Archive pour avril, 2012

Petit interlude FRAT-ernel…

Posted in Interludes with tags , , , , , on 16 avril 2012 by Darth Manu

affiche2012frat

Sur le point de partir accompagner des lycéens en aumônerie pour quelques jours, dans le cadre du FRAT de Lourdes, je ne serai pas en mesure de répondre aux commentaires pendant cette période.

Comme j’en reviendrai, si tout se passe bien, en grand manque de sommeil et avec la crève (mais en paix et ma foi renouvelée) je ne serai sans doute pas très réactif la semaine suivante, même si je publierai peut-être un nouveau billet d’ici la rentrée des vacances scolaires (ne serait-ce que pour me remettre au metal: les rassemblements du FRAT, c’est plutôt pop louange au menu matin, midi et soir).

Qu’est-ce que le FRAT?

Le FRAT est un pèlerinage voulu et animé par les évêques d’Ile de France. Il rassemble les jeunes chrétiens des huit diocèses.

Le Frat est scindé depuis plus de 30 ans en deux temps.

En effet, de l’origine un pèlerinage organisé pour emmener des jeunes à Lourdes , le Frat a du se scinder en deux afin de faire face au grand nombre de participants.

Il se déroule d’une année sur l’autre à Jambville, dans la propriété des Scouts et Guides de France, et à Lourdes.

Le FRAT de Jambville s’adresse aux jeunes qui sont en aumôneries de collèges, ce qui correspond à la génération des 13-15 ans (4e et 3e). Celui de Lourdes s’adresse aux jeunes des lycées, aux 15-17 ans.

L’inscription d’un jeune au FRAT se fait toujours au sein d’un groupe, grand ou petit, groupe paroissial, Aumônerie de l’Enseignement Public, Etablissement Catholique d’enseignement, Mouvement ou communautés étrangères en Ile-de-France.

Le Frat est une proposition faite aux aumôneries et mouvements de faire vivre un grand rassemblement d’Eglise aux jeunes qu’ils encadrent tout au long de l’année.

Le phénomène du rassemblement prend depuis la relance des JMJ par Jean Paul II, une importance certaine dans la manière de s’adresser aux jeunes générations afin d’éveiller leur foi et de l’inscrire dans l’Eglise

Ainsi, il entre totalement en complément de la pastorale déployée auprès des jeunes de chaque paroisse et de chaque groupe ou école de l’enseignement catholique.

Quatre éléments rentrent dans la composition de la recette du Frat :

  • Des temps de rassemblement, pour des liturgies et des moments paraliturgiques. Les principaux sacrements sont proposés aux jeunes pendant les rassemblements.
  • Des petits groupes qui partagent, sur un thème qui change à chaque rassemblement
  • Rencontre avec un témoin qui vient parler de sa foi de son parcours,
  • Une multitude d’autres propositions en relation avec le thème du rassemblement..

La pédagogie du Frat tente de mettre en œuvre des moments de célébrations joyeuses et festives à 10 000 et des moments plus calmes en petits groupes ainsi que des moments d’intériorité. Cette articulation est spécialement adaptée aux attentes de cette génération des années 2000” (Source: site officiel du FRAT).

Cette année, le thème du FRAT es”Quelle joie de te rencontrer!”:

Cette année, le Frat a fait le pari du thème de la joie de la rencontre.Dans un monde désabusé où tout va très vite et où l’on cultive sou-vent la peur de l’autre et du différent, le Frat invite les jeunes à découvrir l’Autre comme source de richesse.Les 1400 accompagnateurs souhaitent proposer le meilleur àtous ces jeunes, alors que bien souvent le regard des adultes est sévère* et peine à comprendre la jeune génération. Cette exigence va de pair avec une attention à chaque jeune, quel que soit son chemin de foi.L’alchimie du Frat associe célébrations festivités, temps de recueillement, partages en petits groupes, autant de manières pourle jeune de vivre et d’être acteur de cette joie de la rencontre.Image d’une Eglise en mouve-ment, le Frat accueille des ado-lescents venus de toute la région,de toutes origines, handicapés ou valides, il est porteur de foi etd’engagement.Père Augustin DENECK Directeur du Frat de Lourde” (dossier de presse du Frat 2012)

Ce théme résonne profondément en moi avec l’aspiration de ce blog: faire se rencontrer  métalleux non chrétiens, chrétiens non metalleux, chrétiens metalleux, partisans du dialogue ou sceptiques à son égard, afin que nous puissions tous échanger entre nous et mieux nous connaitre.

Si le charge d’animateur au FRAT est assez lourde en terme de temps et d’énergie consacrés, et ne laisse que peu de temps de “désert”, j’essaierai, au travers des rencontres que j’y ferai, des témoignages que j’écouterai, des temps de prières et de célébrations que je vivrai, des fruits que je reccueillerai de ce pèlerinage, d’en nourrir la réflexion qui est celle de ce blog, et de vous en faire profiter dans la manière dont ils éclaireront la rédaction de mes billets futurs.

Je ne manquerai pas non plus de prier pour tous les lecteurs de ce blog, qu’ils partagent mes vues sur le metal ou le Hellfest ou qu’ils y soient opposés.

A bientôt et FRAT-ernellement votre! 😉

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Y a-t-il un scandale du Hellfest? (cc @abbegrosjean )

Posted in Hellfest with tags , , , , , on 12 avril 2012 by Darth Manu

 

Pas très fier d’avoir publié un billet au ton polémique un Mercredi des Cendres, j’avais décidé de faire Carême de billets sur le Hellfest. Nous sommes désormais dans le temps de Pâques, et bien que celui-ci se prête encore moins dans son esprit aux joutes internautes enflammées, deux points d’actualité m’obligent à revenir sur ce débat:

1) Les billets du Collectif pour un Festival Respectueux de Tous sur le groupe de black metal Taake, invité cette année au Hellfest, bien que le chanteur ait suscité récemment la polémique en Norvège par des propos insultants pour l’Islam, et ait pour habitude d’arborer en concert une croix gammée sur la poitrine.

2) Une intervention de l’Abbé Grosjean sur Europe 1 (et les échanges subséquents que j’ai eu avec lui sur le sujet sur Twitter) où il donne une large diffusion aux positions qu’il partage avec le Collectif.

J’ai décidé de faire de ce billet une synthèse de mes réponses aux arguments des catholiques critiques envers le Hellfest.

Pour éviter tout malentendu je tiens à préciser que bien que je ne connaisse pas vraiment personnellement l’Abbé Grosjean (bien que nous sommes croisés à l’occasion, aux dernières JMJ et dans un rassemblement de blogueurs cathos), je suis paroissien du diocèse où il est prêtre, et qu’à ce titre, j’ai probablement un certain nombre d’amis en commun avec lui, et que je lui suis très reconnaissant du dévouement avec lequel il exerce son ministère, d’après les échos que j’en ai entendu. J’ai également apprécié l’honne^teté et le courage dont il a fait preuve lors de la polémique sur la pièce de Castellucci cet automne. Tout ça pour dire que nos différences d’opinions sur le Hellfest ne lui valent aucune hostilité personnelle de ma part, et qu’il n’est pas non plus un « intégriste », ni un « menteur », contrairement à ce que j’ai pu lire à l’occasion en certains endroits.

