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A propos de la réponse de Liberté Politique sur le Hellfest 1/2

Posted in Hellfest with tags , , on 5 septembre 2011 by Darth Manu

L’Association pour une Fondation de Service  Politique répond aux nombreuses critiques que son interview des responsables du Collectif Provoc Hellfest publiée  avant les vacances avait suscitées.

« Avec un titre pareil on ne s’étonnera pas que le festival du Hellfest qui s’est tenu à Clisson du 17 au 19 juin – seul festival français de musique « metal » –, ait suscité en juillet une vive polémique entre les pour et les contre. « 

Comme il l’a été dit et répété bien des fois depuis 2009, « fête de l’enfer » n’est qu’une des traductions possibles de « hellfest« . Le Larousse liste les significations usuelles suivantes du mot « hell« :

« noun 1. religion enfer m
mythology [underworld] les enfers
to go to hell
a. [Christianity] aller en enfer
b. mythology descendre aux enfers go to hell! (informal) va te faire voir!
to hell with society! (informal) au diable la société!
come hell or high water (informal) contre vents et marées, envers et contre tout
when hell freezes over à la saint-glinglin
it’ll be a cold day in hell before I apologize je m’excuserai quand les poules auront des dents
it was a journey from hell! (informal) ce voyage, c’était l’horreur!
all hell broke loose (informal) ça a bardé
to give somebody hell (informal) passer un savon or faire sa fête à quelqu’un
the damp weather plays hell with my arthritis (informal) ce temps humide me fait rudement souffrir de mon arthrite!, par ces temps humides, qu’est-ce que je déguste avec mon arthrite!
there’ll be hell to pay when he finds out (informal) ça va barder or chauffer quand il l’apprendra
I went along just for the hell of it (informal) j’y suis allé histoire de rire or de rigoler
he ran off hell for leather (informal) il est parti ventre à terre
hell’s bells!, hell’s teeth! (informal) mince alors!

2. [torture] enfer m
working there was hell on earth c’était l’enfer de travailler là-bas
he made her life hell il lui a fait mener une vie infernale
3. (informal) [used as emphasis]
he’s as happy/tired as hell il est vachement heureux/fatigué
he’s in a hell of a mess il est dans un sacré pétrin
a hell of a lot of books tout un tas or un paquet de livres
we had a hell of a good time nous nous sommes amusés comme des fous
they had a hell of a time getting the car started ils en ont bavé pour faire démarrer la voiture
to run/to shout like hell courir/crier comme un fou
I’m leaving — like (the) hell you are! je pars — n’y compte pas!
I just hope to hell he leaves j’espère de tout mon cœur qu’il partira
get the hell out of here! fous or fous-moi le camp!
what the hell are you doing? qu’est-ce que tu fous?
who the hell do you think you are? mais tu te prends pour qui?
oh well, what the hell! oh qu’est-ce que ça peut bien faire?
did you agree? — hell, no! as-tu accepté? — tu plaisantes!
4. (US & informal) [high spirits]
full of hell plein d’entrain or de vivacité
5. (informal & humorous)
cauchemardesque
 from hell cauchemardesque » 

Si littéralement « Hell » désigne l’enfer et un certain nombre de réalités qui lui sont associées sémantiquement (la souffrance etc.), on voit  que  son usage l’a amené à prendre des significations beaucoup plus vastes que celles purement religieuses, et qu’ainsi il peut désigner l’entrain et la vivacité  (« full of hell« ) ou encore avoir une fonction de superlatif pour exprimer toutes sortes de réalités, souvent très neutres religieusement ou moralement ( » a hell of a lot of books »,  »  « we had a hell of a good time »).

Dans le cas du Hellfest, si Liberté Politique et quelques autres persistent à faire de « fête de l’enfer » la seule traduction possible, on voit que celle beaucoup plus neutre de « fête plein d’entrain » est tout aussi valable, et semble d’ailleurs plus cohérente, dans la continuité de l’ancienne appellation du festival: « Furyfest« . A vrai dire, même quelqu’un d’aussi peu suspect d’être amateur de métal extrême que l’abbé de Tanoüarn s’est ému du caractère biaisé et excessif de la traduction par les collectifs cathos anti hellfest du mot « hellfest« :

