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#EGC « L’art contemporain, voie de spiritualité ? » : christianisme, black metal et art contemporain

Posted in black metal et art contemporain with tags , , , , , , , , , , , on 7 octobre 2012 by Darth Manu

Il m’a été proposé, ainsi qu’à plusieurs autres blogueurs catholiques, de promouvoir la tenue prochaine des Etats Généraux du Christianisme par un article sur mon blog, en lien avec l’un des thèmes qui y seront traités, dans le cadre d’un partenariat de mes amis de la Fraternité des Amis de Saint Médard avec le journal La Vie et l’émission Le Jour du Seigneur.

Les thèmes qui m’étaient proposés me paraissant assez délicats à croiser avec une réflexion sur le black metal, j’ai suivi le conseil qui m’était donné, et consulté le programme des EGC pour voir si un autre thème me conviendrait davantage. Et j’ai en effet trouvé ce que je cherchais:

Samedi 13 octobre 2012 14h-15h30:  » L’art contemporain, voie de spiritualité ? » Un débat animé par Isabelle Francq,journaliste à La Vie. Avec Jérôme Cottin, théologien, Université de Strasbourg.

Cela faisait un bon moment que je voulais traiter des relations entre black metal, art contemporain et christianisme,  la lecture cet été du livre Black Metal et Art contemporain: tout détruire en beauté, de Gwenn Coudert, m’encourageant et m’inspirant fortement en ce sens, et ce thème me permet de faire d’une pierre deux coups, en traitant cette question tout en participant à la campagne d’articles autour des EGC.

1) Le débat entre chrétiens et art contemporain

En France à l’heure actuelle, ce débat parait assez mal engagé, comme en témoignent les manifestations catholiques de 2011 en représailles contre diverses oeuvres issues de l’art contemporain: le Piss Christ, et les pièces Sur le Concept du Visage de Dieu et Golgota Picnic, ainsi que les commentaires de divers blogs catholiques sur le lien entre les Pussy Riot et certaines écoles particulièrement extrêmes de celui-ci.

Les propos que François Bœspflug, dominicain, professeur d’histoire des religions à la faculté de théologie catholique de l’université de Strasbourg, a accordés au Figaro à l’occasion de la polémique autour des pièces de théâtre en octobre 2011, aparaissent très révélateurs de cette méfiance des catholiques français à l’encontre de l’art contemporain:

« Le christianisme est-il devenu la cible privilégiée des artistes ?

Oui, sans doute. L’art contemporain est l’une des manifestations de la christianophobie. Pas la seule… Encore faut-il préciser que ce n’est évidemment pas systématique. L’art sacré d’inspiration et de destination chrétienne poursuit sa route et continue de susciter des œuvres. Le septième art, à ma connaissance, est beaucoup moins souvent christianophobe que ne le sont les arts plastiques. Voyez au cinéma le film Des hommes et des dieux, ou Habemus papam, au théâtre les pièces d’Olivier Py, en littérature, en BD…« 

Cet historien des religions oppose quasiment l’art contemporain à l’art sacré, comme si c’était un art maudit!

Pourtant, d’autres chrétiens voient dans les thématiques et les choix esthétiques propres à l’art contemporain, y compris dans certaines de ses variantes les plus provocantes et les plus extrêmes, l’occasion d’un « dialogue », qui met en évidence des « tensions créatrices ».

Ainsi, Jérôme Cottin, théologien protestant et lui aussi enseignant à l’Université de Strasbourg, qui participera au débat des EGC sur « l’art conyemporain, voie de spiritualité »:

« Alors que dans les pays où le protestantisme est culturellement significatif, voire majoritaire, le dialogue entre l’art contemporain et le christianisme est fréquent, il n’en va pas de même en France. Ce dialogue semble être inexistant, ou réduit à quelques exemples sporadiques et non significatifs.

Comment expliquer cela, alors que la France fut, au XXe siècle, le pays dans lequel on trouva quelques uns des plus grands artistes chrétiens (Rouault, Manessier, Gleizes), ou en dialogue avec le christianisme (Chagall, Le Corbusier) ?

Pour certains cela est dû au catholicisme dominant qui, à cause des positions dirigistes du magistère romain, ne favorise pas un dialogue avec des artistes, lesquels exigent qu’ils soient libres de leur art et de leurs revendications. Pour d’autres, c’est le statut particulier du religieux, cantonné à la sphère du privé du fait de la stricte laïcité française, ainsi que la sécularisation avancée, qui en sont la cause. Pour d’autres encore, cela n’a rien à voir avec le christianisme, mais avec l’évolution de l’art qui, depuis plus d’un siècle, s’est émancipé de tout système de pensée. L’art se veut autonome, ne délivre aucun message particulier, si ce n’est celui de l’art. L’art n’a pas de message à faire valoir, il ne montre que des formes.

Toutes ces raisons ont leur pertinence. Mais elles restent insuffisantes, tant qu’aucune enquête approfondie n’a été faite sur les réalisations artistiques elles-mêmes, les intentions et les écrits des auteurs, les contextes de création et de réception des œuvres. C’est ce que je me suis employé à faire, et cela pendant plus d’une décennie. Parallèlement à cette enquête, il fallait aussi délimiter le sujet. Que choisir ? Qu’approfondir ? Que laisser de côté ? Difficulté d’autant plus grande, qu’aujourd’hui tout peut être de l’art, aussi bien une boite de conserve vide, un chiffon, un tas d’objets (ainsi le mouvement récup’art, initié par Ambroise Monod). Même le rien, le vide, l’absence d’objet, la forme virtuelle peuvent devenir œuvre d’art. Soi-même, l’être humain sont parfois l’unique objet de la création artistique.

Mon enquête a pris en compte plusieurs données, afin de les articuler ensemble :

  • Les débuts de l’art contemporain autour des années 1910-20, mais aussi l’art le plus actuel.
  • Les expressions traditionnelles (peinture, dessin, sculpture, gravure), mais aussi les plus novatrices (Land Art, installations, performances, ready-made etc.)
  • Les productions d’artistes en France et en Europe, mais aussi celles d’autres continents (Amérique du Sud, Asie).
  • Les œuvres d’artistes reconnus internationalement, mais aussi celles de (jeunes) artistes, peu médiatisés, travaillant en marge des décideurs du marché de l’art.
  • L’art produit en contexte d’Église, mais aussi celui qui vise à défier ou à provoquer le christianisme.
  • L’art marqué ou stimulé par la théologie protestante (et plus particulièrement réformée), mais aussi celui inspiré par un christianisme plus général, parfois syncrétiste.

À partir de ces perspectives multiples, on découvrira une importante production artistique en relation ou en tension avec le christianisme. Tellement importante même, que des choix furent nécessaires ; des artistes, œuvres et mouvements artistiques durent être laissés de côté. » (« L’art contemporain et le christianisme. Du dialogue improbable aux tensions créatrices » Esprit et Liberté, n° 217, mars 2008).

Le problème ainsi posé, Jérôme Cottin, dans la suite de l’article, rappelle plusieurs tentatives de dialogues entre artistes contemporains et chrétiens,:

– certains réussis, ainsi celui que « l’archevêque de Vienne Otto Mauer, grand amateur d’art contemporain, a su nouer avec l’artiste avant-gardiste Arnulf Rainer » qui…

« le plus grand artiste autrichien vivant, était en révolte contre toutes les institutions qu’elles soient sociales, politiques, artistiques ou religieuses . Il exprima sa révolte contre l’Église en ce qu’il recouvrait un certain nombre de motifs religieux (le Christ, des croix, les Saints, les anges etc.) par des aplats de couleurs, souvent sombres. Sa démarche de « surpeinture » fut, au sens propre, iconoclaste. Mais l’interprète de l’art qu’était Otto Mauer avait compris que, derrière ce refus et ce rejet, il y avait une quête. Ces recouvrements étaient en effet en même temps des dévoilements : Rainer recouvrait certes ces sujets religieux, mais jamais entièrement. Il restait toujours un détail visible ; la figure religieuse prenait alors un autre sens : elle ne disparaissait pas, elle renaissait. Ce dialogue entre Rainer et Mauer s’est approfondi au cours des années, au point que l’artiste autrichien reçut et accepta, en 2005, un doctorat Honoris Causa de l’université catholique de Münster en Westphalie. »

-D’autres ratés:

« – Dans l’église d’Assy, déjà évoquée, un scandale éclata en 1952 autour du Crucifix réalisé par Germaine Richier. Ce Christ expressionniste, sans visage, exprimait parfaitement le dénuement du Fils de Dieu sur la croix, la réalisation des prophéties du « serviteur souffrant » dans le livre du prophète Ésaïe, ainsi que la souffrance des malades accueillie dans les sanatoriums du plateau d’Assy. Des groupes catholiques conservateurs ont fait une campagne visant à interdire ce crucifix « indigne ». Ils trouvèrent un écho auprès du Vatican qui demanda d’ôter le crucifix, qui ne put revenir à sa place que 20 ans plus tard.

– Dans le monde anglophone, des œuvres, maintenant célèbres, de Renée Cox, Chris Olifi, Andres Serrano, furent aussi l’objet de scandales. Quand on les étudie de près et que l’on entre en dialogue avec leurs auteurs, elles s’avèrent certes surprenantes, mais jamais agressives.

