« Christianophobie », christianofolie…?

Cet article sort un peu à première vue des thématiques propres à ce blog, mais les rejoint dans la mesure où il analyse un concept fondamental pour comprendre l’analyse que font certains milieux cathos du Hellfest.

La « christianophobie » est à la mode en ce moment. Civitas appelle à une manifestation contre elle le 29 octobre 2011, et multiplie les actions contre ses vecteurs supposés, ainsi la dernière en date… Ce qui suscite beaucoup d’enthousiasme chez de nombreux catholiques, mais également de fortes réticences, ainsi ici, ou , ou encore

Qu’est-ce que la « christianophobie » (ou la » cathophobie », juste un peu plus restrictive dans son objet)? Son étymologie suggère qu’il s’agit de la peur irraisonnée ou de la haine du christianisme. Ce serait un discours ou un comportement incitant à la haine et à la discrimination à l’encontre des chrétiens et de leurs valeurs, de même que l’homophobie à l’encontre des homosexuels, que la xénophobie à l’encontre des étrangers, etc.

Ce terme est très fréquemment invoqué, en ces temps de recul du christianisme et de polémiques contre l’Eglise, et on le trouve jusque dans la bouche du pape:

« Benoît XVI dénonce les persécutions des minorités chrétiennes dans le monde et, avec autant de vigueur, la «christianophobie» croissante en Europe, dans un message à l’occasion de la 44e journée mondiale de la paix qui sera célébrée le 1er janvier 2011.

Dans ce document rendu public jeudi par le Vatican, le pape exprime sa profonde préoccupation devant l’ «hostilité» et les préjugés» contre le christianisme sur le Vieux Continent, où il estime que le «laïcisme» est aussi dangereux que le fanatisme religieux ailleurs.

«Puisse l’Europe se réconcilier avec ses propres racines chrétiennes qui sont fondamentales pour comprendre son passé, son présent et son rôle futur dans l’Histoire», écrit Benoît XVI dans ce message intitulé «Liberté religieuse, chemin vers la paix». » (20 Minutes)

L’usage de ce terme est très fréquent sur la cathosphère. Il constitue une réaction au caractère biaisé du traitement par les médias de l’Eglise et du Pape, par exemple dans les polémiques qui ont marqué l’année 2009, sur l’avortement à Recife, la levée de l’excommunication des évêques intégristes, ou encore la petite phrase du Pape sur le préservatif. Il se nourrit de l’inquiétude suscitée par des phénomènes tels que le succès de produits culturels apparemment dirigés contre le christianisme, que ce soient le Code Da Vinci, la pièce de théâtre Golgotha Picnic, ou encore la présence de groupes ouvertement hostiles au christianisme dans un festival musical tel que le Hellfest. Il manifeste une forme de révolte contre les propos d’élus qui détournent la laïcité pour tenter de confiner l’expression religieuse à la sphère privée, ainsi ce maire qui a supprimé dans sa commune la crèche de Noël. De manière générale, il traduit la prise de conscience par les catholiques qu’ils sont en train de devenir une minorité, et exprime une tentative de renverser le cours des choses.

Cette prise de conscience que la foi catholique est de moins en moins estimée, voire de moins en moins tolérée, dans note société, est exacerbée par le spectacle de plus en plus effrayant que constitue le traitement des chrétiens par les autorités dans les pays où le christianisme est et à toujours été une minorité. Au Pakistan, les chrétiens sont emprisonnés ou condamnés à mort pour le moindre prétexte (ainsi Asia Bibi, qui est emprisonnée et qui encourt la pein de mort dans le cadre de la loi anti blasphème) alors qu’il semble qu’ils puissent être tués ou violés quasiment en toute impunité. En Egypte, le régime militaire opprime les coptes, et vient de briser dans le sang une manifestation. En Chine, le gouvernement tente d’asservir les évêques et les prêtres, et persécute ceux qui se refusent de ses plier à ses décisions.

Pris au piège de ce contexte angoissant, certains chrétiens choisissent le repli. J’ai ainsi pu rencontrer plusieurs jeunes, dans des rassemblements tels que le FRAT, qui me confiaient avoir peur de se dire chrétiens au collège ou au lycée. Mais la tendance dominante semble être à la riposte. Un réseau très dynamique de blogs, ainsi Le Salon Beige, Perepiscopus, L’Observatoire de la Christianophobie, ou encore Riposte Catholique, effectue chaque jour un veille très précise des différents actes de « christianophobie » qui semblent opprimer notre belle Eglise, ici ou ailleurs. Des manifestion sont organisées très régulièrement, contre le les kiss in, la « culture de mort », le Hellfest, la pièce de théatre Golgotha Picnic, le Piss Christ, le soutien apparent de la Mairie de Paris à une fête de fin de Ramadan, etc Des pétitions sont lancées par mail et sur internet. Lassée des compromissions apparentes des catholiques qui ont vécu le Concile et de l’enfouissement qui semble avoir été la politique de l’Eglise dans les décennies qui ont suivies, la nouvelle génération entend redonner à l’Eglise une place centrale dans notre société.

S’il est indéniable que l’Eglise souffre d’un déficit croissant d’image dans l’opinion, et qu’il est du devoir de tout catholique de ne pas y rester indifférent, le terme de « christianophobie » est-il adéquat pour décrire ce phénomène inquiétant avec précision et pertinence, ou est-il lui même une interprétation, sujette à des non dits et des arrières pensées politiques ou idéologiques, qui déforme ce qu’il entend désigner?

