Archive pour Autre

Christianisme et métal: témoigner de notre joie plutôt que de notre peur, des deux côtés…

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , , , , on 26 avril 2011 by Darth Manu

Comme je le montrais dans mes précédents billets, tant les opposants au Hellfest que ses organisateurs semblent estimer que « le temps du dialogue est révolu » et que l’heure est aux rapports de force et aux pressions, que celles-ci s’exercent au travers de pétitions ou de courriers à des responsables politiques, des sponsors ou des hébergeurs de blogs.

J’ai abondamment montré dans mes précédents billets pourquoi j’estime que les catholiques hostiles au Hellfest ont tort de choisir cette voie plutôt que celle peut-être moins exaltante et de plus longue haleine mais plus juste et fructueuse du dialogue.

J’aimerais exposer dans cet article les raisons pour lesquels je pense que certaines des inquiétudes exprimées par des sites tels que Les Yeux Ouverts et autres  ne sont pas toutes dépourvues de légitimité, et qu’il y a aussi une ouverture qui doit s’opérer côté métalleux.

Comme chacun sait, le catholicisme est en recul en France, même si la prise de conscience de ce fait conduit à une mobilisation plus importante des fidèles dans la vie publique, et à un dynamisme renouvelé (http://www.koztoujours.fr/?p=12047).

On a bien sûr le droit de  désapprouver l’enseignement de l’Eglise, ou certains aspects de son histoire, et de se féliciter de ce que le catholicisme soit en train de devenir une minorité (une grosse et influente minorité cela dit). Mais si ce qui est souvent reproché aux chrétiens (à mon avis de façon exagérée) est d’avoir favorisé des situations d’exclusion (des femmes, des homosexuels, des minorités religieuses…), il me semble que c’est une bonne raison pour veiller à ne pas devenir soi-même celui qui exclut.

Je voudrais témoigner à ce sujet d’une expérience qui m’a profondément marqué: l’an dernier, j’accompagnais un groupe de lycéens à Lourdes, dans le cadre du FRAT, un pélerinage qui rassemble tous les deux ans en ce lieu l’ensemble des aumôneries catholiques de lycées d’Ile de France. Parmi les activités au programme, il y avait quatre temps de « carrefour », c’est-à-dire des moments d’échange en petits groupe autour de la manière dont chaque jeune abordait et vivait sa foi. Chaque animateur accompagnait dans cette démarche un groupe de jeunes qu’il ne connaissait pas. Lors des deux premiers carrefours, mon groupe semblait plus intéressé par les rigolades entre amis que de parler de la foi chrétienne. Le troisième carrefour fut l’occasion pour certains de pointer tel ou tel moment de célébration ou de prière qui l’avait touché. Lors du quatrième carrefour, j’étais assez crevé, et comme c’était presque la fin du séjour, j’ai rassemblé mon groupe autour de sodas dans un café. Lors du bilan, les lycéens m’ont dit que ce qu’ils avaient apprécié dans le FRAT, s’était de se retrouver en tre amis, mais plus encore, entre amis chrétiens, et de pouvoir discuter de leur foi ensemble. Parce qu’à l’école, dans la vie de tous les jours, ils n’osent pas, parce qu’ils ont peur des moqueries de leurs camarades, ou de l’agressivité de ceux pour qui le catholicisme se réduit à l’Inquisition et aux affaires de pédophilie.

Mais le catholicisme, j’en fais l’expérience chaque jour, ne se réduit pas à ça. Pour beaucoup de catholiques, au travers des célébrations, des retraites, des activités en paroisse ou en milieu associatif, ou encore de la prière personnelle, la foi chrétienne est ce qui apporte de la beauté et du sens à leur vie, d’une manière qui n’est pas si différente de celle dont beaucoup de métalleux donnent une saveur à leur vie par le moyen de la création musicale.

