Faut-il dissuader l’Etat et les collectivités territoriales de subventionner des oeuvres antichrétiennes?

Les récents débordements autour de la pièce de Castelluci ont fait prendre conscience aux catholiques « modérés » de l’urgence d’établir un dialogue entre l’Eglise et une culture qui lui est plus de plus en plus étrangère, voire hostile. Les évêques ont récemment mené à Lourdes une réflexion intéressante sur le sujet:

« Intervenant à huis clos devant l’Assemblée, le cardinal Vingt-Trois a cependant mis en garde contre le recours à une « stratégie de minorité ». Une évolution du catholicisme sur le modèle des religions minoritaires, qui ne réagirait que pour se défendre, serait contraire à la tradition d’un christianisme qui revendique un rôle plus large dans le débat social et politique, a-t-il dit en substance. » 

Mais aussi:

« Car tous les évêques font le même constat : le cercle des catholiques exaspérés dépasse celui des groupuscules intégristes et activistes. Pour Mgr Éric de Moulins de Beaufort, ce sont même souvent des « catholiques assez simples, désemparés, car on se moque de ce à quoi ils croient fermement ». Une nouveauté qui inquiète l’archevêque de Bordeaux, le cardinal Jean-Pierre Ricard : « Il a toujours existé un courant d’extrême droite catholique et politique, à l’action violente. Mais aujourd’hui, leurs actions sont légitimées et justifiées par des catholiques désarçonnés par la sécularisation, et qui ont le sentiment d’être bafoués. » » 

Deux écueils sont donc à éviter: rester passif face à l’outrage, au risque de négliger les réelles blessures d’une jeunesse catholique qui donne énormément pour son Eglise et pour sa foi, et celui du repli communautariste et de la rupture du dialogue avec la société, voire la tentation de la violence. Entre le silence complaisant et les jets d’oeufs et d’huile de vidange, intervenir sur le terrain des subventions publiques peut sembler un moyen terme séduisant:  on n’agresse personne, on prend position clairement, avec des propositions concrètes, et on fonde notre proposition sur le droit: le respect de la laicité (pas de financement public d’une pièce qui traite de question religieuse), la lutte contre la discrimination (c’est porteur comme sujet)…Ca a même un petit côté citoyen sympathique: un bon moyen de réduire utilement la dépense publique, en ces temps de crise financière et économique: bloquer les subventions de pièces blasphèmatoires, c’est quand plus enthousiasmant que de supprimer des postes d’infirmières ou d’enseignants ou de supprimer les allocations pour les plus démunis!

Nous avons donc une proposition de Pneumatis: une lettre envoyée  au ministre de la culture et à son secrétariat général, ainsi qu’à la mairie de Paris, dont l’argument central est le suivant:

« A travers cet amalgame entre la culture chrétienne et la terreur, la pièce dénigre non seulement les racines culturelles de notre pays, mais viole également le fondement cultuel des chrétiens. Dans un pays qui attache autant d’importance à la liberté d’expression, la critique des religions est un droit qu’il ne convient aucunement de remettre en cause. Cependant, cette critique ne devrait évidemment faire l’objet d’aucun financement ni d’aucune promotion publique, eut égard au principe de laïcité. Car de même que la république ne subventionne aucun culte, il va de soi qu’elle n’a pas non plus à en financer le dénigrement ni l’insulte. »

Cette initiative peut au demeurant se prévaloir de la bienveillance a priori du porte-parole de la CEF: Mgr Podvin. Personnellement, tout en reconnaissant l’importance et l’urgence d’établir des contre-propositions aux oeuvres d’art ouvertement hostiles au christianisme (le présent blog en est une d’ailleurs, pour rappel), je m’inscris en faux contre cette initiative en particulier, malgré toute la sympathie que j’éprouve envers son auteur, ses inspirateurs et promoteurs, qui est à rebours de l’agacement, du scepticisme, et de la tristesse que m’inspire la pièce Glogota Picnic en elle même, d’après ce que j’ai pu en lire.

Contrairement à ce qui était mon intention première, que j’avais annoncée à cerains sur facebook et twitter, je ne vais pas traiter dans ce billet de la question du financement public de la culture. J’ai conscience de tous les effets pervers de la politique culturelle française, de son impact sur les finances publiques qui sont déjà bien assez en difficulté comme ça, de la répartition souvent inégale des subventions, du caractère plus que contestable des bénéfices qu’elles apportent en terme de dynamisme de la création française. Je’ai cru comprendre également que la tendance est de promouvoir un mécénat privé par les entreprises. Je reste attaché à une certaine conception de l’Etat Providence qui me fait souhaiter une aide publique, non seulement à la diffusion de la culture mais également à son financement. Mais traiter à fond cette question me ferait dévier du sujet de ce billet et prendrais des mois de recherche et de réflexion. Une autre fois peut-être…

Cette question est en effet complexe et je comprend tout à fait que l’on puisse considérer que l’Etat n’a pas du tout à financer la culture. Maintenant, lutter contre les subventions versées au Glogota Picnic sur le fondement que  » de même que la république ne subventionne aucun culte, il va de soi qu’elle n’a pas non plus à en financer le dénigrement ni l’insulte », cela me parait une question complètement différente, qui porte sur le contenu des oeuvres ou non finançables et non sur le principe même de ce financement, et beaucoup moins tenable à mon avis. L’argument, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire à son auteur sur twitter, me parait assez fallacieux. Si la loi de 1905 interdit effectivement le subventionnement des cultes (et encore la question est plus complexe qu’elle en a l’air), des oeuvres ouvertement chrétiennes à caractère culturel bénéficient également en toute légalité d’aides financières publiques.

« Le 26 février, alors qu’il venait de recevoir le césar du meilleur film, Xavier Beauvois remercia Lambert Wilson et… l’avance sur recettes du Centre national du cinéma (CNC). Il pouvait. Sans elle, Des hommes et des dieux (Grand Prix à Cannes, plus de trois millions d’entrées en salles) n’aurait peut-être jamais vu le jour… L’avance sur recettes avant réalisation, quèsaco ? Une aide financière publique qui a, aussi, permis l’existence des trois autres films français présents à Cannes en 2010 : Hors-la-loi, de Rachid Bouchareb, La Princesse de Montpensier, de Bertrand Tavernier, et Tournée, de Mathieu Amalric. Mais aussi de Vénus noire, d’Abdellatif Kechiche, ou de quelques premiers films originaux : Angèle et Tony, d’Alix Delaporte, Belle Epine, de Rebecca Zlotowski, ou Jimmy Rivière, de Teddy Lussi-Modeste. » (www.telerama.fr).

Entre pas de Golgota Picnic ni de Les Hommes et et les Dieux ou les deux à la fois, j’ai personnellement la faiblesse de préférer la seconde option. Mais ce passage du texte de Pneumatis contient un second argument, que d’autres m’ont également opposé.

« Ca ne me choque pas qu’on subventionne une pièce qui défende des idées ou une foi. Par contre, ça me dérange que l’on subventionne une pièce qui s’attaque à des idées, une foi. Je crois que ce sont 2 choses très différentes. Une pièce religieuse ou athée, ce n’est pas la même chose qu’une pièce qui s’attaque à une religion » (Guillaume Duvillaret à Pneumatis et à moi-même sur Twitter).

J’avoue que j’ai un peu de mal avec cette distinction entre les pièces « qui défendent des idées ou une foi » et celles qui « s’attaquent à une idée, une foi ». Vous en connaissez beaucoup vous, des idées ou des croyances qui ne sont pas exclusives (y compris gravement) d’autres idées ou d’autres croyances? Avec les « principes non négociables », se dire catholique aujourd’hui, c’est attaquer implicitement tout un tas d’idées, de courants de pensées et de choix personnels, souvent reliés à des expériences et des blessures personnelles très douloureuses (ce qui n’est d’ailleurs probablement pas sans lien avec l’émergence d’oeuvres du type Golgota Picnic: « Disons que cette écriture a commencé sans écrire, elle a commencé comme toute écriture, à partir d’expériences vécues, que j’ai récupérées par la suite. C’est par exemple le cas de la peur que Dieu m’inspirait quand j’étais enfant. Ensuite, il faut donner forme à tout cela, et j’ai pensé qu’il serait plus élégant de parler d’iconographie (Mantegna, Grünewald, Giotto, Van der Weyden… ). Lorsque je cite ces fresques ou ces tableaux peints sur des toiles ou sur du bois, je fais des détours pour ne pas raconter ma peur de Dieu quand j’étais enfant, mon au revoir à Dieu et à la peur de Dieu quand j’ai cessé de croire, à l’âge de seize ans (grâce à un livre de Schopenhauer). » Entretien avec Rodrigo Garcia, dans le dossier de presse de Golgota Picnic ). Si le ressenti d’autrui face à une affirmation ou une idée est le critère de ce qui peut être ou non dit publiquement, alors tous ceux qui estiment que la religion doit être reléguée à la sphère privée ont raison (notez qu’en tant que catholique je suis fidèle à l’enseignement de l’Eglise et que j’approuve les « points non négociables »: je pointe juste le caractère très insuffisant des arguments sur le registre du pathos du type: « les chrétiens demandent à ce que l’on respectent la souffrance qu’ils éprouvent lorsque l’on s’en prend à ce qui leur est cher »).

On m’objectera qu’on peut critiquer sans insulter. Peut-on subventionner avec des deniers publics une insulte? Je répondrai que l’insulte me parait très difficile à caractériser dans le domaine de l’art: celui-ci n’a en effet pas pour vocation une plate représentation d’un « Beau » abstrait et idéalisé, mais faire contempler à l’âme des réalités difficilement communicables par le raisonnement. Ce qui l’amène à user de techniques telles la parodie, la satire et, oui…  se livrer aussi à des relectures de la Bible qui peuvent prendre extérieurement l’apparence d’un blasphème. Lisez certains poèmes de William Blake, pourtant un auteur chrétien… La question n’est pas de savoir si l’art outrage ou insulte, mais s’il le fait de manière gratuite ou qui donne à penser.

Donc, non seulement la « morale » de l’art, les valeurs qui lui sont propres, ne sont pas tout à fait les mêmes que celle de la morale, mais le jugement qui porte sur l’oeuvre d’art n’est pas dans sa nature du même type que celui qui évalue si un acte est ou non moral. Le jugement moral est en effet déterminant: « c’est bien » ou « c’est mal ». On en dispute: c’est-à-dire qu’on peut le trancher sur la base des normes qui s’imposent aux deux interlocuteurs (avec des nuances certes). La morale n’est pas censée être subjective.

Pour le jugement esthétique, c’est très différent (et oui, je suis ultra kantien sur cette question). S’il tend effectivement vers la représentation d’une vérité universelle qui est la Beauté, l’appréciation de celle-ci comporte une part de subjectivité, à la différence du Bien: tel morceau de musique, tel tableau touchera une personne mais rebutera l’autre, sans qu’on puisse dire que l’une est en tort et l’autre dans son bon droit.  Pour autant, il ne s’agit pas purement d’une appréciation purement subjective, comme les jugements qui portent sur l’agréable (est-ce que ce vin est bon, est-ce les haricots verts sont meilleurs que les frites…?). L’art tend vers l’expression d’une vérité universelle qui s’impose à tous, celle du Beau, sans jamis totalement y arriver. On en discute donc, plutôt que d’en disputer: c’est-à-dire que l’on tend vers un accord, sans jamais totalement y parvenir.

Alors est-ce que la représentation outrageante du christianisme que la pièce Golgota Picnic propose s’inscrit dans un débat artistique légitime, dissimulant derrière l’insulte une vraie réflexion sur la nature de la foi et l’Eglise, digne d’être discutée et non disputée, ou est-ce qu’elle est purement insultante. Personnellement, je tendrai pour la seconde solution, et en tant que chrétien, je suis choqué de certaines des scènes qu’elle semble proposer (je n’ai pas vu la pièce et je n’en est pas franchement envie). Cela dit, quand je lis le dossier de presse, par exemple:

« Cette partie est une sorte de réponse ex negativo à la première, sans parole ni image. Beaucoup de gens ont pensé que c’est dans cette seconde partie que la pièce atteint un autre niveau, spirituel ou supérieur, comme si la musique « niait » la partie théâtrale. Pour moi c’est l’inverse : toute la destruction de la figure de Christ au début relève d’un amour pur, elle est la conséquence logique d’une transformation historique. Regardez l’histoire de la peinture. D’abord, il y les icônes byzantines : le Christ n’y est pas encore un homme. Ensuite,c’est progressivement une humanisation, une « incarnation » à travers les siècles. Et si vous comparez Les Sept Dernières Paroles de Haydn avec les Passions de Bach, chez Bach, le Christ porte encore sa couronne, il dit « Je suis le Roi », et le choeur répond « Tu le dis » – et il a besoin d’un double choeur, d’un choeur d’enfants, d’un double orchestre, de quatre solistes, d’un narrateur… Le Christ de Haydn n’a besoin que de quatre instruments à cordes ou d’un pianiste. Il est maintenant absolument homme, devenu humain comme le personnage d’un opéra de Mozart. Rodrigo accomplit alors le dernier pas. Il dit des choses invraisemblables, bien sûr, il compare le Christ à un terroriste, il ose des comparaisons très perturbantes, mais également drôle, il lui fait dire : quand on n’a que douze personnes qui vous suivent, il vaut mieux se retirer de la politique… Certes, c’est radical mais, le spectateur, qui reste bouche bée, parvient aussi, à travers cet étonnement et ces chocs, à une interrogation spirituelle, à une réévaluation de la figure du Christ » (entretien avec Marino Formenti dans le dossier de presse).

… Je ne suis pas nécessairement très convaincu, pas du tout même, mais dans mon for intérieur, je dois reconnaitre que je n’en sais rien, que ça se « discute »…

L’article du Chafouin sur la polémique donnait un autre argument en faveur d’un combat sur le terrain du financement public:

« Des actions fermes mais non-violentes sont possibles. Distribution de tracts, dialogue avec les organisateurs, avec les élus, interpellation sur la distribution de subventions pour un spectacle qui heurte les sensibilités (quelle collectivité oserait subventionner Dieudonné, par exemple?), sont des pistes possibles ».

La question n’est pas de savoir à mon avis quelle collectivité « oserait » financer Dieudonné, mais si elle peut le faire, certaines des représentations de cet humoristes lui ayant valu d’être condamné pour diffamation publique à caractère racial. Sur cette question, qui est celle du conflit entre la liberté d’expression et le respect des personnes, il est clair que l’artiste n’est pas au dessus des lois. Il s’agit d’ailleurs d’une vieille polémique, comme en témoigne la controverse autour des libelles aux 18ème siècle. Pour ma part, comme j’ai déjà eu l’occasion de l’exprimer dans un article précédent, je conjugue ma foi catholique avec un certain attachement pour la démocratie, et la liberté d’expression qu’elle garantit constitutionnellement. C’est pourquoi entre la voie préventive face à l’injure publique (censure préalable: par exemple faire pression sur les collectivités pour interdire la représentation, ou chercher à l’entraver en gênant son financement) et la voie répressive (le procès pour undélit constitué: injure, diffamation, discrimination…) je choisis résolument la seconde. Je reconnais qu’elle est très difficile à appliquer, comme ce billet de Nicolas Mathey tend à le démontrer, et je dis « tant pis! »: la liberté d’expression a plus de prix pour moi que l’interdiction d’une ou deux pièces obscures jouant la provo facile. Vous pouvez consulter à ce sujet ce billet d’Eolas, qui rejoint mon avis en l’exprimant mieux que moi.

Je suis également très réservé sur le principe face à des arguments du type: « je ne veux pas que mes impôts servent à payer une pièce qui outrage ce qui m’est cher ». Il est vrai que le prélèvement des imôts en France repose sur le principe du « consentement » de chaque citoyen:

 « L’obligation de déclarer ses revenus relève d’un autre principe : le consentement à l’impôt. Les premières critiques émises à l’encontre du système d’Ancien Régime ont porté sur la question de l’impôt et, en particulier , s ur le fait que les sujets ne pouvaient pas indiquer leur consentement à l’impôt. L e régime politique anglais s’est peu à peu démocratisé à partir cette question, en laissant une place grandissante au Parlement en matière de finances publiques ( Pétition des droits , 1628). En France, le principe de consentement à l’impôt a été définitivement acquis avec la Révolution française et la Déclaration des droits de 1789. Tous les citoyens ont le droit de consentir librement à la contribution publique, par eux-mêmes ou par leurs représentants (ex : députés), et d’en suivre l’emploi (art.14). Aujourd’hui, lorsque le Parlement vote les lois de finances, il accorde son consentement, et celui du peuple qu’il représente, à l’impôt » (vie-publique.fr).

Je rappelle néanmoins que la décision définitive de l’Etat ou des collectivités d’accorder ou non telle ou telle subvention s’appuie sur  le principe de la volonté générale, qui diffère de la somme des intérêts particuliers pour le droit français. L’utilisation du lobbying, qui est la proposition de Pneumatis, correspond certes à une tendance croissante inspirée de la conception anglo-saxonne du droit. Je voudrais juste remarquer qu’elle ne va pas de soi, et pose un débat de fond sur la manière dont nous concevons le fait de vivre ensemble dans une démocratie multi-culturelle:

« Dans la conception française, l’intérêt général ne résulte pas de la somme des intérêts particuliers. Au contraire, l’existence et la manifestation des intérêts particuliers ne peuvent que nuire à l’intérêt général qui, dépassant chaque individu, est en quelque sorte l’émanation de la volonté de la collectivité des citoyens en tant que telle. Cette conception, exprimée par Rousseau dans Le contrat social et, à sa suite, du fait de son influence au moment de la Révolution française, dans une grande partie de l’histoire juridique française, est celle de la  » volonté générale « . Or, si  » la loi est l’expression de la volonté générale  » (art. 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 26 août 1789 ), il ne peut être admis que des groupes d’intérêts puissent tenter d’influencer son auteur, à savoir les parlementaires. La tradition issue de la période révolutionnaire est dès lors marquée par la défiance, la suspicion envers toute tentative de manifestation d’appartenance à un groupe d’intérêts particulier. Les corporations de métiers sont interdites comme les syndicats ouvriers (loi le Chapelier, 1791) : il faut attendre 1901 pour qu’une loi sur la liberté d’association soit votée. Il n’est en effet que tardivement admis que l’État puisse être concurrencé dans sa mission de détermination et de poursuite de l’intérêt général. Si l’action des lobbies est avérée en France, elle n’a donc aucun caractère officiel. Cependant, l’évolution récente liée à la montée des réflexes communautaristes tend à infléchir cette conception » (vie-publique.fr).

