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Le black metal, entre magie, art, et soif d’absolu

Posted in Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 15 mars 2012 by Darth Manu

A la lecture de diverses interviews de black métalleux dans la presse spécialisée, je me suis fait la réflexion il y a quelques semaines que tout de même, ils sont quelques uns dans ce milieu qui semblent fascinés par l’occultisme et la magie noire, et je me suis demandé si des liens existaient entre cette attirance avérée pour le surnaturel et l’occulte et le regard sur la création artistique et sa signification qui est spécifique au black metal.

Lorsqu’on est chrétien et qu’on s’intéresse à cette relation entre thématique occultiste et musique black metal, deux tentations peuvent surgir, suivant notre antipathie ou notre sympathie pour ce registre musical: soit minimiser la référence à la magie, pour en faire une inspiration parmi beaucoup d’autres, pas particulièrement significative en elle-même, soit au contraire lui accorder une importance tout à fait centrale, pour tenter de démontrer le caractère morbide et contre-nature de l’esthétique du BM.

 « Est-ce que vous savez s’il y avait des alliances (par exemple A. LaVey) avec ces groupes, ou simplement s’il ne faisait que les conseiller? Autrement dit, est-ce que ces groupes étaient au service de ce « monsieur » ou d’autres? Est-ce qu’il y avait des ponts, une complicité ou une alliance ou est-ce que c’était complètement indépendant?

  En fait, ces différents groupes ne sont pas forcément affiliés directement à Anton LaVey mais plutôt à ces oeuvres comme la « Bible Satanique » ou The Satanic Rituals mais il est également vrai que plusieurs groupes peuvent côtoyer des cercles de magie noire, voir des Satanic Churchs comme celle de San Francisco. C’est très probablement le film de Roman Polanski, Rose Mary’s Baby, tourné à la fin des années soixante, qui est à l’origine de ce que j’appellerais le « satanisme moderne ». On se souvient de cette terrible mésaventure qui mêla de nombreux acteurs comme A. LaVey lui-même. Au cours du tournage de ce film, Charles Manson et des complices accomplirent plusieurs sacrifices rituels, dont la femme (enceinte) de R. Polanski. Ce fut un carnage sordide. À l’époque, LaVey était apprécié, ainsi que l’esprit très décadent d’Aleister Crowley; tous deux ont participé à développer ce que l’on appelle le Thélémisme: le culte de la chair, de l’outrance et du blasphème. De nombreux groupes de musique Metal en particulier, connaissent relativement bien ces épisodes » (Interview du Père Benoit Domergue sur S.O.S. Paranormal).

Je passe sur le fait que le Père Domergue semble mélanger des phénomènes assez divers, et notamment que les meurtres perpétrés par la « Manson Family » n’étaient pas des sacrifices rituels et n’obéissaient pas à des mobiles satanistes ou occultistes (meurtres racistes et de célébrités, sous l’influence croisée d’un chapitre de l’Apocalypse et de l’écoute des Beatles: http://law2.umkc.edu/faculty/projects/ftrials/manson/manson.html donc influence musicale, certes, mais sans liens directs avec le thélémisme ou l’Eglise de Satan). Mais on voit dans cet extrait combien la référence à l’occultisme et à la magie noire, présente dans la plupart des dérivés du rock, mais particulièrement explicite et liée à une pratique active de la magie chez certains groupes de black, est l’une des clés de voute de l’argumentation des catholiques critiques envers le metal: les paroles de cette musique évoquent la magie et le surnaturel, elle est donc selon eux malsaine dans son inspiration et pour ses auditeurs, qu’ils en soient conscients ou non.

Revenons aux black metalleux eux-mêmes, avec quelques exemples de musiciens fascinés par la magie et l’occultisme:

« Peux-tu revenir à présent sur les paroles et les thématiques abordées dans ce nouvel album?

Le concept d’Obsidium s’inscrit dans la continuité de Tetra Karcist et Pentagrammaton, un peu comme un troisième chapitre. Tetra Karcist parle de la réalité de l’occultisme tel qu’il est, sans artifices ni présupposés. Pentagrammaton retrace des expériences réelles vécues à travers les pratiques et les doctrines évoquées dans Tetra Karcist. Obsidium parle de ce que nous avons appris, nos aboutissements atteints à travers ces expériences et décrit, d’une manière, d’une manière que seuls ceux qui sont  impliqués dans l’occultisme peuvent vraiment comprendre. Certaines paroles ont d’ailleurs été co-écrites avec Frater Kerval, un disciple du célèbre Kenneth Grant (NDLR: occultiste anglais et chef de file de l’Ordo Templ Orientis, décédé en 2011) qui nous a donné sa vision externe sur notre évolution et notre progression à partir de quelques expériences dont il a eu connaissance » (Metallian 70 p. 76, interview d’Enthroned par Maxime Bourdier).

« Reinkaos signifie « le retour au chaos », c’est la cinquième étape des théories énoncées par le Misanthropic Luciferian Order: « Je crois en la discipline et la loyauté. Car pour atteindre notre but qu’est le Chaos, l’ordre doit régner dans nos rangs… ». Les textes ont été écrits comme des invocations et évocations aux Dieux des ténèbres et reposent sur des formules sataniques utilisées dans la tradition satanique et anti-cosmique. Il s’agit là d’une forme magique qui porte le nom de  » Voces Magicae » et qui peut se traduire par « chant magique » ou « la magie du mot prononcé ». Ce procédé affectera non seulement l’auditeur dans son inconscient, mais l’univers dans son ensemble ». En énonçant ces formules ou en les chantant, les pouvoirs qui y sont rattachés se répandront… » (Jon Nödtveit de Dissection à propos de son album Reinkaos, quelques temps avant son suicide en 2006, propos rapportés par Laurent Michelland dans Metallian 69, p. 49).

