Archive for the Actualité et perspectives du black metal Category

[Brève] Parution du livre White Metal: Du bruit pour l’homme en croix

Posted in Actualité et perspectives du black metal, Christianisme et culture, Unblack Metal with tags , , , , , , on 22 juin 2014 by Darth Manu

 

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[Full disclosure: j’ai été interviewé l’an dernier par l’auteur du livre dont il question, qui m’a par ailleurs indiqué par mail il y a quelque jours que le présent blog y est mentionné.]

Un très rapide rapide billet, en guise de résurrection de ce blog (pure coïncidence: pendant le Hellfest, auquel je n’ai pu malheureusement assister cette année 😦   ), pour signaler la parution mercredi dernier, aux éditions du Camion Blanc, d’un livre sur le metal chrétien, signé par Esychia Pneuma (l’ésychia , si j’ai bien compris, est un mot grec qui désigne la tranquilllité intérieure, par exemple, en contexte chrétien, celle obtenue parfois par la prière, et de pneuma le souffle ou l’esprit: un pseudo qui renvoie donc , par sa sonorité étrange aux oreilles des non héllénisants, à la tradition pseudonymique, déréalisante, onirique du black metal, mais aussi, par sa signification, à la spiritualité chrétienne), qui se présente comme une ancien musicien de metal:

« In Nomine Metallus ! Le White Metal, ou Metal Chrétien est, sans aucun doute, le sous-genre de Metal le moins connu et le plus sous-estimé. Les rares personnes a en avoir entendu parler ne se rappellent que de la période « paillettes » de Stryper, et ont gardé une vision Hard FM gentillet. Cette histoire, cette aventure dont vous allez parcourir les pages, va vous emmener de surprise en surprise. Nous commencerons par les années 60 et le Jesus Movement, une bande de rockers freaks chrétiens allumés et, pas à pas, nous arriverons jusqu’à nos jours, en faisant connaissance avec des groupes de Black Metal, grindcore ou Death Metal chrétien, aussi extrêmes que leurs homologues séculiers ou satanistes. Bienvenue dans l’univers de Horde, Antestor, Crimson Moonlight, Mortification et les autres. La scène underground d’Amérique du Sud, absolument fascinante, sera également du voyage. Vous n’allez pas reconnaître le jardin d’Eden… À propos de l’auteur : Esychia Pneuma est un ancien musicien de Metal reconverti dans l’écriture. Son propos n’est pas de convertir les masses au christianisme, mais de faire découvrir un genre musical incroyablement riche et vivant, loin des feux médiatiques… de faire découvrir des artistes talentueux, ouverts d’esprit, fans de Metal autant que de spiritualité, et souvent en rupture avec les institutions religieuses traditionnelles car trop rebelles pour s’adapter. Des hommes et des femmes qui n’ont de compte à rendre qu’à Dieu lui-même. Bref, un voyage dans un underground fascinant et regorgeant de merveilles triées dans la partie « Anthologie » du présent ouvrage. » (présentation de l’éditeur).

 

Je n’ai pas encore lu ce livre, et y reviendrai sans doute beaucoup plus longuement dans un billet ultérieur. Je me réjouis cependant de lire, dans cette courte présentation, que l’auteur ne réduit pas le metal à un simple support d’une démarche d’évangélisation (ou, pire, de prosélytisme) mais qu’il aborde le metal chrétien, de manière prioritaire, en tant que musique. L’iintérêt du metal chrétien n’est pas, comme certains, chrétiens et/ou métalleux, le croient encore trop souvent, de plaquer sur tel ou tel style (rock, metal, rap, classique, boys band) un message d’inspiration chrétienne, sans égard pour les spécificité musicale de chacun d’entre eux, qui permettent l’expression de certaines émotions, de certaines idées, mais pas de toutes les émotions, de toutes les idées, mais de montrer les synergies éventuelles, les tonalités peut-être communes, de la musique metal et de la foi chrétienne, et interroger la possibilité de leur enrichissement mutuel: le christianisme peut-il être une source d’inspiration positive (pas forcément négative, par rejet ou négation), pour le compositeur de musique metal, et inversement, les univers musicaux propres à ce courant musical peuvent-ils éclairer d’une autre lumière la foi chrétienne, rendre témoignage d’une manière nouvelle des enseignements du Christ? Plusieurs groupes, plus nombreux et variés dans leur musique comme dans leurs objectifs et leurs opinions, que beaucoup ne le croient, ont répondu par l’affirmative.