Je ne vais pas trancher sur cette question, même si subjectivement,  je tend à préférer une conception de la volonté générale distincte de la somme des intérêts particuliers. Je voulais juste faire remarquer que la démarche qui consiste à cosntituer des groupes de pression sur les élus n’est pas une évidence, mais engage une conception de la vie politique bien précise, qui n’est pas la seule possible, qui est très respectable en elle-même mais qui ne s’impose pas avec la force d’une évidence, et qui pour ma part me déplait par le fractionnement de la société en groupes d’influence qu’elle semble opérer (et me remémore cet  extrait de la tribune de plusieurs catholiques dans le monde sur la pièce de Castelluci: « La question qui se pose, au fond, est simple et essentielle : voulons-nous laisser notre société se scinder en plusieurs groupes qui s’ignorent et se craignent ? Face à ce danger, une seule voie est possible : nous devons accepter de renouer un vrai dialogue, risquer l’aventure de l’écoute, de la confiance et de l’échange rationnel autour de la question de la foi« ).

Ce qui m’amène à l’argument du courrier de Pneumatis qui a failli me faire tomber mon smartphone des mains, lorsque je l’ai lu pour la première fois:

« A l’exemple du récent rassemblement interreligieux à Assise, où plus de 300 dignitaires de toutes les religions, ainsi que des non-croyants, étaient réunis, l’heure est plus que jamais au dialogue et à l’amitié, dans le but commun de servir la paix. Aussi, vous conviendrez que de contribuer financièrement à un fond de commerce, dont le produit a pour vocation de nuire à la paix entre les chrétiens et les non-chrétiens, est pour le moins contraire à l’esprit d’un pays qui se veut profondément humaniste, soucieux de la paix et du respect de chacun« .

Malgré tout le respect et l’admiration que je voue à l’auteur de ce passage, et toute mon immense reconnaissance pour l’effort prodigieux de dialogue qu’il a fait jusqu’ici avec des métalleux, pourtant pas toujours tendres avec lui loin s’en faut, dans le cadre de la polémique sur le Hellfest, je trouve que ça sonne un peu: « Viens fermer ta gueule, pour qu’on puisse dialoguer toi et moi! ».  C’est-à dire que ce paragraphe pose à mon avis comme préalable au dialogue d’agréer à une position qui est précisément l’objet de celui-ci, un peu comme si le Pape avait demandé que ne viennent à Assise que des personnes qui reconnaissent que Jésus est Fils de Dieu et sans péché, puisque dire le contraire blasphèmerait sa part divine et constitue une offense pour la foi de tout chrétien.

Alors certes, entendre traiter le Christ de « terroriste » sonne plus mal à mes oreilles que la qualification de « prophète » qui lui est attribuée par le Coran.

Cela dit, la règle, quand on pose un dialogue, est de partir du terrain commun, et de définir les noeuds de divergences. En l’occurrence, ce qui s’oppose, c’est le refus absolu du blasphème pour les catholiques, et la défense de la liberté artistique pour les partisans de Golgota Picnic et autres. On l’a bien vu aux réactions de certains lecteurs du Monde au titre de la tribune récemment publiée par plusieurs personnalités catholique: « Le symbole du Christ doit être respecté par les artistes« . La question de la censure, et tout particulièrement quand on abord des qustions religieuses, est douloureusement sensible chez la plupart de nos contemporains.

La question qu’on peut alors  se poser est la suivante: est-ce que convaincre les mécènes d’oeuvres apparemment antichrétiennes de retirer leur financement est de nature à encourager un dialogue entre croyants et non croyants sur la gravité du blasphème, ou à empêcher celui-ci. Je pense que l’histoire récente nous donne quelques exemples éclairants. Rien que concernant la polémique sur le Hellfest, j’en trouve deux.  Les pressions sur les sponsors du Hellfest en 2009 ont partiellement réussi, puisque Coca-Cola a alors décié de retirer sa participation. Loin de sensibiliser les métalleux hostiles au christianisme aux blessures que certains groupes infligent aux chrétiens, cette décision les a révoltés, et a été le point de départ d’une guerre de tranchée qui dure encore. Bien plus, cela a profondément blessé ceux qui étaient à la fois catholiques et métalleux, ou qui essayaient déjà de susciter le dialogue. Alors certes, des éléments positifs ont surgi peu à peu de ce bourbier, mais comme l’Evangile dit: « il faut que le scandale arrive, mais malheur à celui par qui le scandle arrive ». Second exemple: l’initiative du blog Les Yeux Ouverts qui a réussi à entrainer la déprogrammation par le Hellfest du groupe Anal Cunt. Bien que la polémique portait sur un sujet éminemment plus consensuel que le blasphème, la shoah, les réactions, même des métalleux les plus favorables en principe au dialogue avec les cathos, furent hystériques, et leur violence m’a éffaré au point que j’ai ressenti alors le besoin de créer la page facebook « Pour un dialogue constructif sur les relations entre metal et christianisme » pour essayer de calmer un peu le jeu. Ce que ces exemples nous rappellent à mon avis, c’est qu’il n’est ni réaliste ni constructif d’essayer de mener de front à la fois une démarche de dialogue et une démarche de pression via les autorités publiques et les sponsors. Que chacun réfléchisse en conscience à la manière dont il réagirait à une sollicitation menée sous cette forme, et il réalisera que prétendre dialoguer tout en organisant simultanément une forme de censure, quelle qu’elle soit (et chercher à entraver le financement d’une manifestation culturelle est une forme de censure) d’un discours toléré par la loi est i-n-a-c-c-e-p-t-a-b-l-e aux yeux de n’importe quel contradicteur ou même de la plupart des observateurs plus ou moins neutres.

Donc il faut choisir: soit on dialogue, soit on cherche à censurer, mais chercher à faire le deux à la fois, c’est vraiment tomber dans la fausse solution de compromis rose bonbon. Franchement, ce type de propositions me fait relire avec plus de bienveillance les accusations venant des cathos « durs » telles que « bisounours », « tièdes », « cathos honteux »… Ca pue la mauvaise conscience du type qui a des remords après une bonne engueulade et qui va un peu forcer dans l’autre sens pour essayer de tout arranger. C’est de la mobilisation sous le coup de l’émotion, avec tous les effets pervers de ce type de réaction. J’ai bien compris que cette initiative visait à donner aux jeunes cathos blessés par la pièce (qu’ils n’ont pas encore vu pour la plupart et qu’ils ne sont pas obligés de voir mais ce n’est pas grave) une alternative pacifique au militantisme dur d’organisations d’extrême droite, pour faire barrage au pouvoir de séduction de ces dernières. Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas dans les faits d’une véritable alternative, mais de la même démarche reformulée de manière plus consensuelle. On prend le coeur de l’action de Civitas: le lobbying auprès des élus pour contourner le problème posé par la liberté d’expression, et on remplace les jets d’oeufs et d’huile de vidange par de grands appels généreux au dialogue. Le problème est que comme je viens de le montrer, cette contre -proposition est remplie de contradictions internes et présente au final un projet affaibli par rapport à celui de Civitas car moins cohérent. Il ne va pas plus convaincre les partisans de la pièce de dialoguer, car il s’assied royalement d’emblée sur ce qui leur est le plus cher: le supposé « droit au blasphème », et il va à mon avis plutôt faire rire qu’autre chose les cathos partisans de Civitas, car les mêmes (pas seulement Pneumatis) qui n’avainet pas de mots assez durs pour condamner ces dernières semaines leur démarche ne trouve rien de mieux à proposer à la place qu’une version délayée de ce qu’ils ont déjà tenté. Car cette nouvelle tentative de lobbying a de bonnes chance d’échouer, comme la plupart de celles qui l’ont précédée ces dernières années, augmentant encore le désespoir des jeunes cathos, et entre ceux qui proposent un lobbying « mou » sur fond d’un dialogue rendu impossible par cette même initiative, et ceux qui revendique un lobbying avec des couilles, décomplexé sur la question de la confrontation, le choix sera à mon avis vite fait. Ce type d’initiative confirme les « durs » dans leurs opinions, et affaiblit la position des partisans du dialogue.

Et puis il y a à mes yeux quelque chose de malsain dans la façon dont tout le monde se retourne contre la pièce Golgota Picnic après s’être déchiré la tronche sur celle de Castelluci. Comme si elle était la victime expiatoire d’une sorte de grand rituel païen de la réconciliation entre cathos, le bouc émissaire commode, sans ambiguité apparente, le vrai méchant contre lequel tout le monde s’unit à la fin. Avec à mon avis le risque d’un nouveau décalage avec la réalité et de nouvelles injustices envers des personnes…

Alors j’entends déjà mon « meilleur ennemi » Le Yeux Ouverts m’adresser à nouveau les critiques qu’il avait déjà émises après lecture de mon billet sur la christianophobie. Il est clair que ce billet s’inscrit en faux d’une part contre une position du porte-parole de la CEF en faveur de l’appel aux élus contre les subventions publiques accordées à la pièce. Maintenant, je ne crois pas que Mgr Podvin, avec tout le respect sincère que j’éprouve envers sa personne et son ministère, énonce alors un avis qui engage la foi de l’Eglise, mais qu’il émet une proposition d’ordre tactique. Je pense que j’ai le droit de ne pas être d’accord avec une telle proposition sans que quiconque ait à émettre des soupçons sur ma communion avec l’Eglise, tant que je le fais de façon argumentée et respectueuse. Je pense que sur ce type de questions, même les évêques ne sont pas nécessairement d’accord entre eux et qu’il ne faut pas confondre communion avec l’Eglise et  conformisme intellectuel.

En second lieu, Les Yeux Ouverts aime à souligner que je ne cite jamais la Doctrine Sociale de l’Eglise. Alors j’admets que je la connais assez peu. Cela dit, il m’arrive de la parcourir, et je n’y ai jamais lu que l’appel à la censure préalable ou au lobbying sur les élus était le moyen qui s’imposait à tout catholique pour faire face à la déchristianisation de la culture. Par contre, je considère que de telles méthodes ne vont pas de soi dans un cadre démocratique et pluraliste, et j’avais cru comprendre qu’on pouvait se dire catholique tout en étant attaché à ce dernier. Peut-être me suis je trompé ou ai-je été induit en erreur sur ce dernier point, mais dans ce cas j’aimerais qu’on me le dise clairement.

Professeur d’histoire des religions à la faculté de théologie de l’université Marc-Bloch à Strasbourg, et éminent historien de l’art, le dominicain François Boespflug a rappelé à ce sujet une belle vérité que j’aimerais rappeler pour conclure la partie « critique » de ce billet:

« On ne peut aucunement en faire une question politique, et espérer faire interdire ce qui est de l’ordre de l’opinion. La censure a bien plus d’inconvénients que la liberté religieuse ! On peut débattre sur le registre religieux – une œuvre nourrit-elle la foi, l’espérance et la charité ? – ou sur le registre artistique, et les chrétiens ne doivent pas hésiter à s’exprimer. Il reste tout à fait possible de développer un point de vue critique par rapport à ceux qui se moquent ! Dans le cas de Castellucci, je ne m’explique pas qu’une pièce assez médiocre fasse tant de bruit. Pour autant, je me réjouis qu’elle puisse être représentée dans mon pays, et je me déclare prêt à défendre coûte que coûte la liberté d’expression… qui me permet de dire que bien des œuvres qui défraient la chronique ne valent pas vraiment ledéplacement ! » (entretien dans La Vie du 9/11/2011, par Joséphine Bataille)

Conclusion: Que faire? 

Comment donc poser ce fameux dialogue, puisque la passivité n’est pas non plus une solution, comme en témoigne la radicalisation des jeunes catholiques en réaction à une certaine « pastorale de l’enfouissement »? J’ai bien aimé les propositions de Jean-Baptiste Maillard et certaines de celles  du Spirituel d’abord (pas la seconde par contre).  La meilleur façon de dialoguer avec le monde de la culture, c’est de se placer sur cette dernière, en soulignant d’une part tout ce qu’il ya de cliché ou de faux dans certaines représentations contemporaines du christianisme, comme le présent blog essaie de le faire pour le black metal, et en proposant des alternatives artistiques qui montrent que l’apport de la foi chrétienne peut renouveler la perception et la mise en forme de la Beauté, comme là encore j’essiae de le faire en essayant de mieux faire connaitre la scéne chrétienne du black metal et en essaynt de contribuer à lui donner une assise théorique.

Je voudrais pour conclure ce billet rappeler deux principes qui me paraissent pouvoir cadrer utilement la réflexion des uns et des autres.

D’une part, je ne pense pas qu’il y ait lieu de choisir son « camp » entre les artistes blasphémateurs et les manifestants. L »Eglise est une communion, c’est certain. Elle n’est pas pour autant un club de rugby. Il n’y a pas les cathos et les autres. Telles que je vois les choses, on a d’un côté un metteur en scène et auteur qui a très profondément souffert dans sa jeunesse d’une compréhension erronée du christianisme, qui a longtemps été une source de terreur dans sa vie d’enfant et d’adolescent, et qui décompense dans ses pièces. Et de l’autre, on a des jeunes qui souffrent de la déchristianisation apparente de la société et de la culture, souffrance renforcée par une conception parfois discutable et simpliste que certains d’entre eux ont de l’art et du péché de blasphème. Et cette souffrance obscurcit également leur discernement en leur faisant approuver ou participer à des opérations violentes, sinon physiquement, du moins psychologiquement (il n’y a qu’à lire les commentaires sur certains blogs et certaines pages facebook). Personnellement, je comprends les souffrances exprimées des deux côtés, et je désapprouve chacun des discours qu’elles ont engendrés. Je n’établis pas de hiérarchie entre les blessures personnelles et les erreurs de discernement de mes prochains en fonction de la proximité éventuelle de leurs croyances et des miennes.

Alors certes il y a le Christ, outragé par les auteurs de Golgota Picnic, et par ceux des manifestants qui ont choisi la violence et l’idéologie pour défendre leur foi. Le Christ dont il faut rappeler au monde de la culture qu’il s’est sacrifié pour l’ensemble de l’humanité, et dont le témoignage d’amour infini à donné à cette culture une grande partie de ses chefs d’oeuvres. Mais le Christ également qui nous a rappelé qu’il ne faut seulement aimer nos rpoches, mais nos ennemis également comme nous-mêmes. Et qui nous invite à mon avis à écouter les reproches qui sont faits à l’Eglise pour mieux y répondre, à comprendre ce qui a pu conduire ceux qui nous détestent à se détourner de lui, avat de les condamner. Et chercher à les faire taire, ce n’est pas la solution. Si j’appelais à assécher financièrement Civitas, au delà des question de possibilité d’une telle entreprise,  je pense que cela serait pris par beaucoup comme une manière de jeter de l’huile sur le feu. Alors pourquoi faire de même avec Golgota Picnic?

A ce sujet, j’étais assez peu surpris par le courrier de Pneumatis en lui-même, car je le sentais venir depuis une de ses intervention sur le blog note de Radio Notre Dame il y a quelques semaines. Il y a juste une petite chose qui m’a un peu heurté quand même:

« J’attire votre attention sur le fait que l’auteur de la pièce use sciemment de ce dénigrement à des fins mercantiles, puisqu’il dit lui-même dans un entretien pour le festival d’automne parisien : « Mes pièces sont toujours mal reçues. Une bonne partie du public est bête : il continue à remplir les théâtres, parfois juste pour réprouver ce qu’il voit. […] En ce qui me concerne, le comportement de ces gens porte ses fruits : vu qu’ils paient leur billet d’entrée, ils nous permettent de gagner de l’argent pour vivre. » Voilà ce que vous dit l’auteur de cette production du festival d’automne parisien. »

A mon avis, c’est un détournement de citation pur et simple, que j’imagine dû à l’émotion… Cette citation, extraite d’une interview citée dans le dossier de presse de la pièce, répond à la question suivante: « De quelle façon votre pièce a-t-elle été reçue lors de sa création en Espagne ? » Pour moi, il est évident, après avoir lu l’intégralité de l’entretien, que le metteur en scène ne dit pas qu’il cherche à choquer pour gagner de l’argent, mais qu’il relativise la mauvaise réception de ses pièces en disant qu’au moins ceux qui les critiquent contribuent aussi à leur façon à leur existence en les finançant. C’est sûr que ce n’est pas super cool de dire « une bonne partie du public est bête », mais quand on lit l’ensemble du dossier de presse, il est clair que les choix de mise en scène de l’auteur obéissent à des mobiles artistiques, aussi contestables  soient-ils en eux-mêmes, et non à l’appât du gain. Diaboliser l’adversaire tout en appelant au dialogue, il fallait le faire, et c’est pour moi le signe d’un discernement qui est encore amené à se préciser et à s’étoffer.

En second et dernier lieu, je vois nombre de personnes, sur Twitter, sur Facebook, qui s’émeuvent de la polémique actuelle et déplorent tous ces conflits et toutes ces polémiques  et toutes ces divisions au sein de l’Eglise. Si je comprends leur lassitude, qui est souvent aussi la mienne, je suis tenté de leur dire quand même: « et alors? ». Pierre et Paul se sont frités sévère aux premiers jours de l’Eglise, et la Communion de celle-ci n’en a pas pour autant souffert, au contraire. Ce sont des questions importantes dont il est question: du blasphème, du rapport de l’Eglise à la culture, à la démocratie, au monde politique. Mieux vaut affirmer clairement nos désaccords, plutôt que de les dissimuler sous le silence  et les compromis de façade. C’est sûr que c’es t moins agréable à vivre que le Frat ou les JMJ, et j’en sais quelque chose, moi qui me retrouve à aligner un blogueur dont je me sens particuièrement proche dans mes opinions, qui a été le premier à lire le présent blog, à le commenter et à m’encourager, sans lequel je ne me serais peut-être pas autant investi dans la cathosphère. C’est difficile de se dire les choses en face, mais le conflit d’idées n’est pas à craindre en lui-même: c’est lui aussi qui fait que notre Eglise est vivante, qu’elle a des propositions à faire à un monde qui nous comprend de moins en moins. Ce qu’il faut, c’est trouver un moyen de dédramatiser ces conflits, de condamner les idées tout en respectant les personnes. A ce titre, j’ai été touché par ce très beau témoignage, sur un blog dont je réprouve pourtant  les idées et dont je n’aime pas la sensibilité, et sur lequel je conclus quand même, parce que condamner les idées, ce n’est pas la même chose que refuser d’écouter la parole qui les porte et qui peut à l’occasion nous déplacer.

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45 Réponses to “Faut-il dissuader l’Etat et les collectivités territoriales de subventionner des oeuvres antichrétiennes?”

  1. Je partage plutôt votre vision. Je suis convaincu que la meilleure façon d’intervenir dans ce débat serait de créer des oeuvres d’art de très bonnes qualités pour faire découvrir notre foi.
    Je réponds simplement là où je suis cité. Je crois qu’une pièce « anti-quelque chose » n’est pas la même chose qu’une pièce pour quelque chose. Bien sûr, en défendant les valeurs chrétiennes, par exemple, il est évident qu’il sera nécessaire de contester les valeurs qui sont incompatibles avec le christianisme, mais cela n’est pas la même chose.
    Prenons un exemple politique. Je trouve ridicule un parti « anti-capitaliste » alors que je reconnais toute la légitimité d’un parti altermondialiste. L’un s’inscrit et se construit dans l’opposition, l’autre dans dans la construction (même si cela passe aussi par un combat contre les idées opposées).
    Pour une oeuvre d’art, c’est plus complexe, je le reconnais, ne serait-ce que parce qu’un oeuvre s’inscrit dans un ensemble (un artiste n’écrit pas une seule pièce de théâtre) et il nécessaire de voir la logique de l’ensemble pour vraiment chercher à comprendre.
    Je ne pense pas qu’il faille chercher à interdire le financement d’une oeuvre déjà financée, mais je me dis que réfléchir avec les élus aux oeuvres qu’ils financent me paraît assez sain.
    Cela doit rester un dialogue courtois, parce que le discernement est très complexe, j’en conviens.