Ce qui frappe dans ces deux témoignages, c’est que la magie y est implicitement décrite comme le prolongement et l’aboutissement de la recherche musicale, de l’art. Ce qui rejoint le mélange récurrent des champs lexicaux et sémantiques de l’art et de la magie dans nombre d’interviews de groupes, et de chroniques d’albums de black metal  y compris pas du tout liés directement à l’occultisme  :

 » C’est certainement pour ça qu’il y a deux niveaux d’écoute effectivement : un niveau instinctif et brut, avec un groove et des riffs et un niveau plus fin et sophistiqué, lié aux arrangements et aux structures plus complexes.

Ah, je suis heureux de voir que tu as perçu l’album comme on l’a imaginé. C’est tout à fait notre objectif, ça me fait penser à cette classe particulière du genre Black représentée par Ulver ou Kvist. C’est ce qui fait aussi que c’est le seul style qui me fascine totalement. Le Black Metal a quelque chose de magique, une alliance du physique et du métaphysique. D’un côté, tu as la force archaïque et brutale de la musique et de l’autre, une nostalgie et une atmosphère spirituelle. C’est très important pour ma vision artistique. Quand j’écoute du Black Metal, je ne vois pas des musiciens, mais des scènes d’interaction d’éléments de la nature dans leur expression la plus pure » (interview de Eviga de Dornenreich sur Noiseweb).

« Summoning!!! Un groupe Autrichien qui a renouvelé tout un style, tout un art, et d’une manière plus que poétique…

C’est en tirant  ses origines de l’univers du Seigneur des Anneaux que Silenius et Protector nous énivreront de leur épopée musicale venant des terres du milieu.

L’arc des deux compères vise juste sur Minas Morgul,  leur deuxième album, plantant la flêche en plein coeur d’une nouvelle cible, le Black Metal aux influences magiques et aux ambiances mystiques. Ici pas question d’abuser d’instruments aux riffs sales et dépressifs et de distorsions aiguisées dans le but de déclarer la guerre, tout se passe au synthétiseur et à la guitare électrique.

L’introduction annonce tout de suite le ton sur le côté magique et sombre du groupe avec des percussions atypiques et un synthé qui vous glace le sang » (Chronique de l’album Minas Morgul de Summoning par Les Accros du Metal).

 La magie et l’art ont en effet ce point commun de vouloir recréer le réel, le transfigurer. Dans mon article sur « l’usage des pseudonymes dans le black metal« , j’avais souligné que ce dernier se veut un « art total », qui transfigure le réel non seulement par la création musicale, mais également par le travestissement (« look black metalleux », corpse paint, pseudonymes) l’ambiance irréelle et fantastique de la mise en scène, des pochettes, des textes, etc. Pas étonnant donc, que quelques artistes de black metal aient voulu pousser jusqu’au bout les limites de leur art, de la transfiguration symbolique du monde à sa transformation réelle, par l’union de leur pratique musicale à une initiation dans différentes écoles occultistes:

 « A côté de [l’] imaginaire satanique fondateur, d’autres écoles, comme le néo-paganisme, le fantastique, l’athéisme, une frange politique radicale (minoritaire), composent le mouvement [black metal]. De multiples concepts d’albums proviennent d’œuvres aussi variées que Le Seigneur des anneaux de Tolkien, le vampirisme d’Anne Rice, l’occultisme d’Aleister Crowley, le surréalisme de Lautréamont, les écrits du marquis de Sade, l’atavisme, le naturisme (dans le sens d’ode à la nature), la fascination lunaire, la mélancolie, la tristesse, le désespoir. Un conditionnement relatif à une longue expérience musicale du black metal amène certains fans à s’imaginer des mondes atemporels où règnent des apparats conceptuels comme la guerre, la dimension épique, le vampirisme, la communion avec la nature ou l’histoire de l’Europe. Le black metal, avec toutes ses écoles, présente cependant des incohérences : une condamnation souvent irréfléchie et frustrée du christianisme, fruit d’une inculture religieuse, une reprise tronquée de certain ouvrages (Tolkien, Nietzsche), un conformisme régnant dans un mouvement qui se prétend anticonformiste. Soulignons que ce courant musical est entouré de nombreux clichés et fantasmes médiatiques, tout comme sa source d’inspiration première, le satanisme. D’une manière générale, les nombreux ouvrages et articles qui fleurissent aujourd’hui sont le fait de journalistes peu scrupuleux, incultes musicalement et avides d’accroître leur lectorat. Ils voient dans le black metal (qu’ils confondent avec le gothic, le rock ou d’autres genres de metal) tantôt le Diable incarné, tantôt une mode adolescente puérile, une branche politique radicale, du « bruit » ou encore un exutoire. Au départ essentiellement subversif, ce mouvement est pourtant aujourd’hui avant tout une musique onirique qui ne vit que parce qu’elle est idéalisée. Elle est le contraire d’une musique urbaine (comme le hardcore ou le rap) puisque la visée est de s’arracher du bitume de la quotidienneté. L’occultisme, prisé par les fans, leur permet justement ce voyage onirique vers les ténèbres qu’ils mythifient de manière métaphorique » (Nicolas Walzer, « Black Metal, la subversion extrême », lu sur le blog Bouddhanar, La Liberté inconcevable).

