Hellfest: respecter autrui, dans mon expression… comme dans la sienne

Préambule:

La polémique autour du Hellfest, qui oppose chaque année des milliers de métalleux (parfois catholiques), tous passionnés, à des milliers de catholiques (parfois métalleux), également tous passionnés, donne lieu, comme tout débat de cette ampleur, à des approches unilatérales et à des réactions partisanes. Pour certains, une minorité de fanatiques chercheraient à entraver la liberté d’expression, et plus spécifiquement celle de création artistique, pour interdire toute critique contre leur vision du monde subjective et partiale. Pour d’autres, le Hellfest, et les subventions publiques dont il est bénéficiaire, consacreraient d’une manière inadmissible une tribune pour la discrimination d’une religion entière, à l’heure où les communautarismes sont en pleine croissance, et serait un dérapage de la liberté d’expression au profit de discours de haine et d’exclusion.

Schopenhauer, dans L’art d’avoir toujours raison, soulignait déjà l’intérêt, à cet effet, de caricaturer la position de l’adversaire, et j’imagine que c’est de bonne guerre. A l’autre finalement de se débrouiller pour assurer sa défense.

Ma propre expérience des conflits, quoique modeste, m’enseigne que la vérité est rarement unilatérale, et qu’il y a souvent de l’erreur et de la vérité mêlées des deux côtés d’un débat. L’enjeu est de les démêler, par une problématique qui englobe les deux positions du débat, et d’en dégager les proportions, par l’examen des arguments objectifs en présence.

L’objet de cet article est de contribuer à la formulation de cette problématique commune, afin de donner un cadre non polémique aux arguments des deux côtés, et d’en finir avec les dialogues de sourds.

Le problème ici est la question de la liberté d’expression, avec son corrélat: faut-il censurer, ou dans le cas des organisteurs du festival, s’auto-censurer, et si oui, jusqu’à quel point? Deux écueils semblent possibles, chacun plus ou moins valorisé suivant la partie concernée. Le premier: ne rien faire, tout permettre. Difficile à avaler pour les catholiques, alors que le moindre propos vaguement ambigu du pape ou d’un évêque peut susciter des campagnes très violentes sur internet et dans les médias. Des lois protègent les convictions religieuses de chacun, et la moindre des choses est d’en demander le respect. La seconde: tomber dans le politiquement correct et la censure de toute oeuvre un tant soit peu dérangeante ou choquante. D’une part parce que c’est une entrave manifeste à la liberté d’expression, d’autre part parce que c’est la mort de tout dialogue réelle, et donc de toute possibilité authentique d’une transformation effective des mentalités et des préjugés.

1) La nécessaire entrave à la liberté d’expression apportée par la censure:

Rappelons tout d’abord la définition de la censure:

 « La censure est la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d’expression de chacun. Elle passe par l’examen du détenteur d’un pouvoir (étatique ou religieux par exemple) sur des livres, journaux, bulletins d’informations, pièces de théâtre et films, etc. — et ce — avant d’en permettre la diffusion au public. Par extension, la censure désigne différentes formes d’atteintes à la liberté d’expression, avant et/ou après leur diffusion (censure a priori et a posteriori). On distingue la censure politique (limitation par le gouvernement de la liberté d’expression) de la censure indirecte, non officielle, mais sous forme de pression, en particulier une forme de censure économique (due notamment à la concentration des médias, etc.) ; on peut aussi ajouter les phénomènes d’autocensure.

La censure peut aussi être institutionnelle ou sociale par la privation de l’information disponible à des particuliers ou à un groupe. Cette forme de censure peut se justifier dans certains cas pour des raisons médicales (voir psychiatrie)[réf. nécessaire] mais elle prend majoritairement une forme négative. La censure positive peut prendre aussi la forme de censure liée à l’âge. Un tel type de censure positive comporte par exemple la classification de film selon la thématique. (voir pornographie et violence) » (Article « censure » sur Wikipédia).

Toute censure n’est pas nécessairement mauvaise. Elle est même garante de la liberté de chacun, dans la mesure où elle nous protège contre la diffamation, l’outrage, ou les campagnes de haine. Ainsi mon hébergeur vénéré peut-il écrire dans son règlement:

« Responsibility of Contributors. If you operate a blog, comment on a blog, post material to the Website, post links on the Website, or otherwise make (or allow any third party to make) material available by means of the Website (any such material, “Content”), You are entirely responsible for the content of, and any harm resulting from, that Content. That is the case regardless of whether the Content in question constitutes text, graphics, an audio file, or computer software. By making Content available, you represent and warrant that:[…]

the Content is not pornographic, does not contain threats or incite violence towards individuals or entities, and does not violate the privacy or publicity rights of any third party […]

Without limiting any of those representations or warranties, Automattic has the right (though not the obligation) to, in Automattic’s sole discretion (i) refuse or remove any content that, in Automattic’s reasonable opinion, violates any Automattic policy or is in any way harmful or objectionable » (WordPress terms of service).

De même que ses concurrents d’ailleurs:

« Incitation à la haine¬: nous mettons Blogger à votre disposition pour vous permettre d’exprimer vos opinions, même si elles suscitent la polémique. Mais vous ne devez en aucun cas publier du contenu qui incite à la haine envers des groupes en fonction de la race ou de l’origine ethnique, de la religion, du handicap, du sexe, de l’âge, du statut de vétéran et de l’orientation/identité sexuelle. Par exemple, il est interdit de rédiger un blog affirmant que les individus d’une race donnée sont des criminels ou d’inciter à la violence contre les individus pratiquant une religion particulière » (Règlement relatif au contenu Blogger).