L’auteur de ce livre se propose de nous faire connaitre leur production musicale, nourrie, il est vrai, par leur foi, mais également par leur amour du metal, … De même qu’il existe du metal chrétien parce que ses auteurs ont su écouter et apprécier du metal non chrétien/ satanique / païen, peut-être que des metalleux non chrétiens sauront, par ce livre, dépasser de possibles idées toutes faites sur la qualité musicale du metal chrétien (il est vrai un peu mieux connu qu’il y a quelques années) et en tirer profit, pas forcément dans le cadre d’un cheminement personnel de conversion, mais ne serait-ce que pour accroître et approfondir leur culture metallique.

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Les trois bougies d’Inner Light

Posted in Actualité et perspectives du black metal, Christianisme et culture with tags , , , , , , , , , , , on 14 décembre 2013 by Darth Manu

Godkiller – The Rebirth of the Middle Ages
La nostalgie d’un Moyen-Age largement fantasmé: point de convergence significatif entre ces « ennemis culturels » que seraient les catholiques et black metalleux engagés politiquement?

Aujourd’hui, le présent blog fête ses trois ans.

Je l’ai créé le 14 décembre 2010 sur un coup de tête, sans trop savoir si j’allais le faire durer ni même oser le diffuser sur ma page FB et mon compte twitter.

Il s’agissait d’approfondir la question des relations entre musique black metal et foi, que j’avais déjà abordée plusieurs fois sur mon précédent blog Aigreurs administratives (version 1.0), mais qui méritait à mon avis un traitement et un affichage spécifiques. Ce blog, qui devait être une expérience ponctuelle (et, croyais-je, beaucoup trop ambitieuse pour mes moyens propres) est rapidement devenu mon principal lieu d’expression, au profit duquel je délaissais en quelques semaines, et pour longtemps, Aigreurs administrative.

Deux ans plus tard, mon identité numérique reposait clairement sur une spécialisation en lien avec les rapports entre culture et foi, et plus spécifiquement entre « contre-culture » metal et foi. Je n’étais plus complètement anonyme et isolé, mais était connu, au moins de nom, dans le petit cercle des catholiques blogueurs et twittos, et en particulier de ceux gravitant plus ou moins vers son centre politique (en gros, le habitués dela FASM). J’avais été nominé (quoiqu’arrivé bon dernier, au premier Prix Pélerin du blog catho, j’avais été convié à un colloqu organisé par le Diocèse de Lyon sur la musique metal, etc.

Mais comme beaucoup d’autres, j’étais en train de me laisser aspirer par la polémique autour du mariage pour les personnes de même sexe et des études de genre. Frustré de me pas pouvoir les aborder autrement que sous formes de digressions, dans des billets centrés sur la culture metal, j’ai rouvert une nouvelle version d’Aigreurs administratives, chez un nouvel hébergeur. Là encore, ce ne devait être qu’un blog d’appoint. Là encore, c’st devenu mon moyen d’expression privilégié, qui m’a progressivement conduit à prendre parti pour la loi Taubira et les études de genre, contre la Manif pour tous et ses dérivés.

Il peut donc sembler incongru de fêter cette troisième année, qui a marqué un très fort ralentissement dans l’activité de publication d’Inner Light.

Il m’a été en effet particulièrement difficile d e publier sur un blog qui réfléchit sur la foi -alors que la manière dont je vis et conçois la mienne a été profondément transformée par un polémique qui a déchiré beaucoup de catholiques, avec forme de violence culturelle et symbolique dont les conséquences sont à mon avis encore à venir pour l’Eglise et ses rapports au monde contemporain- et sur la culture (alors que la découverte des études de genre, et au travers d’elles des études culturelles, m’obligeait à repenser en profondeur les présupposés sur les quels j fonctionnais jusqu’alors).

Au terme de cette année, je pense avoir suffisamment digéré ces bouleversements pour recommencer la réflexion qui est l’objet de ce blog. J’ai pu prendre suffisamment de recul pour publier mon bilan de ces nombreux mois de Manif pour tous, qui a eu la bonne fortune d’être relayé sur twitter par des blogueurs extrêmement influents (Embruns, Eolas), puis d’être repris sur Rue 89 (ironie: le plus gros pic de fréquentation d’Inner Light est intervenu pendant sa plus longue période d’inactivité). J’ai également suffisamment approfondi, me semble-t-il, ma réflexion sur le fait culturel pour commencer à formuler une réflexion sur les points qui me gênaient ces derniers mois.

Je les dévoilerai progressivement, mais je commencerai en janvier par un billet qui précisera le cadre méthodologique et conceptuel dans lequel j’essaie désormais de penser (à mon niveau il est vrai limité d’amateur autodidacte) les relations culturelles entre black metal et christianisme.  J’y emprunterai entre autre une partie de la réflexion de l’intellectuel marxiste Antonio Gramsci sur le concept d’hégémonie culturelle (avant cela, je présenterai la pensée de cet auteur, en lien avec un autre sujet que le metal, sur Aigreurs administratives, en début de semaine prochaine).