– Enfin récemment en France, l’Église catholique ne manqua pas d’attaquer certaines publicités s’inspirant de sujets religieux, et en particulier de la Cène de Léonard de Vinci (ainsi par Volkswagen en 1997, et par François et Marithé Girbaud en 2005), toujours avec les mêmes arguments. On peut ne pas approuver l’usage de thèmes religieux dans la publicité, mais il est un fait que celle-ci s’inspire de thèmes artistiques et religieux, de notre patrimoine historique, artistique et culturel, pour vendre des produits. Derrière une intention commerciale, il y a aussi un travail sur la réactualisation de valeurs culturelles, que l’on ne saurait ignorer ni mépriser. »

A partir de ce rappel historique des relations entre chrétiens et artistes contemporains au 20ème et au 21ème siècles, Jérôme Cottin définit « en quatre mots » (en fait six: 4 + 2 plus particulièrement mises en avant au 21ème siècle) les tendances principales à ses yeux de l’art contemporain, en indiquant à chaque fois des pistes de dialogue avec le questionnement propre au christianisme:

a) la rupture: D’une part, l’art contemporain vise à représenter autrement, par rapport aux traditions qui l’ont précédées: cet autrement peut être dans la manière de présenter les objets choisis, dans le choix lui-même de ces objets (tout peut devenir art, dans cette perspective, y compris le plus banal, le plus intime, ou le plus repoussant) et dans la définition de l’acte artistique lui-même (la création nait du regard du spectateur aussi bien que de l’inspiration de l’auteur: elle devient complexe et composite). Cette perpétuelle recherche de la nouveauté résonne avec la thématique biblique de Dieu créateur de toutes choses: « Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,5).

D’autre part, en rompant avec les canons de la beauté plastique pour aller déceler celle-ci jusque dans le trivial ou l’immonde, l’art contemporain dessine une  forme de conversion des sens qui parait analogue sur ce point à celle qui nous invite, dans la prière et dans la méditation de la Parole de Dieu, à retrouver Sa Présence jusque dans l’apparamment mauvais ou dans le banal, confrontés au triomphe apparent du Mal ou tout simplement à ce qui parait être l’absence de Dieu.

b) la révolte:

La révolte est esthétisée jusque dans son principe dans de nombreuses oeuvres de l’art contemporain. Si cette révolte peut se tourner contre l’Eglise ou contre Dieu, elle peut également être déchainée contre des causes injustes ou contre un mal effectif:

« – Les toiles « christiques » du juif Marc Chagall. En représentant des Christs crucifiés, il utilise ce qui est pour lui le symbole le plus universel de la souffrance humaine, pour dénoncer les pogroms, les persécutions et l’extermination du peuple juif en Europe centrale et en Allemagne, dans la première moitié du XXe siècle.[…]

On n’aura pas de difficulté à mettre le combat de ces artistes en rapport avec la militance chrétienne, et voir en eux une forme moderne du combat prophétique (et christique), contre l’injustice, l’exploitation humaine, la violence et le mensonge. À bien des égards, l’artiste contemporain est un prophète des temps modernes.« 

c) l’invisibilité:

L’art abstrait, qui inspire des oeuvres qui ne représentent rien, fait écho à la quête spirituelle d’un « Dieu sans images », d’un Dieu qui échappe lui-même irréductiblement à l’expérience des sens et de l’intellect, ce qui fait écho à la foi calviniste de Jérôme Cottin, plus aisément semble-t-il qu’à la sensibilité de la plupart des catholiques.

d) l’écriture: La réflexion sur l’écriture joue un rôle important  dans de nombreuses oeuvres d’art contemporain, que ce soit dans sa dimension de signifiant linguistique (le fameux « ceci n’est pas une pipe » de Magritte), dans les tentatives de théorisation formelle que de nombreux artistes mènent parallèlement à leur activité créatrice proprement dite, ou encore dans le rapport à l’Ecriture elle-même:

« Un exemple saisissant de cette présence de l’Écriture dans l’œuvre – parfois à l’insu même du spectateur – se trouve dans les calligraphies « dansantes » de la jeune artiste coréenne, travaillant à Paris, Joanne Lim (elle organise souvent des chorégraphies, avec des danseuses et danseurs coréens, devant ses tableaux) : le spectateur ne voit que des signes coréens incompréhensibles, qui sont pourtant des extraits de textes bibliques ; ce sont autant des mots à lire que des formes harmonieuses à regarder.

Par ses incursions dans l’univers du signe, l’art contemporain peut ainsi rendre une certaine actualité à l’écriture, au texte, et donc aussi au texte biblique. »

e) la mise en avant du corps humain:

« Dans ses tendances les plus actuelles, l’art remet en avant le corps humain, qui avait disparu sous l’influence de l’abstraction. Avec la disparition du monde des objets, de la nature, le corps humain avait aussi disparu. Il réapparaît depuis quelques années, dans différentes formes d’art : installations, photographies, art vidéo, performance. Parfois, c’est le corps de l’artiste qui devient l’unique sujet du travail artistique (Body Art). La frontière entre artiste et acteur n’est plus alors très nette.

– Un artiste comme Bill Viola, qui travaille à partir de séquences vidéo, montre des corps humains plongés dans différents liquides, ou en lévitation. Il en ressort une double impression de légèreté et de corporéité, qui pourrait symboliser la réception de la Grâce en l’être humain. De fait l’auteur ne nie pas du tout les lectures rituelles, voire religieuses que l’on peut faire de son art.[…]

Le retour du corps humain dans l’art n’est pas qu’une réponse à l’art abstrait, volontiers considéré comme désincarné, spirituel. Cette présence accrue du corps humain peut être aussi une réponse à l’emprise du virtuel sur le réel. »

f) la contestation de la société de consommation et de spectacle:

Les nouveaux médias et supports d’images et de sons sont souvent utilisées dans les oeuvres actuelles, non pas nécessairement pour les célébrer, mais pour déconstruire le nivellement des signifiants et les manipulations qu’ils permettent:

« À la suite du Pop Art américain et de l’Art vidéo, ces artistes, dans ces mises en scènes insolites et souvent provocantes, attirent notre attention sur les manipulations des images de consommation : elles tendent à se substituer à la réalité et à faire de nous des « images d’images ».« 

Si Jérôme Cottin, dans son argumentation, assume parfaitement son point de vue protestant réformé, et de manière explicite, l’article cité ci-dessus a été publié dans une revue catholique, et suscité des réactions très positives de différents membres de l’Eglise, signe qu’elle porte, au dela d’interprétations et de formulations parfois en décalage, des questionnements communs:

« Les chrétiens d’Occident ont été attirés par ces chefs-d’œuvre que sont les icônes. Les artistes ont réalisé dans ce style des mosaïques célèbres comme celles de la basilique San Clemente de Rome. Mais une question s’est posée à eux : comment représenter ce drame horrible qu’est la Passion, Jésus souffrant le martyre sur la croix ? En posant cette question l’Occident va ouvrir une autre voie pour la création artistique. À l’apparition de sa nature divine dans sa nature humaine va succéder la représentation de l’humanité de Jésus. La miséricorde de Dieu va se dire en contemplant la souffrance toute humaine de Jésus dans sa Passion. Si l’icône orthodoxe souligne avec un art extraordinaire l’abaissement de Dieu qui touche toute l’humanité, l’image en Occident met plus l’accent sur chaque homme promu à une dignité humaine nouvelle. La parole du centurion témoin de la mort de Jésus sur la croix illustre bien cette démarche : « Sûrement, cet homme était un juste… » L’Évangile de Jean dit de son côté : « J’ai vu la lumière luire au cœur des ténèbres. » Les artistes occidentaux ont réussi à regarder en face les souffrances de Jésus sans enfermer les croyants dans le dolorisme, mais en laissant deviner la présence de Dieu et l’amour de Jésus alors que les passants ne voyaient qu’un condamné cloué en croix.

Les réflexions de J. Cottin nous provoquent à scruter ce qui se vit dans le monde artistique avec assez d’acuité pour déceler comment les artistes d’aujourd’hui expriment leur vie spirituelle. Cela ne va pas de soi, car le langage des artistes est un langage qui heurte, dérange, qui nous déporte. La première question n’est pas de savoir si cette œuvre est belle, mais ce qu’elle dit de l’homme. Cette question est importante si nous voulons partager avec nos contemporains la Bonne Nouvelle de Jésus. » (« La création artistique a-t-elle encore une place dans notre pastorale? » P. Robert Pousseur, Esprit et Vie n°204, novembre 2008).

2) « Black metal et art contemporain »

Voilà pour l’exposition des relations troublées, mais à mon avis potentiellement fécondes, entre chrétiens et artistes contemporains. Mais quel rapport avec le black metal?

Gwenn Coudert, photographe, journaliste chez le webzine de metal soilchronicles,et beaucoup plus accessoirement lectrice régulière et commentatrice occasionnelle de mon blog, s’attache à montrer dans son livre, injustement passé inaperçu, Black Metal et Art contemporain: Tout détruire en beauté, paru cet été aux éditions du Camion Blanc, les affinités remarquables qui existent dans leur questionnement esthétique, entre art contemporain et black metal, et rappelle les passerelles déjà nombreuses qui ont été opérés entre ces deux registres de l’art:

« L’art contemporain agit en destructeur. Il démolit les valeurs des courants qui le précèdent. Le cubisme démolit la forme et la reconstruit, le surréalisme la met en mouvement, le land art casse les frontières spatiales de l’oeuvre et l’actionnisme la place dans le réel. Le black metal n’utilise pas seulement le thème de la violence et de la destruction, mais détruit lui aussi les barrières de l’art contemporain. En cela ce courant est sans limite. Le « beau » est mis aux oubliettes, seuls les extrêmes et les contrastes violents sont acceptés. La musique est démolie pour être reforgée, la technique n’est plus obligatoire et l’expression prime, l’image du spectacle coloré est alors tâché de sang et de lumières rouges et bleues. La chaleur d’un théâtre devient la moiteur glaciale d’un concert. » (entrée « destruction, création », p. 193).