 Cette association de l’occultisme et de l’art sous différentes formes pour transfigurer le réel, le dérouter de sa quotidienneté , de sa banalité, qui va jusqu’à l’intuition, voire la mise en oeuvre radicale, d’un « art magique », il me parait utile de la rapprocher des propos suivants d’André Breton, le fondateur du courant surréaliste:

 » Au départ, ce à quoi je m’étais engagé me paraissait des plus simples. Je ne manquais pas tout à fait de lueurs sur ce qu’avait pu être la magie ni sur ce qui pouvait en rester de nos jours et j’avais été assez mêlé aux controverses artistiques de mon temps pour apprécier
ce qui pouvait être compris dans la catégorie de l’art
magique. J’avais immédiatement en vue un art disposant
d’un pouvoir secret, que l’artiste soit conscient ou non de ce
pouvoir, et qui agit à la façon d’un philtre, ou d’un charme.
Il ne me paraissait pas diffi cile de mettre en avant un certain
nombre d’oeuvres répondant à cette qualifi cation particulière,
depuis les temps les plus reculés jusqu’à nous. Je ne
me défends pas d’avoir rencontré dans l’exécution de mon
projet d’extrêmes diffi cultés ; peut-être tiennent-elles à la
quasi-impossibilité de circonscrire, dès qu’on y prend garde,
le concept d’un art magique qui ne demande qu’à déborder
de toutes parts — il est bien entendu que tout art authentique
est magique — ou à se rétrécir démesurément : quelle
oeuvre d’art peut se targuer, ne disons pas d’avoir changé la
face du monde, mais même d’avoir transfi guré la vie de son
auteur ? Non, pas même Rimbaud. […]

Certes, tout art authentique est magique. Et quelle est, à votre avis, l’importance de la tradition magique dans l’art moderne ?
L’importance de cette tradition, il s’en faut de beaucoup que
la plupart des artistes d’aujourd’hui en soient conscients. Et
pourtant leur aspiration majeure paraît bien répondre à une
nostalgie, au souci de retrouver ce que l’homme visait et,
d’aventure, parvenait à atteindre plus loin, dans les temps
reculés. Les oeuvres qui depuis trente à quarante ans jouissent
du plus haut prestige sont celles qui offrent le moins de  prise à l’interprétation rationnelle, celles qui déroutent, celles
qui nous engagent presque sans repère sur une voie autre
que celle qui, à partir de la prétendue Renaissance, nous
avait été assignée. Voyez la brusque ascension de Jérôme
Bosch, la récente irruption d’Antoine Caron, le fi nal triomphe
d’Henri Rousseau. Voyez aussi, dans les esprits comme
dans le goût, l’effondrement de l’art gréco-romain et en
revanche l’irrésistible mouvement qui a porté les artistes du
xxe siècle vers les oeuvres des peuples dits primitifs, mouvement
dont, entre parenthèses, l’initiateur ne saurait être tel
ou tel peintre fauve de 1905 mais bien uniquement Gauguin,
artiste magique au plein sens où je l’entends et homme de
toutes les presciences. Toujours en réaction contre l’art de
l’Antiquité classique, longtemps considéré comme parangon
de la beauté, voyez enfi n la toute nouvelle, mais combien
éclatante, révélation de l’art celtique, et, par suite, de
la symbolique qu’il met en oeuvre, laquelle nous introduit au
coeur même de l’ésotérisme.
Ceci dit, je répète que peu d’artistes, à l’exception des surréalistes,
songent encore à renouer avec la tradition magique
telle qu’elle peut leur apparaître, c’est-à-dire de façon nécessairement
ambiguë. On ne peut nier qu’il existe un art issu de
la magie, d’une part, et que, d’autre part, il soit assez licite de
parler de la magie de l’art. Il ne saurait y avoir confusion entre
eux » (André Breton, Entretien sur l’art magique, lu sur le site Arcane 17).

 L’art dispose « d’un pouvoir secret ». Il peut « dérouter », nous engager « presque sans repère » sur des voies « autres ». « Tout art authentique est magique », voire peut, « par la symbolique qu’il met en oeuvre », nous « introduire au coeur même de l’ésotérisme ».

On peut cependant mettre en regard les finalités respectives de la magie et de l’art, pour s’interroger sur la compatibilité de ces deux démarches de transfiguration du réel.

Sans être un grand connaisseur de la magie, il m’a semblé comprendre qu’elle a pour finalité la transformation du réel à l’image de la volonté du magicien.

Quelques définitions « classiques »:

« La magie est un art fondé sur la croyance en l’existence d’êtres ou de pouvoirs surnaturels et de lois naturelles occultes permettant d’agir sur le monde matériel par le biais de rituels spécifiques.[…]

Aleister Crowley : « La Magie est la Science et l’Art d’occasionner des Changements en accord avec la Volonté. »

Papus : « La Magie est l’étude et la pratique du maniement des forces secrètes de la nature ». […]

 Définition d’un dictionnaire (Hachette) : « Science occulte qui permet d’obtenir des effets merveilleux à l’aide de moyens surnaturels. » L’idée de magie requiert d’admettre l’existence de forces surnaturelles et secrètes, contraindre les puissances du ciel ou de la nature, recourir à des moyens d’action qui ne sont ni religieux ni techniques mais occultes » (article « Magie » de Wikipedia).

Ce qui est radicalement, au passage, l’inverse de ce à quoi l’Eglise appelle les chrétiens: convertir leur volonté à l’image de la Volonté divine, de telle sorte qu’ils veulent ce que Dieu veut, et rejettent ce qui les éloigne de Dieu.