Dans un article intitulé « Antiphobie », le blogueur Philarète dénonçait il y aun an les mots en « -phobie », qui condamnent a priori le débat et pathologisent l’adversaire:

« Je suis tenté de l’expliquer en remarquant que ces vocables visent à disqualifier la possibilité même d’un débat. Ils ont une fonction neutralisante : les « phobies » ne sont pas des idées, mais des maladies (voire des infections, des pestes). Or derrière la peur du débat se cache généralement le désintérêt pour la vérité ou, s’agissant de débat de nature politique, au sens large, le scepticisme à l’égard de l’idée d’un bien à poursuivre ensemble, et donc à déterminer à travers la délibération collective. Le refus du débat relève donc d’une forme profonde de relativisme : non pas du relativisme superficiel qui fait dire « à chacun ses idées », mais du relativisme profond qui rend aveugle à l’intérêt d’une confrontation des points de vue, des analyses et des arguments, confrontation qui serait susceptible de faire apparaître que certains ont tort et d’autres raison.[..]

C’est ce type de configuration mentale que l’on peut repérer, mutatis mutandis, chez les propagateurs actuels des mots en « -phobe » et « -phobie » : culture de l’unanimité morale, pathologisation de la « dissidence » idéologique. Et, comme dans les périodes de notre histoire nationale où apparaît le culte fébrile de l’unanimité, le phénomène traduit sans doute la fragilité de notre état social. Il faut se sentir très fragile, en effet, pour craindre à ce point l’expression des points de vue divergents ».

En ce sens, l’usage du mot « christianophobie » ne se borne pas à décrire et à dénoncer une forme d’hostilité dominante au christianisme, mais va beaucoup plus loin, en interprétant cette dernière comme une démarche irrationnelle, « pathologique », de haine, plutôt que par exemple l’expression d’un malentendu, d’une méconnaissance, ou de critiques dignes d’être intégrées dans un débat raisonné. D’où la tautologie brandie par les adeptes de la lutte contre la « christianophobie »: la lutte est la dernière issue possible, celle qui est du devoir de tout chrétien, ce qui semble présupposer que le dialogue a déjà été tenté, et a abouti sur des points d’opposition indépassable, mais toute tentative de dialogue est en réalité bloquée d’emblée par le terme même de « christianophobie », qui impose l’idée que l’adversaire n’est pas dans une démarche suffisament rationnelle pour ête capable de dialogue, qu’il n’est qu’une maladie qu’on éradique, et non quelqu’un que l’on peut respecter et et avec qui on peut échangerd’une manière fructueuse pour tous. Les catholiques qui épousent cette lutte contre la christianophobie déplorent de ne pas ête écoutés, mais se ferment eux-mêmes à tout dialogue en enfermant leurs contradicteurs dans des mots qui nient leur individualité et leur capacité à les surprendre ou à dépasser leurs arguments: il y a les « christianophobes », les « traîtres », les « tièdes », les « bisounours », … Ils ne sont disposés à dialoguer qu’avec ceux qui partagent leurs présupposés. Et comme le dialogue présuppose un désaccord préalable, pas étonnant q’ils ne croient le plus souvent pas au dialogue.

S’il est indéniable que nombre de nos contemporains sont de plus en plus hostiles à l’Eglise et aux valeurs qu’elle défend il n’est pas sûr que le terme « phobie » décrive leur démarche avec justice et en vérité. La plupart des membres de ma famille, de mes amis, de mes collègues, ont approuvé en profondeur les campagnes médiatiques contre le Pape en 2009 et après. Ils sont pour l’avortement, pensent que le Concile Vatican 2 n’est pas allé assez loin, et estiment pour la plupart que la religion est source d’intolérance. ils sont du côté des kiss in et de la défense de la laïcité façon Charlie Hebdo. Certains d’entre considèrent qu’une oeuvre « blasphématoire » n’est pas très éloignée sémantiquement d’une oeuvre « intéressante », et d’autres écrivent sur leur blog des nouvelles qui n’ont pas grand chose à envier au Golgotha Picnic. Ils ne sont pas loin de me considérer comme un tradi, alors que sans être un « catho progressiste » au sens usuel du terme, je suis plutôt de gauche, parce que je vais à la messe tous les dimanches, suis animateur d’aumônerie, participe régulièrement à des retraites et des pélerinages, essaie d’avoir une vie de prière et sacramentelle régulière, et m’efforce de vivre en cohérence avec l’enseignement de l’Eglise, y compris sur les questions sociétales. Ils participent intimement de ce phénomène dénoncé aujourd’hui sous le nom de « christianophobie ». Et pourtant, beaucoup d’entre eux éprouvent de l’intérêt et même de la bienveillance envers mon parcours et mon témoignage, parce qu’en réalité, ils ne ha¨ssent pas vraiment l’Eglise, mais la connaissent mal, et sont alarmés par l’image d’intolérance véhiculée par les médias. Et ce qu’ils connaissent de moi leur procure une certaine forme de soulagement, voire de joie, parce que cela leur fait prendre conscience q’un catholique, ce n’est pas seulement quelqu’un qui condamne ou qui interdit, mais que nous avons aussi des expéiences positives à partager avec eux et à leur faire découvrir. Et peu à peu leur point de vue évolue, devient moins tranché, plus ouvert… Je refuse de désigner ces proches par un qualificatif aussi réducteur et insultant que celui de « christianophobe ».

On m’objectera que l’on peut détester le péché tout en aimant le pécheur, et que l’on peut condamner la « christianophobie » en général tout en restant ouvert à la diversité et aux nuances des parcours personnels. En effet, s’il est évident que beaucoup de personnes n’aiment pas l’Eglise parce qu’ils la connaissent mal, on peut considérer assez justement que le vecteur le plus efficace de cette ignorance est la saturation de la culture par toute sorte d’oeuvres ou de spectacles qui donnent une image fausse, voire outrageante, de l’Eglise et du christianisme. Le Code DaVinci, le Golgotha Picnic, voire les morceaux de certains artistes de metal sont des exemples récents. De manière analogue, peu de personnes ont réellement étudié l’histoire de l’Inquisition, mais beaucoup y voient une tendance profonde de l’Eglise, à force de la voir représentée au cinéma, dans la littérature, les bandes dessinées, etc.