Et pour cause, ces hébergeurs s’exposent aux mêmes à des poursuites s’ils n’opèrent pas cette censure:

« Article 23 En savoir plus sur cet article…

Seront punis comme complices d’une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par tout moyen de communication au public par voie électronique, auront directement provoqué l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d’effet.

Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n’aura été suivie que d’une tentative de crime prévue par l’article 2 du code pénal.

Seront punis de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article précédent, auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes :[…]

Ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement.

Seront punis des peines prévues à l’alinéa précédent ceux qui, par ces mêmes moyens, auront provoqué à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap ou auront provoqué, à l’égard des mêmes personnes, aux discriminations prévues par les articles 225-2 et 432-7 du code pénal » (Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse , Version consolidée au 24 juillet 2010, articles 23 et 24).

 Le Hellfest s’est lui-même auto-censuré, sous la pression de certains groupes invités, en déprogrammant Satanic Warmaster, réputé proche du NSBM, mouvance effectivement connue pour pratiquer l’incitation à la haine.

L’an dernier, le groupe Sexion d’Assaut a eu de gros problèmes après avoir été suspecté de propos homophobes:

« Selon le site Internet du magazine Têtu, NRJ a décidé de suspendre son partenariat avec la Sexion d’Assaut. La radio a justifié sa décision auprès de Têtu et déclare ne pas souhaiter « alimenter la polémique ». NRJ avait lancé un concours, NRJ @ School, afin d’offrir à un jeune auditeur un concert privé du groupe dans son collège ou lycée.[24]

À la suite de cette polémique, fin septembre et début octobre 2010, plusieurs villes françaises ( Angoulême, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Saint-Étienne, Marseille, Nancy, Angers, Le Mans, Caen, Guivapas (Brest), Saint-Cyr sur Loire (Tours)) ont annulé les spectacles de Sexion d’assaut.[25]

Afin de faire diminuer la polémique, les membres du groupe ont rencontré, selon leur manageur, des associations de lutte contre l’homophobie et ont affirmé avoir pris conscience de la gravité des propos de Lefa.[26] « On n’est pas là pour parler de ça, on s’est expliqué et maintenant on préfère agir. On a rencontré des associations de lutte contre les homosexuels (sic). On comprend la polémique, même si beaucoup de choses ont été déformées et sorties de leur contexte. Mais si les villes nous annulent par peur, qu’elles sachent qu’il n’y a jamais eu aucun problème à nos concerts. »[27] » (Article Wikipédia « Sexion d’assaut).

Le point fort de l’argumentaire catholique contre le Hellfest réside dans la dénonciation du déséquilibre entre les différentes minorités et convictions religieuses, lorsqu’il s’agit d’apprécier ‘l’incitation à la haine« . Les propos les plus violents contre le christianisme semblent faire sourire ceux là même qui montent au créneau lorsqu’il s’agit de dénoncer les propos anti-sémites ou homophobes de tels ou tels groupes. En ce sens, que Satanic Warmaster ou Anal Cunt soient très facilement déprogrammés sur la suspicion de propos antisémites, alors qu’il semble quasiment impossible de faire annuler les concerts de groupes avec des propos anti-chrétiens, donne à beaucoup de catholiques une impression légitime de « deux poids deux mesures« .

2) Problèmes juridiques et moraux d’une censure dans le domaine artistique:

Pour nécessaire qu’elle soit dans certains cas pour assurer la liberté d’opinion et la sécurité de chacun, la censure est quand même par nature une atteinte à cette autre liberté humaine fondamentale qu’est la liberté d’expression. En ce sens, à propos de l’affaire Orelsan, le blogueur et avocat (et par ailleurs catholique et amateur de metal) Eolas pouvait écrire:

« Per­sonne n’est obligé d’écou­ter, nul n’a à inter­dire.

Car c’est quel­que chose qu’on ne répé­tera jamais assez. La liberté d’expres­sion est tou­jours la pre­mière atta­quée, parce que c’est la plus fra­gile. Il y a tou­jours une bonne cause qui jus­ti­fie que ÇA, non, déci­dé­ment, on ne peut pas le lais­ser dire. Le res­pect dû aux morts tués à l’ennemi, le res­pect dû à la jus­tice, le res­pect dû à la femme. Tout ça, ça l’emporte sur le res­pect dû à la liberté, cette sale pute. Et les attein­tes qu’elle a d’ores et déjà subies, au nom de cau­ses infi­ni­ment nobles (comme la lutte con­tre le néga­tio­nisme), me parais­sent déjà exces­si­ves.

Lais­sez tom­ber Orel­san, et un jour, c’est votre dis­cours qui déran­gera. » (Journal d’un avocat, Quelques mots sur l’affaire Orelsan).

En sens, l’initiative l’an dernier de la Confédération des associations catholiques (CNAFC) de saisir en référé le tribunal de Nantes pour que lui soient communiqué systématiquement les textes des groupes invités pour « vérifier qu’ils ne portaient pas atteinte aux intérêts spirituels et moraux des familles » était bien imprudente. La demande, dépourvue de tout fondement juridique sérieux, a été déboutée sans surprise aucune, mais si elle avait abouti, qu’est-ce qui aurait empêché toutes ces associations de défense de la laicité, des droits de la femme, de défense des homosexuels, d’exiger la même chose de l’Eglise en préalable à tout rassemblement de catholiques? Le problème, quand on commence à toucher aux libertés fondamentales, c’est que les conséquences sont pour tout le monde.

Il convient donc d’être très prudent lorsqu’on commence à toucher à la liberté d’expression, et c’est précisément cette prudence qui caractérise la loi ci-dessus.