En gros, la question que tentera de poser ce billet sera celle des fluctuations d’origine social, culturelles et politiques, qui au fil du temps et des époques change le contenu et les enjeux des rapports entre metal et christianisme. L’une des limites d mes précédents billets était à mon sens d’envisager de façon trop abstraite les rapports entre chrétiens et metalleux, comme deux blocs minoritaires, mais opposés, au milieu des quels les chrétiens metalleux étaient pris, et que j’analysai d’une manière sans doute un peu trop détachée des évolutions sociales et culturelles. Lorsque le metal est né, le christianisme conservait encore dans de nombreux pays une position d’hégémonie culturelle, sociale t politique qui a beaucoup reculé depuis. Inversement, le metal se voulait une musique d marginaux, de rebelles, une contre-culture. Même sous ses formes les plus extrêmes, telles que le black metal, il est aujourd’hui diffusé dans toutes les catégories de la population occidentale (y compris chez les cadres en costard cravate, y compris chez les cathos les plus intransigeants vis à vis de notre époque). Il ne s’agit pas pour moi, contrairement à certains de mes lecteurs critiques envers un certain festival, d’y voir les effets d’une ‘guerre culturelle », mais de penser l’historicité de la culture: comment les éléments les plus porteurs de sens et d’innovation des contre-cultures les plus agressives et les plus élitistes deviennent des composantes à part entière de la culture dominante (on a vu l’été dernier , aux réactions à l’arrestation de Varg Vikernes, combien le souvenir du « black metal inner circle  » avait du mal à faire encore peur pour de vrai, y compris dans les sphères médiatiques, et combien les accusations portées contre lui ont vite rencontré le scepticisme et la dérision). Pourquoi par exemple une musique telle que le black metal, qui s’est voulu « antichrétienne » et nihiliste par excellence, peut aussi bien avoir ses bacs dédiés à la FNAC qu’être défendue aussi bien par des « gauchistes » que des messieurs « tout le monde » que par des représentants des sphères cathos les plus réactionnaires (je pense par exemple à Ambroise qui avait publié deux billets sur Inner Light et qui milite chez les Hommen, l’Action Française et le Printemps Français, et publie des tribunes chez Nouvelles de France  sous l nom d’Athanase Ducayla Sur un registre moins extrémiste politiquement, je pense à cette photographie, publiée fièrement par la Manif pour Tous sur son site, d’un metalleux qui portait un T Shirt du groupe de power metal Manowar, et tenait à la main un drapeau « Un papa, Une maman!). Alors qu’on voit bien que les catholiques, même modérés sont capable de mobilisations extrêmement impressionnantes, aussi bien quantitativement que dans la variété et l’inventivité des modes de contestations, que dans la durée, pour défendre ce qu’ils considèrent être leurs fondamentaux culturels. Quand on compare l’ampleur de la Manif pour tous à la mobilisation tellement plus limitée (quoique ni petite, ni dénuée de significations culturelles t politiques) contre le Hellfest, on voit combien le metal, même le black metal, n’est plus vraiment perçu comme une menace contre ces fondamentaux (je le mesure aussi à l’accueil beaucoup plus tiède, voire glacial, de la part de certains catholiques, à mes billets sur Aigreurs administratives, comparés à ceux d’Inner Light). Inversement, beaucoup de black metalleux parmi les plus extrémistes et contestataires et situés à l’extrême-droite semblent délaisser de plus en plus le combat contre le christianisme, pour se recentrer contre l’Islam et le multiculturalisme. Quitte à s’allier avec des cathos à l’occasion (par exemple, le bloc identitaires semble avoir beaucoup de metalleux dans ses rangs, et fait partie des appuis les plus importants du Printemps français, des Antigones, etc.). J’essaierai aussi de voir si le concept d’intersectionnalité (la situation des minorités des minorités: par exemple la féministe voilée qui est minoritaire et au regard du féminisme, et au regard de l’Islam), qui ne vient pas de Gramsci mais des études de genre, et que j’ai évoqué en troisième parti d’un billet récent sur Aigreurs administratives, peut être opérationnel pour penser la situation des croyants metalleux (qu’ils soient cathos, protestants, musulmans, etc.).