Dans le black metal comme dans l’art contemporain, on retrouve ce désir de bousculer la représentation ordinaire du monde, des choses, des personnes, pour faire apparaitre des réalités ou des intuitions qui ne sont pas évidentes de prime abord, qui sont cachées ou trop nouvelles pour avoir encore été appréhendées clairement:

« Le produit artistique black metal s’inscrit dans des enregistrements de musique (sons, vidéos), des images et des performances tirées d’une recette proposée par quelques personnes. Il s’agit de: ne pas plaire, abolir les limites, annihiler les courants artistiques précédents, proposer quelques chose qui n’existe pas, à l’image de l’art performance, du body art ou de l’actionnisme viennois et de tout courant réactionnaire extrême. » (entrée « oeuvre d’art », p.92).

Cette volonté de rupture avec la tradition musicale, y compris dans le metal, et de révolte contre les artifices de nos sociétés de masse, qu’il partage avec l’art contemporain, trouve comme moyen d’expression privilégié, dans son expression musicale et visuelle, la violence:

« Le black metal est une musique violente. C’est un art qui fait référence à des thématiques brutales, agressives. La guerre, la souffrance, le sang, la mutilation de la chair, la privation de la liberté d’expression. […] Cette musique est un art violent, braquant son sexe en érection sur le monde aseptisé de la consommation. Non pas pour dominer, mais pour l’ensemencer de graines de vie, de force et d’ouverture sur son environnement. Le pont qui pourrait lier cette musique avec la pensée nietzschéenne est ici, la Volonté de puissance inversée en puissance de volonté. Ce qu’il faut absolument comprendre est que le black metal n’engendre pas la violence, il est son image sonore et visuelle. Il fait le choix de l’interpréter grâce au support de la musique. Cet acte de production de quelque chose de si froid, hostile et glacial qu’il ne parait pas adressé à tous, mais à des sortes d’élus à même de recevoir cette musique. « Le black metal ne peut être violent, il ne viole personne! « (Marco)

[…] Le black metal n’appelle pas à la violence, il est l’expression de la violence. Le black metal n’agresse personne puisqu’il est lui-même l’expression de l’agressivité. Certaines parts de soi sont invisibles, taboues, écartées du chemin social préconstruit, cette culture extrême représente une occasion d’y toucher. Le public, le clan, se chargeant d’interpréter ce message artistique. » (entrée « violence », p. 290, 291 et 292).

Si certains des premiers black metalleux ont cédé à la tentation de prolonger cette représentation de la violence par une mise en pratique de celle-ci tout ce qu’il y a de plus réelle, et que des faits divers sanglants ont pu être constatés ça et là à la marge, force est de constater que cette radicalité esthétique du black metal est vécue par ses adeptes sur scène, en concert, mais nullement dans la vie quotidienne. Il y a une séparation, une ligne frontière, entre la performance artistique et la vie de tous les jours, marquée par exemple par l’apparence. On ne trouve guère de black metalleux à ma connaissance, qui se baladent  dans la rue en corpse paint et équipés de tout l’arnarchement guerrier exhibé en concert. Cette musique amène à méditer la violence en tant que concept et expression, mais cela n’entraîne pas nécessairement l’exaltation de la violence appliquée à tel ou tel.  Comme je le remarquais dans deux précédents billets consacrés à « la haine » dans le black metal, cette dernière est souvent universalisée, finalement abstraite, dans le discours  de nombreux groupes. Il s’agit moins, et de moins en moins,  d’exprimer une haine spécifiquement dirigée contre tel ou tel, que de la représenter dans son principe, tellement esthétisée qu’elle draine bien d’autres signifiés, et bien d’autres émotions souvent plus positives, derrière son signifiant. Comme Gwenn Coudert le souligne par ailleurs:

« Ce courant musical se voulant subversif, il est surprenant de constater le revirement de certains groupes vers un esprit de moins en moins guerrier et de plus en plus sobre. On assiste à une réelle évolution voire, un retournement des valeurs à l’image du white metal et de la croix chrétienne qui se « re-retourne ». 

[…] Sur le plan social, cette musique n’est plus « dangereuse ». Le black metal est maintenant relativement intégré dans la société. Force est de constater que certaines déviances n’existent plus. Les manifestations trop subversives et les abus sont mal interprétés. Plus précisément, les excès sont à la mode mais leurs conséquences sont interdites.

[…]Si ce courant ne trouve pas un nouvel ennemi (celui du christianisme étant devenu presque passéiste), l’archétype du black metal tendra à disparaitre et cette sobriété deviendra l’une de ses règles d’apparence. Comme s’il était plus violent de rester sobre, calme , sage, les frasques festives étant maintenant réservées au monde des adolescents et des « trendies » (ceux qui n’y connaissent rien en langage extrême).

Bien évidemment ce constat n’est pas une généralité. Nous parlons surtout de musiciens/amateurs de black metal qui se sont assagis. […]

L’art possède des aspects sobres  contrastés par les transgressions. Prenons l’exemple de Kandinsky. Un retour à la sobriété est visible à la fin de sa carrière, on y voit une synthèse des premières années de son oeuvre. Au lieu d’avoir des cadres immenses et éclatants de couleurs, les derniers travaux de Vassili mettant en valeur la forme dans son plus simple appareil. On épure, on assagit, mais l’essence y gagne en crédibilité. Le black metal suit un chemin similaire marqué par une meilleure connaissance du style. Le chemin de la maturité? » (entrée « sobriété », p. 270 et 271).

La technicité et la recherche esthétique prenant l’avantage sur l’esprit subversif des origines, que reste-t-il de cette radicalité qui est l’empreinte formelle du black metal et sa contribution à l’Histoire des arts?  Cette empreinte formelle justement, cette esthétisation de la transgression et de la souffrance qui démonte les canons ordinaires du beau, de la mélodie et de l’harmonie, pour donner à l’imaginaire de nouveaux paysages:

« Les thématiques de cette musique sont les inversions, l’opposition, la subversion, le purisme, la nature et la subversion. le purisme, la nature, la symétrie et la réaction. En effet, en considérant son bagage issu de civilisations anciennes, le black metal est une réaction à notre société contemporaine. C’est l’une des raisons de la présence si récurrente d’images d’environnements naturels bruts, hostiles et froids. Ainsi montagnes, nuit, neige, feu… sont un bac à sable pour les métalleux qui rejettent l’image d’une société de consommation confortable. Ils réagissent à l’aseptisation de notre environnement. Les images subversives ou provocantes vont dans le sens d’appel ou de choc du public. L’imaginaire black metal se fiche du beau interprété par les modes.

[…]Si la musique extrême est parfois considérée comme un enfermement dans une solitude malsaine couplée à une dépression chronique d’adolescent attardé, ses amateurs affirment le contraire et paraissent prendre la vie avec philosophie, simplicité et liberté. Les personnes qui cultivent l’imaginaire black metal sont majoritairement insérées dans la société. Ce pilier semble nécessaire dans la composition musicale, comme s’il était utile d’avoir un pied dans la société pour conserver sa capacité de création. Malgré des thématiques simples sur un support bien défini, le black metal répond à beaucoup d’attentes intérieures, notamment à un désir de sensations fortes ou de complexité et de défi.

L’exploration des tréfonds a toujours existé dans l’art, l’enfer et le paradis se mêlaient déjà dans la peinture de Jérôme Bosch au XVème siècle, ou chez le peintre religieux Grünewald qui à la ême époque, a été l’un des premiers à représenter la chair…

Dans le black metal ces représentations peuvent provenir de pochettes d’album dont les souvenirs d’écoute ont été forts, ou par comparaison à des expériences de concerts. Aussi les photos jouent un rôle important dans la composition de son propre imaginaire musical. » « entrée « imaginaire », p. 206 et 207).

Car au fond, la destruction, la transgression, la souffrance, la « haine », loin d’être les finalités ultimes du black metal, ne sont au fond que les ingrédients formels que son inspiration rassemble pour créer, pour contribuer à ce « musée de l’imaginaire » (Malraux) constitué par l’ensemble de la production artistique mondiale, pour « tout détruire en beauté »…

Eclairante en ce sens est la conclusion de la dernière interview en annexe du livre de Gwenn Coudert, celle  d’Alrinack, bassiste de PHTO (« Percevoir les Horribles Tristesses Obscures »):

« Si ce n’est pas trop indiscret, peux-tu me donner ta définition du black metal?

Le black metal est avant tout un mouvement artistique et peut se comprendre à travers l’histoire du mouvement rock. Mais c’est évidement plus que cela. C’est un milieu à travers lequel de nombreuses exubérances sont permises. C’est évidemment le cliché de la musique du « Diable » qui se trouve porteuse de valeurs anciennes, mais qui sonnent neuves aux esprits d’aujourd’hui. J’y vois aussi la contradiction, la dualité, c’est un mouvement clé car il est en quête perpétuelle de(s) extrême(s), donc tend à la jointure, il apporte les ténèbres pour offrir la lumière, il disperse la lumière pour plonger dans les ténèbres.

[…] De manière plus philosophique, penses-tu que la notion de souffrance peut engendre la créativité?

Oui, je pense. De manière philosophique autant que psychanalytique, la souffrance ramène à l’inconfort donc à la nécessité de créativité. Quand plus rien ne va, il faut changer, transformer son environnement pour l’améliorer. L’art dans le BM a cette place, le monde va mal, l’humanité devient folle. Il faut le dire, le montrer, l’expliquer, pour que peut-être il puisse changer » (p. 372 et 373).