En effet:

« L’incitation est donc le fait de poursuivre des personnes ou un groupe de personnes qui sera suivi d’effets. L’incitation à la haine, discrimination ou violence est l’intention donnée par le ou les auteurs, il y a un désir que cela se produise par des faits ou des actes.

L’incitation à la haine, discrimination ou violence doit avoir un désir pour que cela soit suivie d’effets et non d’inciter qui ne soit pas suivi d’effets. C’est généralement un mouvement brutal contre un individu ou un groupe d’individu » (LégiBlog, « L’incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence »).

 

Pour prouver qu’un groupe incite à la haine contre les chrétiens, il ne suffit donc pas de citer des textes à consonnance satanistes ou des propos qui condamnent le christianisme dans son ensemble, ou de dénoncer des métaphores morbides et blasphématoires. Il faut démontrer que les artistes incitent activement leurs auditeurs à passer à l’acte. En l’absence de cet élément, toute pression sur les autorités ou les organisateurs du festival pour censurer des groupes hostiles au christianisme est en elle-même une atteinte scandaleuse à la liberté d’expression, quand même garantie par notre Constitution et dont nous chrétiens nous réclamons nous-mêmes pour notre propre protection. En ce sens, les défenseurs du Hellfest ont parfaitement raison de souligner que tenir des propos satanistes pour le « fun » ou par tradition musicale, ce n’est pas la même chose qu' »inciter à la haine« .

Il est important de noter que s’abstenir de telles pressions, à l’encontre par exemple de groupes tenant des propos satanistes mais qui ne cherchent pas activement à provoquer des actions de haine, de discrimination ou de violence contre les chrétiens, n’est pas exclusif de dialoguer avec eux et leurs fans pour essayer de démontrer les limites et les dangers de leur propre discours. Mais lutter pour le bien commun, c’est aussi respecter et faire respecter les cadres établis par notre Constitution, établie pour protéger ce bien commun, et que nous chrétiens sommes appelés à respecter, comme toute autorité temporelle accordée par Dieu aux gouvernants humains.

3) S’exprimer dans le respect d’autrui, et aussi respecter l’expression d’autrui:

On m’objectera peut-être que même si l’expression de certains groupes est légale, elle n’est pas pour autant morale, et qu’il reste du devoir de tout chrétien citoyen de faire pression sur le festival pour qu’il se dote d’un « cahier des charges éthique ». Personnellement, je ne crois pas que la morale soit quelque chose qui ait vocation à être imposée, non seulement d’un point de vue juridique, mais également moral, précisément, ou même religieux.

« Tout le monde connaît l’adage : à celui qui meurt de faim au bord d’une rivière, il vaut mieux donner une canne à pêche que des poissons. Le premier cas résout le fond du problème, alors que dans la seconde option l’individu reste dépendant et passif. Pour neutraliser les idéologies dangereuses, il faut veiller à leur mise en perspective et à leur confrontation critique. Il s’agit donc de favoriser non pas une tutelle des citoyens par des instances régulatrices, mais plutôt la création d’espaces de débats qui permettent de démasquer les faiseurs d’illusions. C’est grâce à l’existence de structures et de règles de discussions contradictoires et rigoureuses, que nous pouvons désamorcer les manipulations dans le champ politique et médiatique » (« Faut-il tuer la liberté d’expression? », L’homme réseau: penser et agir dans la complexité, par Emmanuel-Juste Duits).

L’ordre public s’impose par la loi, et au besoin le recours à la force publique. La morale nait de la conversion des coeurs. Et celle-ci ne se suscite pas du dehors, mais provient d’une transformation intérieure. Or, pour qu’une telle transformation puisse être opérée, il faut que l’individu puisse faire retour sur l’état de son âme, ce qui suppose qu’il soit en mesure d’énoncer les troubles qui l’agitent éventuellement. De nombreux métalleux ont un rapport à la foi catholique qui est marqué par la méfiance, voire la souffrance. Ces dernières trouvent un exutoire dans les paroles des groupes qui blasphèment, dénoncent le christianisme comme force d’oppression, ou encore exaltent des thématiques morbides ou nihilistes. Ils sont comme nous créature de Dieu, comme nous marqués par le péché, et comme nous ils connaissent leurs moments de nuit. Et comme nous, ils ont le droit de témoigner de cette nuit et de crier leur souffrance et leur colère. Notre rôle de chrétiens, d’annonciateurs d’une Bonne Nouvelle, n’est pas de faire taire cette parole qui est la leur et qui exprime l’état présent de leur vie intérieure, mais de l’accueillir et de l’écouter, ce qui présuppose qu’elle puisse être dite librement, y compris dans l’espace public, pour ensuite proposer une autre parole, qui les prenne dans leur état actuel pour les amener éventuellement, s’ils acceptent de l’écouter à leur tour, vers plus de bonheur et de force intérieure. C’est seulement de cette manière que nous pourrons être convainquants, au lieu de nous contenter de créer notre propre communautarisme dans notre coin.

Lorsque Job a tout perdu, et qu’il a prononcé des paroles très dures de révolte contre Dieu, dans le livre du Premier Testament qui porte son nom, certains de ses amis lui ont fait la morale, et ont quand même un petit peu cherché à le faire taire. Dieu l’a laissé parlé avant de lui répondre. Et une fois que Job eut retrouvé à nouveau la foi et la confiance, Dieu fit reproche à ses amis de leur attitude simpliste de reproche, pourtant si semblable à ce dont certains milieux de l’Eglise font abusivement l’éloge sous le nom dévoyé par eux de « correction fraternelle ». On n’impose pas la conversion des coeurs, en faisant taire la parole de l’autre, si choquante soit-elle, au profit de la notre, mais on l’accompagne, en écoutant cette parole ennemie, en la laissant s’exprimer et se développer, puis en y répondant.

