Archive for the Auteurs invités Category

« Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris (…), m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit » (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités, Témoignages with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Demon Hunter - True Defiance South America

Troisième témoignage à me parvenir depuis deux jours: celui de Luce, métalleuse et chrétienne, que je vous laisse découvrir ci-dessous…

Par ailleurs, je viens de créer une nouvelle catégorie: « témoignages », qui commence à devenir utile…

J’ai été bercée pendant mon enfance par la musique de Deep Purple et d’Aerosmith, groupes qu’écoutaient mes parents. C’est au collège que je suis devenue une fan inconditionnelle de groupes comme Linkin Park, Skillet, Within Temptation… ce qui agaçait beaucoup mon entourage parce qu’il ne comprenait pas comment je pouvais étudier correctement à l’école et faire mes devoirs avec cette « musique d’ours » comme mon père dit toujours.

A cet âge-là, je ne me posais pas la question de l’importance du témoignage de ma foi, qui a toujours été pourtant très présente, et je ne priais que pour demander des choses, souvent futiles, comme tout le monde à l’âge de l’insouciance ! Néanmoins, je ne parlais jamais de ma foi, car j’étais l’une des rares de ma classe à faire du catéchisme et je souffrais des moqueries continuelles de mes camarades. C’est difficile de témoigner de ce que nous ressentons, lorsque les athées nous perçoivent comme des gens coincés qui perdent leur temps à aller à la messe, à faire la queue pour manger un petit bout de pain sans gout tout rond qui ne représente rien pour eux, qui parlons tout seul à quelqu’un que l’on ne peut pas voir… Il fallait bien trouver quelque chose qu’ils pourraient comprendre, et je crois que le métal est la solution idéale!

Le métal a déjà un statut particulier, de pouvoir faire passer tout un déchaînement de passions que ce soit la colère, la peur, l’envie de liberté, la joie, l’amour, l’espérance… à travers des styles variés pour tous les goûts et je m’en suis rendue compte au début, seulement dans les mauvais moments de ma vie quand je me suis mise à vraiment en écouter au lycée. Le fait qu’il en existe de beaucoup de genre permet d’en faire une musique universelle, et la musique est la « langue » parlée dans tous les pays du monde. C’est le même alphabet, 7 pauvres petites notes, qui appelées Do, Ré, Mi… ou C, D, E… peuvent créer un moyen d’expression que TOUT LE MONDE peut utiliser à tout âge.

Je ne pense pas que j’imaginais à l’époque que je pourrais concilier ma passion pour la musique et la foi, non seulement pour en témoigner mais aussi pour l’exprimer, la sentir, la transmettre, la vivre… C’est un moyen de communiquer à d’autres ce que l’on a au plus profond de nous, en plus de permettre à nos âmes de s’exprimer sans difficulté, comme si elles pouvaient prendre la parole et transpercer les âmes de ceux qui l’écoute. C’est en tout cas ce que je ressens quand je chante du métal, quand j’en écoute… De plus, en participant aux discussions du groupe « Vive le métal chrétien » sur Facebook, j’ai encore plus appris de cette musique et le réseau social qui se crée autour est absolument grandiose. On est tous là pour la même raison, et la transmission de cette passion est à mon avis un devoir d’état ! (ou du moins une noble cause^^)
Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris tels Demon Hunter ou Oh Sleeper, m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit, m’a permis de « ne pas être seule dans l’œil de la sombre tempête » comme dirait Micah Kinard.

Au passage, j’en profite d’ailleurs pour remercier Lou Tou de m’avoir fait découvrir cette facette du métal et de m’avoir transmis cette dévorante passion !

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Témoignage d’un métalleux chrétien (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Diminishing Diabolical Strongholds Vol. 1

Après Elie, c’est maintenant Lou Tou qui vient nous apporter son témoignage, et en profite pour nous présenter le groupe facebook « Vive le metal chrétien! » qu’il a créé, qui en plus d’être une communauté pour les métalleux chrétiens, met à jour régulièrement une liste des groupes de metal chrétiens en activité, par styles de musique.

J’en profite pour dire que si je me réjouis bien évidement de cette mobilisation de « cathos métalleux », cette rubrique est également ouverte à des points de vue contraires, et que si par exemple un metalleux non chrétien veut exposer de manière argumentée, comme un essai,  ou sous forme de témoignage ses réticences (ou sa colère, ou son indifférence…) à l’encontre du metal chrétien, voire du christianisme en général, il est le bienvenu. De même, la forme du témoignage et la question metal/foi ne sont que des possibilités, des analyses sur tel ou tel aspects du metal pouvant par exemple en être une autre.

J’ai découvert le hard rock quand j’était en 5ème avec Aerosmith c’est à dire à l’âge où on ne se pose pas beaucoup de questions spirituelles…Pourtant, je me rappelle que nous étions 3 à écouter du hard rock /neo metal (ce qui était pour nous le plus extrême de la musique ^^), cependant j’était choqué par l’imagerie des T-shirts de Marilyn Manson que portait un des élèves de ma classe.

J’ai continué à écouter Aerosmith et quelques groupes de néo jusqu’en fin de 3ème où j’ai fait une dépression…J’était envahi de questions entre autres spirituelles et affectives.

C’est alors que j’ai commencé à écouter d’autres groupes qui pour moi étaient encore plus extrêmes tels Apocalyptica ou System of a Down…).

Sur le moment ces groupes m’aidaient à exterioriser une rage que je ne pouvais plus contenir. Cependant dans l’esprit de l’éducation que j’avais reçu, metal rimait avec satanisme. Au point culminant de ma depression, lors d’appels au secours, je me suis donc cru « sataniste ».