« Mais j’en appelle aux anglicistes: et si hellfest devait être traduit par « putain de fête »? un peu comme « a hell of a bike » est « une moto qui arrache », ou « une moto d’enfer »… ou encore « une putain de moto ». Dire cela d’une moto, ce n’est pas lui prêter de mauvaises mœurs, c’est au pire parler vulgairement. Bien sûr le hellfest emprunte au folklore du paramedieval, du retrofantastique, et même du pseudosatanisme. Vous trouvez que c’est malsain? Je préfère Wagner et Laibach! Mais de grâce, ne prenons pas cette hellfest plus au sérieux qu’il ne faut. » 

Alors certes Liberté Politique ou d’autres sites sont libres de penser que la traduction « religieuse » du nom du festival est celle qui correspond vraiment à l’intention des organisateurs, mais ils ont alors à le démontrer, et non à sommer ces derniers ou l’ensemble des métalleux de rendre des comptes dessus. Procéder à l’inverse, comme c’est manifestement le cas de l’article que je commente, est  partisan et peu convaincant.

« Le nombre des festivaliers :

Si le nombre maximal de personne était chaque jour de 25 000 personnes, et qu’en effet le festival du Hellfest fut plein pendant les trois jours, cela ne fait pas pour autant 75 000 personnes présentes, mais seulement 75 000 tickets vendus en trois jours. En effet, la plupart des festivaliers ont passé les 3 jours à Clisson afin de profiter pleinement du festival. Il est difficile d’estimer dans quelle mesure il s’agissait des mêmes personnes tout au long du festival. 25 000 est un chiffre a minima, sans doute sous estimé, mais le chiffre de 75 000 ou de 90 000 festivaliers différents tout au long du festival n’a certainement pas été atteint. »

Cela n’enlève rien au fait tout à fait incontestable, et et à mon avis beaucoup plus significatif, que le festival atteint chaque année un peu plus tôt sa capacité d’accueil maximale, et que l’année dernière, pour la première fois, les entrées ont été épuisées très en amont de la première journée.

« La drogue :

La détention de drogue, le nombre d’interpellations et le taux d’alcool ne sont pas les raisons pour lesquelles le festival pourrait être fermé, ni pour lesquelles il est actuellement critiqué. Comme beaucoup l’ont dit, d’autres festivals sont bien pires de ce point de vue. Même s’il faut déplorer la consommation abusive de drogue et d’alcool, il faut reconnaître que les chiffres du Hellfest sont relativement peu élevés. » 

En effet, si les actes délictueux en question (trafic de stupéfiants et violences en réunion) sont bien sûr condamnables en eux-mêmes, rien ne permet de les relier à une quelconque dangerosité du festival lui-même ou à la responsabilité des organisateurs. Merci de le reconnaître.

« Haine des festivaliers :

Aucun mot de l’entretien ne diffuse un message haineux envers le metal, ou les metalleux (festivaliers ou autres). Seuls certains groupes de metal sont visés dans l’interview, en raison de leur message et non par simple volonté de nuire.

Nous sommes d’accord pour dire avec certains commentaires que la musique metal n’est pas nécessairement satanique, ni les metalleux tous christianophobes, mais que le « rock metal » est un style musical qui a sa culture et ses fans. Cependant, une haine et une violence anti-chrétienne voire anti sémite est véhiculée.Il ne faut pas oublier que Hellfest signifie « festival de l’enfer ». » 

Sur la dernière phrase de l’extrait, voir plus haut.

S’il est vrai que l’entretien n’était pas « haineux », il donnait cependant la très désagréable impression de gonfler un certain nombres d’éléments disparates et sans grande signification (les gardes à vues, la question du nombre de festivaliers…) pour dissimuler le relatif échec de la pétition (5 000 signatures contre 35 000 pour la pétition de CEC l’an dernier et 80 000 pour celle de Civitas contre le Piss Christ cette année). C’est ce qui a déclenché la colère, à mon avis compréhensible et légitime, des festivaliers mais pas seulement, contre cette interview. Cela dit, je connais un peu l’un des participants de l’entretien et je confirme qu’il semble de bonne foi et motivé par des soucis d’intérêt commun et non par la haine, même si je trouve son discernement sur le Hellfest et le métal extrêmement erroné.