  2. Merci pour ton travail de réflexion. Je pense sincèrement que la perpétuelle invocation de la question des subventions permet de dissimuler, sous un vernis qui se veut légal, une ferme volonté de censurer tout ce qui n’est pas conforme au catéchisme de l’Église catholique. Si l’on poussait cet argument des subventions jusqu’au bout et dans sa logique alors il faudrait accepter AUSSI que beaucoup de mouvements catholiques dont les aumôneries, les scouts constitués en association loi 1901 cessent de recevoir des subventions des mairies, des départements et des régions… Il faudrait aussi demander de ne plus subventionner l’Éducation Nationale ni l’Enseignement privé car en français on enseigne les philosophes des Lumières qui pourraient blesser la sensibilité des « jeunes catholiques » et en Philosophie l’on enseigne aussi Marx, Nietzsche et d’autres qui remettent en cause d’une manière bien plus radicale la foi chrétienne qu’une pièce de théâtre dont on a entendu parler uniquement grâce à Civitas qui créée les blessures car c’est son fond de commerce. Dans 50 ans j’ai de gros doutes sur le fait qu’on parlera encore de Gologota Picnic mais Voltaire, Diderot, Montesquieu, Nietzsche, Marx et tant d’autres seront toujours étudiés comme de grands penseurs sauf si les bons catholiques (pas les mous) renversent d’ici-là la République et établissent une bonne théocratie style iranien mais version catholique…

  3. @manu

    Merci pour ce billet, sur lequel j’aurai certaines choses à dire concernant les déclarations de Monseigneur Ricard, que je désapprouve! Il est gravissime de déclarer qu’il « a toujours existé une courant catholique d’extrême droite. » On n’a pas le droit de comparer la religion chrétienne avec un courant politique qui a lui même été condamné par l’Eglise (le nazisme). Je le dis tout net : c’est choquant, surtout à l’heur du dialogue!
    C’est aussi avec ce genre de déclaration qu’on met de l’huile sur le feu, et il n’y en a vraiment, mais vraiment pas besoin!

    @Robert Culat

    Bonsoir mon père… Comme vous savez que je connais assez le milieu, je tiens à vous rassurer: il n’est pas question d’établir une quelconque théocratie à l’iranienne… Je sortais justement d’un sermon dit par un prêtre de la Fraternité Saint Pie X aujourd’hui : la FSSPX distingue clairement, conformément à l’enseignement du Christ, le pouvoir temporel du pouvoir sprituel. Mais le pouvoir temporel doit être subordonné au pouvoir spirituel (dans l’ordre spirituel des choses), de même que le pouvoir spirituel doit être subordonné au pouvoir temporel (dans l’ordre temporel des choses)… Vous savez comme moi que le principal combat de Monseigneur Lefebvre était de rappeler qu’hors de l’Eglise, il n’y a point de salut, et de regretter que la tendance actuelle de la politique ecclésiastique depuis le Concile Vatican II était d’abdiquer le règne social du Christ Roi (cf « Ils L’ont découronné »).

    Dans une théocratie, il n’y a pas de distinction entre le temporel et le spirituel. L’autorité spirituelle est à la foi autorité temporelle (l’Iran est un bon exemple). Si l’on suit l’enseignement du Christ, la distinction doit être faite (c’est le fameux « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu, ce qui est à Dieu) Mais le Christ rajoute également à Pilate : « Tu n’aurais aucune autorité sur moi si elle ne t’avais été donnée d’en haut », ce qui signifie que, même si un pouvoir temporel ne reconnaît pas l’autorité de Dieu, ce pouvoir est conféré par Dieu même, ce qui oblige le Chrétien à respecter un pouvoir temporel, même païen. Il n’empêche que si le Christ doit régner dans la société (et qui ne le souhaiterait pas, étant chrétien), il est capital que le pouvoir temporel reconnaissent la primauté du pouvoir spirituel (sinon, le Christ ne pourra pas régner… dans la société).

    Pour une plus ample documentation : lire le De Regno, de Saint Thomas d’Aquin.

    Voilà… Je viens peut être de dire tout ce qu’il était interdit de dire sur ce blog… Mais je constate malheureusement qu’à chaque fois, les laïcs chrétiens (dont je suis) sont continuellement pris en otage.

    OUI, il est inacceptable pour un chrétien (que je suis) qu’on blasphème le non du Christ… OUI, il est également incceptable qu’on atteigne à MA liberté (plus exactement, mon libre arbitre, pour être précis) en m’incitant à aller à une manifestation anti-christianophobe à laquelle je n’ai pas envie d’aller, pour des raisons que j’ai d’ailleurs expliqué sur ce blog… OUI, il est INACCEPTABLE de la part d’un évêque d’interprêter une action de défense de l’honneur du Christ en rabaissant les auteurs qui ont eu le courage de le faire.

    • Je me suis permis de remplacer en tête de ce commentaire ton ancien nom de plume par le nouveau. J’ai présumé que sa réapparition était dûe à la distraction ou à l’émotion et non à un choix délibéré, d’autant qu' »Etienneweb » refait surface dans tes commentaires ultérieurs…

      • Exact… En fait, j’avais utilisé un autre ordinateur que le mien dans lequel j’étais par défaut sous mon ancien pseudo. Merci d’avoir fait la rectification 🙂

    •  » Je viens peut être de dire tout ce qu’il était interdit de dire sur ce blog… »

      Alors comme ça je mentirais en proclamant mon attachement à la liberté d’expression? 😉 Je n’ai même pas censuré les propos du type qui m’a quasiment traité de sataniste et promis les flammes de l’enfer dans le fil sur « musique et religion », et qui m’a appelé « darth niaiserie ». Alors il va en falloir un peu plus pour que je modère tes commentaires.

      En ce qui concerne le terme extrême droite employé par Mgr Ricard, il me semble très approprié, puisque la militante de Civitas qui est intervenue sur divers blogs a revendiqué la collaboration de l’Action Française et a regretté ouvertement le temps ou La Croix était « le journal le plus antidreyfusard de France ». On est bien là aux sources de l’extrême droite française, et c’est à mon avis toi qui fait l’amalgame entre extrême droite et nazisme, et non pas Mgr Ricard qui fait l’amalgame entre Civitas et nazisme. Et je te prie de croire que je ne diabolise absolument pas l’Action Française. Du temps du lycée et de la prépa, quand j’étais moi-même d’extrême gauche, certains de mes meilleurs amis appartenaient à des courants issus de l’AF. Ca donnait des discussions…dynamiques, mais qui m’ont beaucoup apporté intellectuellement et dont je garde un excellent souvenir.

      • @darth manu

        Autant pour moi… Il n’empêche cependant que les idées d’AF ont été elles-mêmes condamnées par l’Eglise… Je sais pertinament que beaucoup d’anciens d’AF ont bifurqué vers le FN, et d’autres vers la FSSPX. Ce ne sont pourtant pas les idées des dirigeants de la FSSPX que de revendiquer également les idées de l’AF et du FN (que personnellement, je déteste… surtout celles du FN). Pourtant, il y a beaucoup de gens qui viennent de ce milieu et qui gravitent autour de la FSSPX, et certainement un certain nombre de Civitas (mais je ne fréquente pas ce mouvement)
        Lorque j’étais étudiant, j’ai pourtant milité FN (plus par ignorance au départ, mais j’ai beaucoup appris… et j’ai eu aussi des discussions passionnées avec des militants d’extrême gauche ;).). Depuis, j’ai complètement abandonné les idées du FN. Je ne suis pas apolitique, mais je pioche un peu partout (le bon de préférence, j’espère, à droite comme à gauche).
        Il n’en demeure pas moins que je regrette ces déclarations de Mgr Ricard, car à par quelques personnes qui ont suivi le débat (dont vous), personne n’aura retenu qu’elles faisaient allusion à ces déclarations de cette militante de Civitas, mais beaucoup (dont moi) auront fait le rapprochement avec le nazisme.

        UDP

  4. Les yeux ouverts Says:

    « Alors j’entends déjà mon « meilleur ennemi » Le Yeux Ouverts m’adresser à nouveau les critiques qu’il avait déjà émises après lecture de mon billet sur la christianophobie. »

    « En second lieu, Les Yeux Ouverts aime à souligner que je ne cite jamais la Doctrine Sociale de l’Eglise. Alors j’admets que je la connais assez peu. Cela dit, il m’arrive de la parcourir, et je n’y ai jamais lu que l’appel à la censure préalable ou au lobbying sur les élus était le moyen qui s’imposait à tout catholique pour faire face à la déchristianisation de la culture. »

    Interpellé, et c’est bien normal, et d’un tempérament plutôt impatient, je réserve ma réponse englobant celle au Père Culat. Il se pourraît bien que cela fasse l’objet d’un billet: je vais laisser l’Esprit souffler.
    Pax et Bonum.

  5. « Le Christ dont il faut rappeler au monde de la culture qu’il s’est sacrifié pour l’ensemble de l’humanité »

    Si je puis me permettre, cet argument-là me paraît à éviter absolument. Pour des non-croyants il représente le pire de la caricature chrétienne : un mélange de chantage émotionnel (pov’ petit Christ qui s’est sacrifié pour nous), d’absurdité (le Christ se sacrifie pour nous épargner une condamnation qu’il avait lui-même prononcée via son Père), d’injustice (l’humanité entière a été condamnée pour la faute supposée d’un seul) , d’invraisemblance (Adam n’a pas existé, alors qui a fauté ?) et d’incohérence (comment un Dieu omniscient pouvait-il ignorer que Adam fauterait ?).

    « le Christ également qui nous a rappelé qu’il ne faut seulement aimer nos proches, mais nos ennemis également comme nous-mêmes. »

    Cette proposition-ci me paraît plus solide.

    • Ce n’est pas un argument mais le coeur de la foi chrétienne. Je ne m’attends pas à ce que tout le monde s’y range pour mes beaux yeux, mais je suis obligé de le rappeler, même si c’est dans le cadre d’un dialogue sur le très long terme et sans réussir à convaincre.

      • Précisément. Cherchez-vous à les convertir ou à entamer un dialogue ? Dans le deuxième cas il vaut mieux trouver un terrain partagé plutôt que de forcer autrui à aller là ou, de toute évidence, ils ne peuvent aller.

  6. « Il n’empêche que si le Christ doit régner dans la société (et qui ne le souhaiterait pas, étant chrétien), il est capital que le pouvoir temporel reconnaissent la primauté du pouvoir spirituel (sinon, le Christ ne pourra pas régner… dans la société). » Ce qui revient à une théocratie dans les faits: le président de la république française doit suivre les consignes du pape et des évêques… De ce fameux règne social du Christ il n’y aucune trace dans le catéchisme de l’Église catholique… Alors qu’il constitue le centre et la raison même de la prédication intégriste catholique… Le Christ qui règne sur la société cela signifierait dans les faits imposer à la majorité des français qui ne sont pas catholiques des lois catholiques, donc on revient à nos anciens démons. La foi et sa morale s’imposent à tous au nom du règne social du Christ et la liberté de conscience des citoyens est anéantie. Je ne comprends vraiment pas comment cette histoire de « règne social’ peut s’incarner réellement dans une république laïque!!! J’aimerais que les doux rêveurs de la fraternité saint Pie X me donnent la solution ou alors leurs sermons sont donnés dans le vide, juste comme une posture pour s’opposer à la méchante Église moderniste source de tous les maux… L’éternel problème de ce courant de pensée c’est de confondre une forme historique du christianisme nommée chrétienté avec la doctrine chrétienne. Nous ne pourrons jamais être d’accord si tu écoutes davantage les prédicateurs de la Fraternité saint Pie X que l’enseignement autorisé actuel de la seule Église catholique.
    Dans le Catéchisme je lis:
     » PAR LEUR VIE SELON LE CHRIST, les chrétiens hâtent la venue du Règne de Dieu, du Règne de la justice, de la vérité et de la paix. Ils ne délaissent pas pour autant leurs tâches terrestres; fidèles à leur Maître, ils les remplissent avec droiture, patience et amour » (CEC 2046).
    Nulle part dans le Catéchisme il ne nous est demandé d’imposer par la force et avec le soutien des autorités civiles notre foi aux autres pour un prétendu règne social du Christ, mais la seule chose qui nous est demandé c’est le témoignage de notre vie dans la société ainsi que notre engagement. On comprend très bien pourquoi la déclaration de Vatican II sur la Liberté religieuse ne plaît pas du tout à une certaine frange de catholiques français…
    Au passage je signale aussi que le Catéchisme ignore la prière de réparation… Au n°616 on nous enseigne que seul le sacrifice du Christ a, entre autres choses, cette valeur de réparation. Autrement le terme réparation est appliqué à la théologie morale: je répare quand j’ai commis un mal contre mon prochain. Mais nulle part n’est signalé cette tendance de vouloir réparer les offenses faites au Christ par les horribles blasphémateurs. Cela le Christ l’a fait une fois pour toutes. C’est pour le mal que nous avons commis que nous devons réparer et par pour celui commis par le voisin…

    • Je reviendrai très prochainement vers vous, et personnellement après m’être replonger dans un certain nombre de sources qui datent un peu pour moi :
      – « la Doctrine politique et sociale du Cardinal Pie »,
      – « Pour Qu’il Règne » (Jean Ousset),
      – mon cours de Liberté Publique de la Fac de droit.
      Voilà pour l’essentiel…(mais croyez bien que j’ai approfondi le sujet)

      En outre, je tiens à préciser la citation que vous faites de moi : « le pouvoir temporel doit être subordonné au pouvoir spirituel »… ET JE RAJOUTE, ce qui est TRES IMPORTANT : « dans l’ordre spirituel des choses »… Je me permets d’insister, sans quoi, vous pourriez me faire dire que la distinction du pouvoir temporel et spirituel amène à la théocratie, ce qui n’est absolument pas fondé.

      J’ai du mal à voir le rapport entre le Catéchisme et la Politique Sociale de l’Eglise…

    • Bonsoir Père Culat,

      J’ai l’impression qu’il y a un léger malentendu sur l’articulation des pouvoirs temporel et spirituel, et surtout, sur l’expression « règne social du Christ ». Pourtant, il me semble, pour vous avoir un peu lu ici et là, que ce règne social du Christ, vous n’y aspirez pas moins que d’autres (peut-être juste de manière parfois un peu sélective 😉 selon les thématiques…). Je vous cite le compendium de la DSE :

      « 325 Jésus reprend à son compte l’ensemble de la tradition de l’Ancien Testament, notamment sur les biens économiques, sur la richesse et sur la pauvreté, en leur conférant une clarté et une plénitude définitives (cf. Mt 6, 24 et 13, 22; Lc 6, 20-24 et 12, 15-21; Rm 14, 6-8 et 1 Tm 4, 4). En donnant son Esprit et en changeant les cœurs, il vient instaurer le « Règne de Dieu », afin de rendre possible une nouvelle vie en commun dans la justice, dans la fraternité, dans la solidarité et dans le partage. Le Règne inauguré par le Christ perfectionne la bonté originelle de la création et de l’activité humaine, compromise par le péché. Libéré du mal et réintroduit dans la communion avec Dieu, tout homme peut poursuivre l’œuvre de Jésus, avec l’aide de son Esprit: rendre justice aux pauvres, affranchir les opprimés, consoler les affligés, rechercher activement un nouvel ordre social qui offre des solutions appropriées à la pauvreté matérielle et qui puisse endiguer plus efficacement les forces qui entravent les tentatives des plus faibles à sortir d’une condition de misère et d’esclavage. Quand cela se produit, le Règne de Dieu est déjà présent sur cette terre, bien que ne lui appartenant pas. En lui, les promesses des prophètes trouveront finalement leur accomplissement. »

      Il me semble que la condition de ce règne social du Christ ne soit pas l’établissement d’une théocratie, mais la conversion des coeurs au Christ, et à son amour. Je cite encore le Compendium de la DSE :

      « 55 La transformation du monde se présente aussi comme une requête fondamentale de notre temps. La doctrine sociale de l’Église entend offrir à cette exigence les réponses qu’appellent les signes des temps, en indiquant avant tout que l’amour réciproque entre les hommes, sous le regard de Dieu, est l’instrument le plus puissant de changement, au niveau personnel et social. En effet, l’amour mutuel, dans la participation à l’amour infini de Dieu, est la fin authentique, historique et transcendante de l’humanité. Par conséquent, « s’il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d’importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine ». »

      Dit autrement, je ne vois pas quel mal il y a à promouvoir le règne social du Christ, dans la mesure où ce chemin respecte bel et bien la liberté religieuse (notamment) et porte un respect inconditionnel à la dignité humaine. Les fruits sociaux les plus évident du règne social du Christ étant la paix, ce qui vous fait demander à chaque eucharistie : « donne-la paix à notre temps », de manière à ce que l’ordre temporel soit bien fécondé par Dieu et librement réglé selon sa loi d’amour.

  7. Enfin j’aimerais que l’on m’explique la différence entre nos cathos blessés manifestant pour le règne social de NSJC contre le théâtre « blasphématoire » et les barbus tunisiens d’attaquant à un cinéma parce qu’il passe un film qui a le malheur de ne pas correspondre à leur vision étroite et bornée de l’existence humaine et à ce qu’ils nomment « leur religion »?
    http://www.dna-algerie.com/international/les-integristes-tunisiens-se-font-les-dents-sur-nessma-tv-les-soldats-de-mahomet-reviendront-2

  8. Bonjour,

    Désolé de commenter tardivement, mais le billet est long 🙂

    Plusieurs petites choses « pour ma défense » ou disons, pour détailler un peu ce qui fonde ma lettre publique concernant Golgota picnic :

    1/ Un mois avant d’écrire cette lettre, j’ai fait mon possible pour essayer d’établir un dialogue avec des personnes du théâtre. Je sais, c’est invisible. J’y ai cru, j’ai eu des échanges très sympathiques avec les personnes du service presse… puis finalement, à mots couverts, ces très sympathiques personnes m’ont bien fait comprendre que leur problème n’était pas le dialogue ou l’absence de dialogue, mais la promotion de la pièce, point à la ligne. La rédaction de ma lettre n’est venue qu’après ce constat d’échec.