Inutile de préciser que ma famille a immédiatement détruit tous les cds de metal que je possédais « pour mon bien ». Je vous raconte cela pas pour leur jeter la pierre mais pour montrer ce que les clichés peuvent engendrer .

Ma depression a duré toute l’année qui a suivi et j’ai alors découvert le metal chrétien avec le groupe de neo metal chrétien français Space in your Face. Cependant j’étais en croisade assez violente contre les groupes de metal que je considérais comme « satanistes », tels Slipknot etc..

C’est aussi durant cette année que j’ai découvert l’amour de Dieu à travers du rock chrétien (le groupe français P.U.S.H.), et differents groupes de prières… Mais plus intérieurement en m’appropriant le sacrifice du Christ à la Croix (cette folie de la Croix dont parle Paul dans ses épitres.) En me disant, « Jésus est mort pour moi, par amour, pour me sauver ».

Ma redécouverte de l’amour de Dieu s’est donc opérée en même temps que celle du metal (et cela continue chaque jour).

Mais j’ai vraiment découvert un aspect plus profond du metal en m’y jetant la tête la première ! J’ai donc passé un an à découvrir la richesse de chaque style et en référençant sur une page facebook ( « Vive le metal chretien! » note de Darth Manu ) tous les groupes chrétiens que je trouvais !

En même temps j’ai découvert que le metal non chrétien pouvait aussi être porteur d’un message profond et me rejoindre dans ma vie quotidienne.

Enfin j’ai découvert qu’une véritable fraternité rassemble les metalleux lors de concerts etc… et qu’ils vivent cette communion avec beaucoup de simplicité.

Je crois que le metal peut vraiment apporter « un supplément d’âme » comme dit le père Robert Culat. Ce qu’on expérimente dans le metal est transcendant, ce qui rapproche cette musique de la spiritualité. C’est pourquoi je vous invite tous à rentrer à fond dans la profondeur de cette musique en dépassant l’aspect « gros bruit », et à aussi à rentrer à fond dans le mystère chrétien ! L’un et l’autre vous ferons certainement grandir en humanité !

Ps: J’ai conscience du côté très brouillon de mon témoignage et m’en excuse très humblement …

Metal et bible (Auteur Invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 10 janvier 2013 by Darth Manu

On entend souvent tant des metalleux que des chrétiens s’étonner, parfois en termes très vifs, de l’existence d’un « metal chrétien », et a fortiori d’un black metal chrétien. Le metal est une musique souvent violente, et la foi chrétienne un appel constant à la paix et à l’amour: ne s’agit-il pas de plaquer sur elle une esthétique qui lui est inconciliable? Elie, catholique, metalleux, témoigne de sa méditation personnelle sur cette question, nourrie par son expérience musicale, mais également par une vie de prière quotidienne et par l’année de discernement spirituel qu’il a vécue à la maison Saint François de Sales de Paray le Monial, lorsqu’il s’interrogeait sur l’éventualité d’une vocation de prêtre.

Mon pilier biblique fondateur, pour expliquer comment le métal extrême, dans sa violence, est compatible avec la foi, et peut même être une prière : le psaume 88(87).

Seigneur, mon Dieu et mon salut, dans cette nuit où je crie en ta présence, que ma prière parvienne jusqu’à toi, ouvre l’oreille à ma plainte.
Car mon âme est rassasiée de malheur, ma vie est au bord de l’abîme ;
on me voit déjà descendre à la fosse, je suis comme un homme fini.
Ma place est parmi les morts, avec ceux que l’on a tués, enterrés, ceux dont tu n’as plus souvenir, qui sont exclus, et loin de ta main.
Tu m’as mis au plus profond de la fosse, en des lieux engloutis, ténébreux ;
le poids de ta colère m’écrase, tu déverses tes flots contre moi.
Tu éloignes de moi mes amis, tu m’as rendu abominable pour eux ; enfermé, je n’ai pas d’issue :
à force de souffrir, mes yeux s’éteignent. Je t’appelle, Seigneur, tout le jour, je tends les mains vers toi :
fais-tu des miracles pour les morts ? Leur ombre se dresse-t-elle pour t’acclamer ?
Qui parlera de ton amour dans la tombe, de ta fidélité au royaume de la mort ?
Connaît-on dans les ténèbres tes miracles, et ta justice, au pays de l’oubli ?
Moi, je crie vers toi, Seigneur ; dès le matin, ma prière te cherche :
pourquoi me rejeter, Seigneur, pourquoi me cacher ta face ?
Malheureux, frappé à mort depuis l’enfance, je n’en peux plus d’endurer tes fléaux ;
sur moi, ont déferlé tes orages : tes effrois m’ont réduit au silence.
Ils me cernent comme l’eau tout le jour, ensemble ils se referment sur moi.
Tu éloignes de moi amis et familiers ; ma compagne, c’est la ténèbre.

Pas un mot de confiance, pas une dose d’espoir, ni même d’espérance ; juste un coeur lourd et en peine qui crie, hurle, vers Dieu. Le psalmiste n’hésite même pas à rendre Dieu responsable de ses souffrances. N’en déplaise à ceux qui pensent qu’être croyant, c’est être un bon toutou à son maître ; nous pouvons agresser Dieu par rage et colère, et c’est pas pour autant que les flammes de l’Enfer nous dévorerons dans d’atroces souffrances.