Conclusion:

C’est pourquoi, si je suis d’accord pour lutter par la censure contre les groupes qui incitent effectivement à la haine (encore faut-il le prouver au cas par cas, par l’examen non seulement des paroles mais également des intentions réelles de leurs auteurs), si je suis d’accord pour répondre par l’écoute et le dialogue aux groupes qui blasphèment contre Dieu et l’Eglise ou qui mettent en cause de manière virulente le christianisme sans toutefois menacer les personnes, je NE suis PAS  d’accord pour mélanger ces deux approches et chercher à censurer les groupes simplement blasphématoires, morbides, ou opposés au christianisme. Car cette troisième démarche, loin d’être une attitude chrétienne ou même morale, me parait intrusive et dégradante pour l’âme humaine, tant celle de son auteur que celle de ses victimes.

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19 Réponses to “Hellfest: respecter autrui, dans mon expression… comme dans la sienne”

  1. Bonjour Manu,
    Un billet intéressant, comme d’habitude. Les limites de la censure y apparaissent comme le résultat d’un amoindrissement de la conscience morale face à la transgression et du relativisme culturel ambiant.
    Tu me permettras de ne pas partager ta conclusion : ce n’est pas « ne pas être chrétien » que de chercher à interdire les groupes et/ou les chansons incitant à la haine, à la transgression sans limite ou à la christianophobie.
    L’amoralité ou l’aspect dégradant est que de tels propos soient tenus, qui plus est en public. Y réagir est par conséquent plutôt sain et j’ose dire salutaire puisque ni les groupes en question, ni les organisateurs ni les pouvoirs publics ne manifestent la volonté depuis plusieurs années de prendre le taureau par les cornes.
    Alors que dans le même temps les propos homophobes, antisémites ou islamophobes sont condamnés sans coup férir, et les groupes incarnant ces propos interdits de concert et/ou dénoncés dans les médias.
    Pour ma part, je me suis rendu longtemps disponible au dialogue mais suis obligé de constater que loin de tenir compte de ce que tu constates par toi même, le hellfest continue dans la voie tracée. L’arbre tombe du côté où il penche ai-je écrit dans un post de l’année dernière : cela se confirme avec l’édition 2011.

  2. « la transgression et du relativisme culturel ambiant. »

    Une remarque importante sur ce point: j’ai basé toute la seconde partie de mon exposé sur la question de la liberté d’expression garantie par notre Constitution. Je sais qu’il est courant dans certains milieux d’associer ce thème de la liberté d’expression à l’explosion du relativisme moral, et c’est certes un abus qu’elle a rendu possible.

    Cependant, cette même liberté d’expression est la garante de notre tissu social. Forcer le Hellfest à s’autocensurer parce qu’il nous choque nous chrétiens, c’est créer un dangereux précédent. Si en effet ce qui agresse ou incommode telle religion, tel ou tel courant de pensée, telle ou telle idéologie doit disparaitre de l’espace publique, alors il y a des associations d’homosexuels qui estiment que l’enseignement de l’Eglise porte atteinte aux choix de vie de leurs membres et demanderont sur la même base qui aura mené à la censure du Hellfest que cet enseignement soit tû, il y a des associations de défense des droits de la femme qui s’estiment agressées par les associations pro-vie et qui demanderont leur interdiction… Rappeler la morale dans la vie publique, c’est poser une parole qui est contrariante par nature, et commencer à faire taire tel ou tel parce qu’on n’aime pas ce qu’il dit, c’est ouvrir la porte sur sa propre censure à très court terme. Au fond, en demandant l’interdiction des groupes qui choquent, tu me parais faire le jeu à moyen terme de tous ces mouvements d’opinion qui estiment que la religion doit être du seul domaine de la sphère privée.

    « Tu me permettras de ne pas partager ta conclusion : ce n’est pas « ne pas être chrétien » que de chercher à interdire les groupes et/ou les chansons incitant à la haine, à la transgression sans limite ou à la christianophobie ».

    Alors certes il y a la question de l’incitation à la haine. Il est parfaitement légitime d’exiger qu’un groupe incitant à la haine contre les chrétiens soit censuré de la même manière qu’un groupe antisémite ou homophobe. Mais inciter à la haine, ce n’est pas juste exprimer une aversion profonde du christianisme, ou dire des paroles blasphématoires. C’est exhorter à des actions concrètes, à la manière par exemple dont les groupes qui se réclament du nazisme s’appuient sur un programme politique connu de tous qui a mené à l’extermination des juifs. En l’absence de cette caractéristique, le satanisme explicite de groupes comme Belphégor est une opinion qui bénéficie des mêmes garanties constitutionnelles que n’importe quelle autre.

    Il est donc vrai que jouer le jeu de la Constitution, c’est accepter que des paroles contraires à la doctrine de l’Eglise puissent être dites dans l’espace public avec les mêmes garanties que des paroles chrétiennes, ce qui peut être difficile à avaler certains jours. Mais c’est cela la démocratie: apprendre à construire avec l’autre, avec l' »ennemi ». Le relativisme moral est effectivement un danger, mais qui doit être combattu par le dialogue et non par la pression. Le contraire mène vers la mise entre parenthèses de la Constitution, qui garantit également nos droits contre ceux qui pensent que le christianisme aurait du s’éteindre depuis longtemps (cette même Constitution dont les élus auxquels tu fais appel pour combattre le Hellfest tirent leur légitimité, soit di en passant), ce qui constitue à mon avis un danger pour la paix sociale et le bien commun bien plus grand que ce festival de musique.