3) Art contemporain, black metal et spiritualité  chrétienne

Le premier point commun des recherches esthétiqes propres au black metal et à l’art contemporain, et qui leur vaut une aussi mauvaise presse auprès de nombreux catholiques, est cette recherche d’une forme d’absolutisation de la transgression dans leur expression. Ce qui fait dire à certains qu’ils sont « subversifs », « révolutionnaires », « contre-culturels », « contraires au bien commun », « christianophobes » pour tout dire…

Mais la recherche d’expressions de la transgression est-elle en soi contraire aux « valeurs chrétiennes »?

Comme je le montrais dans un précédent billet, une même représentation littéralement choquante peut voir sa signification changer du tout au tout suivant les connotations qui lui sont données par l’artste. Et mettre en scène des objets, des corps ou des évènements de telle sorte que le regard les appréhende sous un regard nouveau, c’est précisément, plus encore que pour d’autres traditions artisitiques, la démarche de l’art contemporain.

Trois exemples:

– Un corps de femme nu peut exalter la « révolution sexuelle », en étant présenté de manière séduisante, , mais dans l’art contemporain, notamment féminin, il est souvent mis en scène de manière à heurter, non pas pour illustrer telle ou telle perversion de l’artiste, mais pour inscrire dans la conscience du spectateur le statut d’objet qui est souvent associé à ce corps dans le discours médiatique contemporain, et pour le faire réagir:

« Les femmes revendiquent la possibilité de créer « aussi fort » que les hommes en utilisant la violence et la sensibilité des regards. Natasha Merrit utilise par exemple Internet pour y déployer des photos de sa sexualité au jour le jour. » (Gwenn Coudert, op. cit., entrée « analogie avec l’art contemporain féminin », p.294)

– le spectacle de cadavres peut exprimer une recherche cynique du gain en attisant les plus bas instincts, ainsi dans cette pub de Benetton il y a quelques années, parfois au contraire pour forcer le regard sur des réalités déplaisantes dont nous avons trop tendance à nous protéger (on songe aux panneaux publicitaires d’Amnesty International qui représentent des enfants du tiers-monde squelettiques) et pour susciter en nous un malaise moral, pour nous appeler à une plus authentique compassion, et charité en acte:

« D’autres artistes ont représenté des malades du sida, et mettent en scène des mourants, souvent de jeunes hommes, à la manière des pietà : ils meurent à l’âge où le Christ est mort, dans les bras de l’être aimé. » (Jérôme Cottin, op. cit.)

– La représentation de blasphèmes: comme je l’indiquais dans mon dernier billet, tous les blasphèmes n’appellent pas la même appréciation de leur gravité, ni toujours de notre part la même réaction: condamnation ou dialogue, écoute et remise en question de notre manière d’annoncer l’Evangile. Enfin, qui dit représentation d’un blasphème ne dit pas forcément blasphème. J’ai lu une bonne part des réactions cathos en 2011 à propos du « Piss Christ » de Serranno et de « Sur le concept du Visage de Dieu » de Castellucci, et je ne suis toujours pas convaincu du caractère blasphèmatoire de ces oeuvres.

On pourrait développer une anlyse similaire sur beaucoup d’albums de black metal, ce que j’ai tenté de faire dans de nombreux billets précédents.

Toujours est-il que la valeur d’une oeuvre d’art et son message s’apprécient, que ce soit pour l’art contemporain, le black metal, ou toute autre école artistique, au cas par cas. Car elle elle l’expression d’une inspiration particulière, d’un vécu unique, d’une maîtrise technique plus ou moins grande.

Et pourtant les catholiques ont tendance à juger en masse les oeuvres issues de l’art contemporain ou du black metal. Pour beaucoup, elles sont « transgressives », « contre-culturelles », « révolutionnaires », « christianophobes (il n’y a qu’à lire le blog du Collectif Provocs Hellfest, celui des Yeux Ouverts, les sites d’Ichtus ou de Liberté Politique, ou encore de nombreux sites de la tradisphère, ou même seulement la  citation initiale  de la première partie du présent billet). Parce qu’au fond leur lecture de es oeuvres n’est pas spirituelle, n’est pas religieuse, n’est même pas artistique: elle est politique. Au fond, ce qu’il voit dans l’art contemporain, par exemple, c’est une espèce d’avatar culturel  du marxisme et ou du féminisme, qui prolonge ce qu’il voient comme leur travail idéologique de subversion des racines chrétiennes de l’Europe par une contre-culture qui va instaurer comme idéal esthétique une contre-façon du Beau de manière analogue au communisme qui va promouvoir comme idéal éthique et politique une contrefaçon du Bien et de la charité.

Personnellement, je n’y crois pas du tout. Certes, des tentatives de récupérationspolitiques existent: On songe à l’usage de leur corps par les FEMEN en ce moment, aux tentatives d’entrisme du black metal, que je décrivais dans un précédent article, par des racialistes. Et ni les groupes de black metal, ni les artisites contemporains ne sont toujours dépouvus d’arrière pensées politiques. Et le philosophe marxiste Antonio Gransci défendait une forme de combat révolutionnaire sur le terrain de la culture. Mais l’art, qu’il s’agisse de l’art contemporain, du black metal, ou de tout autre courant, n’est pas, par nature, révolutionnaire, mais réactionnaire. Non pas qu’il soit particulièrement lié à des idées très à droite, mais parce qu’il est l’expression de l’intériorité d’un individu ou d’un petit groupe, un appel à porter un regard individuel renouvelé sur le monde. Il est fait par des individus pour des individus, en réaction au regard majoritaire. Et dès lors qu’un art se met à toucher la foule, qu’il devient un art de masse, que l’inspiration qui l’animait s’affadit et devient le lot commun, il suscite une réaction, à la recherche d’une transgression de ce qui était initialement la transgression. Nous avons vu avec Jérôme Cottin comment le body art pouvait être une réaction à l’art abstrait. Le blck metal fut une réaction au death metal, et s’est lui-même ramifié en une multitude de courants, qui tente parfois les uns contre les autres, de prolonger son étincelle créatrice. L’art, même transgressif, n’est pas affaire de foules, n’est pas affaire de politique, et moins encore de révolution.

Comme Jean-Baptiste Farkas, artiste contemporain et enseignant aux Beaux Arts, le rappelle en introduction au livre de Gwenn Coudert:

« C’est pourquoi la phase « positive » actuelle du BM, plus acceptable, suscitant davantage l’admiration, fragilise davantage le milieu. Voire le divise tout simplement en deux  camps, en rangeant d’un côté les gardiens d’une doxa, les « true », pour qui le BM tire sa force de la consanguinité ( de la reproduction d’un modèle établi une fois pour toute par les groipes fondateurs) et de l’autre, les progressistes qui conçoivent leur action comme appartenant à une évolution (pour ceux-là, le modèle à reproduire bougerait en permanence) et qui tentent de prouver qu’il est possible de faire avancer ce type de metal en l’orientant vers la lumière ou en lui faisant intégrer des éléments extérieurs. Comme le fait de puiser sans culpabiliser dans d’autres styles musicaux.

Tout cela pour avancer qu’au centre du BM, éthique et style confondus, se pose l’ardente question de la façon dont il faut reproduire un modèle. Résumons: le BM est porteur d’une promesse qui lui confère une grandeur (une intégrité à toute épreuve) mais d’autre part cette promessepourrait le condamner à toujours rester identique à lui-même, dans une plus ou moins grande mesure, éventualité que la nouvelle génération BM ressent comme un danger.

[…] Le BM est l’expression d’un grand NON associé à une mystique (idéal et exaltation). C’est pourquoi le BM comparé à d’autres formes d’expression pourra d’une part être perçu comme un épisode issu de la saga « amalgamant toutes les fois où l’art a incarné un grand NON ». Mais aussi comme un mouvement ayant tenté, sur le plan de l’art, d’associer ce NON à un au-delà, un » inaccessible ».

Dire que le BM est contestation, pure négation, ce n’est pas en avoir assez dit encore. Il est contestation et croyance à la fois. Négation et croyance à la fois. » (p. 54 et 55).

Ce paradoxe qui est celui du black metal, et aussi parfois de l’art contemporain, entre radicalité de la révolte et nécessité de composer avec le monde et son histoire pour ne pas s’essouffler, pour maintenir allumée la flamme créatrice, me rappelle en miroir cet autre paradoxe: celui de cette « génération Jean Paul II » admirable dans son désir de témoigner fièrement de sa foi, dans un monde qui la comprend de moins en moins, et de ne pas transiger sur les principes, mais qui se trouve elle-même, dans son expression d’un grand OUI, cette Belle Totalité Catholique, si séduisante de l’intérieure à vivre, spirituellement et intellectuellement, mais si difficile à communiquer et à justifier à nos contemporains, elle-même divisée entre ses « true » et ses « progressistes », déchirée entre ceux qui pensent possible de composer avec le monde et ceux qui ne veulent reculer sur rien.