    2/ Ceci dit, cette lettre s’inscrit dans une autre problématique. Il serait grossier de réduire une interpellation sur des financements à une volonté de censure. Je me réjouis de la liberté d’expression en France, et me réjouis que quiconque, artiste ou non, puisse opiner tout son loisir sur telle ou telle religion, et même les insulter, tant que ce sont les idées et non les personnes qui le sont… ainsi que le prévoit la loi. Je le répète, je suis attaché à cette liberté d’expression. Simplement, quand on a pris l’habitude de considérer – c’est peut-être une déformation politique – notre liberté comme pourraient la considérer des enfants, c’est-à-dire légitime que si « papa ou maman l’état » cautionne, je crois qu’on comprend bien mal ce qu’est la liberté. La liberté, ça s’assume.

    3/ Venons-en justement à ce que notre état, notre république a eu la sagesse de prévoir. Dans l’article numéro 2 de la constitution de notre chère et belle Vème république, il est précisé que « la république respecte toutes les croyances ». Pas qu’elle les tolère (comme on tolère un mal), pas qu’elle les cautionne ni qu’elle les soutient, mais qu’elle les respecte. Le respect n’est pas un vain mot. Il est justement la base fondamentale du dialogue. Comment peut-on poser, en république, les bases d’un dialogue, quand ce respect est transgressé par la république elle-même ? Je ne demande pas que R. Garcia respecte les chrétiens, je demande que la république respecte le christianisme comme les autres croyances (religieuses ou non). Car c’est la même république qui, à la fois, vénère la liberté d’expression, et à la fois s’impose le respect des croyances. Le respect ! Indissociable de la liberté. Voilà juste ce à quoi j’adhère et que je rappelle dans ma lettre.

    Je pense donc, Manu, que tu te méprends sur les intentions de ceux, comme Mgr Podvin (ou Mgr André Vingt-Trois quand il nous recommande d’interpeler nos élus) qui se placent sur ce terrain. Il ne s’agit nullement de censurer. Je l’ai dit plusieurs fois dans nos échanges sur Twitter, je n’ai aucune intention pour ma part de faire en sorte d’annuler la pièce, et je ne prierai même pas dans ce sens. Je continuerai de prier pour le dialogue dans le monde de la culture. Mais pour que les bases du dialogue et des libertés soient saines, il faut que les libertés soient de vraies libertés, c’est-à-dire qu’elles s’assument autrement que comme une occasion de se faire le plus de fric possible sur le dos des autres ; et il faut que dans l’état de droit républicain dans lequel nous faisons « société », « corps ensemble », et dans lequel nous souhaitons donc pouvoir dialoguer, les bases du vivre ensemble que ce cadre impose soient respectées.

    « La république respecte toutes les croyances ». Principe constitutionnel. S’il est là, c’est peut-être qu’il y a une bonne raison. Et il apparait évident, pour le bien commun, pour éviter d’autres dérives qui seront ou ne seront pas arbitrairement tolérées, et pour que l’édifice tienne, que la république s’en tienne à ses principes constitutionnels. C’est aussi là-dessus que repose ton fameux « état-providence ».

    PS : pour la citation, non ce n’était pas du détournement, je l’ai utilisée exactement comme je l’ai comprise. Malgré toute la compassion que j’ai pour l’auteur de cette pièce du fait de sa peur de Dieu – compassion que j’ai rapidement mise en avant sur mon blog, dans les réponses aux commentaires au début de la polémique sur Castellucci – il y a un moment où il ne faut pas non plus réduire l’auteur à un sous-homme (ce n’est pas le respecter non plus), et accepter qu’il ait sa part de responsabilité aussi dans ce qu’il fait. Y compris lorsqu’il pousse l’incohérence jusqu’à faire une pièce pour dénoncer l’hyperconsommation et la barbarie, et qu’il se vante pour ça d’exploiter un public d’abrutis, tandis qu’il se fait produire par le plus mercantile des festivals parisiens (regarde un peu qui est président de ce festival d’automne, ça te fera rigoler 5mn). A moins que tu considères qu’on n’ait pas à critiquer un artiste avec lequel on n’est pas d’accord, je crois que c’est aussi ça la liberté d’expression, précisément quand pour exercer la mienne, je ne demande pas de financement public.

    • « «La république respecte toutes les croyances». Principe constitutionnel. S’il est là, c’est peut-être qu’il y a une bonne raison.  »

      La raison est sans doute que la république redoute les croyances et leurs dérives irrationnelles, incontrôlables, et veut leur donner des gages de paix.

      Pourquoi n’est-il pas dit « la république respecte toutes les opinions » ?
      Pourquoi faut-il qu’une opinion doive se fonder sur l’irrationnel, sur le subjectif, et se retire de toute exigence d’argumentation rationnelle pour soudainement se voir « respectée » ?

      Sans doute parce qu’on ne peut pas raisonner un croyant, et qu’on craint d’éveiller le fanatique.

      • C’est amusant comment vous inverser les termes que vous proposez. L’opinion est précisément ce qu’on peut réduire au subjectif et qui n’a aucune exigence de rationalité. En revanche, la « croyance » est l’étape incontournable dans la généalogie du savoir et le matériau indispensable de l’application du raisonnement. La méthode hypothético-déductive ne fait pas autre chose que de s’employer à confirmer ou infirmer une croyance, ou du moins d’en établir les conditions de validité.

        Estimez-vous heureux, qu’aux disciples que nous sommes tous du commencement à la fin de notre vie – pour ceux qui acceptent de persister dans cette voie de l’apprentissage – on ne demande pas qu’ils affichent des opinions ou qu’ils adhèrent à l’opinion du maitre pour qu’on évalue leurs connaissances, mais qu’ils passent bien par l’étape « croyance » en ce que le maitre leur apprend de manière à pouvoir comprendre, analyser et éventuellement même réfuter ces croyances. Les opinions sont irréfutables, ni rationnelles. Les croyances portent au contraire sur un corpus qui, pour que la croyance en question soit pérenne, est de nature à supporter l’analyse rationnelle et à s’élever le cas échéant au rang de savoir, ou à demeurer circonscrite à un cadre axiomatique d’adhésion.

        Ceci étant dit, je suis d’accord avec vous, il y a danger de fanatisme quand le croyant prend sa croyance pour autre chose qu’une croyance et tente de l’élever au rang de savoir objectif en court-circuitant la voie de l’argumentation ou du dialogue. Il y a d’ailleurs le même danger pour ceux qui s’arrêtent à penser que toutes les opinions se valent et que toute forme de dialogue et de débat risquerait de porter atteinte à ces opinions. Dans ce cas aussi, l’évacuation du dialogue est enfermante, quoique produisant plus une violence sociale qu’une violence personnelle (de personne à personne).

        Je prends un exemple :

        Vous dites : « Sans doute parce qu’on ne peut pas raisonner un croyant, et qu’on craint d’éveiller le fanatique. »
        Voilà typiquement ce qui relève de l’opinion subjective et non de la « croyance ». Ce que vous formulez d’ailleurs très bien avec les mots « sans doute », qui indiquent par une forme d’antilogie, courante pour se défaire des contraintes de l’argumentation, qu’au contraire d’affirmer une chose on la relègue au rang de la subjectivité. Quoiqu’il en soit,vous nous fournissez un exemple typique d’une opinion infondée rationnellement qui ne peut prétendre au statut de « croyance » et entrer par exemple dans le cadre du « respect de toutes les croyances » que prévoit la république.

        Pour faire d’une pierre deux coups, avec un contenu plus « rationnel » que le mien d’une part, et un petit exercice pratique pour vous d’autre part : lisez ce texte, puis proposez-nous autre chose qu’une opinion sur ce texte : une critique rationnelle. Ça ne devrait pas être difficile, c’est un texte assez court qui répond aux exigences de la réflexion philosophique et qui se prête donc aisément à l’exercice de la critique ou de la réfutation philosophique.

  9. Merci de ces réactions. J’essaie de vous répondre en détail d’ici demain ou mercredi.

  10. @ Manu,
    J’avais pensé à un billet mais un commentaire suffira.
    Je partage l’avis de Pneumatis, notamment le point 3. Pour ce qui est de ma position, chacun des commentateurs peut la retrouver intégralement sur mon blog dans la rubrique créée depuis hier « Castellucci et consorts » ( 8 billets )
    http://www.citeetculture.com/categorie-12184273.html
    Je viens d’y mettre l’intervention de Mgr Rey / action AGRIF.
    http://www.citeetculture.com/article-monseigneur-rey-agrif-88742237.html
    A propos de doctrine sociale de l’Eglise : il n’ y est pas en effet question de censure mais pour le moins de discernement et de responsabilité . Je t’invite à nouveau à la consulter. Tu aurais ou y lire ceci :

    L’autorité comme force morale

    396 L’autorité doit se laisser guider par la loi morale: toute sa dignité dérive de son exercice dans le domaine de l’ordre moral,804 « lequel à son tour repose sur Dieu, son principe et sa fin ».805 En raison de la référence nécessaire à cet ordre, qui la précède et qui la fonde, de ses finalités et de ses destinataires, l’autorité ne peut être conçue comme une force déterminée par des critères à caractère purement sociologique et historique: « Malheureusement, certaines de ces conceptions ne reconnaissent pas l’existence d’un ordre moral, d’un ordre transcendant, universel, absolu, d’égale valeur pour tous. Il devient ainsi impossible de se rencontrer et de se mettre pleinement d’accord, avec sécurité, à la lumière d’une même loi de justice admise et suivie par tous ».806 Cet ordre « ne peut s’édifier que sur Dieu; séparé de Dieu il se désintègre ».807 C’est précisément de cet ordre que l’autorité tire sa force impérative 808 et sa légitimité morale, 809 non pas de l’arbitraire ou de la volonté de puissance,810 et elle est tenue de traduire cet ordre dans les actions concrètes pour la réalisation du bien commun.811

    397 L’autorité doit reconnaître, respecter et promouvoir les valeurs humaines et morales essentielles. Elles sont innées, « découlent de la vérité même de l’être humain et (…) expriment et protègent la dignité de la personne: ce sont donc des valeurs qu’aucune personne, aucune majorité ni aucun État ne pourront jamais créer, modifier ou abolir ».812 Elles ne sont pas basées sur des « majorités » d’opinion provisoires ou changeantes, mais elles doivent être simplement reconnues, respectées et promues comme éléments d’une loi morale objective, loi naturelle inscrite dans le cœur de l’homme (cf. Rm 2, 15), et comme point de référence normatif de la loi civile elle-même.813 Si, à cause d’un obscurcissement tragique de la conscience collective, le scepticisme venait à mettre en doute jusqu’aux principes fondamentaux de la loi morale,814 l’ordonnancement étatique lui- même serait bouleversé dans ses fondements, se réduisant à un pur mécanisme de régulation pragmatique d’intérêts différents et opposés.815

    398 L’autorité doit promulguer des lois justes, c’est-à-dire conformes à la dignité de la personne humaine et aux impératifs de la raison droite: « La loi humaine est telle dans la mesure où elle est conforme à la raison droite et dérive donc de la loi éternelle. En revanche, quand une loi est en contraste avec la raison, on l’appelle loi inique; dans ce cas, toutefois, elle cesse d’être loi et devient plutôt un acte de violence ».816 L’autorité qui commande selon la raison place le citoyen en situation non pas tant d’assujettissement vis-à-vis d’un autre homme, que plutôt d’obéissance à l’ordre moral et donc à Dieu lui-même qui en est la source ultime.817 Celui qui refuse d’obéir à l’autorité qui agit selon l’ordre moral « s’oppose à l’ordre établi par Dieu » (Rm 13, 2).818 Pareillement, si l’autorité publique, qui a son fondement dans la nature humaine et qui appartient à l’ordre préétabli par Dieu,819 ne met pas tout en oeuvre pour la réalisation du bien commun, elle trahit sa fin spécifique et par conséquent se délégitime.

    Il y a aussi l’instruction du Cal Ratzinger sur la responsabilité des chrétiens en politique.

    @ Père Culat,
    Je le dis comme je le pense : je trouve vos interventions déplacées et blessantes. Je suis d’autant plus à l’aise que j’ai écrit que je n’aimais pas la distinction de Civitas entre les tièdes et les autres, bien que cela doive interpeller ! Mais qui peut sonder les reins et les coeurs ? La dialectique et les amalgames que vous entretenez participe objectivement à la même démarche…comme le Père de la Morandais qui y ajoute le ridicule !
    Voir plutôt :
    http://www.citeetculture.com/article-golgotha-picnic-une-video-que-je-vous-conseille-88352300.html

    Pax et Bonum !

  11. @Pneumatis

    « Un mois avant d’écrire cette lettre, j’ai fait mon possible pour essayer d’établir un dialogue avec des personnes du théâtre. Je sais, c’est invisible. J’y ai cru, j’ai eu des échanges très sympathiques avec les personnes du service presse… puis finalement, à mots couverts, ces très sympathiques personnes m’ont bien fait comprendre que leur problème n’était pas le dialogue ou l’absence de dialogue, mais la promotion de la pièce, point à la ligne. La rédaction de ma lettre n’est venue qu’après ce constat d’échec. »

    Je pense que tu poses une fausse alternative. D’une part, je ne crois pas qu’il soit opportun de mener le dialogue avec les personnes du théâtre en particulier, pas plus que je ne trouvais opportun de le mener avec Ben Barbaud pour le metal. Bien sûr qu’ils ne vont pas bousiller leur programmation en cours de route, avec les impacts financiers, organisationnels, et de crédibilité auprès de leur public que ça aurait, juste pour nous faire plaisir. Le débat se joue sur l’équilibre à trouver entre la liberté de l’artiste et le respect des personnes et des croyances. Le focaliser sur un dialogue avec les organisateurs, c’est y rajouter tout un tas de paramètres financiers et autres qui le dénaturent et lui enlèvent de la sérénité. C’est pourquoi ce type d’initiative échoue le plus souvent. Le dialogue est à mener entre le monde de la culture et l’Eglise en général, en prenant l’exemple du Golgota Picnic, mais sans se focaliser à mon avis sur le fait de sa représentation. Car comment espérer la bonne volonté de nos contradicteurs si on commence d’emblée à essayer de leur imposer notre point de vue. Je le répète, cela ne mènera à rien de bon.

    Ensuite, pour moi, les fruits du dialogue se recueillent dans la durée. Ce n’est pas parce qu’une tentative a échoué qu’il faut se rabattre sur la manière forte. L’enjeu, c’est de faire évoluer les mentalités. Le lobbying, ça laisse des traces. Alors je sais bien qu’avec cette démarche, des associations d’homosexuels, de féministes, de lutte contre l’antisémitisme ou autres ont pu gagner des batailles. Mais ont-elles fait respecter davantage leur cause pour autant ? Quand je vois toutes les réflexions sur certains sites cathos ou sur twitter sur « l’homosexualisme », le « politiquement correct », les « esprits bloqués en 1942 », je me permets d’en douter. Ne répétons pas les mêmes erreurs. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas une cause à défendre, mais que cette méthode créera surtout beaucoup de ressentiment et justifiera ceux qui pense que l’Eglise est une organisation intolérante qu’il convient de combattre, dans son enseignement comme dans ses symboles.

    « Ceci dit, cette lettre s’inscrit dans une autre problématique. Il serait grossier de réduire une interpellation sur des financements à une volonté de censure. Je me réjouis de la liberté d’expression en France, et me réjouis que quiconque, artiste ou non, puisse opiner tout son loisir sur telle ou telle religion, et même les insulter, tant que ce sont les idées et non les personnes qui le sont… ainsi que le prévoit la loi. Je le répète, je suis attaché à cette liberté d’expression. »

    Je ne la réduis pas mais j’en tire les conséquences jusqu’au bout. Interpeller les pouvoirs publics, ne serait-ce que sur les subventions qu’ils accordent et non sur la possibilité d’une interdiction, c’est leur demander de prendre position sur le contenu des œuvres d’art, et de prendre éventuellement des sanctions en fonction de celui-ci (retirer un financement est une forme de sanction pour l’artiste et ses promoteurs). Cela a également un effet dissuasif, car le message qui est clairement lancé est que telle prise de position via une œuvre d’art coutera plus chère à mettre en place que telle autre. Il s’agit donc bien de la mise en place d’une forme de censure.

    « Simplement, quand on a pris l’habitude de considérer – c’est peut-être une déformation politique – notre liberté comme pourraient la considérer des enfants, c’est-à-dire légitime que si «papa ou maman l’état» cautionne, je crois qu’on comprend bien mal ce qu’est la liberté. La liberté, ça s’assume. »

    Et ça s’assume d’autant mieux qu’elle n’est pas contrainte (là encore, mieux vaut la voie répressive que la voie préventive). Pour rappeler un texte que j’avais déjà cité dans un billet précédent :

    «Tout le monde connaît l’adage : à celui qui meurt de faim au bord d’une rivière, il vaut mieux donner une canne à pêche que des poissons. Le premier cas résout le fond du problème, alors que dans la seconde option l’individu reste dépendant et passif. Pour neutraliser les idéologies dangereuses, il faut veiller à leur mise en perspective et à leur confrontation critique. Il s’agit donc de favoriser non pas une tutelle des citoyens par des instances régulatrices, mais plutôt la création d’espaces de débats qui permettent de démasquer les faiseurs d’illusions. C’est grâce à l’existence de structures et de règles de discussions contradictoires et rigoureuses, que nous pouvons désamorcer les manipulations dans le champ politique et médiatique» («Faut-il tuer la liberté d’expression?», L’homme réseau: penser et agir dans la complexité, par Emmanuel-Juste Duits).

    Par ailleurs la manière que tu as dans ce passage d’infantiliser l’adversaire, comme s’il n’ y avait aucun argument sérieux et digne de considération en faveur de la liberté absolue de l’art, et comme s’il n’existait pas parmi les adversaires de l’Eglise des personnes sérieuses, sincères et avec des vrais arguments, relève une fois encore de la diabolisation et non d’une démarche de dialogue.

