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« Christians Against Black Metal »: le retour de la vengeance de la mort qui tue!

Posted in Christianisme et culture, Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal, Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , , , on 28 mai 2013 by Darth Manu

christians against black metal

J’ai été pas mal absent de ce blog ces derniers mois, du fait, d’une part, d’un alourdissement de ma charge de travail qui devrait se résoudre dans les prochaines semaines, et d’autre part parce que le débat sur le « mariage pour tous » m’a beaucoup préoccupé, pour les raisons que j’ai exprimées sur Aigreurs administratives, et ne m’a pas laissé beaucoup de temps ni de disponibilité d’esprit pour écrire sur le black metal (ni même pour en écouter 😦  ). Ce court billet, sur un sujet relativement anecdotique, se veut donc un coup d’envoi, en attendant que je finisse mes brouillons en court (un billet sur black metal et santé en réponse à un article publié par Etienneweb sur le site du Collectif Provocs Hellfest, un sur la place qu’il convient de donner à mon sens à l’imaginaire sataniste dans l’évaluation du rayonnement culturel du black metal, un sur la fonction du « morbide » dans ce même courant musical, et la suite de mon avant-dernier billet, sur la « guerre culturelle »). Venons-en maintenant au sujet du jour: un de mes contacts facebook a signalé sur son mur la page suivante (Correctif du 5/07/2013: un commentateur me signale qu’il s’agirait d’un fake):

« Christians Against Black Metal. BAN this sick form of « music »

Black Metal is a Perverse, Blasphemous type of music from Scandanavia. It degrades children into Homosexuals, Arsonists and Sodomites. It MUST be banned. »

Je passe rapidement sur l’usage abusif des majuscules, qui donne l’impression que l’auteur partage a minima avec ceux qu’il dénoncent un goût certain pour la dramatisation à l’excès et le spectaculaire, et sur sa fixation évidente (quoique d’actualité) sur l’homosexualité, qui monopolise pas moins de deux des trois conséquences supposées, sur nos chères têtes blondes, du black metal (on trouve quelques figures célèbres d’homosexuels dans le black metal: je pense notamment à l’ancien membre de Gorgoroth puis Godseed, Ghaal. Cependant, il me semble que le milieu du black metal, et plus généralement celui du metal, sont encore loin d’être « gay friendly« , et qu’il y aurait pour les chercheurs en études de genre matière à réflexion sur les stéréotypes sur l’homosexualité, et plus généralement sur la sexualité dans son ensemble, véhiculés par ces msuiques, leur iconographie, leurs textes, etc.).

Je voudrais faire trois remarques sur cette page, non pas parce qu’elle aurait une quelconque originalité qui aurait attiré mon attention, mais au contraire parce qu’elle me parait pour ainsi dire archétypique d’une méthode et d’une vision du monde que la quasi totalité des initiatives chrétiennes de dénonciation du metal ont en commun:

1) un rapport naïf, unilatéral et hégémonique au multiculturalisme:

– Pourquoi naïf? Ce qui frappe dans ce type d’initiative, c’est l’importance donnée à l’intuition fondatrice, qui devient le critère définitif de toute appréciation du sujet, de manière quasi dogmatique. Ainsi, des personnes qui ignoraient tout du metal, n’en ont jamais écouté, ne se sont jamais rendu à des concerts ou des festivals, ne fréquentent pas ou très rarement des métalleux, s’improvisent en quelques mois, voire quelques semaines, des spécialistes, capables d' »alerter » leurs concitoyens sur la « réalité » de cette musique, et d’en remonter aux metalleux les plus aguerris. Il y  là une forme de confiance absolue en son jugement propre et en sa vision du monde bien à soi qui ne me parait pas si commune, et me frappe de plus en plus au fil des années. Comme si tout phénomène s’offrait d’emblée en totalité à notre perception et à notre jugement. Comme si juger du bien et du mal était évident, sans contre-exemples, sans situations trompeuses, sans complexité des réalités observées. Comme si discerner se limitait à constater.

– Pourquoi unilatéral? Lorsqu’on voit des milliers de personnes s’enthousiasmer pour quelque chose qui nous choque et nous parait « contre nature », on pourrait prendre le temps d’essayer de comprendre ce qu’une personne rationnelle peut trouver à quelque chose qui nous parait si détestable, essayer de mieux le connaitre, d’en délimiter les niveaux de discours, de signification, les objectifs réels, l’impact esthétique, la genèse historique. D’essayer de trouver tout ce positif que tant de personnes puisent dans le négatif, de saisir comment elles peuvent prétendre trouver de la joie, voire un sens à leur vie dans l’exaltation apparente de la maladie, du désespoir et de la mort, par exemple. Quitte le cas échéant à en souligner les limites et les contradictions, ou les illusions, éventuelles, d’une manière d’autant plus précise qu’elle est informée et l’aboutissement d’un dialogue en profondeur.

L’auteur de la page qui nous occupe, ainsi que nombre de ses prédecesseurs, adopte clairement une démarche symétriquement inverse. Il montre ce qui le choque (ainsi une interview provocante de Dark Funeral) ou ce qu’il considère élever les âmes (ainsi des exemples de « vraie musique » à ses oreilles), et situe ainsi le gros du travail de comparaison, de hiérarchisation, de compréhension et de discernement du côté de ses contradicteurs. Le post suivant me parait à ce titre exemplaire:

« Y’all are saying that you’re open minded, decent folk. Well, go prove it and go to Church, tomorrow. Attend the Sunday service, and see if it’ll change your view on Christians.
Maybe then you’ll start understanding that we aren’t children raping , crusading monsters. A lot of bad things can be said about the things Black Metal has done in the past, too. And continues to do. »

On pourrait le prendre au mot et renverser sa remarque, en lui suggérant d’aller à des concerts et des festivals, et de discuter IRL avec des metalleux. Ce qui lui permettrait peut-être de constater qu’ils ne sont pas tous des pyromanes, des tueurs ni même haineux envers les chrétiens. Mais il ne semble même pas réaliser une seule seconde la possibilité de cette réciprocité. Parce qu’il ne se situe pas dans un rapport réciproque: il ne mène pas un dialogue, mais donne un enseignement.

– Pourquoi hégémonique? Précisément parce qu’il place la quête de la vérité du côté de ceux auxquels il s’adresse, et le contenu de celle-ci dans son discours propre. Ce faisant, il ne se positionne pas en tant que chercheur, ou même en temps que partisan (qui assumerait le caractère partial et inachevé de son point de vue, tout en l’admettant par là même) mais comme prédicateur. Il ne donne pas sa vérité (qu’il ne comprend pas l’engouement pour le black metal, que celui-ci le choque), mais la Vérité (que le black metal blasphèmerait contre le Saint Esprit, seul péché irrémissible pour les chrétiens, qu’il pervertirait les enfants, pour les transformer en homosexuels, pyromanes, ou encore sodomites, qu’il existe une vraie musique, avec laquelle il n’aurait aucun rapport, etc.). On comprend donc pourquoi il se soucie si peu de discerner la vérité (ou les vérités) du black metal: il vient lui apporter la Vérité. Il se considère comme un messager, plutôt que comme un chercheur. Les prophètes ont-ils étudié les ressorts économiques et sociaux des civilisations sont ils dénonçaient la corruption. Non, ils sont venus apporter non pas leur parole, leurs impressions subjectives, mais la Parole de Dieu qui leur a été confiée. Mais notre compréhension de ce que sont l’amour de Dieu et le blasphème rejoignent-elle celle de Dieu? En imitant la démarche des prophètes du premier testament,ne risquons-nous pas d’oublier ce qui nous en différencie: que nous n’avons pas de mandat explicite et donné d’avance contre telle ou telle situation de corruption? Et qu’étant nous aussi prophètes par notre baptème, mais de manière souvent plus invisible, plus quotidienne, ordinaire, cette parole de Dieu, nous avons à la chercher tout autant qu’à la prédire, et autant dans ce qui nous choque, et pourtant réjouit notre prochain, en cherchant à comprendre cette positivité apparement incompréhensible et paradoxale du négatif

2) un manque de perspective sur la diversité des cheminements et des points de vue individuels:

Que fait cette page? Elle alterne entre dénonciation et évangélisation: elle montre ce qui choque l’auteur dans le black metal, et ce qui le rend heureux dans le christianisme. Elle se veut un témoignage. En soi, c’est très bien. Ce qui me dérange ici, c’est la forme que prend ce témoignage, son caractère purement exemplaire et pour tout dire, subjectif. On a un peu l’impression que l’auteur pense que si ses lecteurs, et l’ensemble des black metalleux, voyaient comme s’ils étaient dans sa tête, s’ils écoutaient la musique comme il l’écoute et voyaient le metal comme il le voit, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.Or, tout le monde n’est pas touché de la même manière par une même musique, que ce soit par rapport à d’autres auditeurs, ou bien suivant le moment de sa vie, et de son cheminement personnel. Certains chrétiens, de toutes sensibilités, sont touchés par le black metal. Ainsi le membre unique du groupe Elgibbor, à sa conversion, a renoncé à son satanisme passé, mais également à toutes ses addictions, mais a persévéré dans le black metal, parce que, à la lumière de sa conversion, il y a vu un moyen puissant d’évangélisation et de témoignage. Inversement, si j’en crois le « révérend » de l’Eglise de Satan Gavin Baddeley, dans son livre L’essort de Lucifer, Anton LaVey, le fondateur de cete dernière, n’aimait aucun groupe de metal, à l’exeption (si je me souviens bien, je n’ai pas le livre sous les yeux) de Mercyful Fate. Il ne suffit pas de dire que les paroles et l’iconographie du black metal sont souvent choquantes, que son son est violent et morbide, mais de faire la cartographie de ses auditeurs, de comprendre qui l’aime et pourquoi, ce que j’ai essayé de commencer dans quelques billets ( le plus approfondi ici), sans avoir encore thématisé cette idée de cartographie qui vient de me venir à l’esprit. Et en partant de ce public et de sa diversité, et non plus des seuls paroles, on commence à appréhender la diversité des personnes et des états intérieurs de vie , y compris pour pour certains profondément spirituels et chrétiens, avec lesquels cette musique a pour effet d’entrer en résonance, ce qui permet d’en dresser un portrait et une compréhension beaucoup plus nuancés que de prime abord.  Et de sortir d’une confrontation binaire des points de vue, entre « pros » et « antis » metal, pour commencer à appréhender les interactions complexes entre les cheminements individuels et les phénomènes culturels, ce qui permet par exemple de proposer des éléments de discernement du multiculturalisme qui ne tombent ni dans le relativisme ni dans la dénonciation, mais qui permettent, pour chaque intersection entre groupes culturels, de mettre en évidence des points de dialogue et de rencontre, voire d' »élevation » commune, et au contraire d’autres qui constituent des ruptures, des clôtures, ou des casus belli. C’est pourquoi je trouve si intéressant (goûts personnels mis à part) d’examiner de manière privilégiée le cas du black metal chrétien, qui, précisément parce qu’il est ouvertement paradoxal et apparemment contradictoire, permet de poser avec netteté et précision les enjeux, les tenants et les aboutissements de la révolte supposée du black metal contre le christianisme, et plus largement contre tout ce qui peut apparaitre comme des idéaux positifs faisant largement consensus dans nos sociétés.

