquer sur le metal mais de faire respecter la loi par un festival bien précis. Je pense au contraire qu’il est plus légitime de discuter les inspirations et les formes d’expression du metal dans son ensemble que de se focaliser sur un festival: sinon cela revient à traiter les symptômes et non les causes.

b) connotation et dénotation: ne pas niveller le sens

Encore convient-il de se doter d’une grille d’analyse opératoire. Comme je l’expliquais dans un précédent billet, se contenter de citer des textes de groupes présents au festival qui relèvent des champs sémantiques et lexicaux de la violence, du satanisme, du paganisme, de l’occultisme, e l’anti-christianisme, ne permet pas de cerner le message réel des auteurs, qui est conditionné par beaucoup de paramètres.

Ainsi je rappelais que le sens dénotatif explicite du texte, aussi noir, révolté et morbide qu’il puisse apparaitre au néophyte, est susceptible d’être altéré par toutes sortes de connotations, qui peuvent résider dans les figures de style contenues dans les paroles, dans la mise en scène, dans la musicalité, dans l’expression même qui se lit sur le visage des musiciens lorsqu’ils jouent sur scène, dans le contexte de la représentation et ce que les auditeurs viennent y chercher. Et je citais l’exemple de Pneumatis, considérablement moins choqué l’an dernier par la prestation de Dark Tranquillity que par celle de Therion, bien qu’il y ait assisté juste après, et malgré une musique beaucoup plus violente (death mélodique vs opéra metal) et une mise en scène plus explicitement morbide.

Restituer l’esprit véritable des groupes invités au Hellfest, et celui de ce festival, demande donc un travail de précision qui suppose de ne pas plaquer une grille de lecture préétablie sur les phénomènes observés et de  prendre le temps de fréquenter la musique elle-même, sur CD et en concerts. Un travail que le Collectif, malgré l’authentique bonne volonté de ses membres, et une débauche de copier-coller qui peut impressionner le lecteur mal informé, ne fait pas jusqu’ici (à part l’article d’Etienneweb sur GNR qui est tout à fait intéressant). Quelques exemples: une citation non sourcée de l’article wikipedia sur Blue Oyster Cult, détournée de son sens initial pour faire passer une filiation musicale pour une filiation idéologique, un article délirant qui vise à démontrer les liens supposés entre metal et Nouvelle Droite sur le « fondement » du choix de pseudonyme d’un musicien (et cela  après avoir présenté le Hellfest dans un article précédent comme « la vitrine culturelle de l’esprit de gauche »: merci la cohérence!), leur présentation d’une collaboration ponctuelle entre Eminem et Marylin Manson comme la preuve d’une « connexion avec le rap »: apparemment quelque chose de très mal pour eux. Pourquoi? Mystère (le Collectif: arrière base des vrais « True Metalleux »? 😉 )…

c) art et morale: un critère de discernement insuffisant

Mais voilà que l’Abbé Grosjean m’oppose sur Twitter une objection assez forte en apparence:

 » certain que #Hellfest pourrait se tenir sans inviter ce genre de chanteur avec croix gammée par ex : 1.bp.blogspot.com/-JGwjoqyJ22Q/T… @Darth_Manu« 

Ca s’est sûr, de même que la littérature française du 20ème siècle aurait sûrement subsisté si Céline n’avait pas écrit Bagatelle pour un massacre et si Brasillach n’avait pas collaboré avec le régime nazi. Que Carl Schmitt n’avait pas besoin de soutenir le régime nazi pour être un philosophe politique de premier plan. Que les peintures du Caravage n’auraient pas moins embelli les églises italiennes s’il n’avait tué personne ni été mêlé à toutes sortes d’affaires criminelles.

Car devinez quoi? S’il est certain que l’importance d’une oeuvre d’art ne doit pas rendre aveugle sur les exactions éventuelles de son auteur, ces dernières n’annulent pas non plus cette importance. J’ai été horrifié  d’apprendre le comportement personnel de Roman Polanski, et écoeuré de l’indulgence de la justice suisse à son égard. Cela n’enlève rien à mon respect pour ses talents de réalisateur et son importance dans l’histoire du cinéma, et je n’exercerai pas de pression pour entraver le financement de ses films ou leur représentation.

On m’objectera qu’il ne prône pas la pédophilie dans ses films. Cela ne vaut pas pour certains des auteurs que je viens de citer, qui exposent clairement leurs convictions antisémites dans leurs oeuvres, et dont les plus ardents défenseurs se trouvent souvent au premier rang de ceux qui jouent les vierges effarouchées face au Hellfest.

Tout ça pour dire que les musiciens de Taake semblent être une belle brochette d’abrutis, mais que leur contribution  musicale au black metal est tout à fait excellente, et mérite d’être reconnue par les festivals en pointe dans le genre. De même que personnellement, je fais le choix d’écouter du black metal chrétien, mais que jamais je ne dirais que Sanctifica ou Elgibbor supplantent Mayhem ou Darkthrone ou Emperor, et que je ferai mémoire du talent de ces groupes sans qui le BM n’aurait pas existé, quand bien même je désapprouve leur discours et leur comportement.

Cette reconnaissance du talent musical malgré un comportement personnel et des textes condamnables, j’y vois un précédent dans l’Eglise, avec ce communiqué du Vatican:

 “À l’occasion du 40è anniversaire de la dissolution des Beatles, le Vatican a rendu hommage samedi aux quatre garçons dans le vent dans son hebdomadaire l’Osservatore Romano. Dans un article, le Vatican déclare qu’il pardonne aux Beatles pour leurs commentaires « sataniques » et notamment ceux de John Lennon qui déclarait en 1966 que son groupe était plus populaire que Jésus Christ. Le Vatican a également déclaré que les Beatles était « un joyau » de la musique. « Il est vrai que le groupe consommait de la drogue, qu’ils vivaient dans l’excès à cause de leur succès. Ils ont même dit qu’ils étaient plus connus que Jésus Christ et on fait passer d’autres messages mystérieux à connotation satanique. Ils n’ont peut-être pas été le meilleur exemple qui puisse être pour la jeunesse de l’époque, mais ils n’étaient pas les pires. Leurs belles mélodies ont changé le monde de la musique et continue encore aujourd’hui à donner du plaisir », écrit l’Église Catholique. John Lennon avait également déclaré lors de cette fameuse interview que la chrétienté finirait par disparaître. « Elle va s’éteindre et sombrer. Je n’ai même pas besoin de le prouver…Je ne sais pas qui du rock and roll ou de la chrétienté des disparaîtra le premier » avait-il affirmé, choquant le Vatican. Une page est donc tournée aujourd’hui et l’Eglise Catholique semble définitivement réconciliée avec les Beatles. Interviewé sur la chaîne américaine CNN, l’ancien batteur du groupe, Ringo Starr, qui vient de sortir un nouvel album intitulé « Y Not », a déclaré mardi qu’il se fichait du pardon du Vatican. « Ils ont déclaré à l’époque que nous étions sataniques et ils ont quand même réussi à nous pardonner ? Je pense qu’ils ont mieux à faire que de parler des Beatles », a-t-il expliqué” (Le Parisien).

Si l’Eglise estime que la contribution musicale des Beatles peut suffir à contre-balancer leur « satanisme », pour quoi ne pourrait-elle pas mener la même réflexion pour les groupes de black metal? Ou alors, c’est que le BM en tant que musique emballe peut-être moins les catholiques que les Beatles. Et on n’est plus dans une controverse idéologique mais dans une discussion sur les goûts musicaux des uns et des autres. Autant l’assumer une bonne fois pour toutes…

2)  Le Hellfest: un festival qui fait deux poids deux mesures?

a) Anal Cunt et Satanic Warmaster

L’un des arguments favoris du Collectif est de soutenir que l’orga du Hellfest fait preuve d’hypocrisie, puisqu’elle refuse de déprogrammer les groupes anti-chrétiens, mais qu’elle a déprogrammé l’an dernier deux groupes d’allure antisémites l’an dernier: Satanic Warmaster et Anal Cunt, ce qui tendrait en outre à montrer qu’il existe une discrimination sélective envers les chrétiens, dont les outrages qu’ils subissent de la part de certains groupes seraient présentés comme du « folklore », alors que les groupes qui s’attaquent à d’autres religions seraient sanctionnés immédiatement.

L’examen des faits me parait contredire cette analyse. Si nous en reprenons l’historique en effet, on observe quà partir d’un reproche apparemment similaire: le soupçon d’antisémitisme, les réactions du festival  et des festivaliers  ont été bien différentes. Satanic Warmaster, groupe de black metal réputé proche de la mouvance NSBM (National Socialist Black Metal) a été déprogrammé sous la pression de certains groupes invités et festivaliers. Ce qui a entrainé l’irritation de certains et un certain nombre de débats entre metalleux, mais sans levée de boucliers globale. Pour ce qui est d’Anal Cunt, il s’agit d’un groupe de grindcore qui n’est pas politisé, mais qui est adepte d’une espèce d’humour provocant de mauvais gout, comme son nom en témoigne. Certaines de ses chansons qui semblent ironiser sur ce qui peut parfois apparaitre à certains comme des outrances de l’anti nazisme, en en prenant le contre-pied ironique (ainsi « Hitler was a sensitive man ») ont été pointées par un catholique engagé contre le Hellfest (Les Yeux Ouverts) à une association d’anciens résistants et déportés. Celle-ci a en retour contacté la mairie de Clisson, qui a fait pression sur la direction du festival pour qu’Anal Cunt soit déprogrammé. Cette décision a suscité une très grande colère des métalleux. Même Radio Metal, partisan du dialogue avec les catholiques et qui a pris plusieurs fois parti contre l’abus des thématiques anti chrétiennes dans les paroles de certains groupes, l’a condamnée. Personnellement, après un temps d’indécision, je me suis également prononcé contre, pour des raisons que j’ai exposées dans un billet précédent.