    « Venons-en justement à ce que notre état, notre république a eu la sagesse de prévoir. Dans l’article numéro 2 de la constitution de notre chère et belle Vème république, il est précisé que «la république respecte toutes les croyances». Pas qu’elle les tolère (comme on tolère un mal), pas qu’elle les cautionne ni qu’elle les soutient, mais qu’elle les respecte. Le respect n’est pas un vain mot. Il est justement la base fondamentale du dialogue. Comment peut-on poser, en république, les bases d’un dialogue, quand ce respect est transgressé par la république elle-même ? Je ne demande pas que R. Garcia respecte les chrétiens, je demande que la république respecte le christianisme comme les autres croyances (religieuses ou non). Car c’est la même république qui, à la fois, vénère la liberté d’expression, et à la fois s’impose le respect des croyances. Le respect ! Indissociable de la liberté. Voilà juste ce à quoi j’adhère et que je rappelle dans ma lettre. »

    Là, je suis d’accord avec le commentaire de Yogi plus haut, et avec celui de Tschock sur ton blog. Tu fais dire à la constitution ce qu’elle ne dit pas. Elle cherche à établir un équilibre entre les différentes croyances, et à garantir la neutralité de l’Etat dans les controverses qui peut les opposer. La loi sanctionne certes l’injure, et une fois encore il me semble que cela doit passer par la voie répressive et non celle préventive. Mais dire que « l’Eglise est une organisation qui fonctionne par la terreur et l’intolérance, parce que l’inquisition, le préservatif, etc. » ou « le Christ est un criminel contre l’humanité, par ce que les guerres de religion, etc. » (par exemple) est une opinion, de même que « S’appuyant sur la Sainte Ecriture, qui les présente comme des dépravations graves, la tradition a toujours déclaré que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés. Ils sont contraires à la loi naturelle. Ils ferment l’acte sexuel au don de la vie. Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable. Ils ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas. » . Si l’Etat, sur la base de l’article que tu cites de la Constitution, sanctionne le premier type de discours, je ne vois pas pourquoi telle ou telle association de défense des homosexuels ne serait pas en droit de demander que la réciproque s’applique et qu’il prenne position contre la seconde position qui met gravement en cause ce qui est pour beaucoup d’entre eux un choix de vie et une part importante de leur identité telle qu’ils la perçoivent. Comme te l’a très justement fait remarqué Tschock en commentaire de ton billet, en prétendant faire respecter la Constitution, tu introduit en fait dans les rapports sociaux un déséquilibre qui risque de nourrir le communautarisme et de se retourner contre la liberté religieuse. Car contrairement à ce que tu prétends tu demandes bien aux pouvoirs publics bien de prendre parti.

    Par ailleurs, je ne suis pas juriste, mais aussi bien à la lecture de ton commentaire que de celui des Yeux Ouverts, je me demande s’il n’y a pas une forme d’illusion à croire qu’en introduisant d’avantage de considérations d’ordre moral dans le droit, on va le rendre plus moral. Après lecture de ton commentaire, je suis tombé hier sur le texte suivant, qui m’a beaucoup fait réfléchir :

    Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’université Rennes-1, « Touche pas à mon Préambule ! », Le Figaro, 24 mai 2008: « La dignité constitue aujourd’hui la menace la plus directe contre la philosophie des Lumières et l’idée républicaine, l’arme fatale contre nos libertés. Ériger cette notion philosophique et morale, éminemment subjective et relative, en norme juridique est une folie. On voit déjà depuis plusieurs années que c’est au nom de la dignité des individus et des groupes que des militants narcissiques et hystériques ont obtenu la multiplication des incriminations pénales de harcèlement moral et sexuel, de discriminations et propos sexistes, homophobes, handiphobes, etc., aboutissant à un arsenal répressif menaçant notamment les libertés d’expression et de la presse. C’est encore au nom de la dignité humaine qu’est revendiquée une euthanasie «très active», et ce n’est pas non plus un hasard si les décisions juridictionnelles récentes les plus intellectuellement indigentes et tirées par les cheveux ont été rendues sur le fondement de cette notion fourre-tout et galvaudée. »wikipedia dignite humaine

    Demander au législateur et au pouvoir judiciaire de prendre position sur la dimension morale de tel ou tel problème juridique, par exemple en leur faisant interpréter le terme respect dans son plein sens moral et non comme un équilibre transactionnel, c’est leur reconnaître un droit de regard sur nos consciences. Et bien loin à mon avis de contribuer à ce que l’autorité se soumette à la loi morale, ce combat risque d’asservir cette dernière à des considérations contingentes. Car en définitive, on demandera au législateur ou au juge de trancher sur des questions d’ordre moral, mais ils ne seront pas nécessairement plus justes ou doués d’un meilleur discernement eux-mêmes. C’est-à-dire qu’en croyant instaurer une norme morale dans notre société, on va en fait faire dépendre celle-ci d’intérêts et de décisions contingents, et accroitre le relativisme moral. Comme Pascal le rappelait déjà face aux « demi-habiles » et aux « dévots » :

    « Justice, force.
    Il est juste que ce qui est juste soit suivi ; il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi.
    La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique.
    La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste.
    La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Aussi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste.
    Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.
    »

    C’est pourquoi à mon avis ce lien entre l’autorité humaine et la loi morale d’assise divine que demande la DSE ne doit pas à mon avis être introduit directement dans les textes et leur interprétation juridique, mais dans la formation éthique des décideurs, hommes politiques, juges, etc.

    «C’est aussi là-dessus que repose ton fameux «état-providence». «

    Rien à voir à mon avis.

    « : pour la citation, non ce n’était pas du détournement, je l’ai utilisée exactement comme je l’ai comprise. Malgré toute la compassion que j’ai pour l’auteur de cette pièce du fait de sa peur de Dieu – compassion que j’ai rapidement mise en avant sur mon blog, dans les réponses aux commentaires au début de la polémique sur Castellucci – il y a un moment où il ne faut pas non plus réduire l’auteur à un sous-homme (ce n’est pas le respecter non plus), et accepter qu’il ait sa part de responsabilité aussi dans ce qu’il fait. Y compris lorsqu’il pousse l’incohérence jusqu’à faire une pièce pour dénoncer l’hyperconsommation et la barbarie, et qu’il se vante pour ça d’exploiter un public d’abrutis, tandis qu’il se fait produire par le plus mercantile des festivals parisiens (regarde un peu qui est président de ce festival d’automne, ça te fera rigoler 5mn) »

    Je maintiens que tu lui fais dire ce qu’elle ne dit pas. Que tu répètes ton affirmation de manière incantatoire plutôt que de revenir sur le texte et le contexte est à mon avis caractéristique d’un jugement fondé sur l’émotion. Il est clair pour moi qu’il ne se vante pas, mais esprime tout à la fois un mélange d’exaspération et de tentative de prise de recul. Les gens ne comprennent pas ses pièces, c’est un constat qu’il dresse (il pourrait le faire plus poliment mais le constat reste le même) et tente de prendre du recul par rapport à son amertume en dissant qu’au moins comme ça ils permettent à son art d’être financé et donc d’exister. Par ailleurs, tu dis qu’il ne faut pas le réduire à un sous-homme, mais tu lui dresses un véritable procès d’intention, en exagérant la portée des passages de l’entretien qui t’arranges, sans discuter son témoignage sur son itinéraire personnel la conception qu’il défend de l’art etc. Tu ne le connais pas, tu ne l’as jamais rencontré, tu n’as vu aucune de ses pièces, tu te bases juste sur un dossier de presse et tu juges carrément son for intérieur. C’est pour moi la marque d’un jugement aveuglé par la colère, et une base bien malsaine et peu convaincante pour initier un dialogue.

    « A moins que tu considères qu’on n’ait pas à critiquer un artiste avec lequel on n’est pas d’accord, je crois que c’est aussi ça la liberté d’expression, précisément quand pour exercer la mienne, je ne demande pas de financement public. »

    Ca n’a absolument rien à voir. Je ne me gêne pas sur ce blog pour critiquer les clichés du black metal, mais je m’oppose portant à ce que les concerts ou les festivals où les groupes que je réprouve se produisent fassent l’objet de pressions politiques ou financières à cause de leur présence. Critiquer n’est pas la même chose que chercher à faire taire (et je répète, même si j’ai bien compris que tuu ne cherchais pas consciemment l’interdiction de Golgota Picnic, que c’est bien vers là que tend ton action.

    Voilà, désolé pour la tonalité très critique du billet et de ce commentaire, qui n’enlève rien à la sympathie que j’ai pour toi et mon admiration pour ton effort de vivre rigoureusement suivant l’enseignement de l’Eglise et à la suite du Christ. Il ne m’est pas possible de te suivre en conscience sur l’affaire du Golgota Picnic, et je me sens forcé de tracer la ligne que je ne franchirai pas, mais c’est sans rancœur ni hostilité personnelles.

  12. @ Pneumatis : Vous faites erreur, et votre comparaison avec l’acquisition du savoir d’un maître est trompeuse et hors sujet.

    Ce qui distingue l’opinion de la croyance – au sens religieux où on l’entend ici – c’est que la seconde érige la subjectivité en référence ultime. La croyance – religieuse – n’est pas une « étape dans la généalogie du savoir » : elle prend une voie isolée et sans retour, une autarcie où elle trouve les réponses en elle-même en se soustrayant volontairement à toute analyse rationnelle (comme l’illustre l’exemple plus haut de la croyance au « Christ Sauveur ») et à toute confrontation à la réalité, la coupant ainsi de la voie du « savoir ».

    La croyance – religieuse – se rend irréfutable en posant son refuge et sa fondation dans « l’intime conviction » subjective, qui est par essence impartageable et incontestable. Contrairement à l’enseignement d’un maître, « l’intime conviction » ne se transmet pas. C’est au croyant de faire « l’acte de foi », mélange de volonté et d’auto-persuasion qui mettra sa croyance hors de portée de l’argumentation, du dialogue et de la raison.

    Désolé de mon ton abrupt, mais j’y suis conduit puisque vous prenez mes formules de politesse pour des effets rhétoriques 🙂

    Vous dites : « lisez ce texte, puis proposez-nous une critique rationnelle ». Quel texte ?

  13. @Yogi:

    Je pense que nous sommes d’accord sur le fond mais qu’il y a un petit malentendu. Je ne demande pas au monde des artistes de croire que le Christi est mort pour l’humanité, mais de respecter le fait que c’est important pour les chrétiens et qu’il peut y avoir là une forme d’inspiration valable pour l’art qui me parait personnellement tout autant et même plus profonde que celle qui passe par des mises en scènes blasphèmatoire (à distinguer à mon avis de mises en scènes qui représentent des blasphèmes, comme la pièce de Castelluci ou tout les représentatations de la Passion du Christ). Pour ce qui est de leur conversion éventuelle, c’est une autre question…

  14. @Manu :

    « Le dialogue est à mener entre le monde de la culture et l’Eglise en général, en prenant l’exemple du Golgota Picnic, mais sans se focaliser à mon avis sur le fait de sa représentation. Car comment espérer la bonne volonté de nos contradicteurs si on commence d’emblée à essayer de leur imposer notre point de vue. Je le répète, cela ne mènera à rien de bon. »

    Il n’est évidemment pas question de se focaliser sur la représentation de Golgota picnic, comme je crois l’avoir précisé. Et il n’est pas question d’imposer son point de vue à qui que ce soit, mais d’exercer, en démocratie, sa liberté d’expression au service de sa fonction citoyenne de participation au gouvernement (principe de la démocratie), notamment en argumentant face à certaines décisions de personnes en charge de ce gouvernement.

    Je rappelle peut-être des choses évidentes, mais :
    – cette lettre ne prend personne en otage
    – cette lettre ne pose aucun acte de violence ni aucune menace
    – cette lettre n’est pas hors la loi
    – cette lettre laisse toute liberté à ses destinataires de l’ignorer, de la considérer, d’y répondre négativement ou d’y apporter des contre-arguments.

    D’où il ressort que, lorsque tu dis : « Ce n’est pas parce qu’une tentative a échoué qu’il faut se rabattre sur la manière forte. »

    Je me demande de quelle « manière forte » tu parles ??? Mince, si on ne peut plus écrire à ses élus pour leur faire part d’aucune remarque, ou pour être plus précis peut-être, d’aucune remarque négative, j’en viens à me demander si le fervent opposant à la censure que tu es ne prône pas implicitement une autre forme de censure… ou au moins d’auto-censure fondée sur… quoi ?

    Ensuite, d’un côté tu dis :

    « Interpeller les pouvoirs publics, ne serait-ce que sur les subventions qu’ils accordent et non sur la possibilité d’une interdiction, c’est leur demander de prendre position sur le contenu des œuvres d’art, et de prendre éventuellement des sanctions en fonction de celui-ci (retirer un financement est une forme de sanction pour l’artiste et ses promoteurs). »

    Et de l’autre, tu dis :

    « Et ça s’assume d’autant mieux qu’elle n’est pas contrainte (là encore, mieux vaut la voie répressive que la voie préventive). »

    Je ne comprends pas… il vaut mieux une voie répressive mais qui ne prend aucune sanction en fonction du contenu. La répression doit porter sur quoi, alors ?

    « Cela a également un effet dissuasif, car le message qui est clairement lancé est que telle prise de position via une œuvre d’art coutera plus chère à mettre en place que telle autre. Il s’agit donc bien de la mise en place d’une forme de censure. »

    Je suis désolé, mais c’est pourtant bien là le rôle de l’état. Garantir la paix entre les personnes, et mener des politiques incitatives ou dissuasives en matière d’activité économique suivant son orientation sociétale. Dans un état « normal », oui certaines entreprises coûtent plus cher que d’autres, selon le bénéfice qu’elles sont supposées apporter à la collectivité. C’est comme ça que se défini une politique budgétaire. Dans le cadre de politiques de dumping économique et social, l’état est censé par exemple aider plus grassement quelqu’un à fonder une clinique qu’un sex shop. Dans un autre registre, c’est aussi pour ça, par exemple, qu’il y a des associations reconnues « d’utilité publique » et d’autres qui ne le sont pas. Pour prendre un autre exemple, tu es aidé par l’état aujourd’hui pour équiper ta maison de panneaux solaires ou de systèmes de chauffage alternatif, mais pas pour te construire une piscine. Voilà en quoi consiste une politique budgétaire.

    Je suis désolé donc de le tenir, mais dans un état qui choisi de financer un service plutôt que l’accès libre à ce service, il ne finance pas toutes les offres de service de manière indifférenciée. Il sélectionne. D’où je crois qu’il est justifié de rappeler à ceux qui mènent une politique budgétaire à un instant t quand cette politique semble s’écarter des valeurs de la république.

    « Par ailleurs la manière que tu as dans ce passage d’infantiliser l’adversaire, comme s’il n’ y avait aucun argument sérieux et digne de considération en faveur de la liberté absolue de l’art, et comme s’il n’existait pas parmi les adversaires de l’Eglise des personnes sérieuses, sincères et avec des vrais arguments, relève une fois encore de la diabolisation et non d’une démarche de dialogue. »

    Je suis désolé, je ne voulais pas diaboliser qui que ce soit et je m’en excuse. J’ai sans aucun doute laissé parler un certain mépris que j’essaie de dominer (mais avec peu de succès) pour cette confusion entre « liberté » et « licence », que la DSE dénonce d’ailleurs assez largement. C’est cette même confusion qui est à l’origine des pires dérives de notre système économique et de l’affranchissement global, individuel et collectif, de tout référentiel éthique. Alors oui, c’est vrai, j’ai du mal à modérer le ton quand se dessine dans une argumentation cette horrible confusion (et je pèse mes mots) entre liberté et licence, et qu’on revendique au nom de la liberté quelque chose qui n’a plus rien à voir avec la liberté. Les conséquences de cette confusion sont précisément la « structure de péché » dont nous parle l’Eglise, celle-là même qui fait s’effondrer notre système social, que ce soit sur ce qui touche à la vie humaine, à l’économie, à l’écologie, et plus profondément, au droit… Car derrière cette confusion entre liberté et licence, qui fait dégager de l’équation la notion de « responsabilité », la société doit se munir d’un attirail juridique toujours plus imposant, et toujours déshumanisant pour que s’articulent ces « libertés absolues » revendiquées par chacun.

    Mince, voilà que tu me fais parler comme un vieux réac !

    Pour la suite, il me semble que tu glisses doucement vers la dérive comparative, sur les différents discours :

    « Si l’Etat, sur la base de l’article que tu cites de la Constitution, sanctionne le premier type de discours, je ne vois pas pourquoi telle ou telle association de défense des homosexuels ne serait pas en droit de demander que la réciproque s’applique et qu’il prenne position contre la seconde position qui met gravement en cause ce qui est pour beaucoup d’entre eux un choix de vie et une part importante de leur identité telle qu’ils la perçoivent.  »

    A ce point de ton discours, tu sembles avoir oublier que l’état ne sanctionne pas le premier type de discours, sauf à considérer une politique budgétaire comme un système répressif. Etre aidé par l’état n’est pas un droit pour tout un chacun. L’Etat met en place une politique budgétaire, et ce sont aux acteurs économiques de s’y associer pour bénéficier des éventuels avantages que cette symbiose procure, ou d’en assumer les conséquences.

    Et allez, admettons qu’on puisse voir ça comme une sanction. Est-ce que tu peux me dire quand est-ce que la république a financé une oeuvre dans laquelle l’Eglise faisait la promotion de sa doctrine concernant le mariage et la sexualité ? Dans ce cas, je suis désolé de te le dire, mais n’ayant pas connaissance de ce genre de promotion sur les deniers publics pour le discours de l’Eglise en matière de moeurs (et j’avoue en douter fortement qu’on puisse en trouver), je serais tenté de te dire que selon tes propres critères, c’est l’Eglise qui est sanctionnée quant à sa « liberté d’expression ».

    « C’est pourquoi à mon avis ce lien entre l’autorité humaine et la loi morale d’assise divine que demande la DSE ne doit pas à mon avis être introduit directement dans les textes et leur interprétation juridique, mais dans la formation éthique des décideurs, hommes politiques, juges, etc. »

    C’est vrai, je suis d’accord. C’est pourquoi je n’ai pas demandé dans ma lettre de modifier un texte de loi, mais j’en ai appelé au bon sens des personnes qui administrent et rendent effective la politique budgétaire dans laquelle ils s’inscrivent.

    Enfin, pour ce qui est de la citation, nous sommes deux à répéter de manière incantatoire un jugement personnel que nous avons sur la base d’une citation. J’ajoute qu’en plus de juger toi aussi le for intérieur de ce monsieur pour le dédouaner de ses paroles « maladroites » (lol) tu sembles également te laisser un peu aller à juger le mien. Je dis ça pour t’informer que je ne ressens aucune colère à l’égard de cet auteur. De la pitié, sans doute, oui… et je l’ai dit aussi (deux fois, maintenant) : de la compassion. Tu n’es pas obligé de me croire, mais tu te livres alors toi-même au jugement de mon petit intérieur à moi, sur la base de ce que tu crois que je ressens. Je trouve dommage qu’il soit si difficile de considérer qu’on peut être en désaccord assez nette avec ce que FAIT quelqu’un ou ce que DIT quelqu’un, sans être aveuglé par la colère. Oui, je ne vais pas m’excuser de considérer que ses paroles, toutes compréhensibles qu’elles soient dans sa situation (l’artiste que ça doit finir par énerver d’être mal reçu), ne témoigne pas par exemple de ce qui serait un comportement assez « normal », à savoir se remettre un peu en question. Il est sans doute trop blessé pour ça, trop mal informé sur les réalités qu’il prétend dénoncer, et c’est dommage pour tout le monde, y compris et d’abord pour lui. Tu peux excuser ou pardonner l’expression de son orgueil et de son incohérence pour tout un tas de bonnes raisons, mais pas les nier.

    Voilà, moi aussi je m’excuse si j’ai des propos un peu trop « vigoureux ». L’estime et l’affection est partagée, et ce serait tellement plus sain de vive voix. Le désaccord ici est assez évident, mais il ne doit pas nous enfermer ou nous endurcir le coeur. J’avoue qu’en ce moment, j’en ai un peu assez de ce genre de « pseudo-disputatio » : j’ai le sentiment que dès que je ne suis pas d’accord avec quelqu’un il se sent agressé par ce que je dis, et ne réussissant pas à l’éviter, je passe mon temps à m’excuser. C’est confortable de pouvoir débattre avec toi sans que l’un de nous soit amené à s’énerver.