J’entends de la part de certains chrétiens : « Dieu est Amour, Tendresse et Pitié, nul violence ne vient de Dieu« . C’est pas faux, mais la Passion du Christ, n’est-il pas un message salvateur d’une rare violence? (Si vous trouver que se faire flageller presque à mort et se faire crucifié à coup de clou c’est pas très violent, je vous conseille de trouver un bon psy ^^.)
Alors, oui, tout les chrétiens ne sont pas fait pour prier sur du gros black/death, ni sur du dark/doom ni même du post-métal. C’est normal. Pour ceux qui ne comprendrais pas cette normalité, je laisserais Saint Paul nous l’expliquer : « Car, tout comme un seul corps nous avons nombre de membres et que les membres n’ont pas tous la même fonction, pareillement, malgré notre nombre, nous ne sommes qu’un seul corps dans le Christ, alors qu’individuellement nous sommes membres les uns des autres » (1 Rom. 12;4-5).

A tout ceux qui n’osent pas aller à Dieu, parce qu’Il n’existe pas, parce que c’est l’ « enculé » qui est responsable de ma vie de merde, de la mort de mes proches, ou toute autre bonne raison de Lui en vouloir… je vous laisse une parole qui date de presque 2000 ans, et qui m’a permis de sauter le pas, et de découvrir quelque chose qui me dépasse, qui m’habite en profondeur, tout en me laissant être moi-même : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11;28-30). Et causez-lui bordel !!! Au pire, Il n’existe pas, et comme moi, vous vivrez plus léger, plus vivant, et vous n’aurez rien perdu. Au mieux… je vous laisse découvrir…

« Auteurs invités »

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , on 9 janvier 2013 by Darth Manu

 Elgibbor - The Imminent Invasion

J’ai publié par le passé trois textes émanants d' »auteurs invités »:

Peste Noire ou le Métal Noir rédempteur de France

La beauté comme rédemption (tous les deux par Ambroise)

Un témoignage sur la journée « Le Metal: des vibrations interdites? » du 25 novembre 2012 (un témoignage d’Anne)

Si des personnes sont intéressées par la possibilité de contribuer à leur tour (bénévolement) à ce blog, elles peuvent m’envoyer leur(s) proposition(s) de texte(s) à l’adresse suivante:

darth_manu [at] hotmail.fr

accompagnées d’une suggestion de titre, et éventuellement d’illustrations.

Les thèmes abordés peuvent concerner:

– le black metal.

– le metal en général, considéré dans ses relations avec la religion, ou avec telle ou telle religion (pas seulement le christianisme), ou encore avec la culture contemporaine dans son ensemble.

– le christianisme considéré dans ses relations avec la culture (par exemple avec l’art contemporain, ou avec la musique sur telle ou telle partie de leur histoire commune).

– les courants de pensée et les religions recomposées qui ont pu avoir une influence thématique sur le black metal (par exemple le(s) satanisme(s)).

– tout témoignage personnel qui paraitra en relation avec les thèmes de ce blog.

– toute autre idée qui apparaitra opportune.

Je préfère les contributions argumentées qui expriment des opinions avec lesquelles je suis en désaccord, à celles qui rejoindraient mon point de vue mais qui seraient péremptoires.

Si publication il y a, je rajouterai la mention [auteur invité] après le titre, et j’ajouterai quelques lignes, en caractères gras, d’introduction du texte et de présentation de l’auteur (merci d’indiquer sous quel nom vous désirez être nommé). Le billet sera archivé, très logiquement,  dans la catégorie « Auteurs invités ».

Merci à celles et/ou ceux qui se montreront intéressé(e)s.

Un témoignage sur la journée « Le Metal: des vibrations interdites? » du 25 novembre 2012

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , , , on 17 décembre 2012 by Darth Manu

Via Crucis

Anne, l’une des participantes catholiques de la journée organisée par le service Arts, cultures et foi du Diocèse de Lyon sur la musique métal, qui se tenait le 25 novembre dernier dans la salle Maurice La Mâche, a bien voulu partager ses impressions, dans le témoignage ci-dessous. Merci à elle! 🙂

Pour mémoire, outre une « messe des artistes » célébrée le matin à l’église Saint Polycarpe, cette journée consistait en une table ronde, animée par Pierre Benoit, diacre du diocèse de Lyon et auteur d’un ouvrage sur Les chrétiens et les musiques actuelles, et qui rassemblait le Père Robert Culat, auteur du livre L’Age du Métal, Gildas Vijay Rousseau, membre et initiateur du groupe de metal électro-oriental Stamina, et moi-même, suivie d’un concert de Stamina, dans une ambiance qu’un autre spectateur a qualifié d' »intimiste », face à un public relativement peu nombreux mais très enthousiaste et, à ce qu’il m’a semblé, pleinement satisfait de la prestation du groupe. 

« Concernant la journée du 25 novembre à Lyon.

Tout d’abord, je me présente, je m’appelle Anne, je suis catholique et j’habite à Paris. J’ai entendu parlé de cet événement grâce à mon ami  Louis qui est métalleux. 
De base, je ne suis pas fan du métal, bien au contraire. Et Louis m’a fait découvrir ce milieu en me faisant écouter plein de styles différents, et en me montrant les aspects de chaque style de métal.
J’ai commencé à comprendre le métal, et à apprécier en écouter.

Je suis donc allée à cette journée « écouter voir » à Lyon le 25 novembre. Je ne pensais pas trouver cette complicité et cette simplicité qu’ont les métalleux. 
Le débat qui liait le métal au christianisme était très intéressant. Pour moi, le christianisme et le métal sont deux mondes complètement différents. Le métal était une atmosphère sombre, sans vie, mais grâce à Louis, mais aussi au Père Robert Culat, à Gildas de Stamina, à Emmanuel Navarre qui étaient présents, j’ai pu comprendre le but du métal chrétien. J’ai été éclairée sur beaucoup de points.

