Archive pour septembre, 2012

Du «droit au blasphème»…

Posted in Christianisme et culture with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 23 septembre 2012 by Darth Manu

Entre la condamnation des Pussy Riot cet été, et ces dernières semaines les polémiques autour de ce qui a été présenté comme un film américain qui caricature le vie du prophète Mohammed et de la dernière couverture provocante de Charlie Hebdo sur l’Islam, on entend fréquemment ces temps derniers l’expression « droit au blasphème », pour la défendre ou pour la réfuter:

« Le blasphème est un droit

 La réalité, c’est qu’en France, dans notre République, et il n’y a aucune raison que cela change, le blasphème est un droit. Je dirais même plus que, face à la connerie des intégristes qui veulent museler tout rapport critique avec la religion, il est un devoir.

 Aussi, les interventions de Jean-Marc Ayrault et de Laurent Fabius sur la question, avant même la publication du numéro de « Charlie », sont tout proprement indignes de notre République.

 […] Mais de quel droit le gouvernement s’offusque-t-il de la pleine jouissance de la liberté d’expression et de la presse en France ? Quel scandale !

 Ces réactions rappellent en substance la position inacceptable qu’avait eue Jacques Chirac en son temps, quand « Charlie » avait publié les caricatures danoises, affirmant :

 « Les provocations manifestes susceptibles d’attiser dangereusement les passions. Tout ce qui peut blesser les convictions d’autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d’expression doit s’exercer dans un esprit de responsabilité. »

 Très laïque, ce Monsieur Chirac, qui avait déjà fêté en grande pompe en 1996 la très laïque elle aussi célébration des 1500 ans du baptême de Clovis. » («  »Charlie Hebdo » caricature Mahomet: le blasphème n’est pas un droit, c’est un devoir! », par Yves Delahaye, Nouvel observateur « Le + »)

« Mais l’expression « droit au blasphème » ne semble guère opportune. D »abord parce qu’elle reprend à son compte l’idée même de blasphème – notion ignorée par la loi, laquelle ne sanctionne que des délits définis en dehors de toute référence religieuse (injures, diffamation, propagation de fausses nouvelles, etc.). Ensuite parce qu’elle introduit subrepticement l’idée qu’on pourrait revendiquer spécifiquement un tel « droit au blasphème ». Or on ne peut que revendiquer la liberté d’expression, laquelle s’exerce sans autorisation, sans avoir à se référer à un droit explicite précis, dans le silence de la loi, et n’est encadrée explicitement que par des interdits – tout ce qui n’est pas expressément interdit par la loi ne peut être empêché et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. » (« Y a-t-il un « droit au blasphème »? » Mezetulle, le blog-revue de Catherine Kintzler).

Comme la seconde citation y fait allusion,  la juxtaposition des mots « droit » et « blasphème » est paradoxale. D’une part, effectivement, parce qu’on relie ainsi une notion juridique, le « droit » et une notion religieuse, le « blasphème ». Ensuite parce que la première a habituellement une connotation positive, et la seconde une connotation négative. Enfin, parce que le terme de « droit » exprime quelque chose d’inhérent à l’être de chacun, quelque chose qui peut se déduire de sa nature ou de son essence, alors que le blasphème implique un certain mode de rapport à quelque chose qui se réclame du divin, et donc au Tout Autre. Le premier se vit d’abord sur le mode de l’être: « je suis… et donc j’ai droit à … » et de l’immédiateté « le droit ne m’est pas concédé mais est indissociable de mon être, de ma dignité » et le second sur le mode de la relation: « je dis ceci de Dieu, du Prophète, de la Vierge Marie, … » et sur celui de la réaction: « je me révolte… ».

Donc, première remarque, la revendication du « droit au blasphème » présente dans ses propres termes une tension interne. Reste à savoir si celle-ci est l’expression d’une contradiction insurmontable, qui fait de cette revendication un non-sens, ou si elle est susceptible d’être féconde.