    • @Pneumatis:
      Merci de cette réponse. Je posteraila mienne demain en principe.
      Discuter de vive voix est une bonne idée, et je vais tacher de te communiquer par mail mes coordonnées téléphoniques. Par contre, je préfère que nous discutions plutôt en fin de semaine prochaine (le we) que cette semaine, en raison d’une surcharge momentanée de mes activités professionnelles et extra professionnelles, et aussi pour nous laisser à tous deux le temps de laisser mûrir notre réflexion.
      Voilà, à bientôt! 🙂

    • Je te présente toutes mes excuses pour le retard de cette réponse.

      « Je rappelle peut-être des choses évidentes, mais :
      – cette lettre ne prend personne en otage
      – cette lettre ne pose aucun acte de violence ni aucune menace
      – cette lettre n’est pas hors la loi
      – cette lettre laisse toute liberté à ses destinataires de l’ignorer, de la considérer, d’y répondre négativement ou d’y apporter des contre-arguments. »

      Elle demande aux pouvoirs publics de prendre position de manière contraignante.. A mon sens, c’est un acte suffisant pour compromettre toute ébauche de dialogue.

      « Je ne comprends pas… il vaut mieux une voie répressive mais qui ne prend aucune sanction en fonction du contenu. La répression doit porter sur quoi, alors ? »

      La réponse se trouve dans mon billet:

      « Je reconnais qu’elle est très difficile à appliquer, comme ce billet de Nicolas Mathey tend à le démontrer, et je dis « tant pis ! »: la liberté d’expression a plus de prix pour moi que l’interdiction d’une ou deux pièces obscures jouant la provo facile. Vous pouvez consulter à ce sujet ce billet d’Eolas, qui rejoint mon avis en l’exprimant mieux que moi. »

      La répression est à mon sens pour les cas extrêmes, tels que déterminés par les pouvoirs législatif et judiciaire. Personnellement, je préfère que la parole soit le moins contrainte possible, quitte à ce qu’elle blesse à l’occasion. Elle est le symptôme d’une incompréhension mutuelle. Mieux vaut la laisser s’exprimer pour y répondre, plutôt que de la faire taire et de laisser le ressentiment s’envenimer dans le silence.

      « Je suis désolé, mais c’est pourtant bien là le rôle de l’état. Garantir la paix entre les personnes, et mener des politiques incitatives ou dissuasives en matière d’activité économique suivant son orientation sociétale. Dans un état « normal », oui certaines entreprises coûtent plus cher que d’autres, selon le bénéfice qu’elles sont supposées apporter à la collectivité. C’est comme ça que se défini une politique budgétaire. Dans le cadre de politiques de dumping économique et social, l’état est censé par exemple aider plus grassement quelqu’un à fonder une clinique qu’un sex shop. Dans un autre registre, c’est aussi pour ça, par exemple, qu’il y a des associations reconnues « d’utilité publique » et d’autres qui ne le sont pas. Pour prendre un autre exemple, tu es aidé par l’état aujourd’hui pour équiper ta maison de panneaux solaires ou de systèmes de chauffage alternatif, mais pas pour te construire une piscine. Voilà en quoi consiste une politique budgétaire.

      Je suis désolé donc de le tenir, mais dans un état qui choisi de financer un service plutôt que l’accès libre à ce service, il ne finance pas toutes les offres de service de manière indifférenciée. Il sélectionne. D’où je crois qu’il est justifié de rappeler à ceux qui mènent une politique budgétaire à un instant t quand cette politique semble s’écarter des valeurs de la république. »

      L’économie n’est pas la culture ni l’art un service. Autant je suis pour une régulation dans le premier cas, autant j’y suis opposé dans le second. Parce que l’utilité publique d’une association ou d’une technologie se prouve, alors que l’appréciation de l’art a une part de subjectivité indépassable, qui créée des discussions tendant certes vers l’accord, mais sans fin ni arguments déterminants.

      En fait, je suis partisan d’une certaine régulation en matière d’économie, mais « ultra libéral » en matière d’art (au sens où l’autorité publique ne se prononce pas sur le contenu: elle finance tout ou rien). 😉

      « Enfin, pour ce qui est de la citation, nous sommes deux à répéter de manière incantatoire un jugement personnel que nous avons sur la base d’une citation. J’ajoute qu’en plus de juger toi aussi le for intérieur de ce monsieur pour le dédouaner de ses paroles « maladroites » (lol) tu sembles également te laisser un peu aller à juger le mien. Je dis ça pour t’informer que je ne ressens aucune colère à l’égard de cet auteur. De la pitié, sans doute, oui… et je l’ai dit aussi (deux fois, maintenant) : de la compassion. Tu n’es pas obligé de me croire, mais tu te livres alors toi-même au jugement de mon petit intérieur à moi, sur la base de ce que tu crois que je ressens. Je trouve dommage qu’il soit si difficile de considérer qu’on peut être en désaccord assez nette avec ce que FAIT quelqu’un ou ce que DIT quelqu’un, sans être aveuglé par la colère. Oui, je ne vais pas m’excuser de considérer que ses paroles, toutes compréhensibles qu’elles soient dans sa situation (l’artiste que ça doit finir par énerver d’être mal reçu), ne témoigne pas par exemple de ce qui serait un comportement assez « normal », à savoir se remettre un peu en question. Il est sans doute trop blessé pour ça, trop mal informé sur les réalités qu’il prétend dénoncer, et c’est dommage pour tout le monde, y compris et d’abord pour lui. Tu peux excuser ou pardonner l’expression de son orgueil et de son incohérence pour tout un tas de bonnes raisons, mais pas les nier. »

      Ce passage de ton commentaire m’a touché. Sérieusement. J’ai sans doute effectivement glissé moi-même dans le travers que je te reprochais.Toutes mes excuses pour m’^tre laissé aller à une mise en cause de tes intentions.

      On ne va visiblement pas se convaincre sur le sens des propos de Garcia dans le dossier de presse. Et de toute façon nous avons sans doute tort tous les deux dans la mesure où on ne juge pas une personne sur la foi de quelques pages d’entretien. Cela dit je maintiens que ce passage de ton courrier constitue son plus gros point faible: après t’être situé sur le terrain du droit, tu en arrives à celui de l’opinion. Vu l’effet que ça a déjà eu sur moi qui te connais et t’apprécie, je crains que les politiques auxquels tu t’adresses y voient un prétexte pour taxer ta démarche comme partiale et subjective.

      Sur une note plus positive, j’ai beaucoup pprécié ton billet sur l’Avent, qui m’a fait réalisé que j’étais loin de le vivre aussi sérieusement que le Carême. Je te souhaite bon courage pour ce jeune internaute, même si tu ne me liras qu’à son terme, et je vais le méditer au cours de ma propre préparation au temps de Noël (d’une autre mnaière cette année qu’en m’éloignant d’internet: je n’ai pas encore le courage. ;)).

  15. Pneumatis, je suis tout à fait d’accord avec vous et j’adhère en tant que prêtre à la doctrine sociale de l’Eglise. Ce n’est pas pour rien que je lis régulièrement le blog de Patrice de Plunkett qui fait un très bon travail à ce sujet. Mais cette notion n’a pas le même sens pour les gens de Civitas et pour le magistère actuel de l’Eglise catholique. Il est d’ailleurs significatif d’après les index que nulle part l’expression « règne social du Christ » n’est utilisée dans Vatican II, le Catéchisme et le Compendium.

  16. Un long texte sur la Royauté sociale du Christ:

    La royauté sociale du Christ

    Les événements de l’année 2011 en France (les manifestations contre des œuvres culturelles et/ou artistiques dans des galeries ou des théâtres, œuvres qualifiées de blasphématoires et de christianophobes) sont l’occasion de réfléchir à la signification de « la royauté sociale du Christ » dans la doctrine de l’Eglise catholique.

    Pour cela nous devons remonter 86 ans en arrière, à la date du 11/12/1925 et à l’encyclique du pape Pie XI, Quas Primas, portant sur ce thème et instituant la fête du Christ Roi de l’univers .
    La royauté sociale du Christ a été au cœur de l’enseignement de Mgr. Marcel Lefebvre, le fondateur du mouvement catholique intégriste, et c’est au nom de ce « dogme » qu’il s’est opposé au catholicisme « libéral » et à l’Eglise « conciliaire ». « Comment ils ont découronné Jésus-Christ ? », tel est le titre d’un article sur le site de la Fraternité Saint Pie X rapportant l’enseignement de Mgr. Lefebvre sur ce thème du magistère pontifical capital à ses yeux .
    L’institut Civitas, instigateur principal des manifestations mentionnées ci-dessus, fait, lui aussi, de la royauté sociale du Christ sa référence principale :

    « L’Institut CIVITAS est un mouvement politique inspiré par le droit naturel et la doctrine sociale de l’Église et regroupant des laïcs catholiques engagés dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier . »

    Qu’en est-il de la royauté sociale du Christ dans les documents essentiels du magistère de l’Eglise catholique depuis Vatican II ?

    Cette expression est absente du Concile Vatican II, du Catéchisme de l’Eglise catholique et du Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise.

    Il est aussi significatif que dans ces trois documents du Magistère l’encyclique Quas Primas de Pie XI ne soit citée (uniquement en référence sous la forme d’une note de bas de page) qu’une seule et unique fois dans le Catéchisme de l’Eglise catholique. J’y reviendrai.

    Les textes du Concile Vatican II citent 70 fois le magistère de Pie XI, mais pas une seule fois son encyclique Quas Primas.

    Le Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise cite 27 fois le magistère de Pie XI, mais pas une seule fois son encyclique Quas Primas. Cela est très étonnant pour un Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise de ne pas mentionner une seule fois la royauté sociale du Christ.

    Venons-en maintenant au Catéchisme de l’Eglise catholique. Nous y trouvons 5 références au magistère de Pie XI dont une à son encyclique Quas Primas sous le titre « Le devoir social de religion et le droit à la liberté religieuse » (n°2105) :

    « Le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et socialement. C’est là  » la doctrine catholique traditionnelle sur le devoir moral des hommes et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ  » (DH 1). En évangélisant sans cesse les hommes, l’Église travaille à ce qu’ils puissent  » pénétrer d’esprit chrétien les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent  » (AA 10). Le devoir social des chrétiens est de respecter et d’éveiller en chaque homme l’amour du vrai et du bien. Il leur demande de faire connaître le culte de l’unique vraie religion qui subsiste dans l’Église catholique et apostolique (cf. DH 1). Les chrétiens sont appelés à être la lumière du monde (cf. AA 13). L’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines (cf. Léon XIII, enc.  » Immortale Dei  » ; Pie XI, enc.  » Quas primas « ). »

    J’ai mis en gras l’unique allusion, indirecte (l’expression « royauté sociale du Christ » n’est pas utilisée), au contenu de l’encyclique Quas Primas. J’ai souligné les moyens que le Catéchisme indique aux catholiques afin que la royauté du Christ soit manifestée sur les sociétés humaines :

    – L’évangélisation des hommes
    – Pénétrer d’esprit chrétien les divers milieux de vie
    – Promouvoir et mettre en valeur l’amour du vrai et du bien
    – Faire connaître la religion catholique, donc à nouveau évangéliser
    – Etre la lumière du monde, donc témoigner de sa foi dans le monde

    Quant à l’esprit dans lequel ce témoignage doit être rendu, c’est celui de « l’exigence de la charité qui presse les chrétiens  » d’agir avec amour, prudence, patience, envers ceux qui se trouvent dans l’erreur ou dans l’ignorance de la foi  » (DH 14). » (n°2104).

    Trois autres passages du Catéchisme doivent retenir notre attention dans le contexte de cette réflexion sur le Règne du Christ :
    … en attendant que tout Lui soit soumis
    671. Déjà présent dans son Église, le Règne du Christ n’est cependant pas encore achevé  » avec puissance et grande gloire  » (Lc 21, 27 ; cf. Mt 25, 31) par l’avènement du Roi sur la terre. Ce Règne est encore attaqué par les puissances mauvaises (cf. 2 Th 2, 7) même si elles ont été déjà vaincues à la base par la Pâque du Christ. Jusqu’à ce que tout lui ai été soumis (cf. 1 Co 15, 28),  » jusqu’à l’heure où seront réalisés les nouveaux cieux et la nouvelle terre où la justice habite, l’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe ; elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu  » (LG 48). Pour cette raison les chrétiens prient, surtout dans l’Eucharistie (cf. 1 Co 11, 26), pour hâter le retour du Christ (cf. 2 P 3, 11-12) en lui disant :  » Viens, Seigneur  » (1 Co 16, 22 ; Ap 22, 17. 20).
    672. Le Christ a affirmé avant son Ascension que ce n’était pas encore l’heure de l’établissement glorieux du Royaume messianique attendu par Israël (cf. Ac 1, 6-7) qui devait apporter à tous les hommes, selon les prophètes (cf. Is 11, 1-9), l’ordre définitif de la justice, de l’amour et de la paix. Le temps présent est, selon le Seigneur, le temps de l’Esprit et du témoignage (cf. Ac 1, 8), mais c’est aussi un temps encore marqué par la  » détresse  » (1 Co 7, 26) et l’épreuve du mal (cf. Ep 5, 16) qui n’épargne pas l’Église (cf. 1 P 4, 17) et inaugure les combats des derniers jours (cf. 1 Jn 2, 18 ; 4, 3 ; 1 Tm 4, 1). C’est un temps d’attente et de veille (cf. Mt 25, 1. 13 ; Mc 13, 33-37). »
    Le Règne du Christ est une réalité eschatologique et c’est par la prière, surtout dans la célébration de la messe, que les chrétiens peuvent hâter ce Règne.
    2046. « Par leur vie selon le Christ, les chrétiens hâtent la venue du Règne de Dieu, du  » Règne de la justice, de la vérité et de la paix  » (MR, Préface du Christ-Roi). Ils ne délaissent pas pour autant leurs tâches terrestres ; fidèles à leur Maître ils les remplissent avec droiture, patience et amour. »
    Tout en étant fidèles à leur devoir d’état, c’est par la vérité de leur vie chrétienne que les disciples de Jésus hâtent la venue du Règne de Dieu.

    2820 « Dans un discernement selon l’Esprit, les chrétiens doivent distinguer entre la croissance du Règne de Dieu et le progrès de la culture et de la société où ils sont engagés. Cette distinction n’est pas une séparation. La vocation de l’homme à la vie éternelle ne supprime pas mais renforce son devoir de mettre en pratique les énergies et les moyens reçus du Créateur pour servir en ce monde la justice et la paix (cf. GS 22 ; 32 ; 39 ; 45 ; EN 31). »

    C’est par l’utilisation des talents reçus, au service de la justice et de la paix dans ce monde, que les chrétiens peuvent hâter la venue du Règne de Dieu.

    Une première conclusion s’impose sur ce point avant d’aller plus loin. Dans le magistère du Concile Vatican II et des documents qui l’ont suivi la royauté sociale du Christ telle qu’elle est définie par Pie XI n’est pas un thème central et majeur. D’où la réaction de Mgr. Lefebvre et de la Fraternité saint Pie X. Il semble même que ce thème ait été réinterprété en fonction des nouvelles circonstances sociopolitiques. Ainsi il n’est pas du tout certain que la royauté sociale du Christ soit à comprendre comme un dogme. Ce thème relève davantage de la théologie politique que de la théologie dogmatique. C’est-à-dire qu’il est une manière de présenter les rapports devant exister entre l’Eglise et le monde. La royauté sociale du Christ articule la relation entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, relation qui a toujours été l’objet de vifs débats dans l’Eglise tout au long de son histoire. Un document de la Congrégation pour la doctrine de la foi, écrit par le Cardinal Ratzinger, Instruction sur la vocation ecclésiale du théologien (24/05/1990) admet l’historicité de certains jugements du magistère :
    24. « Enfin le Magistère, dans le but de servir le mieux possible le Peuple de Dieu, et en particulier pour le mettre en garde contre des opinions dangereuses pouvant conduire à l’erreur, peut intervenir sur des questions débattues dans lesquelles sont impliqués, à côté de principes fermes, des éléments conjecturaux et contingents. Et ce n’est souvent qu’avec le recul du temps qu’il devient possible de faire le partage entre le nécessaire et le contingent.
    La volonté d’acquiescement loyal à cet enseignement du Magistère en matière de soi non-irréformable doit être la règle. Il peut cependant arriver que le théologien se pose des questions portant, selon les cas, sur l’opportunité, sur la forme ou même le contenu d’une intervention. Cela le conduira avant tout à vérifier soigneusement quelle est l’autorité de cette intervention, telle qu’elle résulte de la nature des documents, de l’insistance à proposer une doctrine et de la manière même de s’exprimer.
    Dans ce domaine des interventions d’ordre prudentiel, il est arrivé que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences. Les Pasteurs n’ont pas toujours perçu aussitôt tous les aspects ou toute la complexité d’une question. Mais il serait contraire à la vérité de conclure, à partir de certains cas déterminés, que le Magistère de l’Église puisse se tromper habituellement dans ses jugements prudentiels, ou qu’il ne jouisse pas de l’assistance divine dans l’exercice intégral de sa mission. En effet, le théologien, qui ne peut bien exercer sa discipline sans une certaine compétence historique, est conscient de la décantation qui s’opère avec le temps. Ceci ne doit pas être entendu dans le sens d’une relativisation des énoncés de la foi. Il sait que certains jugements du Magistère ont pu être justifiés à l’époque où ils furent prononcés, parce que les affirmations visées mêlaient inextricablement des assertions vraies et d’autres qui n’étaient pas sûres. Seul le temps a permis d’opérer le discernement et, à la suite d’études approfondies, d’aboutir à un vrai progrès doctrinal. »
    Cela revient à dire que, concernant des affirmations qui ne sont pas strictement dogmatiques, le Magistère actuel peut et doit parfois rectifier certaines affirmations ou même les réinterpréter parce qu’elles étaient trop intimement liées à un contexte historique précis. Reste à savoir si l’affirmation de la Royauté sociale du Christ est un dogme ou pas. Il serait intéressant que la Commission théologique internationale se penche sur cette question et indique en quoi l’encyclique Quas Primas est toujours d’actualité pour les catholiques. En tout cas il est certain que le Magistère ultérieur n’en a pas fait le centre de sa réflexion sur les rapports de l’Eglise avec la société. Des éléments actuels de la doctrine catholique ont été autrefois condamnés : que l’on pense à la liberté religieuse, à l’œcuménisme et à l’exégèse historico-critique pour ne donner que quelques exemples. Il reviendrait à l’historien de l’Eglise et à l’historien du dogme de relever de quelle manière les rapports entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel ont changé en fonction des circonstances. Il est clair que dès avant 1789 l’Eglise a beaucoup perdu de son influence et de sa puissance dans l’Europe des monarchies chrétiennes. Les rois catholiques du Portugal, d’Espagne et de France n’ont pas attendu une décision du pape avant de chasser les jésuites de leurs territoires. Et c’est en partie sous leur pression que Clément XIV finira par abolir la Compagnie de Jésus… Compagnie qui sera rétablie par Pie VII en 1814. Le système démocratique et la République française ont été condamnés par les pontifes mais plus tard est aussi venu le moment du ralliement des catholiques français à la République (1890 : toast d’Alger, cardinal Lavigerie). Qui se souvient d’une encyclique de 1860, Nullis Certe, consacrée à la défense des Etats Pontificaux, donc du pouvoir temporel du pape ? En 1964, alors que le Concile Vatican II n’est pas encore achevé, Paul VI aborde cette question des rapports de l’Eglise avec le monde dans son encyclique Ecclesiam Suam :
    « Il est clair que les rapports entre l’Eglise et le monde peuvent prendre de multiples aspects, différents les uns des autres. Théoriquement parlant, l’Eglise pourrait se proposer de réduire ces rapports au minimum, en cherchant à se retrancher du commerce avec la société profane ; comme elle pourrait se proposer de relever les maux qui peuvent s’y rencontrer, prononcer contre eux des anathèmes et susciter contre eux des croisades ; elle pourrait au contraire se rapprocher de la société profane au point de chercher à prendre sur elle une influence prépondérante, ou même à y exercer un pouvoir théocratique , et ainsi de suite. Il nous semble au contraire que le rapport de l’Eglise avec le monde, sans se fermer à d’autres formes légitimes, peut mieux s’exprimer sous la forme d’un dialogue, et d’un dialogue non pas toujours le même, mais adapté au caractère de l’interlocuteur et aux circonstances de fait (autre est en effet le dialogue avec un enfant et autre avec un adulte ; autre avec un croyant et autre avec un non croyant). Ceci est suggéré par l’habitude désormais répandue de concevoir ainsi les relations entre le sacré et le profane, par le dynamisme qui transforme la société moderne, par le pluralisme de ses manifestations, ainsi que par la maturité de l’homme, religieux ou non, rendu apte par l’éducation et la culture à penser, à parler, à soutenir dignement un dialogue. »

    A la lumière de cette encyclique il devient impossible d’interpréter la royauté sociale du Christ comme le cadre théologique qui permettrait à l’Eglise de « se rapprocher de la société profane au point de chercher à prendre sur elle une influence prépondérante, ou même à y exercer un pouvoir théocratique ».