Le débat s’est terminé par un concert du groupe Stamina. J’étais très impressionnée. Un petit public, mais une joie, une complicité, une simplicité, une fraternité, une communion… Je ne pensais pas trouver ça dans un concert de métal ! Au début, j’ai observé ce qui s’y passait, et prise par le rythme et par la joie, je me suis mise à sauter et à danser… ! Le métal m’a défoulé l’âme, l’esprit et le corps !

A la fin du concert, j’ai pu parler aux membres du groupe Stamina, et aux métalleux qui étaient présents. Ils étaient tous très ouverts. Comme quoi, il ne faut pas juger les apparences…

 Le métal a changé ma vision des choses. Et notamment grâce à cette journée qui m’a libéré de beaucoup de chose à la suite. »

Sur cette journée, voir également les articles de Rue 89 Lyon, de France Info et de La Vie, une interview du Père Robert Culat réalisée le jour même, ainsi que le blog du Père Michel Durand, qui est l’organisateur de la journée et a publié plusieurs billets en lien avec elle.

La beauté comme rédemption (auteur invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 30 mai 2012 by Darth Manu

Dans la foulée de son article sur le groupe Peste Noire, Ambroise nous livre un nouveau billet, qui nous donne le cadre général de sa réflexion sur la beauté et éclaire  les analyses du précédent. En conclusion, il nous en propose une application au Black Metal dans son ensemble.

« C’est vrai, prince, que vous avez dit, une fois :

c’est la beauté qui sauvera le monde ? »

Hippolyte au prince Mychkine, in L’Idiot de Fiodor Dostoïevski.

Cet article est une réflexion générale à propos de la beauté qui est le fond de mon précédent billet sur l’excellent Peste Noire. Aujourd’hui nous pouvons constater que la beauté n’est plus un critère commun, puisque le relativisme a quasiment fini de considérer que tout se vaut en se subordonnant à l’égalitarisme le plus strict. De ce fait le beau est oublié, alors qu’il est toujours ressenti. Malgré cela on nous dit que chacun doit avoir sa propre idée de la beauté, et qu’en conséquence il ne sert à rien de la rechercher. À la contemplation se substitue la consommation, fourre-tout où chacun est content du moment qu’il ait toujours sa coupe pleine. Il m’a paru intéressant d’appliquer cette réflexion au Black Metal, genre reconnu comme beau par ceux qui l’écoutent avec un esprit suffisamment ouvert à la contemplation, et ainsi de plaider en faveur de cette beauté, sans m’arrêter sur une impression subjective. Je commencerai donc dans une première partie par analyser le rapport entre rédemption et beauté, puis je détaillerai le processus de rédemption, et enfin je terminerai sur le Christ, figure archétypale de la Rédemption. Je poursuivrai alors ma conclusion en l’appliquant au Black Metal.

Introduction

Platon disait de la Beauté qu’elle est la splendeur de la vérité 1, Saint Augustin qu’elle est la splendeur de l’ordre 2, Kant qu’elle est ce qui plaît universellement sans concept 3, Philippe Lejeune qu’elle est la nostalgie de l’Union 4. . . Ce sujet fut maintes fois abordé et la question semble résolue, mais nous pouvons voir que manifestement nous sommes encore dans un système relativiste, qui prône que chaque chose se vaut, que tout est subjectif et que chacun a sa propre notion de la beauté. Nous ne nous posons pas la question de savoir si derrière cette subjectivité ne se cache pas une objectivité, une objectivité de contemplation que nous avons tendance à oublier, voire rejeter. Cet article propose un regard différent de la notion de beauté, qui sera en continuité avec ce qu’on put en dire les philosophes qui nous ont éclairés sur ce sujet, tout en prenant en compte l’uni-diversité 5.

1 La rédemption comme essence de la beauté

Nous pouvons constater que chaque sentiment de beauté face à une œuvre d’art, qu’elle soit plastique, musicale, sonore, gestuelle, évènementielle, historique, mathématique, politique. . . chaque sentiment d’union éprouvé devant une œuvre se rapporte à une appréciation d’un rayonnement rédempteur.

Nous nous arrêtons pour définir ce sentiment d’union. Le plaisir ou la gêne (il est important d’admettre que l’œuvre étant une image du réel, il se peut qu’une gêne survienne, au moins le temps de s’y adapter) caractérisant le face-à-face avec une œuvre est en réalité un sentiment de réunion, d’union, de cohésion, il est l’apparition d’une résonance entre l’œuvre et celui qui la contemple. C’est un partage fréquentiel qui se produit, et ces fréquences transmises font résonner notre être par le jeu de nos propres fréquences qui nous caractérisent tous dans une uni-diversité ; c’est tout à fait le phénomène de résonance observable dans la nature. Ainsi chacun a bien une sensibilité différente, et donc réagit différemment, mais la beauté n’est pas subjective, et nous allons le voir. Ce rayonnement à la fois de rédemption et rédempteur est ce qu’exerce l’œuvre d’art véritable. La rédemption est cette re-cohésion, cette ré-union. La beauté est cette rédemption : elle est à la fois le processus de rédemption et l’effet qu’il produit, ainsi que le résultat de rédemption et l’effet qu’il produit. La beauté est en somme tout ce qui est rédemption : à la fois l’essence, le mouvement et le produit de la rédemption.

2 La rédemption

C’est en comprenant ce qu’est concrètement la rédemption que nous pouvons nous rendre compte de son lien avec la beauté. La rédemption s’appuie sur trois points essentiels, qui peuvent être simultanés et sont à entrelacés en permanence :

1) L’acceptation de la violence intérieure et extérieure et donc l’affrontement au réel. (L’iden- tification à la figure masculine par essence)

2) L’idéal perpétuel de grâce (l’identification à la figure féminine par essence). Ceci constitue le désir d’accueillir, de méditer le réel et de se donner à lui, ce qui permet d’aspirer à le réparer et l’élever.