Comment s’explique cette différence de réaction des festivaliers? Satanic Warmaster semble lié à des activistes politiques d’extrême-droite, et pouvoir potentiellement joindre le geste à la parole. Anal Cunt n’est violent que verbalement. Cen’est donc pas le fait qu’on semble s’attaquer à des juifs plutôt qu’à des chrétiens qui a rendu plus facile à avaler la suppression de Satanic Warmaster, mais le soupçon d’activisme politique. Les groupes qui attaquent le christianisme dans leurs paroles et qui sont invités au Hellfest, s’il est vrai que certains ont été condamnés dans leur jeunesse en Norvège pour des faits graves (mais en sont manifestement revenus depuis) ne sont pas des activistes politiques, juste des musiciens. Il est donc normal que les réactions suscitées par leur programmation soient moins vives que celles entrainées par la présence de groupes de NSBM, et il est faux de dire qu’il y a eu cette année là « deux poids deux mesures » de la part des organisateurs.

b) Taake

Le Collectif fonctionne complètement sur l’idée (au demeurant bien naïve et communautariste) que les chrétiens font lo’bjet d’une discrimination spécifique, et que les agressions contre d’autres groupes sont beaucoup moins bien tolérés. C’était donc dans sa logique de souligner la présence en 2012 au Hellfest d’un groupe qui a  suscité récemment la polémique en Norvège lors d’une manifestation culturelle de grande envergure (dont les organisateurs ont soit dit en passant tenu bon dans leur refus de le déprogrammer) en raison de certaines de ses paroles à connotation « islamophobe ». Dans l’espoir que pour un groupe hostile à l’islam, les réactions seraient beaucoup plus vives que pour des groupes anti-chrétiens.

Le manque de réactions de la communauté métalleuse (même si certains râlent un peu ça et là sur les forums), par opposition aux réactions contre Satanic Warmaster, démontre à mon avis le contraire. Là encore, il n’y a pas de discrimination en fonction du contenu des paroles, mais une attention portée à la présence ou non d’un activisme poltique réel derrière. Ce qui n’est pas le cas de Taake, à ma connaissance.

L’effet pervers de ces discours de catholiques hostiles au Hellfest, c’est qu’à force de se plaindre  que les chrétiens soient la cible privilégiées des textes de metal, ils finissent par donner de mauvaises idées à de mauvaises personnes. C’est-à-dire qu’au lieu de persuader les éléments les plus provocateurs du metal de traiter le christianisme comme les autres religions, ils vont au contraire les inciter à traiter les autres religions comme le christianisme, comme je le montrais récemment dans mon billet Metal et Islam, où je condamnais les propos tenus par Taake.

c) L’indignation sélective des catholiques mobilisés contre le Hellfest

Ce qui m’amuse dans cette polémique, c’est l’importance soudaine que revêtent les critiques contre l’Islam aux yeuxde certaines personnes;

Par exemple, quand je jette un coup d’oeil sur la blogroll du blog Les Yeux Ouverts, tenu par un des membres du Collectif, je remarque au hasard:  Nephtar et Nephtali, qui appelle de ses voeux l’interdiction de l’Islam, le Salon Beige, qui tente de faire porter sur l’Islam dans son ensemble la responsabilité des drames de Toulouse et Montauban, et, « last but not least« , une rubrique Islam qui mentionne deux sites: Islam clair et net, qui estime que « l’Islam se croit investi de la mission divine de conquérir le monde entier par tous les moyens », et La petite feuille verte, qui le réduit au djihadisme. E-Deo, qui soutient l’action du Collectif au point de faire figurer sur son site une bannière permanente avec un lien qui renvoie vers lui, a diffusé récemment, entre autres très nombreux exemples, une tribune intitulée: « L’Islam est le fascisme du XXIème siècle ».

Chaque fois que j’ai pu critiquer l’extremisme de ces sites, des interlocuteurs catholiques (dont un membre du Collectif) ne se sont pas privés de critiquer mon « manque de charité »  et de souci de « l’unité de l’Eglise ». Je reçois ces critiques et les prends en compte: la charité et l’unité de l’Eglise sont au coeur de ma foi. De même, je respecte leur liberté d’opinion et d’expression, et je ne cherche pas à faire pression sur leur hébergeur pour les faire censurer. Tout comme j’ai essayé de recevoir avec humilité le billet de l’abbé Grosjean en septembre dernier où il nous appelait à nous réjouir de la possible réintégration dans l’Eglise de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, qui est pourtant à Taake, en matière de relations effectives avec l’extrême-droite et les milieux « islamophobes », ce que la vodka frappée est à la grenadine.

En ces périodes d’élections, il ne se passe pas un jour sans que le catholique que je suis ne soit appelé par une personnalité influente dans l’Eglise à « discerner » mon engagement dans la Cité et à agir en « cohérence ». C’est pourquoi je « discerne » sur le Hellfest à partir de ma connaissance conjointe des milieux catholiques et métalleux, et, en « cohérence » avec ce que certains m’appellent à tolérer tous les jours de mla part de catholiques, je tiens à vous dire, mes chers Frères et Soeurs dans le Christ, que les provocations de mauvais goût de Taake, si je les condamne sur le principe, ne me font ni chaud ni froid, car elles ne sont précisément que ça, des provocations, sans activisme politique réel derrière. Je ne pourrais en dire autant de la plupart des noms que je viens de citer.

3) Le Hellfest: un mauvais usage des deniers publics?

a) Etre cohérent dans la dénonciation: la culture complètement subventionnée ou pas du tout

L’Abbé Grosjean m’a donné sur Twitter un autre argument:

 » @Darth_Manu j’ai demandé simplement qu’on fasse un effort sur la programmation ! Pour éviter ce qui relève de l’offense subventionnée !« 

 Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans un billet publié à l’occasion de la polémique autour du Golgota Picnic, je suis sur le principe contre la restrictions des subventions publiques à des oeuvres d’art en raison de leur contenu. Je comprends qu’on puisse être contre le principe d’une culture subventionnée: mais pour moi, soit on subventionne toutes les oeuvres, soit on n’en suventionne aucune: et je ne me souviens pas que les catholiques aient crâché sur le subventionnement public des « hommes et des dieux », sans lesquels ce film n’aurait probablement pas vu le jour.

Alors on me dit que l’insulte ne saurait profiter des deniers publics. Mais en matière d’art, qui décide de ce qui relève ou non de l’insulte? Les Chants de Maldoror ont des pages tout aussi trash que la plupart des textes de groupes présents au Hellfest, et il s’agit pourtant d’un chef d’oeuvre reconnu de la littérature française. Doit-on interdire son enseignement dans les établissements publics? Et n’y a-t-il pas un dangereux précédent, à demander que l’autorité publique s’immisce dans le jugement d’une oeuvre d’art? Une association féministe ou de défense des droits des homosexuels pourrait estimer que telle ou telle oeuvre catholique offense des onvictions et des droits reconnus par beaucoup, et obtenir le retriat des financements sur cette base. Et voilà comment on nourri le politiquement correct.

Franchement, dans le cas du Hellfest, le remède proposé par l’Abbé Grosjean semble pire que le mal. 

 b) les retombées économiques du Hellfest vs son cout

Un autre des chevaux de bataille favoris du Collectif: le coût du Hellfest pour les collectivités territoriales. 

Mais le Collectif ne se borne qu’à énumérer les subventions des collectivités et autres aides financières (emplois aidés) sans mettre en regard l’étude détaillé de l’apport du festival, en terme de notoriété internationale, de tourisme, et de retombées économiques pour le commerce local (et quand il le fait, c’est, de manière bien peu cohérente, pour dénoncer « le règne du fric »).

Il chipote également sur le nombre de personnes effectivement présentes au festival chaque année, de manière bien chicanière, puisqu’il est certain que le festival écoule chaque année l’ensemble des entrées, et chaque année un peu plus tôt.

En fait, il existe un organisme dont c’est le travail d’évaluer les conséquences du Hellfest sur la gestion des deniers publics, et c’est la Chambre Régionale des Comptes de Loire-Atlantique. Elle le fera tôt ou tard, comme pour tout organisme bénéficiant de la générosité publique, et on aura alors des éléments tangibles et vérifiés sur lesquels discuter. En attendant tout ce que j’ai pu lire sur le sujet de la part du Collectif n’est à mes yeux que spéculations peu convaincantes et partisanes. 

c)déficit de communication, déficit d’évangélisation?

Au final, on peut aussi se demander ce que coûte à l’Eglise l’action du Collectif. Comme on le voit régulièrement sur divers forums et blogs depuis 2008, les pressions d’associations chrétiennes attisent la rancoeur de nombreux metalleux contre les chrétiens. J’ai même trouvé un article d’un journal égyptien, pourtant bien placé pour savoir ce qu’est une persécution religieuse véritable, qui a directement comparé l’action des catholiques opposés au Hellfest avec les persécutions des islamistes au PMO. 

A contrario, le livre du Père Culat, L’Age du Metal, qui présente le bilan d’un dialogue qui s’étend sur de nombreuses années avec le milieu u metal, a rencontré un énorme succès, et a fortement adouci le regard de beaucoup de metalleux sur l’Eglise catholique et le christianisme en général. Mon propre travail, lui-même bien accuilli pour l’instant, alors que le black metal chrétien n’a pendant très longtemps rencontré qu’hilarité et hostilité ouverte, en bénéficie.