    Regardons maintenant comment l’Eglise célèbre la fête du Christ Roi souverain de l’univers qui marque la fin de l’année liturgique (lex orandi, lex credendi).

    Dans la liturgie des Heures ou Bréviaire :

    Le texte de l’Office des Lectures n’est pas emprunté à l’encyclique Quas Primas. Il s’agit d’un passage du traité d’Origène sur la prière.

    La lecture de l’office du matin est une citation d’Ephésiens 4, 15-16 :

    « En vivant dans la vérité de l’amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu’à lui, car il est la Tête. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l’activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l’amour. »

    Celle de l’office sur soir une citation de la première lettre aux Corinthiens 15, 25-28 :

    « C’est lui en effet qui doit régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis.
    Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. Mais quand il dira : « Tout est soumis désormais », c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui a soumis toutes choses. Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous. »

    Dans la liturgie eucharistique :

    Evangile de l’année A : Matthieu 25, 31-46.

    « Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’ »

    Evangile de l’année B : Jean 18, 33-37.

    « Alors Pilate rentra dans son palais, appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien parce que d’autres te l’ont dit ? Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les chefs des prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté ne vient pas de ce monde ; si ma royauté venait de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Non, ma royauté ne vient pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. »

    Evangile de l’année C : Luc 23, 35-43.

    « Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée, ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. » L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
    Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

    Oraison de la messe :

    Dieu éternel, tu as voulu fonder toutes choses en ton Fils bien-aimé, le Roi de l’univers : fais que toute la création, libérée de la servitude, reconnaisse ta puissance et te glorifie sans fin.

    Préface de la messe :

    « Tu as consacré Prêtre éternel et Roi de l’univers ton Fils unique, Jésus Christ, notre Seigneur, afin qu’il s’offre lui-même sur l’autel de la Croix en victime pure et pacifique, pour accomplir les mystères de notre rédemption, et qu’après avoir soumis à son pouvoir toutes les créatures, il remette aux mains de ta souveraine puissance un règne sans limite et sans fin : règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix. »

    Les Evangiles de la fête du Christ Roi nous montrent Jésus dans sa Passion, couronné d’épines, et Jésus revenant glorieux à la fin des temps pour juger les vivant et les morts. Jésus est Roi parce qu’il est le témoin de la vérité et de l’amour. Et c’est « en vivant dans la vérité de l’amour » que ses disciples contribuent à étendre son Règne sur « toute la création » et sur « toutes les créatures ».

    Quelques rappels historiques :

    Pour Mgr. Lefebvre la royauté sociale du Christ impliquait des Etats catholiques et des concordats privilégiant l’Eglise catholique (le catholicisme est religion d’Etat). La royauté sociale du Christ était pour lui incompatible avec la laïcité et la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
    Il est cependant troublant de voir associée la royauté sociale du Christ, via la signature de concordats, à des dictateurs :

    Accords du Latran avec Mussolini (11/02/29) ; en 1931 Pie XI condamne le fascisme italien (Non abbiamo bisogno)…
    Concordat avec l’Allemagne d’Hitler (20/11/33) ; en 1937 Pie XI condamne le nazisme (Mit brennender Sorge)…
    Concordat avec le Portugal de Salazar (7/05/40)
    Concordat avec l’Espagne de Franco (27/08/53)
    Le cardinal Ratzinger a abordé cette question dans son livre Les principes de la théologie catholique:
    « Presque personne ne conteste plus aujourd’hui que les concordats espagnol et italien cherchaient à conserver beaucoup trop de choses d’une conception du monde qui depuis longtemps ne correspondait plus aux données réelles. De même presque personne ne peut contester qu’à cet attachement à une conception périmée des rapports entre l’Eglise et l’Etat correspondaient des anachronismes semblables dans le domaine de l’éducation. Ni les embrassades, ni le ghetto ne peuvent résoudre durablement pour le chrétien le problème du monde moderne. Il reste que le « démantèlement des bastions » que Urs Von Balthasar réclamait en 1952 était effectivement un devoir pressant. Il lui a fallu (à l’Eglise) se séparer de beaucoup de choses qui jusque-là assuraient sa sécurité et lui appartenaient comme allant presque de soi. Il lui a fallu abattre de vieux bastions et se confier à la seule protection de la foi ».
    L’exemple du Québec : d’une Eglise puissante à la crise de l’Eglise.
    L’Eglise catholique au Québec a vécu pendant longtemps une situation de chrétienté avec une forte influence sur la société civile.
    « Une puissance politique
    Grâce au Conseil de l’instruction publique où siègent d’office tous les évêques, l’Église a la haute main sur le système scolaire francophone. D’autre part, l’Église possède un système d’éducation complet avec ses nombreux collèges secondaires et couvents ainsi que l’Université Laval et sa succursale de Montréal. Elle dirige, également, tout le système social avec une cinquantaine d’hôpitaux et d’asiles qu’elle finance par les revenus de ses propriétés, des quêtes publiques ainsi que des dons privés. L’Église possède des moyens financiers plus grands que ceux de l’État provincial. Pendant que ce dernier dispose d’environ 200 fonctionnaires, le clergé compte plus de 10 000 personnes. Consciente de sa force l’Église parle haut et fort. Le Québec est une société cléricale et l’Église une puissance politique. C’est un pouvoir bâti sur des privilèges, des biens matériels et des effectifs importants et qui a une relation privilégiée avec les autorités civiles. Elle a une alliance tacite avec la bourgeoisie anglophone. L’Église fera souvent étalage de sa fidélité au pouvoir. Cependant, les hommes politiques trouvent la tutelle de clercs envahissante.
    Une Église nationale et sociale
    La société québécoise est représentée comme une société catholique, française et rurale dont la vocation est de répandre le catholicisme en terre d’Amérique. L’Église est donc une église nationale et son peuple peut être considéré comme le peuple élu de Dieu. Pour asseoir son pouvoir, l’Église dispose d’un atout : la légitimité. La religion est ce qui relie les collectivités en société et l’enseignement de l’Église est ce qui gouverne toutes les activités. La religion devient un style de vie. L’Église se montre soucieuse d’organisation et d’encadrement pour affermir son autorité. Ainsi, le clergé se recrute facilement et son autorité n’est pas ouvertement contestée. L’Église devient le rempart contre l’assimilation. C’est ainsi, qu’elle façonne tous les instants de la vie des catholiques de la naissance à la mort. »
    L’Eglise québécoise affronte maintenant depuis des années une crise sans précédent et sans comparaison avec ce que l’Eglise de France connaît dans une tradition de laïcité et une relation de séparation d’avec l’Etat. De nombreuses églises ont été fermées et vendues faute de pratiquants et ensuite transformées en bibliothèques, en discothèques etc.
    « De nombreuses statistiques montrent depuis longtemps le déclin de l’Église catholique. Entre 1957 et 2000, le taux de fidèles allant à la messe le dimanche est tombé de 88 % à 20 %. Chez les jeunes, le phénomène est plus accentué encore: parmi les 18 à 34 ans, en 2000, il y avait 5 % de pratiquants seulement. Pratiquement dans tous les diocèses, l’âge moyen des prêtres dépasse les 70 ans. Dans l’archidiocèse de Québec, de 1997 à 2010, le nombre de curés et d’équipes pastorales est passé de 166 à 73. De 1970 à 2001, l’Église québécoise trouvait dans les statistiques du recensement un certain réconfort. La proportion de Québécois se disant catholiques demeurait stable. C’est ce qu’explorent E.-Martin Meunier, Jean-François Laniel et Jean-Christophe Demers dans une grande étude de quelque 50 pages publiée dans Modernité et religion au Québec. Même chose pour les baptêmes, dont les taux ne s’effondrèrent pas. Dans ces trois décennies, il y a une sorte «de permanence d’un catholicisme culturel», dit Martin Meunier. On se sent catholique parfois par inertie, souvent par lien avec les générations passées. C’est un marqueur de l’identité. C’est le sociologue Raymond Lemieux, rappelle Meunier, qui développa la théorie du «catholicisme culturel» québécois, en 1990. À l’époque, il n’était pas surpris de constater une certaine permanence des «rites intégrateurs». Nous avons été, comme l’a déjà écrit le collègue Guillaume Bourgault-Côté, «catholiques malgré nous». Ou, pour le dire comme la revue l’Inconvénient (dans son numéro de novembre 2007), «chrétiens malgré nous».

    Parfois, ce n’est pas «malgré». Il y a quelques rares cas recensés de catholiques «culturels» intellectuels. Le cinéaste Bernard Émond, qui se définit comme un «athée de culture catholique». L’écrivain et collaborateur du Devoir Jean Larose s’est déjà qualifié de «mécréant attaché au catholicisme» et «qui en pratique les textes». Bref, «un non-croyant pratiquant».

    Il y a toutefois du nouveau sous le soleil. Et ce n’est plus rassurant pour ceux qui tiennent à l’Église comme marqueur de l’identité. Depuis 2001, les statistiques indiquent une nouvelle «rupture». «Les jeunes ne suivent pas. L’entrée en scène d’une nouvelle génération, la « Y » — celle qui est née entre 1976 et 1990 —, semble changer la donne», indique Martin Meunier. De 2001 à 2006, le prorata total de baptêmes par naissance au Québec chute: on passe de 73,5 % à 59,9 %. Même chose pour le fameux «taux d’appartenance» à l’Église, qui s’était auparavant quasiment maintenu pour l’ensemble de cette population: il passe de 78,2 % à 69,1 %. Le fameux «catholicisme culturel» — où on se dit catholique non pratiquant, ou utilisant les baptêmes et les funérailles — commence à s’étioler. Il serait en voie «d’exculturation» au Québec. Il y a là d’abord un effet de génération, mais le caractère non catholique des «Y» n’est évidemment pas la seule cause. D’autres événements sont venus précipiter le phénomène de décrochage. Dans l’ère post-11-Septembre et du débat sur les accommodements raisonnables, le regard sur les religions a muté, note Martin Meunier. «Il y a quelque chose qui s’est brisé dans le rapport entre le religieux et plusieurs Québécois.» Alors qu’on tolérait auparavant de se présenter comme «catholique culturel», la religion a recommencé à apparaître pour ce qu’elle est: une religion, et non plus seulement comme une étiquette identitaire sans grand effet. »
    Cette chute spectaculaire de l’appartenance catholique des québécois dans une Province où l’Eglise était toute puissante donne à réfléchir sur « la royauté sociale du Christ ». Si cette royauté se confond avec un catholicisme culturel et identitaire, alors elle est une illusion de puissance. Le clergé règne, l’Eglise est écoutée par le monde politique, les lois de la société reflètent les consignes épiscopales, pas de travail le dimanche, pas de blasphèmes en public etc. Mais si ce système avait vraiment transmis la foi aux personnes (et pas seulement soumis les institutions à l’Eglise), l’Eglise du Québec ne connaîtrait probablement pas la grave crise qu’elle traverse depuis des années et qui va en s’aggravant. La royauté sociale du Christ conçue comme chrétienté s’est beaucoup attaché au cadre chrétien de la société mais a oublié que la foi est d’abord une question de relation personnelle entre un homme et son Dieu. De cette foi sociologique, il ne reste aujourd’hui que des ruines. Et ce n’est peut-être pas par hasard si la plupart des jurons québécois sont des références religieuses comme « tabernacle » et « hostie » par exemple… L’Eglise catholique espagnole qui a bénéficié du Concordat signé à l’époque de Franco est en train de vivre la même désillusion… L’histoire de l’Eglise d’Irlande serait elle aussi riche d’enseignements quant aux dangers de la chrétienté. Comme au Québec cette Eglise a été toute puissante pendant longtemps. Elle vient de perdre une grande part de sa crédibilité récemment à cause de la révélation de divers scandales dont celui des Magdalene Sisters et des prêtres pédophiles, des scandales remontant aux années 30 (bien avant le Concile Vatican II). Le gouvernement irlandais au terme d’une enquête a eu l’impression que l’Eglise a d’abord cherché à se protéger en tant qu’institution. Les rapports entre l’Irlande et le Saint-Siège sont désormais tendus. Si tant de scandales et d’abus ont mis autant de temps à être révélés, c’est parce qu’en situation de chrétienté il était impossible de toucher au prestige de l’Eglise ou de remettre en question la parole d’un prêtre. Aussi est-ce d’abord et essentiellement dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps que le Christ doit régner. Et s’il y règne vraiment, peu importe que le cadre social soit laïc ou pas, la foi demeurera, non pas comme un attribut sociologique, mais comme une réponse libre à l’appel de Dieu. Seul le contenu de la foi peut se transmettre comme un héritage (une tradition). Mais l’acte de foi est toujours nouveau pour chaque génération et chaque personne. Il n’est pas de l’ordre de structures chrétiennes. Il est indépendant des lois chrétiennes (ou pas) dans un Etat. Dans l’acte de foi il y a cette rencontre unique entre la grâce de Dieu et le « oui » d’une liberté humaine. Depuis le Concile Vatican II l’Eglise semble privilégier cette voie en renonçant à une volonté de puissance sur le monde civil. Elle croit par contre à la force du témoignage personnel et communautaire des catholiques et elle les invite à s’engager dans la société civile pour l’imprégner, non plus du dehors mais du dedans, de l’esprit de l’Evangile. Le Règne du Christ sur la création et sur les créatures avancera peut-être moins vite mais ce qui sera semé le sera en profondeur et résistera aux crises inévitables dues aux aléas de notre histoire humaine. Nous n’aurons pas travaillé pour un Etat avec de belles apparences chrétiennes mais véritablement pour la conversion des cœurs avec la grâce de Dieu. Car cette conversion ne dépend pas d’abord de nous ni de nos plans pastoraux, encore moins d’une stratégie de conquête politique. Peut-être que le changement de ton survenu avec le Concile Vatican II à propos des relations de l’Eglise avec le monde correspond à la redécouverte du sens de la Croix. Une Eglise en apparence faible n’est-elle pas en fait plus forte parce que fidèle à la volonté de son seul et unique Roi, le Christ ? A l’image d’une Eglise dominante et triomphante le Concile Vatican II a préféré celle d’une Eglise servante. Il est paradoxal de constater que les catholiques intégristes, qui ne cessent de mettre en valeur la théologie du sacrifice et qui présentent la messe uniquement comme l’actualisation du sacrifice du Christ sur la Croix, n’ont qu’un rêve, celui d’une Eglise triomphante et toute puissante ! L’amour de la Croix devrait, au contraire, conduire les catholiques à accepter sereinement leur condition minoritaire, leur faiblesse du point de vue sociologique. En sachant que le petit troupeau du Christ n’a pas d’autre force que la force spirituelle de la foi, de l’espérance et de la charité.
    Michel Gitton à propos de la signification de la fête du Christ Roi :
    « On ne peut pas reprocher à l’Eglise catholique d’avoir cessé, dans la fin du 20e siècle et au début de ce millénaire, de revendiquer pour le Christ et son Eglise un rôle d’inspiration à l’égard des sociétés autant que des individus. Depuis Paul VI parlant de l’Eglise, à la tribune de l’ONU, comme « experte en humanité », jusqu’aux trois encycliques « sociales » de Jean-Paul II, en attendant celle que prépare notre Saint Père Benoît XVI, le Magistère de l’Eglise a constamment refusé de se borner à un enseignement intemporel et purement spirituel. On le lui a même assez reproché.
    Sans doute, ce que l’Eglise n’a pas poursuivi, c’est la revendication d’une mainmise de la religion chrétienne sur les institutions étatiques. Mais celle-ci n’était pas sans ambiguïtés, comme l’histoire l’a montré. La Royauté du Christ n’est pas une théocratie, qui se ramènerait à la soumission du pouvoir temporel par rapport à l’autorité ecclésiastique, situation qui, outre son invraisemblance dans les circonstances actuelles, relèverait d’une confusion des rôles des plus regrettables. En plaidant pour une « laïcité ouverte », le Pape préserve l’essentiel de la revendication qui a inspiré l’établissement de la fête du Christ Roi au 20e : pas de société digne de ce nom qui mette le religieux en dehors du jeu social, pas de société juste qui force le seuil de la conscience et encourage par le biais des lois des comportements contraires à la loi naturelle.
    Reste que tout cela est de l’ordre du relatif, car le christianisme garde une finalité qui dépasse ce monde et c’est là que la référence au Jugement dernier est capitale pour nous empêcher d’absolutiser des ajustements, dont les meilleurs ne sont jamais que des équilibres provisoires ».
    Il me semble que dans leur lettre aux catholiques de France (Proposer la foi dans la société actuelle, 1996) nos évêques nous donnent les moyens de comprendre et de vivre aujourd’hui la royauté sociale du Christ. Je préfère les écouter qu’écouter la Fraternité saint Pie X, tout simplement parce qu’ils ont reçu de l’Eglise du Christ une mission d’enseignement.
    « Face à la tentation du ressentiment, qui conduit à chercher et à dénoncer des responsables de cette crise, nous tenons à réaffirmer ce que le rapport sur la proposition de la foi a déjà manifesté: nous acceptons sans hésiter de nous situer, comme catholiques, dans le contexte culturel et institutionnel d’aujourd’hui, marqué notamment par l’émergence de l’individualisme et par le principe de la laïcité.
    Nous refusons toute nostalgie pour des époques passées où le principe d’autorité semblait s’imposer de façon indiscutable. Nous ne rêvons pas d’un impossible retour à ce que l’on appelait la chrétienté.
    C’est dans le contexte de la société actuelle que nous entendons mettre en œuvre la force de proposition et d’interpellation de l’Evangile, sans oublier que l’Evangile est susceptible de contester l’ordre du monde et de la société, quand cet ordre tend à devenir inhumain.
    Bref, nous pensons que les temps actuels ne sont pas plus défavorables à l’annonce de l’Evangile que les temps passés de notre histoire. La situation critique qui est la nôtre nous pousse au contraire à aller aux sources de notre foi et à devenir disciples et témoins du Dieu de Jésus Christ d’une façon plus décidée et plus radicale. » (page 20)
    1. De l’héritage à la proposition
    « Au temps où l’Eglise faisait pratiquement corps avec la société globale, malgré bien des contradictions et des affrontements, la transmission de la foi s’opérait d’une façon quasi automatique, les mécanismes de cette transmission étant d’ailleurs intégrés aux fonctionnements normaux de la société. Il était devenu difficile de vérifier l’adage selon lequel on ne naît pas chrétien, mais on le devient.
    Avec le recul du temps, nous devons reconnaître les inconvénients de cette situation ancienne: quand l’annonce de la foi se trouve plus ou moins réduite à la mise en œuvre de procédures quasi automatiques de transmission, des infléchissements imperceptibles peuvent se produire. Certains ont de fait conduit à une sorte de mondanisation de la foi, dans la mesure même où la religion catholique tendait à devenir une fonction de la société et l’Eglise à être conçue comme un simple service de la société.
    La situation présente comporte des difficultés nouvelles. C’est en effet la communication de la foi qui est aujourd’hui compromise ou rendue très difficile dans de larges secteurs de la société française.
    Paradoxalement, cette situation nous oblige à prendre la mesure de la nouveauté de la foi et de l’expérience chrétienne. Nous ne pouvons plus seulement nous contenter d’un héritage, si riche qu’il soit. Nous avons à accueillir le don de Dieu dans des conditions nouvelles et à retrouver en même temps le geste initial de l’évangélisation: celui de la proposition simple et résolue de l’Evangile du Christ.
    En même temps, du côté des auditeurs de la Parole, se vérifie un aspect corrélatif de la foi: ils sont amenés à accueillir cette Parole par un acte personnel d’adhésion. » (pages 36/37)
    « Affirmer cela revient à reconnaître le caractère positif de la laïcité, non pas telle qu’elle a été à l’origine, lorsqu’elle se présentait comme une idéologie conquérante et anti-catholique, mais telle qu’elle est devenue après plus d’un siècle d’évolutions culturelles et politiques: un cadre institutionnel, et, en même temps, un état d’esprit qui aide à reconnaître la réalité du fait religieux, et spécialement du fait religieux chrétien, dans l’histoire de la société française.
    Mais, à titre de réciprocité, en tant que catholiques qui héritons de cette histoire longtemps conflictuelle entre l’Eglise et l’Etat, et aussi entre la tradition catholique et la tradition laïque, il nous revient de tirer les conséquences de ces évolutions pour les temps actuels.
    – D’abord, il est toujours important de faire un bon usage de notre mémoire et de notre histoire. Faire un bon usage veut dire respecter la réalité des événements, les situer dans leur contexte, ne pas les projeter artificiellement à notre époque. A cet égard, les rappels historiques ne suffisent pas. Une théologie de l’histoire peut être aussi très utile pour comprendre comment notre histoire demeure une histoire du salut, où les crises elles-mêmes peuvent devenir des moments de renouveau missionnaire, qu’il s’agisse de l’époque des invasions barbares ou de la période révolutionnaire.
    Déchiffrer notre histoire avec le regard de la foi permet d’affronter dans la foi les difficultés actuelles.
    – Quant à ce qui concerne l’importance du fait chrétien à l’intérieur de notre histoire nationale, nous devons rester vigilants. Car la foi ne peut pas être réduite à une tradition religieuse que l’on pourrait utiliser à des fins culturelles, sociales ou politiques. La tradition catholique est inséparable de l’Evangile du Christ qui l’inspire, et du peuple des croyants qui s’en réclame.
    En d’autres termes, nous tenons à être reconnus non seulement comme des héritiers, solidaires d’une histoire nationale et religieuse, mais aussi comme des citoyens qui prennent part à la vie actuelle de la société française, qui en respectent la laïcité constitutive et qui désirent y manifester la vitalité de leur foi.
    – Enfin, nous avons un désir fort à exprimer: en cette fin du 20e siècle, après deux siècles d’affrontements parfois violents entre la tradition catholique et la tradition laïque, nous souhaitons que l’on parvienne à surmonter les ressentiments et les ressassements réciproques.
    Ne sommes-nous pas plus libres aujourd’hui pour reconnaître que beaucoup des valeurs de nos deux traditions étaient et demeurent des valeurs communes, en particulier le souci de la justice pour tous et le sens de la droiture dans les comportements personnels et sociaux?
    N’avons-nous pas aussi à reconnaître que, face aux fractures sociales et à la crise de transmission généralisée, nous sommes confrontés à un défi commun qui consiste à éveiller les jeunes générations à ces valeurs dont nos deux traditions sont porteuses?
    A chacun de nous de prendre ses responsabilités, en cherchant à ne pas réveiller des querelles anciennes, et en faisant un bon usage de la laïcité elle-même.
    Pour notre part, au titre de notre citoyenneté et de notre foi, nous voulons contribuer au vouloir-vivre de notre société, et y montrer activement que l’Evangile du Christ est au service de la liberté de tous les enfants de Dieu. » (Pages 27-29)
    « Nous voilà appelés à proposer l’Evangile non pas comme un contre-projet culturel ou social, mais comme une puissance de renouvellement qui appelle les hommes, tout être humain, à une remontée aux sources de la vie. » (page 25)
    A la lecture de ces textes il apparaît clairement que la direction dans laquelle Civitas et la Fraternité saint Pie X veulent entraîner les catholiques de France, au nom de la royauté sociale du Christ, est totalement opposée aux consignes des évêques de France en vue de la proposition de la foi dans notre société actuelle. Il n’est donc pas étonnant que les catholiques français se soient déchirés suite aux affaires Piss Christ, Castellucci et Golgota Picnic. On ne peut pas suivre en même temps les consignes de Civitas et l’enseignement de nos évêques, vient un moment où il faut choisir clairement dans quelle direction l’on veut avancer.