3) La transformation, au moyen de la réalisation progressive des deux points précédents en même temps, la transformation de la violence en sacrifice de soi, en don de soi. Ce processus caractérise le sens du sacré.

Il faut naturellement un bon équilibre entre les deux premiers points, qui constituent la co-nnaissance du réel, car un affrontement dénué de méditation et d’accueil conduit à une idéologie de la barbarie, et le contraire à une idéologie de la conceptualisation. Dans les deux cas l’individu se trouve alors désincarné, virtualisé et complètement en dehors du réel.

La beauté est à la fois le processus ci-dessus et son rayonnement, aussi bien dans sa réali- sation que dans son résultat, et nous pouvons le constater effectivement à chaque fois que nous ressentons ce sentiment d’union face à la beauté.

Concrètement cela se traduit par le processus de réalisation d’une œuvre : il est en effet nécessaire de nous rendre compte que ce que nous admirons est le fruit d’un travail orienté par et vers l’offrande. Pour la nature, si nous croyons à un Créateur de l’Univers, cela va de soi 6. Sinon, il suffit de voir quel travail accomplissent à chaque instant les êtres qui peuplent notre monde, luttant en permanence contre l’entropie : ce désordre inéluctable que subissent tous les systèmes. Ce travail est une perpétuelle manœuvre de re-cohésion face au désordre progressif. De même, analogiquement fonctionne l’être humain, à la différence que par sa liberté il est capable de prendre conscience de ce processus et de l’aimer, de le vouloir.

Nous pouvons donc dire que toute beauté est travail de rédemption, de diminution d’entropie. Pour cela il faut que ce travail s’accomplisse d’une manière équilibrée et ordonnée suivant le processus de rédemption cité précédemment. Plus le processus de création est incarné, donc caractérisé par un travail intérieur d’une densité qui peut s’atténuer dans la durée, plus le résultat s’en ressentira et sera apprécié. Dans la religion catholique, l’Incarnation du Christ est plus estimée que la Création du monde, parce que l’œuvre de re-cohésion du désordre dans le premier cas est plus compréhensible que dans le deuxième, où l’on est incapable de remonter au commencement absolu et sachant qu’ici cette notion de commencement reste floue : on ne peut pas apprécier l’Inconnu à sa juste mesure, la co-nnaissance avec lui est nécessaire.

3 Un idéal incarné dans le Christ

Par son sacrifice sur la Croix, le Christ est tout à fait unique, car il est à la fois grâce et acceptation totale de la violence de l’humanité. Il réalise donc en lui-même cette rédemption, d’une façon parfaite, d’où son exemplarité, que l’on soit athée ou croyant. L’œuvre d’art se caractérise en effet par ce que nous appellerions sa « christicité », son « degré de rédemption » : la proportion de rayonnement rédempteur, de suggestion de rédemption qu’elle extériorise et intériorise en nous. Toute œuvre d’art est dans une certaine mesure : « chemin, vérité et vie » 7. Ces trois conditions sont les essences 8 mêmes du processus de rédemption énoncé précédemment. A cela s’ajoute que par sa Résurrection, le Christ est la figure de l’individuation, de l’accomplissement absolu de l’être humain, qui après s’être donné, renait pour l’Eternité, dans l’infini de l’Amour : en Dieu.

Conclusion

La beauté est donc au-delà de toute loi morale, culturelle et personnelle mais tout en étant ce qu’il y a de plus incarné : il n’y a rien de moral, ni de culturel, ni de particulièrement personnel à la rédemption. C’est une affaire de transformation uni-diverse par l’humilité et l’acceptation, par le face-à-face au réel couplé au désir d’idéal. La rédemption est totalement objective : il n’y a pas de rédemption subjective : le don de soi en vérité est indéniablement et universellement ressenti et vécu au sein de l’humanité quelle que soit la race, la civilisation, la condition sociale, parce que le travail est quelque chose d’universel. Il est bien entendu impossible d’accomplir une rédemption comme l’a accomplie le Christ 9, et donc la beauté absolue reste et restera toujours un idéal inaccessible, mais que l’on peut suivre au maximum de nos capacités.

La beauté vue comme rédemption permet une vision unifiée de la rencontre avec une œuvre, car le ressenti du beau n’est pas limité au simple produit, mais englobe toute son incarnation.

Voir l’œuvre comme un tout, constitué du produit, de la production, du producteur et de son regard sur le réel, voilà la manière de l’apprécier entièrement, à la mesure de son incarnation.

La « non-beauté » se trouve dans le reniement affirmé du réel, dans l’absence de volonté de co-nnaissance du réel, dès lors qu’une utopie au sens étymologique est crée : c’est-à-dire un non-lieu.

Maintenant et d’un point de vue concret, devant une œuvre, quelle que soit sa nature, il faut se poser les questions suivantes :

Cette œuvre a-t-elle une « attitude » liée à une certaine rédemption ? Exprime-t-elle une re-cohésion ? Montre-t-elle une recherche des trois points évoqués précédemment ? Quelle en est l’intensité ? C’est à son intensité de processus de rédemption, et ensuite à celle du résultat rédempteur qu’elle montre que l’œuvre doit être jugée. Il ne faut pas s’arrêter à l’éventuel plaisir face à l’œuvre, ni à sa « moralité » : le sacrifice du Christ est laid, immoral d’un point de vue superficiel ; ne dit-on pas « scandale de la Croix » ? Au-delà de cette « laideur », de cette « immoralité » se cache la beauté du don de soi, du sacrifice pur, à travers un travail de rassemblement.