Cependant, s’il est vrai que l’on ne saurait séparer totalement l’art de la morale, dans la mesure où il cherche à témoigner d’une certaine forme de transcendance, qui est celle de la Beauté, on ne saurait cependant le juger suivant ses normes. Le Bien et le Beau sont liés de manière ultime en Dieu, mais ils constituent des manifestations distinctes de sa Toute Puissance, qui orientent vers Elle par des chemins différents. L’art trouve sa validation dans la représentation du Beau, qui est lié au Bien et au Vrai, mais alors que le Bien se laisse relativement bien traduire par des normes, le propre du Beau est de se dérober à ces dernières, et les artistes n’ont de cesse de déconstruire les formes fixées par leurs prédecesseurs. Les normes que les classiques ont tenté par exemple de donner au théâtre n’ont pas résisté au temps, et les grandes pièces de théâtre des périodes suivantes sont celles qui se sont essayé à briser ces règles. Ou encore, le black metal traite de réalités mauvaises: la haine, la colère, le désespoir. Mais son succès ne réside pas dans la tentative de certains de ses créateurs de promouvoir de nouvelles normes similaires à celle de la morale dans leur forme mais contraires à elle dans leur contenu, à travers des idéologies telles que le satanisme, mais dans le sentiment esthétique qu’il procure, qui touche à des réalités présentes dans l’âme humaine, qui ont des aspects destructeurs, mais aussi créateurs: ainsi le désespoir peut-il mener au désir de rédemption et à la conversion. Condamner une oeuvre ou un courant culturel parce qu’il semble traiter du mal n’est donc pas opératoire, parce que même un artiste fou ou maudit peut toucher dans sa création à un sentiment ou une réalité qui dépasse son projet conscient, et mener à une élevation de l’âme, et que même un saint n’y arrivera pas s’il se borne à imiter les représentations déjà existantes de la beauté, et ne cherche pas au moins en partie à déconstrure ce qui a déjà été fait. Le Bien réside dans la soumission à des valeurs communes, et le Beau dans la création de nouvelles valeurs. Il n’est donc jamais complètement possible de juger l’un par l’autre.

Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas un combat culturel à mener en défense du christianisme. Mais l’erreur de nos pourfendeurs de la christianophobie est de croire qu’il est à mener autour de la culture alors qu’il se gagnera par elle. Par exemple, avec tout le respect que j’ai pour nos évêques, je suis un peu déçu que certains d’entre eux aient affirmé que refuser que les deniers publics financent de telles oeuvres puisse être une réponse adéquate aux problèmes qu’elles soulèvent . Une oeuvre d’art, si ratée soit-elle, avant que sa diffusion ne soit facilitée par des subventions, prend sa source dans une inspiration créatrice, qui est elle-même l’expression de sentiments et d’états d’âme de l’artiste, qu’il vise à faire partager. Bonne ou mauvaise l’oeuvre d’art n’est pas une pathologie ou un virus à éradiquer, mais le témoignage de la vie intérieure d’une personne. Le caractère outrageant d’une oeuvre est un effet, et l’inspiration créatrice qui anime l’artiste, son « génie » (que celui-ci soit réel ou non), est la cause. Chercher à empêcher la représentation d’une oeuvre (ce qui est un peu quand même le but d’une protestation contre des subventions publiques), cela revient à traiter les symptômes sans traiter les causes, ce qui est comme chacun sait le contraire de l’action d’un bon médecin. L’art traduit l’esprit d’un époque: la censure victorienne n’a pu empêcher l’émergence d’une littérature décadente, ni l’attrait de nombreux artistes pour des sociétés occultes telles que la Golden Dawn. Beaucoup d’oeuvres ou de courants combattus par les associations catholiques sont nées de l’underground, ainsi le black metal, et y puisent une partie de leur identité artistique. Attaquer leur diffusion ne convertira pas l’inspiration qui les a fait naitre, mais les radicalisera. Plus grave, ces attaques incessantes de Civitas et autres sur le terrain culturel, mais par des méthodes politiques et juridiques, accréditent l’idée que le combat pour l’Eglise n’est pas tant un combat culturel mais d’un combat contre la culture.

Le problème n’est en effet pas la diffusion des oeuvres, mais l’inspiration qui les anime: croire qu’on peut créer du Beau en attaquant l’Eglise, qui annonce la source du Beau. Il ne s’agit donc pas de faire taire l’inspiration mais de la convertir, en déployant non pas des juristes, des politiques ou des pamphlétaires, mais des musiciens, des écrivains, des poètes. La bataille de la culture ne peut se gagner que par la culture, en comprenant l’inspiration qui anime cette culture en partie hostile au christianisme, pour mieux la déconstruire et la dépasser par une inspiration nouvelle. ce qui présuppose de ne pas la condamner a priori comme une pathologie, une « phobie » et de refuser toute qualité artistique réelle à ses oeuvres, mais de comprendre de l’intérieur la démarche des artistes qui sont animés par elle, de dialoguer avec eux. Ce qui peut permettre dans certains cas de retrouver les traces d’une inspiration chrétienne chez ceux-là mêmes qui prétendaient la combattre: ainsi une grande partie de l’univers mental de nombre de black metalleux est stucturé par l’influence de l’oeuvre catholique de Tolkien. Ce qui constitue des pistes pour proposer une version proprement chrétienne de la culture comtenporaine, et de dépasser tout ce qu’elle peut avoir d’hostile ou étranger au christianisme de prime abord. . .