Pour faire bonne mesure, j’ajoute que si je suis souvent dur avec le Collectif dans mes billets, et que je comprenne qu’ils en retirent un certain agacement, pour ne pas dire un agacement certain, je ne les considère pas comme des « extrémistes » et que j’observe des différences importantes, notemment dans la forme plus modérée, avec celles menées en parallèle par Civitas (qui les a d’ailleurs magistralement zappé sur la question l’an dernier). Ce qui ne retire rien au fait que je regrette profondément leurs a priori et le fait que leur méthode d’analyse du Hellfest et du metal contribue généralement par ses lacunes (amalgames, citations wikipedia détournées, incohérences…) à donner à leurs lecteurs les moins informés une vision extrêmement déformée des deux.

1) Le Hellfest: un festival anti chrétien?

a) christiancore et black metal

Comme je le signale dans mon billet sur la présence de groupes chrétiens à l’affiche du Hellfest 2012, pour moi, les critères de programmation du Hellfest ne sont ni religieux ni idéologiques, mais artistiques: le Hellfest invite les groupes qui montent ou qui font parler d’eux, dans les registres musicaux de sa compétence. J’en veux pour preuve, la présence, au côté de groupes aux thématiques satanistes ou néo-païennes, actuellement majoritaires dans le sous-registre du black metal, celles de groupes explicitement chrétiens dans celui du metalcore (August burns red, Betraying the martyrs), dont la composante chrétienne est de plus en plus populaire aux Etats Unis notemment.

Contrairement à l’interprétation proposée par un membre du Collectif dans une interview accordée à Paris-Match, il semble douteux que ces groupes soient invités pour servir d’alibi: plusieurs d’entre eux étaient déjà programmés en 2009 avant le retrait de Coca-Cola des sponsors et le début « sérieux » de la polémique.

Le vrai débat ne porte donc pas tant à mon avis sur le Hellfest en lui-même, qui se contente d’inviter les groupes qui « marchent », et qui est un festival de metal parmi beaucoup d’autres (sonisphère, Wacken, Copenhell…)que sur la prégnance de certaines thématiques d’allure anti chrétienne dans certains styles (le black metal, et dans une moindre mesure, le death metal, en particulier…). Le Père Grosjean, dans un billet ancien, rappelait qu’il ne s’agissait pas de polémiquer sur le metal mais de faire respecter la loi par un festival bien précis. Je pense au contraire qu’il est plus légitime de discuter les inspirations et les formes d’expression du metal dans son ensemble que de se focaliser sur un festival: sinon cela revient à traiter les symptômes et non les causes.

b) connotation et dénotation: ne pas niveller le sens

Encore convient-il de se doter d’une grille d’analyse opératoire. Comme je l’expliquais dans un précédent billet, se contenter de citer des textes de groupes présents au festival qui relèvent des champs sémantiques et lexicaux de la violence, du satanisme, du paganisme, de l’occultisme, e l’anti-christianisme, ne permet pas de cerner le message réel des auteurs, qui est conditionné par beaucoup de paramètres.

Ainsi je rappelais que le sens dénotatif explicite du texte, aussi noir, révolté et morbide qu’il puisse apparaitre au néophyte, est susceptible d’être altéré par toutes sortes de connotations, qui peuvent résider dans les figures de style contenues dans les paroles, dans la mise en scène, dans la musicalité, dans l’expression même qui se lit sur le visage des musiciens lorsqu’ils jouent sur scène, dans le contexte de la représentation et ce que les auditeurs viennent y chercher. Et je citais l’exemple de Pneumatis, considérablement moins choqué l’an dernier par la prestation de Dark Tranquillity que par celle de Therion, bien qu’il y ait assisté juste après, et malgré une musique beaucoup plus violente (death mélodique vs opéra metal) et une mise en scène plus explicitement morbide.

Restituer l’esprit véritable des groupes invités au Hellfest, et celui de ce festival, demande donc un travail de précision qui suppose de ne pas plaquer une grille de lecture préétablie sur les phénomènes observés et de  prendre le temps de fréquenter la musique elle-même, sur CD et en concerts. Un travail que le Collectif, malgré l’authentique bonne volonté de ses membres, et une débauche de copier-coller qui peut impressionner le lecteur mal informé, ne fait pas jusqu’ici (à part l’article d’Etienneweb sur GNR qui est tout à fait intéressant). Quelques exemples: une citation non sourcée de l’article wikipedia sur Blue Oyster Cult, détournée de son sens initial pour faire passer une filiation musicale pour une filiation idéologique, un article délirant qui vise à démontrer les liens supposés entre metal et Nouvelle Droite sur le « fondement » du choix de pseudonyme d’un musicien (et cela  après avoir présenté le Hellfest dans un article précédent comme « la vitrine culturelle de l’esprit de gauche »: merci la cohérence!), leur présentation d’une collaboration ponctuelle entre Eminem et Marylin Manson comme la preuve d’une « connexion avec le rap »: apparemment quelque chose de très mal pour eux. Pourquoi? Mystère (le Collectif: arrière base des vrais « True Metalleux »? 😉 )…

c) art et morale: un critère de discernement insuffisant

Mais voilà que l’Abbé Grosjean m’oppose sur Twitter une objection assez forte en apparence:

 » certain que #Hellfest pourrait se tenir sans inviter ce genre de chanteur avec croix gammée par ex : 1.bp.blogspot.com/-JGwjoqyJ22Q/T… @Darth_Manu« 

Ca s’est sûr, de même que la littérature française du 20ème siècle aurait sûrement subsisté si Céline n’avait pas écrit Bagatelle pour un massacre et si Brasillach n’avait pas collaboré avec le régime nazi. Que Carl Schmitt n’avait pas besoin de soutenir le régime nazi pour être un philosophe politique de premier plan. Que les peintures du Caravage n’auraient pas moins embelli les églises italiennes s’il n’avait tué personne ni été mêlé à toutes sortes d’affaires criminelles.

Car devinez quoi? S’il est certain que l’importance d’une oeuvre d’art ne doit pas rendre aveugle sur les exactions éventuelles de son auteur, ces dernières n’annulent pas non plus cette importance. J’ai été horrifié  d’apprendre le comportement personnel de Roman Polanski, et écoeuré de l’indulgence de la justice suisse à son égard. Cela n’enlève rien à mon respect pour ses talents de réalisateur et son importance dans l’histoire du cinéma, et je n’exercerai pas de pression pour entraver le financement de ses films ou leur représentation.

On m’objectera qu’il ne prône pas la pédophilie dans ses films. Cela ne vaut pas pour certains des auteurs que je viens de citer, qui exposent clairement leurs convictions antisémites dans leurs oeuvres, et dont les plus ardents défenseurs se trouvent souvent au premier rang de ceux qui jouent les vierges effarouchées face au Hellfest.