    « L’amoralité ou l’aspect dégradant est que de tels propos soient tenus, qui plus est en public. »

    La morale n’a pas à être garantie par les pouvoirs publics. Cela reviendrait à les rendre juge de l’intériorité morale de chacun, ce qui outrepasse le rôle des souverains humains -non légitimes pour arbitrer les consciences-, qui est de garantir la paix sociale, et non de dire ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.

    Par ailleurs, cette liberté de choisir entre le bien et le mal est constitutive de notre dignité en tant qu’homme, et vouloir la contraindre, au delà de ce qui est nécessaire pour préserver la liberté de tous et l’ordre public, me parait attentatoire à cette même dignité, ne serait que parce que cela revient à dire »mon discernement vaut mieux que le tien et je suis prêt à te faire taire par la force pour le préserver », ce qui est d’une violence et d’une arrogance inouies.

    « Pour ma part, je me suis rendu longtemps disponible au dialogue mais suis obligé de constater que loin de tenir compte de ce que tu constates par toi même, le hellfest continue dans la voie tracée. L’arbre tombe du côté où il penche ai-je écrit dans un post de l’année dernière : cela se confirme avec l’édition 2011. »

    L’enjeu du dialogue est de responsabiliser chacun et de transformer les mentalités. Cela ne se fait pas en un jour, ni même en deux ou trois ans, mais revient à batir sur le roc, alors que simplement museler ceux qui ne pensent pas comme nous revient à batir sur le sable: on ne peut pas faire taire indéfiniment les opinions divergentes: regarde ce qui se passe dans les Etats arabes. Le dialogue demande de la patience, de l’humilité, et aussi d’accepter de se remettre en question soi-même face à la contradiction…

  3. Les yeux ouverts Says:

    Re,
    Je crois que ton erreur est de considérer la liberté d’expression sans tout le champ de la responsabilité qui va avec.
    Quand il s’agit du bien commun, les interdits peuvent tout à fait se justifier quand la volonté, et c’est le cas du hellfest, est de ne rien changer.
    La liberté religieuse, socle de toutes les libertés, a droit de cité dans la société et le christianisme est la manifestation de cette culture qui a contribué et contribue encore très largement et dans tous les domaines de l’activité humaine à l’humanisation de la société. Il n’est donc pas besoin de croire et d’adhérer aux dogmes pour voir les bienfaits humains du christianisme en tant que culture.
    Ce n’est donc pas du point de vue d’abords religieux que je me place mais d’un point de vue humain : les transgressions de toute nature encouragées et/ou banalisées par une partie du black métal sont contraires à la dignité de l’homme.
    Tu dis que la morale n’a pas à être garantie par les pouvoirs publics. Dans une famille, les parents font office de pouvoir public : ils autorisent, encouragent, posent des interdits et même des sanctions. Ils éduquent.
    La nation est constituée de familles reliées les une aux autres par le partage de valeurs, de comportements et par une loi commune dont l’état est le garant afin de promouvoir le bien des familles en tant que telles et le bien commun de tous.
    La neutralité de l’état n’existe donc pas et la légitimité de la loi repose sur la moralité de celle-ci et le cadre, à la fois incitatif et contraignant qui va avec. Elle pose des choix de vie en société sur une transcendance qui la dépasse et dont elle n’est que l’expression. Elle a pour vocation la promotion de ce qui est bien, beau et juste. Quand l’autorité ne remplit pas cette mission, il apparait bien vite que le monde va à vollo et n’est-ce pas ce que nous constatons dans la société ?

    « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’était donné d’en haut a dit le Christ à Pilate » lors de sa passion.

    Pour en revenir au hellfest, encore une fois, j’ai dialogué et discuté. Mais quand on me promet d’échanger sur la programmation et qu’on ne le fait pas, le dialogue n’a plus de sens et il y a même tromperie pour ne pas dire mensonge.
    Il ne s’agit donc pas de museler ceux qui ne pensent pas comme moi mais de combattre ceux qui, manifestement et consciemment,

  4. « Je crois que ton erreur est de considérer la liberté d’expression sans tout le champ de la responsabilité qui va avec.
    Quand il s’agit du bien commun, les interdits peuvent tout à fait se justifier quand la volonté, et c’est le cas du hellfest, est de ne rien changer. »

    Je ne nie pas ce champ de la responsabilité, je dis juste qu’hors du domaine du maintien de l’ordre public, ce n’est pas à l’Etat de le faire respecter. D’autant plus qu’effectivement la responsabilité est le corrélat de la liberté, et qu’il est vain d’espérer une responsabilisation des métaleux les plus hostiles au christianisme si nous choisissons nous-mêmes de résoudre nos différents par la contrainte.

    « le christianisme est la manifestation de cette culture qui a contribué et contribue encore très largement et dans tous les domaines de l’activité humaine à l’humanisation de la société. Il n’est donc pas besoin de croire et d’adhérer aux dogmes pour voir les bienfaits humains du christianisme en tant que culture. »

    Cela ne démontre pas le caractère moins légitime en droit des opinions qui lui sont contraires. Le paganisme était le socle culturel de la Rome antique et les Pères de l’Eglise ne se sont pas gênés pour le descendre en flamme, bien qu’ils en aient préservé certains aspects culturels et philosophiques.

    « u dis que la morale n’a pas à être garantie par les pouvoirs publics. Dans une famille, les parents font office de pouvoir public : ils autorisent, encouragent, posent des interdits et même des sanctions. Ils éduquent.
    La nation est constituée de familles reliées les une aux autres par le partage de valeurs, de comportements et par une loi commune dont l’état est le garant afin de promouvoir le bien des familles en tant que telles et le bien commun de tous. »

    Je pense que nous sommes là au coeur de ce qui nous oppose (et aussi de ce qui te rend si difficile à comprendre pour tant de métalleux).