C’est pourquoi l’Eglise a condamné de manière constante tout ce qui de près ou de loin s’apparente à la magie:

 »  » Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi « […]
2117 Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion. Ces pratiques sont plus condamnables encore quant elles s’accompagnent d’une intention de nuire à autrui ou qu’elles recourent ou non à l’intervention des démons. Le port des amulettes est lui aussi répréhensible. Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église avertit-elle les fidèles de s’en garder. Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni l’invocation des puissances mauvaises, ni l’exploitation de la crédulité d’autrui » (Catéchisme de l’Eglise Catholique).

La question de la finalité de l’art a fait l’objet de bien des débats au cours des siècles, mais il me semble que le consensus général tourne autour de l’idée qu’il la trouve dans l’acte de création lui-même, de manière désintéressée:

 » L’art ne se conçoit pas comme la mise en œuvre d’un savoir théorique dont il serait la pratique. Dans son principe, la technique est fondamentalement intéressée, tandis que dès son origine, l’art se veut désintéressé, parce que tourné d’emblée vers la création, plus que vers le champ de l’action. Peut-on d’ailleurs parler d’un « progrès dans l’art » comme on parle de progrès de la technique ? Les étapes de l’art ne sont pas un « progrès », l’art change, l’art se transforme, on ne peut pas dire qu’il évolue, en sous-entendant par là que nous aurions aujourd’hui, par effet d’accumulation, de plus grands artistes que ceux d’autrefois. Le génie, qui préside à la création artistique, n’est pas quelque chose qui se puisse enseigner comme on enseigne la physique ou la technologie. C’est avant tout un don. Ce que l’on peut enseigner justement ce sont seulement des techniques pour copier, imiter, répéter ce qui est original. Tout artiste commence d’ailleurs par le plagiat, car c’est ainsi que l’on acquiert la maîtrise des règles de l’art. Il y a dans l’art, -comme dans la philosophie-, un perpétuel recommencement, qui fait que l’artiste se doit de reprendre entièrement toutes les méthodes, pour arriver au sommet de son art et en gagner la maîtrise. Faire des gammes, des esquisses, des études, tailler le bois et la pierre en essayant d’imiter Bach, Picasso ou Rodin, recommencer des aquarelles, chercher à imiter Rembrandt etc. c’est apprendre. Sur ce qu’il a de plus essentiel, le geste de la création, il n’est pas sûr que l’art puisse s’enseigner quoi que ce soit, et en tout cas, il ne repose pas sur un savoir maîtrisé par concepts que l’on pourrait apprendre pour devenir artiste, comme on apprend à devenir un technicien. Kant compare à ce propos Homère à Newton. Newton était capable de montrer toute la logique de ses découvertes, à partir des éléments d’Euclide et de les exposer. Mais Homère ne pouvait pas dire comment s’assemblaient dans sa tête toutes ses idées poétiques, toutes les fantaisies de son art. L’imagination ne se met pas en formules » (Philosophie et spiritualité, leçon 46, » La création artistique » 2002, Serge Carfantan).

« L’imagination ne se met pas en formules »… au contraire de la magie pourrait-on dire également, en faisant subir un léger glissement de sens au mot « formules ». La magie est fondamentalement un ensemble de techniques, qui se transmettent, généralement par voie initiatiques, et qui visent à transformer le monde à l’image de la volonté d’un seul. Elle est foncièrement utilitaire. En sens inverse, l’acte créateur de l’artiste, s’il utilise pour se déployer un certain nombre de techniques de composition, et manifeste une plus ou moins grande virtuosité dans leur exécution, nait de l’inspiration qui vient donner son sens et sa valeur à l’oeuvre achevée, qui ne s’apprend pas, ne se transmet pas, échappe à la volonté consciente, et transfigure celle-ci le temps d’une fulgurance de génie. La magie est appropriation, l’art est don. En ce sens, dans sa démarche, l’oeuvre d’art est le contraire de la magie, comme j’ai pu entrouver la confirmation au hasar de mes recherches sur Google, dans un article d’André Savoret, à la fois occultiste et poète, en réaction à L’Art magique d’André Breton:

 » Un mage authentique ne peut s’abandonner à l’onirisme sans se disqualifïer. Ni sans perdre ses moyens d’action et d’expression sur le plan qui est le sien : le plan  » magique « . Dans votre enquête, vous entendez par  » magique  » tout ce qui est ou semble  » supra-normal « . C’est un point de vue très honorablement défendable, mais que je n’arrive point à partager intégralement. Lorsqu’un poète, par exemple, met dans son oeuvre, abstraction faite de sa signification cérébrale et de sa réussite esthétique, un  » quelque chose  » difficile à définir niais immédiatement perceptible à un autre  » quelque chose  » qui existe, irrévélé, en chacun de nous, c’est ou que son intuition poétique lui a fait retrouver quelque application des lois magiques, ou qu’il a eu quelque aperception directe d’un monde  » autre  » (je ne dis pas forcément  » supérieur « ) ou, plus rarement, qu’il a consciemment oeuvré selon le rite magique, en pleine connaissance de cause (comme il me semble que le firent, dans une autre forme d’art, les créateurs de certains vitraux de Chartres). Se laisser guidler par le fil d’Ariane de l’association des sons, des idées, des images, ce n’est pas oeuvrer : c’est subir ! Et ceci, j’en ai la conviction, est antimagique au premier chef ! » (L’art magique d’André Breton & G. Legrand – 1957 Réponse d’André Savoret à une enquête des auteurs).