Tout ça pour dire que les musiciens de Taake semblent être une belle brochette d’abrutis, mais que leur contribution  musicale au black metal est tout à fait excellente, et mérite d’être reconnue par les festivals en pointe dans le genre. De même que personnellement, je fais le choix d’écouter du black metal chrétien, mais que jamais je ne dirais que Sanctifica ou Elgibbor supplantent Mayhem ou Darkthrone ou Emperor, et que je ferai mémoire du talent de ces groupes sans qui le BM n’aurait pas existé, quand bien même je désapprouve leur discours et leur comportement.

Cette reconnaissance du talent musical malgré un comportement personnel et des textes condamnables, j’y vois un précédent dans l’Eglise, avec ce communiqué du Vatican:

 “À l’occasion du 40è anniversaire de la dissolution des Beatles, le Vatican a rendu hommage samedi aux quatre garçons dans le vent dans son hebdomadaire l’Osservatore Romano. Dans un article, le Vatican déclare qu’il pardonne aux Beatles pour leurs commentaires « sataniques » et notamment ceux de John Lennon qui déclarait en 1966 que son groupe était plus populaire que Jésus Christ. Le Vatican a également déclaré que les Beatles était « un joyau » de la musique. « Il est vrai que le groupe consommait de la drogue, qu’ils vivaient dans l’excès à cause de leur succès. Ils ont même dit qu’ils étaient plus connus que Jésus Christ et on fait passer d’autres messages mystérieux à connotation satanique. Ils n’ont peut-être pas été le meilleur exemple qui puisse être pour la jeunesse de l’époque, mais ils n’étaient pas les pires. Leurs belles mélodies ont changé le monde de la musique et continue encore aujourd’hui à donner du plaisir », écrit l’Église Catholique. John Lennon avait également déclaré lors de cette fameuse interview que la chrétienté finirait par disparaître. « Elle va s’éteindre et sombrer. Je n’ai même pas besoin de le prouver…Je ne sais pas qui du rock and roll ou de la chrétienté des disparaîtra le premier » avait-il affirmé, choquant le Vatican. Une page est donc tournée aujourd’hui et l’Eglise Catholique semble définitivement réconciliée avec les Beatles. Interviewé sur la chaîne américaine CNN, l’ancien batteur du groupe, Ringo Starr, qui vient de sortir un nouvel album intitulé « Y Not », a déclaré mardi qu’il se fichait du pardon du Vatican. « Ils ont déclaré à l’époque que nous étions sataniques et ils ont quand même réussi à nous pardonner ? Je pense qu’ils ont mieux à faire que de parler des Beatles », a-t-il expliqué” (Le Parisien).

Si l’Eglise estime que la contribution musicale des Beatles peut suffir à contre-balancer leur « satanisme », pour quoi ne pourrait-elle pas mener la même réflexion pour les groupes de black metal? Ou alors, c’est que le BM en tant que musique emballe peut-être moins les catholiques que les Beatles. Et on n’est plus dans une controverse idéologique mais dans une discussion sur les goûts musicaux des uns et des autres. Autant l’assumer une bonne fois pour toutes…

2)  Le Hellfest: un festival qui fait deux poids deux mesures?

a) Anal Cunt et Satanic Warmaster

L’un des arguments favoris du Collectif est de soutenir que l’orga du Hellfest fait preuve d’hypocrisie, puisqu’elle refuse de déprogrammer les groupes anti-chrétiens, mais qu’elle a déprogrammé l’an dernier deux groupes d’allure antisémites l’an dernier: Satanic Warmaster et Anal Cunt, ce qui tendrait en outre à montrer qu’il existe une discrimination sélective envers les chrétiens, dont les outrages qu’ils subissent de la part de certains groupes seraient présentés comme du « folklore », alors que les groupes qui s’attaquent à d’autres religions seraient sanctionnés immédiatement.

L’examen des faits me parait contredire cette analyse. Si nous en reprenons l’historique en effet, on observe quà partir d’un reproche apparemment similaire: le soupçon d’antisémitisme, les réactions du festival  et des festivaliers  ont été bien différentes. Satanic Warmaster, groupe de black metal réputé proche de la mouvance NSBM (National Socialist Black Metal) a été déprogrammé sous la pression de certains groupes invités et festivaliers. Ce qui a entrainé l’irritation de certains et un certain nombre de débats entre metalleux, mais sans levée de boucliers globale. Pour ce qui est d’Anal Cunt, il s’agit d’un groupe de grindcore qui n’est pas politisé, mais qui est adepte d’une espèce d’humour provocant de mauvais gout, comme son nom en témoigne. Certaines de ses chansons qui semblent ironiser sur ce qui peut parfois apparaitre à certains comme des outrances de l’anti nazisme, en en prenant le contre-pied ironique (ainsi « Hitler was a sensitive man ») ont été pointées par un catholique engagé contre le Hellfest (Les Yeux Ouverts) à une association d’anciens résistants et déportés. Celle-ci a en retour contacté la mairie de Clisson, qui a fait pression sur la direction du festival pour qu’Anal Cunt soit déprogrammé. Cette décision a suscité une très grande colère des métalleux. Même Radio Metal, partisan du dialogue avec les catholiques et qui a pris plusieurs fois parti contre l’abus des thématiques anti chrétiennes dans les paroles de certains groupes, l’a condamnée. Personnellement, après un temps d’indécision, je me suis également prononcé contre, pour des raisons que j’ai exposées dans un billet précédent.

Comment s’explique cette différence de réaction des festivaliers? Satanic Warmaster semble lié à des activistes politiques d’extrême-droite, et pouvoir potentiellement joindre le geste à la parole. Anal Cunt n’est violent que verbalement. Cen’est donc pas le fait qu’on semble s’attaquer à des juifs plutôt qu’à des chrétiens qui a rendu plus facile à avaler la suppression de Satanic Warmaster, mais le soupçon d’activisme politique. Les groupes qui attaquent le christianisme dans leurs paroles et qui sont invités au Hellfest, s’il est vrai que certains ont été condamnés dans leur jeunesse en Norvège pour des faits graves (mais en sont manifestement revenus depuis) ne sont pas des activistes politiques, juste des musiciens. Il est donc normal que les réactions suscitées par leur programmation soient moins vives que celles entrainées par la présence de groupes de NSBM, et il est faux de dire qu’il y a eu cette année là « deux poids deux mesures » de la part des organisateurs.

b) Taake

Le Collectif fonctionne complètement sur l’idée (au demeurant bien naïve et communautariste) que les chrétiens font lo’bjet d’une discrimination spécifique, et que les agressions contre d’autres groupes sont beaucoup moins bien tolérés. C’était donc dans sa logique de souligner la présence en 2012 au Hellfest d’un groupe qui a  suscité récemment la polémique en Norvège lors d’une manifestation culturelle de grande envergure (dont les organisateurs ont soit dit en passant tenu bon dans leur refus de le déprogrammer) en raison de certaines de ses paroles à connotation « islamophobe ». Dans l’espoir que pour un groupe hostile à l’islam, les réactions seraient beaucoup plus vives que pour des groupes anti-chrétiens.