    Je pense que cette conception organiciste que tu défends du rôle de l’Etat est très dangereuse. S’il est tout à fait exact que la famille est une des structures clés de toute société qu’il faut à tout prix préserver, il ne me parait pas vrai de dire que l’Etat, dans sa relation à ses sujets, est de même nature qu’elle. Dans la relation du père à ses enfants, l’inégalité est fondée dans la nature de leur être et de leurs relations. Au départ, ils ne connaissent rien, n’ont aucune conception définie du bien et du mal, et c’est lui qui leur transmets son propre système de valeurs et leur premier enseignement moral. En outre, leur relation est intégrale, privée et publique, puisque la famille est le cercle de la vie privée. Alors que la relation de l’Etat à ses sujets est conventionnelle: le souverain, qu’il soit un monarque, des représentants démocratiquement élus, etc. n’a pas nécessairement un discerneent moral plus étendu que ses sujetss, ou un système de valeurs particulièrement approfondi à leur transmettre. Et leur relation relève de la seule sphère publique. Comme Hobbes l’écrivait: « nous sommes libres dans le silence de la loi ».

    « La neutralité de l’état n’existe donc pas et la légitimité de la loi repose sur la moralité de celle-ci et le cadre, à la fois incitatif et contraignant qui va avec. Elle pose des choix de vie en société sur une transcendance qui la dépasse et dont elle n’est que l’expression. Elle a pour vocation la promotion de ce qui est bien, beau et juste. Quand l’autorité ne remplit pas cette mission, il apparait bien vite que le monde va à vollo et n’est-ce pas ce que nous constatons dans la société ? »

    L’Etat ne peut ^tre le gardien de la morale, pour la simple raison que celle-ci est affaire d’absolu (bien ou mal, vrai ou faux, mensonge ou vérité) et que tant le contenu des lois que la nature du gouvernement ou du souverain sont contingents (à la différence du fait qu’il faut un gouvernement et des lois qui est en soit nécessaire: tout gouvernement tire son autorité d’en haut, comme tu le rappelles très justement par ta citation tirée de l’Evangile, mais le contenu de son jugement, et son discernements, restent humains, trop humains, et relatifs).

    Comme Pascal l’écrivait: « ne pouvant faire en sorte que la justice soit forte, on a fait en sorte que la force soit juste ». Les lois maintiennent la pix sociale, mais aucun gouvernant, ni aucun gouvernement, ne sont en mesure de distinguer dans l’absolu le bien du mal, tout simplement parce qu’ils sont tous marqués par le péché. Prétendre le contraire, ce n’est pas moraliser la vie politique et sociale, mais donner le nom de morale à des décisions humaines dont la légitimité est institutionnelle et non morale. C’est la voie vers l’arbitraire, le despotisme, et même le totalitarisme, si on fait le lien avec cette conception organiciste de l’Etat-Famille qui tend à dissoudre la distinction entre sphère publique et sphère privée.

    « Pour en revenir au hellfest, encore une fois, j’ai dialogué et discuté. Mais quand on me promet d’échanger sur la programmation et qu’on ne le fait pas, le dialogue n’a plus de sens et il y a même tromperie pour ne pas dire mensonge.
    Il ne s’agit donc pas de museler ceux qui ne pensent pas comme moi mais de combattre ceux qui, manifestement et consciemment, »

    Encore une fois, tout dialogue n’a de sens que dans la durée. Et dialoguer en attendant des concessions immédiates, sans se laisser soi-même remettre en question, ce n’est pas vraiment dialoguer. Beaucoup de commentaires qui t’ont été adressés sur ton site étaient inutilement agressifs et réducteurs, mais certains exprimaient bien la perplexité des métalleux face à un appel au dialogue qui semble partir du principe que l’intégralité du tort est de leur côté. D’où leur scepticisme et leur réticence à faire des concessions.

  5. « Je pense que nous sommes là au coeur de ce qui nous oppose (et aussi de ce qui te rend si difficile à comprendre pour tant de métalleux).

    Je pense que cette conception organiciste que tu défends du rôle de l’Etat est très dangereuse. S’il est tout à fait exact que la famille est une des structures clés de toute société qu’il faut à tout prix préserver, il ne me parait pas vrai de dire que l’Etat, dans sa relation à ses sujets, est de même nature qu’elle. »

    Désolé cher Manu mais je ne partage pas ton point de vue : l’état, s’il est d’une nature différente de la famille est le protecteur du bien commun et à ce titre a le droit et le devoir d’édicter les lois de protection de ce bien commun, y compris par des lois contraignantes, si nécessaire. L’état est par nature « au dessus » des familles dans le sens que j’indique : service et garant du bien commun.
    C’est pour cette raison que lui est dévolu des missions régaliennes que les familles ne peuvent assumer.
    Loin d’être un danger, l’état, quand il est animé de cette façon, remplit sa mission de maintien de l’ordre, au sens d’une bonne administration fondée sur le service du bien commun.
    Le relativisme moral et culturel, quand il est incarné par l’état, se révèle desstructeur de la paix et de la justice qu’il a pour mission de protéger et qui sont les fruits, entre autres, dune société ordonnée dans le sens du bien commun.