3) la figure imposée de l’enfance en péril:

C’est sans doûte la conjonction avec les « manif pour tous » qui m’y fait penser, mais je suis frappé par cette récurrence de la figure de « l’enfance en danger » chez les pourfendeurs des « contre cultures ». L’enfant, objet malléable à merci, aussi exposé aux influences culturelles « extérieures » qu’il semble bardé de défenses très difficilement pénétrables contre l’enseignement de ses parents et de ses enseignants, serait perverti au jour le jour par le metal, les jeux vidéos, les séries trop violentes, etc. Ainsi dans notre exemple, il risquerait au contact du black metal de développer des prédispositions « perverses » pour les incendies volontaires et la sexualité anale. Je ne dis pas que certains divertissement culturels n’ont aucun impact, et il est tout à fait du ressort des éducateurs de développer chez ceux dont ils ont la charge une conscience claire de ce qui est bien et de ce qui est mal, et le goût du beau et du vrai. Et au préalable, de se former soi-même à ces enjeux. Cela dit, cela semble une curieuse façon de mettre au centre le bien des jeunes générations, que d’accueillir avec méfiance tout ce qui semble nouveau et inhabituel. Eduquer au beau et au vrai, c’est aussi s’éduquer soi-même avec les enfants (ou les adolescents) et découvrir de nouvelles formes de beauté et de nouvelles perspectives sur la vérité et le bien. Non pas que tout est acceptable (et on peut s’interrogerselon moi légitimement sur le « photoréalisme » de certains FPS, sur l’hypersexualisation d’icônes de dessins animés, de bandes dessinées, ou de jeux vidéos). Mais je pense qu’au souci parfaitement légitime de préserver les enfants d’influences nocives peuvent se mêler un certain nombre d’injonctions de nature sociale et comportementale, qui viseraient à valoriser les loisirs qui sont dominants dans leur groupe d’appartenance, et à les dissuader de pratiquer ceux qui y apparaissent dissonnant: ainsi certains vont valoriser des activités « saines » telles que le théâtre, certains sports, la danse, sur les jeux vidéos, les jeux de rôle. D’autres vont suggérer à leur enfant de faire du piano ou de la guitare électrique plutôt que de la basse ou de la guitare électrique. Je caricature un peu, mais je pense que nous sommes tous tentés de valoriser des modèles qui ne sont pas seulement de nature morale, mais qui s’inscrivent dans des rapports sociaux liés à l’habitude et à la perception des rapports de pouvoir dans la société (quelles activités sont associées à la réussite, à une meilleure intégration et quelles autres semblent liées à des formes de marginalités, voire de révolte?). Or, que nous enseigne souvent notre propre histoire: qu’il est dans la nature même de ces normes d’évoluer, instituant leur propre obsolescence à force de répétition et de décalage avec les besoins de chaque génération: ainsi les jeux vidéos, les dessins animés japonais ou le metal lui-même ne suscitent pas la même opprobe que pour la génération précédente, qui elle-même avait lutté pour faire accepter comme des divertissements « convenables » le rock et la lecture de bandes dessinées. Plutôt que de nous braquer, apprenons donc à anticiper ces déplacements, qui constituent des apports de chaque générations par rapport aux précédentes, et prenons conscience que, sans renoncer bien sûr à notre jugement d’éducateur adultes, ce dernier a tout à gagner à se laisser éduquer par les formes nouvelles de culture ou de contre-culture qui choque notre sensibilité, parfois parce qu’elles sont intrinsèquement contestable, mais souvent parce qu’elles annoncent quelque chose de nouveau qui nous parait étranger par rapport à nos valeurs, mais qui anticipe partiellement le génie futur des générations nouvelles. Et demandons si ce qui nous choque fait obstacle à notre perception du bien et du mal, ou bien à notre désir de reconduire sous forme d’injonction culturelle nos critères propres d’identification  à tel ou tel groupe et telle ou telle situation au sein d’une hiérarchie sociale.

Conclusion:

Je me suis un peu éloigné, dans ma troisième remarque, du black metal qui n’est plus si jeune, et dont les initiateurs sont quadragénaires et, pour nombre d’entre eux, eux-mêmes pères de famille (mais tout en m’étant efforcé de rester dans cette thématique enseignement – dialogue / enseignement-prédication). Ces trois brèves remarques avaient surtout pour objet de saisir, sans les approfondir ici-même, ce qui m’apparait de plus en plus comme des types psychologiques et sociaux cohérents de la dénonciation chrétienne des « contre-cultures ». Sans y réduire ou y enfermer tous les discours ni tous les arguments de cette dernière, je commence à me dire qu’une étude de la psychologie, de la sociologie, des cadres intellectuels et des représentations (pour ne pas dire des mythes) des groupes et des particuliers chrétiens qui luttent contre les différents avatars récents de la culture populaire serait, non seulement d’une lecture tout à fait passionnante, mais très intéressantes pour comprendre les positionnements proprement culturels et temporels qui interagissent, dans l’Eglise, avec ce dépôt de la foi qui unit ses membres, et qui conditionnent en partie la manière dont elle aborde, à une époque donnée, les combats qui sont les siens, et l’image qu’elle donne d’elle-même et de son message à la société profane. Ce qui a sans doute été fait par des gens beaucoup plus compétents que moi, mais dont je prends de plus en plus conscience de l’importance dans les enjeux d’évangélisation et de témoignage: qu’est-ce qui dans notre compréhension du Beau, du Bien et du Vrai, nous vient de l’esprit, et qu’est-ce qui nous vient des usages et des intéressements qui nous sont légués, socialement et culturellement, par notre époque, notre lieu de vie et notre milieu? L’opportunité de la question est évidente; le contenu de la répons sans doute moins…

De l’usage des témoignages de convertis en milieu chrétien: grandeur et fragilités

Posted in Christianisme et culture, Témoignages with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 janvier 2013 by Darth Manu

Upheaval- Testimony to the Atrocities

Ce sujet peut sembler un peu trop large et christiano-centré pour le présent blog. Il est cependant inspiré en partie par l’usage de témoignages de metalleux convertis par certains sites chrétiens pour induire des jugements de valeurs généraux sur le metal. A cela s’ajoute l’usage polémique de témoignages par des catholiques, de manière récurrente, sur diverses questions d’actualité: ainsi, ces derniers mois, les témoignages d’homosexuels défavorables au « mariage pour tous » (le plus connu et à mon avis le plus emblématique étant celui de Philippe Ariño), ou encore, depuis un peu plus longtemps, ceux d’anciens musulmans convertis au christianisme (en France Joseph Fadelle, par exemple)…

Tout d’abord qu’est-ce qu’un témoignage? Nous allons voir qu’il peut revêtir différentes significations, suivant qu’il est énoncé dans un contexte de foi, juridique, etc. et que suivant ses derniers, il n’a pas nécessairement le même poids, ni la même valeur, et ne doit pas nécessairement être reçu de la même façon pour prendre tout son sens.

Le Larousse donne les définitions suivantes du verbe « témoigner« :

verbe transitif indirect

Définitions de témoigner

Se porter garant de quelque chose, être en mesure de l’affirmer : Je suis prêt à témoigner de sa probité.

Être la preuve, la confirmation de quelque chose d’autre : Ses réponses témoignaient de sa parfaite connaissance du sujet.

Et du nom « témoignage« :

« nom masculin 

Définitions de témoignage

Action de témoigner, de rapporter ce qu’on a vu, entendu, ce qu’on sait : Le témoignage des journalistes.

Déclaration, déposition d’un témoin en justice : Les témoignages sont accablants pour l’accusé.

Déclaration orale ou écrite attestant les qualités de quelqu’un : J’ai besoin d’un témoignage de bonne conduite.

Acte qui témoigne d’un sentiment, d’une qualité, etc. : Recevoir des témoignages de sympathie.

Texte, propos racontant des faits vécus : Ce livre est un excellent témoignage sur notre époque. »

Témoigner, c’est donc communiquer, par écrit ou par oral, une connaissance que l’on a à un public qui ne l’a pas, ou n’est pas supposé l’avoir. C ‘est partager une expérience, un sentiment, un savoir, un constat, en s’engageant, en se portant garant par sa personne…

La signification de ce témoignage n’est pas la même suivant l’occasion pour laquelle il est donné, et son public: témoigner de son alcoolisme devant un cercle d’alcooliques anonymes peut avoir une connotation édifiante, voire être signe de courage et d’humilité. Faire la même chose à l’occasion d’une garde à vue peut être au contraire incriminant.

Considérons plus particulièrement deux exemples de témoignages, dont la confrontation me parait très éclairante:

– Le témoignage dans un contexte de foi, comme signe:

Selon Wikipédia:

« Le témoignage est un concept religieux qui se décline de deux façons :

Recevoir un témoignage : le témoignage est une connaissance spirituelle donnée par le Saint-Esprit (voir Mt 16:17 ; Jn 15:26 ; Ro 8:16 ; 1 Jn 5:6).