Je développerai plus avant, et de manière plus précisément argumentée et illustrée, ces questions dans mon prochain billet sur ce blog. D’ici là, joyeuses fêtes de fin d’année, bonne montée vers Noël à ceux pour qui cette fête à un sens, et à en janvier! 🙂

Le traitement médiatique de l’arrestation de Varg Vikernes et ses enseignements

Posted in Actualité et perspectives du black metal with tags , , , , , , , , , , , , , on 20 juillet 2013 by Darth Manu

Aske - Burzum

Donc, deux jours après le début de sa garde à vue, et sans que celle-ci ait atteint la durée maximale de 96 heures, Varg Vikernes a été relâché  (et a depuis commencé sur son blog le récit en plusieurs parties de l’arrestation et la garde à vue). Si aucune association de malfaiteurs en vue d’une entreprise terroriste n’a été mise en évidence, il sera cependant probablement poursuivi pour incitation à la haine raciale devant le tribunal correctionnel de Paris.

Rien n’est surprenant dans cette issue:

– concernant l’accusation d’incitation à la haine raciale: tout ceux qui ont ne serait-ce qu’un tout petit peu suivi l’histoire du groupe Burzum et de son unique membre connaissent bien le racisme et l’antisémitisme explicites et sans cesse rabâchés de ce dernier. On se souvient que l’an dernier, Radio metal a préféré censurer sur plusieurs points une interview qu’il lui a accordée, plutôt que de la publier, comme d’habitude, intégralement, en raison de nombreuses déclarations antisémites susceptibles d’engager la responsabilité légale du webzine.

– concernant la levée de la garde à vue et des soupçons de terrorisme: dès les premières dépêches, les faits reprochés paraissaient très minces. Dès le début, lesjournalistes ont rappelé que l’achat de 4 armes à feu par Marie Cachet, la compagne de Vikernes, qui semble avoir été l’élément déclencheur décisif de la garde à vue, était légal, puisqu’elle dispose d’un permis de port d’arme. Interrogé sur l’opération, le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a reconnu dès le premier jour que l’arrestation était de nature essentiellement préventive:

« « Cet individu, proche de la mouvance néonazie constituait donc une menace potentielle pour la société, comme l’atteste la violence de ses propos interceptés notamment sur le Web », affirme la Place Beauvau. Plus tard dans l’après-midi, M. Valls, tout en reconnaissant qu’il n’y a pour le moment « ni cible, ni projet identifié », a justifié cette décision par la nécessité, face au terrorisme, « d’agir avant, et non pas après ». » (Le Monde, « Valls justifie l’arrestation préventive du Norvégien Vikernes »).

Enfin, la nature des armes trouvées au domicile de Varg Vikernes, des 22 long rifle essentiellement, semble peu compatible avec un massacre du type de celui commis par Breivik en 2011, et beaucoup plus avec la pratique de la chasse mise en avant par le couple. Jacques Raillane / Abou-Djaffar, ancien des services secrets et un commentateur très informé des milieux et des problématiques du contre-terrorisme, exprimait dès mardi son profond scepticisme:

Si, compte-tenu des antécédents de Varg Vikernes, on comprend aisément qu’il soit surveillé, et que ses récents posts de blog sur le déraillement de Brétigny, couplés à un achat d’armes important, suscitent quelques inquiétudes, surtout à quelques jours du second anniversaire du massacre commis par Breivik en Norvège, on peut en effet s’interrogersur le caractère brutal et médiatique du mode d’intervention choisi. Peut-être lié au besoin de redorer le blason de la DCRI, fortement terni par l’affaire Merah?

An fond, je n’en sais rien, n’étant pas moi-même spécialiste, ni de près, ni de loin, du contre-terrorisme, et tout cette histoire relève au fond du fait divers très anecdotique.

Ce qui est plus intéressant, c’est le traitement médiatique qui en a été fait, et ce qu’il révèle de l’évolution de la réception du black metal par le grand public, un quart de siècle après son apparition, et 21 ans après les méfaits du black metal inner circle norvégien, auxquels Varg Vikernes a tant et si célèbrement contribué.

Tout au long de la journée de mrdi, et alors que la nouvelle de sa garde à vue se répandait sur les réseaux sociaux, j’ai vu pluieurs de mes contacts metalleux commencer à anticiper un backlash médiatique sur la communauté metalleuse dans son ensemble.

Ainsi, un de mes contacts facebook écrivait sur sa page:

« Métalleux, métalleuses, Brace yourselves, Commentaires are coming, avec la mise en examen de Varg, le Metal va s’en prendre des caisses et des violentes ! ahahahahah c’est bon, l’année prochaine on repasse sur M6, c’est fini les traitements de faveurs du petit journal ! XD »

Et, avec une inquiétude plus tangible, le fondateur et responsable du webzine Radio Metal:

Or, force est de constater que malgré des erreurs factuelles (Varg Vikernes « disciple » de Breivik, entre autres), les amalgames ont été quasiment inexistants. En fait, en parcourant les divers articles écrits sur cette affaire, les épithètes « néo-nazi » et « compatriote de Breivik » semblent plus significatif pour les journalistes, pour comprendre l’arrestation, que le statut de « star » du black metal de Vikernes, même s’il est également évoqué.