    La famille est bien plus qu’une structure clés : elle est la cellule mère de la société.
    La culture, intérieure et extérieure, est ce qui contribue à rendre l’homme plus humain.
    Le sens de la contre culture en découle et il est évident, au moins pour moi, que la partie de ce black métal qui est en cause a cette dimension, voire la revendique.
    Je t’invite à lire ces billets sur cet aspect : http://www.citeetculture.com/recherche/?query=enjeu+culturel
    Les métalleux, je l’ai écrit et tu en as souligné le bien fondé, ont leur part de responsabilité dans ce débat, bien qu’elle ne soit pas de la même nature que les organisateurs.
    Cher Manu, encore une fois, le dialogue n’a de sens que dans la réciprocité et la duperie n’y a pas sa place. Tu me dis que le temps est nécessaire et je l’entends. Mais j’entends aussi, et de plus en plus, celles et ceux qui en ont assez de cette haine, de ces transgressions au bon sens, de ces allégeances à Satan…

    A propos de relativisme et de totalitarisme : http://www.citeetculture.com/article-democratie-et-totalitarisme-42112616.html

    Bonne soirée

  6. « Désolé cher Manu mais je ne partage pas ton point de vue : l’état, s’il est d’une nature différente de la famille est le protecteur du bien commun et à ce titre a le droit et le devoir d’édicter les lois de protection de ce bien commun, y compris par des lois contraignantes, si nécessaire. L’état est par nature « au dessus » des familles dans le sens que j’indique : service et garant du bien commun. »

    Cela est vrai au sens où il est garant de la paix sociale, et de la justice sociale qui en est un élément, mais il ne peut rendre ses décions sur une base morale, tout simplement parce qu’il n’est pas la source de cette morale. Sa légitimité, une fois encore, n’est pas morale, mais contractuelle. Soutenir le contraire revient à lui demander d’arbitrer les coeurs et les âmes, pouvoir que même l’Eglise ne s’arroge pas. C’est bien parce que l’autorité de l’Etat ne consiste pas dans le maintien de la morale que tout gouvernement, y compris l’Eglise d’ailleurs, s’est doté d’un droit positif. Cela ne signifie pas qu’il n’y a aucune part de discernement moral dans l’activité des législateurs et des juges, mais leur travail en vue du bien commun s’effectue d’après le droit humain, éventuellement éclairé par la loi naturelle mais contingent dans son contenu et susceptible d’interprétations et de discussions., et non d’après la morale qui elle est absolue. C’est pourquoi il ne peut pas interdire des morceaux ou des groupes parce qu’ils sont contraires à la morale, mais uniquement quand ils troublent l’ordre public ou risquent de le faire. Et l’appréciation de ce trouble doit se faire en balançant l’intérêt général et les droits garantis constitutionnellement, dont la liberté d’expression, qui sont la garantie institutionnelle et juridique de cet intérêt général pour notre démocratie. Le contraire mène à l’arbitraire, et une fois encore au totalitarisme, dans la mesure où préserver la morale amène l’Etat à réguler la sphère privé, par la censure sur le contenu des manifestations culturelles etc.

    Franchement; tu reprends le vocabulaire de la Doctrine Sociale de l’Eglise, mais je vois plutôt Saint Just et Roberspierre derrière ton discours. La morale n’a pas à être défendue directement par l’Etat: c’est le rôle des acteurs de la société civile de la défendre, dont l’Eglise et les associations. Soutenir le contraire les subordonne de fait à l’arbitrage de l’Etat, et consacre la main mise du spirituel par le temporel.

    « La famille est bien plus qu’une structure clés : elle est la cellule mère de la société.
    La culture, intérieure et extérieure, est ce qui contribue à rendre l’homme plus humain. »

    Ce qui ne la rend toujours pas semblable à l’Etat. Sinon, cela reviendrait à abolir la distinction entre sphères privées et publique.

    « Cher Manu, encore une fois, le dialogue n’a de sens que dans la réciprocité et la duperie n’y a pas sa place. »

    Je vois beaucoup de métalleux désireux de dialoguer sincèrement. La page Facebook que j’ai créé à ce sujet est d’ailleurs surtout visitée par eux. Marie du Hellfest, à qui tu as répondu de façon bien lapidaire la semaine dernière alors qu’elle soulevait des arguments tout à fait pertinents, en est un exemple. C’est pourquoi parler de « duperie » relève à mon avis du fantasme identitaire et de la victimisation, préludes au communautarisme.

    « Mais j’entends aussi, et de plus en plus, celles et ceux qui en ont assez de cette haine, de ces transgressions au bon sens, de ces allégeances à Satan… »

    Je pense que tous ces phénomènes que tu décris sont très exagérés par certains anti-Hellfest, et qu’il y a une bonne part de crispation identitaire et même de fantasme dans leur appréciation du festival, ce qui les mène à faire de nombreux amalgames (cf le contenu dramatiquement erroné de la pétition de CEC l’an dernier, comme je l’ai montré dans le cas de Behemoth sur ce même blog) et à entraver le dialogue par leurs propres excès. Tout cela porte la marque de la peur et de la précipitation, et constitue à mon avis un danger bien plus grand pour l’Eglise que le Hellfest, dans la mesure ^ù cet affolement souvent mal informé rend séduisantes des idéolgies identitaires et liberticides, voire totalitaires. Raison de plus donc pour bien prendre le temps de poser les problèmes et d’écouter tous les points de vue, y compris ceux hors de l’Eglise.