Go^tons ensemble par exemple ce témoignage (parce que la spiritualité chrétienne au quotidien, c’est bien plus une affaire de goûter la vie d’une manière plus savoureusequ’avant que de s’enfermer dans le carcan de dogmes rigides):

« D’origine catholique, ayant reçu une éducation religieuse « classique » j’ai toujours été en contact avec une certaine foi en Dieu, dans ma famille, à l’école. Mais à l’adolescence, une recherche plus cartésienne m’a fait rejeter la foi que je considérais comme « naïve ». Cependant, trop de questions existentielles restaient sans réponse.

Vers 20 ans j’ai rencontré une chrétienne. C’est devenu une amie. Elle m’a témoigné d’une foi vécue authentiquement, de manière simple mais vraie et m’a enseigné certaines bases. A son contact, j’ai commencé à voir Dieu et la foi autrement, plus réelle et plus vraie. Un jour, lors d’un week-end de jeunes chrétiens, ouvert à tous, il y a eu un temps fort : après le culte, je me suis senti très remué. Grâce à un temps de prière de mon amie à mes cotés, dans un esprit d’abandon intérieur j’ai demandé à Dieu de me donner de la joie de vivre.

Et quelque-chose s’est passé : comme un souffle m’a traversé de haut en bas. La sensation que de la boue était tombée de tout mon corps à mes pieds. Et une paix immense, que je n’avais jamais ressentie auparavant, m’a envahi. Une paix si douce, si parfaite, que j’ai su et reconnu que Dieu était là et m’avait délivré de mon angoisse, de ma tristesse et de ma noirceur intérieure.

Plus tard, j’ai commencé à lire la Bible tous les jours, je priais le soir. Mais en fait, je n’avais pas encore compris grand chose et je n’étais pas prêt à suivre l’exemple de Jésus. Je me suis remis à errer dans la vie, me sentant condamné à une vie médiocre malgré mes efforts pour m’en sortir. Peur du lendemain, lutte, difficultés, échecs. 5 ans se sont écoulés. Pourtant, durant tout ce temps, même seul avec ma rébellion et ma vie creuse, je sentais toujours qu’une petite flamme était allumée au fond de moi, comme une bougie qui éclaire la nuit même dans les pires tempêtes. Une flamme que je savais être une présence de Dieu (sans trop comprendre comment). Une lueur qui ne me quittait plus et qui me redonnait de l’espérance. Oui déjà, quelque-chose avait changé et je le savais. Mais mes soucis d’argent et ma crainte de l’échec matériel me tenaillaient et me bloquaient, comme un dernier obstacle pour dire « oui » à Dieu.
 
5 ans après ce souffle divin qui m’avait envahi, il y a eu une nouvelle rencontre : celle d’un jeune couple de missionnaires de passage en France et qui m’ont invité à venir les voir pendant l’été. Le témoignage du missionnaire m’a parlé précisément sur ce qui me préoccupait le plus : les soucis d’argent et la vie difficile. Il avait vécu l’intervention de Dieu si précisément qu’il m’a convaincu que même dans ce domaine si terre à terre, Dieu n’était pas sourd et muet et surtout qu’Il pouvait intervenir et m’aider à régler ce qu’il convenait de régler pour assainir la situation. Ce témoignage fut capital pour débloquer mon esprit et mes doutes.

Dès la rentrée de septembre, j’ai commencé à aller à l’église. L’accueil remarquable de certains et ma rapide intégration dans un groupe de quartier ont très vite été une source merveilleuse de connaissance et de progrès. J’ai compris les fondements de la foi chrétienne. Et j’ai vécu les pleurs de repentance, la joie de me savoir pardonné, sauvé. Une grande soif de savoir et d’étudier la Bible a trouvé des réponses dans cette église. Grâce aux enseignements, grâce à Dieu surtout, ma vie intérieure a changé. Dieu m’a donné la foi, comme une vie à cultiver avec Lui. Par Sa parole et toutes les réalités de la vie, Dieu se révèle, fidèle, patient, respectueux et juste. Il me donne de comprendre peu à peu la profondeur de Son amour pour moi et Il m’offre de goûter à la réalité heureuse de fonder, jour après jour, ma foi en Lui » (témoignage de Michel, sur le site atoi2voir.com).