Ce chemin parcouru, il est temps de se pencher plus précisément sur le Black Metal.

Le Black Metal est-il une musique qui affronte le réel ? D’un point de vue général nous pouvons dire que c’est le cas : qui évoque la réalité de la mort aujourd’hui en art ? Même en art contemporain il est difficile de trouver des Ars Moriendi. Qui évoque la réalité de la douleur ? Le Black Metal est une musique qui est vivante. Quand on voit la première vague anti-chrétienne, sans justifier les actes de nature politique, on ne peut qu’admirer la soif de grandeur qu’animait cette rébellion. Oui, cette rébellion était belle parce qu’elle se posait la question des racines de ceux qui l’embrassaient : c’était une volonté inconsciente de connaître mieux la réalité de Dieu, face au concept de Dieu. Ce concept de Dieu est un ersatz qui remplace trop souvent la réalité de Dieu qui sont l’Amour, la Justice, la Liberté incarnés 10 . Si ces grandes âmes avaient été abreuvées comme elles le désiraient, elles ne se seraient jamais rebellées de la sorte. Bien souvent le blackmétalleux critique un concept de Dieu bien loin de la réalité qu’Il incarne, et que tous ceux qui ont la Foi connaissent. Les jeunes catholiques qui dansent, insouciants dans les concerts de Pop louange catho, savent-ils réellement qui est Dieu ? Je me suis déjà rendu à un concert de ce genre de groupe, j’ai trouvé cela bien. . .Mais ils n’arrivaient pas en terme de sacré à la cheville des grands groupes de Black Metal.

Le Black Metal est-il une musique qui contemple le réel ? De même nous pouvons l’affirmer. Il suffit de voir les nombreux groupes louer avec amour leur mère patrie. De même le Black Metal contemple la mort en face, et s’il contemple la mort, il contemple nécessairement la vie. Il y a toujours des exceptions qui prouveront le contraire, mais le grand Black Metal, celui que nous nous accordons à considérer comme référence, est une musique à la fois guerrière et contemplative, humble devant l’Éternité et le tragique, comme ce cri du Christ sur la croix. Le parallélisme est saisissant.

Cette dualité entrelacée devient-t-elle une offrande ? Oui. Il suffit de constater avec quelle ferveur les musiciens Black Metal jouent. Un bon concert de Black Metal produit une atmosphère hors du temps et dans l’Éternité. Cette violence de la musique est une expression de la violence de l’humanité, mais cette violence est offerte en musique, chose inconsommable. Il se produit un sacrifice, une transformation de la violence en don, en oblation. Ce degré de sacré est parfois tel qu’on peut ressentir une incroyable résonance avec les musiciens, ce qui peut s’appeler un égrégore. Un concert est souvent bâti comme une relation : il y a la ren- contre, l’affrontement, la contemplation, la connaissance, l’offrande. Certes il y a quelque chose de l’ordre du défoulement, mais il n’est pas égoïste, tout le monde le partage dans la joie. Cette beauté du Black Metal s’explique donc par son caractère sacrificiel (« rendre sacré » ), et même, j’ose le dire : christique. Ce qui est accompli en vérité ne peut être par définition satanique. Ce qui est mensonge l’est. Quel est le plus mensonger entre une soirée hédoniste typiquement contemporaine et un bon concert de Black Metal ? Où est la beauté entre de la musique qui se danse, qui se consomme et s’oublie au profit du tube suivant, et le Black Metal, musique qui se vit et ne s’oublie pas ?

Ces éléments permettent de considérer la beauté réelle du Black Metal, au-delà de tout aspect moral, culturel et social. Si les pays de culture occidentale sont un terrain propice, c’est surtout parce qu’ils vivent leur décadence, et que ce refus de décadence s’incarne dans une musique rebelle et violente, mais où perle malgré tout une note d’espoir (la beauté ressentie est espérance), comme dans ces nombreux psaumes de la Bible. Le Black Metal est (mis à part quelques cas discutables) finalement un des rares genres musicaux qui assume la crasse de l’humanité, son péché originel, et qui crie, mu par de grands idéaux de justice, de liberté, d’amour de ses racines et de ses frères. Si le catholicisme a récupéré une certaine réalité du paganisme en s’abreuvant de la réalité du sacré préexistant : par exemple celui des lieux exsudant l’Amour de Dieu de la Création ; il y a ajouté par la venue du Messie la réalité de la rédemption, l’appel au sacrifice de soi, l’amour du prochain et la promesse du Salut 11. Pourquoi ces augmentations de ce qui existait déjà ? parce que ce qui préexistait était une part de la Vérité, une vérité que l’on peut sentir en éprouvant la beauté. Ce sont ces idéaux de vérité ancestrales d’une part, et cet idéal de rédemption par rapport à la décrépitude contemporaine d’autre part qui animent la violence du Black Metal, même si ces idéaux portent dans leur expression, comme toujours, le péché originel (il y a toujours une part d’orgueil, de haine. . .) et la douleur de l’existence. Ces idéaux sont, sans être angéliste, la réalité d’une certaine recherche du divin, face à un monde qui croit l’avoir atteint en lui-même, et qui sombre dans les ténèbres de paillettes et jouissances éphémères, consumé par l’orgueil. Cette recherche violente du divin est un appel, qui attend d’être canalisé pour gagner en force et en beauté. Ne condamnons pas une certaine prise de conscience de notre humanité, en reconnaissant que la recherche de vérité s’incarne aussi chez ceux qui pourtant ont tendance à renier Dieu. Soyons incarné et comme Dieu reconnut sa condition d’homme en s’incarnant en Jésus, comme le catholicisme reconnut la réalité du sacré 12, reconnaissons que la réalité de Dieu peut se trouver dans ce qui parait laid et mauvais. Seuls le chemin, la vérité et la vie incarnés sont ce qui rendent un acte ou une chose belle, et réciproquement.