Art et magie sont deux démarches différentes, que certains artistes, black metalleux ou autres, essaient de tenir simultanément, mais qui ne peuvent coïncider totalement, ce qui met à mon avis les black metalleux qui cherchent à aller jusqu’au bout de l’affinité qui existe au sein de leur courant musical de prédilection, via la prégnance de l’onirisme, entre magie et recherche d’un art total, en face de trois choix:

– continuer à exploiter la thématique de la magie, mais au travers d’une compréhension essentiellement symbolique, qui exalte le pouvoir de transfiguration du réel de l’imagination créatrice, sans pour autant trop s’attacher à la pratique effective de l’occultisme, ainsi que ce musicien de death metal  (mais le témoignage me parait valoir aussi pour le black metal) en donne l’exemple:

« L’univers de Spawn of Possession est-il lié à d’autres sujets non musicaux? Je sais, par exemple, que Bryss s’intéresse de près au paranormal…

Je pourrais aisément le prendre de façon prétentieuse et partir dans une réflexion profonde, mais le fait est que personnellement, je ne me sens pas vraiment connecté à ce que la plupart des gens appellent le « monde réel ». Bryssling agit de même. Nous utilisons notre esprit avant que quelqu’un le fasse à notre place. La clé est l’imagination, une composante dont beaucoup ignorent la réelle essence. Nous réfléchissons sur la musique, sur la vie et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles nous sonnons comme cela dans nos compositions. Spawn of Possession c’est plus que de la musique!  Toutefois, pour ce qui est du paranormal, ceci est plus du ressort de Bryss. Pour résumer la chose, nous aimons nous enfoncer dans le pur inconnu et y puiser notre imagination« . (Metallian 70 p. 47, interview de Spawn of Possession par  Arnaud Vansteenkiste) ».

– Soit subordonner la pratique musicale à la recherche occultiste, ce qui me parait finalement conduire à mettre le black metal en tant que tel entre parenthèses, et à faire prévaloir sur la recherche artistique une activité qui lui est au fond complètement extérieure. Cela me parait être le cas de Jon Nödtveit que je citais en début de billet, certes manifestement schizophrène, qui après avoir achevé l’album Reinkaos qu’il avait voulu l’aboutissement ultime d’une utilisation magique du black metal, a interrompu brutalement sa carrière de musicien et a dissous son groupe (et s’est suicidé peu après):

« En Février 2005 Dissection entre en studio après avoir travaillé les morceaux composés par Jon Nödtveidt en prison. Le 30 Avril 2006 sort « Reinkaos ». Album controversé qui déçu beaucoup par l’absence de l’atmosphère glaciale propre à Dissection jusqu’ici mais qui n’en comporte pas moins la marque si caractéristique du groupe dans ses compositions malgré un côté général moins complexe que pour les précédents albums. Reinkaos signifie « le retour au chaos » et Jon explique que les textes de cet album ont été écrits comme des invocations et évocations aux Dieux des ténèbres et reposent sur des formules sataniques utilisées dans la tradition satanique et anti-cosmique. Jon affirme avoir eu recours au « chant magique » ou « Voces Magicae » afin que les titres de Reinkaos affectent non seulement l’auditeur dans son inconscient mais également l’univers dans son ensemble. « En énonçant ces formules ou en les chantant,les pouvoirs qui y sont rattachés se répandront… » Reinkaos clôt l’Histoire de Dissection, selon Jon, et celui-ci entame un rituel de destruction de cet outil du MLO [Misanthropic Luciferian Order] dont le slogan est « Rien n’est vrai, tout est permis ». Le 23 Mai 2006 Jon Nödtveidt annonce la fin de Dissection et un dernier concert aura lieu le 24 Juin 2006, au cours de ce concert le charismatique leader du groupe détruira la flying V avec laquelle il fit toute sa carrière, un symbole et un signe de ce qui allait se produire moins d’un mois plus tard. « Tout a été fait et dit avec Reinkaos, je n’éprouve désormais plus aucun désir de continuer Dissection car tout ce que j’ai toujours voulu exprimer se trouve sur cet album.C’est une grande victoire pour moi de dépasser ce stade d’achèvement personnel.C’était le chapitre de la fin et ce sera notre testament… » Le 16 Août 2006 Jon Nödtveidt se donne la mort dans son appartement de Stockholm avec une arme à feu. Son corps est retrouvé entouré de bougies.Jon avait envoyé plusieurs lettres à ses proches en leur signifiant « Je m’en vais pour longtemps,très longtemps.Je pars en Transylvanie… » « J’ai atteint les limites de mon exploration musicale en tant qu’outil pour exprimer ce que je voulais,pour moi même et pour la poignée d’âme que je porte dans mon coeur. Je vais à présent me tourner vers d’autres royaumes de pratiques » (www.dissection.fr).

-Soit se détacher progressivement de l’intérêt pour l’occultisme et la magie pour se consacrer pleinement à l’activité musicale, ainsi que la musicienne de black metal Cadaveria (même si son engouement pour ces thématiques demeure) me semble le faire d’après ce témoignage:

« L’occultisme a toujours eu une place importante dans vos textes, est-ce toujours d’actualité avec Horror Metal?

Oui, mais d’une manière plus introspective. J’ai abandonné les stéréotypes de l’occultisme depuis pas mal de temps maintenant. J’ai mûri et fait de nouvelles expériences qui m’ont amenée à pouvoir observer la lumière et l’obscurité de manière différente avec plus de recul. Je suis toujours intéressée par le côté noir de l’univers, mais j’ai un regard un peu désabusé à présent.

Les titres des chansons ne sont pas très optimistes: « Death Vision », « Apocalypse », « Requiem »… Est-ce votre façon à vous d’appréhender le monde? Un exhutoire en réponse à la dureté de la vie?