    • @Robert Culat

      Ouff!

      Je n’ai pas eu le temps de tout lire, j’essaierai de le faire, et si le temps me le permets, ce week end.

      Premièrement, vous ne contestez aucunement ma réponse sur la théocratie… Qui n’est ni la volonté de Civitas, ni de la FSSPX.

      Deuxièmement, d’après ce que j’ai pu lire (mais encore, je n’ai pas tout lu), il me semble qu’en ce qui concerne la royauté sociale du Christ (que vous dites être un terme qui n’est pas employé dans le Catéchisme, et dans les textes du Concile, ou si peu), finalement, vous êtes plutôt d’accord (ce me semble, et ne vous déplaise), avec les positions de Civitas et de la FSSPX que vous récusez tant!

      En effet, si l’on lit bien Mgr Lefebvre, et même, ceux qui lui ont succédé, le Christ doit D’ABORD régner dans les coeurs avant de régner sur la société! Je vous précise à ce sujet que le discours des prêtres de la FSSPX, chaque année, est de renouveler la consécration des foyers au Coeur Sacré de Jésus, et je n’ai JAMAIS (jusqu’ici) vu un prêtre de la FSSPX proposer une consécration de la France sans parler de consécration d’un foyer au Coeur de Jésus. Donc, je ne vois pas ou est le problème! Je ne vois pas ou sont alors les désaccords, si ce n’est finalement que des questions de personnes sans intérêt! Qu’est ce qui dérange à la fin ? La tronche à Lefebvre ? ou ses idées ? Parce que si le Saint Siège a décidé de pourparlers avec la FSSPX, c’est qu’il y a VRAIMENT matière à discussion.

      Et nous, laïcs, que faisons nous ?

      On compte les points…

      Troisièmement : vous parliez de théocratie qui serait proposée (je résume le fond de votre pensée, je pense) par Civitas et la FSSPX… Mais en supposant même que vous ayez raison, ce n’est pas le vrai problème du pouvoir.

      Quel est le problème du pouvoir ? Ca, c’est la VRAI question. Nous pourrions qualifier d’une certaine manière le Vatican comme une théocratie, puisque le Pape y est à la fois l’autorité temporelle et spirituelle. Il y eût des « bons » papes (Saint Pie X, par exemple…) Il y en eût de mauvais (Borgia, par exemple). Il y a eu de « bons » rois (Saint Louis, par exemple), il y en a eu de mauvais (Philippe Le Bel, par exemple), et force donc est de constater que ce n’est pas la forme qu’emprunte le pouvoir qui est importante, mais qui l’exerce. Exerce t’on le pouvoir pour des raisons personnelles ? Nous tendons alors à la tyranie, qui est, selon Saint Thomas, le pire des régimes. Exerce t’on le pouvoir dans le but du BIEN COMMUN ? le pouvoir est alors le mieux exercé… C’est qu’en réalité, le véritable problème du pouvoir, c’est l’ABUS. La tentation du pouvoir, c’est d’en abuser à des fins personnelles.

      Pour éviter les abus pourtant, il y a des moyens, mais pour l’heur, je vais m’arrêter là, parce que je vais finir par être plus long que vous.

      Je dirais seulement que parmis ces moyens, il y a la distinction du spirituel et du temporel, et je crois que c’est la meilleure manière d’éviter les abus de pouvoir.

  17. @ Pneumatis : Le « Fides et Ratio » présente un problème dans son postulat de départ : « Il existe deux ordres de connaissance, distincts non seulement par leur principe mais aussi par leur objet. Par leur principe, puisque dans l’un c’est par la raison naturelle et dans l’autre par la foi divine que nous connaissons. Par leur objet, parce que, outre les vérités que la raison naturelle peut atteindre, nous sont proposés à croire les mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont divinement révélés ».

    Ce postulat étaye la démarche de la raison (« Celle-ci, en effet, s’appuie sur la perception des sens, sur l’expérience, et elle se développe à la lumière de la seule intelligence ») mais est purement circulaire en ce qui concerne la foi (« Cette connaissance exprime une vérité fondée sur le fait même que Dieu se révèle, et c’est une vérité très certaine car Dieu ne trompe pas et ne veut pas tromper »).

    Autrement dit la raison s’appuie sur des éléments tangibles, qui lui sont extérieurs, et partagés identiquement par tous les hommes, là où la foi ne se fonde que sur les résultats qu’elle même produit.

    En usant du même raisonnement circulaire je peux arguer que le rêve ou l’alcool sont également des voies vers la connaissance : « Cette connaissance est vraie puisqu’elle permet de voir des éléphants roses, lesquels existent bien puisqu’ils m’ont été révélés par cette connaissance vraie. »

    Toute l’encyclique décline dans une vaste tautologie cette erreur fondatrice en l’émaillant de figures de style habillées en fausses questions (« Où l’homme pourrait-il chercher la réponse à des questions dramatiques comme celles de la souffrance, de la souffrance de l’innocent et de la mort, sinon dans la lumière qui vient du mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Christ? »), de nouveaux postulats qui ne sont que des versions différentes de la conjecture initiale (« Les hypothèses peuvent fasciner, mais elles ne satisfont pas. Pour tous vient le moment où, qu’on l’admette ou non, il faut ancrer son existence à une vérité reconnue comme définitive, qui donne une certitude qui ne soit plus soumise au doute »), ou de répétitions sous toutes les formes de ce postulat arbitraire (« De ce point de vue, la raison est valorisée, mais non surestimée. Tout ce qu’elle atteint, en effet, peut être vrai, mais elle n’acquiert une pleine signification que si son contenu est placé dans une perspective plus vaste, celle de la foi. »)

    L’encyclique explore ainsi à chaque page les conséquences du postulat infondé et autoréférent qu’elle a posé au départ. Elle feint de promouvoir une recherche de la vérité alors qu’elle en a posé d’entrée les conclusions.

    Il en découle de multiples assertions erronées, ou au mieux improuvées, qui sont présentées comme des évidences : « la vérité divine qui nous est proposée dans les Ecritures sainement comprises selon l’enseignement de l’Eglise jouit d’une intelligibilité propre, avec une cohérence logique telle qu’elle se propose comme un authentique savoir. », « Il n’est pas pensable qu’une recherche aussi profondément enracinée dans la nature humaine puisse être complètement inutile et vaine », « La foi chrétienne […] dépassant le stade de la simple croyance, introduit l’homme dans l’ordre de la grâce », etc…

    Avec de tels manquements à la rigueur élémentaire, je ne vois pas en quoi ce document pourrait faire progresser la théorie de la connaissance.

  18. Les yeux ouverts Says:

    @ Manu,
    Le temps t’a sans doute manqué : aussi je ne désespère pas un retour sur les textes transmis. « Ton meilleur ennemi »
    @ Père Culat : merci de ces éléments relalifs à la royauté de Notre Seigneur
    @ Etienne web,
    Merci pour cette réponse au Père Culat. Vous écrivez :
    « Je dirais seulement que parmis ces moyens, il y a la distinction du spirituel et du temporel, et je crois que c’est la meilleure manière d’éviter les abus de pouvoir. » On ne pouvait faire plus condensé. J’aurais simplement rajouté, après temporel :  » dans l’ordre des finalités propres de chacun des 2 pouvoirs, tous 2 « partenaires » du salut »

    • « Le temps t’a sans doute manqué : aussi je ne désespère pas un retour sur les textes transmis. »

      Oui, j’ai eu une semaine un peu difficile sur le plan professionnel, qui me pousse à remettre ma réponse à Pneumatis, ainsi qu’aux autres commentaires, à la semaine prochaine…. Bon we d’ici là…

    • @Les Yeux Ouverts

      On ne pouvait faire plus condensé. J’aurais simplement rajouté, après temporel : « dans l’ordre des finalités propres de chacun des 2 pouvoirs, tous 2 « partenaires » du salut ».

      Merci 😉 On est d’accord 🙂

    • En fait j’essayais d’y répondre dans la partie de ma réponse à Pneumatis qui se référait à Pascal. C’est sans doute peu pour ‘linstant, mais j’essaierai d’y consacrer prochainement un billet (note que j’ai élargi la thématique de mon blog en crant une rubrique « christianisme et culture »). En gros, je ne crois pas qu’en faisant inervenir davantage l’Etat sur des questions morales on rende son action davantage morale. Celle-ci le devient avec des décideurs davantage formés au discernement sur les questions éthiques, pas par la censure ni par des lois ou des décisions juridiques en faveur d’un « ordre moral ». Pour tout dire, il y a déjà trop de concepts d’origine morale dans le droit à mon avis, qui sont selon moi sources de davantage de relativisme plutôt que d’une quelconque avancée en faveur du Bien commun.

  19. Parole d’Evèque :
    http://www.citeetculture.com/article-castellucci-mgr-brincard-89195740.html

    @ Père Robert Culat mais pas seulement : vous en pensez quoi ?

  20. L’erreur de Civitas dans son fonctionnement, ses méthodes et ses buts ressemble fort à celle de la Cité Catholique… Le problème étant qu’il s’agit d’une erreur volontaire et revendiquée…
    Un évêque de France avait déjà mis en garde l’assemblée des évêques contre les dérives de ce mouvement en 1960!!! Rien de nouveau sous le soleil!
    http://lacriseintegriste.typepad.fr/weblog/1960/03/m%C3%A9moire-de-lassembl%C3%A9e-des-cardinaux-et-archev%C3%AAques-au-sujet-de-la-cit%C3%A9-catholique.html

  21. Suite au message du père Culat, il me paraît utile de rappeler que « la cité catholique » n’existe plus depuis 1963, que son héritier direct en est ichtus (qui n’est pas un mouvement) qui vient d’annoncer son rapprochement avec la fondation de service politique.
    Il me paraît aussi utile de rappeler que l’oeuvre fondée pas Jean Ousset ( une oeuvre de laïcs ) a toujours fait preuve du plus grand attachement à Rome, ce qui lui a valu des soutiens permanents.
    Des précisions utiles pour éviter des interprétations et/ou des inexactitudes.
    http://www.ichtus.fr/article.php3?id_article=62
    http://www.citeetculture.com/article-fusion-ichtus-association-pour-la-fondation-de-service-politique-89041758.html

  22. Une vidéo très intéressante datant de 2008, mais à l’époque Civitas n’avait pas fait de campagne… Donc personne ne s’est offusqué! Il il n’y a pas eu de scandale publique. Pourtant des mois d’exposition à Beaubourg c’est autre chose que des mois dans une petite galerie d’Avignon…

    http://traces-du-sacre.centrepompidou.fr/exposition/presentation.php?id=85

    L’explication du conservateur sur Ernst est aussi très éclairante et montre le danger d’une interprétation frontale et rapide de l’art contemporain…
    J’aime beaucoup aussi ce qu’il dit en introduction car le jour où le thème religieux sera totalement absent de l’art contemporain (si Civitas parvient à ses fins!) cela sera mauvais signe. Une opposition est toujours préférable à l’indifférence et à l’oubli. Après c’est bien sûr aux artistes chrétiens de créer du beau en s’inspirant de leur foi.

  23. […] “C’est pourquoi entre la voie préventive face à l’injure publique (censure préalable: par exemple faire pression sur les collectivités pour interdire la représentation, ou chercher à l’entraver en gênant son financement) et la voie répressive (le procès pour undélit constitué: injure, diffamation, discrimination…) je choisis résolument la seconde. Je reconnais qu’elle est très difficile à appliquer, comme ce billet de Nicolas Mathey tend à le démontrer, et je dis “tant pis!”: la liberté d’expression a plus de prix pour moi que l’interdiction d’une ou deux pièces obscures jouant la provo facile.” (Faut-il dissuader l’Etat et les collectivités territoriales de subventionner les oeuvres anti…). […]

  24. […] j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans un billet publié à l’occasion de la polémique autour du Golgota Picnic, je suis sur le principe […]

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