Ce que je retiens personnellement de ce témoignage, c’est que la foi ne nait pas d’une simple adhésion intellectuelle à l’enseignement de l’Eglise, ou d’une croyance abstraite et désincarnée en Dieu, mais d’une rencontre. Chacun d’entre nous catholique pratiquant, par un évènement de notre vie, le témoignage d’un proche, une parole entendue, un rassemblement qui nous a touché, que sais-je encore, nous avons eu l’impression de toucher du doigt l’Amour de Dieu, de le rencontrer personnellement. C’est-à-dire que nous avons ressenti un bonheur, une profondeur d’être, plus intense et d’une certaine manière réelle que ce que nous avions connu jusque là, et cela a été suffisant pour nous convertir, vouloir changer notrevie pour la tourner autant que possible vers cette joie nouvelle qui nous est apparue. Bien sûr, nous avons tendance à oublier cette joie, et notre discernement n’est pas toujours à la hauteur de nos nobles intentions: c’est l’expérience du péché, c’est-à-dire de la contradiction en tre nos limites et notre désir de nous conformer à la perfection divine. La prière et la fraquentation des sacrements sont là, non pour rajouter des règles ennuyeuses à notre vie, mais pour ne pas oublier, pour revenir à cette joie originelle fondatrice de notre foi.

Deux autres témoignages peuvent vous permettre de comprendre comment « fonctionne » de l’intérieur un catholique:

Le récit par Pneumatis, qui a beaucoup fait pour apaiser la polémique autour du Hellfest, de sa conversion: http://pneumatis.over-blog.com/article-ma-conversion-1-59924088.html

Cette très belle prière de la blogueuse catholique Zabou: http://www.zabou-the-terrible.fr/post/2011/04/22/Jeudi-Saint-2011

Moi-même, si j’ai eu une éducation catholique, j’ai tout lâché après le lycée, j’ai été sympathisant d’organisations d’extrême-gauche, j’ai été très près à un moment de devenir sataniste, et mes jeux de ^role favoris quand j’étais étudiant (pour ceux qui connaissent) étaient INS/MV et Kult. C’est dire! et si je suis revenu au christianisme à 27 ans, ce n’est pas du fait de la pression sociale (mes soeurs et beaucoup de mes amis sont athées, et mes parents ne pratiquent pas), mais tout simplement parce que j’ai rencontré, dans des livres ou dans ma vie quotidienne, des témoignages de personnes qui ont été rendues heureuses par leur rencontre avec Jésus Christ, et que j’ai eu envie de connaitre à mon tour ce bonheur apporté par la foi.

Beaucoup d’entre vous se demandent comment faire le lien entre ces belles expériences et les abus des antiHellfest.

Pour moi la réponse est simple: les antiHellfest sont des gens qui ont trouvé le bonheur grâce à leur foi en le Christ Sauveur, et qui voient cette foi remise en cause par les paroles de certains groupes. Alors ils ont peur, de la défiance de plus en plus grande de beaucoup envers le christianisme, mais surtout que leur bonheur soit remis en question, qu’ils en soient privés. Et ils attaquent ce qui semblent être une souce de danger pour leur bonheur, le Hellfest.

De même que certains métalleux trouvent leur plus grande joie dans leur musique, et vivent les attaques récurrente des organisations chrétiennes contre le métal tout au long de son histoire comme une agression et une remise en cause de cette joie. Et à leur tour ils cherchent à se libérer du sentiment d’^tre agressés, de la peur d’être une victime, en attaquant le christianisme dans les paroles de leurs chansons et la mise en scène de leurs concerts.