« L’homme n’est ni ange ni bête », écrivait Pascal, ni totalement dans le OUI, ni totalement dans le NON. En tant que catholique, je pense que l’Eglise a des choses à apporter à certains cris de détresses décelables dans certaines expressions auto-destructrices perceptibles dans l’art contemporain (ainsi peut-être Gina Pane artiste française décédée dans les années 1990, qui n’a pas hésité à s’infliger dans ses performances de nombreuses blessures, et est allé jusqu’à s’obliger à regarder le journal télévisé une lumière dans les yeux ou bien à ingérer 600 g de viande crue) ou de façon minoritaire dans le black metal (auto mutilations, alcoolisme, toxicomanie…). Mais je pense également qu’un discours trop centré sur le grand OUI, sur cette belle totalité catholique, convertira, touchera certaines personnes, mais en fera fuir d’autres, avec des vécus différents. Opposer art contemporain et art sacré, musique religieuse et black metal me parait une aberration. Certaines personnes peuvent être aspirées par la transgression présente dans le BM ou l’art contemporain, mais d’autres en ont besoin pour dire leurs blessures et les surmonter, les orienter vers une signification plus élevée. L’Eglise a donc à mon avis tout intérêt, dans sa mission qui est de faire partager au plus grand nombre de personnes possibles cette Bonne Nouvelle dont elle est la dépositaire, de porter un regard plus favorable sur l’art contemporain et le black metal, pour mieux entendre les cris de souffrances et de révolte, et les interpellations vers elle, mais aussi pour mieux y répondre, d’une manière qui touche enfin les coeurs qui ont été repoussés  par ses approches plus classiques, à la manière dont Mgr Mauer, de par sa connaissance de l’art contemporain, et sa sympathie pour ce dernier, a su entendre derrière les blasphèmes apparents d’Arnulf Reiner sa fascination secrète pour le Sacré, et le ramener à de meilleurs dispositions envers l’Eglise, là où des attitudes de condamnation et de pressions l’aurait sans doute radicalisé dans son NON. Et peut-être, dans ce dialogue avec la souffrance et les blessures intéroeures qu’elle engagera avec ces artistes, découvrira-t-elle des manières de comprendre l’Evangile, de le vivre et de l’annoncer, dont elle n’avait pas elle-même encore complètement conscience…

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Faut-il dissuader l’Etat et les collectivités territoriales de subventionner des oeuvres antichrétiennes?

Posted in Christianisme et culture with tags , , , , , , on 13 novembre 2011 by Darth Manu

Les récents débordements autour de la pièce de Castelluci ont fait prendre conscience aux catholiques « modérés » de l’urgence d’établir un dialogue entre l’Eglise et une culture qui lui est plus de plus en plus étrangère, voire hostile. Les évêques ont récemment mené à Lourdes une réflexion intéressante sur le sujet:

« Intervenant à huis clos devant l’Assemblée, le cardinal Vingt-Trois a cependant mis en garde contre le recours à une « stratégie de minorité ». Une évolution du catholicisme sur le modèle des religions minoritaires, qui ne réagirait que pour se défendre, serait contraire à la tradition d’un christianisme qui revendique un rôle plus large dans le débat social et politique, a-t-il dit en substance. » 

Mais aussi:

« Car tous les évêques font le même constat : le cercle des catholiques exaspérés dépasse celui des groupuscules intégristes et activistes. Pour Mgr Éric de Moulins de Beaufort, ce sont même souvent des « catholiques assez simples, désemparés, car on se moque de ce à quoi ils croient fermement ». Une nouveauté qui inquiète l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Jean-Pierre Ricard : « Il a toujours existé un courant d’extrême droite catholique et politique, à l’action violente. Mais aujourd’hui, leurs actions sont légitimées et justifiées par des catholiques désarçonnés par la sécularisation, et qui ont le sentiment d’être bafoués. » » 

Deux écueils sont donc à éviter: rester passif face à l’outrage, au risque de négliger les réelles blessures d’une jeunesse catholique qui donne énormément pour son Eglise et pour sa foi, et celui du repli communautariste et de la rupture du dialogue avec la société, voire la tentation de la violence. Entre le silence complaisant et les jets d’oeufs et d’huile de vidange, intervenir sur le terrain des subventions publiques peut sembler un moyen terme séduisant:  on n’agresse personne, on prend position clairement, avec des propositions concrètes, et on fonde notre proposition sur le droit: le respect de la laicité (pas de financement public d’une pièce qui traite de question religieuse), la lutte contre la discrimination (c’est porteur comme sujet)…Ca a même un petit côté citoyen sympathique: un bon moyen de réduire utilement la dépense publique, en ces temps de crise financière et économique: bloquer les subventions de pièces blasphèmatoires, c’est quand plus enthousiasmant que de supprimer des postes d’infirmières ou d’enseignants ou de supprimer les allocations pour les plus démunis!

Nous avons donc une proposition de Pneumatis: une lettre envoyée  au ministre de la culture et à son secrétariat général, ainsi qu’à la mairie de Paris, dont l’argument central est le suivant:

« A travers cet amalgame entre la culture chrétienne et la terreur, la pièce dénigre non seulement les racines culturelles de notre pays, mais viole également le fondement cultuel des chrétiens. Dans un pays qui attache autant d’importance à la liberté d’expression, la critique des religions est un droit qu’il ne convient aucunement de remettre en cause. Cependant, cette critique ne devrait évidemment faire l’objet d’aucun financement ni d’aucune promotion publique, eut égard au principe de laïcité. Car de même que la république ne subventionne aucun culte, il va de soi qu’elle n’a pas non plus à en financer le dénigrement ni l’insulte. »

Cette initiative peut au demeurant se prévaloir de la bienveillance a priori du porte-parole de la CEF: Mgr Podvin. Personnellement, tout en reconnaissant l’importance et l’urgence d’établir des contre-propositions aux oeuvres d’art ouvertement hostiles au christianisme (le présent blog en est une d’ailleurs, pour rappel), je m’inscris en faux contre cette initiative en particulier, malgré toute la sympathie que j’éprouve envers son auteur, ses inspirateurs et promoteurs, qui est à rebours de l’agacement, du scepticisme, et de la tristesse que m’inspire la pièce Glogota Picnic en elle même, d’après ce que j’ai pu en lire.

Contrairement à ce qui était mon intention première, que j’avais annoncée à cerains sur facebook et twitter, je ne vais pas traiter dans ce billet de la question du financement public de la culture. J’ai conscience de tous les effets pervers de la politique culturelle française, de son impact sur les finances publiques qui sont déjà bien assez en difficulté comme ça, de la répartition souvent inégale des subventions, du caractère plus que contestable des bénéfices qu’elles apportent en terme de dynamisme de la création française. Je’ai cru comprendre également que la tendance est de promouvoir un mécénat privé par les entreprises. Je reste attaché à une certaine conception de l’Etat Providence qui me fait souhaiter une aide publique, non seulement à la diffusion de la culture mais également à son financement. Mais traiter à fond cette question me ferait dévier du sujet de ce billet et prendrais des mois de recherche et de réflexion. Une autre fois peut-être…

Cette question est en effet complexe et je comprend tout à fait que l’on puisse considérer que l’Etat n’a pas du tout à financer la culture. Maintenant, lutter contre les subventions versées au Glogota Picnic sur le fondement que  » de même que la république ne subventionne aucun culte, il va de soi qu’elle n’a pas non plus à en financer le dénigrement ni l’insulte », cela me parait une question complètement différente, qui porte sur le contenu des oeuvres ou non finançables et non sur le principe même de ce financement, et beaucoup moins tenable à mon avis. L’argument, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire à son auteur sur twitter, me parait assez fallacieux. Si la loi de 1905 interdit effectivement le subventionnement des cultes (et encore la question est plus complexe qu’elle en a l’air), des oeuvres ouvertement chrétiennes à caractère culturel bénéficient également en toute légalité d’aides financières publiques.

« Le 26 février, alors qu’il venait de recevoir le césar du meilleur film, Xavier Beauvois remercia Lambert Wilson et… l’avance sur recettes du Centre national du cinéma (CNC). Il pouvait. Sans elle, Des hommes et des dieux (Grand Prix à Cannes, plus de trois millions d’entrées en salles) n’aurait peut-être jamais vu le jour… L’avance sur recettes avant réalisation, quèsaco ? Une aide financière publique qui a, aussi, permis l’existence des trois autres films français présents à Cannes en 2010 : Hors-la-loi, de Rachid Bouchareb, La Princesse de Montpensier, de Bertrand Tavernier, et Tournée, de Mathieu Amalric. Mais aussi de Vénus noire, d’Abdellatif Kechiche, ou de quelques premiers films originaux : Angèle et Tony, d’Alix Delaporte, Belle Epine, de Rebecca Zlotowski, ou Jimmy Rivière, de Teddy Lussi-Modeste. » (www.telerama.fr).

Entre pas de Golgota Picnic ni de Les Hommes et et les Dieux ou les deux à la fois, j’ai personnellement la faiblesse de préférer la seconde option. Mais ce passage du texte de Pneumatis contient un second argument, que d’autres m’ont également opposé.

« Ca ne me choque pas qu’on subventionne une pièce qui défende des idées ou une foi. Par contre, ça me dérange que l’on subventionne une pièce qui s’attaque à des idées, une foi. Je crois que ce sont 2 choses très différentes. Une pièce religieuse ou athée, ce n’est pas la même chose qu’une pièce qui s’attaque à une religion » (Guillaume Duvillaret à Pneumatis et à moi-même sur Twitter).

J’avoue que j’ai un peu de mal avec cette distinction entre les pièces « qui défendent des idées ou une foi » et celles qui « s’attaquent à une idée, une foi ». Vous en connaissez beaucoup vous, des idées ou des croyances qui ne sont pas exclusives (y compris gravement) d’autres idées ou d’autres croyances? Avec les « principes non négociables », se dire catholique aujourd’hui, c’est attaquer implicitement tout un tas d’idées, de courants de pensées et de choix personnels, souvent reliés à des expériences et des blessures personnelles très douloureuses (ce qui n’est d’ailleurs probablement pas sans lien avec l’émergence d’oeuvres du type Golgota Picnic: « Disons que cette écriture a commencé sans écrire, elle a commencé comme toute écriture, à partir d’expériences vécues, que j’ai récupérées par la suite. C’est par exemple le cas de la peur que Dieu m’inspirait quand j’étais enfant. Ensuite, il faut donner forme à tout cela, et j’ai pensé qu’il serait plus élégant de parler d’iconographie (Mantegna, Grünewald, Giotto, Van der Weyden… ). Lorsque je cite ces fresques ou ces tableaux peints sur des toiles ou sur du bois, je fais des détours pour ne pas raconter ma peur de Dieu quand j’étais enfant, mon au revoir à Dieu et à la peur de Dieu quand j’ai cessé de croire, à l’âge de seize ans (grâce à un livre de Schopenhauer). » Entretien avec Rodrigo Garcia, dans le dossier de presse de Golgota Picnic ). Si le ressenti d’autrui face à une affirmation ou une idée est le critère de ce qui peut être ou non dit publiquement, alors tous ceux qui estiment que la religion doit être reléguée à la sphère privée ont raison (notez qu’en tant que catholique je suis fidèle à l’enseignement de l’Eglise et que j’approuve les « points non négociables »: je pointe juste le caractère très insuffisant des arguments sur le registre du pathos du type: « les chrétiens demandent à ce que l’on respectent la souffrance qu’ils éprouvent lorsque l’on s’en prend à ce qui leur est cher »).