Radio Metal a compilé une petite revue de presse du traitement médiatique de l’affaire, avec le commentaire suivant:

« On aurait pu croire que, sous le coup de l’émotion, de nombreux médias généralistes allaient traiter à la va-vite l’objet éminemment complexe qu’est Varg en faisant, on l’a déjà vu à de nombreuses reprises par le passé, un amalgame facile entre « metal » et « extrémisme ». Pourtant, et c’est à signaler, malgré quelques approximations factuelles concernant l’idéologie de Varg (notamment son rapport à Anders Breivik) les grands médias ont souvent fait le travail en allant à la pêche aux infos – des infos précises parfois issues de médias spécialisés comme le nôtre – dans le but d’informer au mieux leur lectorat respectif.

France TV Info, Le Monde, BFM etc. : beaucoup de médias ont tenté de faire le portrait de Varg et je n’ai à ce jour pas constaté d’amalgames douteux assimilant « black metal » à « néo-nazi », « metal » à « dangerosité » ou les habituels poncifs que les fans de metal subissent constamment ! Mais n’hésitez pas à partager vos impressions en commentaires si vous avez lu/vu des propos de journalistes sur l’affaire Vikernes qui vous ont choqué ou si votre ressenti global, concernant le travail journalistique des grands médias sur cette affaire, est tout simplement différent de mon opinion (plutôt positive).« 

De mon côté, j’ai remarqué que les grands médias sont aller solliciter, outre des spécialistes des droites radicales (Jean-Yves Camus, Stéphane François, etc.), des experts de niveau universitaire, qui connaissent le sujet d’asez prêt (Alexis Mombelet, Nicolas Walzer). Parcontre, il ne m’a pas semblé que tous ces pseudos experts que certains catholiques, de droite comme de gauche, ont longtemps porté aux nues, et qui se sont spécialisés dans une dénonciation apocalyptique et outrancière du metal et des idéologies supposées en constituer le coeur: Jacky Cordonnier, le Père Benoit Domergue, Paul Ariès, etc. On ne nous a ps ressorti non plus la tarte à la crème du rapport de la MIVILUDES sur le satanisme.

Pour expliquer cette modération à l’encontre du metal, si nouvelle chez les grands médias français, on peut, avec Radio Metal, émettre l’hypothèse que la polémique récurrente du Hellfest et le succès populaire de ce festival, maintenant l’un des poids lourds français, ont favorisé une meilleure connaissance du metal par le grand public, et une acceptation croissante de ses valeurs et de son esthétique, et ont constitué un accélérateur de son intégration:

« D’ailleurs, en France, parler du metal dans les médias généralistes signifie souvent répondre à des questions où l’on est très vite obligé de défendre l’image négative du genre en dissertant sur les minorités extrémistes comme Varg Vikernes dont le discours haineux est, évidemment et heureusement, dénoncé par la très grande majorité du public metal. Dans cette optique, c’est dans la façon de parler du metal au grand public – véritable lutte pour l’image et la crédibilité du mouvement au sens large – que se situe l’une des vraies réussites du Hellfest. En effet, Ben Barbaud et ses acolytes sont parvenus à remporter, au fil du temps, un combat moral et politique situé bien au-delà de la musique et c’est peut-être avant tout en cela que la réussite du Hellfest est exceptionnelle. Les attaques anti-Hellfest en provenance des conservateurs (Christine Boutin, Philippe de Villiers…) ayant finalement été totalement décrédibilisées par des émissions comme Le Petit Journal (Canal +) qui n’ont jamais hésité à railler leurs discours extrémistes en valorisant même le festival de l’Enfer par l’humour ! »

Ironiquement, à force de ramener le metal et le Hellfest sur le terrain de l’actualité et de pousser les journalistes et l’opinion publique à s’y intéresser, ses opposants les plus irréductibles ont peut-être bien contribué à favoriser une connaissance plus étendue et nuancée de cette musique et de ce milieu. Bien malgré eux, ils auraient peut-être contribué à cette banalisation du metal extrême qu’ils semblent tant redouter.