Un témoignage lu dans les commentaires de mon blog, qui devrait inciter à mon avis les catholiques qui appuient l’action du Collectif à comprendre que celle-ci est contre-productive, et que d’autres voies permettent de manière beaucoup plus efficaces de combattre l’antichristianisme parfois présent dans le metal:

 » J’ai voulu me faire débaptiser il y a quelques années quand ce collectif ordurier est apparu, pensant bêtement que c’était représentatif des catholiques en général. Je n’en ai plus envie depuis que je connais ce blog, toi et le père Culat. J’ai même remis ma médaille ahah ^^ C’est symbolique mais c’est un signe je pense que certains sont dans l’erreur depuis le début et s’enterrent bien profond » (Larsen).

 Le vrai scandale

Les plus perspicaces d’entre vous l’auront peut-être deviné, ma réponse à la question que je pose en titre de ce billet est… OUI, il y a bien un scandale du Hellfest!!!

En fait, il y en a même plusieurs. En voici trois, par ordre croissant d’importance:

– Le scandale de ma foi blessée: 

L’article que Pèlerin-Info m’a consacré la semaine dernière, dans le cadre du Prix du blog catho 2012, décrit bien à quel point la polémique du Hellfest m’a atteint dans mon unité de chrétien et de métalleux, quand j’en ai rpis connaissance en 2009. Ce que je n’ai pas dit au journaliste qui m’a interviewé, par contre, c’est que pendant une période assez longue (plusieurs mois) j’ai perdu mes habitudes de fréquentation du Sacrement de Réconciliation.  Pourquoi? Parce que cette polémique, par la caricature qu’elle donnait d’un monde que je connais bien, et ses procès d’intention abusifs, a déçu temporairement ma confiance dans l’Eglise, quoique pas dans les paroissiens et les prêtres que je connaissaient, tous très dévoués. Toute la première moitié de l’année 2009, j’ai souffert de voir l’Eglise caricaturée par les médias, à propos de l’affaire de Recife, de la levée de l’excommunication des évèques de la FSSPX, des propos du pape sur le préservatif, des scandales de pédophilie… Et à l’entrée de la seconde moitiée de cette année 2009, j’ai vu de nombreux représentants de cette Eglise avoir exactement la même attitude avec ceux qu’ils n’arrivaient pas à comprendre. Comment continuer à écouter tous ces beaux discours sur la beauté d’aimer son prochain, de se laisser déplacer, si c’est pour voir que quand l’autre est vraiment autre, les catholiques ne réagissent pas mieux que tout le monde? Travailler à établir des ponts et un dialogue entre catholiques et métalleux m’a aidé à reconstruire cette confiance perdue en l’Eglise.

– Le scandale du refus du dialogue:

Que des catholiques soient blessés et scandalisés par les textes et les propos de certains groupes, je le comprends tout à fait. Ce que je conçois moins, c’est l’attitude qu’ont eu de nombreux catholiques envers ceux qui essayaient de discuter et d’apaiser la situation. Le Père Culat s’est fait insulter sur plusieurs sites, certains hors de la communion de l’Eglise, mais d’autres non. Le Père Pierre Binsinger, également prêtre et métalleux, et invité par Famille Chrétienne à témoigner en faveur du Hellfest en 2010, a lui aussi eu sa part de procès d’intention et d’outrages dans les commentaires, et tout ça au nom du respect.  Ma lectrice « Marie/Marie du Hellfest » a participé pendant plusieurs années à une discussion sur le forum La Cité Catholique, où elle est venu proposer une démarche de dialogue, pleine d’humilité et de désir de vérité. Si les administrateurs et plusieurs membres l’ont très bien accueillie, d’autres ont multiplié les insinuations, les remarques arrogantes et les procès d’intention à son égard. Et pour tant le dialogue n’a rien d’impossible. Quand j’étais au JMJ, une personne de mon groupe s’est félicité devant moi des initiatives contre le Hellfest. Il connaissait ma position, mais il ne semblait pas se douter qu’un autre jeune du groupe, avec qui il semblait avoir de bonnes relations, était un métalleux qui se rend au Hellfest chaque fois qu’il peut se permettre. Et beaucoup de jeunes catholiques, en aumônerie, aux JMJ, sont de fervent metalleux couumiers des concerts et des festivals comme le Hellfest. Comme quoi l’esprit du Hellfest n’est pas si négatif, puisque de nombreux chrétiens animés d’une vraie foi et d’un vrai dévouement contribuent à sa nature et son essence.

– Le scandale du repli:

Ce que je vais dire là ne vise pas l’Abbé Grosjean (pas plus que le précédent paragraphe, qui décrit des abus dont il a lui-même souffert cet automne), ni même le Collectif. Mais je pense qu’il y a des catholiques qui jouent les indignés mais qu’au fond l’existence du Hellfest arrange secrètement, et qui seraint bien déçus s’il venait à disparaitre. Un festival sataniste qui a pignon sur rue, c’est bien pratique. D’une part, si l’oeuvre du Diable est si outrancièrement manifeste, n’est-ce pas finalement rassurant, comme une preuve indirecte de l’existence de Dieu? D’autre part, cela tend à prouver l’existence d’un complot contre les chrétiens et l’Eglise, une « christianophobie » active et « révolutionnaire », qui dispense de chercher des causes plus profondes à la déchristianisation (et potentiellement plus porteuses pour nous de remises en question) et justifie des phénomènes de repli, voire de communautarisme. Et pourtant, le Hellfest, j’y étais l’an dernier, j’y serai à nouveau cette année, et je témoigne que c’est un festival de musique et pas grand chose d’autre. Et toute cette polémque est à mes yeux une farce.

Les textes chantés au Hellfest: comment comprendre l’expression: « les mots ont un sens »?

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 22 février 2012 by Darth Manu

J’évoquais dans mon billet précédent la propension des anti hellfest à tout ramener au sens littéral des paroles des groupes de métal qui développent un imaginaire satanique et/ou occulte et /ou fantastique, pour verrouiller tout débat avec des défenseurs du festival.

« Les mots ont un sens », disent-ils. Ce n’est pas faux, et ils en ont même plusieurs. Mais en quel sens prendre cette proposition justement, et comment dévoiler la signification véritable des paroles des groupes de metal? Faut-il s’en tenir au sens littéral, au risque de niveller les intentions et le discours réel de chaque artiste, ou remettre en contexte et dégager plusieurs niveaux de sens, et plusieurs types d’usages de ce que Nicolas Walzer a appelé l »imaginaire satanique » dans son livre Satan profane?

Tout le monde a entendu parler du sens commun et du sens figuré. Ce ne sont pas les seuls. On pourrait citer également le sens dénotatif et le sens connotatif:

« En linguistique, le sens ou signifié dénotatif, la dénotation, s’oppose au sens ou signifié connotatif, la connotation.

  • La dénotation désigne le sens littéral d’un terme que l’on peut définir (et trouver dans le dictionnaire).
  • La connotation désigne tous les éléments de sens qui peuvent s’ajouter à ce sens littéral.

Le champ de la connotation est difficile à définir car il recouvre tous les sens indirects, subjectifs, culturels, implicites et autres qui font que le sens d’un signe se réduit rarement à ce sens littéral. Définir la connotation est si difficile qu’on en arrive parfois à la définir par défaut comme tout ce qui, dans le sens d’un mot, ne relève pas de la dénotation1.

Par exemple, si on s’intéresse au mot flic, le sens dénotatif est le même que celui de policier. Mais à ce sens s’ajoutent des connotations péjoratives et familières.

Un même mot ou symbole pourra donc avoir des connotations différentes en fonction du contexte dans lequel il est utilisé. Ainsi, la couleur blanche connote[réf. nécessaire] la pureté et le mariage pour un Européen, le deuil pour un Extrême-Oriental ; tandis que la svastika, si elle est vue par un Indien comme un symbole religieux hindouiste (représentant l’énergie positive), ne peut pas être vue par un occidental sans lui faire penser au nazisme (ici utilisée comme énergie destructrice).

L’opposition entre dénotation et connotation entretient des rapports complexes avec l’opposition entre sens propre et sens figuré » (article Wikipedia connotation et dénotation).

La svastika est un exemple particulièrement intéressant, dans la mesure où elle montre bien comment  une dénotation apparemment limpide, la croix gammée,  peut avoir la signification qu’elle prend complètement transformée par les connotations, suivant le contexte culturel dans lequel elle est perçue.

A la lueur de cette distinction entre dénotation et connotation, on pourrait proposer la relecture suivante de la polémique sur le Hellfest: les groupes dont la présence est critiquée par les anti Hellfest utilisent une dénotation commune, qui est la référence à un imaginaire satanique, ou occulte, etc. Les pro Hellfest soulignent que si la dénotation est comparable, la connotation n’est pas nécessairement la même entre les plus extrêmes de ces groupes et les plus flokloriques, voire entre l’ensemble de ces groupes et celle que prennent les paroles de leurs chansons dans le contexte de l’enseignement de l’Eglise catholique.