On m’objectera qu’on peut critiquer sans insulter. Peut-on subventionner avec des deniers publics une insulte? Je répondrai que l’insulte me parait très difficile à caractériser dans le domaine de l’art: celui-ci n’a en effet pas pour vocation une plate représentation d’un « Beau » abstrait et idéalisé, mais faire contempler à l’âme des réalités difficilement communicables par le raisonnement. Ce qui l’amène à user de techniques telles la parodie, la satire et, oui…  se livrer aussi à des relectures de la Bible qui peuvent prendre extérieurement l’apparence d’un blasphème. Lisez certains poèmes de William Blake, pourtant un auteur chrétien… La question n’est pas de savoir si l’art outrage ou insulte, mais s’il le fait de manière gratuite ou qui donne à penser.

Donc, non seulement la « morale » de l’art, les valeurs qui lui sont propres, ne sont pas tout à fait les mêmes que celle de la morale, mais le jugement qui porte sur l’oeuvre d’art n’est pas dans sa nature du même type que celui qui évalue si un acte est ou non moral. Le jugement moral est en effet déterminant: « c’est bien » ou « c’est mal ». On en dispute: c’est-à-dire qu’on peut le trancher sur la base des normes qui s’imposent aux deux interlocuteurs (avec des nuances certes). La morale n’est pas censée être subjective.

Pour le jugement esthétique, c’est très différent (et oui, je suis ultra kantien sur cette question). S’il tend effectivement vers la représentation d’une vérité universelle qui est la Beauté, l’appréciation de celle-ci comporte une part de subjectivité, à la différence du Bien: tel morceau de musique, tel tableau touchera une personne mais rebutera l’autre, sans qu’on puisse dire que l’une est en tort et l’autre dans son bon droit.  Pour autant, il ne s’agit pas purement d’une appréciation purement subjective, comme les jugements qui portent sur l’agréable (est-ce que ce vin est bon, est-ce les haricots verts sont meilleurs que les frites…?). L’art tend vers l’expression d’une vérité universelle qui s’impose à tous, celle du Beau, sans jamis totalement y arriver. On en discute donc, plutôt que d’en disputer: c’est-à-dire que l’on tend vers un accord, sans jamais totalement y parvenir.

Alors est-ce que la représentation outrageante du christianisme que la pièce Golgota Picnic propose s’inscrit dans un débat artistique légitime, dissimulant derrière l’insulte une vraie réflexion sur la nature de la foi et l’Eglise, digne d’être discutée et non disputée, ou est-ce qu’elle est purement insultante. Personnellement, je tendrai pour la seconde solution, et en tant que chrétien, je suis choqué de certaines des scènes qu’elle semble proposer (je n’ai pas vu la pièce et je n’en est pas franchement envie). Cela dit, quand je lis le dossier de presse, par exemple:

« Cette partie est une sorte de réponse ex negativo à la première, sans parole ni image. Beaucoup de gens ont pensé que c’est dans cette seconde partie que la pièce atteint un autre niveau, spirituel ou supérieur, comme si la musique « niait » la partie théâtrale. Pour moi c’est l’inverse : toute la destruction de la figure de Christ au début relève d’un amour pur, elle est la conséquence logique d’une transformation historique. Regardez l’histoire de la peinture. D’abord, il y les icônes byzantines : le Christ n’y est pas encore un homme. Ensuite,c’est progressivement une humanisation, une « incarnation » à travers les siècles. Et si vous comparez Les Sept Dernières Paroles de Haydn avec les Passions de Bach, chez Bach, le Christ porte encore sa couronne, il dit « Je suis le Roi », et le choeur répond « Tu le dis » – et il a besoin d’un double choeur, d’un choeur d’enfants, d’un double orchestre, de quatre solistes, d’un narrateur… Le Christ de Haydn n’a besoin que de quatre instruments à cordes ou d’un pianiste. Il est maintenant absolument homme, devenu humain comme le personnage d’un opéra de Mozart. Rodrigo accomplit alors le dernier pas. Il dit des choses invraisemblables, bien sûr, il compare le Christ à un terroriste, il ose des comparaisons très perturbantes, mais également drôle, il lui fait dire : quand on n’a que douze personnes qui vous suivent, il vaut mieux se retirer de la politique… Certes, c’est radical mais, le spectateur, qui reste bouche bée, parvient aussi, à travers cet étonnement et ces chocs, à une interrogation spirituelle, à une réévaluation de la figure du Christ » (entretien avec Marino Formenti dans le dossier de presse).

… Je ne suis pas nécessairement très convaincu, pas du tout même, mais dans mon for intérieur, je dois reconnaitre que je n’en sais rien, que ça se « discute »…

L’article du Chafouin sur la polémique donnait un autre argument en faveur d’un combat sur le terrain du financement public:

« Des actions fermes mais non-violentes sont possibles. Distribution de tracts, dialogue avec les organisateurs, avec les élus, interpellation sur la distribution de subventions pour un spectacle qui heurte les sensibilités (quelle collectivité oserait subventionner Dieudonné, par exemple?), sont des pistes possibles ».

La question n’est pas de savoir à mon avis quelle collectivité « oserait » financer Dieudonné, mais si elle peut le faire, certaines des représentations de cet humoristes lui ayant valu d’être condamné pour diffamation publique à caractère racial. Sur cette question, qui est celle du conflit entre la liberté d’expression et le respect des personnes, il est clair que l’artiste n’est pas au dessus des lois. Il s’agit d’ailleurs d’une vieille polémique, comme en témoigne la controverse autour des libelles aux 18ème siècle. Pour ma part, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer dans un article précédent, je conjugue ma foi catholique avec un certain attachement pour la démocratie, et la liberté d’expression qu’elle garantit constitutionnellement. C’est pourquoi entre la voie préventive face à l’injure publique (censure préalable: par exemple faire pression sur les collectivités pour interdire la représentation, ou chercher à l’entraver en gênant son financement) et la voie répressive (le procès pour undélit constitué: injure, diffamation, discrimination…) je choisis résolument la seconde. Je reconnais qu’elle est très difficile à appliquer, comme ce billet de Nicolas Mathey tend à le démontrer, et je dis « tant pis! »: la liberté d’expression a plus de prix pour moi que l’interdiction d’une ou deux pièces obscures jouant la provo facile. Vous pouvez consulter à ce sujet ce billet d’Eolas, qui rejoint mon avis en l’exprimant mieux que moi.

Je suis également très réservé sur le principe face à des arguments du type: « je ne veux pas que mes impôts servent à payer une pièce qui outrage ce qui m’est cher ». Il est vrai que le prélèvement des imôts en France repose sur le principe du « consentement » de chaque citoyen:

 « L’obligation de déclarer ses revenus relève d’un autre principe : le consentement à l’impôt. Les premières critiques émises à l’encontre du système d’Ancien Régime ont porté sur la question de l’impôt et, en particulier , s ur le fait que les sujets ne pouvaient pas indiquer leur consentement à l’impôt. L e régime politique anglais s’est peu à peu démocratisé à partir cette question, en laissant une place grandissante au Parlement en matière de finances publiques ( Pétition des droits , 1628). En France, le principe de consentement à l’impôt a été définitivement acquis avec la Révolution française et la Déclaration des droits de 1789. Tous les citoyens ont le droit de consentir librement à la contribution publique, par eux-mêmes ou par leurs représentants (ex : députés), et d’en suivre l’emploi (art.14). Aujourd’hui, lorsque le Parlement vote les lois de finances, il accorde son consentement, et celui du peuple qu’il représente, à l’impôt » (vie-publique.fr).

Je rappelle néanmoins que la décision définitive de l’Etat ou des collectivités d’accorder ou non telle ou telle subvention s’appuie sur  le principe de la volonté générale, qui diffère de la somme des intérêts particuliers pour le droit français. L’utilisation du lobbying, qui est la proposition de Pneumatis, correspond certes à une tendance croissante inspirée de la conception anglo-saxonne du droit. Je voudrais juste remarquer qu’elle ne va pas de soi, et pose un débat de fond sur la manière dont nous concevons le fait de vivre ensemble dans une démocratie multi-culturelle:

« Dans la conception française, l’intérêt général ne résulte pas de la somme des intérêts particuliers. Au contraire, l’existence et la manifestation des intérêts particuliers ne peuvent que nuire à l’intérêt général qui, dépassant chaque individu, est en quelque sorte l’émanation de la volonté de la collectivité des citoyens en tant que telle. Cette conception, exprimée par Rousseau dans Le contrat social et, à sa suite, du fait de son influence au moment de la Révolution française, dans une grande partie de l’histoire juridique française, est celle de la  » volonté générale « . Or, si  » la loi est l’expression de la volonté générale  » (art. 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 26 août 1789 ), il ne peut être admis que des groupes d’intérêts puissent tenter d’influencer son auteur, à savoir les parlementaires. La tradition issue de la période révolutionnaire est dès lors marquée par la défiance, la suspicion envers toute tentative de manifestation d’appartenance à un groupe d’intérêts particulier. Les corporations de métiers sont interdites comme les syndicats ouvriers (loi le Chapelier, 1791) : il faut attendre 1901 pour qu’une loi sur la liberté d’association soit votée. Il n’est en effet que tardivement admis que l’État puisse être concurrencé dans sa mission de détermination et de poursuite de l’intérêt général. Si l’action des lobbies est avérée en France, elle n’a donc aucun caractère officiel. Cependant, l’évolution récente liée à la montée des réflexes communautaristes tend à infléchir cette conception » (vie-publique.fr).