Les antiHellfest attaquent le festival parce qu’ils y voient le symptôme d’une « christianophobie » grandissante, du danger pour les catholiques de ne plus pouvoir exercer un jour leur foi librement, de ne plus être libre d’exprimer leur joie, qui se trouve dans l’annonce de l’Evangile et la vie selon ses enseignements.

Et les métalleux, face à des succès relatifs mais réels de ces antiHellfest, comme le retrait de Coca-Cola du sponsoring du festival en 2009 suite à la campgne d’E-Deo, ou de l’annulation d’Anal Cunt en 2011 suite aux démarches du blog Les Yeux Ouverts, ont en retour peur pour l’avenir de leur festival, le plus grand en France concernant le métal. Et c’est pourquoi ils font parfois le choix de refuser le dialogue, que ce soient les modérateurs de certains forums qui verrouillent systématiquement les sujets liés à cette polémique, ou encore les organisateurs qui ont choisi la semaine dernière d’exercer des pressions sur les hébergeurs des sites antiHellfest.

Cessons d’opposer notre bonheur à celui de l’autre. Plutôt que de dévaloriser la démarche de notre adversaire, cherchons plutôt à lui montrer, comme certains ont déjà essayé de le faire des deux côtés, tout ce que notre engagement, dans le métal ou l’Eglise (ou les deux comme c’est mon cas), a apporté de Beau à notre vie, et tenons nous prêts également à nous laisser étonner par notre adversaire, disposons notre coeur de manière à lui communiquer notre joie plutôt que notre peur (y compris dans les paroles de nos chansons: on peut faire de la bonne musique sans blesser personne, même à mon avis dans le BM), et à nous laisser toucher par sa propre joie plutôt que par sa propre peur. Il ne s’agit pas de forcer l’autre à changer d’avis, mais de témoigner, dans la confiance et non dans le repli ou dans la haine, de ce qui nous rend heureux dans nos choix, tout en accueillant le témoignage de l’autre, sans dénigrer ce que son parcours a de différent.

Publicités

Black Metal: le mythe de la Haine universelle

Posted in La "philosophie" du black metal with tags , , , , , , , , , , , on 10 mars 2011 by Darth Manu

En lisant Eunolie, l’ouvrage du compositeur Frédérick Martin sur le black metal, je suis tombé sur cette fascinante profession de foi sataniste écrite en réaction au NSBM (National  Socialist Black Metal) parEklezjas’tik BerZerK, chanteur du groupe toulousain Malhkebre et responsable du label Battkeskr’s:

« Etre sataniste c’est rejeter l’humanité, donc soi-même.Le problème réside donc dans la capacité ou l’incapacité de l’être à accepter cette partie de lui-même qu’il méprise. Certains le font à la perfection: ils choisissent la mort. Amen. Tout absolu humaniste implique une idée de perfectibilité et admet par à-même l’incomplétude de l’homme. Le satanisme, en tant qu’absolu, se fonde, quant à lui, sur l’idée de l’imperfection humaine. Or, il est beaucoup plu difficile de vivre au quotidien en reconnaissant la médiocrité humaine, sa propre médiocrité. Pourtant, c’est en prenant conscience de cela qu’on peut la rejeter. Une fois ce processus effectué, il est possible de se battre pour ses idées avec ce que cela implique: se mettre en danger au risque de perdre son petit confort personnel. En revanche il est beaucoup plus simple d’accepter le système: de se battre pour ses proches, de protéger son pays en estimant que l’homme, ainsi, fait montre de sa perfectibilité par son dévouement envers autrui, envers l’Homme. Et il est encore plus évident d’estimer que l’homme est perfectible mais que ce sont les autres qui l’en empêchent ce qui amène à des idées telles que la supériorité de la « race blanche ». En cela, il s’agit encore de choisir la facilité: les autres sont un prétexte à l’imperfection que l’on trouve en soi et que l’on refuse d’accepter. Ainsi, lutter contre ceux qui, pense-t-on, nuisent à la perfection de l’Homme, donne un sens à la vie. Chimère, chimère; simple réflexe humain témoignant de la faiblesse humaine.