Porter témoignage : le témoignage consiste, à l’exemple des apôtres, à aller porter la bonne nouvelle. Il peut prendre soit la forme de l’évangélisation, soit la forme de récits de conversion où le témoin s’implique personnellement, racontant ce que la foi a changé dans sa vie (voir Mt 24:14 ; 2 Ti 1:8).

Dans le décret sur l’apostolat des laïcs, il est souvent fait allusion au témoignage : « Le témoignage même de la vie chrétienne et les œuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à la foi et à Dieu ». »

Le témoignage de foi est celui d’une rencontre, celle de Dieu, qu’il s’agisse des apôtres sillonnant la Palestine deux par deux pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, de Saint Paul qui donne le récit de sa transformation après sa révélation sur le chemin de Damas un signe de laGloire de Dieu et de Sa Miséricorde, ou de l’un de ces très nombreux chrétiens qui racontent comment le Christ a changé leur vie pour le meilleur.

Il est l’expression d’une conversion: le témoin s’est détourné de son amour-propre et de son égoïsme pour s’abandonner à Dieu, et y a expérimenté, au moins sur le moment,  une espérance et une paix qui ont transformé  sa vie pour le meilleur.

Le témoignage, enfin, est l’expression d’une subjectivité transfigurée: le témoin a trouvé un fondement sur lequel assoir son existence, plus solide que tous ceux sur lequel il avait auparavant tenté de construire sa vie, et en même temps indémontrable objectivement, communiquable uniquement de sujet à sujet, par le récit d’une expérience vécue, qui porte des interrogations et des réponses dans lesquelles son public peut retrouver, au moins en partie, les siennes propres. Il s’agit non pas de prouver des faits, établis de manière objective et au dela du doute, mais de relier des subjectivités, en faisant de sa propre vie un signe qui pointe vers ce qui est susceptible de donner un sens à toute vie.

En ce sens, le témoin de foi atteint par le récit de son vécu subjectif une Vérité qui est susceptible d’être nourriture pour le vécu subjectif de toute autre personne. En engageant son intériorité dans son témoignage il touche l’intériorité d’autrui. Et par sa personne, il engage son existence propre, et la Grâce qui lui a été donnée, pour lui et pour le monde, et qui donne une légitimité nouvelle à sa parole.

– Le témoignage dans un contexte juridique, comme preuve: 

Selon le site www.vie-publique.fr:

« Le témoignage désigne au sens large la déclaration par laquelle un individu communique à autrui la connaissance personnelle qu’il possède d’un fait ou d’un évènement. Dans le domaine juridique, si le témoignage est parfois utilisé pour l’établissement d’actes authentiques, comme à l’occasion de la célébration du mariage, le recours au témoignage constitue sans doute le mode de preuve le plus fréquent. Le témoin est en effet celui qui vientsolennellement attester par sa déclaration de la véracité d’un fait ou d’une situation.

L’importance de la preuve testimoniale au cours de la procédure varie selon que l’on se trouve dans un système de preuve légale, où la loi détermine les différentes preuves admissibles et leur force probante, ou de preuve libre, où le juge apprécie souverainement les divers éléments de preuve qui lui sont présentés.En matière civile, où domine le modèle de la légalité des preuves, le système français ménage une place limitée au témoignage : il est en principe seulement admissible pour prouver l’existence des faits juridiques, tandis que la preuve écrite est considérée comme obligatoire en matière d’acte juridique. En outre, le témoignage étant considéré comme une preuve fragile et imparfaite, sa force probante est expressément subordonnée par la loi à celle des preuves écrites.En matière pénale, caractérisée par une liberté de la preuve, le témoignage joue un rôle beaucoup plus fondamental, puisqu’il constitue souvent le seul élément permettant de caractériser qu’un individu a commis une infraction. Le droit français ne distingue pas entre les témoins à charge et à décharge, pas plus qu’entre les témoins entendus sur les faits et ceux, dits de « moralité », dontl’audition porte sur la personnalité du prévenu. Le juge est libre d’apprécier, dans le cadre de son intime conviction, la valeur qu’il convient d’apporter à ce mode de preuve. »

Au contraire du témoignage de foi, celui au sens juridique n’a pas pour finalité de faire signe, par l’intermédiaire du récit d’une intériorité, vers une autre intériorité, mais de prouver la réalité objective de faits allégués. Dans un témoignage de foi, le vécu intérieur est fondamental, puisque c’est sa transformation qui manifeste l’effort de conversion et la rencontre avec Dieu qui l’a rendue possible, alors que l’occasion de cette rencontre est secondaire, est ce qui a rendu le message possible mais n’est pas en soi le message. Dans un témoignage au sens juridique, si la sincérité d’un témoin me semble un élément important, ce qui est primordial, ce sont les faits qui l’ont conduit à être témoin, et non son intériorité: une personne mauvaise peut donner un témoignage fiable, et un saint un autre qui serait biaisé, erroné, voire tout simplement faux suivant leur implication, leur situation psychologique et émotionnelle, leur connaissance ou non d’éléments susceptibles d’éclairer les faits constatés, leur recul, etc.

A ce titre, alors que la dimension de point de vue personnel, marqué par un vécu, une histoire, et une intériorité, est ce qui donne sa force au témoignage de foi, car c’est là, au plus profond du coeur du témoin, que Dieu vient le toucher et le rencontrer, elle est au contraire une source de fragilité et d’erreur pour un témoignage factuel, auquel on demande de contribuer à prouver des faits.

« L’histoire de la jurisprudence révèle que des condamnations ont été prononcées sur la foi de témoignages faux ou erronés sur l’identité de l’inculpé ou de l’accusé. La variation de la perception de faits, les soubresauts de la mémoire et ses trahisons ne doivent jamais être oubliés quand on soupèse un témoignage.

L’étude psychologique d’un témoignage est forcément complexe. Pour apprécier convenablement la valeur d’un témoignage, il faudrait reconstituer toutes les réactions qui ont été celles du témoin, depuis le moment où en tant qu’homme ordinaire, il a assisté à un événement ou un incident qui d’abord lu a paru banal, alors qu’il était inquiet, préoccupé, anxieux, ou simplement distrait, jusqu’au moment, où, pourvu du rôle de témoin officiel, il fait appel à sa mémoire pour restituer, à sa façon, ce même événement reconstitué par sa mémoire.

La valeur d’un témoignage dépend de deux facteurs : l’objet du témoignage qui est lanature des faits et les aptitudes et les réactions du témoin. » (  La fragilité du témoignage, par Régis Poujet,Académie des sciences et les lettres de Montpellier, séance du 18/03/2002, conférence n°3776)

Dans le témoignage de foi, si bien sûr il est sincère, le témoin est sa propre preuve pour ainsi dire, dans la mesure où les transformations opérées dans sa vie sont la mesure de la Grâce qu’il a reçu. Alors qu’un témoignage qui porte sur une réalité factuelle, même sincère, est généralement sujet à caution et à vérifications (ou au moins confontation avec d’autres points de vue), dans la mesure où le témoin donne un point de vue particulier et situé sur une réalité qui ne luis sera jamais entièrement réductible, au contraire du premier où il a la connaissance immédiate et intime des changements opérés par la conversion, même s’il a toute sa vie ensuite pour en approfondir les tenants et les aboutissants, puisque c’est de son propre être qu’il s’agit… Dans le premier cas, le vécu, l’histoire de la personne contribuent à la certitude… Dans le second, elles sont potentiellement source d’erreurs et de préventions…

« Le témoin fiable est celui qui prend de la distance par rapport à l’événement, qui avance prudemment en ne perdant pas de vue qu’il peut se tromper, qui ne se prend pas pour la loi et ne se considère pas comme investi de la mission de rendre la justice. Chaque être
humain a sa propre vérité. Elle ne rend pas obligatoirement compte de la réalité. J’entends la question que vous me poserez « Que penser du témoignage que j’apporte ce soir ? »

Il n’est qu’un témoignage et, comme tel, il doit être écouté et entendu avec prudence, enregistré avec réservé et confronté à d’autres témoignage, mais la réalité ne sera jamais atteinte. Gardons présent à l’esprit ce qu’avait écrit sur le mur de sa cellule le condamné à mort
retrouvé plusieurs siècles plus tard sous les cendres de Pompéi « Dans ce monde, rien n’est éternel ».

Pour conclure, je reprendrai la réponse du vieux médecin alcoolique et tellement humain, mis en scène par John FORD dans « La chevauchée fantastique ». A la jeune femme de moeurs légères qui lui demande s’il est bien d’accepter d’épouser l’homme qui l’aime et qu’elle
aime, il répond avec l’humilité que confère l’âge, l’expérience et la connaissance des faiblesses humaines :

« Mais qui suis-je pour dire où est le bien et où est le mal ».« 

Il arrive que ces deux types de témoignages, celui de foi et celui qui porte sur une réalité factuelle (dont celui au sens juridique était un exemple), soient confondus en une seule et même parole: ainsi le cas des convertis qui au travers du récit de leur histoire personnelle, vont non seulement rendre compte de la Grâce qu’ils ont reçue, mais également mettre en garde contre certaines réalités auxquelles ils étaient attachés auparavant, et dont ils estiment qu’elles ont mis en péril leur âme.

Il me semble que la valeur d’un témoignage en tant que récit de conversion, aussi réelle, miraculeuse, et authentique que soit la Grâce reçue, n’implique pas nécessairement l’opportunité et la lucidité de la mise en garde qui y est mêlée, même si bien sûr elle n’interdit pas cette dernière, et si il est parfaitement concevable que la dénonciation de tel ou tel méfait ou comportement soit un effet de cette Grâce et voulu par Dieu.

Je pense en fait que ce type de témoignage demande de la prudence et un discernement au cas par cas, ce qui ne diminue en rien la valeur de la conversion en elle-même sur le plan spirituel.

Trois exemples qui me laissent dubitatif, non pas sur la sincérité des témoins et la réalité de la Grâce qui leur a été donnée, mais sur la suite à donner à l’extension qu’ils font du constat d’une souffrance qu’ils ont expérimentée à l’occasion de tel ou tel mode de vie, religion, culture, à  la formulation d’un jugement de valeur sur ces réalités considérées dans leur essence et leur globalité:

– un homosexuel catholique qui définit l’essence de l’homosexualité en relation avec le « fantasme de viol »:

Philippe Ariño n’est pas le seul homosexuel qui s’oppose en France au mariage pour tous (quoique ceux qui s’expriment en ce sens ne paraissent pas bien nombreux, contributeurs d’Homovox inclus). C’est cependant le plus emblématique, et celui qui a partir de l’expérience de sa sexualité et des milieux « gays », a voulu théoriser l’essence du désir homosexuel et les revendications sociales qui y sont attachées.