1. cf. Le Banquet

2. cf. L’ordre

3. cf. Critique de la faculté de juger

4. cf Conseils à un jeune peintre

5. Une diversité des individus inscrite dans une unité

6. On pourra objecter que la Création n’est pas une œuvre de rédemption, mais ne serait-elle pas une rédemption du vide ?

7. Évangile de Jean 14,6

8. Elles se répartissent uniformément dans les trois points du processus de rédemption : il n’y a pas de correspondances respectives absolument discernables entre ces derniers et celles-ci

9. Le plus grand chef-d’œuvre de notre Histoire est un happening !

10. Et surtout pas les idéologies correspondantes !

11. Au sujet de cette magnifique dualité, lire La colline inspirée de Maurice Barrès

12. La fête de Noël est par exemple l’ancienne fête de la Lumière

Peste Noire ou le Métal Noir rédempteur de France (auteur invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , , , , , on 28 mai 2012 by Darth Manu

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Note au lecteur: ce billet n’est pas de moi, mais d’Ambroise, lecteur de ce blog, catholique fervent, et grand amateur de black metal. Merci à lui pour ce travail, qui contribue à montrer la richesse du black metal, beaucoup plus diversifié dans ces expressions et les sensibilités  qui l’inspire que beaucoup ne le pensent…

Parce que la rédemption de l’homme passe par une phase nécessaire d’humilité et donc de re-co-nnaissance de la réalité, nous promouvons autant que possible toute initiative en ce sens. Il est parfois surprenant et formateur de discerner des dynamiques chrétiennes dans ce qui ne l’est pas forcément.

Au cœur des paysages sauvages et nauséabonds de la France du terroir, parmi les bons produits que le commun sol produit avec tant d’amour, se distingue une singulière œuvre bien de chez nous : Peste Noire. Ce projet de la Sale Famine de Valfunde est une sorte d’ O.M.N.I. (Objet musical non identifié) de la scène Black Metal française. Peste Noire ce n’est pas du Black Metal de supermarché pourri par la propreté hygiéniste, par le déni de la réalité et de la décrépitude de notre monde sombrant avec de grands soubresauts de jouissance dans les ténèbres paillettisantes, non ! À mi chemin entre Black Metal, Musique Médiévale, Punk Rock et même Rap mais toujours indiscutablement ancré dans la culture française, c’est une esthétique de la décroissance, qui respire notre vieux pays, avec ses basses-cours, ses fromages qui puent, ses vieilles industries toutes rouillées et délocalisées, ses grands poètes, ses grands rêves de gloire. . . En somme une esthétique de vieux rats crevés rongés par les cafards et les asticots dans un ramassis d’ordures puantes, mais où la moindre grâce (et même si elle semble parfois velléitaire) resplendit en conséquence avec une magnificence et avec une vérité souvent inégalées !

Une esthétique de la saleté. . .

Parlons sans ambage : Peste Noire c’est la saleté complètement assumée,à travers toute une discographie où perle la misère du genre humain, entrelacée d’un humour unique et décalé et d’une beauté dénuée des canons habituels. Un mélange instable et rance mais qui converge malgré tout vers l’Invisible.

Dans Peste Noire, toute notre incarnation est réactualisée, avec ses horreurs et son sublime. On est bien loin de la musique hédoniste, de ces « artistes »robots masturbateurs qui nous bourrent l’ouïe de vomissements sonores ultra-sucrés qui altèrent fortement la santé mentale, et même la bonne humeur bien franchouillarde, celle que l’on (re-)découvre en mangeant un fromage qui pue avec du pain et du bon jus de treille. Et bien justement, ce qui ressemblerait le mieux à Peste Noire serait le fromage le plus puant de France, donc le meilleur, le plus vivant de tous . . .

Famine décrit lui-même sa musique :

« PESTE NOIRE évolue entre les Remparts, l’Eglise, l’Asile psychia- trique et la Rue : guerres médiévales, prêches pour une fin du monde, aliénation et pourriture urbaine, voilà juste ce que nous chantons. On fait du Black franco-français : univers de De Troyes, Villon, d’Aubigné, Crébillon et Céline. Et bien sûr aussi Rabelais, ce « scandale de l’oreille, de l’esprit, du cœur et du goût, le champignon vénéneux et fétide, né du fumier du cloître du Moyen-Âge, le pourceau grognant de la Gaule. . . »selon les mots de Lamartine – et bien trop belle définition de ce que doit être Pet Haine. »

Et l’Onaniste, un de ses collaborateurs renchérit :

« PN réalise ce vieux fantasme du Black metal (enfin, vieux pour moi), celui d’être une simple matière noire, un fromage de bite, une croûte entre les pieds de la musique [. . .] J’ai rarement eu autant l’impression qu’une musique et qu’une pensée allaient conjointement « à rebours », c’est à dire qu’elles mécanisaient leur régression, qu’elles vont jusqu’à en faire leur sujet. . . »

On est parfaitement dans la tradition française médiévale, immortalisée par Ra- belais et les troubadours et poètes du Moyen-Âge : une France bien incarnée.

Cette France est fière d’être un peuple de la frugalité, un peuple ancré dans son bon terroir fertile, un peuple de vieux combattants sans cesse en lutte. Un peuple fier qui assume pleinement son humanité bien particulière jusqu’à en faire son emblême : le cocq, maître si altier de son territoire boueux mais fécond, qui sonne l’aube et réveille chaque matin le monde entier endormi.