Difficile question… Je dirais qu’en général, j’écris mes textes quand je suis triste, ou quand quelque chose d’important se passe: quelque chose capable de frapper profondément mon esprit. « Apocalypse » est clairement inspiré du film de Mel Gibson, Apocalypto, donc rien à voir avec la vie ordinaire. Mais oui « Death Vision » et « Requiem » sont des témoignages d’une énergie sombre. Cela va te paraitre étrange, mais en fait, je perçois ces chansons comme quelque chose de très positif, sans doute parce que pour moi, elles sont une vraie thérapie. Je parle de la mort, certes, mais aussi de la vie, de notre force intérieure, d’orgueil, de sensualité, de désir…

Ce dernier album est comme tu dis très introspectif, très posé dans ses émotions. Plutôt que l’affrontement physique, il préfère la poésie du chaos. Quel est ton sentiment là dessus?

Je suis d’accord! C’est le chaos généré par un esprit pensant et vivant (le mien) qui se pose sans cesse des questions sur lui-même. Pathologique, mais nécessaire… » (Metallian 69, p. 92, Interview de Cadaveria par Vincent Zasiadczyk).

Il est clair que dans une perspective chrétienne, la seconde option est inacceptable et la première contestable. La troisième option nous rappelle que le black metal, dans son essence, est un mode de création artistique et non un courant de l’occultisme, et qu’en tant que tel sa démarche n’est pas pleinement compatible avec l’esprit de ce dernier. S’il est vrai que la revendication de la subversion, la recherche d’un art total qui transforme le réel et l’expression d’une approche onirique et si j’ose dire « surréaliste » de la réalité vécue ont pu rendre certains de ses pionniers perméables à la fascination pour l’occultisme et la magie, condamnés par l’Eglise, ce qui est un critère de discernement pour les metalleux catholiques, il reste que la plupart des amateurs de cette musique sont réticents et ironique face à la perspective d’une pratique réelle de la magie,   et préfèrent valoriser le pouvoir de création artistique d’ambiances sombres et oniriques. A la lumière de ce parcours, je pense que la création musicale est dans le black metal du côté de la substance, et la référence à la magie du côté de l’accident, et en ce sens, bien que cette dernière soit en elle-même incompatible avec une démarche chrétienne, je suis convaincu que les efforts de nombreux groupes depuis le début des années 1990 pour créer un registre d’expression chrétienne du black metal sont légitimes et dignes d’encouragement. En effet:

« Au total, comme les autres musiques «sombres » (gothic, metal, industriel), le black metal manifeste toute la recherche de transcendance qui anime une catégorie «alternative» de la jeunesse d’aujourd’hui en rupture avec une homogénéisation culturelle castratrice. Parmi les diverses recompositions religieuses de grande envergure dans notre société, les musiciens et les fans illustrent toute la force du « croire » qui anime une certaine frange de la jeunesse actuelle. Si les églises se vident, le «croire» n’a jamais été aussi présent dans notre postmodernité. Le black metal devient plus que jamais une voie prisée pour cultiver la transcendance, le religieux, l’extatique. Ce qui retient au premier abord l’attention de l’observateur est la ritualisation et le recours à la symbolique et à l’ornementation religieuses. Ainsi voit-on, lors des concerts ou sur les supports audiovisuels, des croix chrétiennes et des pentagrammes inversés, le chiffre 666 ou des tee-shirts portant les slogans «Fuck me Jesus» (du groupe Marduk) ou « Cut your fleesh and worship Satan » (des Français d’Antaeus). Lors des concerts, des phénomènes de transe combinés à la présence de musiciens charismatiques galvanisent le public. Une théâtralisation de pratiques cathartiques (représentations sacrificielles) s’effectue selon des codifications prédéterminées. La dimension religieuse dépasse ici la simple passion pour une musique et ses pourvoyeurs de charisme, comme pouvait l’engendrer le rock Elle est inscrite au plus profond de l’imaginaire satanique, néo-païen, nietzschéen, négativiste déployé par les musiciens et les fans » (Nicolas Walzer, op. cit.).

Lorsqu’elle s’aventure sur les territoires de la magie et des religions recomposées (satanisme, néo-paganisme…) cette recherche de transcendance prend bien évidemment des formes bien éloignée du chemin que propose l’Eglise vers Dieu, mais il reste que le black metal est foncièrement habitée par cette soif, ce désir d’Absolu. Quelle réponse plus approppriée donc (bien plus que la magie qui finalement détourne ce désir vers l’exaltation de la volonté immanente) à cette quête de la transcendance que sous-tend la recherche musicale propre au black metal,  que ce témoignage de l’activité du Transcendant dans notre monde que pourrait lui proposer (que lui proposent déjà certains groupes) une inspiration proprement chrétienne?

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Retour sur certaines réactions au billet de Pneumatis sur Therion

Posted in Hellfest with tags , , , , on 10 août 2011 by Darth Manu

Je viens de revenir sur le fil de commentaires du billet de Pneumatis sur Therion, après plusieurs semaines de pause internet, et ce que j’y vois m’énerve tellement qu’après avoir pensé répondre à la suite, je décide finalement d’y consacrer un billet sur mon propre blog.

Apparemment, pour un certain nombre de métalleux, Pneumatis est un illuminé fanatique qui voit Satan partout et projette ses problèmes psychiatriques sur un pauvre groupe qui ne lui a rien fait, voire un menteur qui a imaginé ce témoignage, probablement sans être réellement présent, pour alimenter la rhétorique des blogs anti Hellfest.