Quelques exemples:

– Connotation « religieuse »: 

 » Glorification of the black god
In the shape of a black goat – The dark lord himself
Presiding over the revelry..
Demons, witches, and spirits of Darkness await
And watch with pleasure on the succumbed virgins
And innocent souls.. Soon to be sacrificed
The only light is the gleam of the torches from the inverted women wombs
And the fire from the cauldron, in which human fat is being boiled
The air is filled with diabolical laughter and screams
Spells are whirling, and the smell of hell is spreading all around
The appearance of spirits of Darkness from the heart of Hell
A necromantical union brought forth to haunt the night
 The christians fled like pigs, overwhelmed with fear
Except glimpses of the moon surrounded by stars
Clouds block the nocturnal light, as the earth trembles
Under hooved feet accompaigned by..
The beating of skins under the blackened sky

Noone dares to tread the mountain on this night

They watch with enlarged eyes, in fear from afar
 As the lightning joins the perverted dance at the bare mountain » (Glorification of the black god », Marduk).

Les membres de Marduk n’ont jamais caché leur satanisme théiste (cf. mon article sur le blasphème pour quelques sources).

– Connotation métaphorique:

 « Highway to Hell

livin’ easy
lovin’ free
season ticket on a one way ride
askin’ nothin’
leave me be
takin’ everythin’ in my stride
don’t need reason
don’t need rhyme
ain’t nothin’ that I’d rather do
goin’ down
party time
my friends are gonna be there too
I’m on the highway to hell
on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell

no stop signs
speed limit
nobody’s gonna slow me down
like a wheel
gonna spin it
nobody’s gonna mess me around
hey satan
payin’ my dues
playin’ in a rockin’ band
hey mumma
look at me
I’m on the way to the promised land
I’m on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell
highway to hell
don’t stop me

I’m on the highway to hell
on the highway to hell
highway to hell
I’m on the highway to hell
(highway to hell) I’m on the highway to hell
(highway to hell) highway to hell x2
(highway to hell)
and I’m goin’ down
all the way
 I’m on the highway to hell » (AC/DC, Highway to Hell).

L’artiste n’évoque pas un culte personnel à Satan, ni même une quelconque forme de religiosité satanique. Le champ lexical du diable et de l’enfer renverrait à une relecture métaphorique du  périple du groupe en bus, de concerts en concerts:

 » http://www.lyricinterpretations.com/look…
Here are several interpretations from the above website:
Bon’s telling about how he’s just gonna enjoy life to the fullest ’cause he’s goin’ to hell anyway. 
The song is a metaphor for the band’s tour in America. They said the constant riding on the bus was like taking the highway to hell. 
anonymous November 14th, 2006 02:12AM
Highway to hell was the nickname for the canning highway in australia. It runs from where lead singer bon scott lived in fremantle and ends at the pub called « the raffles », which was a big rock and roll drinking hole in the ’70s. As the canning highway gets close to the pub, it dips down into a steep decline: « no stop signs…..Speed limit….Nobody gonna slow me down ». So many people were killed by driving fast over that intersection at the top of the hill on the way to a good night out, that it was called the highway to hell, so when bon was saying « im on the highway to hell » it meant he was doing the nightly or weekly pilgrimage down the canning highway to the raffles bar and rock and drink with his mates: « aint nothing I would rather do. Going down, party time, my friends are gonna be there too. 
anonymous September 15th, 2007 02:47AM 
I think it is both based on the non-stop tour in America and the highway in Australia where Bon died. »  (source).

– Connotation parodique:

 » 666 Packs

We have a deal with Satan
A contract signed in Hell
We sacrifice a virgin
He makes our record sell

SATAN! – To Antichrist we pray
EVIL! – To hit the charts one day

666 Packs – Seven days of death and pain
Satan – Thirteen hours blood will rain
666 Packs – Nine black bats will eat your brain
Satan – Good with numbers? Join our cult

We have the baddest evil
Come buy our merchandise
 A plastic skull, a T-Shirt
That says « I shit on Christ »

SATAN! – is thrashing to the beat
EVIL! – on seven days of week

On stage we slaughter poultry
In songs we slaughter man
Black masses, guts and torture
We do the worst we can

SATAN! EVIL! – on blood and gore we feast
 SATAN! – I am your Judas Priest » (« 666 Pack », Tankard).

 » We have the baddest evil
Come buy our merchandise
 A plastic skull, a T-Shirt
 That says « I shit on Christ »

On lit clairement dans ce couplet, outre le clin d’oeil à Judas Priest à la fin du chant, que la référence à Satan n’ y est pas plus sincère que celle au Christ dans Golgotà Picnic ou dans Dogma, et que les musiciens tournent ici en ridicule la référence à l’imaginaire satanique dans le metal, en montrant le caractère de cliché et l’aspect mercantile de ce type de paroles.

La juxtaposition des paroles de Marduk et de Tankard montre bien comment, à partir d’une dénotation identique, la référence au satanisme, le jeu des connotations aboutit à une signification radicalement inverse: chez Marduk, un effort de promotion du satanisme comme une religion « sérieuse », une profession de foi. Chez Tankard, une parodie caustique, quasiment un « blasphème » contre le satanisme.

Cela n’a pas empêché les Yeux Ouverts l’an dernier de mettre ces mêmes paroles de Tankard, qui jouait l’an dernier au Hellfest, dans le même sac que celles des groupes satanistes:

 » Bonjour,
Prendre tout cela avec humour ? Désolé, je ne peux pas. 
Tankard : http://www.parolesabc.com/paroles/parole_tankard/666-packs_fr.html » (source).

Pour les anti hellfest, que ce soient Les Yeux Ouverts, le Collectif, ou Civitas, qui « argumentent » leur position en citant pêle mêle des références à l’imaginaire sataniques dans toutes sortes de groupes de metal, juxtaposées sans aucun effort de prise de connaissance et d’analyse du contexte, il est clair que quand il s’agit de cette musique: sens dénotatif = sens connotatif.  Et pourtant, quand il s’agit de la référence au Christ dans certains oeuvres contemporaines, il sont tout à fait capables de voir le sens connotatif, et de crier au loup dès qu’ils ont l’impression que l’Eglise est parodiée ou ridiculée, même légèrement (ainsi cette fameuse campagne de pub avec le Christ). De même qu’ils n’oublient pas d’éclairer le sens dénotatif du texte par la connotation que lui donne l’exégèse catholique, lorsqu’ils prient à partir de certains passages très durs des Psaumes, par exemple dans le cadre de la liturgie des heures. Non seulement leur argumentation n’est pas sérieuse sur le plan intellectuel, mais elle est contradictoire avec leurs autres prises de positions.

Curieusement, Les Yeux Ouverts a évoqué récemment le sens connotatif, d’une manière qui prétendait renforcer sa position alors qu’elle la mine dans les faits:

« Dans les billets consacrés au rock sur mon blog, il en a été question assez longuement : mélodie, harmonie, ryhtme.
 A prendre aussi en compte l’ambiance musicale des concerts ( son et effets spéciaux), les textes, les thèmatiques, les pochettes…« 

 L’interprétation musicale, l’ambiance, les textes, tout cela en effet constitue des éléments de sens qui participent au sens connotatif de la prestation des groupes invités au Hellfest, et qui sont donc des éléments de signification qui sont susceptibles de modifier le sens littéral, dénotatif des paroles du groupe, éventuellement d’inspiration sataniste, anti chrétienne, néo-païenne, etc. Raison de plus d’éviter de croire informer sur le festival en juxtaposant des paroles de chansons et des extraits d’interviews, sans analyse des groupes au cas par cas, sans avoir assisté à leurs concerts ni écouté de manière approfondie leur musique.

Car il suffit parfois d’un rien pour qu’une représentation transforme complètement la connotation des paroles, et même que l’ambiance recherchée ostensiblement aboutisse à un résultat très différent de celui affiché, beaucoup moins glauque souvent.

Le récit que Pneumatis a fait l’an dernier de son après-midi au Hellfest est à ce titre très éclairant, pour qui ne se contente pas de n’en retenir que son impression sur Therion:

 » Et c’est comme ça, par exemple, que j’ai pris un pied énorme à écouter un groupe que j’aurais certainement boudé du seul fait de son nom : Anathema. Forcément, ce ne sera pas du gout de tout le monde, mais punaise qu’est-ce qu’ils m’ont pris aux tripes. Une émotion extraordinaire. Vraiment quelque chose de fort.« 

Pour avoir été présent avec lui, je me rappelle qu’il avait décrit sur le moment cette musique comme faisant remonter hors de lui tout ce qui était source de souffrance et de noirceur, dans une sorte d’action purificatrice. Et cela, bien que le groupe s’appelle: « Anathema ». Ce qui rejoint l’exprérience de la plupart des fans du groupe:

« Anathema are personally one of my favourite bands. Musically they pack so much depth and emotion into their songs that one really cannot help but fall headlong into their dream-laden poetic craft. They are one of those bands that one can turn to for comfort and to ease pain. A solitary listen helps you through the bad times; Anathema can be uplifting, depressing, cathartic and even soul searching » (interview dans Mtuk Metal ‘Zine).

Se contenter de lire des interviews et des paroles de groupes ne suffit pas à se faire une idée exacte de l’impact réel du metal sur les auditeurs. Il faut aussi écouter la musique. Ce que le Collectif et les Yeux Ouverts ne font manifestement pas, lacune qui les prive de toute crédibilité auprès des métalleux et du grand public.