C’est ce que nous rappelle Famine en citant Céline, dont les mots assassins écrasent tous les rêveurs d’une race supérieure et propre, crée par l’empire mondialiste et consommant docilement comme des robots :

« Fidèles [PN, ndlr ] à la définition de la race française dans Voyage : « La race, ce que t’appelles comme ça, c’est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C’est ça la France et puis c’est ça les Français. » »

. . . pour une démarche de rédemption

On pourrait se demander ce que cherche Famine lorsqu’il fouille toute cette merde avec une telle frénésie et une telle joie.

« L’idée du Beau, de la noblesse et de la grandeur, jaillit quand ce Black là te distribue les flashs de régions et temps reculés, patrimoine mental ancestral, mémoire génétique. Car quel visage reste au moins pur dans nos têtes brûlées ? Seul celui de tes terres anciennes, ô vieille Europe ! »

Cette recherche est donc bien celle de la beauté, une soif d’idéal qui le mène à la chercher là où personne ne le fait : en nous-même, loin des idéologies utopistes et virtuelles, qui désincarnent l’homme et ne le conduisent qu’à sa ruine, hygiénique ou non. On pourra rétorquer que c’est « malsain », mais il fallait bien quelqu’un pour décrotter ces joyaux non ?

« Chercher un rayon divin dans un chiotte, sous les ordures et les dé- jections, voilà la mission musicale de PN. AU SUBLIME PAR LE PU- TRIDE, AU SPIRITUEL PAR L’IMMONDICE, c’est la devise du groupe. [. . .] PN, c’est aujourd’hui encore ce grand écart entre la scatologie et l’eschatologie. »

L’œuvre de Famine est-elle plus catholique qu’elle n’en a l’air ? On peut se le de- mander. En tout cas ce « sataniste-boyscout-ultra-franchouillard »semble embrasser par des voies détournées ce chemin de rédemption, un chemin que chacun devrait prendre.

« PN, du Black « dépressif » ? Pas que ça. Je dirais d’avantage : du Black excrémentiel. Oui j’évacue des larmes et des glaires de détresse. Mais j’évacue autant de pisse, de sperme et de pets mélodieux enfantés dans la JOIE. Personne n’entend la joie, l’euphorie qui aussi dope mes riffs ? Personne ne sent d’où elle vient ? ? Ce qu’il y a de triste, de malheureux dans PN, c’est ce qui sort du HAUT, de l’esprit rationnel, de ma tête cérébrale : des larmes et des complaintes de méditations sur le destin humain. Mais l’extase elle, elle sort du BAS, des régions animales : de la bite et du cul ! Ma musique t’a shooté avec son odeur de cul, ne le nie pas. Les excréments, source de savoir et de plaisirs, ne se nommaient-ils pas au Moyen-Âge les « matières joyeuses » ? N’écoute pas ma tête, cette félonne pleure et gémit il faut que je l’enterre : tête en bas le cul sera notre voûte céleste. Ta vie, passe la enfoncé dans les forêts noires, assez noires pour te cacher le vide de l’existence. Embrasse les trous du cul comme la bouche de Dieu, car là seul réside Dieu. »

Troublant. . .cela sonne comme une sorte de rédemption à rebours, mais cela existe-t-il vraiment, ne serait-ce plutôt pas là simplement une incroyable prise de conscience énergiquement peu canalisée du célèbre « Inter faeces et urinam nascimur »de Saint Augustin ? . . .

Cette rédemption semble le dépasser, en témoigne sa musique souvent en rupture avec elle-même : le Métal Noir rédempteur de France, qui rayonne et invite à la réflexion de notre propre image dans une flaque de sang, le nôtre et celui du Christ. . .

Discographie (Albums)

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La sanie des siècles : panégyrique de la dégénerescence (2006)

Un album blanc, au dépouillement macabre, merveilleux de puanteur poétique, au goût amer mais addictif, où tout suinte la maladie qui appelle à la guérison par le salut désespéré de l’âme. Un ars moriendi dans la plus pure tradition, unique et sublime.

Folkfuck Folie (2007)

Un album rouge, ce rouge de la folie, du chaos reco-nnu, assumé. Un graillon de saloperie, pourtant attirant, fascinant par sa réalité. Un album qui continue de créer un désir de re-cohésion, de guérison, jusqu’au paroxysme. On n’en sort pas indemne.

Ballade Cuntre lo anemi Francor (2009)

Un album vert, ce vert de l’espoir ? Toute la  violence se concentre dans un ardent nationalisme, qui vénère les beautés de notre mère la France, à travers l’éclat de nos campagnes, de nos plus grands poètes, de nos plus grands hommes. Un album qui transpire l’amour du pays, l’amour de ses racines, de son terroir, de sa culture, de sa vie. Magnifique !

L’ordure à l’état pur (2011)

Un album noirâtre, plein de l’esprit punk bien franchouillard. Dans la même lignée que les précédents mais plus offensif, plus concentré, plus drôle surtout. On se marre bien, puis on est subjugué par la beauté des passages où l’humour baignant dans la crasse laisse la place au lyrisme et à l’esprit conquérant. On a envie de dégainer nos vieilles épées rouillées et de partir au combat 1, de racheter nos âmes putrides par l’offrande de notre courage et de notre sang, qui nourrira notre terre. Un album aux multiples écoutes, où le processus de rédemption rayonne et ne laisse pas indifférent.

À découvrir sur :

http//www.lamesnieherlequin.com/

1. Quel est l’ennemi ? À vrai dire l’ennemi est totalement désincarné ; nous nous battons en effet contre les idéologies qui ont virtualisé l’être humain, qui n’ont jamais été engendrées par un vrai processus de rédemption. La « réelologie »est notre pensée.