Je pense que cet extrait pointe ce qui est à mon avis une grande erreur stratégique des anti hellfest: le problème, ce n’est pas le festival lui-même, qui invite les groupes réputés du genre. C’est le fait que certains des styles de musiques (pas tous loin de là) qui y sont représentés sont souvent associés thématiquement par le public et par les musiciens eux-mêmes à l’anti christianisme, au satanisme, à l’occultisme etc. en particulier le death metal et surtout le black metal. Persuadez ou contraignez les organisateurs du Hellfest de ne plus inviter de groupes « cathophobes » et ceux-ci trouveront sans difficultés d’autres lieux ou se produire, et même s’il n’en trouvent pas, ne seront pas entravés pour autant dans la diffusion de leurs idées: l’un des groupes de black metal les plus connus et les plus hostiles au christianisme, Burzum, ne donne aucun concert. Par contre, poser la question sur le plan plus général, mais aussi plus pertinent, des thématiques propres au métal extrême, en essayant de déconstruire les a priori anti chrétiens supposément propres au genre et de promouvoir une relecture chrétienne ou « neutre » de celui-ci, comme le présent site s’efforce de le faire, voilà qui peut contribuer à changer les mentalités, de telle sorte que les groupes connus et talentueux, y compris de black metal, ne soit pas si souvent ceux-là mêmes qui sont les plus hostiles au christianisme.

On pourrait m’objecter que la transformation des mentalités sur le long terme peut être associée à plus court terme à une action de lobbying sur les organisateurs et les responsables politiques. Je pense que c’est une illusion: les thématiques satanistes propres au rock et à ses épignones sont souvent nées et se nourrissent des condamnations et des pressions par des organismes et des responsables religieux: du rock à Black Sabbath, de Black Sabbath à Venom et Slayer, de ceux-ci à Deicide et Morbid Angel, et enfin de ces derniers à Mayhem ou Marduk. Je crois que c’est Einstein qui disait que répéter sans cesse la même action en espérant un résultat différent est le plus sûr signe de la folie. En ce sens, au regard de l’histoire du métal, la démarche des anti Hellfest parait « folle » (et je précise bien: folle au sens de contraire à la réalité, voire dangereuse, pas au sens de Saint Paul).

« Interdiction du Hellfest :

Comme le spécifie bien le commentaire d’Innerlight à propos de l’interview du Président du collectif que nous avons publié, le témoignage de Pneumatis, et l’intervention du curé de Clisson ne signifient pas qu’il faille interdire le Hellfest. Ce n’est pas non plus le but premier du Collectif : le collectif veut éviter les débordements et les discriminations anti-chrétiennes de certains groupes qui peuvent exister dans le festival. »

Oui mais le Collectif, comme il le rappelle d’ailleurs dans l’entretien en cause, choisit spécifiquement comme moyen d’action  l’appel à la censure, ce qui, si je ne suis pas systématiquement opposé à toutes censures, me parait extrêmement inopportun dans le cas du Hellfest pour les raisons que j’ai exprimées notamment dans mes articles en réponse à la pétition du Collectif ou encore dans Hellfest: respecter autrui dans mon expression… comme dans la sienne.

« La question des subventions publiques :

Les subventions publiques ne peuvent être allouées que si le festival respecte la loi. L’appel à la haine, la discrimination publique d’une communauté quelle qu’elle soit est en France condamnée par la loi. Si le Hellfest ne respecte pas la loi, il n’y a pas de raison que des subventions lui soient attribuées. Cela ne signifie pas qu’il faille supprimer toutes les subventions du festival, mais que le festival ne peut accepter des groupes prônant la discrimination. »

Encore faut-il prouver que l’appel à la haine ou à la discrimination sont constitués. Comme j’ai tenté de le démontrer dans  « Hellfest: respecter autrui dans mon expression… comme dans la sienne », et comme les responsables du collectif l’admettent eux-mêmes à mots couverts dans l’entretien en cause (« Les députés et sénateurs ont un vrai travail à faire pour que la christianophobie, ainsi que l’incitation à des attitudes attentatoires à la dignité de la personne humaine, soient mieux prévenues et sanctionnées, au même titre que le sont l’antisémitisme ou l’islamophobie« : je reviendrai sur la question de la « cathophobie » dans la seconde partie de mon billet, puis probablement dans un article qui lui sera exclusivement consacré),  c’est loin d’être évident, même si je reconnais que je ne suis pas juriste et que certains textes et précédents semblent pouvoir l’objet d’interprétations dans les deux sens. Mais une fois encore c’est aux anti Hellfest que revient la charge de rpouver leurs allégations, et non au festival de se justifier d’accusations elles-mêmes contestables dans leur contenu comme dans leur formulation.