Dans le même ordre d’idée, Dark Tranquillity, le groupe que nous sommes allés voir avec Pneumatis et quelques autres après Therion, utilisait une mise en scène qui tentait de créer une ambiance inquiétante, fantastique, avec force effets de lumières. Et pourtant, tout cela était annulé par le gentil sourire du chanteur, le plaisir manifeste qu’il prenait à jouer, et partager avec un auditoire heureux:

 » L’autre, Dark Tranquillity, je me suis juste emmerdé, pour le dire poliment. Ceci dit, malgré la morbidité de fond, notamment dans la mise en scène avec ses mélanges de thèmes sur la foi et sur les démons, j’ai quand même noté une incroyable relation entre le chanteur et son public, quelque chose d’assez fascinant. Lui, le grand sourire permanent, on aurait dit qu’il avait envie d’embrasser son public à chaque instant comme si ce dernier venait de lui sauver la vie. Et le public marchait à fond dans son énergie… à part moi, assis par terre en attendant que ça se passe. Concernant la mise en scène, on était clairement dans une démarche esthétique, pas forcément de mon gout, mais qui se comprend et qui n’avait rien de rituel ni de sataniste à proprement parlé ».

 Si tous ces groupes qui développent un imaginaire satanique ou fantastique utilisent bien une dénotation commune, à laquelle les anti hellfest reviennent sans arrêt avec entêtement, on constate donc à partir de ces exemples la complexité et la richesse des déplacements de sens que des connotations différentes peuvent entraîner. Les « mots ont un sens » dénotatif, certes, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas être complètement transformé par le contexte, voire inversé. Ce renversement de sens peut venir du texte même, du registre utilisé et des effets de styles, comme pour Tankard. Il peut venir également de l’ambiance créée par la musique, qui peut-^tre, ou non, plus positive que les paroles. Enfin, l’intention réelle de l’artiste qui transparait de son visage sur scène (par exemple, partager le plaisir musical dans le cas de Dark Tranquillity) est encore une connotation qui peut bouleverser le registre initial des paroles (qui, rappelons-le, ne sont souvent pas compréhensibles lors des concerts).

Même dans le cas de groupes effectivement satanistes comme Marduk, et explicites dans leurs paroles comme dans leur mise en scène, un autre déplacement de sens est encore possible:

 « Le lecteur apporte lui-même ses propres connotations: il apporte aux textes sa propre expérience et ses autres lectures, en déplace les significations grâce à son imaginaire » (Espace français .com, La dénotation et la connotation).

  De même que l’auditeur ou le spectateur, dirais-je.

Une svastika prend une certaine signification dans un contexte européen, et un autre radicalement différent en contexte hindou. D’ une manière analogue, on pourrait dire qu’un concert de Marduk, mis en scène de la même façon, avec les mêmes paroles, aurait une certaine signification dans le cadre d’une messe noire, où chaque participant aurait un livret avec les paroles, une autre signification lors du Hellfest, au milieu de groupes beaucoup moins engagés religieusement, dans un contexte festif où personne n’entend clairement les paroles et où la bière coule à flot, et encore un autre dans une assemblée de musiciens, qui seraient beaucoup plus attentifs à la performance musiclae qu’aux paroles ou à la mise en scène.   De même que si on transposait la liturgie d’une messe catholique sur une estrade du Hellfest au milieu d’un public éméché, sa signification pour les specteurs serait sans doute profondément différente qu’au sein d’une église (et pour le coup sans doute proche du blasphème).

Alors certes, le Hellfest invite des groupes antichrétiens, parmi d’autres. Mais au lieu de se contenter de citer leurs paroles, pour aller ensuite directement à la conclusion: « le Hellfest est un festival christianophobe », il convient, d’une part, d’aborder la question de l’interprétation de leur paroles, non pas seulement de manière littérale, « fondamentaliste » pourais-je dire si j’étais taquin, mais d’en faire une approche « historico-critique », en faisant l’inventaire de l’ensemble des connotations qui transforme ou non le sens littéral chez tel ou tel groupe. Ce qui suppose, au dela de leurs paroles et des titres de leurs chansons, de prendre connaissance de la pensée réelle des musiciens, de mener une véritable analyse littéraire des effets de styles qui au sein d’un texte peuvent complètement déplacer, transfigurer, relativiser voire inverser la référence à l’imaginaire satanique ou occulte, d’écouter leur musique, d’aller à leurs concerts, de comprendre leur mode de pensée et d’expression artistique. Un travail de longue haleine, et tout le contraire des copier-coller vite faits du Collectif.

Même lorsqu’un groupe s’avère réellement antichrétien, cela ne démontre nullement que la structure qui l’accueille est anti chrétienne. Le Hellfest a invité plusieurs fois des groupes chrétiens. Je l’ai souligné, parce que cela indique bien à mon sens que ses organisateurs n’ont pas d’animosité particulière contre le chrétiens. pour autant, cela n’en fait pas un festival de musique chrétienne comme le Holyfest. Inversement, ce n’est pas parce qu’il invite des groupes satanistes qu’il devient un festival de musiques satanique. Les groupes sont présents, certes, mais la connotation que leur donne leur présence au Hellfest diffère de celle qu’ils auraient dans un rassemblement religieux ou politique. L’atmosphère printanière, la bonne humeur générale, les déguisements, la bière, tout cela neutralise l’imagerie morbide et donne à l’essentiel des trois journées des allures de carnaval bon enfant.

En ce sens, Pneumatis a choisi d’intituler le compte-rendu de sa présence à la soit-disant « fête de l’enfer »: « Un dimanche à la campagne », et il écrivait:

 » Alors d’abord, sans grande surprise, j’ai trouvé l’ambiance super : ça m’a rappelé mes années d’étudiant. C’est très sensoriel, en fait. Sur fond sonore de basses permanentes, marcher dans cette foule festive, en faisant craquer les gobelets de bière vide sous ses sandales et en respirant cette odeur enivrante d’herbe fraichement coupée… j’avais un peu l’impression de rentrer à la maison ; dans le sens de revenir quelques 15 années en arrière. Moi qui aie toujours regretté d’être né trop tard pour Woodstock, je ne pouvais me sentir que chez moi.

 Concernant les concerts, j’ai soudain pris la mesure de l’incroyable absurdité de nos débats autour des paroles de chanson… Il suffit de voir les musicos sur scène et leur public : d’une, on ne comprend rien à ce qu’ils chantent (enfin moi, en tout cas) et de deux, j’avais franchement l’impression que personne n’en avait rien à cirer, de toute façon. Tout le monde est là pour la musique, et je me suis soudain mis à penser qu’avec le tapage qu’on a fait sur le Hellfest, on devrait sans doute un peu plus se soucier d’autres concerts, d’autres styles de chansons dans lesquels la violence est nettement plus affirmée (suivez mon regard). En bref, j’ai compris à quel point nos revendications, quelques légitime qu’elles aient été, étaient à des années lumières des motivations qui attirent ici les amateurs de métal. Tu sais, c’est un peu comme si des gens se rendaient dans le plus grand restaurant du pays une fois par an pour y déguster des plats exceptionnels qu’ils n’ont jamais l’occasion de déguster par ailleurs, et que, toi qui n’y vas pas, venais leur parler de fermer le restaurant parce que la faïence dans la cuisine te choque. On a toujours de bonnes raisons d’être choqués par de la faïence (si si, moi en tout cas, j’en ai des tas) mais c’est pour illustrer l’incongruité (vachement facile à prononcer) que cela représente pour le type qui vient déguster. Au minimum, on comprend l’incompréhension« .

 Moi-même, je dois dire que je me suis demandé en juin dernier lors du festival si je n’en faisais pas trop au niveau des paroles de certains groupes, tellement tous ces débats que nous menons entre cathos sont complètement déconnectés de la réalité vécue du festival.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut pas s’intéresser à l’importance de l’imaginaire satanique dans le metal, ni ignorer les groupes explicitement satanistes ou blasphématoires. Mais le Hellfest n’est pas le bon angle pour ouvrir ce débat, parce que cela parasite le débat sur la dénotation satanique, et la connotation antichrétienne ou sataniste qu’elle prend chez certains groupes, avec d’autres connotations propres au festival, qui sont beaucoup plus festives et détachées des rancoeurs de certains musiciens contre le christianisme. La plupart des festivaliers ne comprennent pas la polémique, parce que les cathos antihellfest imposent une certaine connotation pour l’interprétation du sens du festival, qui est contraire à celle qu’ils expérimentent pour eux-mêmes chaque année, et refusent de prendre en compte leur témoignage.

Pour poser de manière pertinente la question des rapports entre metal et christianisme, il faut donc resituer le débat dans la perspective de l’ensemble de l’histoire du metal, en étant attentif à la totalité des variations de sens apportées à l’imaginaire religieux dans le metal, ce qui suppose une étude approffondie des différents courants musicaux et des différents groupes, et une bonne connaissance musicale et personnelle du milieu. Faire l’inventaire des connotations chrétiennes et antichrétiennes, c’est le travail que je me propose de faire sur ce blog depuis sa création. Et cela est indissociable d’une approche ouverte du terrain, qui n’impose pas une grille d’interprétation préétablie, mais qui accepte le dialogue avec les metalleux, et la possibilité de se laisser soi même déplacer par leur témoignage. L’analyse ne doit pas se construire sur des généralisations à partir d’une poignée de similitudes, notamment dans la dénotation occulte ou satanique, mais sur une recherche au cas par cas sur chaque groupe: Pneumatis cite dans son billet Judas Priest, Anathema, Dark Tranquillity et Therion. Là où la méthode du Collectif nous donnerait à penser que tous ces groupes sont bonnet blanc et blanc bonnet, on voit que l’expérience musiale et personnelle qu’il a retiré de chacun d’entre eux était très hétérogène, voire radicalement inverse si l’on compare les exemples de Therion et Anathema.