Autre explication possible: le black metal a un quart de siècle. Le monde a vieilli, et les gamins qui se faisaient confisquer leurs CDs sont devenus grands, et pour certains, journalistes (je me souviens avoir discuté, à l’issue de la table ronde sur le metal organisée par le diocèse de Lyon en novembre dernier, avec un journaliste de Rue 89 Lyon qui se définissait lui-même comme metalleux. Les amateurs de black metal ne sont plus depuis longtemps une petite minorité de marginaux ou de précurseur, mais une composante à part entière du « grand public ». J’observe d’ailleurs une certaine porosité de la presse metal et de celle plus mainstream, puisque l’auteur d’un article sur Varg Vikernes publié cette semaine sur le Huffington Post est Maxime Bourdier, également membre de l’équipe de rédaction de Metallian, l’un des magazines de référence en France sur le metal extrême.

Côté catho, ça été très calme, ce qui n’a pas manqué de surprendre certains:

Pourtant, toute cette année a bien montré que l’actualité sociétale (mariage pour les personnes de même sexe, recherche sur les cellules souches…) écrasait, dans la cathosphère, tous les autres sujets ou presque, et en particulier les polémiques culturelles. Alors que les années précédentes, on a vu des campagnes très virulentes contre l’oeuvre « Piss Christ », divers pièces de théâtre, diverses séries télé, comme Inquisitio, cette année, on n’a quasiment rien vu de tel. Comme si, loin d’être une préoccupation centrale des catholiques, l’art « blasphématoire » était au fond un sujet bouche trou, destiné à faire entendre la voix des catholiques les plus revendicatifs en l’absence d’actualité sur les « vrais » sujets qui fâchent.

Même sur le Hellfest, l’année a été très calme, beaucoup plus que les précédentes (sans doute en grande partie du fait de l’actualité politique brûlante qui a mobilisé ailleurs l’énergie des cathos). Les deux polémiques les plus lourdes de l’année autour de ce festival, et de manière très relative, sont toutes deux sans rapport avec la nature de la musique qui y est jouée et l’identité des groupes qui y sont invités: la mobilisation de riverains contre les nuisances sonores du festival, et la saisie de viande avarié sur le stand d’un des restaurateurs sous-traités par le Hellfest.

Concernant la garde à vue de Varg Vikernes, j’ai juste remarqué un article du Collectif Provocs Hellfest ça suffit! qui citait une interview de Stéphane François sur Varg Vikernes et le NSBM, pour renvoyer sur un de leur propre article, qui établissait un lien entre le black metal dans son ensemble et l’idéologie de la Nouvelle Droite. Très mal à propos à mon sens, puisque ce politologue a lui-même réfuté, dans d’autres publications, l’amalgame qu’ils tentent de lui attribuer, comme je le signalais dans un billet que je consacrais aux liens entre une minorité de groupes de metal à la marge et certaines initiatives de la droite néo-païenne:

« la scène europaïenne s’est intéressée sérieusement au Black Metal àpartir des faits divers morbides dont les groupes radicaux de cette scène se sont rendus coupables : meurtres, cannibalisme, incendies de dizaines d’églises, violation de sépultures. En effet, depuis le début des années quatre-vingt-dix, cette scène musicale a souvent défrayé la
chronique par les crimes et les incendies perpétrés par des musiciens de cette scène ou par leurs fans. Des disques de groupes de cette scène furent saisis par la police, comme par exemple en Allemagne. Toutefois, malgré ces dérives nous ne pouvons pas suivre les textes délirants de Paul Ariès et du Père Benoît Domergue dans leur description apocalyptique de ce milieu musical car la majorité de ces groupes sont apolitiques et non violents, même s’ils utilisent un satanisme, souvent de façade. Par ailleurs, cette musique est née au milieu des années quatre-vingt absente de la violence postérieure qui caractérisera certaines de ses dérives » (Les paganismes de la Nouvelle-Droite, thèse de doctorat soutenue par Stéphane François le 29 septembre 2005 à l’Université Lille II, sous la direction de Christian-Marie Wallon-Leducq, p.192).

En fait, l’inquiétude exprimée mardi par beaucoup de metalleux (y compris de black metalleux), face au risque d’être amalgamés avec Vikernes, montre que loin d’être au coeur du milieu et de la musique metal, les idéologies violentes qui ont en partie accompagné la genèse de certains courants se séparent progressivement de celui-ci. on observe avec le black metal ce qu’on a constaté avant lui, pour d’autres courants musicaux, ou plus largements artistiques, contestataires. Mieux ils sont connus, et plus ils sont reconnus. Plus ils sont reconnus, et plus ils s’intègrent au paysage culturel au sens large. Ils se répandent, se partagent davantage, et perdent de leur radicalité. Bien loin de subvertir la culture, ils sont phagocytés par elle (les réactions de la communauté metalleuse cette semaine, oscillant entre sarcasmes envers Varg Vikernes et refus des amalgames, témoignent que l’écoute assidue de Burzum n’implique nullement une adhésion aux thèses politiques, religieuses et historiques de son auteur. Assez paradoxalement, alors que la grande majorité des metalleux détestent sa « pensée », ses positions politiques lui ont par contre valu une appréciation très élogieuse en 2011 de la part d’un blog intégriste particulièrement mobilisé contre le Hellfest: comme quoi le rapport triple entre musique, idéologie et religion est finalement plus complexe et pluriel qu’on ne le dit souvent).