Je ne vais pas trancher sur cette question, même si subjectivement,  je tend à préférer une conception de la volonté générale distincte de la somme des intérêts particuliers. Je voulais juste faire remarquer que la démarche qui consiste à cosntituer des groupes de pression sur les élus n’est pas une évidence, mais engage une conception de la vie politique bien précise, qui n’est pas la seule possible, qui est très respectable en elle-même mais qui ne s’impose pas avec la force d’une évidence, et qui pour ma part me déplait par le fractionnement de la société en groupes d’influence qu’elle semble opérer (et me remémore cet  extrait de la tribune de plusieurs catholiques dans le monde sur la pièce de Castelluci: « La question qui se pose, au fond, est simple et essentielle : voulons-nous laisser notre société se scinder en plusieurs groupes qui s’ignorent et se craignent ? Face à ce danger, une seule voie est possible : nous devons accepter de renouer un vrai dialogue, risquer l’aventure de l’écoute, de la confiance et de l’échange rationnel autour de la question de la foi« ).

Ce qui m’amène à l’argument du courrier de Pneumatis qui a failli me faire tomber mon smartphone des mains, lorsque je l’ai lu pour la première fois:

« A l’exemple du récent rassemblement interreligieux à Assise, où plus de 300 dignitaires de toutes les religions, ainsi que des non-croyants, étaient réunis, l’heure est plus que jamais au dialogue et à l’amitié, dans le but commun de servir la paix. Aussi, vous conviendrez que de contribuer financièrement à un fond de commerce, dont le produit a pour vocation de nuire à la paix entre les chrétiens et les non-chrétiens, est pour le moins contraire à l’esprit d’un pays qui se veut profondément humaniste, soucieux de la paix et du respect de chacun« .

Malgré tout le respect et l’admiration que je voue à l’auteur de ce passage, et toute mon immense reconnaissance pour l’effort prodigieux de dialogue qu’il a fait jusqu’ici avec des métalleux, pourtant pas toujours tendres avec lui loin s’en faut, dans le cadre de la polémique sur le Hellfest, je trouve que ça sonne un peu: « Viens fermer ta gueule, pour qu’on puisse dialoguer toi et moi! ».  C’est-à dire que ce paragraphe pose à mon avis comme préalable au dialogue d’agréer à une position qui est précisément l’objet de celui-ci, un peu comme si le Pape avait demandé que ne viennent à Assise que des personnes qui reconnaissent que Jésus est Fils de Dieu et sans péché, puisque dire le contraire blasphèmerait sa part divine et constitue une offense pour la foi de tout chrétien.

Alors certes, entendre traiter le Christ de « terroriste » sonne plus mal à mes oreilles que la qualification de « prophète » qui lui est attribuée par le Coran.

Cela dit, la règle, quand on pose un dialogue, est de partir du terrain commun, et de définir les noeuds de divergences. En l’occurrence, ce qui s’oppose, c’est le refus absolu du blasphème pour les catholiques, et la défense de la liberté artistique pour les partisans de Golgota Picnic et autres. On l’a bien vu aux réactions de certains lecteurs du Monde au titre de la tribune récemment publiée par plusieurs personnalités catholique: « Le symbole du Christ doit être respecté par les artistes« . La question de la censure, et tout particulièrement quand on abord des qustions religieuses, est douloureusement sensible chez la plupart de nos contemporains.

La question qu’on peut alors  se poser est la suivante: est-ce que convaincre les mécènes d’oeuvres apparemment antichrétiennes de retirer leur financement est de nature à encourager un dialogue entre croyants et non croyants sur la gravité du blasphème, ou à empêcher celui-ci. Je pense que l’histoire récente nous donne quelques exemples éclairants. Rien que concernant la polémique sur le Hellfest, j’en trouve deux.  Les pressions sur les sponsors du Hellfest en 2009 ont partiellement réussi, puisque Coca-Cola a alors décié de retirer sa participation. Loin de sensibiliser les métalleux hostiles au christianisme aux blessures que certains groupes infligent aux chrétiens, cette décision les a révoltés, et a été le point de départ d’une guerre de tranchée qui dure encore. Bien plus, cela a profondément blessé ceux qui étaient à la fois catholiques et métalleux, ou qui essayaient déjà de susciter le dialogue. Alors certes, des éléments positifs ont surgi peu à peu de ce bourbier, mais comme l’Evangile dit: « il faut que le scandale arrive, mais malheur à celui par qui le scandle arrive ». Second exemple: l’initiative du blog Les Yeux Ouverts qui a réussi à entrainer la déprogrammation par le Hellfest du groupe Anal Cunt. Bien que la polémique portait sur un sujet éminemment plus consensuel que le blasphème, la shoah, les réactions, même des métalleux les plus favorables en principe au dialogue avec les cathos, furent hystériques, et leur violence m’a éffaré au point que j’ai ressenti alors le besoin de créer la page facebook « Pour un dialogue constructif sur les relations entre metal et christianisme » pour essayer de calmer un peu le jeu. Ce que ces exemples nous rappellent à mon avis, c’est qu’il n’est ni réaliste ni constructif d’essayer de mener de front à la fois une démarche de dialogue et une démarche de pression via les autorités publiques et les sponsors. Que chacun réfléchisse en conscience à la manière dont il réagirait à une sollicitation menée sous cette forme, et il réalisera que prétendre dialoguer tout en organisant simultanément une forme de censure, quelle qu’elle soit (et chercher à entraver le financement d’une manifestation culturelle est une forme de censure) d’un discours toléré par la loi est i-n-a-c-c-e-p-t-a-b-l-e aux yeux de n’importe quel contradicteur ou même de la plupart des observateurs plus ou moins neutres.

Donc il faut choisir: soit on dialogue, soit on cherche à censurer, mais chercher à faire le deux à la fois, c’est vraiment tomber dans la fausse solution de compromis rose bonbon. Franchement, ce type de propositions me fait relire avec plus de bienveillance les accusations venant des cathos « durs » telles que « bisounours », « tièdes », « cathos honteux »… Ca pue la mauvaise conscience du type qui a des remords après une bonne engueulade et qui va un peu forcer dans l’autre sens pour essayer de tout arranger. C’est de la mobilisation sous le coup de l’émotion, avec tous les effets pervers de ce type de réaction. J’ai bien compris que cette initiative visait à donner aux jeunes cathos blessés par la pièce (qu’ils n’ont pas encore vu pour la plupart et qu’ils ne sont pas obligés de voir mais ce n’est pas grave) une alternative pacifique au militantisme dur d’organisations d’extrême droite, pour faire barrage au pouvoir de séduction de ces dernières. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas dans les faits d’une véritable alternative, mais de la même démarche reformulée de manière plus consensuelle. On prend le coeur de l’action de Civitas: le lobbying auprès des élus pour contourner le problème posé par la liberté d’expression, et on remplace les jets d’oeufs et d’huile de vidange par de grands appels généreux au dialogue. Le problème est que comme je viens de le montrer, cette contre -proposition est remplie de contradictions internes et présente au final un projet affaibli par rapport à celui de Civitas car moins cohérent. Il ne va pas plus convaincre les partisans de la pièce de dialoguer, car il s’assied royalement d’emblée sur ce qui leur est le plus cher: le supposé « droit au blasphème », et il va à mon avis plutôt faire rire qu’autre chose les cathos partisans de Civitas, car les mêmes (pas seulement Pneumatis) qui n’avainet pas de mots assez durs pour condamner ces dernières semaines leur démarche ne trouve rien de mieux à proposer à la place qu’une version délayée de ce qu’ils ont déjà tenté. Car cette nouvelle tentative de lobbying a de bonnes chance d’échouer, comme la plupart de celles qui l’ont précédée ces dernières années, augmentant encore le désespoir des jeunes cathos, et entre ceux qui proposent un lobbying « mou » sur fond d’un dialogue rendu impossible par cette même initiative, et ceux qui revendique un lobbying avec des couilles, décomplexé sur la question de la confrontation, le choix sera à mon avis vite fait. Ce type d’initiative confirme les « durs » dans leurs opinions, et affaiblit la position des partisans du dialogue.

Et puis il y a à mes yeux quelque chose de malsain dans la façon dont tout le monde se retourne contre la pièce Golgota Picnic après s’être déchiré la tronche sur celle de Castelluci. Comme si elle était la victime expiatoire d’une sorte de grand rituel païen de la réconciliation entre cathos, le bouc émissaire commode, sans ambiguité apparente, le vrai méchant contre lequel tout le monde s’unit à la fin. Avec à mon avis le risque d’un nouveau décalage avec la réalité et de nouvelles injustices envers des personnes…

Alors j’entends déjà mon « meilleur ennemi » Le Yeux Ouverts m’adresser à nouveau les critiques qu’il avait déjà émises après lecture de mon billet sur la christianophobie. Il est clair que ce billet s’inscrit en faux d’une part contre une position du porte-parole de la CEF en faveur de l’appel aux élus contre les subventions publiques accordées à la pièce. Maintenant, je ne crois pas que Mgr Podvin, avec tout le respect sincère que j’éprouve envers sa personne et son ministère, énonce alors un avis qui engage la foi de l’Eglise, mais qu’il émet une proposition d’ordre tactique. Je pense que j’ai le droit de ne pas être d’accord avec une telle proposition sans que quiconque ait à émettre des soupçons sur ma communion avec l’Eglise, tant que je le fais de façon argumentée et respectueuse. Je pense que sur ce type de questions, même les évêques ne sont pas nécessairement d’accord entre eux et qu’il ne faut pas confondre communion avec l’Eglise et  conformisme intellectuel.