Certains antihellfest prétendent que ce que je propose là est une forme de relativisme:

 » Pour le relativiste qui se respecte, la hiérarchisation ou même la simple comparaison sont forcément suspectes par les temps qui courent.
Au nom de ce relativisme s’érige un nouveau dogme dont le premier de ses commandements pourrait être  » Tout est égal et par conséquent rien n’a de sens ni de valeur objective : s’opposer à ce principe est innacceptable et doit donc être condamné. »
Veronèse et Picasso, Fauré et Jarre, la cathédrale Notre dame de Paris et la pyramide du louvre, Homère et René Char, Carpaux et Botéro , Molière et Castellucci, Chateaubriand et Breton, Black sabbath et Amstrong …pareils ! Egaux !
Méditons le mot de Camus dans l’homme révolté :
Le relativisme, fils naturel du libéralisme, se présente dans les beaux habits du représentant de la tolérance, de l’esprit d’ouverture, du consensus, de la liberté, du progrès…
Méditons le mot de Camus : « Rien n’étant vrai ou faux, laid ou beau, la règle désormais sera de se monter le plus efficace. Le monde ne sera plus alors partagé en juste et en injuste mais en maîtres et en esclaves » » (Collectif pour un festival respectueux de tous, « Le Hellfest, vitrine de l’esprit de gauche en matière de culture? » (sic)).

 Le grand reproche que l’on peut faire au relativisme, en effet, et au dela du caractère spécieux des exemples donnés par le Collectif, est d’aplanir les différences, de dire que tout se vaut. Mais lorsque le Collectif juxtapose toutes sortes de groupes, sur la seule base de leur référence commune à un imaginaire satanique, occulte ou bien tout simplement fantastique, sans faire l’effort d’analyser les différences de connotations, les déplacements de sens, que chacun de ces groupes fait subir à celle-ci, dans l’usage qu’il en fait, ne rentre-t-il pas lui-même dans ce type de démarche? Son jugement initial et pré-ordonné, suivant lequel les groupes invités au Hellfest seraient un phénomène parmi d’autre d’une « contre-culture » « révolutionnaire », qui vise à subvertir la présence du Beau, du Bien, du Vrai, dans notre culture, et ses racines chrétiennes, devient l’unique norme de sa démarche interprétative, qui dès lors ne va pas s’intéresser aux connotations nées de l’analyse litéraire des paroles, de la connaissance des parcours des musiciens, de l’atmosphère réelle des concerts, sauf quand çela va dans son sens. Son intuition première du Hellfest prédomine contre toute recherche de terrain, toute mise en contexte, tout témoignage contradictoire. Elle dispense de l’effort de prendre connaissance de la musique dans le détail. Elle s’alimente d’informations superficielles glanées ça et là (ainsi, comme je le rappelais dans mon billet précédent, le Collectif mentionne la censure dont Cannibal Corpse a été l’objet dans divers pays, parce que ça l’arrange, mais il se garde bien de mentionner qu’elle a depuis levée dans la plupart des cas). Elle estime n’avoir pas besoin du surcroit d’information et de réflexion apportés par la contradiction constructive et le dialogue (d’où la fermeture des commentaires sur le site du Collectif et sa manie de ne pas répondre aux réponses à ses interventions sur d’autres blogs, comme le mien).

Restaurer les nuances des significations en fonction du contexte n’est pas du relativisme, sinon tous les chercheurs en sciences humaines, tous les littéraires, tous les éxégètes catholiques, et le pape lui-même, lorsqu’il s’associe à la recherche historico-critique sur les Ecritures, seraient des relativistes.

Par contre le Collectif, lorsqu’il élève son opinion a priori comme norme ultime d’interprétation du metal et du Hellfest, ainsi que je viens de le montrer, entre dans une démarche qui lui est analogue, puisqu’il subordonne la vérité du metal, qui ne peut se dévoiler qu’au fil d’une enquête minutieuse de terrain et du dialogue avec les métalleux, spectateurs et musiciens, à la relativité du point de vue qu’il en a…

Hellfest: la tentation du complot

Posted in Christianisme et culture, Hellfest with tags , , , , , on 15 février 2012 by Darth Manu

 

J’évoque fréquemment la mentalité de citadelle assiégé traduite par nombre d’actions de lobbying menées par certains catholiques, et cristallisée tout particulièrement autour du concept douteux de « christianophobie ».

Mon par ailleurs (sincèrement) estimé lecteur Les Yeux Ouverts vient de m’en fournir une expression particulièrement marquante, dans la séquence de commentaires suivantes, postée à la suite d’un de mes précédents billets:

Les Yeux Ouverts:

« […] La nature païenne du black metal a en effet pour fondement le refus ou la haine de Dieu exprimés synthétiquement par cette expression “Non serviam” qui ne date pas de 1968 et dont la nouvelle droite n’est pas la seule expression révolutionnaire (cf par exemple le laïcisme exprimé tout récemment par le candidat socialiste à l’élection présidentielle, le libéralisme exprimé par le maçonnisme, le mondialisme matérialiste ou encore le relativisme ). Un titre comme “Black metal, Révolution et Anti christianisme” est plus approprié.
On ne méditera jamais assez ces propos des promoteurs du hellfest ” le black metal est par nature sataniste” et ” on ne déprogramme pas les groupes anti-chrétiens” ( allusion à l’annulation de Anal Cunt l’année dernière plaisantant avec les victimes de la shoah)
 La programmation du hellfest 2012 est révélatrice une fois encore de cet esprit black metal qui par ailleurs n’est pas l’exclusivité de cette tendance« .

Darth Manu:

« […] Je pense que tu mélanges là beaucoup de discours très hétérogènes.Par exemple, le différentialisme de la Nouvelle Droite, aussi bien que la fascination pour le néo paganisme de certains groupes de metal, peuvent être lus comme des réactions au “mondialisme matérialiste” que ces courants ne cessent d’ailleurs de dénoncer, non sans éviter les clichés.Et ils n’ont strictement rien à voir, ni dans leur discours, ni dans leurs origines, avec le programme de François Hollande. Le fait que tous ces exemples semblent illustrer une certaine défiance apparente à l’encontre du christianisme ne suffit pas à mettre en évidence une idéologie commune […] ».

Les Yeux Ouverts:

 » […] Qiand je constaterai par ailleurs, aujourd’hui et en france, que le BM dénonce avec la même énergie, la même constance et la même violence les autres religions, la maçonnerie, le communisme, alors là je réviserai sans problème mon propos parce que cela signifiera alors que l’esprit de transgression ou de celui de totale liberté d’expression revendiqués par ce metal ne sont pas que des mots !

 Tu n’es pas sans méconnaître les sponsors politiques du hellfest , tous socialistes. Il se trouve que j’ai d’une part en main un courrier du conseil régional /hellfest et que je connais d’autre part l’initiative de ce même conseil régional/jeunesse : pass contraception et distribution gratuite de preservatif. Je ne mélange pas tout , bien au contraire ! »

 Je lis dans l’argumentation de LYO le paralogisme suivant:

Majeure: On trouve chez les groupes présents aux Hellfest, dans le programme du parti socialiste, dans la pensée de la Nouvelle Droite, dans la tradition maçonnique, des discours qui sont hostiles au christianisme et/ou contraires à son enseignement.

Mineure: Un Conseil Régional contrôlé par le PS subventionne le Hellfest,  dont les groupes invités se réclament parfois de courants musicaux qui présentent quelques affinités à la marge avec des thèses de la Nouvelle Droite, avec l’ésotérisme franc maçon ou encore avec l’occultisme.

Conclusion: Tout est lié.

Je consacre un article tout entier à ce paralogisme, parce qu’il me parait pointer l’un des aspects les plus gênants de la contestation anti Hellfest: ses affinités avec ce qu’Hannah Arendt parmi d’autres appelait « la mentalité du complot ».

Alain de Benoist, tout fondateur qu’il soit de la Nouvelle Droite, et indépendamment de l’hostilité que m’inspire l’essentiel de sa pensée, nous en livre une analyse intéressante dans un article intitulé: La psychologie du conspirationnisme:

« La première observation que l’on peut faire est que les théories du complot, alors même qu’elles ne cessent de parler de forces secrètes, de puissances invisibles, d’action souterraine, etc., proposent elles-mêmes un schéma qui, loin d’être opaque, se fonde au contraire sur le postulat d’une extraordinaire « transparence » de l’action historique. Celle-ci se trouve en effet ramenée d’emblée à une sorte de causalité mécanique et linéaire. Les événements sont produits mécaniquement par
des agents cachés, qui manipulent les hommes comme on appuie sur un bouton pour obtenir l’effet désiré. Ce trait caractéristique résulte à vrai dire de la nature même de la théorie. La « preuve » du complot réside dans son efficacité, et pour qu’il soit efficace il faut que les effets obtenus soient conformes aux intentions initiales. Paradoxalement, il y a dans cette conception une certaine inspiration rationaliste, bien qu’elle émane d’auteurs fréquemment antirationalistes. Elle postule une histoire rationnelle, caractérisée par des événements qu’il serait possible de rapporter à des causes uniques et à des actes volontaires déterminés. Xavier Rihoit remarque à ce propos que, « tissé de paradoxes, le conspirationnisme est le fait d’homme qui, d’une part, adhèrent à des vérités de foi, dogmatiques et inaccessibles à la raison, mais qui, d’autre part, ne cessent de vouloir rendre la réalité historique parfaitement transparente et les conduites humaines imparablement logiques » » (p. 3et 4).