Aussi bien la revendication, longtemps (et abusivement à mon sens) présentée comme indissociable du black metal , d’une musique qui devrait, sous peine de se perdre, être celle du mal, que le combat de certains chrétiens contre la culture « sataniste semblent devenir avec le temps des combats d’arrière-garde, à l’obsolescence programmé à moyen terme. La question qui commence à se poser est plutôt celle d’un black metal, dont l’intégration par la culture mainstream est désormais en bonne voie, qui arriverait à mettre en cohérence cette évolution avec la radicalité et la violence de son esthétique. il s’agit peut-être désormais de moins s’épancher ad nauseam sur ce qu’il combat ou serait supposé combattre (le christianisme etc.), mais sur la partie positive (paradoxalement il est vrai pour une musique si négative) de son message: ce qu’il dit de l’homme, de la souffrance, du monde, de la nature etc…. et de la musique en elle-même).

Avec toute les difficultés (abstraction, élitisme…) qu’il y a à théoriser l’apport artistique au sens le plus large de d’expressions de l’art populaire, et les résistances que ce type de tentatives entraine fréquemment, comme en témoigne la publication d’un manifeste en faveur d’une théorisation plus grande du black metal, publié par un membre du groupe Liturgy:

« Une violente controverse a récemment secoué la scène déjà tumultueuse du black metal, suite à la parution d’un manifeste, Transcendental Black Metal. Son auteur, Hunter Hunt-Hendrix, compositeur et chanteur d’un groupe brooklynien (Liturgy) y redéfinissait les contours, la nature et la destinée de cette musique, en des termes clairement philosophiques, et à grands renforts d’emprunts à Nietzsche et à Hegel.

Plus précisément, il y décrivait deux moments dans l’histoire de cette musique, en théorisant la nécessité du passage de l’un à l’autre. Le premier – correspondant à la naissance du genre et à son développement, essentiellement en Scandinavie – y était décrit comme « atrophié, nihiliste, lunaire » en raison de ses thématiques et de sa tonalité. Le caractère statique de ce premier moment est, pour Hunt-Hendrix, insatisfaisant, et doit conduire à un dépassement, une négation nietzschéenne du nihilisme. Ce deuxième moment – à savoir, l’émergence d’un black metal américain hybride, intégrant d’autres genres musicaux et développant une rythmique légèrement distincte – se caractérise par l’affirmation, la plénitude ; des valeurs solaires, en somme3. Ce deuxième temps, qui est aussi la forme aboutie de ce genre, sa fin, inclut implicitement l’œuvre de Hunt-Hendrix et de son groupe Liturgy.

Or, au sein de l’univers relativement fermé et discret du black metal, la simple mise en ligne de ce texte a provoqué un petit cataclysme, qui s’est notamment manifesté sur le web. Tandis que ce discours philosophique exposait Liturgy à un plus large public, lui valant notamment l’intérêt du New-Yorker ou de Art Times, les réactions violentes de fans de metal ont fusé. Jugé pédant ou déplacé par certains, illégitime par d’autres – en s’ouvrant à d’autres genres musicaux, Liturgy aurait perdu le droit de formuler un quelconque discours sur le black metal – le manifeste donne lieu à plusieurs lettres ouvertes dirigées contre ce « traître » qui a voulu se faire le chantre d’une cause qui n’est pas la sienne. […]

A notre sens, l’accueil réservé à ce manifeste au sein de la scène metal est un indice de la méfiance générale des cultures populaires à l’égard de toute forme de théorisation. Préférant rester à l’abri du regard du grand nombre, et refusant d’être traduites dans des termes « sérieux », ces sous-cultures gardent leurs distances avec la théorie. Mais ce faisant, elles maintiennent le fossé séparant les arts « nobles » ou savants des arts populaires, se constituant volontairement comme un objet négligeable pour les universitaires – ou tout juste digne de l’intérêt de l’ethnologue attiré par l’exotisme d’une culture étrangère. Elles se cantonnent volontairement dans le domaine de l’expression viscérale d’émotions propres à une certaine catégorie de la population – simple symptôme d’un phénomène que la sociologie se donnera pour objet d’expliquer.