Il s’agit de mener le combat culturel en participant à l’activité créatrice de la culture contemporaine, et non en restant à ses marges en la condamnant. A lutter contre la christianophobie, les catholiques finissent par n’avoir que des choses à combattre dans notre société et aucune à proposer. S’enfermer dans une posture d’auto défense permanente, sans rien donner qui puisse avoir du sens et de l’intérêt pour les membres de notre société déchristianisée, c’est nous condamner à court terme à ne plus du tout être entendus, voire à être combattus à vue, et à ne plus pouvoir transmettre l’évangile, ce qui est pourtant beaucoup plus au coeur de notre mission que la lutte contre la « christianophobie ».

A force de traiter la culture contemporaine comme une maladie plutôt que comme un terrain d’échange, de dialogue et de construction, nous nous marginalisons et augmentons le ressentiment à notre égard. Puisque les catholiques de « riposte » adorent les références à la situation des chrétiens du proche et moyen orient, ils pourraient en ce sens méditer cette mise en garde du député maronite libanais Farès Souhaid, dans une interview publiée dans le journal Iloubnan, sur des questions différentes dans un contexte différent, mais qui pointe une tentation analogue:

« L’église devrait se positionner comme une pièce essentielle de l’architecture des mouvements actuels. Alors que tout ce qu’on entend, c’est que les chrétiens ont peur. Aujourd’hui quand j’écoute les Chrétiens j’entends juste qu’ils ont peur de tout. On parle du droit de vote à 18 ans, ils répondent « démographie musulmane ». On leur parle d’Etat civil, ils répondent « atteinte à notre identité chrétienne ». Ils informent l’Occident de leurs craintes mais l’Occident ne peut rien pour cette peur: les puissances occidentales voient dans cette région arabe, à majorité musulmane, un formidable intérêt économique; les entreprises occidentales attendent de se lancer sur ces marchés. Tout ce que l’Occident peut faire pour les chrétiens c’est leur proposer des visas pour quitter la région. Finalement, ici au Liban, une partie des chrétiens apparaît comme une communauté qui ne s’occupe que de ses intérêts (est-ce que la crise régionale va avoir un impact sur le système bancaire libanais, est-ce que d’éventuels problèmes sécuritaires vont perturber nos loisirs), une autre partie vit dans la peur (en Syrie, en Egypte, au Liban aussi bien sûr). Une autre est opportuniste et attend de voir dans quelle direction le vent va tourner. Dans ces trois cas, les chrétiens sont en marge de ce qui se passe alors qu’ils devraient y prendre part pleinement » (Matinale chrétienne de La Vie du 21 octobre 2011).

 Les associations catholiques qui misent tout sur la lutte contre la « christianophobie » se font fort de restaurer un catholicisme plus authentique, mais comme elles ne sont préoccupées que des intérêts de la petite tendance de l’Eglise qu’elles représentent (quelles sont les propositions de Civitas ou du Salon Beige pour plus de justice sociale, contre l’exclusion, la pauvreté,  ou même pour leurs initiatives d’évangélisation?) et n’ont rien à offrir à une société qui ne pense pas comme elles et ne les aiment pas, elles sont condamnées à échouer. Gardons nous de nous laisser entrainer dans leur chute probable, et de substituer à l’enfouissement de l’autruche de nos parents celui du bunker qu’elles (im)(pro)posent, qui est séduisant pour tous les jeunes souvent frustrés par les préjugés dont ils sont souvent victimes en tant que chrétiens, mais qui n’aura pour conséquence vraisemblable que d’accélérer la déchristianisation de notre société. Les pères de l’Eglise apportèrent l’espérance et le pardon à leur contemporains. Et de manière étonamment inverse, Civitas et ses acolytes n’apportent que la peur de l’autre et les condamnations…

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28 Réponses to “« Christianophobie », christianofolie…?”

  1. Le lien ici dans le second paragraphe ne fonctionne pas.
    Ma contribution au sujet de la christianophobie :
    http://www.citeetculture.com/article-reflexions-a-propos-de-la-christanophobie-87000233.html

  2. Bravo pour cette saine réflexion qui rejoint celle de Pneumatis:
    http://pneumatis.over-blog.com/
    J’ai conservé toutes les réactions, commentaires et correspondance de métalleux et autres personnes suite à mon insertion en tant que prêtre catholique dans la culture Metal…. Je vois donc les fruits concrets qu’une attitude de dialogue peut apporter… Et a contrario le désastre pour les âmes provoqué par les tenants d’un catholicisme agressif, rempli de peur et de haine au nom de la certitude de la foi, se délectant de la chasse au mal et des condamnations… Petit extrait d’une correspondance récente sur facebook. C’est un fan de Metal qui s’exprime:

    Bonjour, pouvez-vous me dire à quelles heures vous êtes connecté en général ? Si ca ne vous dérange pas j’aimerais discuter religion de temps en temps. Je me pose pas mal de questions auxquelles vous êtes le plus apte à répondre dans mon entourage. Ma première question qui en regroupe plusieurs : vous aurez le temps d’y méditer. Pourquoi Dieu a-t-il choisi un peuple « élu » alors qu’il est le père de tous les hommes, pourquoi avoir sélectionné alors qu’il est universel, de plus ayant créé l’homme a son image, il était bien conscient qu’on aurait la raison et l’intelligence et donc le doute. Pourquoi a-t-il puni ce doute par le déluge et d’autres fléaux ? Au lieu de montrer simplement sa présence. Bonsoir. Si vous avez un peu de temps, pouvez-vous me résumer l’expansion du christianisme en Europe, comment des peuples riches de culture et d’histoire ont pu adhérer au christianisme si facilement ? Par la force ? Votre série de réponses est claire et s’appuie sur les écrits ainsi que sur votre propre interprétation. Je ne m’attendais pas à mieux. Des réponses auxquels certains croyants ne savent malheureusement pas me répondre. Le milieu d’où je viens n’aime pas trop les questions. Il enseigne, c’est tout. Je parle de mon passage de force chez les «tradis» de mes 6 ans à mes 12 ans. La seule alternative c’était de me barrer. Enfin tout cela remonte à longtemps. Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de voir une école du genre mais ça fait peur. Bon je ne vous dérange pas plus, bonne soirée. J’y pense, croyez- vous a une certaine alliance entre le Vatican et certaines veines de la franc-maçonnerie ? Depuis ses origines moyenâgeuses, d’où l’expansion du catholicisme en Europe ? Ou est-ce une théorie infondée a la con ? Merci pour vos réponses, toujours aussi claires et précises. Je vais tout de même relire l’historique de la christianisation de l’Europe qui comporte pas mal d’infos.

  3. Vraiment intéressant et bien vu, merci !
    Je ne suis plus croyante mais garde un profond respect pour le catholicisme, et je me désole de l’incompréhension mutuelle des cathos et des non-croyants. je pense que vous avez pointé une source du problème.

  4. Bravo pour cet article qui sur le fond ressemble à celui de Pneumatis et va dans le même sens. Avec Pneumatis tu nous mets en garde contre l’impasse dans laquelle « les défenseurs intransigeants » de la foi catholique veulent entrainer l’Église de France. Contrairement à ce que certains prétendent il y a deux pastorales, deux approches qui ne sont pas « complémentaires » mais opposées et qui se détruisent l’une l’autre. Donc il faut choisir. La pastorale du dialogue telle que Paul VI l’a encouragée et le Concile Vatican II avec lui sans parler de Jean-Paul II, et du dialogue en s’insérant dans la culture contemporaine telle qu’elle est avec un regard bienveillant et pour en comprendre les enjeux réels, cette pastorale là ne peut pas coexister avec une « pastorale » héritée du 19ème siècle celle de la forteresse assiégée, du manichéisme pharisien entre les bons et les méchants, les purs et les impurs… Mon expérience personnelle d’insertion en tant que prêtre catholique, connaisseur et amateur de musique Metal, me confirme que cette cathophobie est rêvée (je n’en ai jamais été la victime sauf en de très rares occasions)… Bref dès que l’on s’engage dans un rapport de PERSONNE à PERSONNE et que l’on évite de se présenter comme membre d’un parti tel qu’il soit contre un autre parti les fruits du dialogue sont là. Halte aux manifestations, aux pétitions et aux volontés de censure; oui à la rencontre des personnes et à l’argumentation, oui au témoignage de notre engagement. J’ai conservé toutes les réactions qu’a suscité mon insertion dans la culture Metal, que d’encouragements de la part de ceux qui ont été touchés par mon attitude et de la part du Seigneur. En voilà un extrait significatif:

    Bonjour, pouvez-vous me dire à quelles heures vous êtes connecté en général ? Si ca ne vous dérange pas j’aimerais discuter religion de temps en temps. Je me pose pas mal de questions auxquelles vous êtes le plus apte à répondre dans mon entourage. Ma première question qui en regroupe plusieurs : vous aurez le temps d’y méditer. Pourquoi Dieu a-t-il choisi un peuple « élu » alors qu’il est le père de tous les hommes, pourquoi avoir sélectionné alors qu’il est universel, de plus ayant créé l’homme a son image, il était bien conscient qu’on aurait la raison et l’intelligence et donc le doute. Pourquoi a-t-il puni ce doute par le déluge et d’autres fléaux ? Au lieu de montrer simplement sa présence. Bonsoir. Si vous avez un peu de temps, pouvez-vous me résumer l’expansion du christianisme en Europe, comment des peuples riches de culture et d’histoire ont pu adhérer au christianisme si facilement ? Par la force ? Votre série de réponses est claire et s’appuie sur les écrits ainsi que sur votre propre interprétation. Je ne m’attendais pas à mieux. Des réponses auxquels certains croyants ne savent malheureusement pas me répondre. Le milieu d’où je viens n’aime pas trop les questions. Il enseigne, c’est tout. Je parle de mon passage de force chez les «tradis» de mes 6 ans à mes 12 ans. La seule alternative c’était de me barrer. Enfin tout cela remonte à longtemps. Je ne sais pas si vous avez eu l’occasion de voir une école du genre mais ça fait peur. Bon je ne vous dérange pas plus, bonne soirée. J’y pense, croyez- vous a une certaine alliance entre le Vatican et certaines veines de la franc-maçonnerie ? Depuis ses origines moyenâgeuses, d’où l’expansion du catholicisme en Europe ? Ou est-ce une théorie infondée a la con ? Merci pour vos réponses, toujours aussi claires et précises. Je vais tout de même relire l’historique de la christianisation de l’Europe qui comporte pas mal d’infos. (écrit par un jeune métalleux)

  5. CIVITAS réagit avec l’argument facile des tièdes pour dénoncer les mauvais chrétiens qui ne veulent pas manifester sous sa bannière… La citation de saint Jean Chrysostome (dont on ne connaît pas le contexte…) est amusante: il faut lire ce que dit ce patriarche à propos des sommes d’argent investis par les fidèles pour « la beauté du culte et de ses objets »…
    http://www.civitas-institut.com/content/view/707/1/