Seconde remarque: la contradiction interne exprimée par l’expression « droit au blasphème » est  une chose, les différentes intentions, les différentes connotations portées dans l’usage par les uns et les autres une autre chose encore. Et ces deux réalités, le sens dénotatif paradoxal de cette association, et le caractère pluriel des connotations dévoilées par les différentes interprétations, en général polémiques, dont elle est l’objet, une fois mises en regard, rendent plus complexe encore une approche sereine et exhaustive des débats enflammés (parfois littéralement) que notre objet de réflexion suscite.

En parcourant les réactions aux différentes polémiques suscités par des blasphèmes, je ne puis m’empêcher de remarque que, non seulement elles suscitent des réactions très divergentes, mais que, de façon récurrente, un même média ou une même personne réagit de manière très différente à un blasphème, suivant son contexte. Par exemple, sur Twitter:

« @Netchys  Pourquoi @CecileDuflot la femme-ado n’a-t-elle pas apporté son soutien a #CharlieHebdo comme avec les #PussyRiot ?#jeposelaquestion @EELV« 

D’un côté, nous avons des féministes certes militantes, qui opère une manifestation artistique, certes influencée par l’actionnisme viennois, qui n’emballe pas la sensibilité de tout un chacun, dans une église, certes de manière impromptue et blasphématoire, dans une perspective politique, certes très contestataire, dans un pays dont les gouvernants ne font pas non plus l’unanimité dans la conception qu’ils proposent d’un « démocratie ».J’aurai compris qu’elles prennent quelques semaines, à la rigueur quelques mois, pour exhibitionnisme ou outrage ou tel autre délit de droit commun qu’elles ont accomplis ouvertement. Je m’inquiète d’une condamnation à deux ans de camps (certes très légérement plus douce que de la prison ferme) pour ce que le Président russe a ouvertement présenté comme un délit de blasphème.

De l’autre côté, nous avons un journal, qui a certes fait l’expérience d’un incendie de ses locaux, apparemment par des islamistes, qui lui a valu cependant une grande vague de soutien, qui blasphème dans un pays qui protège la liberté d’expression, où ses cibles sont minoritaires et font l’objet d’une hostilité selon moi plus grande et largement partagée que le christianisme en France et à fortiori en Russie, juste après qu’une vidéo sur Youtube, elle-même blasphématoire, ait certes créé le buzz, mais ait surtout donné un prétexte à des djihadistes pour tuer une centaine de personnes dans les pays à majorité musulmane.

Alors certes cette différence d’attitude de Cécile Duflot pose une question, à laquelle je répondrai pour ma part de manière bien différente de ce que @Nechtys suggère, et sans doute de façon plus proche du choix de la ministre en cause.

De manière plus nuancée, le Père Grosjean nous propose l’approche suivante (son confrère et co blogueur l’abbé Seguin vient d’ailleurs de publier un article assez équilibré à ce sujet sur Padreblog):

« @abbegrosjean Aucune violence contre #charliehebdo ne serait admissible. Cela n’empêche pas de questionner leur volonté de provoquer gratuitement« 

Certes, une apologie publique du blasphème ne peut que susciter des questions de la part des chrétiens, comme de toute personne qui s’engage dans une démarche de foi. Mais alors que nous réagissons au blasphème, quel qu’il soit, je pense que celui-ci, dans un mouvement inverse, nous questionne également.

Tout d’abord, suivant les situations et les personnes, si le blasphème se présente tout d’abord comme une insulte au Divin, et dans toutes les religions, comme un péché grave, il n’a pas toujours la même signification, ni la même gravité, suivant les auteurs et les contextes.

Quelques exemples théoriques:

– La personne qui a souffert de manière apparemment injuste, et qui se révolte contre les épreuves que Dieu lui a fait subir, et son silence apparent (Job par exemple).

– La personne qui est victime d’un contre-témoignage de la part d’un croyant, et qui par son blasphème exprime sa réprobation de celui-ci.

– La personne qui va blasphèmer par jeu et/ou conformisme, sans mesurer la signification de ses actes.

– La personne  qui est politiquement engagée contre un sytéme de gouvernement culturellement ou idéologiquement associé à une religion, et qui espère en attaquent la seconde toucher le premier.