Le manque de réactions de la communauté métalleuse (même si certains râlent un peu ça et là sur les forums), par opposition aux réactions contre Satanic Warmaster, démontre à mon avis le contraire. Là encore, il n’y a pas de discrimination en fonction du contenu des paroles, mais une attention portée à la présence ou non d’un activisme poltique réel derrière. Ce qui n’est pas le cas de Taake, à ma connaissance.

L’effet pervers de ces discours de catholiques hostiles au Hellfest, c’est qu’à force de se plaindre  que les chrétiens soient la cible privilégiées des textes de metal, ils finissent par donner de mauvaises idées à de mauvaises personnes. C’est-à-dire qu’au lieu de persuader les éléments les plus provocateurs du metal de traiter le christianisme comme les autres religions, ils vont au contraire les inciter à traiter les autres religions comme le christianisme, comme je le montrais récemment dans mon billet Metal et Islam, où je condamnais les propos tenus par Taake.

c) L’indignation sélective des catholiques mobilisés contre le Hellfest

Ce qui m’amuse dans cette polémique, c’est l’importance soudaine que revêtent les critiques contre l’Islam aux yeuxde certaines personnes;

Par exemple, quand je jette un coup d’oeil sur la blogroll du blog Les Yeux Ouverts, tenu par un des membres du Collectif, je remarque au hasard:  Nephtar et Nephtali, qui appelle de ses voeux l’interdiction de l’Islam, le Salon Beige, qui tente de faire porter sur l’Islam dans son ensemble la responsabilité des drames de Toulouse et Montauban, et, « last but not least« , une rubrique Islam qui mentionne deux sites: Islam clair et net, qui estime que « l’Islam se croit investi de la mission divine de conquérir le monde entier par tous les moyens », et La petite feuille verte, qui le réduit au djihadisme. E-Deo, qui soutient l’action du Collectif au point de faire figurer sur son site une bannière permanente avec un lien qui renvoie vers lui, a diffusé récemment, entre autres très nombreux exemples, une tribune intitulée: « L’Islam est le fascisme du XXIème siècle ».

Chaque fois que j’ai pu critiquer l’extremisme de ces sites, des interlocuteurs catholiques (dont un membre du Collectif) ne se sont pas privés de critiquer mon « manque de charité »  et de souci de « l’unité de l’Eglise ». Je reçois ces critiques et les prends en compte: la charité et l’unité de l’Eglise sont au coeur de ma foi. De même, je respecte leur liberté d’opinion et d’expression, et je ne cherche pas à faire pression sur leur hébergeur pour les faire censurer. Tout comme j’ai essayé de recevoir avec humilité le billet de l’abbé Grosjean en septembre dernier où il nous appelait à nous réjouir de la possible réintégration dans l’Eglise de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, qui est pourtant à Taake, en matière de relations effectives avec l’extrême-droite et les milieux « islamophobes », ce que la vodka frappée est à la grenadine.

En ces périodes d’élections, il ne se passe pas un jour sans que le catholique que je suis ne soit appelé par une personnalité influente dans l’Eglise à « discerner » mon engagement dans la Cité et à agir en « cohérence ». C’est pourquoi je « discerne » sur le Hellfest à partir de ma connaissance conjointe des milieux catholiques et métalleux, et, en « cohérence » avec ce que certains m’appellent à tolérer tous les jours de mla part de catholiques, je tiens à vous dire, mes chers Frères et Soeurs dans le Christ, que les provocations de mauvais goût de Taake, si je les condamne sur le principe, ne me font ni chaud ni froid, car elles ne sont précisément que ça, des provocations, sans activisme politique réel derrière. Je ne pourrais en dire autant de la plupart des noms que je viens de citer.

3) Le Hellfest: un mauvais usage des deniers publics?

a) Etre cohérent dans la dénonciation: la culture complètement subventionnée ou pas du tout

L’Abbé Grosjean m’a donné sur Twitter un autre argument:

 » @Darth_Manu j’ai demandé simplement qu’on fasse un effort sur la programmation ! Pour éviter ce qui relève de l’offense subventionnée !« 

 Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire dans un billet publié à l’occasion de la polémique autour du Golgota Picnic, je suis sur le principe contre la restrictions des subventions publiques à des oeuvres d’art en raison de leur contenu. Je comprends qu’on puisse être contre le principe d’une culture subventionnée: mais pour moi, soit on subventionne toutes les oeuvres, soit on n’en suventionne aucune: et je ne me souviens pas que les catholiques aient crâché sur le subventionnement public des « hommes et des dieux », sans lesquels ce film n’aurait probablement pas vu le jour.

Alors on me dit que l’insulte ne saurait profiter des deniers publics. Mais en matière d’art, qui décide de ce qui relève ou non de l’insulte? Les Chants de Maldoror ont des pages tout aussi trash que la plupart des textes de groupes présents au Hellfest, et il s’agit pourtant d’un chef d’oeuvre reconnu de la littérature française. Doit-on interdire son enseignement dans les établissements publics? Et n’y a-t-il pas un dangereux précédent, à demander que l’autorité publique s’immisce dans le jugement d’une oeuvre d’art? Une association féministe ou de défense des droits des homosexuels pourrait estimer que telle ou telle oeuvre catholique offense des onvictions et des droits reconnus par beaucoup, et obtenir le retriat des financements sur cette base. Et voilà comment on nourri le politiquement correct.

Franchement, dans le cas du Hellfest, le remède proposé par l’Abbé Grosjean semble pire que le mal. 

 b) les retombées économiques du Hellfest vs son cout

Un autre des chevaux de bataille favoris du Collectif: le coût du Hellfest pour les collectivités territoriales. 

Mais le Collectif ne se borne qu’à énumérer les subventions des collectivités et autres aides financières (emplois aidés) sans mettre en regard l’étude détaillé de l’apport du festival, en terme de notoriété internationale, de tourisme, et de retombées économiques pour le commerce local (et quand il le fait, c’est, de manière bien peu cohérente, pour dénoncer « le règne du fric »).

Il chipote également sur le nombre de personnes effectivement présentes au festival chaque année, de manière bien chicanière, puisqu’il est certain que le festival écoule chaque année l’ensemble des entrées, et chaque année un peu plus tôt.

En fait, il existe un organisme dont c’est le travail d’évaluer les conséquences du Hellfest sur la gestion des deniers publics, et c’est la Chambre Régionale des Comptes de Loire-Atlantique. Elle le fera tôt ou tard, comme pour tout organisme bénéficiant de la générosité publique, et on aura alors des éléments tangibles et vérifiés sur lesquels discuter. En attendant tout ce que j’ai pu lire sur le sujet de la part du Collectif n’est à mes yeux que spéculations peu convaincantes et partisanes. 

c)déficit de communication, déficit d’évangélisation?

Au final, on peut aussi se demander ce que coûte à l’Eglise l’action du Collectif. Comme on le voit régulièrement sur divers forums et blogs depuis 2008, les pressions d’associations chrétiennes attisent la rancoeur de nombreux metalleux contre les chrétiens. J’ai même trouvé un article d’un journal égyptien, pourtant bien placé pour savoir ce qu’est une persécution religieuse véritable, qui a directement comparé l’action des catholiques opposés au Hellfest avec les persécutions des islamistes au PMO. 