  6. […] que je n’ai pas manqué de lire avec attention, je parle ici des blogueurs koz, Pneumatis ou Inner light mais aussi de la conférence des évèques de France. En gros, les premiers reprochent les […]

  7. […] de l’Eglise, et notamment de plusieurs blogueurs tels que Koz, Pneumatis ou Inner Light qui ont tous trois estimé que Civitas faisait fausse route en luttant de cette manière contre […]

  8. […] de l’Eglise, et notamment de plusieurs blogueurs tels que Koz, Pneumatis ou Inner Light qui ont tous trois estimé que Civitas faisait fausse route en luttant de cette manière contre […]

  9. Instructif… Pour l’incendie du cinéma saint Michel avec des blessés graves dans le public (La dernière tentation du Christ) c’était l’AGRIF (de bons copains de Civitas) et les bons paroissiens de saint Nicolas…

    Un commando de la LDJ (« Ligue de Défense Juive » )

    a attaqué le cinéma St Michel à Paris
    qui programme le film Gaza-Strophe

    Communiqué de Claude Gérard, Directeur du Cinéma Espace Saint-Michel :

    Dimanche 3 avril à 17h l’Espace Saint-Michel a été victime d’une agression. Une vingtaine d’individus a tenté de pénétrer dans la salle où commençait la séance du film « Gazastrophe, Palestine » en blessant le projectionniste qui les en empéchait et après avoir laché et collé dans le hall du cinéma une avalanche de tracts nous assimilant à des « Antisémites »

    Ce film documentaire de Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk, qui est à l’affiche depuis le 16 mars, n’a rien d’antisémite et il aurait d’ailleurs été certainement interdit dans le cas contraire et le Saint-Michel ne le passerait pas.

    Il ne fait que recueillir, entre autres, des témoignages sur la souffrance de la population Palestinienne de la bande de Gaza au lendemain de l’opération « Plomb durçi »menée par l’armée israélienne entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009.

    Voilà près d’un siècle que le Cinéma Saint-Michel existe et défend son attachement à l’indépendance et à la liberté d’expression. Il a notamment surmonté l’épreuve de l’incendie dont il a été victime lors de l’attentat en 1988 contre la projection du film de martin Scorcese « La dernière tentation du christ ».

    L’agression dont nous avons été victime hier est une nouvelle occasion de proclamer haut et fort cet attachement à notre indépendance et à la liberté d’expression pour les œuvres que nous accueillons sur nos écrans.

    Claude Gérard, Directeur de l’Espace Saint-Michel

    COMMUNIQUE DE PRESSE DES REALISATEURS DU FILM  » GAZA-STROPHE, PALESTINE  »

     » Dimanche 3 avril à 17h55, un commando d’une vingtaine d’individus, membres de la LDJ (Ligue de Défense Juive), s’est attaqué au Cinéma Espace St Michel (Paris Vème) qui projette en ce moment notre film documentaire « Gaza-strophe, Palestine ». Grâce à l’intervention du projectionniste, leur opération a échoué, et les séances programmées ont pu se dérouler comme prévu.

    Equipés de chaînes et d’antivols, le commando (formé de jeunes gens très excités) a tenté d’enfermer le projectionniste et l’ouvreuse afin de pouvoir pénétrer dans le cinéma et d’interrompre la séance. Mais le personnel du cinéma a courageusement résisté à l’agression et a réussi à appeler la police. Visiblement surpris par cette résistance inattendue, les agresseurs ont rapidement pris la fuite, après avoir frappé le projectionniste, et promis de brûler le cinéma. Ils ont collé dans le hall les autocollants de la Ligue de Défense Juive, et jeté des tracts haineux. Une plainte a été déposée par le projectionniste, le directeur du cinéma envisage les suites judiciaires et dénonce l’agression contre son cinéma.

    Après les pressions diverses des groupes intolérants pro-israël qui ont conduit à la déprogrammation du film à Versailles, et d’un débat à Ris Orangis, le 16 mars, les menaces et intimidations de leurs nervis racistes ne nous empêcheront pas de continuer à animer sereinement les projections du film à Paris et ailleurs.
    Nous appelons à un rassemblement de soutien ce Mardi 5 avril à 20h30 devant le cinéma Espace Saint-Michel, place Saint-Michel, Paris 5ème ».

    Les réalisateurs, Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk

    Le film Gaza-strophe, réalisé par Samir Abdallah et Khéridine Mabrouk, est en salles depuis le 16 mars. Salué par la critique, et couronné de plusieurs prix internationaux, il a néanmoins été l’objet d’attaques nombreuses des lobbies extrémistes pro-israéliens.

  10. EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU CHAPITRE 26:

    51 Un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à son épée, la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
    52 Jésus lui dit : « Rentre ton épée, car tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée.
    53 Crois-tu que je ne puisse pas faire appel à mon Père, qui mettrait aussitôt à ma disposition plus de douze légions d’anges ?

  11. Manu, vous avez dit mieux que moi ici ce que j’ai essayé de dire ailleurs. Créez, créez, créez. Et créez bien. Parce qu’il y a de la place pour les oeuvres cathos, pour les oeuvres chrétiennes. Créez, et n’ayez pas peur.