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Le Collectif Provoc Hellfest et Moby Dick

Posted in Hellfest with tags , , , , on 2 juillet 2011 by Darth Manu

Je délaisse momentanément la rédaction de mon billet en retard sur la « cathophobie » que j’ai promis lors du Hellfest aux Yeux Ouverts (pour il y a plus d’une semaine: je suis très en retard) et de celui sur le métal chrétien en réponse au billet récent du blog La maison du Père pour réagir à une interview absolument surréaliste et tout à fait désespérante, par son absence de remise en cause personnelle et sa partialité bordant sur la mauvaise foi,  du Collectif Provoc Hellfest sur Liberté Politique.

« La pétition que nous avons initiée a recueilli 5 000 signataires. Elle constitue une base de travail intéressante avec des contacts pour soutenir et intensifier l’action du Collectif à l’avenir. Notre action s’est traduite aussi par le retrait des logos des mécènes du site officiel du HellFest. Nous sommes maintenant des acteurs incontournables de la protestation, identifiés par les médias : plusieurs entretiens nous ont été demandés, dont un par France 4 dans le cadre d’une émission programmée sur l’été, et plusieurs médias ont rendu compte de notre action, comme La Croix ou Valeurs Actuelles. Par ailleurs, une association est en cours de constitution, qui appuiera de façon très intéressante et complémentaire notre action : nous pourrons en dire plus l’année prochaine. »

La pétition de cette année a recueilli 5000 signature, soit le cinquième de la capacité d’accueil quotidienne du Hellfest et 7 fois moins que le nombre de signatures recueillies par Catholiques en Campagne l’an dernier. Pas vraiment ma définition d’un succès mirobolant, d’autant plus qu’après pluseurs mois d’existence du Collectif et de sa pétition, Civitas, proche de Catholique en Campagne, a choisi de lancer sa propre pétition  sans citer celle du  Collectif, ce qui donne une image assez en demi-teinte de la cohésion des anti hellfest, et de la capacité de mobilisation du Collectif.

Par ailleurs, si l’article de Valeurs Actuelles est indiscutablement hostile au Hellfest, celui de La Croix est selon moi neutre et se borne à donner la parole à chacun des intervenants . Je  remarque aussi que de nombreux articles dans la presse ont ironisé sur les anti hellfest, ainsi dans Le Monde, Les Inrockuptibles, etc.

« A notre interpellation des groupes politiques du Conseil Régional, seul celui d’Europe Ecologie-Les Verts a répondu, pour indiquer son soutien au HellFest. A titre personnel, seule la conseillère régionale Sandra Bureau a pris la parole ; les autres, là encore, sont restés bien silencieux ! Nous notons tout de même des interventions du Parti Chrétien Démocrate. Alors, « qui ne dit mot consent », comme dit le proverbe. Nous osons pourtant espérer que les groupes s’affichant à droite, dans une région dominée par les socialistes, évoluent. Les échéances de 2012, c’est bientôt ! »

Effectivement les écologistes ont envoyé balader le Collectif, sur la base d’une argumentation juridique qui m’a paru cohérente. Par ailleurs un élu de gauche critiquait sur son blog la pétition il y a peu.

Je note que le Collectif qui s’est défini dès l’origine comme une association « apolitique » présente désormais sa campagne comme un combat « droite vs gauche ». C’est non seulement un aveu déguisé d’échec, au niveau mobilisation, mais un cadeau au Hellfest. Ca donne des raisons aux électeurs de la gauche, pas forcément amateurs de metal (parfois critiqué dans ce camp pour ses affinités supposées avec l’extrême droite) de le défendre, sans pour autant nécessairement mobiliser la droite, qui compte dans ses rangs pas mal de métalleux (ainsi un militant de l’UMP critiquait (antépénultième commentaire) en 2009 sur le site Pro hellfest l’initiative de Christian Vanneste d’attaquer publiquement le Festival).