A contrario, le livre du Père Culat, L’Age du Metal, qui présente le bilan d’un dialogue qui s’étend sur de nombreuses années avec le milieu u metal, a rencontré un énorme succès, et a fortement adouci le regard de beaucoup de metalleux sur l’Eglise catholique et le christianisme en général. Mon propre travail, lui-même bien accuilli pour l’instant, alors que le black metal chrétien n’a pendant très longtemps rencontré qu’hilarité et hostilité ouverte, en bénéficie.

Un témoignage lu dans les commentaires de mon blog, qui devrait inciter à mon avis les catholiques qui appuient l’action du Collectif à comprendre que celle-ci est contre-productive, et que d’autres voies permettent de manière beaucoup plus efficaces de combattre l’antichristianisme parfois présent dans le metal:

 » J’ai voulu me faire débaptiser il y a quelques années quand ce collectif ordurier est apparu, pensant bêtement que c’était représentatif des catholiques en général. Je n’en ai plus envie depuis que je connais ce blog, toi et le père Culat. J’ai même remis ma médaille ahah ^^ C’est symbolique mais c’est un signe je pense que certains sont dans l’erreur depuis le début et s’enterrent bien profond » (Larsen).

 Le vrai scandale

Les plus perspicaces d’entre vous l’auront peut-être deviné, ma réponse à la question que je pose en titre de ce billet est… OUI, il y a bien un scandale du Hellfest!!!

En fait, il y en a même plusieurs. En voici trois, par ordre croissant d’importance:

– Le scandale de ma foi blessée: 

L’article que Pèlerin-Info m’a consacré la semaine dernière, dans le cadre du Prix du blog catho 2012, décrit bien à quel point la polémique du Hellfest m’a atteint dans mon unité de chrétien et de métalleux, quand j’en ai rpis connaissance en 2009. Ce que je n’ai pas dit au journaliste qui m’a interviewé, par contre, c’est que pendant une période assez longue (plusieurs mois) j’ai perdu mes habitudes de fréquentation du Sacrement de Réconciliation.  Pourquoi? Parce que cette polémique, par la caricature qu’elle donnait d’un monde que je connais bien, et ses procès d’intention abusifs, a déçu temporairement ma confiance dans l’Eglise, quoique pas dans les paroissiens et les prêtres que je connaissaient, tous très dévoués. Toute la première moitié de l’année 2009, j’ai souffert de voir l’Eglise caricaturée par les médias, à propos de l’affaire de Recife, de la levée de l’excommunication des évèques de la FSSPX, des propos du pape sur le préservatif, des scandales de pédophilie… Et à l’entrée de la seconde moitiée de cette année 2009, j’ai vu de nombreux représentants de cette Eglise avoir exactement la même attitude avec ceux qu’ils n’arrivaient pas à comprendre. Comment continuer à écouter tous ces beaux discours sur la beauté d’aimer son prochain, de se laisser déplacer, si c’est pour voir que quand l’autre est vraiment autre, les catholiques ne réagissent pas mieux que tout le monde? Travailler à établir des ponts et un dialogue entre catholiques et métalleux m’a aidé à reconstruire cette confiance perdue en l’Eglise.

– Le scandale du refus du dialogue:

Que des catholiques soient blessés et scandalisés par les textes et les propos de certains groupes, je le comprends tout à fait. Ce que je conçois moins, c’est l’attitude qu’ont eu de nombreux catholiques envers ceux qui essayaient de discuter et d’apaiser la situation. Le Père Culat s’est fait insulter sur plusieurs sites, certains hors de la communion de l’Eglise, mais d’autres non. Le Père Pierre Binsinger, également prêtre et métalleux, et invité par Famille Chrétienne à témoigner en faveur du Hellfest en 2010, a lui aussi eu sa part de procès d’intention et d’outrages dans les commentaires, et tout ça au nom du respect.  Ma lectrice « Marie/Marie du Hellfest » a participé pendant plusieurs années à une discussion sur le forum La Cité Catholique, où elle est venu proposer une démarche de dialogue, pleine d’humilité et de désir de vérité. Si les administrateurs et plusieurs membres l’ont très bien accueillie, d’autres ont multiplié les insinuations, les remarques arrogantes et les procès d’intention à son égard. Et pour tant le dialogue n’a rien d’impossible. Quand j’étais au JMJ, une personne de mon groupe s’est félicité devant moi des initiatives contre le Hellfest. Il connaissait ma position, mais il ne semblait pas se douter qu’un autre jeune du groupe, avec qui il semblait avoir de bonnes relations, était un métalleux qui se rend au Hellfest chaque fois qu’il peut se permettre. Et beaucoup de jeunes catholiques, en aumônerie, aux JMJ, sont de fervent metalleux couumiers des concerts et des festivals comme le Hellfest. Comme quoi l’esprit du Hellfest n’est pas si négatif, puisque de nombreux chrétiens animés d’une vraie foi et d’un vrai dévouement contribuent à sa nature et son essence.

– Le scandale du repli:

Ce que je vais dire là ne vise pas l’Abbé Grosjean (pas plus que le précédent paragraphe, qui décrit des abus dont il a lui-même souffert cet automne), ni même le Collectif. Mais je pense qu’il y a des catholiques qui jouent les indignés mais qu’au fond l’existence du Hellfest arrange secrètement, et qui seraint bien déçus s’il venait à disparaitre. Un festival sataniste qui a pignon sur rue, c’est bien pratique. D’une part, si l’oeuvre du Diable est si outrancièrement manifeste, n’est-ce pas finalement rassurant, comme une preuve indirecte de l’existence de Dieu? D’autre part, cela tend à prouver l’existence d’un complot contre les chrétiens et l’Eglise, une « christianophobie » active et « révolutionnaire », qui dispense de chercher des causes plus profondes à la déchristianisation (et potentiellement plus porteuses pour nous de remises en question) et justifie des phénomènes de repli, voire de communautarisme. Et pourtant, le Hellfest, j’y étais l’an dernier, j’y serai à nouveau cette année, et je témoigne que c’est un festival de musique et pas grand chose d’autre. Et toute cette polémque est à mes yeux une farce.