En second lieu, Les Yeux Ouverts aime à souligner que je ne cite jamais la Doctrine Sociale de l’Eglise. Alors j’admets que je la connais assez peu. Cela dit, il m’arrive de la parcourir, et je n’y ai jamais lu que l’appel à la censure préalable ou au lobbying sur les élus était le moyen qui s’imposait à tout catholique pour faire face à la déchristianisation de la culture. Par contre, je considère que de telles méthodes ne vont pas de soi dans un cadre démocratique et pluraliste, et j’avais cru comprendre qu’on pouvait se dire catholique tout en étant attaché à ce dernier. Peut-être me suis je trompé ou ai-je été induit en erreur sur ce dernier point, mais dans ce cas j’aimerais qu’on me le dise clairement.

Professeur d’histoire des religions à la faculté de théologie de l’université Marc-Bloch à Strasbourg, et éminent historien de l’art, le dominicain François Boespflug a rappelé à ce sujet une belle vérité que j’aimerais rappeler pour conclure la partie « critique » de ce billet:

« On ne peut aucunement en faire une question politique, et espérer faire interdire ce qui est de l’ordre de l’opinion. La censure a bien plus d’inconvénients que la liberté religieuse ! On peut débattre sur le registre religieux – une œuvre nourrit-elle la foi, l’espérance et la charité ? – ou sur le registre artistique, et les chrétiens ne doivent pas hésiter à s’exprimer. Il reste tout à fait possible de développer un point de vue critique par rapport à ceux qui se moquent ! Dans le cas de Castellucci, je ne m’explique pas qu’une pièce assez médiocre fasse tant de bruit. Pour autant, je me réjouis qu’elle puisse être représentée dans mon pays, et je me déclare prêt à défendre coûte que coûte la liberté d’expression… qui me permet de dire que bien des œuvres qui défraient la chronique ne valent pas vraiment ledéplacement ! » (entretien dans La Vie du 9/11/2011, par Joséphine Bataille)

Conclusion: Que faire? 

Comment donc poser ce fameux dialogue, puisque la passivité n’est pas non plus une solution, comme en témoigne la radicalisation des jeunes catholiques en réaction à une certaine « pastorale de l’enfouissement »? J’ai bien aimé les propositions de Jean-Baptiste Maillard et certaines de celles  du Spirituel d’abord (pas la seconde par contre).  La meilleur façon de dialoguer avec le monde de la culture, c’est de se placer sur cette dernière, en soulignant d’une part tout ce qu’il ya de cliché ou de faux dans certaines représentations contemporaines du christianisme, comme le présent blog essaie de le faire pour le black metal, et en proposant des alternatives artistiques qui montrent que l’apport de la foi chrétienne peut renouveler la perception et la mise en forme de la Beauté, comme là encore j’essiae de le faire en essayant de mieux faire connaitre la scéne chrétienne du black metal et en essaynt de contribuer à lui donner une assise théorique.

Je voudrais pour conclure ce billet rappeler deux principes qui me paraissent pouvoir cadrer utilement la réflexion des uns et des autres.

D’une part, je ne pense pas qu’il y ait lieu de choisir son « camp » entre les artistes blasphémateurs et les manifestants. L »Eglise est une communion, c’est certain. Elle n’est pas pour autant un club de rugby. Il n’y a pas les cathos et les autres. Telles que je vois les choses, on a d’un côté un metteur en scène et auteur qui a très profondément souffert dans sa jeunesse d’une compréhension erronée du christianisme, qui a longtemps été une source de terreur dans sa vie d’enfant et d’adolescent, et qui décompense dans ses pièces. Et de l’autre, on a des jeunes qui souffrent de la déchristianisation apparente de la société et de la culture, souffrance renforcée par une conception parfois discutable et simpliste que certains d’entre eux ont de l’art et du péché de blasphème. Et cette souffrance obscurcit également leur discernement en leur faisant approuver ou participer à des opérations violentes, sinon physiquement, du moins psychologiquement (il n’y a qu’à lire les commentaires sur certains blogs et certaines pages facebook). Personnellement, je comprends les souffrances exprimées des deux côtés, et je désapprouve chacun des discours qu’elles ont engendrés. Je n’établis pas de hiérarchie entre les blessures personnelles et les erreurs de discernement de mes prochains en fonction de la proximité éventuelle de leurs croyances et des miennes.

Alors certes il y a le Christ, outragé par les auteurs de Golgota Picnic, et par ceux des manifestants qui ont choisi la violence et l’idéologie pour défendre leur foi. Le Christ dont il faut rappeler au monde de la culture qu’il s’est sacrifié pour l’ensemble de l’humanité, et dont le témoignage d’amour infini à donné à cette culture une grande partie de ses chefs d’oeuvres. Mais le Christ également qui nous a rappelé qu’il ne faut seulement aimer nos rpoches, mais nos ennemis également comme nous-mêmes. Et qui nous invite à mon avis à écouter les reproches qui sont faits à l’Eglise pour mieux y répondre, à comprendre ce qui a pu conduire ceux qui nous détestent à se détourner de lui, avat de les condamner. Et chercher à les faire taire, ce n’est pas la solution. Si j’appelais à assécher financièrement Civitas, au delà des question de possibilité d’une telle entreprise,  je pense que cela serait pris par beaucoup comme une manière de jeter de l’huile sur le feu. Alors pourquoi faire de même avec Golgota Picnic?

A ce sujet, j’étais assez peu surpris par le courrier de Pneumatis en lui-même, car je le sentais venir depuis une de ses intervention sur le blog note de Radio Notre Dame il y a quelques semaines. Il y a juste une petite chose qui m’a un peu heurté quand même:

« J’attire votre attention sur le fait que l’auteur de la pièce use sciemment de ce dénigrement à des fins mercantiles, puisqu’il dit lui-même dans un entretien pour le festival d’automne parisien : « Mes pièces sont toujours mal reçues. Une bonne partie du public est bête : il continue à remplir les théâtres, parfois juste pour réprouver ce qu’il voit. […] En ce qui me concerne, le comportement de ces gens porte ses fruits : vu qu’ils paient leur billet d’entrée, ils nous permettent de gagner de l’argent pour vivre. » Voilà ce que vous dit l’auteur de cette production du festival d’automne parisien. »

A mon avis, c’est un détournement de citation pur et simple, que j’imagine dû à l’émotion… Cette citation, extraite d’une interview citée dans le dossier de presse de la pièce, répond à la question suivante: « De quelle façon votre pièce a-t-elle été reçue lors de sa création en Espagne ? » Pour moi, il est évident, après avoir lu l’intégralité de l’entretien, que le metteur en scène ne dit pas qu’il cherche à choquer pour gagner de l’argent, mais qu’il relativise la mauvaise réception de ses pièces en disant qu’au moins ceux qui les critiquent contribuent aussi à leur façon à leur existence en les finançant. C’est sûr que ce n’est pas super cool de dire « une bonne partie du public est bête », mais quand on lit l’ensemble du dossier de presse, il est clair que les choix de mise en scène de l’auteur obéissent à des mobiles artistiques, aussi contestables  soient-ils en eux-mêmes, et non à l’appât du gain. Diaboliser l’adversaire tout en appelant au dialogue, il fallait le faire, et c’est pour moi le signe d’un discernement qui est encore amené à se préciser et à s’étoffer.

En second et dernier lieu, je vois nombre de personnes, sur Twitter, sur Facebook, qui s’émeuvent de la polémique actuelle et déplorent tous ces conflits et toutes ces polémiques  et toutes ces divisions au sein de l’Eglise. Si je comprends leur lassitude, qui est souvent aussi la mienne, je suis tenté de leur dire quand même: « et alors? ». Pierre et Paul se sont frités sévère aux premiers jours de l’Eglise, et la Communion de celle-ci n’en a pas pour autant souffert, au contraire. Ce sont des questions importantes dont il est question: du blasphème, du rapport de l’Eglise à la culture, à la démocratie, au monde politique. Mieux vaut affirmer clairement nos désaccords, plutôt que de les dissimuler sous le silence  et les compromis de façade. C’est sûr que c’es t moins agréable à vivre que le Frat ou les JMJ, et j’en sais quelque chose, moi qui me retrouve à aligner un blogueur dont je me sens particuièrement proche dans mes opinions, qui a été le premier à lire le présent blog, à le commenter et à m’encourager, sans lequel je ne me serais peut-être pas autant investi dans la cathosphère. C’est difficile de se dire les choses en face, mais le conflit d’idées n’est pas à craindre en lui-même: c’est lui aussi qui fait que notre Eglise est vivante, qu’elle a des propositions à faire à un monde qui nous comprend de moins en moins. Ce qu’il faut, c’est trouver un moyen de dédramatiser ces conflits, de condamner les idées tout en respectant les personnes. A ce titre, j’ai été touché par ce très beau témoignage, sur un blog dont je réprouve pourtant  les idées et dont je n’aime pas la sensibilité, et sur lequel je conclus quand même, parce que condamner les idées, ce n’est pas la même chose que refuser d’écouter la parole qui les porte et qui peut à l’occasion nous déplacer.