« Il n’y a pas en effet que des groupes ouvertement christianophobes au HellFest : il y a aussi des groupes clairement satanistes, qui savent avancer masqués, tels que Therion (lire à ce sujet le témoignage très parlant du blogueur Pneumatis) qui se livrent sur scène à un vrai rituel démoniaque, ou comme Septic Flesh, dont le dernier album s’apparente à une messe noire. A voir le nombre de chrétiens fréquenter ce genre de « culture », il nous semble que la parole de l’Evêque se doit d’être forte et, à la manière de la veuve de l’Evangile, insistante. Nous saluons l’intervention du curé de Clisson, le père Henry, qui a dénoncé les excès du HellFest sans état d’âme, en intervenant dans son champ de compétence, celui de prêtre et de pasteur. »

Ce passage réussit le paradoxe de me faire sourire et hurler de rage à la fois (comme quoi le Collectif a plus d’affinité avec le black metal qu’il ne le croit, dans sa capacité inconsciente à susciter des émotions paradoxales 😉 ).

L’article de Pneumatis sur Thérion tout d’abord: cet article succède à un premier billet sur le Hellfest , auquel l’auteur a assisté en ma compagnie et en celle d’autres défenseurs du festivle, où il dit qu’à part Thérion, il a vécu cette expérience d’une manière finalement assez agréable, comme « un dimanche à la campagne », ce que lui reproche d’ailleurs en commentaire le blogueur Les Yeux Ouverts, étroitement associé à la démarche du Collectif.

Dans son troisième billet sur cette expérience, Pneumatis revient sur les récupérations anti Hellfest de son billet sur Therion. Il écrit notamment:

« Je voudrais te parler un peu de laïcité… et de cohérence. Ami chrétien, frère en religion, gaulois : tu as sans doute déjà entendu parler de ce précepte évangélique : la séparation du spirituel et du temporel. Au cas où le détail t’aurait échappé avec Therion, quand je parle de pratiques occultes, de magie, de voie de la main gauche, tout ça… c’est du domaine de la spiritualité. A aucun moment, dans les paroles de chansons ou la mise en scène, il n’est question d’agression envers les chrétiens, ou même envers qui que ce soit, pour ce que j’en ai vu. Même pas en grec.

Certes, pour nous chrétiens, l’occultisme c’est caca. Mais c’est du caca spirituel. Comment est-ce que, par Belenos et ses vaches à lait, tu as pu penser un seul instant qu’un combat spirituel se menait avec des armes politiques ??? Serais-tu prêt à nous inventer une pétition anti formules magiques ? Aurais-tu oublié un tout petit peu à quoi servent précisément les prêtres, la prière, les sacrements, et tout cet attirail livré clef en main avec ton baptême ?

Oui, il est de notoriété publique que Therion est lié à un ordre occulte, qui se retrouve sans doute pour autre chose que des réunions Tupperware. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est eux. Oui, c’est toujours bon à savoir, et oui, je peux comprendre que ça te fiche un peu les chocottes, à la limite. C’est normal, on entre dans le champ du combat spirituel. Mais merde, enfin : il y a 2000 ans, tu aurais appris ce que Jésus avait vécu au désert, les tentations, tout ça… tu aurais fait une pétition pour que l’empereur interdise les excursions dans le désert ? Que tu interpelles les pouvoirs politiques quand des groupes appellent à la haine d’autrui, très bien. Que tu trouves justifié de le faire juste parce que des musiciens font de la sorcellerie, tu me fais peur : avec toi, demain on revit le Pakistan, sauf qu’à la place d’Asia Bibi, on mettra Esmeralda au cachot en attendant de la brûler.

C’est finalement un autre point commun que vous avez, les extrémistes des deux camps : on dirait que les uns comme les autres vous êtes convaincus que l’Eglise a brûlé des sorcières en masse pendant 2000 ans. La seule différence, c’est que pour les premiers, ça vous fait une bonne raison de demander à l’Eglise de la boucler, tandis que pour les autres, c’était très bien comme ça. Et entre les deux, il y a l’Eglise, à des années lumières des fantasmes des deux bords qui ne cesse de répéter qu’on a besoin de d-i-a-l-o-g-u-e-r. Et elle a du boulot, parce qu’en plus d’avoir justement à sa charge le fameux combat spirituel(*), elle doit se coltiner les carences pathologiques en discernement de ses ouailles, et supporter toujours les mêmes préjugés depuis deux siècles et demi de la part des autres. Ouch, que ça fait du boulot, tout ça. »

Comment le Collectif, qui connait bien la démarche de Pneumatis, si différente de son slogan « l’ère du dialogue est révolu! », peut-il ainsi récupérer ce qui l’arrange dans son billet en taisant ce qui lui déplait davantage? C’est pour moi, sinon un mystère, du moins une déception. J’attendais du Collectif, non pas certes un plein accord avec mes positions, mais au moins un minimum d’honnêteté intellectuelle, quelque chose d’un peu plus élevé et digne que les récupérations du Salon Beige. S’il est vrai en effet que ce billet sur Therion m’a moi-même ébranlé, et que je m’en souviendrai lors de mes prochaines analyses sur le black metal, il ne peut servir en l’état à cautionner des initiatives de censures que son auteur a toujours combattues très explicitement!