Le black metal chrétien: des ténèbres de la transgression aux Ténèbres de l’attente…

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , , , , , on 7 avril 2012 by Darth Manu

Nous voici arrivés une nouvelle fois à Pâques: la fête la plus importante pour les chrétiens, celle qui célèbre la victoire de la Vie sur la mort, du Bien sur le mal, la Résurrection de Notre Seigneur Jésus Christ, à propos de laquelle Saint Paul écrivait les lignes suivantes:

 » Or, si l’on prêche que Christ est ressuscité des morts, comment quelques-uns parmi vous disent-ils qu’il n’y a point de résurrection des morts?  15.13 S’il n’y a point de résurrection des morts, Christ non plus n’est pas ressuscité.
15.14 Et si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine.  15.15 Il se trouve même que nous sommes de faux témoins à l’égard de Dieu, puisque nous avons témoigné contre Dieu qu’il a ressuscité Christ, tandis qu’il ne l’aurait pas ressuscité, si les morts ne ressuscitent point. 15.16 Car si les morts ne ressuscitent point, Christ non plus n’est pas ressuscité.  15.17 Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés,
15.18 et par conséquent aussi ceux qui sont morts en Christ sont perdus.
15.19 Si c’est dans cette vie seulement que nous espérons en Christ, nous sommes les plus malheureux de tous les hommes.
15.20 Mais maintenant, Christ est ressuscité des morts, il est les prémices de ceux qui sont morts.
15.21 Car, puisque la mort est venue par un homme, c’est aussi par un homme qu’est venue la résurrection des morts.
15.22 Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ,  15.23 mais chacun en son rang. Christ comme prémices, puis ceux qui appartiennent à Christ, lors de son avènement.  15.24
Ensuite viendra la fin, quand il remettra le royaume à celui qui est Dieu et Père, après avoir détruit toute domination, toute autorité et toute puissance.  15.25 Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait mis tous les ennemis sous ses pieds.
15.26 Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort.  15.27 Dieu, en effet, a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu’il dit que tout lui a été soumis, il est évident que celui qui lui a soumis toutes choses est excepté.  15.28 Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous.  15.29 » (I Co. 15, 13-29).

La Bonne Nouvelle annoncée par les Evangiles, dans leur contenu comme dans l’étymologie de leur nom,  trouve son aboutissement dans cette victoire ultime du Bien contre le mal: celle de la vie sur la mort.

Comment une telle célébration de la vie pourrait-elle rencontrer un écho  dans une musique qui parait tirer son esthétique de la représentation idéalisée  et absolutisée de la maladie, de la souffrance, et dela mort ? N’y-a-t-il pas là une contradiction interne radicale dans le projet des musiciens de black metal chrétien?

1) La figure du Christ crucifié: le bien défiguré, aboutissement ultime du mal

Faisons tout d’abord retour sur cet épisode de la Passion, qui précède Pâques, et dont il est fait mémoire dans la célébration du Vendredi Saint:

Le mal est si prégnant que liturgiquement on n’invite pas l’assemblée à faire
corps, puisque celui dont elle est le Corps est sur la croix. On ne commence pas la célébration par
« prions le Seigneur » C’est la seule fois de l’année. On s’adresse directement au Seigneur et avant
de faire place à la mort et à la souffrance on reconnaît son amour infini, sans mesure au plus creux de
l’iniquité. La liturgie du vendredi saint confesse  un Dieu aimant sans mesure face au mal et à la
souffrance. Les premières paroles de la célébration sont les suivantes : « Seigneur, nous savons que
tu aimes sans mesure….aujourd’hui encore, montre-nous ton amour » (prière d’ouverture).
On lit ensuite le texte du serviteur souffrant ( Is 52,13-53,12)  On ne peut ici s’empêcher de faire le
lien avec le texte lu le jeudi saint et le lavement des pieds. Le Christ a fait un geste de serviteur,
d’esclave. C’est le même serviteur qui a aimé jusqu’au bout qu’on célèbre lors du vendredi saint. La
liturgie n’édulcore pas la souffrance sans toutefois tomber dans le misérabilisme. Le texte d’Isaïe
est éloquent, on peut dire qu’il est l’éponyme de toute souffrance. Pour ne citer quelques passages
on peut relever
« il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme. … Il n’était ni beau, ni brillant pour
attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné
de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, nous l’avons méprisé, compté pour
rien. …Maltraité il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche…arrêté puis jugé, il a été supprimé… il
a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple… Le
Seigneur a voulu le broyer par la souffrance….parce qu’il a connu la souffrance, le juste
mon serviteur justifiera les multitudes… »Cf Is 52,13-53,12
Ce texte invite à évoquer différentes situations qui viennent spontanément à l’esprit. Le Fils de Dieu,
le Serviteur par excellence a connu cette descente dans la confrontation au mal. Le serviteur est
l’innocent, celui qui est étranger à tout mal et à  toute violence. Or il connaît une contradiction
absolue puisqu’il est conduit à la mort. Ses souffrances l’ont défiguré au point de détourner les
regards.
” (www.theolarge.fr, “Le triduum pascal: victoire de l’amour sur la mort”).

Il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme”: l’épisode de la Passion met en scène l’apparente victoire ultime du mal sur le Bien, la défiguration du Fils de Dieu, de celui par qui le Salut nous est offert. Dieu s’est fait homme, et le voici torturé, brisé, scarifié, outragé, de telle sorte qu’il ne ressemble plus à un homme. Il nous a apporté le témoignage de Son Amour, par la voix de Son Fils, et voici que Celui-ci, suspendu à une croix, entre deux voleurs, condamné alors que le même jour un criminel de la pire espèce, Barabbas, a été gracié, illustre par le spectacle de son agonie la haine des hommes. Il devait annoncer la Justice, et il consacre par sa mort le triomphe de l’injustice. Celui qui a été transfiguré sur le Mont Thabor (Mt 17, 19 ; Me 9, 2-13, Lc 9, 28-36) est maintenant défiguré, celui qui annonçait la Vie éternelle pour les hommes est vaincu de la manière la plus horrible qui soit par la mort. Il s’agit là du blasphème suprême: condamner celui qui est appelé à nous juger, et qui est l’avocat de notre pardon. Provoquer Sa mort alors qu’Il nous apporte la Vie. Meurtrir Sa chair, La défigurer alors qu’il nous promet la transfiguration de la notre.

2) Le black metal, musique de la défiguration, de la maladie, de la mort… musique du  mal?

A lire le nom des groupes de black metal et les textes de leurs chansons, à regarder les photographies des groupes sur scène, à écouter leur musique, beaucoup de chrétiens sont tentés d’y trouver la stricte équivalence artistique de ce scandale de la Passion du Christ, une défiguration de ce qui a vocation a transfigurer les sons, et à élever notre âme, qui par dessus le marché superpose à son entreprise de transgression radicale de l’art la célébration du blasphème et de la mort dans ses thématiques et ses mises en scènes:

– Plusieurs groupes ont des noms qui évoquent ouvertement la Passion (Impaled Nazarene, Rotting Christ, Christ Beheaded…), et de plus nombreux groupes encore ont des paroles du même type dans leurs chansons, que les cathos anti-hellfest se font régulièrement un devoir de pointer.

– Les pochettes, les harmonies, les mises en scènes, même lorsqu’elles ne sont pas explicitement blasphèmatoires, évoquent la mort, la maladie, la souffrance: à la Bonne Nouvelle du Christ semble pouvoir être opposée la Mauvaise Nouvelle du Black Metal, le rappel de la présence irréductible du mal sur notre planète, voire la célébration de sa puissance:

Nous faisons du Black-Metal. Ce terme devrait suffire à décrire nos activités.
Le Black-Metal est censé glorifier le mal, tout ce qui gangrène l’être humain. Le Black-Metal est une projection de haine à l’égard de l’humanité dans son ensemble, passée, présente ou future. Il se doit d’être sombre, morbide, malsain, et nuisible à tout être humain, y compris à celui qui le produit. Toutes déviances à cela ne peuvent plus être considérées comme du Black-Metal pur et digne selon nous.
Les divergences conceptuelles entre les groupes de Black-Metal ne devraient porter que sur les raisons de la glorification des ténèbres et de la haine à l’égard de leur propre espèce
” (Interview du groupe Supplicium sur le site La Horde Noire).