  7. « Quand il s’agit du bien commun, les interdits peuvent tout à fait se justifier quand la volonté, et c’est le cas du hellfest, est de ne rien changer. »

    A propos de la censure, voici ce qu’écrivait en 2009 Mgr Di Falco, pour la Commission Episcopale d’Europe pour les Médias:

    « Qu’un fidèle, ou que tout homme, se fasse son opinion par lui-même peut faire peur aux pasteurs que nous sommes. Nous aimerions protéger les plus faibles et les plus vulnérables. Mais il nous faut trouver des solutions autres que la censure et l’interdit pour cela. La censure est toujours une mauvaise réponse, même quand elle se pare des meilleures intentions du monde. Elle apparaît toujours comme erratique et arbitraire, et donc en fin de compte comme totalitaire. Or la vérité n’a pas besoin de nous pour s’imposer. Le concile Vatican II le rappelle : « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance. » (Dignitatis humanae, 1) Un acte de foi qui ne serait pas un acte libre n’aurait aucune valeur. « La dignité de l’homme exige de lui qu’il agisse selon un choix conscient et libre, mû et déterminé par une conviction personnelle et non sous le seul effet de poussées instinctives ou d’une contrainte extérieure. » (Gaudium et Spes, 17) » (La culture de l’internet et la communication de l’Eglise »: http://www.presse-catholique.org/rubriques/gauche/textes-de-references/discours-de-mgr-di-falco-leandri-a-l2019assemblee-pleniere-de-la-commission-episcopale-deurope-pour-les-medias-ceem/).

    Ce qui rejoint l’idée centrale de mon billet: la morale ne s’impose pas par la contrainte, mais s’affirme dans le dialogue et le témoignage personnel.

  8. Manu,
    Je te remercie de cet échange qui m’oblige à approfondir et expliciter toujours et encore l’engagement qui est le mien.
    Dans le sujet qui nous préoccupe, il est question essentiellement de société et de bien commun et pas de foi et de relation de personne à personne.
    Il est question d’institutions et d’ordonencement de ces institutions au bien commun.
    Notre échange m’a conduit à un nouveau billet :
    http://www.citeetculture.com/article-morale-politique-70057255.html

    Bonne lecture !

  9. Franchement Manu tu ne t’es pas emporté là: tu as essayé de dialoguer à fond de façon respectueuse
    Et mon réflexe quand j’ai reçu cette pétition (http://provocshellfestcasuffit.blogspot.com/p/agir-pour-faire-cesser-les-provocations.html) ça a été de voir ce que tu dirais; et je trouve ça intéressant.
    J’aimerais bien écrire aux personnes du festival sans passer par cette pétition, mais je ne sais pas comment… et je ne dispose pas d’assez de temps pour une analyse du contexte des paroles mises en cause…

    En tout cas très bon billet!!

  10. @ les yeux ouverts: je pense que le problème dans l’analogie Etat/famille que tu évoque c’est que sa conséquence est de considèrer les citoyens comme des enfants…
    Ce n’est pas très bon pour leur liberté, qui vient à l’origine de Dieu, qui veut qu’ils ne fassent le Bien que librement…

  11. @Panouf:
    Merci. 🙂

    « Et mon réflexe quand j’ai reçu cette pétition (http://provocshellfestcasuffit.blogspot.com/p/agir-pour-faire-cesser-les-provocations.html) ça a été de voir ce que tu dirais; et je trouve ça intéressant. »

    Cette pétition est passé sous mon radar, d’autant plus que je suis resté assez éloigné d’internet cette semaine.

    J’en prépare un commentaire que je vais essayer de mettre en ligne ce we.

    « je pense que le problème dans l’analogie Etat/famille que tu évoque c’est que sa conséquence est de considèrer les citoyens comme des enfants…
    Ce n’est pas très bon pour leur liberté, qui vient à l’origine de Dieu, qui veut qu’ils ne fassent le Bien que librement… »

    Tout à fait d’accord: le rôle de l’Etat est de préserver l’ordre social, pas de corriger les lacunes d’une éducation ou d’imposer une responsabilité morale qui n’a de sens que si elle est librement choisie.

  12. […] et encourage très explicitement la haine des chrétiens« . Comme je le montrais dans un précédent billet, dire du mal du christianisme ou blasphémer, même de façon virulente, ce n’est pas la […]

  13. Iron Damien Says:

    Stryper sera en Europe en juin. Ca aurait été une bonne idée de les booker, en signe de bonne volonté. Comme ça ils auraient pu faire tout un joli couplet comme quoi nous laissons tout le monde s’exprimer etc, et une belle victoire du politiquement correct !
    22 juin à Vauréal (95). Je te vois là-bas, Manu ? Héhéhé !

  14. @Iron Damien:

    Le Hellfest a déjà invité des groupes de métal chrétien, quoique pas Stryper jusqu’ici: http://prohellfest.wordpress.com/documentation/metal-chretien/

    Pour le 22, faut voir, suivant mes disponibilités et mes possibilités de transport…

    @tous: J’ai pris du retard dans la rédaction de la seconde partie du billet: toutes mes excuses! Je pense la mettre en ligne d’ici jeudi soir ou vendredi matin…

  15. […] exprimées notamment dans mes articles en réponse à la pétition du Collectif ou encore dans Hellfest: respecter autrui dans mon expression… comme dans la sienne. « La question des subventions publiques […]

  16. […] “Pour prouver qu’un groupe incite à la haine contre les chrétiens, il ne suffit donc pas de citer des textes à consonnance satanistes ou des propos qui condamnent le christianisme dans son ensemble, ou de dénoncer des métaphores morbides et blasphématoires. Il faut démontrer que les artistes incitent activement leurs auditeurs à passer à l’acte. En l’absence de cet élément, toute pression sur les autorités ou les organisateurs du festival pour censurer des groupes hostiles au christianisme est en elle-même une atteinte scandaleuse à la liberté d’expression, quand même garantie par notre Constitution et dont nous chrétiens nous réclamons nous-mêmes pour notre propre protection. ” (Hellfest: respecter autrui dans mon expression… comme dans la sienne). […]

  17. […] un texte du Premier Testament qui m’a beaucoup marqué, et sur lequel je me suis déjà précédemment appuyé sur ce blog: le Livre de […]

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