 Cette causalité mécanique, je la retrouve dans la manière dont LYO ramasse les courants de pensée très disparates qu’il évoque ausein d’une même origine: « le refus ou la haine de Dieu ». Ce qui est très symptômatique selon moi de la façon dont de nombreux sites catholiques font l’inventaire minutieux de toutes les manifestations du recul du christianisme dans notre culture, de toutes les critiques de notre Eglise dont les médias se font l’écho, de toutes les oeuvres d’allure ne serait-ce que vaguement blasphématoire ou occultiste, de toutes les persécutions de chrétiens dans des pays aussi différents que la Chine ou le Pakistant, pour, ignorant magistralement la diversité des causes de tous ces phénomènes, et des formes qu’ils prennent, de gravité très hétérogène, les rassembler en une grande vague de fond, une cause unique, qu’ils nomment la « christianophobie ».

  » La théorie conspirationniste est donc avant tout une théorie antagoniste, voire négatrice du hasard et de l’aléa. Une expression typique de ce genre de littérature est précisément la formule : « Ce n’est pas un hasard si… » Non seulement toute occurrence simultanée peut être ainsi réinterprétée en termes de causalité, mais on aura aussi recours à des formes pathologiques, délirantes, de la pensée analogique. C’est ainsi que l’abbé Barruel explique la forme triangulaire de la lame de la guillotine, non par la plus grand efficacité du tranchant biseauté, mais par la volonté des révolutionnaires de donner au « couteau républicain » la forme du triangle maçonnique. Ce n’est pas un hasard, affirme dans le même esprit le dirigeant noir antisémite américain Louis Farrakhan, si les dollars portent sur leur revers un aigle surmonté de treize étoiles (correspondant aux treize Etats alliés dans la guerre d’Indépendance américaine) car, en reliant ces étoiles les unes aux autres, on obtient… l’étoile de David ! Raoul Girardet, de son côté, rapporte qu’au XIXe siècle, « une certaine presse antisémite dénoncera dans le creusement du métropolitain parisien une entreprise du complot juif visant à faire planer sur la capitale tout entière une menance permanente de destruction ». Or, la même idée est réapparue à date récente chez certains groupes extrémistes russes à propos du métro de Moscou, dont le tracé était censé reproduire des signes kabbalistiques. On constate donc une résurgence des thématiques. La négation du hasard permet ainsi d’accumuler des « preuves » qui n’en sont pas, au moyen de faits anodins réinterprétés comme autant de « marques diaboliques », c’est-à-dire de « signatures » attestant pour l’oeil exercé de la réalité du complot. « En ce sens, ajoute Xavier Rihoit, et c’est un autre paradoxe, les conspirationnistes, malgré leur traditionalisme déclaré, n’en font pas moins preuve d’une mentalité typiquement moderne : à l’instar des grandes idéologies, ils pensent que la réalité historique est intégralement déchiffrable et excluent ce dont la raison ne veut pas entendre parler : l’aléa, l’accident, l’exception, le hasard » » (p. 4 et 5).

 Si le conspirationnisme des antihellfest porte souvent sur des choses bien moins graves que certains des exemples évoqués ici, les exemple y abondent de ce refus si caractéristique du hasard.

Quelques exemples marquants:

 » Curieusement, on observe que le métal s’est créé, en 40 ans d’existence, des codes, des croyances, des symboliques, des rites, des icônes, un langage, des images, une rhétorique, des concerts-grands messes …bref un ensemble d’attitudes et de comportements communautaristes empreint de religiosité et dont il faut aller chercher le fondement dans cette double assertion révolutionnaire :  » fais ce que tu veux sera toute la loi » et  » vis pleinement ce que tu ressens en toi ». Ces 2 assertions de Anton Szandor LaVey (fondateur de l’Eglise de Satan en 1966) ont pour origine Aleyster Crowley, spécialiste de l’occultisme et de l’ésotérisme,[…]

 Pas étonnant de savoir que LaVey est proche de Ron Hubbard, fondateur de la Scientologie, et qu’il a fondée l’Église de Satan le jour de la Walpurgisnacht (fête germanique supposée magique).

 Pas vraiment surprenant donc de voir dans le show des Screams Awards Marilyn Manson ( nommé révérend de l’église de satan par Anton Lavey ) rendre hommage à Ozzy Ozbourne. Surnommé « le pape du metal » ,Ozzy Osbourne est l’auteur du titre « Mr Crowley » , est aussi connu pour le « Ozzfest » dont la version 2002 avait pour jaquette le dieu Pan.

 Pas étonnant non plus de voir ce même Manson en compagnie cette fois d’Eminem ! » (Hellfest: le temps des dinosaures?, sur le blog du Collectif Provocs Hellfest).

 « Curieusement », « Pas étonnant », « pas vraiment surprenant », « pas étonnant non plus »: cet article ne démontre rien du lien de causalité doctrinal qu’il évoque entre le satanisme d’inspiration thélémite, le metal, le Hellfest, et le rap (via Eminem). Il se contente de suggérer… et laisse l’imagination du lecteur finir le travail.

Plus anecdotique, mais vraiment trop fort: les mots utilisés l’an dernier par le Salon Beige pour relater la tentative (au demeurant stupide) de la direction du Hellfest, pour faire supprimer le blog du Collectif par son hébergeur:

 « Ils ont choisi le Vendredi Saint, ce n’est pas anodin

Le collectif contre le Hellfest a reçu ce jour un courrier de Barbaud Benjamin, Président de l’association HELLFEST PRODUCTIONS, dont voici un extrait :

« vous trouverez ci-joint le courrier qui vient d’être envoyé à votre hébergeur (afin de fermer le site…), qui je suis sûr ne restera pas sans réponse. Ensuite dans un second temps nous allons sans plus tarder communiquer et informer nos festivaliers de l’existence de vos différents blogs afin qu’ils puissent eux aussi vous exprimer leur exaspération et leur mécontentement. Nul doute que votre compte messagerie risque d’exploser… »

En attendant, la pétition contre les festivaliers de l’Enfer est toujours en ligne« .

 Il parait surtout évident que Ben Barbaud a profité de la vandalisation le jour même du Piss Christ et des réactions d’outrage qui ont fait suite pour contre attaquer, et qu’il n’a sans doute même pas réalisé la signification de la date pour les chrétiens. Mais ce « ce n’est pas anodin » suggère, hors de tout élément de preuve, et même de toute vraisemblance, qu’il a voulu rééditer consciemment le scandale de la Passion du Christ.

Reprenons le cours de l’analyse d’Alain de Benoist:

 « Le rejet de l’aléa entraîne une extraordinaire décontextualisation. Si l’événement ne saurait relever de l’imprévu, mais atteste au contraire de la réalité d’un plan qu’on peut interpréter comme une sorte de contre-ordre naturel, c’est que le cours des choses obéit à une logique qui lui est extérieure. La conspiration engendre les événements, mais n’est atteint par aucun d’eux. Elle explique l’histoire, mais elle se tient elle-même hors de l’histoire. Le complot se définit donc, non seulement par son ubiquité, mais par sa transhistoricité. A la limite, il existe en tous temps comme en tous lieux : l’histoire manipulée par les conspirateurs n’est que la réalisation d’un projet élaboré en dehors d’elle » (p.5).

 C’est cette décontextualisation qui empêche tout dialogue sérieux de s’établir avec les anti hellfest (et ce ne sont pourtant pas les métalleux de bonne volonté qui manquent, qu’ils soient cathos ou non). Les arguments glissent sur eux, et ils ne semblent retenir que ce qui contribue à leur cause. C’est ainsi qu’ils parviennent à réunir dans leurs tribunes des groupes dont l’esthétique, le rapport réel au christianisme et le discours général sont aussi différents que Black Sabbath, Blue Öyster Cult, Mötley Crüe, Judas Priest, Tankard ou les goupes de BM satanistes. Ils jugent sur les seules paroles, extraites de leur contexte. Et toute tentative d’éclairer ce dernier est purement et simplement ignorée. Ainsi, on retrouve dans l’un des billets du Collectif la phrase de Behemoth:  « À mon commandement, inondez les rues de Bethléem du sang des enfants ! », dont j’avais proposé une interprétation en contexte l’an dernier, par réaction à l’utilisation malhonnête qu’en avait fait Catholiques en Campagne en 2010. Sans aucune prise en compte, aucun retour argumenté de la part des antihellfest. J’ai pourtant porté à la connaissance de certains (je ne pense pas au Collectif ou à LYO en particulier sur ce point) ce billet. De même, j’avais cité la levée de la censure dont Cannibal Corpse a fait l’objet en Allemagne ou en Nouvelle Zélande comme un argument contre l’efficacité supposée de cette dernière dans une réponse à l’argumentaire déployé par le Collectif l’an dernier. Dans un billet récent, le Collectif cite cette censure dont a été victime Cannibal Corpse, sans indiquer qu’elle a depuis été levée. Et pourtant les gens du Collectif lisent mon blog, et y interviennent à l’occasion en commentaire. Quand j’ai cité les paroles de Cremation of holiness l’an dernier, c’était le lendemain sur leur blog, parce que pour le coup ça les arrangeait.