– Les musiciens de black metal portent sur scène des accoutrements martiaux, qui évoquent la violence et la guerre, et se maquillent à l’image de cadavres (les fameux “corpse paints”). Ils achèvent ce que certains pourraient prendre pour une défiguration de leur humanité quotidienne, après avoir remplacé leur visage par celui d’un mort, en substituant au nom qui leur a été donné par leurs parents, leur nom de baptème s’ils ont été baptisés, un pseudonyme d’allure fantastique et souvent inquiétante.

– La musique elle-même (où son cliché le plus répandu tout du moins), souvent marquée en apparence (avec de nombreuses exceptions cela dit) par des chants essentiellement criés et aux sonorités inhumaines, de la batterie à fond la caisse, et des guitares dont d’aucuns rapprochent le jeu du son d’une tronçonneuse en pleine action, semble à l’oreille non habituée une entreprise de destruction systématique de tout ce qui dans cet art permet de créer de la beauté et du plaisir esthétique. A tel point que beaucoup d’auditeurs peu habitués au metal pourraient être tentés de transposer à son sujet la phrase d’Isaïe de la manière suivante: “Elle était si défigurée qu’elle ne ressemblait plus à de la musique”. Une musique aussi morbide, aussi agressive, aussi transgressive de tous les codes usuels du Beau, semble bien être l’équivalent artistique du Scandale de la Passion, beaucoup plus que de la Joie Pascale, et être incompatible avec une perspective et une inspiration chrétiennes, être du côté du laid, du mal, de la souffrance. Etre appelée à être transcendée et anéantie par l’Alleluia de la Vigile Pascale.

Et pourtant, de plus en plus nombreuses sont les personnes à se réclamer d’un black metal chrétien, dont l’auteur de ces lignes…

3) La transfiguration de la Croix: comment donner une signification chrétienne au black metal?

Lors du  triduum pascal, les trois jours qui précèdent Pâques, les chrétiens sont appelés à prouver les ténèbres qui précèdent la Résurrection du Christ à Pâques, au travers du lavement des pieds au dernier repas, de la prière au Jardin des Oliviers et de Son arrestation, de Sa Passion et Sa mise en croix, et du temps où Il gise dans Son tombeau et fait l’expérience de la mort, lot de tous les hommes.ne s’agit pas d’un temps de désespoir, de révolte ou d’abandon, mais d’attente et d’espérance:

La vue d’un supplicié n’a rien d’attirant, il  provoque ceux qui passent à détourner le regard. La mort fait peur, et celle de Jésus aussi a fait fuir les disciples. Pourtant l’Evangéliste cite l’Ecriture : « Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont
transpercé » (Jn 19, 37) Que se passe-t-il donc, pourquoi un  tel renversement ? De manière
extrêmement étonnante, Jésus meurt et sa mort donne vie, sa mort est porteuse de vie parce qu’elle
transforme profondément celui qui la contemple. Pourtant il ne faut pas ni édulcorer, ni enjoliver la
croix. On ne peut pas faire que Jésus n’ait pas la connu la violence la plus nue, la solitude la plus
totale, le mal à l’état brut qui s’acharne sur l’innocent mais ce qui montre que la mort et le mal n’auront
pas le dernier mot c’est que la vision de sa mort transforme ceux qui la regardent. En Jésus crucifié et
souffrant se communique l’amour de Dieu. Regarder la croix c’est accepter de se laisser envahir par
l’amour du Christ qui nous désarme, qui nous déconcerte, c’est dire l’amour du Père y compris dans
son silence et c’est laisser l’Esprit nous transformer profondément. C’est alors tout le sens du geste
proposé par la liturgie de l’adoration de la croix. On n’adore pas la croix pour dire oui à la souffrance,
on adore la croix parce que un regard porté sur la croix nous dit l’amour fou de Dieu pour nous, parce
qu’elle a porté le salut du monde. « Voici le bois de la croix, qui a porté le salut du monde, venez
adorons. » C’est un geste très ancien que l’on trouve aussi fin 4ème, début 5èmesiècle à Jérusalem.
Comme le dit très justement Bernard Sesboüé « le négatif de la violence est absorbé dans le positif de
la tendresse. Le signe de la condamnation devient celui de la grâce et du pardon, le symbole de la
faiblesse devient celui de la force toute-puissante, dépourvue de toute violence ». C’est cela que
signifie ce signe liturgique de l’adoration de la croix qui peut surprendre. Adorer la croix ne signifie pas
une acceptation de toute souffrance ou une exaltation de la souffrance. C’est une liturgie qui a un
sens beaucoup plus profond. Elle signifie que la violence, le mal, auxquels on n’échappe pas, sont
transfigurés par le Christ. Adorer la croix liturgiquement et ici le mot adoration est à sa place plus que
partout ailleurs, se mettre à genoux devant la croix, l’embrasser c’est reconnaître qu’elle a donné au
chrétien sa suprême élévation. Adorer la croix c’est un geste de foi, c’est confesser la victoire de
l’amour sur toute souffrance, sur toute mort et accepter d’entrer dans la suite du Christ
” (www.theolarge.fr, “Le triduum pascal: victoire de l’amour sur la mort”).

Le Christ meurt sur la Croix, certes, mais loin d’être renvoyé à l’absurdité apparente de la condition humaine par cette mort injuste et cruelle, il vient lui donner un sens et une espérance, par sa Résurrection.

D’une manière certes profondément différente et infiniment inférieure, mais à mon avis cruciale, je voudrais faire remarquer que le black metal opère  quelque chose d’un peu d’analogue, lorsqu’il rassemble toutes les thématiques, tous les sentiments, toutes les émotions, tous les actes, tous les évènements, profondément liés à ce qui semble tragique, absurde, cruel, injuste, dans notre existence, et les transforme en art: transfigure le mal, la destruction, par la création, en les mettant en scène, et en leur donnant une esthétique, en les partageant avec des mots, une mise en scène, des codes musicaux, au sein d’une communauté, en les faisant l’occasion d’un rassemblement et d’un partage, là où ils sont l’expression dans notre vie quotidienne de la division et de l’incommunication :

La souffrance de l’âme accompagne l’homme depuis ses origines. Se manifestant sous la forme d’un profond mal de vivre, elle inspire les poètes depuis l’antiquité. Toutes les époques connaissent des mouvements artistiques qui puisent leur inspiration dans cette affliction et le Black Metal fait partie de cette histoire. Puisant sa force dans les zones les plus sombres de la psyché humaine, cette musique exprime de façon violente la douleur ressentie par l’esprit, phénomène insaisissable mais commun à tous les peuples.