Par exemple:

« Alors pour commencer, si vous le voulez bien, je vais lâcher cette bombe: Et si le secret de l’homosexualité, c’était minoritairement le viol, et majoritairement le fantasme de viol ? Ne vous inquiétez pas. Au début, ça choque ; et une fois qu’on regarde les faits, on arrête de s’offusquer, on respire, on boit frais, et tout le flou artistique qui entourait le concept d’homosexualité se dissipe. » (Araignée du désert, Dico online, Code n° 178 : Viol)

Ou encore:

« Même si, juste avant de se donner la mort, certains ont prétendu expliquer leur acte suicidaire par le rejet social de leur orientation sexuelle afin de camoufler les nombreuses raisons étrangères à l’homosexualité qu’ils n’ont pas souhaité affronter de leur vivant, cela ne prouve en rien que l’homophobie ou la société soient les uniques causes du suicide chez les personnes homosexuelles. […]

Ce qui empêche les personnes homosexuelles de désigner l’ennemi homophobe, ce n’est pas seulement le voile de mystère entourant l’acte homophobe : c’est surtout la découverte que les principaux ennemis des personnes homosexuelles, ce sont elles-mêmes. La plupart des personnes homosexuelles qui se font assassiner le sont par leurs pairs ou leurs partenaires amoureux. Si les anciennes dictatures traditionnellement connues comme telles maquillaient les meurtres en suicides, la nouvelle dictature homosexuelle, quant à elle, maquille les suicides en meurtres, et les règlements de compte entre communautaires en assassinats venus de l’extérieur. Ce n’est guère mieux… » (Araignée du désert, Le Phil de l’Araignée 2: On n’a rien compris à l’homophobie…)

Ou enfin:

« Ce baiser, en apparence beau, victorieux, et anodin (« Arrête ! Ça n’est rien, un p’tit kissou ! C’est mimi ! C’est culoté ! » me dira-t-on) ne fait que symboliser la superficialité, la prétention et l’homophobie de l’acte homosexuel en lui-même. Celui-ci, de par son éloignement du Réel et son expulsion de Son roc principal qu’est la différence des sexes (une différence qui concerne l’existence de toute l’Humanité), fait violence, et ce, universellement, car elle contredit la présence de n’importe quel être humain. » (Collectif pour la famille, « Le Kissing lesbien contre le Happening marseillais de VITA ou l’imposture bobo bisexuelle ») Rien que ça!!!

Son témoignage personnel, en ce qu’il nous montre ses difficultés à conjuguer son homosexualité et son éducation catholique, et son cheminement, d’une sexualité débridée et papillonnante, jusqu’au choix de la chasteté dans la continence totale, est admirable, et semble le signe d’une vraie conversion, et place l’unité retrouvée de son existence sous le signe de la confiance en Dieu et en son Eglise. En ce sens, du point de vue de la foi, il semble qu’il s’agisse d’un témoignage vrai, dont il est normal et même souhaitable qu’il soit diffusé largement par les médias et les institutions catholiques, comme c’est déjà le cas.

Par contre, on peut s’interroger sur la manière dont il semble engager par son témoignage, non seulement le désir homosexuel tel qu’il l’a vécu et avec lequel le Seigneur l’a trouvé, mais le désir homosexuel dans son essence, et avec lui l’ensemble des homosexuels.

Comme Régis Poujet le rappelle dans le texte cité précédemment, quand il s’agit d’une réalité extérieure, objective, le témoignage donne un point de vue sur elle, mais ne l’atteint jamais dans son essence, ne la réduit pas à ce qu’il en dit (de même qu’on peut analyser un ensemble de faits et en donner une interprétation, éclairée par certaines prises de positions philosophiques, scientifiques, religieuses, mais qui peut dire ce qu’est le réel, pour ne pas parler du « Réel »?). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est susceptible d’apporter aucun éclairage. Mais il doit être relu avec distance et esprit critique. Ainsi, un sociologue du metal qui est aussi metalleux ne peut pas ne pas avoir un point de vue déterminé en partie par son expérience personnelle, mais il opère par rapport à celle-ci une mise à distance critique, en faisant recours à une étude de terrains, à des choix méthodologiques préalablement définis, à des modèles d’interprétation universitairement éprouvés et reconnus, etc.

Force est de constater que Philippe Ariño ne prend nullement de telles précautions, et a généralement recours à une approche très empirique, voire profondément subjective:

« Dire que ces codes ont une histoire qui m’est propre, cela encouragera peut-être certaines personnes à les vider d’universel, à s’en désolidariser, pour dire que j’ai projeté dans mon Dictionnaire ma propre vie et fais de mon cas une généralité. Certes, je suis aussi parti de mon vécu et de mes références personnelles pour élaborer mon écrit ; mais cela n’est vrai que dans un second mouvement. C’est d’abord mon observation innocente et néanmoins attentive de toutes les œuvres artistiques parlant de près ou de loin d’homosexualité qui a donné naissance à mon Dictionnaire. Ma vie et mes goûts de personne homosexuelle m’ont assurément aidé à les reconnaître, souvent dans l’émerveillement et l’amusement. Mais si ces codes n’étaient que le fruit de ma propre imagination et l’expression d’une vision du monde très égocentrée, je ne les verrais pas dans autant de fictions, de pièces de théâtre, et de films, qui me sont encore inconnus, que je découvre peu à peu aujourd’hui, et qui sont réalisés par des gens qui ne connaissent même pas l’existence de mon Dictionnaire. Les échos entre mes écrits et ces œuvres, qu’on le veuille ou non, sont troublants. Je n’aurai pas assez de toute ma vie pour les découvrir! » (Le Phil de l’Araignée 14 : Les Secrets de mon Dictionnaire des Codes homosexuels)

La répétition des expériences est un aspect de la recherche de terrain, la clarification de la méthodologie et les principes employés pour les interpréter en est un autre, primordial, mais qui semble purement et simplement esquivé par Philippe Ariño.

Dans certains passages, il recourt même à une forme de confiscation de la parole en prétendant savoir mieux que d’autres homosexuels qui expriment des positions en contradiction avec les siennes ce qu’ils ont vécu et ressenti. Ainsi, dans l’une des citations ci-dessus:

« Même si, juste avant de se donner la mort, certains ont prétendu expliquer leur acte suicidaire par le rejet social de leur orientation sexuelle afin de camoufler les nombreuses raisons étrangères à l’homosexualité qu’ils n’ont pas souhaité affronter de leur vivant »

Et c’est bien là le problème: son témoignage est précieux en tant qu’il est une parole, qui exprime un parcours personnel. Son discours sur l’homosexualité, profondément subjectif sous couvert de conceptualisation, est précieux en ce qu’il nous montre comment elle a été source de souffrance pour lui, et comment sa rencontre avec Dieu a mis un terme à cette souffrance. Il nous donne son point de vue sur l’homosexualité. Mais il ne nous donne pas l’homosexualité en elle-même. Pour cela, il faut écouter tous les témoignages et les confronter. Et au nom de quoi sa parole prendrait le pas dans mon esprit  sur celle contraire de cet homosexuel favorable au « mariage pour tous » et profondément blessé par la « manif pour tous », par exemple? Parce que je suis catholique et qu’elle m’arrange davantage? Qu’elle soit rassurante pour des chrétiens qui ont du mal à assumer l’intransigeance de certains enseignements de l’Eglise sur l’homosexualité, c’est bien normal, mais cela ne veut pas dire qu’elle en a établi la vérité. il faut entendre toutes les paroles, toutes les souffrances, toutes les joies en lien avec l’homosexualité, ou tout du moins un échantillon représentatif, avant de dire qu’on a vu la vérité. Et de manière méthodique, en examinant les témoignages de manière rationnelle, à la manière d’une enquête. Et malheureusement je pense que ce n’est pas ce qui est fait aujourd’hui dans l’Eglise à partir du témoignage de Philippe Ariño, ce qui , encore une fois, ne diminue nullment sa valeur et sa beauté en tant que témoignage de conversion, mais empêche d’en déduire des vérités générales sur l’homosexualité et les homosexuels.

– un musulman converti qui projette de « détruire l’Islam »:

J’ai assisté samedi dernier, dans le cadre de mon service d’animateur d’aumônerie, à un témoignage de Joseph Fadelle, ce musulman irakien qui s’est converti au christianisme, que sa famille a tenté de tuer pour cela, et qui fait aujourd’hui l’objet d’une fatwa le condamnant à mort. Il a écrit un livre désormais célèbre, Le Prix à Payer, que je n’ai pas encore lu.

Si son histoire personnelle m’a bouleversé, et sa conversion m’a paru très belle et très courageuse, j’ai été très gêné, et même très choqué, à mesure que j’écoutais, par le grand nombre d’affirmations définitives et sans nuances qu’il portait, non seulement sur l’Islam tel qu’il l’a connu, ce qui serait bien normal, mais sur cette religion tel qu’il prétend l’avoir comprise dans son essence, et sur la personne du Prophète Mohammed, qu’il présente comme un pervers et un meurtrier.

Et autant je suis intimement convaincu de la grande valeur de sa parole en tant que témoignage de foi, autant je suis profondément sceptique quand au crédit à lui apporter en tant que témoignage au sens « juridique » contre l’Islam.