Il est d’autant plus ironique que le collectif cite dans la même phrase le communiqué du curé de Clisson. Celui-ci semble certes approuver leur combat, mais « pourvu que ce soit toujours dans un esprit de justice, de vérité et de charité« . Est-ce que déformer la parole d’autrui pour créer l’impression d’ une unité de point de vue qui n’existe pas répond à de tels prérequis? Pour ma part je ne le pense pas…

« Nous nous sommes en effet rendus sur place pour rencontrer des métalleux, des médias et des Clissonnais. La belle unanimité est loin d’être aussi évidente que les médias l’écrivent. Par ailleurs, nous avons noté que cette fiesta de l’enfer s’est traduite par 20 évacuations sanitaires dont 2 pour coma éthylique lourd. Il faut dire que la consommation d’alcool a atteint des records cette année, tant en muscadet (8500 litres) qu’en bière (100 000 litres) !

Cocaïne, cannabis, kétamine circulent aussi en quantité. Il y a eu 52 interpellations pour détention de stupéfiants ou de drogues dures, plusieurs gardes à vue pour violence en réunion. Notons enfin que l’irrespect édifié en droit absolu a permis la tenue d’un concert à 11h sous les halles de Clisson, au moment de la messe dominicale, et que sur les pass destinés aux riverains non festivaliers, figurait une croix renversée, une de plus. »

J’y étais également, et c’était beaucoup plus bon enfant que ne le suggère le Collectif, même s’il est vrai que cela picolait pas mal. Quand aux chiffres sur les interpellations et les gardes à vues, ils n’ont de sens que rapportés à une comparaison rigoureuse et étayée avec les statistiques dans ce domaine d’autres rassemblements populaires, ce que le Collectif se garde pour l’instant bien de faire. J’ai vu de mes yeux des policiers discuter avec un métalleux ivre devant la gare d Clisson à 5 h du matin, et ils semblaient beaucoup plus sereins et amusés que la plupart des fois que j’ai vu intervenir la police. Pas l’attitude en tout cas de professionnels habitués à débusqué au Hellfest des délinquants de la pire espèce. Par ailleurs, la consommation de drogue  si inquiétante soit-elle, on en trouve même des occurrences au Frat de Lourdes (cannabis essentiellement, pour ce que j’en sais) : doit-on interdire le Frat de Lourdes? Il ne suffit pas en effet de dire que quelques festivaliers prennent de la drogue ou provoquent des débordement, mais il faut démontrer que le Hellfest suscite davantage ce type de comportements que d’autres rassemblements de taille comparable.

« C’est désormais le rôle du Collectif que d’envisager les fondements de celle-ci, sachant qu’en l’état actuel du droit, le blasphème ou les propos christianophobes ne sont pas considérés comme des délits. Il faut ici dénoncer le « 2 poids, 2 mesures » législatif et juridique. Il a suffit que la Fédération des déportés et internés de France écrive au maire et au Préfet pour leur signaler la présence d’Anal Cunt au HellFest et le titre de sa chanson pour qu’il soit déprogrammé. Quant aux chrétiens, il semble qu’ils doivent attendre un incident grave et antichrétien en relation directe avec le HellFest, sur place ou a posteriori, pour que les pouvoirs publics agissent. »

Traduction pour les non bilingues en « Langue de bois-Français »: le Collectif n’est pas sûr qu’un procès contre le Hellfest puisse aboutir de manière satisfaisante, ce qui signifie que suivant le droit français sous sa forme acuelle, l’appel à la haine et à la discrimination contre les chrétiens, la « christianophobie » en somme, du Hellfest est loin d’être constitué,  du point de vue même du Collectif.

«  La prise de conscience progresse« : Tout à fait d’accord: seulement 5000 signatures cette année pour la pétition du Collectif: les points de vue se nuancent et de plus en plus de personnes des deux côtés désirent le dialogue…

 » Puisque vous êtes déterminés à poursuivre votre action, que prévoyez-vous pour l’an prochain ?