Quelques précisions s’imposent:

Tout d’abord Pneumatis n’était pas seul au Hellfest, lors du concert de Therion. Notamment, « Marie du Hellfest », et moi-même étions présents avec lui, et pouvons témoigner des points suivants: il a bien assisté au concert, et il n’était pas bourré (il a bu à tout casser une ou deux bières plusieurs heures auparavant et a mangé entre temps: il était donc bien plus clean que 90% facilement des auditeurs du concert, moi inclus à vrai dire). Pour avoir longuement discuté avec lui dans l’après-midi, je peux également certifier qu’il était très cohérent, et qu’il n’a pas consommé de drogues. Je peux dire par ailleurs que son impression générale du Hellfest était en faitplutôt positive: il a notamment beaucoup aimé Anathema, et que le moment « Therion » était vraiment en rupture par rapport au reste de l’après-midi que nous avons passée ensemble.

Mais peut-être Marie et moi sommes-nous également des vendus à la cause du fanatisme anti-hellfest, qui nous rangeons aux côtés de Pneumatis pour mieux couler le festival?

Il n’y a qu’à lire ce blog et les commentaires des billets pour voir que je consacre l’essentiel de mon activité à défendre le Hellfest, ce qui m’a valu, sur Inner Light et ailleurs, de me friter très régulièrement avec « les Yeux Ouverts » (même si nous nous respectons sur un plan personnel).

Quand à Marie, je vous invite à lire les topics du forum La Cité Catholique, où elle défend courageusement le festival depuis 2009, au prix de s’en prendre régulièrement plein la gueule, parfois d’une manière qui m’amène à souhaiter que certains intervenants fassent l’inventaire de leurs propres paroles d’une manière aussi rigoureuse qu’ils décortiquent les textes des groupes de black metal (La Cité Catholique est à beaucoup de titres un forum d’excellente qualité, mais plusieurs membres ont tendance à perdre quelque peu leur mesure quand on parle de métal, à mon humble avis). Par ailleurs Marie est une grosse fan de Therion, et semblait très fière de montrer ce groupe à Pneumatis. Sans prétendre parler à sa place, je pense qu’il lui a beaucoup coûté personnellement de prendre la défense de Pneumatis dans cette affaire, et que si elle l’a fait, c’est que sa réaction l’a véritablement ébranlée par sa sincérité et son intensité, et qu’elle lui fait confiance.

Après, certains vont nous dire qu’ils ne nous connaissent pas et ne voient guère de raison de nous faire davantage conscience qu’à Pneumatis. Soit, mais nous avons construit tous les deux l’essentiel de notre crédibilité internaute sur nos positions pro-Hellfest. Vous vous doutez donc bien, si vous êtes un minimum honnêtes avec vous-mêmes, qu’il en coûte quelque peu à notre ego de prendre la défense d’un tel témoignage, et que nous ne le faisons pas parce que nous sommes de mauvaise foi, mais bien au contraire parce qu’il nous a ébranlé, et que nous sommes suffisamment honnêtes pour l’admettre, bien que cela nous mette en porte-à-faux avec nos propres convictions.

Pneumatis lui-même maintenant. Il s’agit indubitablement d’un catholique particulièrement attaché à sa foi et à son Eglise. Par ailleurs, il a affirmé plusieurs fois sur divers sites ne pas être fan de métal. Et pourtant, il est engagé depuis plusieurs années, non pas aux côtés des lobbies anti hellfest, mais CONTRE leur fermeture au dialogue.

Outre ses commentaires très constructifs sur La Cité Catholique, il a collaboré plusieurs fois avec Radio Metal pour promouvoir le dialogue (il a ainsi été interviewé conjointement avec Gildas Vijay Rousseau de Stamina sur cette radio), a défendu les métalleux sur le blog du Chafouin, et a publié sur son propre blog les billets suivants, qui appellent au dialogue:

http://pneumatis.over-blog.com/article-les-chretiens-face-au-hellfest-vers-un-dialogue-50751247.html

http://pneumatis.over-blog.com/article-hellfest-mais-qu-est-ce-qu-on-leur-a-fait-aux-catholiques-51878489.html

Par ailleurs, son billet sur Therion est le second d’un ensemble de trois sur son expérience du Hellfest, et les deux autres défendent le festival:

http://pneumatis.over-blog.com/article-un-dimanche-a-la-campagne-77472808.html

http://pneumatis.over-blog.com/article-petite-mise-au-point-77797223.html

Mais ce fameux billet sur Therion justement, qu’en est-il? Et bien Pneumatis est un ancien occultiste converti au catholicisme, et est resté imprégné par certaines de ses anciennes croyances, personne n’est parfait… Mais pour vous rassurer, je dois vous dire que même les meilleurs d’entre nous ne sont pas exempts de tels égarements. Par exemple je connais un super groupe dont certains membres ont les mêmes croyances que Pneumatis. Il était présent au Hellfest, peut-être en avez-vous entendu parler? Il s’agit de… Therion!

En effet, même sur le forum français du groupe, on trouve de mauvaises langues pour gloser sur leur engagement dans un mouvement occultiste:

« Vala, allez sur ce lien, ca explique a peu pres tout, et c’est meme en francais, oui oui msieu dame c’est le grand luxe!
Pour info supplémentaire, Thomas Karrlson, qui a écrit une grosse majorité des morceaux de Therion n’est pas qu’un membre de cet ordre comme notre cher Chris, mais il est aussi accessoirement le fondateur et le leader de cet ordre.
Apres, qu’on adhere ou pas à leur principes, il faut malgré tout prendre en compte le fait que sans Chris ni Karrlson, Therion n’aurait jamais été ce que c’est aujourd’hui et depuis 10 ans ». (http://therion-france.forumpro.fr/t67p20-l-ordre-du-dragon-rouge).