– La personne qui, via le blasphème, se livre moins à une vision religieuse qu’à une spéculation à caractère auto-promotionnel.

– La personne qui associe une défense apparente de la foi, dans une démarche d’enseignement,  à des visées d’ordre profane, au point de contredire la première par les secondes.

– La personne qui méprise ou réprouve les valeurs portées par une religion.

La plupart de ces personnes (moins l’avant-dernière, à part pour une religion différente de la sienne) peuvent se retrouver à commettre ou célébrer tel ou tel blasphème: une croix plongée dans l’urine, une représentation du Christ couverte d’excréments, un concert de black metal insultant envers telle ou telle religion dans ses paroles et/ou sa mise en scène. Avec pourtant des glissements parfois important de sens, concernant la signification du blasphème en lui-même, et une gravité très variable de l’acte en lui-même.

Certains me répondront: « le pécheur doit être aimé, mais le péché doit être haï. Un blasphème est un blasphème, et doit être combattu pareillement, quel qu’il soit, et quel qu’en soit l’auteur! ».

Si tout blasphème, d’un point de vue strictement chrétien, est condamnable en lui-même, et constitue d’un point de vue sacramentel un péché grave, il me semble cependant que le Christ nous enseigne une manière un peu plus nuancée de les recevoir, qui distingue entre des cas de figure qui relève encore d’une certaine forme de recherche de Dieu, et d’autres qui constituent au contraire une rupture:

« 31 C’est pourquoi je vous dis : tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes ; mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné aux hommes. 32 Et quiconque aura parlé, contre le fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir.  » (Mat.12:31, source: Lecture de l’Evangile).

Bien loin de moi de prétendre définir le « blasphème contre l’Esprit Saint », et plus encore de dire si tel ou tel des exemples que j’ai cités en relève. Cependant, je relève dans ce passage, attribué par les premiers chrétiens à Jésus, et présent non seulement dans les évangiles canoniques mais également dans certains apocryphes, comme l’Evangile de Thomas, une distinction entre différents degrés de gravité du blasphème: certains, contre le Père ou le Fils, qui laissent ouverte la possibilité du pardon, et d’autres, contre le Saint Esprit, qui la ferment.

Une telle distinction m’évoque immédiatement un texte du Premier Testament qui m’a beaucoup marqué, et sur lequel je me suis déjà précédemment appuyé sur ce blog: le Livre de Job.

Dans ce livre, Dieu accepte la proposition du diable d’éprouver Job, un homme profondément pieux, mais comblé, tant dans ses possessions matérielles que par une famille nombreuse.

Ses possessions disparaissent. Sa femme et ses enfants meurent. Poussé à bout, il se révolte contre Dieu:

« 9.13 Dieu ne retire point sa colère; Sous lui s’inclinent les appuis de l’orgueil.