Plein de projets ! « 

Et bien comme ça on va se revoir. A bientôt donc! 🙂

Plus sérieusement, je reconnais que mon analyse de l’interview du Collectif par Liberté Politique a une tonalité assez sarcastique qui tranche elle-même un peu avec mes appels aux dialogues. C’est parce que sa démarche me désespère. C’est à la fois un refus explicite du dialogue (alors que de plus en plus de métalleux semblent y être ouverts) et pourtant pas quelque chose d’aussi détestable que les arrières pensées politiques d’organismes tels que Civitas… Ca me donne plutôt l’impression d’une croisade personnelle: Les Yeux Ouverts contre Ben Barbaud, le Collectif contre le Hellfest, Capitaine Achab contre Moby Dick. Une vision très romantique de la lutte du Bien contre le Mal semble animer la démarche de cette association:

« Quand le fric et le pouvoir manifestent à ce point ce type de connivence, collusion et abandon, il semblerait, à première vue, que la morale et l’éthique, en la circonstance, aient déserté le coeur et l’esprit. Si la culture est ce qui contribue à rendre l’homme plus humain, comment qualifier en effet  autrement la contre culture dont se réclame le hellfest que de décadence ? »

 Mais l’histoire est heureusement là pour nous montrer que rien n’est écrit par avance, qu’il n’y a de « sens de l’histoire » que pour les manipulateurs et/ou idéologues et qu’enfin l’annonce et le service de la vérité, pour peu que nous y mettions de la détermination, ne peuvent que porter du fruit en abondance. »
Rappelons toutefois au Collectif que la lutte obsessionnelle d’Achab contre Moby Dick le conduit à la solitude, la haine et la mort. Obsédé qu’il est par la lutte contre le démon qu’il perçoit, il devient aveugle à celui qui est invisible et qui corrompt lentement son coeur. Et de même, le Collectif commence à détourner des témoignages, présenter des articles neutrs comme lui étant favorables, faire feu de tout bois en ressortant des articles datant d’années passées ou chicanant sur les questions de sécurité du festival ou d’audience réelle, alors qu’il est certain que le Hellfest remplit intégralement et de plus en plus tôt chaque année sa capacité d’accueil maximale. Ce refus du dialogue place les membres du Collectif en porte à faux par rapport à des chrétiens comme moi ou Pneumatis, voire par rapport à certains métalleux « ouverts » comme « Marie du Hellfest »,  qui seraient tout à  fait près à poser la question des paroles ou des effets sur l’auditeur néfastes  de certains groupes, à condition que cela passe par l’échange respectueux et nuancé et non par la contrainte et la condamnation sans connaissance réelle du sujet.
La démarche sans nuance et hors de tout bon sens du Collectif ne mettra sans doute pas le Hellfest en danger, mais peut-être l’âme de ses membres. Puissent-ils discerner davantage, et méditer le texte suivant:
« Un second degré de lecture, nous montre ainsi que la lutte entre Achab et Moby Dick symbolise celle du bien contre le mal, or comme nous l’avons vu précédemment, les rapports peuvent s’inverser selon le point de vue soit du capitaine soit du cachalot. En outre, le capitaine est obsédé par Moby Dick pas seulement à cause de la renommée qu’il pourrait avoir mais aussi parce qu’il veut se venger de l’animal. cette même vengeance fera qu’il mourra accidentellement dans le roman. ainsi l’orgueil du capitaine, qui fut blessé quand Moby Dick lui prit la jambe, et sa quête de vengeance l’ont mené à sa perte. C’est donc métaphoriquement parlant non seulement la lutte contre le Bien et le Mal mais aussi la condamnation de l’orgueil et de la vengeance qui y est fait. »
Dans la façon qu’a le Collectif de prétendre avoir raison, contre les festivaliers, les universitaires (N Walzer par exemple), les cathos qui ont une expérience véritable du metal (R Culat), doit-on lire l’expression d’un discernement plus abouti, d’une vision supérieure de la distinction du bien et du mal, ou tout simplement l’alliance de préjugés contre une musique et une communauté mal connues à l’orgueil d’être le petit contre le grand, David contre Goliath, le héros des temps modernes qui résiste quasiment seul contre le dragon (ou la baleine) « christianophobe »?