[…]C’est depuis la Norvège que nous parvient la prochaine émanation d’un style toujours en gestation. […]

Les premières notes de Suicide Syndrome donnent le ton : adagio, agrémenté d’un hurlement au saxophone, qui confère à cette ouverture un aspect sinistre. La voix, déchirée ou lourde (un peu à la manière d’Attila Csihar) complète un dispositif destiné à créer une atmosphère étouffante, que seul un solo de guitare permet de percer. Cette ambiance devient plus agressive avec One Last Night, où l’on perçoit une urgence désespérée et difficilement contenue. Mais ce sont les deux pièces suivantes qui nous amènent au pinacle. Perfect nous force à ressentir une ironie grinçante, émise par un esprit en décomposition. Ressemblant musicalement à certains airs deRammstein, cette chanson est la plus entraînante de l’album. On change de registre avec Suffer in Silence et son introduction classique. Les accords traînants d’un duo à cordes entament une descente dans les abîmes. Avec la participation de Niklas Kvarforth (Shining), cette chanson exprime une souffrance extrême, manifestée par une orchestration complexe, des passages à la guitare sèche et des pleurs féminins. De l’émotion négative pure. My Precious se déploie quant à elle grâce à une ouverture torturée et une rythmique pesante, alors que la pièce titre s’articule autour d’un air rock et d’une voix étouffée. Concluant l’album, New Life – New Beginning surprend d’emblée par son utilisation affirmée de la trompette, qui donne un relief inattendu à une chanson métal. Complétant la boucle, l’auteur nous laisse partir avec un solo de guitare qui s’évanouit dans le silence.

Nous obtenons avec Livsgnist une nouvelle preuve du potentiel créatif engendrée par la souffrance de l’âme. Cet album nous permet d’admirer le travail d’un artiste qui parvient à transcender plusieurs genres musicaux afin d’en retirer des sonorités uniques. Tout cet effort de composition souligne le talent d’un groupe auquel est promis, je l’espère, un brillant avenir” (Chronique de l’album Livsgnist de So Much For Nothing , sur le blog Metal Obscur).

Ce que me paraissent faire la plupart des musiciens de black metal, lorsqu’ils composent un morceau ou un album, c’est mettre en notes toutes leurs angoisses, toutes leurs déceptions, toute leur révolte, tout leur mal être, tout ce qui parait absurde, dénué de signification, et contreproductif dans leur existence, pour donner un sens à ce qui ne semble pas en avoir, pour créer quelque chose de durable, de destiné à être apprécié et partager, à partir de ce qui parait enliser leur vie dans l’inertie, le néant et les ténèbres. S’il est vrai que certains  groupes tiennent un discours complaisant ou inutilement provocateur sur leurs thématiques, et qu’une petite minorité s’est laissée aspirer par les ténèbres, pour commettre des actes très graves et/ou sombrer dans la folie, le black metal est foncièrement une tentative de donner du sens à ce qui parait ne pas en avoir, une revendication du désir d’exister et de créer contre les ténèbres et la fragilité qui semblent diriger nos vies. A ce titre, si cette revendication peut se borner à n’être qu’un cri de haine ou de désespoir, un simple constat de la méchanceté et de l’absurdité apparentes de notre monde, elle me parait pouvoir aboutir de manière bien plus juste et profonde dans une forme de quête de la beauté derrière la souffrance et les ténèbres, qui les transfigurent pour illuminer l’âme de l’artiste et de l’auditeur à partir d’émotions et d’états d’âmes qui étaient initialement sources d’angoisse et de confusion. Il n’est donc pas étonnant que l’engouement pour le black metal, qui a accompagné certaines personnes dans leur déchéance, voire leur mort, a pu en sauver d’autres:

“[…] Alors oui, le Black-Metal est une musique extrême, violente, aux paroles crues et au visuel provoquant. Mais dans mon cas, et dans le cas de nombreuses personnes que je fréquente au quotidien, cette musique nous a sauvé en nous donnant la force d’affronter la violence qui consiste à grandir en banlieue Parisienne.

Pour vous donner un petit profil des membres de mon groupe : un journaliste, un juriste, un chômeur, un neuro-psychologue et moi qui suis psychologue du travail. Et il en est de même pour une grande partie des membres de groupes que je fréquente.

Avant même d’être des Black-Metalleux nous sommes, en tout humilité, des gens biens et intégrés” (Enquêtes et débats: réaction en commentaire d’un black metalleux à la présentation d’un ènième ouvrage de dénonciation du “satanisme”).

Alors le recours à des thématiques chrétiennes n’est certainement pas la seule manière d’exprimer cette recherche’un sens par delà la souffrance et l’absurde, d’un bien caché au sein du mal. De nombreux groupes pas du tout chrétiens créent chaque année des morceaux d’une beauté à la fois paradoxal et riche de sens et d’éotion pour l’auditeur. Cette recherche de sens, qui passe prioritairement par l’expérimentation musicale, se constate dans la richesse musicale du black, beaucoup plus varié que beaucoup de personnes ne le croient. Mais on voit que le black metal, qui finalement est souvent porteur d’une forme d’espérance, d’un désir de percer les ténèbres, s’il semble certes trop sombre et froid pour chanter la joie pascale, parait éminemment compatible avec cette disposition à l’attente dans la nuit qui est la plupart des jours de notre vie notre quotidien de chrétiens, et dont on trouve l’expression liturgique dans l’accompagnement du Christ dans Ses souffrances et Sa mise en croix le Vendredi Saint, et dans l’attente tout au long du Samedi Saint de Sa Résurrectiondans la nuit de Pâques.

Pour conclure ce billet, et juste avant de me rendre à la Vigile Pascale, je voudrais partager avec vous un texte d’un groupe de black metal chrétien (bon, de blackened death metal, pour être vraiment précis) qui me parle intérieurement, et qui correspond à la vidéo en début d’article:

My Grief, My Remembrance (Crimson Moonlight, album “Veil of Remembrance”)

”Who put an end to all the beauty…?
The splendour of the days gone by…
It?s mild and steady glow that lit up the gloomy loneliness..?
What could turn all the warm and true happiness
Into cold desperate tears without end..?
What made the strong, tough man become again
a scared little boy…?
I watch out over the desert of Death ..
It’s silent, barren landscape surrounds me…
I feel cold…
The burning sun, always shining brightly,
Giving me warmth and light…
Tell me, is it gone for ever…?
Has its vitalizing warmth for ever been extinct
By gloomy, heavy fog..?
Again I feel the mortal horror bite me
As I stare at all these deaths
Which were once full of life,
Which were once life itself…
The birds under the sky have fallen in the dark,
Their wings, deprived of their strength, can’t carry them any more…
Birdsongs have died away into silence,
Slowly died away has every joyous symphony…
The wild beasts are not to be seen any more,
To their burrows they have returned to find peace for time indefinite…
The acres of flowery meadows,
The flowers have bowed their heads to the ground,
And have all returned to earth…
Just the thistles and thorns are still standing erect
As I stand like a withered rose
Alone with all my pain…
To the brim full of sorrow,wounded and forgotten…
But always carrying my remembrance
Of a Hope that never dies…”

Et comme l’attente dans les ténèbres finit par céder place à la lumière, je vous laisse et vous souhaite une joyeuse Fête de Pâques! 🙂