Faire de l’occultisme n’a certes rien d’illégal, et Pneumatis n’appelle pas à la censure contre le groupe. Il s’en défend même très fermement dans son billet suivant consacré au Hellfest. Maintenant, force est de constater que certains membres de Therion ont les memes croyances en l’efficacité de la magie que Pneumatis. S’il mérite d’être tourné en dérision du fait de telles croyances, alors eux aussi. Et si leurs croyances sont respectables en tant que tel et que les critiquer est une forme d’intolérance, alors il mérite le même respect. Il faut choisir: soit on condamne les deux pour leur croyance en l’efficacité de la magie, soit on les respecte tous les deux pour celle ci. Mais on ne peut adopter deux poids deux mesures comme semblent le faire certains commentateurs du billet de Pneumatis. C’est une question de cohérence.

Personnellement, j’avais bien aimé la prestation de Therion, sur le coup. J’avais été chauffé par le concert de Judas Priest juste avant, et j’étais vraiment content d’être là. Pneumatis me tournait le dos, et j’ai juste remarqué à un moment qu’il a jeté un regard un peu bizarre vers moi. Sur le coup, j’ai pensé que c’était parce que je faisais le salut cornu et que ça le gênait. A la fin du concert, il nous a confié son malaise, et ça a un peu tué mon enthousiasme. Du coup j’ai eu du mal à rentrer dans le concert de Dark Tranquillity.

Je ne suis pas sûr de croire en la magie, même si j’ai eu ma période de fascination pour l’ésotérisme il y a une dizaine d’années, et je suis tenté de rechercher plutôt des explications rationnelles. Puisque Pneumatis et certains membres de Therion partagent la même connaissance approfondie de la magie draconienne, peut-être que cet intérêt transparait au travers au travers de la forme musicale de certains morceaux, ce que Pneumatis a perçu à un niveau inconscient et qui a suscité son malaise. Au fond je n’en sais rien, et je n’ai pas les compétences en musique, en psychologie ou en occultisme pour trancher. Je tends vers l’explication qui m’arrange.

Par contre, j’ai rencontré Pneumatis, je lis régulièrement son blog, et j’ai toute confiance en son honnêteté intellectuelle et en son discernement, et s’il me dit qu’il s’est passé quelque chose lors du concert de Therion, c’est qu’il s’est passé quelque chose. Peut-être pas de la magie, mais il a vraiment ressenti un malaise, pour des raisons que j’ignore.

Et je fonde cette confiance non pas seulement sur des attaches affectives, mais sur la lecture assidue de ses billets, qui me prouve son sens de la nuance, sa rigueur intellectuelle et son désir d’objectivité et de vérité. J’invite tous ceux qui ont été choqués par son billet à lire de près l’ensemble de son blog. Je vous promets que si vous vous prêtez sincèrement au jeu, vous ne le regretterez pas et que votre image de lui changera. D’autant plus qu’on demande souvent, côté métalleux,  aux catholiques de respecter des groupes qui affichent des croyances en le satanisme théiste (Marduk) en le néo paganisme ou en la sorcellerie. Est-ce que le billet de Pneumatis est plus difficile à croire ou moins digne de respect dans ses affirmations? Là encore c’est une question de cohérence…

Enfin, cette histoire me donne l’occasion de confesser un regret qui dépasse la présente polémique, et qui lui est antérieur. Les métalleux sont très nombreux à intervenir en commentaire de sites anti hellfest. Et on trouve plusieurs sites cathos spécialisés sur la question, que ce soit le mien en défense du métal ou Les Yeux Ouverts ou Provoc Hellfest contre le Hellfest. Mais on ne trouve pas un tel blog spécialisé du côté des métalleux non cathos qui permettrait d’apporter un nouveau regard au dialogue et d’enrichir notre échange, de telle sorte que toutes les « factions » bénéficient d’une visibilité et d’une représentation similaire, ce qui contrinuerait à mon avis à clarifier et apaiser le débat. Il y avait en 2009 un blog « Pro Hellfest », qui malheureusement a fait long feu.

C’est d’autant plus dommage que parfois j’ai l’impression que les cathos sont finalement presqu’aussi présents côté pro hellfest que côté anti, paradoxalement, et peut-être plus parfois que les métalleux non chrétiens. On lit fréquemment des interventions du Père Culat, de Gildas Vijay Rousseau, de Pneumatis ou demoi-même, qui sommes tous cathos, et aussi de quelques métalleux non chrétiens, comme Marie ou les gens de Radio Metal. Certaines pages Facebook font aussi une veille tout à fait performante. Mais il manque l’équivalent d’Inner Light ou des Yeux Ouverts côté métalleux « laïc ».

Ce qui rend cette affaire si triste. Finalement, Pneumatis s’est bien plus cassé le c… depuis des années pour défendre le Hellfest  que la plupart des métalleux qui lui écrivent des commentaires cinglants depuis un mois et demi sur son blog. Et pourtant il se fait tomber dessus quasiment sans dialogue préalable parce qu’il a le malheur d’avoir un problème avec Therion. Etrande paradoxe, quand on sait que jeter l’anathème sur tel ou tel courant musical (le néo-métal, le BM symphonique…) ou sur tel ou tel groupe (Korn, Cradle of Filth…) est quasiment un sport national dans le petit monde du métal!

Je me permets donc de poser à ceux des métalleux qui portent un discours chargé de mépris sur le billet de Pneumatis la même question que j’adresse à longueur de billets aux anti Hellfest:

Est-il si dur d’accueillir autrui avec la même ouverture qu’on exige de lui?

Et de les renvoyer vers la lecture de mon précédent billet:

https://innerlightofblackmetal.wordpress.com/2011/08/10/dialoguer-dame-a-ame/