    (Je ne dis pas « créons », car je ne suis plus une bonne catholique depuis bien longtemps…)

  12. […] Par opposition, les revendications violentes et les réquisitoires pour blasphème ne sont-ils pas plus repli identitaire ? La qualification de « phobie » n’est-elle pas en elle-même le refus du dialogue ? […]

  13. et pour rester constructif et défendre une culture de vie, un films trop laissé de côté y compris par nos clercs (et Civitas ?) http://luc1249.wordpress.com/2011/10/12/12-octobre-sortie-de-tree-of-life-en-dvd/

  14. Un texte du catéchisme des Évêques de France qui se passe de tout commentaire et qui est d’une actualité frappante:

    « Le refus de Dieu, à notre époque, prend des formes diverses, depuis l’athéisme serein ou militant jusqu’à l’indifférence. Il arrive même que, par une mystérieuse hostilité vis-à-vis de Dieu (dans laquelle le croyant peut déceler la présence de l’Adversaire), des hommes et des femmes cultivent une véritable haine du Seigneur, de tout ce qui l’évoque et de tous ceux qui l’invoquent. Littérature, presse et films nous montrent parfois ce genre de dérision et de blasphème alors que d’autres œuvres ouvrent sur le mystère de l’homme et de la vie spirituelle.
    Il est donc important d’évangéliser la culture, les milieux et les mentalités pour que la référence à Dieu y trouve sa juste place et ne soit pas systématiquement écartée. Mais ces refus, nous le savons, ont de multiples causes surestimation de la connaissance scientifique, révolte devant le scandale du mal, notamment les injustices et la souffrance des innocents, répulsion à l’égard de Dieu et de la religion rencontrés dans leurs caricatures.
    Certaines oppositions, toutefois, peuvent être plus proches d’une véritable attitude religieuse que des conformismes sans âme. N’oublions pas non plus que les saints eux-mêmes ont connu la tentation de se révolter contre le scandale de la souffrance: « Cela ne m’étonne pas, Seigneur, que vous ayez si peu d’amis, à la manière dont vous les traitez », disait sainte Thérèse d’Avila. Et le concile Vatican II, dans son Message aux pauvres, aux malades, à tous ceux qui souffrent, ose nous dire: « Le Christ n’a pas supprimé la souffrance; il n’a même pas voulu en dévoiler entièrement le mystère; il l’a prise sur lui, et c’est assez pour que nous en comprenions tout le prix. » On doit donc se garder de juger ceux qui semblent refuser Dieu. L’indifférence et l’athéisme militant doivent nous trouver lucides sur le mal, mais humbles et respectueux des personnes. Le concile Vatican II souligne en même temps ce que peut être la responsabilité des chrétiens dans la genèse de l’athéisme: « Les croyants peuvent [y] avoir une part qui n’est pas mince, dans la mesure où, par la négligence dans l’éducation de leur foi, par des présentations trompeuses de la doctrine et aussi par des défaillances de leur vie religieuse, morale et sociale, on peut dire d’eux qu’ils voilent l’authentique visage de Dieu et de la religion plus qu’ils ne le révèlent » (GS 19). » (n°548-549)

  15. […] pour citer les contributions les plus documentées : Koz, Pneumatis, Charles Vaugirard, Amblonyx, Darth Manu, le Chafouin, Patrice de Plunkett (qui donne la parole au père Robert Culat), Incarnare, […]

  16. @Les Yeux Ouverts: je repousse encore un peu ma réponse compte tenu des nombreux rebondissements récents. Je réfléchis encore à la meilleure approche mais je pense répondre aux arguments de ton billet en commentaire, finalement, et faire un article plus général appelant à l’unité…

    @tous: notre ami Etienne web m’a fait le commentaire suivant sur le présent article, qu’il a posté je pense par erreur en dessous de mon article sur « le sentiment de puissance dans le BM »:

    « Ma petite réflexion sur la christianophobie…

    J’aimerai juste préciser, avec mon regard de juriste, que la loi n’interdit pas aux chrétiens de se scandaliser de la montée de la christianophobie dans notre pays, et qu’il est un droit constitutionnel de manifester contre les dérives de la culture qui choquent les « minorités » (hélas) chrétienne.

    Ceci dit, il serait intéressant de lire les décisions de justice qui pourraient être rendues sur le thème… Encore une fois, je tiens à préciser que la christianophobie n’est pas juridiquement définie. Elle peut effectivement l’être sur un plan étymologique (la peur du chrétien par des non chrétiens), et le juge peut se servir de cette signification pour définir la christianophobie. D’ailleurs, en fait, le terme est mal choisi, puisqu’en réalité, il ne s’agit pas de « peur », mais de « haine ». Or le problème juridique est à mon sens très épineux… Car en fait ce n’est pas tant le terme christianophobie qu’il est important de définir, mais SURTOUT, c’est de savoir qui va le définir.

    Qui donc juridiquement peut définir un tel terme ? Le chrétien ? Le non chrétien ? Ni l’un, ni l’autre… C’est le juge…qui par définition d’ailleurs, n’est pas chrétien, puisqu’il est juriste. Son rôle est de se situer hors compétence religieuse, et dans une compétence juridique. Or, comme chacun le sait, depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, le pouvoir judiciaire se doit de respecter également le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat et ne peut donc pas donner une définition religieuse de la christianophobie, qui est pourtant la seule qui vaille… En effet, qui donc a intérêt à dénoncer la christianophobie, sinon le chrétien ?

    Aussi, je pense très sincèrement que le problème de la christianophobie (mais on pourrait l’élargir à l’islamophobie et toutes les formes de discriminations religieuses) est bien plus profond qu’une simple manifestation pour que les chrétiens soient respectés dans notre pays. Il s’agit à mon sens d’une remise en cause certaine de l’ordre établi dans notre société qui ne veut pas reconnaître que la seule et vrai religion est le christianisme. Vous connaissez le dicton : « De Dieu, on ne se moque pas. » C’est ce que veulent dire les chrétiens… Mais si l’Etat ne veut pas reconnaître l’existence d’une primauté du spirituel sur le temporel, il n’y a absolument aucune raison pour que l’on interdise de se moquer des dieux (celui des musulmans, celui des chrétiens, etc…), et de façon plus générale, puisque les religions prétendent toutes détenir la vérité (« Je suis la voie, la Vérité et la Vie », dit le Christ), de Dieu.