[…] Je ne suis pas pour un chaos sélectif. Satan n’a pas de couleur de peau. Le satanisme est une idéologie à laquelle peut adhérer tout être humain, toute nation confondue. Il serait donc temps que sonne le glas de la scène NSBM.

Si Montaigne, dans une perspective humaniste, se déclarait « citoyen du monde », c’était certes parce que tel était son sentiment profond mais aussi parce qu’il se heurtaitdéjà à cette peur ancestrale qu’est la peur de la différence. Or, en concédant que le Satanisme est l’exact opposé de l’humanisme, tout Sataniste devrait être un anti-citoyen du monde, monde étant à comprendre bien évidemment au sens d’humanité, sans distinction de pays ou de couleur. Le satanisme prône la destruction de toute valeur humaine, raison pour laquelle nous, êtres affaiblis par notre humanité, ne pourrons jamais ^^etre en totale adéquation avec cette idéologie. Nous devons du moins y tendre. C’est de cette façon que nous nous rapprocherons du Seigneur, c’est de cette manière qu’il vous reconnaitra comme l’un de ses fidèles » (Eklezjas’tik BerZerK « au nom des Apôtres de l’Ignominie », propos rapportés par Frédérick Martin dans Eunolie: Légendes du Black Metal, p. 214 à 216, Editions MF, 2nde édition enrichie, 2009).

Dans un premier temps, j’ai pensé: « 1-0 en faveur de l’équipe Satan contre l’équipe Hitler sur le plan de la cohérence« . Puis, à y réfléchir, je me suis rendu compte combien ce texte mettait en évidence une contradiction à mon avis intenable au coeur du projet du satanisme, dont le black metal s’est voulu l’expression musicale. Il se lit comme une volonté d’absolutiser, d’universaliser la haine: « Le satanisme, en tant qu’absolu, se fonde, quant à lui, sur l’idée de l’imperfection humaine ». Il se veut un nihilisme total, et en même temps comme une doctrine fédératrice, un nouveau sytème de valeur contre tous les systèmes de valeur: « Le satanisme est une idéologie à laquelle peut adhérer tout être humain, toute nation confondue« . Il se veut un anti humanisme, mais également un projet qui peut rassembler l’humanité sans distinction.

Si ce texte n’exprime que le point de vue d’une variété du satanisme parmi tant d’autres, il a le mérite de toucher du doigt une ambiguité au coeur du projet idéologique du black metal. J’ai montré dans un précédent article que beaucoup de black metalleux placent l’expression de la haine au coeur du projet musical du BM. Une haine universelle, qui écrase tout espoir, toute utopie, toute valeur humaine. Ce qui les amène souvent à condamner le nazisme, non pas disent-ils parce que c’est une doctrine de haine, mais parce que sa haine est trop imparfaite, dirigée seulement contre l’autre au lieu de manisfester un rejet de Tout:

« Ta position par rapport à l’idéologie NS qui ronge le black-metal ?
Le black-metal n’a rien de politique, comment peut on prôner le chaos et la haine de l’humain en glorifiant une race et en insufflant une morale ? Le black-metal est un art noir, pas un parti politique » (Interview du groupe Haemoth par Spirit of Metal).

Et pourtant la haine, contrairement à l’amour, ne semble pas universelle dans son essence. La haine au contraire, se manifeste généralement par le refus de l’autre, le rejet de toute universalité:

« Pour sa part, après avoir lu Mein Kampf, […]Georges Canguilhem préférait parler de «contre-philosophie», car «le principe de cette systématisation, improvisée aux fins de conditionnement collectif, consistait dans la haine et le refus absolu de l’universel» (Trouvé ici).