Joseph Fadelle dit qu’il a compris que l’Islam était une religion mauvaise lorsqu’il a lu le Coran. Mais ce type de texte religieux fondateur peut-il se comprendre par une simple lecture littérale, comme un roman ou un essai? J’ai rencontré quantité de metalleux qui aiment à rappeler tous les passages moralement choquants dans la Bible: le marchand et son épouse qui tombent raides morts dans les Actes des Apôtres après avoir tenté d’escroquer la communauté chrétienne, le Christ qui enseigne que les blasphèmes contre l’Esprit Saint ne seront pardonnés ni sur terre ni au ciel, les menaces à la fin de l’Apocalypse contre ceux qui interprèteraient un peu trop ce livre… Alors certes, ces passages ne sont pas à lire naïvement, mais à interpréter suivant les traditions littéraires de l’époque, le sens spirituel que l’auteur a voulu transmettre, les questions théologiques qui se posaient… Mais n’en est-il pas de même de l’Islam? Il existe plusieurs écoles « juridiques » d’interprétation souvent très éloignées les unes des autres, des querelles sur des versets qui abrogeraient ou non d’autres versets, des centaines de « hâdith » des paroles du Prophète qui éclaireraient la lecture du Coran et l’authenticité, pour certains d’entre eux, fait l’objet d’un large consensus, mais pour d’autres est âprement discutée… Rien qu’à lire la page wikipedia consacrée au Coran, on perçoit combien sa lecture est difficile d’accès et combien il est aventureux de prendre le sens des verset au pied de la lettre (ce qui est aussi le cas des textes de la Bible, mais c’est toujours plus facile de se concentrer sur le sens littéral quand il s’agit des textes et de la foi des autres).

Lors du témoignage auquel j’ai assisté, il nous a dit que suite à l’exhortation de son ami chrétien Massoud, il est allé voir un Imam pour savoir comment lire le Coran. L’Imam lui a conseillé un grand nombre de relectures préalables, ce qui l’a fait reculé. Il a alors décidé, comme « voie de contournement », de lire directement le Coran, et juste le Coran. Le conseil de l’Imam n’était sans doute pas très pédagogique, mais avait selon moi un fond de sagesse.

« Au contraire, l’une des caractéristiques du Coran est justement son invitation continuelle à la réflexion et à la compréhension : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent ! » (38:29) ; « Très certainement Nous avons exposé [tout ceci] dans ce Coran afin que [les gens] réfléchissent. » (17:41) ; « En effet, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54:17), etc.

Une simple étude de l’histoire de l’islam permet également de se rendre compte de la masse de commentaires écrits à propos du Coran et des différents aspects de la religion en vue d’en comprendre les différentes significations, et ce tant dans les milieux chiites que sunnites. L’immense littérature d’ouvrages religieux et de commentaires ne s’est pas tarie et continue de constituer le sujet de nombreux écrits jusqu’à aujourd’hui. La source principale de dissension en islam n’a donc pas été le caractère licite de la réflexion à propos de la religion ou du Coran, acceptée par tous sauf à de rares moments de l’histoire, mais bien la façon et la méthode utilisée pour commenter le Coran ou plus généralement pour mener une vraie réflexion religieuse.  » ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Quelques autres exemples: Joseph Fadelle s’appuie beaucoup sur la description des femmes dans le Coran, mais celle donnée par Saint Paul  (qu’il oppose pourtant à la personne du Prophète Mohammed) est également très dure, et guère acceptable pour la plupart des contemporains, y compris catholiques. Elle est à interpréter, on est d’accord. Mais il en va de même du Coran: sur la question de la récompense des femmes au paradis, des réponses humaines ont été données, sur celle de leur intelligence relativement à celle des hommes, on trouve assez facilement sur Google des interprétations qui nuancent fortement le sens littéral. Peut-être sont-elles fausses, peut-être sont-elles vraies, mais elles existent, elles sont des paroles, auxquelles confronter le témoignage de Joseph Fadelle, avant de penser que celui-ci atteint l’essence de l’Islam.

« M. Fadelle évoque ensuite la question du statut de la femme en islam, point qui lui pose problème : « Autre point conflictuel pour moi, je ne saisis pas l’insistance du Coran à définir la supériorité et le pouvoir des hommes sur les femmes, considérées la plupart du temps comme des inférieures, possédant la moitié du cerveau d’un homme, et parfois impures, quand elles ont leurs règles. » (p. 28). Le type d’expression utilisée, c’est-à-dire ici, « la moitié d’un cerveau », confirme la tendance de l’auteur à utiliser un procédé de simplification tournant à la caricature comme base de son argumentaire contre l’islam. On pourrait aussi objecter à l’auteur que le christianisme même est exposé à sa critique. Dans la Première Epître de Paul aux Corinthiens, nous pouvons lire : « Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme […] Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c’est comme si elle était rasée. […]L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme. C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend » (11:3-10) ou encore dans l’Epître de Paul aux Ephésiens : « Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise » (5:23), ou la Première Epître de Paul à Timothée : « Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté » (2:11-15). Il n’est pas ici question d’établir la moindre comparaison entre islam et christianisme ni de nous lancer dans de l’exégèse comparée, mais simplement de souligner les incohérences, les raccourcis et le regard mutilé que porte l’auteur tant sur l’islam que sur le christianisme, en n’y puisant que ce qui lui permet d’agrémenter au mieux son réquisitoire sur l’islam. » (« Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise).

Il insiste beaucoup sur l’idée que la fréquentation des chrétiens serait source d’impureté pour un musulman. Sans doute est-ce vrai dans la pratique des chiites irakiens qu’ila fréquentés… Cela dit, pour voir des dizaines de musulmans y compris « rigoureux » dans mon travail, et avoir été ami avec d’autres, je n’ai jamais observé le degré de rigueur qu’il décrit, bien au contraire.

« Comme nous l’avons évoqué, la conversion de Joseph Fadelle se déroule à la suite d’une rencontre avec un chrétien avec qui il partagea sa chambre durant son service militaire. En filigrane d’une démarche personnelle que nous ne cherchons encore une fois aucunement à juger, nous découvrons tout au long de l’ouvrage de nombreuses incohérences et mêmes idées fausses sur l’islam, notamment concernant la question de la relation avec l’autre. A titre d’exemple, lorsqu’il comprend avec qui il va partager sa chambre, M. Fadelle évoque qu’il est pris d’un sentiment d’horreur soi-disant né de ce que sa religion lui aurait inculqué : « – Tu crois que moi, un Moussaoui, je vais dormir avec un chrétien ? La frayeur m’envahit et m’ôte toute raison. Chez moi, les chrétiens sont considérés comme des parias impurs, des moins que rien avec qui il faut éviter à tout prix de se mélanger. » (pp. 13-14). Après avoir passé quelques jours auprès de lui, il écrit : « Je suis même surpris de ne pas être incommodé par l’odeur car dans ma famille, c’est une chose acquise : un chrétien se reconnaît à ce qu’il sent mauvais. » (pp. 15-16). Cette position est de nouveau clairement exprimée dans l’un de ses entretiens où il affirme plus clairement que le Coran même (et non pas seulement des traditions familiales) est la source d’un tel comportement : « Avant de rencontrer le Christ, je voyais les chrétiens à travers le Coran, je les considérais comme on me demandait de les considérer. C’est-à-dire comme des impurs qu’il faut combattre et tuer. » 

L’idée que l’islam enjoindrait à ses adeptes de ne pas se mélanger avec les chrétiens, qu’ils seraient impurs, sentiraient mauvais ou, pire encore, qu’il faudrait les tuer, est absolument fausse et éminemment dangereuse. Concernant tout d’abord la supposée « impureté », l’écrasante majorité des autorités musulmanes actuelles rejette une telle position. En outre, le Coran souligne expressément que les musulmans peuvent consommer la nourriture des « Gens du livre » (c’est-à-dire notamment des juifs et des chrétiens) : « Vous est permise la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. » (5:5). Comment donc serait-il permis de consommer la nourriture préparée et donc touchée par une personne en soi impure ? [6] En outre, si les chrétiens sont des « parias impurs », comment expliquer le désir de M. Fadelle de le convertir, et donc de le compter parmi les siens (pp. 16-17) ? Une conversion ferait-elle miraculeusement disparaître la supposée « mauvaise odeur » qu’il évoque ?!

Entre ces deux attitudes extrêmes – c’est-à-dire rejet absolu de l’autre ou volonté de le rendre identique à soi-même en lui niant le droit à toute altérité -, l’islam invite au contraire à cohabiter avec les « Gens du livre » dont font partie les chrétiens, et souligne que les croyants vertueux parmi eux seront sauvés : « Ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens, et les Chrétiens, ceux parmi eux qui croient en Dieu, au Jour dernier et qui accomplissent les bonnes œuvres, pas de crainte sur eux, et ils ne seront point affligés » (5:69).  Le Coran pose également les bases d’un respect mutuel invitant à une coexistence : « Que l’animosité pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété » (5:8) ; « Quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. » (5:32). Le Coran reconnaît aussi la valeur de la diversité des communautés religieuses, diversité voulue par Dieu afin qu’elles puissent rivaliser en charité et en bonnes actions : « Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Dieu qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez. » (5:48). Au lieu de souligner les traits d’union et ce qui rassemble, l’auteur du Prix à payer semble vouloir attiser les antagonismes et rendre tout dialogue impossible. » ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Etc., etc. Cela n’enlève rien à la valeur de son témoignage personnel, que je crois profondément vrai. Et compte tenu de son parcours, je comprends tout à fait qu’il éprouve un très fort ressentiment à l’encontre de son ancienne religion. Sans doute ferais-je de même à sa place. Mais si son témoignage est tout à fait précieux en tant que témoignage de conversion, et est très éclairant sur les abus dans sa pratique dans certains pays du Proche et Moyen Orient, il n’atteint pas,  je suis désolé de le dire, justement en tant qu’il est un témoignage, un point de vue individuel,  l’essence de l’Islam, et je ne vois pas pourquoi je prendrais davantage en compte sa parole que celle de tous les musulmans que j’ai rencontrés et qui ont puisé dans l’Islam la motivation et la force pour faire le bien, même si je ne crois pas, en tant que chrétien à la véracité de cette religion, car ce n’est pas parce que certaines de ses croyances sont fausses qu’elle rend pour autant mauvais.