 » Il ne fait pas de doute que le succès des théories du complot provient avant tout de cette extraordinaire simplification qu’elles proposent, et c’est pourquoi la modernité, qui se caractérise notamment par une complexité de plus en plus grande des faits sociaux, constitue pour elles un terrain privilégié. Plus l’état du monde est complexe, plus la simplification radicale qu’apporte la théorie paraît salvatrice. Loin que leur caractère « total » suscite un légitime scepticisme, c’est au contraire ce caractère qui explique l’ampleur et la facilité de leur propagation. On voit par là quelles sont, pour leurs adeptes, les vertus de ce genre de théories. En expliquant, elles rassurent. Mais elles permettent aussi de faire une remarquable économie d’efforts. A quoi bon se livrer à une multitude d’enquêtes historiques, psychologiques, sociologiques pour tenter d’élucider le sens des événements et la nature du social, quand la théorie du complot permet de s’en tenir à une cause unique ? De même que la conspiration « explique » tout, à l’inverse tout « prouve » la conspiration : la multiplicité des effets est la marque même de l’unicité de la cause. A première vue, tout paraît compliqué, mais une fois la cause identifiée, tout devient prodigieusement simple ; il n’y a plus à chercher plus loin« .

 D’où la grande popularité chez les catholiques de ce type de sites de dénonciation: ils permettent d’expliquer de manière simple le recul culturel du christianisme (gentils cathos persécutés par les méchants christianophobes) et de paraitre évangéliser et témoigner à peu de frais. Riposter, dénoncer, faire « campagne », ç’est beaucoup plus facile que de dialoguer: ça évite d’écouter, de chercher à comprendre, à s’informer, à se mettre à la place du contradicteur, de se laisser décentrer par et pour lui, attitudes pourtant ô combien plus authentiquement évangéliques, et ça présente bien, ça permet de se donner un petit côté héroïque à peu de frais.

  » Toute la littérature conspirationniste est, par ailleurs, un discours de l’apparence. Elle repose sur l’idée que la réalité est tout autre chose que ce qui se laisse voir par le commun des mortels. On pourrait dire que le discours conspirationniste est éminemment « platonicien ». Il met en scène la « caverne » où se trouvent enfermés les naïfs et braque le projecteur sur l’« arrière-monde » où s’activent les « chefs
d’orchestre invisibles ». Ce dualisme est indispensable à la théorie. Il y a deux mondes : un monde immédiatement visible, le monde de la vie quotidienne, à la fois banal et compliqué, et il y a le monde de la coulisse, celui qui dirige le premier monde en « tirant les ficelles ». Le thème essentiel devient alors celui du codage et du décodage. Au conspirateur, qui s’emploie à dissimuler ses interventions, répond celui qui dévoile la conspiration parce qu’il sait en décoder les manifestations. L’adepte de la théorie du complot sait comment il faut décrypter. Il sait comment il faut « lire » l’histoire de l’humanité, comment il faut « traduire » ce qui s’observe en
surface, comment il faut faire pour déceler la cause cachée derrière l’événement apparent. Les événements ne sont donc pas à prendre au premier degré. Ils sont toujours autre chose que ce qu’ils paraissent être. Ils sont autant de preuves, d’indices ou de traces. Les naïfs peuvent bien s’y tromper, l’adepte de la théorie du complot, lui, a l’oeil plus exercé et plus perçant. C’est un peu, au fond, comme s’il faisait lui-même partie de la conspiration. Il combat certes l’action des grands initiés, mais il n’est pas moins initié qu’eux. Il lui faut donc se poser comme titulaire d’un savoir qui surplombe le savoir caché de ceux contre qui il se dresse. Prodigieux jeu de miroir, où transparaît le caractère proprement policier de la théorie et où le problème de l’origine de ce savoir dont se targue l’« inventeur » du complot n’est évidemment jamais posé« .

 De manière analogue, les antihellfest ont une « intuition » (quoique l’exemple que je mets en lien manifeste plus de bonne volonté que la moyenne). Ils ne connaissent pas, pour la plupart, grand chose au metal, n’en écoutent pas, l’avouent plus ou moins quand on les accule. Pourtant, ils se font fort d’en remontrer sur la question aux autres cathos qui étudient le metal depuis des années et en proposent une lecture plus nuancée (comme le Père Culat), aux universitaires (comme Nicolas Walzer), et aux métalleux eux-mêmes. Ils prétendent « réinformer » leurs lecteurs sur la question, alors qu’ils n’arrivent même pas, péniblement, à se constituer pour eux-même une information basique, qui soit juste et justifiée. Ils sont tellement sûrs d’avoir identifié la cause du phénomène, la « christianophobie » qu’ils glissent sur tout, qu’ils prennent rarement en compte les critiques, qu’ils sont persuadés de manière invincible de leur bon droit, qu’on a un peu l’impression de toujours leur répéter la même chose sans vrai retour.

 » Et ceci nous amène à un autre trait caractéristique des théories conspirationnistes. C’est qu’elles ne peuvent être réfutées. Dans la mesure même où elles prétendent tout « expliquer », ces théories rejettent d’emblée toute
contradiction, tout argument qu’on pourrait leur opposer, en y voyant, soit une preuve manifeste de la « naïveté » des contradicteurs, soit une simple manoeuvre des comploteurs visant à empêcher qu’ils soient démasqués. Toute contradiction, tout démenti devient alors une preuve supplémentaire de l’existence du complot. La dénégation, dûment instrumentalisée, se transforme en confirmation. Les thèses conspirationnistes, autrement dit, font un usage systématique du soupçon freudien : la dénégation confirme le symptôme. (Qui affirme avec force n’être pas intéressé par les choses du sexe confirme par là même combien il en est obsédé). L’organisation, la collectivité ou la catégorie de personnes accusée d’être au centre du complot se retrouve donc dans une situation de double bind des plus classiques : si elle avoue, c’est qu’elle est coupable ; si elle nie, c’est qu’elle est également coupable, et qu’elle cherche en plus à tromper son monde. Dans de telles conditions, la meilleure preuve de bonne volonté que puisse donner l’accusé consiste à reconnaître qu’il est
coupable. On reconnaît là le procédé psychologique caractéristique des procès de sorcellerie, prolongé à l’époque contemporaine, notamment, par les grands procès staliniens tels qu’Artur London les a décrits dans L’aveu ».

« Hell is hell », me disait encore ce matin sur facebook un catholique qui me reprochait de sous-estimer « la finesse des linguistes du Hellfest ». On pourra toujours expliquer à des antihellfest que le hellfest est avant tout un festival musical, faire l’historique des différents courants, remettre en contexte les paroles d’allure antichrétiennes. La plupart reviendront à telle ou tel parole hors contexte d’allure blasphématoire, et soit on continuera à argumenter avec eux, et ils nous soupçonnerons d’approuver tacitement le blasphème ou la « christianophobie », d’être leurs « alliés objectifs », soit on abandonnera, et ils auront le sentiment d’avoir démontré leur affaire. Et voilà comment le dialogue est plombé depuis plusieurs années, et s’enlise…

Je dois préciser, arrivé à la fin de ce parcours, que ce billet n’a pas pour but de pathologiser les antihellfest, de la même manière que les pourfendeurs de la « christianophobie » pathologisent par ce même terme toute critique du christianisme. J’estime parfaitement possible qu’on puisse trouver des arguments tout à fait recevables contre le Hellfest. J’ai discuté avec des catholiques critiques à l’encontre de ce festival ou du metal, et qui ne semblaient pas affectés par cette « mentalité du complot », comme Etienneweb ou le Chafouin. Et il arrive d’avoir des discussions vraiment intéressantes avec certains de ceux qui me semblent rentrer peu ou prou dans cette logique conspirationniste, ainsi les Yeux Ouverts. Rentrer dans ce type de conditionnement intellectuel n’est d’ailleurs pas incompatible, c’est évident, avec le fait par d’être réellement travaillé par l’Esprit et d’apporter un témoignage authentique de l’Evangile à nos contemporains. Enfin, les mêmes mécanismes sont à l’oeuvre chez des partisans de courant de pensées très différents (ils sont ainsi le pain quotidien des cathos progressistes de Golias, ou encore de différentes associations de défense de la laïcité) et même chez certains métalleux, comme le montrent un article de la Horde Noire semble-t-il désormais supprimé (évoqué dans cette interview en lien) qui voyait dans l’oeuvre du Père Culat une « infiltration » de l’Eglise catholique chez les métalleux, ou encore l’attitude de certains qui ont accusé le Collectif d’avoir monté de toute pièce la tentative de suppression du blog par la direction du Hellfest, que j’évoquais plus haut.

Et en effet, Alain de Benoist conclut son article de la manière suivante:

 « On a essayé de montrer ici que ce conspirationnisme met en jeu des
mécanismes psychologiques assez spécifiques. Ces mécanismes s’enracinent euxmêmes dans des traits permanents de l’esprit humain. C’est la raison pour laquelle il y a tout lieu de penser que les théories du complot réapparaîtront toujours sous une forme ou sous une autre. Si absurdes qu’elles puissent être, leur puissance mythique les dotera toujours d’une évidente capacité de séduction« .

 Simplement, et au delà de la bonne volonté de la plupart des catholiques concernés, je voulais signaler dans cet article que la contestation du Hellfest, née d’une indignation légitime dans son objet, quoique souvent mal informée, semble s’enfermer (enfer -mer)dans une logique conspirationniste, qui paralyse a priori tout débat, et menace de fausser le rapport de nombre de catholiques à la culture et à la société contemporaine. Et de tuer la nouvelle évangélisation dans l’oeuf…

Pour conclure, je ne résiste pas à la tentation de citer le « Collectif pour un festival respectueux de tous », qui cite lui-même l’évangile de Marc (comme quoi on a quand même quelques références communes):

« Que celles et ceux qui ont des oreilles entendent ! »  😉