La haine n’assume pas l’imperfection comme le propre de chacun, mais la rejette sur l’autre, en se fermant à ses propres limites:

« L’un des principaux leviers de la haine concerne la condamnation sans appel, comme une assignation d’identité. L’accusation qui annule l’autre sous-entend : je sais qui tu es ; je dis que tu ne vaux rien, tu ne vaux rien » ( S. Tomasella, Le sentiment d’abandon, Eyrolles, 2010, p. 92, cité dans l’aticle « Haine » de Wikipédia).

En ce sens, la haine n’assume rien, elle n’est pas un idéal vers lequel on tend:

« La haine n’attrape pas la vérité, elle l’enserre à l’intérieur d’une pensée immobile où plus rien n’est transformable, où tout est pour toujours immuable : le haineux navigue dans un univers de certitudes » (H. O’Dwyer de Macedo, Lettres à une jeune psychanalyste, Stock, 2008, p. 340, cité dans l’article « Haine » de Wikipédia).

La haine rejette l’universalité, elle affirme l’individu contre l’autre, nie toute essence commune. Même les idéologies comme le nazisme qui la fondent sur une forme d’idéal (la Race etc.) associe celui-ci à la différence, au rejet… C’est en celà qu’elle s’oppose à l’amour, qui lui suppose un idéal commun et tend vers le rapprochement et le dépassement des antagonismes.

En ce sens, ceux des groupes de BM qui s’inspirent du satanisme, dans la synthèse qu’ils proposent entre une revendication de la haine et une aspiration à un universel, fusse-t-il un idéal de destruction absolu, mettent en forme dans leurs textes, et dans leur musique qu’ils veulent l’expression de cet idéal, une tension entre deux mouvements inverses: un qui prone le repli sur soi-même et l’anéantissement de toute transcendance et de tout partage, de toute communauté, présent par exemple dans le refus de certains musiciens d’organiser des concerts, et un autre qui aspire néanmoins à cette dernière, et qui veut faire corps, relier les métalleux entre eux, sinon dans une nouvelle religion, du moins au sein d’une nouvelle philosophie ou d’une forme de spiritualité à rebours. Cette tension se retrouve dans l’identité musicale même du black metal, qui vise à exprimer le nihilisme le plus total, tout en étant par nature, comme courant artistique, un acte de création.

Il n’est donc pas étonnant que tout au long de son histoire, il ait vu se développer à ses marges deux courants opposés, qui ne diffère pour ainsi dire pas musicalement mais qui se réclament de doctrines radicalement contraires: l’unblack metal, qui choisit la quête de l’Universel contre la revendication de la haine, et le NSBM, qui cherche à aller au bout de l’exploration de cette haine, mais qui abandonne toute aspiration universaliste (à ce sujet, il est révélateur que les actes authentiques et concrets de haine soient souvent le fait de groupes de NSBM, y compris les profanations religieuses, par exemple celles à Toulon par le groupe Funeral: le nazisme est une doctrine véritablement fondée sur la haine, l’histoire l’a prouvé, alors que le satanisme est une construction intellectuelle, qui vise à donner une signification existentielle, « mystique » à la haine, tout en refusant d’en tirer toutes les conséquences).

Le black metal est donc traversé par deux mouvements, un qui va de l’amour à la haine, de l’espoir au dése^poir, de la vie à la mort, de la lumière aux ténèbres, et le second qui va de la haine à l’amour, du désespoir à l’espoir, de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière. Il en constitue la fine pointe, et c’est ce qui fait son originalité musicale et doctrinale. Mais il est, je l’ai dit, un acte de création. C’est -à-dire que par son existence, il nie déjà le nihilisme et la destruction de toutes valeurs qu’il se propose d’exprimer initialement. En ce sens, la quête de l’universel me parait une revendication plus essentielle, plus profonde de ce courant musical, et c’est pourquoi je pense que l’unblack metal, s’il était davantage pris au sérieux dans ses thématiques par ce milieu, pourrait être la source d’un renouveau d’inspiration et d’un enrichissement de la recherche musicale.