C’est pourquoi c’est à mon avis à juste titre que le Père Roucou, responsable du Service National pour les relations avec l’Islam (SRI), qui est l’organe officiel de l’Eglise en charge de cette question,  s’est inquiété de l’usage fait de son témoignage, remarquable sur le plan de son cheminement de foi mais très contestable dans ses affirmations sur l’Islam en général, dans de nombreux lieux de l’Eglise:

 » Les prêtres conseillent ce livre à leurs paroissiens. Fadelle lui-même est invité à donner des conférences partout. Et pas simplement pour parler de son itinéraire qui est tout à fait respectable, mais pour dire que l’islam est l’œuvre du diable. On sent se renforcer chez les catholiques – comme chez l’ensemble des Français – un courant d’hostilité à l’islam. Nous sommes attaqués comme naïfs vis-à-vis des musulmans parce que nous discutons avec eux, alors que c’est notre mission. Ma position, en tant que SRI, c’est de dire que je n’ai pas à choisir entre ma solidarité avec les chrétiens du Proche-Orient et l’amitié avec les musulmans d’ici. » (cité sur L’observatoire de la Christianophobie).

En ces temps de repli communautaire de tout côté, il parait néfaste et contre-productif d’alimenter les divisions et les haines, comme de nombreux sites catholiques politisés très à droite et réticents aux réformes du dernier Concile semble le faire, en instrumentalisant de manière évident le témoignage de Joseph Fadelle en vue de durcir la position catholique contre l’Islam et les musulmans, par des propos inutilement alarmistes et insultants pour les partisans du dialogue interreligieux:

 » Par cette déclaration, le père Roucou laisse entendre que les musulmans d’ici sont victimes d’un terrorisme comparable à celui enduré par les chrétiens d’Orient. C’est une posture absolument scandaleuse. A le lire, on a l’impression qu’il souhaiterait que Joseph Fadelle soit éliminé, plutôt que de remettre en cause l’action du SRI. Car c’est bien ce qui risque d’arriver : Joseph Fadelle, par son témoignage, ses conférences publiques, pourrait être assassiné demain. » (Maximilien Bernard de Perepiscopus, cité sur L’observatoire de la Christianophobie ).

En effet:

« Pour conclure, nous souhaitions de nouveau insister sur ce point essentiel : ceux qui prétendent dénoncer l’intolérance et la violence ne font souvent que l’alimenter et la renforcer. Qu’apporte un tel ouvrage à part un renforcement de l’incompréhension et des pires préjugés pouvant exister sur une religion ? L’acharnement dont Joseph Fadelle fait preuve contre l’islam n’est-il pas à comparer avec ce qu’il prétend dénoncer ? Prouve-t-on le bien-fondé de sa religion en détruisant celle de l’autre ? Car c’est bien à cela qu’aspire l’auteur du Prix à payer : « Je veux détruire l’islam, d’abord pour sauver les musulmans. La distinction entre les deux est encore une fois primordiale. C’est le salut des musulmans qui m’importe. »  ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Réjouissons-nous de la belle conversion de Joseph Fadelle, mais accueillons son témoignage sur l’Islam avec un esprit de discernement et de paix. Et profitons-en pour méditer l’enseignement de l’Eglise sur cette religion:

« 3. La religion musulmane

L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre [5], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.

Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. (Déclaration Nostra Aetate). »

– Des metalleux convertis qui témoignent contre leur ancien milieu:

J’ai eu l’occasion de confronter dans un précédent billet mon témoignage, qui est celui d’un équilibre entre ma foi et mon intérêt pour le metal, à celui d’un ancien metalleux converti, qui voyait au contraire dans sa vie, entre les deux, une relation d’opposition.

Par ailleurs, j’ai publié récemment plusieurs témoignages de chrétiens metalleux qui vivaient positivement leur double appartenance, et le Collectif en a de son côté mis d’autres en ligne qui exprimaient au contraire une forme d’incompatibilité vécue entre les deux, le metal apportant la souffrance, et la conversion la joie.

Si on prend ces témoignages pour ce qu’ils sont au départ, c’est à dire comme des paroles qui décrivent une rencontre individuelle, personnelle avec Dieu, il n’y a pas lieu de les opposer, car Dieu vient nous rencontrer chacun où nous sommes, nous n’écoutons pas tous le metal de la même manière, et il ne nous touche pas de manière identique. Chaque témoignage sur ces deux sites, est en ce sens de valeur comparable, puisque pris isolément, chacun décrit une vraie rencontre avec Dieu, et pris tous ensemble, démontre la diversité des parcours de conversion possibles, l’Amour de Dieu qui vient sauver tout le monde. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt des témoignages de foi.

Par contre, à vouloir voir dans tel ou tel une description de l’essence du metal, on risque de les opposer, et de chercher à déterminer lesquels sont les vrais témoignages, et lesquels sont les faux, ce qui n’a pas de sens, car la conversion nous apporte une connaissance sur Dieu et sur nous-mêmes, mais pas nécessairement sur des réalités contingentes (le Collectif ne semble pas jusqu’ici tomber dans ce travers, que j’essaie également d’éviter). Elle nous dit si le metal est bon pour nous, mais pas néssairment s’il est bon ou mauvais en général.

C’est pourquoi j’écrivais, dans mon propre témoignage:

« En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l’amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l’enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C’est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l’action de l’Esprit Saint.

Par contre, l’usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S’il est certain que la musique metal n’est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c’est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l’écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices.« 

Il est donc nécessaire, pour se faire une idée du metal (ou de l’Islam, ou de l’homosexualité), de ne pas prendre en considération que ceux qui nous arrange, ou d’opposer frontalement, suivant une axiologie binaire (vrai/faux, bon/mauvais), ceux en sens contraire, mais de les faire résonner chacun pour ce qu’ils sont en les confrontant, les faire se parler les uns les autres pour se nuancer et s’approfondir, et non pas s’annihiler, les uns les autres. Et faire se rencontrer de la la sorte deux paroles, cela s’appelle un dialogue

Conclusion:

L’historien catholique et spécialiste des études de genre Anthony Favier soulignait dans un billet récent sur son blog les dérives polémiques d’une certaines utilisation des témoignages en milieu chrétien:

« De manière générale, je m’interroge désormais sur cette pratique du témoignage public et répété, presque en roue libre et sans garde-fou. Elle me semble relever d’une importation d’un des aspects les plus criticables du protestantisme nord-américain: à savoir la figure du repenti balloté de salles paroissiales en aumônerie étudiante à des fins édifiantes dont la parole est tellement conforme à la norme religieuse qu’on se demande si elle n’est pas pur marketing. Est-ce que la pratique brutale de l’expérience personnelle et religieuse dans l’espace public et médiatisé est potentiellement dangereuse pour l’individu qui s’y livre? Ce dernier n’est jamais à l’abri de manipulations de la part de personnes bien contentes de réduire son expérience à des fins qui leur sont propres, mais surtout, jamais à l’abri, lui-même, de se trouver piégé dans le récit qu’il fait. La fable à la première personne piège toujours son principal protagoniste. Qui s’enfonce dans un récit trop lisse de sa vie risque de s’y sentir un jour piégé sans réelle possibilité de douter ou de changer de direction. Peut-on penser plus chaste que de parler publiquement de sa chasteté? Sûrement… La pertinence de la tradition chrétienne de la relecture de vie — qu’elle se pratique dans le cadre d’exercices spirituels ou de retraites religieuses — c’est qu’elle se fait demanièreplus exigeante: dans une durée relativement longue, et surtout, sans ce tiers si particulier à gérer lorsqu’on parle de soi intimement: le public.  » (Penser le genre catholique, « Élaborer une éthique chrétienne de l’homosexualité: interroger sereinement les thèses de Philippe Ariño »)

Au delà du risque de poser en tant que témoin un cheminement en devenir comme une histoire achevée, et d’aliéner par son témoignage son propre discernement, qui existe effectivement à la marge pour chacun d’entre nous, la pratique du témoignage à des fins polémiques me parait poser au moins deux autres problèmes, l’un de nature morale, et l’autre de nature religieuse:

1) Nous avons vu qu’un témoignage de foi s’adresse d’un vécu intérieur à d’autres vécus intérieurs, qu’il est éminemment subjectif. A ce titre, il s’adresse moins à l’intelligence rationnelle qu’à une sorte d’intelligence affective (éclairée il est vrai par l’intelligence de notre foi), en provoquant un certain nombre de sentiments, associés à une réflexion sur la nature de ces derniers et leur signification. A ce titre, l’utiliser, non pas seulement pour faire connaitre un exemple de rencontre avec le Seigneur, mais également pour faire passer un jugement sur une réalité distincte de celle-ci, n’est-ce pas solliciter l’émotion plutôt que la réflexion, chercher à persuader plutôt que convaincre, et en ce sens inciter les auditeurs à privilégier les injonctions de la passion dans leur discernement plutôt que la mesure et l’écoute, ce qui est non seulement dangereux sur les plans de la recherches de la vérité et de la justice, mais les rend en outre vulnérabls à toutes sortes de manipulations et d’instrumentalisations?

2) Le témoignage de foi me semble être dans son essence le récit d’une parole que Dieu nous a adressé, à nous, personnellement, et qui remplit notre existence d’une nouvelle légitimité. L’utiliser pour émettre des jugements d’ordre général sur telle ou telle réalité qui nous a fait souffrir, non pas en tant qu’elle nous a fait souffrir, mais dans son essence, sans prendre le temps de la nuance, de recherches objectives et d’un dialogue, éventuellement éclairés par notre conversion, n’est-ce pas souvent, d’une certaine manière, renverser la logique du témoignage, et plutôt que de laisser Dieu parler à travers nous, parler nous-mêmes au travers de l’évocation de Sa propre Parole?

« Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris (…), m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit » (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités, Témoignages with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Demon Hunter - True Defiance South America

Troisième témoignage à me parvenir depuis deux jours: celui de Luce, métalleuse et chrétienne, que je vous laisse découvrir ci-dessous…

Par ailleurs, je viens de créer une nouvelle catégorie: « témoignages », qui commence à devenir utile…

J’ai été bercée pendant mon enfance par la musique de Deep Purple et d’Aerosmith, groupes qu’écoutaient mes parents. C’est au collège que je suis devenue une fan inconditionnelle de groupes comme Linkin Park, Skillet, Within Temptation… ce qui agaçait beaucoup mon entourage parce qu’il ne comprenait pas comment je pouvais étudier correctement à l’école et faire mes devoirs avec cette « musique d’ours » comme mon père dit toujours.