    Enfin, et cela ressort plus de mon opinion personnelle, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller manifester contre la christianophobie, parce que, étant chrétien moi même, j’estime que je n’ai pas à jeter la pierre sur les christianophobes (« que celui qui n’a jamais pêché lui lance la première pierre », dit le Christ aux juifs qui proposaient de lapider une femme prise en flagrant délit d’adultère). Je serais en outre mal placé pour répondre à un journaliste qui me poserait une question du style : « est ce que vous écouter Madonna, est ce que vous aimez Dimmu Borgir ?… Très clairement, si ce devait être le cas, je ferai comme les juifs : je m’en irai en reconnaissant que je suis pêcheur… Mais bien entendu, cela relève de mon opinion personnelle, et je laisse volontiers les personnes qui se sentent capable de le faire d’aller manifester pour cette cause tout à fait louable, tout comme l’a rappelé l’évêque de Vannes, Monseigneur Centène ; en outre, cela n’a rien d’illégal. »

    Et je lui ai fait la réponse suivante:

    « Tu sembles t’être trompé d’article à commenter…

    Par ailleurs, je pense que tu passes quelque peu à côté de mon propos dans mon article sur la christianophobie. Le problème n’est pas de définir la christianophobie, et il n’est pas non plus de nature juridique, mais philosophique.

    Mon probllème n’est pas de savoir si telle ou telle manifestation culturelle est ou non « christianophobe », c’est le terme en lui même auquel j’objecte, parce qu’il prétend décrire un fait objectif alors qu’il est déjà dans l’interprétation et le procès d’intention idéologique. Tu me dis que le mot est mal choisi parce qu’il s’agit plus de haine que de peur. Je lui reproche de ne pas se borner à décrire un phénomène, mais de l’interpréter en lui attribuant des origines qu’il n’a pas forcément. Comme je le rappelle dans mon article sur la christianophobie, je connais bon nombre de personnes hostiles au christianisme, dont certaines ont des activités culturelles qui s’inscrivent dans ce que Civitas appelle la « christianophobie » (pas seulement des métalleux). La plupart de ces personnes n’agissent ni par haine ni par peur, je peux en témoigner, mais par ignorance ou indifférence, et parce qu’elles aiment bien le topos de l’Eglise intolérante dan sl’art, parce qu’il leur parle non pas sur l’Eglise en tant que telle, mais par rapport à leur vécu personnel. Je pense que ces personnes sont disposées pour beaucoup à dialoguer ou à être informées, tant que cela n’est pas présenté d’une manière qui leuur apparait contraignante, au contraire de pétitions ou de jets d’oeufs ou d’huile de vidange.

    L’enjeu n’est pas de combattre la « christianophobie », mais de promouvoir l’évangélisation. Evangélise t-on mieux en menaçant ou en discutant? L’ironie de la situation est qu’elle m’a rappelé cet argument du « on ne dit pas je t’aime en hurlant », que diverses personnes, dont toi, avez opposé à ma démarche de promotion du metal chrétien. Dire je t’aime en hurlant, n’est-ce pas précisément ce qu’essaient de faire tous ces jeunes qui tentent de faire davantage respecter le christianisme par le rapport de force (qui n’est pas en leur faveur par dessus le marché)?

    J’ai du mal à comprendre ton paragraphe sur l’Etat. Que désires-tu: le retour à un christianisme d’Etat (sachant que cela n’a jamis empêché les conflits entre le spirituel et le temporel, dès Pépin le bref)? Ou une théocracie? Ne serait-il pas plus simple et à la fois plus au centre du problème de réfléchir à un moyen de coexister avec autant de communautés pour qui le christianisme est étranger, en promouvant d’une part la liberté religieuse, et en réfléchissant d’autre part à une manière de leur montrer tout ce que notre foi peut leur apporter, par le service, à la manière de Saint Paul qui travaillait pour son prochain, et témoignait ainsi de l’Evangile qu’il avait pour mission d’annoncer?

    Enfin, je te recommande les trois réactions suivantes à propos des dernières actions de Civitas,les deux premières émanant d’un antihellfest célèbre, qui est en principe du côté des manifestations anti blasphèmes mais semble avoir trouvé ses limites:

    http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=613077

    http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=613184

    http://plunkett.hautetfort.com/archive/2011/10/29/le-cardinal-vingt-trois-condamne-les-manifestations-contre-l.html« 

  17. […] La qualification de « phobie » n’est elle pas en elle même le refus du dialogue ? (voir chez @Manu_Navarre ici) ? […]

  18. […] A force de traiter la culture contemporaine comme une maladie plutôt que comme un terrain d’échange, de dialogue et de construction, nous nous marginalisons et augmentons le ressentiment à notre égard.” (“Christianophobie”, christianofolie?). […]

  19. […] du Christ », « les bisounours sont-ils les nouveaux hipsters de Jésus»… D’autres ont été bien meilleurs que moi sur cela. Comme le bon pain et le bon vin, si tu aimes, fais tourner […]

  20. […] du Christ », « les bisounours sont-ils les nouveaux hipsters de Jésus »… D’autres ont été bien meilleurs que moi sur cela. Comme le bon pain et le bon vin, si tu aimes, fais tourner […]

  21. […] et d’accélérer la déchristianisation de la société, comme je le remarquais déjà dans un précédent article. Il y a à mes yeux un véritable risque de “sectarisation” d’une partie des […]

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