Pour conclure, je répondrai brièvement à une objection qui m’a été faite indirectement sur le Forum de la Cité Catholique. Un intervenant métalleux, en réponse à un catholique qui lui demandait si à son avis le BM était intrinsèquement anti-chrétien, faisait la réponse suivante:

« Grosso modo, oui. Il y a quelques exceptions (textes d’inspirations mythologique, romantique (même si la personne de satan y est aussi utilisée), historique, naturelle ou religieuse (cf. la scene chrétienne de Black metal dont manu ventait le mérite sur ce forum). Mais ces groupes ne sont qu’une minorité.

Cette minorité est d’autant plus petite que certains groupes aux paroles neutres ont un comportement extrême (cf. Burzum qui chante des histoires inspirées de Tolkien, la solitude et la nature. %Mais en dehors de ses texte, le groupe n’est pas recommandable du tout.

Donc même si tous les groupes de BM ne sont pas anti chrétiens, l’immense majorité l’est » (échange ici).

Ces groupes ne sont en effet qu’une minorité (de même dans l’autre sens que le NSBM ou que les groupes sincèrement satanistes d’ailleurs) mais une minorité qui est présente dès les débuts du BM (Antestor a été fondé en 1990) et qui l’a accompagné dans la plupart des pays où il est représenté, sur tous les continents. Il s’agit donc d’une constante, d’un des aspects intrinsèques, quoique minoritaire, de son identité telle qu’elle s’est développée historiquement. Un aspect qui, comme je viens de le montrer, corrrespond peut-être à son essence la plus profonde, à l’aspect le plus mûr de la démarche de création de nouvelles formes et de nouveaux sens qui est la sienne, et qui est peut-être d’autant plus niée par certains black métalleux qu’elle pointe sur les contradictions de l’idéologie qui l’a vu naitre et l’incite à grandir, à passer à l’âge adulte. L’aversion pour le christianisme de la plupart des black métalleux, si elle passe trop souvent par la moquerie ou l’insulte, est finalement beaucoup moins grande que leur rejet du nazisme (j’ai souvent vu des groupes comme Crimson Moonlight ou Antestor rabaissés et moqués par des blackists, mais les groupes de NSBM comme Nokurnal Mortum ou Graveland, même lorsqu’il sont considérés de qualité sur le plan musical, suscite une méfiance et une hostilité bien plus directe et viscérale de la majorité), preuve qu’ils ne sont finalement pas habités par cette haine qu’ils affectent de revendiquer. Les raisonnements compliqués que certains utilisent pour distinguer haine absolue et haine fondée sur le rejet de l’autre prouve combien cette thématique du BM, qui est le corrélat de son anti-christianisme affiché, en est finalement, un aspect bien superficiel.

Et s’il est vrai que quelques groupes aux paroles neutres ont des comportements extrêmes, cela fait finalement d’autant plus ressortir le fait historique que la plupart des groupes aux paroles extrêmes ont un comportement neutre. Preuve qu’il faut dissocier la haine des paroles de la haine des coeurs, et que si les deux doivent finalement être rejetées, la plupart des black métalleux, entre affirmation de la haine et aspiration à l’universalité, ont finalement choisi pour eux-mêmes la seconde, ne serait-ce que dans la famille qu’ils ont pu fonder, les amis qu’ils ont, le travail qu’ils effectuent « dans le civil »… Et si leur comportement dans la vie de tous les jours, qui est d’une certaine manière le miroir concret de leur âme, est conforme à ce que pourrait être la vie de n’importe quel chrétien, pourquoi leur musique, qui exprime les mouvements de cette même âme par la création artistique, devrait être intrinsèquement anti-chrétienne? Cela parait dénué de sens…