A cet âge-là, je ne me posais pas la question de l’importance du témoignage de ma foi, qui a toujours été pourtant très présente, et je ne priais que pour demander des choses, souvent futiles, comme tout le monde à l’âge de l’insouciance ! Néanmoins, je ne parlais jamais de ma foi, car j’étais l’une des rares de ma classe à faire du catéchisme et je souffrais des moqueries continuelles de mes camarades. C’est difficile de témoigner de ce que nous ressentons, lorsque les athées nous perçoivent comme des gens coincés qui perdent leur temps à aller à la messe, à faire la queue pour manger un petit bout de pain sans gout tout rond qui ne représente rien pour eux, qui parlons tout seul à quelqu’un que l’on ne peut pas voir… Il fallait bien trouver quelque chose qu’ils pourraient comprendre, et je crois que le métal est la solution idéale!

Le métal a déjà un statut particulier, de pouvoir faire passer tout un déchaînement de passions que ce soit la colère, la peur, l’envie de liberté, la joie, l’amour, l’espérance… à travers des styles variés pour tous les goûts et je m’en suis rendue compte au début, seulement dans les mauvais moments de ma vie quand je me suis mise à vraiment en écouter au lycée. Le fait qu’il en existe de beaucoup de genre permet d’en faire une musique universelle, et la musique est la « langue » parlée dans tous les pays du monde. C’est le même alphabet, 7 pauvres petites notes, qui appelées Do, Ré, Mi… ou C, D, E… peuvent créer un moyen d’expression que TOUT LE MONDE peut utiliser à tout âge.

Je ne pense pas que j’imaginais à l’époque que je pourrais concilier ma passion pour la musique et la foi, non seulement pour en témoigner mais aussi pour l’exprimer, la sentir, la transmettre, la vivre… C’est un moyen de communiquer à d’autres ce que l’on a au plus profond de nous, en plus de permettre à nos âmes de s’exprimer sans difficulté, comme si elles pouvaient prendre la parole et transpercer les âmes de ceux qui l’écoute. C’est en tout cas ce que je ressens quand je chante du métal, quand j’en écoute… De plus, en participant aux discussions du groupe « Vive le métal chrétien » sur Facebook, j’ai encore plus appris de cette musique et le réseau social qui se crée autour est absolument grandiose. On est tous là pour la même raison, et la transmission de cette passion est à mon avis un devoir d’état ! (ou du moins une noble cause^^)
Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris tels Demon Hunter ou Oh Sleeper, m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit, m’a permis de « ne pas être seule dans l’œil de la sombre tempête » comme dirait Micah Kinard.

Au passage, j’en profite d’ailleurs pour remercier Lou Tou de m’avoir fait découvrir cette facette du métal et de m’avoir transmis cette dévorante passion !

Témoignage d’un métalleux chrétien (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Diminishing Diabolical Strongholds Vol. 1

Après Elie, c’est maintenant Lou Tou qui vient nous apporter son témoignage, et en profite pour nous présenter le groupe facebook « Vive le metal chrétien! » qu’il a créé, qui en plus d’être une communauté pour les métalleux chrétiens, met à jour régulièrement une liste des groupes de metal chrétiens en activité, par styles de musique.

J’en profite pour dire que si je me réjouis bien évidement de cette mobilisation de « cathos métalleux », cette rubrique est également ouverte à des points de vue contraires, et que si par exemple un metalleux non chrétien veut exposer de manière argumentée, comme un essai,  ou sous forme de témoignage ses réticences (ou sa colère, ou son indifférence…) à l’encontre du metal chrétien, voire du christianisme en général, il est le bienvenu. De même, la forme du témoignage et la question metal/foi ne sont que des possibilités, des analyses sur tel ou tel aspects du metal pouvant par exemple en être une autre.

J’ai découvert le hard rock quand j’était en 5ème avec Aerosmith c’est à dire à l’âge où on ne se pose pas beaucoup de questions spirituelles…Pourtant, je me rappelle que nous étions 3 à écouter du hard rock /neo metal (ce qui était pour nous le plus extrême de la musique ^^), cependant j’était choqué par l’imagerie des T-shirts de Marilyn Manson que portait un des élèves de ma classe.

J’ai continué à écouter Aerosmith et quelques groupes de néo jusqu’en fin de 3ème où j’ai fait une dépression…J’était envahi de questions entre autres spirituelles et affectives.

C’est alors que j’ai commencé à écouter d’autres groupes qui pour moi étaient encore plus extrêmes tels Apocalyptica ou System of a Down…).

Sur le moment ces groupes m’aidaient à exterioriser une rage que je ne pouvais plus contenir. Cependant dans l’esprit de l’éducation que j’avais reçu, metal rimait avec satanisme. Au point culminant de ma depression, lors d’appels au secours, je me suis donc cru « sataniste ».

Inutile de préciser que ma famille a immédiatement détruit tous les cds de metal que je possédais « pour mon bien ». Je vous raconte cela pas pour leur jeter la pierre mais pour montrer ce que les clichés peuvent engendrer .

Ma depression a duré toute l’année qui a suivi et j’ai alors découvert le metal chrétien avec le groupe de neo metal chrétien français Space in your Face. Cependant j’étais en croisade assez violente contre les groupes de metal que je considérais comme « satanistes », tels Slipknot etc..

C’est aussi durant cette année que j’ai découvert l’amour de Dieu à travers du rock chrétien (le groupe français P.U.S.H.), et differents groupes de prières… Mais plus intérieurement en m’appropriant le sacrifice du Christ à la Croix (cette folie de la Croix dont parle Paul dans ses épitres.) En me disant, « Jésus est mort pour moi, par amour, pour me sauver ».

Ma redécouverte de l’amour de Dieu s’est donc opérée en même temps que celle du metal (et cela continue chaque jour).

Mais j’ai vraiment découvert un aspect plus profond du metal en m’y jetant la tête la première ! J’ai donc passé un an à découvrir la richesse de chaque style et en référençant sur une page facebook ( « Vive le metal chretien! » note de Darth Manu ) tous les groupes chrétiens que je trouvais !

En même temps j’ai découvert que le metal non chrétien pouvait aussi être porteur d’un message profond et me rejoindre dans ma vie quotidienne.

Enfin j’ai découvert qu’une véritable fraternité rassemble les metalleux lors de concerts etc… et qu’ils vivent cette communion avec beaucoup de simplicité.

Je crois que le metal peut vraiment apporter « un supplément d’âme » comme dit le père Robert Culat. Ce qu’on expérimente dans le metal est transcendant, ce qui rapproche cette musique de la spiritualité. C’est pourquoi je vous invite tous à rentrer à fond dans la profondeur de cette musique en dépassant l’aspect « gros bruit », et à aussi à rentrer à fond dans le mystère chrétien ! L’un et l’autre vous ferons certainement grandir en humanité !

Ps: J’ai conscience du côté très brouillon de mon témoignage et m’en excuse très humblement …

Metal et bible (Auteur Invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 10 janvier 2013 by Darth Manu

On entend souvent tant des metalleux que des chrétiens s’étonner, parfois en termes très vifs, de l’existence d’un « metal chrétien », et a fortiori d’un black metal chrétien. Le metal est une musique souvent violente, et la foi chrétienne un appel constant à la paix et à l’amour: ne s’agit-il pas de plaquer sur elle une esthétique qui lui est inconciliable? Elie, catholique, metalleux, témoigne de sa méditation personnelle sur cette question, nourrie par son expérience musicale, mais également par une vie de prière quotidienne et par l’année de discernement spirituel qu’il a vécue à la maison Saint François de Sales de Paray le Monial, lorsqu’il s’interrogeait sur l’éventualité d’une vocation de prêtre.

Mon pilier biblique fondateur, pour expliquer comment le métal extrême, dans sa violence, est compatible avec la foi, et peut même être une prière : le psaume 88(87).

Seigneur, mon Dieu et mon salut, dans cette nuit où je crie en ta présence, que ma prière parvienne jusqu’à toi, ouvre l’oreille à ma plainte.
Car mon âme est rassasiée de malheur, ma vie est au bord de l’abîme ;
on me voit déjà descendre à la fosse, je suis comme un homme fini.
Ma place est parmi les morts, avec ceux que l’on a tués, enterrés, ceux dont tu n’as plus souvenir, qui sont exclus, et loin de ta main.
Tu m’as mis au plus profond de la fosse, en des lieux engloutis, ténébreux ;
le poids de ta colère m’écrase, tu déverses tes flots contre moi.
Tu éloignes de moi mes amis, tu m’as rendu abominable pour eux ; enfermé, je n’ai pas d’issue :
à force de souffrir, mes yeux s’éteignent. Je t’appelle, Seigneur, tout le jour, je tends les mains vers toi :
fais-tu des miracles pour les morts ? Leur ombre se dresse-t-elle pour t’acclamer ?
Qui parlera de ton amour dans la tombe, de ta fidélité au royaume de la mort ?
Connaît-on dans les ténèbres tes miracles, et ta justice, au pays de l’oubli ?
Moi, je crie vers toi, Seigneur ; dès le matin, ma prière te cherche :
pourquoi me rejeter, Seigneur, pourquoi me cacher ta face ?
Malheureux, frappé à mort depuis l’enfance, je n’en peux plus d’endurer tes fléaux ;
sur moi, ont déferlé tes orages : tes effrois m’ont réduit au silence.
Ils me cernent comme l’eau tout le jour, ensemble ils se referment sur moi.
Tu éloignes de moi amis et familiers ; ma compagne, c’est la ténèbre.

Pas un mot de confiance, pas une dose d’espoir, ni même d’espérance ; juste un coeur lourd et en peine qui crie, hurle, vers Dieu. Le psalmiste n’hésite même pas à rendre Dieu responsable de ses souffrances. N’en déplaise à ceux qui pensent qu’être croyant, c’est être un bon toutou à son maître ; nous pouvons agresser Dieu par rage et colère, et c’est pas pour autant que les flammes de l’Enfer nous dévorerons dans d’atroces souffrances.