9.14 Et moi, comment lui répondre? Quelles paroles choisir?

9.15 Quand je serais juste, je ne répondrais pas; Je ne puis qu’implorer mon juge.

9.16 Et quand il m’exaucerait, si je l’invoque, Je ne croirais pas qu’il eût écouté ma voix,

9.17 Lui qui m’assaille comme par une tempête, Qui multiplie sans raison mes blessures,

9.18 Qui ne me laisse pas respirer, Qui me rassasie d’amertume.

9.19 Recourir à la force? Il est Tout Puissant. A la justice? Qui me fera comparaître?

9.20 Suis-je juste, ma bouche me condamnera; Suis-je innocent, il me déclarera coupable.

9.21 Innocent! Je le suis; mais je ne tiens pas à la vie, Je méprise mon existence.

9.22 Qu’importe après tout? Car, j’ose le dire, Il détruit l’innocent comme le coupable.

9.23 Si du moins le fléau donnait soudain la mort!… Mais il se rit des épreuves de l’innocent.

9.24 La terre est livrée aux mains de l’impie; Il voile la face des juges. Si ce n’est pas lui, qui est-ce donc?

9.25 Mes jours sont plus rapides qu’un courrier; Ils fuient sans avoir vu le bonheur;

9.26 Ils passent comme les navires de jonc, Comme l’aigle qui fond sur sa proie.

9.27 Si je dis: Je veux oublier mes souffrances, Laisser ma tristesse, reprendre courage,

9.28 Je suis effrayé de toutes mes douleurs. Je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent.

9.29 Je serai jugé coupable; Pourquoi me fatiguer en vain?

9.30 Quand je me laverais dans la neige, Quand je purifierais mes mains avec du savon,

9.31 Tu me plongerais dans la fange, Et mes vêtements m’auraient en horreur.

9.32 Il n’est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde, Pour que nous allions ensemble en justice.

9.33 Il n’y a pas entre nous d’arbitre, Qui pose sa main sur nous deux.

9.34 Qu’il retire sa verge de dessus moi, Que ses terreurs ne me troublent plus;

9.35 Alors je parlerai et je ne le craindrai pas. Autrement, je ne suis point à moi-même. » (Job, 9, 14-35)

Accablé, Job en vient à nier que Dieu est juste, ce qui me semble revenir à un blasphème.

Ses amis indignés tentent de lui faire retirer ses paroles, et s’attachent à lui démontrer en long, en large et en travers que Dieu est juste:

8.1   Bildad de Schuach prit la parole et dit:

8.2   Jusqu’à quand veux-tu discourir de la sorte, Et les paroles de ta bouche seront-elles un vent impétueux?

8.3   Dieu renverserait-il le droit? Le Tout Puissant renverserait-il la justice?

8.4   Si tes fils ont péché contre lui, Il les a livrés à leur péché.

8.5   Mais toi, si tu as recours à Dieu, Si tu implores le Tout Puissant;

8.6   Si tu es juste et droit, Certainement alors il veillera sur toi, Et rendra le bonheur à ton innocente demeure;

8.7   Ton ancienne prospérité semblera peu de chose, Celle qui t’est réservée sera bien plus grande. (Job, 8, 1-7)

Mais rien n’y fait, Job persiste dans sa révolte. Dieu finit par intervenir, et convaincre Job, non par des justifications, comme ses amis avant Lui, mais en lui manifestant son Être dans toute Son incommensurabilité, et toute Sa présence. Job se convertit à nouveau, et Dieu lui pardonne, mais est curieusement est beaucoup plus critique vis à vis de trois des quatre amis qui pourtant ne cessaient de le ramener à Lui:

« Après que l’Éternel eut adressé ces paroles à Job, il dit à Éliphaz de Théman: Ma colère est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n’avez pas parlé de moi avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job.

42.8   Prenez maintenant sept taureaux et sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, et offrez pour vous un holocauste. Job, mon serviteur, priera pour vous, et c’est par égard pour lui seul que je ne vous traiterai pas selon votre folie; car vous n’avez pas parlé de moi avec droiture, comme l’a fait mon serviteur Job.

42.9   Éliphaz de Théman, Bildad de Schuach, et Tsophar de Naama allèrent et firent comme l’Éternel leur avait dit: et l’Éternel eut égard à la prière de Job. » (Job, 42, 7-9)

Pourquoi cette colère, contre ceux qui avaient reproché à Job son blasphème et exigé son repentir? Sans être exégète, et en faisant sûrement des contresens importants, je le comprends de la manière suivante:

Au plus profond de sa révolte, Job ne cesse de maintenir la relation à Dieu, de le chercher, de l’interpeller, de chercher à restaurer sa foi. Il renvoie à la figure de ses amis l’existence du Mal, dans toute sa radicalité et sa quotidienneté, mais c’est parce qu’il ne peut plus se contenter d’une foi fragile et illusoire, qui fait de ce dernier une possibilité abstraite, minime et lointaine. Il veut davantage: une foi qui dépasse l’épreuve immédiate du Mal, qui la transcende, qui endure au travers lui. Alors que ses trois premiers contradicteurs se contentent d’une foi superficielle, n’hésitent pas à dire du mal des justes en proie au malheur pour ne pas ébranler leur conception confortable de la Parole de Dieu, et sont tellement occupés à justifier ce dernier, pour ne pas douter, qu’il en finissent par oublier leur relation à Lui, tellement ils évacuent la radicalité de Sa présence au sein même d’un monde pécheur, et c’est pourquoi ils finissent par ne plus rien avoir à dire face au témoignage de Job. Parfois, nous catholiques qui cherchons légitimement à défendre l’enseignement moral de l’Eglise, avons parfois tendance à minimiser les épreuves que subissent les divorcés-remariés et les homosexuels dans l’Eglise, ou encore certaines femmes face à une grossesse non-désirée, pour rendre plus rationnelle, plus simple, notre adhésion à celui-ci.  Sans doute gagnerions-nous à méditer le Livre de Job, pour trouver des mots plus convaincants, et moins blessants ou condescendants que ceux que nous employons parfois.

Pour revenir à la question du blasphème, nous voyons donc qu’un même acte blasphématoire peut exprimer derrière l’insulte aussi bien un réel mépris q’une forme paradoxal de désir d’être plus près de Dieu, par delà la souffrance et la réalité évidente du Mal. Un blasphème qui refuse le pardon, ou un autre blasphème qui le recherche de manière contradictoire. Dans les deux cas c’est mal, c’est un péché, mais qui n’appelle pas la même réponse nécessairement de notre part: la condamnation pure et simple dans le cas du mépris, l’écoute et la remise en question de notre propre relation à Dieu et du témoignage que nous en donnons dans le second cas.

Et quand je vois les débats enflammés en 2011 sur l’interprétation du Piss Christ ou de la pièce de Castellucci, je me dis qu’il n’est pas si facile que ça de faire la différence.

C’est pourquoi je suis contre un traitement englobant, autre qu’au cas par cas,  des oeuvres blasphématoires, ou d’apparence blasphématoire, et une réaction qui reposerait systématiquement sur le lobbying et la contestation (et a fortiori sur l’interdiction pure et simple de l’oeuvre en cause). Je pense que le blasphème, n’est certes pas un droit, parce qu’un droit touche à ma propre dignité, et que le blasphème est une interpellation d’autrui, dans certains aspects qui touchent à sa propre dignité. On n’a pas de droit sur la dignité d’autrui. Par contre, il peut exprimer une souffrance ou une interrogation, et je crois qu’il y a un droit à exprimer une souffrance, même de manière verbalement violente ou blessante. Et qu’il est du devoir d’un chrétien, de discerner ce qu’il y a derrière un blasphème apparent, avant d’en condamner l’auteur, et de vérifier s’il ne se cache pas derrière l’expression d’un désir de conversion, et éventuellement une remise en cause d’une expression par nous peuple de Dieu encore trop imparfaite, voire à contresens, de Sa Parole. Car la souffrance et la révolte sont elles mêmes l’expression d’une dignité blessée, et il n’y a pas non plus de droit à faire taire l’expression d’une dignité.

Le blasphème est avant tout une parole qui nous interpelle, parfois pour clore la discussion, s’il n’est qu’une insulte gratuite, mais souvent aussi dans l’attente de réponse, tel Job qui provoque Dieu pour finalement le pousser à répondre. Et si éprouver Dieu est un péché (et même l’une des trois tentations auxquelles Jésus résiste dans le désert), nous ne pouvons pas ne pas répondre à cette parole de violence par une parole de douceur.

Ce qui pour moi rend le dialogue avec les formes d’art blasphématoires incontournables, et prioritaire sur toute démarche de lobbying qui pourrait l’entraver et radicaliser  la révolte de « blasphémateurs » jusque là « en recherche ». Ce dialogue enlevant par ailleurs leurs excuses à ceux des  amateurs de « droit au blasphème » (à mon avis souvent beaucoup plus minoritaires qu’on ne le croit) qui sont animés d’une haine authentique de la foi et des valeurs qu’elle porte et qui refusent eux-mêmes le dialogue, ou qui exploite cyniquement les opportunités commerciales liées à la polémique,et les démasquant, y compris aux yeux des non croyants.

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