J’entends de la part de certains chrétiens : « Dieu est Amour, Tendresse et Pitié, nul violence ne vient de Dieu« . C’est pas faux, mais la Passion du Christ, n’est-il pas un message salvateur d’une rare violence? (Si vous trouver que se faire flageller presque à mort et se faire crucifié à coup de clou c’est pas très violent, je vous conseille de trouver un bon psy ^^.)
Alors, oui, tout les chrétiens ne sont pas fait pour prier sur du gros black/death, ni sur du dark/doom ni même du post-métal. C’est normal. Pour ceux qui ne comprendrais pas cette normalité, je laisserais Saint Paul nous l’expliquer : « Car, tout comme un seul corps nous avons nombre de membres et que les membres n’ont pas tous la même fonction, pareillement, malgré notre nombre, nous ne sommes qu’un seul corps dans le Christ, alors qu’individuellement nous sommes membres les uns des autres » (1 Rom. 12;4-5).

A tout ceux qui n’osent pas aller à Dieu, parce qu’Il n’existe pas, parce que c’est l’ « enculé » qui est responsable de ma vie de merde, de la mort de mes proches, ou toute autre bonne raison de Lui en vouloir… je vous laisse une parole qui date de presque 2000 ans, et qui m’a permis de sauter le pas, et de découvrir quelque chose qui me dépasse, qui m’habite en profondeur, tout en me laissant être moi-même : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11;28-30). Et causez-lui bordel !!! Au pire, Il n’existe pas, et comme moi, vous vivrez plus léger, plus vivant, et vous n’aurez rien perdu. Au mieux… je vous laisse découvrir…

Un témoignage sur la journée « Le Metal: des vibrations interdites? » du 25 novembre 2012

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , , , on 17 décembre 2012 by Darth Manu

Via Crucis

Anne, l’une des participantes catholiques de la journée organisée par le service Arts, cultures et foi du Diocèse de Lyon sur la musique métal, qui se tenait le 25 novembre dernier dans la salle Maurice La Mâche, a bien voulu partager ses impressions, dans le témoignage ci-dessous. Merci à elle! 🙂

Pour mémoire, outre une « messe des artistes » célébrée le matin à l’église Saint Polycarpe, cette journée consistait en une table ronde, animée par Pierre Benoit, diacre du diocèse de Lyon et auteur d’un ouvrage sur Les chrétiens et les musiques actuelles, et qui rassemblait le Père Robert Culat, auteur du livre L’Age du Métal, Gildas Vijay Rousseau, membre et initiateur du groupe de metal électro-oriental Stamina, et moi-même, suivie d’un concert de Stamina, dans une ambiance qu’un autre spectateur a qualifié d' »intimiste », face à un public relativement peu nombreux mais très enthousiaste et, à ce qu’il m’a semblé, pleinement satisfait de la prestation du groupe. 

« Concernant la journée du 25 novembre à Lyon.

Tout d’abord, je me présente, je m’appelle Anne, je suis catholique et j’habite à Paris. J’ai entendu parlé de cet événement grâce à mon ami  Louis qui est métalleux. 
De base, je ne suis pas fan du métal, bien au contraire. Et Louis m’a fait découvrir ce milieu en me faisant écouter plein de styles différents, et en me montrant les aspects de chaque style de métal.
J’ai commencé à comprendre le métal, et à apprécier en écouter.

Je suis donc allée à cette journée « écouter voir » à Lyon le 25 novembre. Je ne pensais pas trouver cette complicité et cette simplicité qu’ont les métalleux. 
Le débat qui liait le métal au christianisme était très intéressant. Pour moi, le christianisme et le métal sont deux mondes complètement différents. Le métal était une atmosphère sombre, sans vie, mais grâce à Louis, mais aussi au Père Robert Culat, à Gildas de Stamina, à Emmanuel Navarre qui étaient présents, j’ai pu comprendre le but du métal chrétien. J’ai été éclairée sur beaucoup de points.

Le débat s’est terminé par un concert du groupe Stamina. J’étais très impressionnée. Un petit public, mais une joie, une complicité, une simplicité, une fraternité, une communion… Je ne pensais pas trouver ça dans un concert de métal ! Au début, j’ai observé ce qui s’y passait, et prise par le rythme et par la joie, je me suis mise à sauter et à danser… ! Le métal m’a défoulé l’âme, l’esprit et le corps !

A la fin du concert, j’ai pu parler aux membres du groupe Stamina, et aux métalleux qui étaient présents. Ils étaient tous très ouverts. Comme quoi, il ne faut pas juger les apparences…

 Le métal a changé ma vision des choses. Et notamment grâce à cette journée qui m’a libéré de beaucoup de chose à la suite. »

Sur cette journée, voir également les articles de Rue 89 Lyon, de France Info et de La Vie, une interview du Père Robert Culat réalisée le jour même, ainsi que le blog du Père Michel Durand, qui est l’organisateur de la journée et a publié plusieurs billets en lien avec elle.

A propos de la vidéo: « Du Death Metal à Jésus Christ »

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , on 8 juin 2012 by Darth Manu

Le Collectif Provocs Hellfest ça suffit a rappelé récemment  l’existence d’un témoignage, posté sur DailyMotion et Youtube, qui émane d’un ancien amateur de metal extrême, dont l’expérience largement atypique de cette musique semble avoir été l’occasion de grandes souffrances psychiques et spirituelles, et qui s’est par la suite converti au christianisme, ce qui lui a permis de trouver une forme de paix intérieure.

Il se trouve que je connais cette vidéo depuis l’été 2009, lorsque j’ai pris connaissance de la polémique autour du Hellfest. J’ai alors été profondément  troublé par la manière dont son titre  semblait monter en épingle un témoignage magnifique, mais isolé, pour stigmatiser une communauté toute entière. Cela n’a pas été pour rien dans ma décision l’année d’après de m’engager dans ce débat, et je lui ai consacré sur mon précédent blog, Aigreurs Administratives, le tout premier article que j’ai écrit sur le métal. Ce billet est intitulé: « Du metal à Jeus Christ au metal ( à Jésus Christ) » et a été publié le samedi 20 février 2010. Je le reproduis ci-dessous:

 » « Du death metal à Jésus Christ« : j’ai découvert ce témoignage en surfant sur Google l’été dernier, lorsque la polémique autour du Hellfest commençait à retomber. Il m’a laissé une impression très mitigée.

En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l’amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l’enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C’est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l’action de l’Esprit Saint.

Par contre, l’usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S’il est certain que la musique metal n’est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c’est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l’écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices. Le père Robert Culat, dans son livre L’Age du metal (Editions du Camion Blanc, septembre 2007), en cite plusieurs:

« Le metal m’aide à purger mon agressivité.L’écoute du Death metal m’apaise ». (p. 187)

« Personnellement le metal me renforce, me régénère, il me permet de ne pas sombrer dans une dépression en voyant dans quel monde nous vivons ». (p. 188)

« Cette musique m’a servi d’exutoire à l’époque où j’avais besoin de défouler une violence contenue qui aurait pu déboucher sur des actes autrement rédhibitoires ». (p. 189)

Et si je puis me permettre d’apporter mon propre témoignage, je ne suis pas d’accord du tout non plus pour décrire le metal comme une musique par nature source de colère et de souffrance.

Il est vrai que lorsque j’ai commencé à écouter du metal (surtout du heavy et du black), je sortais de l’adolescence et me suis détourné de mon éducation chrétienne et de ma foi par des attitudes et des opinions néfastes et courantes chez certains métalleux. Il est tout aussi vrai que lorsque je suis retourné dans l’Eglise, j’ai arrêté d’écouter pendant plusieurs années des groupes de metal, et j’ai essayé de faire une croix sur cette période de ma vie.

Et j’en ai ressenti de la souffrance. J’avais l’impression de me couper d’une certaine forme de beauté dont l’expérience m’avait été donnée. Je n’arrivais pas à faire le lien entre ce que je concevais comme mon devoir de chrétien et le souvenir que je gardais de mes amis métalleux. J’avais l’impression d’être écartelé entre deux vérités dont j’avais été témoin, aussi incontournables l’une que l’autre et pourtant apparemment incompatibles.

J’ai recommencé à écouter du metal, en choisissant des groupes chrétiens pas trop méchants comme Stryper. Puis je suis passé au unblack metal, avec des groupes comme Antestor. J’ai découvert que des chrétiens essayaient de réconcilier leur passion du metal avec leur foi, comme les groupes de metal chrétien, comme le père Culat, comme les membres du groupe facebook « Je suis chrétien, j’écoute du metal et ce n’est pas contradictoire ».

J’essaie actuellement de faire oeuvre de discernement à la façon ignatienne, en prêtant attention à ce que le metal me fait, aux mouvements qu’il suscite dans mon coeur. Et malgré tout ce que certains peuvent dire sur l’incompatibilité apparente entre les ambiances nihilistes et désespérées propres au black metal et la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, je rejoins le témoignage cité plus haut qui mentionnait l’influence apaisante du death metal. En donnant une structure (si déstructurante soit-elle par rapport aux styles musicaux plus répandus) et un rythme (parfois à la limite du supportable mais évocateur et rempli de signifiants) à des angoisses et des fantasmes jusqu’alors non formulés, le metal extrême les exorcise et leur donne de la beauté, une source de significations potentiellement positives et créatrices d’espoir dans la vie et l’âme de l’amateur de black metal que je suis. Et si personnellement je ne suis pas musicien, cette beauté qui surgit dans leur vie, là où ils voyaient peut-être un peu trop de laideur, incite les amateurs de cette musique qui jouent d’un instrument à créer plutôt que détruire.

Je n’ai pas fini mon discernement, mais ce point où j’en suis me paraissait suffisamment important pour le partager avec vous.

Pour finir, je voudrais vous fournir une dernière piste de réflexion: l’aumônerie de ma paroisse, où je suis animateur, a organisé la projection du film D’une seule voix, qui montre la tournée en France d’un orchestre composé d’iraeliens juifs et arabes, et de palestiniens. On y trouve des musiciens de hip hop, style parfois aussi contesté que le metal. Tout le monde a trouvé ce film très beau, très proche du message de l’Evangile. Et bien le groupe israélien Orphaned Land, qui a certes développé une identité très singulière, mais qui est parti du death metal, ne cesse au fil de ses albums de chercher à promouvoir la paix entre chrétiens, juifs et musulmans, et revendique avec fierté son succès auprès des jeunes palestiniens.

Où est la différence? »