Pourtant, comme le souligne Hunt-Hendrix lui-même, « les musiques populaires pourraient se permettre d’être un peu plus prétentieuses ». Car s’enfermant dans la catégorie des musiques qui ne se théorisent pas, elles masquent leur intérêt esthétique propre, et dissimulent le fait qu’à leur manière, elles constituent une forme de pensée sensible, enfermant des positionnements métaphysiques et éthiques, des points de vue sur le monde. Elles se donnent à voir comme des simples phénomènes anthropologiques, outils de reconnaissance au sein de groupes tribaux, masquant tout ce qu’elles donnent à penser sur le plan esthétique.

Le texte de Hunt-Hendrix aura au moins eu ce mérite-là. Renouant avec la tradition des manifestes artistiques qui ont fleuri au début du siècle dernier, le musicien adopte une posture qui consiste à penser sa place au sein d’une histoire de l’art, à situer son geste artistique au sein de cette histoire, et à justifier, de manière théorique, la nécessité de ce geste. Ce faisant, le chanteur contribue à amenuiser le fossé existant entre arts « nobles » et arts populaires, acte pour lequel on ne saura trop lui témoigner notre reconnaissance. » (Un manifeste pour le black metal : quand les musiques populaires se théorisent, par Églantine de Boissieu et Catherine Guesde, Sens public, 9 janvier 2012)

L’ordre du Mouton Noir, l’Eglise des Morts-Vivants Glorieux, la Communauté de l’Asile, et l’unité de l’Eglise

Posted in Actualité et perspectives du black metal, Christianisme et culture, Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 15 février 2013 by Darth Manu

Order of the Black Sheep

Glorious Undead ChurchThe Asylum Fellowship

Un pasteur et un prêtre (Pierre de Mareuil et Robert Culat, merci à eux…), de manière presque simultanée, ont tous deux attiré mon attention hier sur un article du Monde, via twitter et facebook respectivement, à propos de la création de communautés chrétiennes spécifiquement dédiées aux « black metalleux » (après lecture, il est en fait évident que l’ensemble des métalleux, voire des gothiques et autres communautés musicales ou plus largement culturelles « underground sont concernés), par exemple The Order of The Black Sheep, qui est rattaché à la communion anglicane:

« Ils sont chrétiens et férus de black metal. Deux passions, celle du Christ et des guitares crissantes, qui les ont poussé à créer leurs propres paroisses. C’est notamment le cas de Mark Broomhead, le vicaire de l’Ordre du mouton noir (the Order of the black sheep), une paroisse affiliée à l’Eglise anglicane.

Le site de la BBC rapporte que de nombreuses églises underground ont vu le jour en Grande-Bretagne au cours des derniers mois : l’Ordre du mouton noir, Asylum, the Glorious Undead, the Intrepid Fox… Un mouvement underground adressé à ceux qui se sentent aliénés par l’Eglise traditionnelle. Et de fait, l’Ordre du mouton noir ne suit pas à la lettre la pratique anglicane classique. Situé dans un ancien salon de beauté, ce nouveau lieu de culte a des allures de cave, avec ses murs noirs, ses ossements de bélier et ses logos gothiques. La messe ne dure que quelques minutes – un sermon entrecoupé de vidéoclips et de musique électronique.« 

L’article de la BBC à l’origine de celui du Monde cite deux autres initiatives similaires:

The Glorious Undead , qui ne se rattache pas à la communion anglicane mais à la mouvance pentecôtiste:

The Asylum Fellowship, qui ne se rattache à aucune grande dénomination chrétienne, et rejette explicitement la hiérarchie et les règles des Eglises organisées.

Dans la perspective catholique qui est la mienne, on peut certes faire remarquer que sur le plan ecclésial, la création d' »églises underground » n’a pas grand sens (même si l’Eglise est née dans les catacombes 😉 ), et critiquer fortement les innovations liturgiques de The Order of the Black Sheep,  l’hostilité à la tradition des Glorious Undead, et l’espèce d’anarchisme religieux de The Asylum. Et j’avoue que, sans être tradi ni de près ni de loin, l’idée d’une « messe de quelques minutes » me hérisse fortement, pour ne citer qu’un exemple.

En effet, d’un point de vue catholique, l’Eglise est une communion, qui prend certes sens dans l’accueil en son sein des sensibilités et des parcours les plus divers, mais qui est ordonnée à la réception et la transmission d’un dépôt de la foi, garanti par la continuité apostolique et incarné dans l’eucharistie et les autres sacrements. Ainsi, si elle s’enrichit de l’accueil de parours divers, et a pu au fil des siècles modifier certains aspects du rite pour mieux s’inscrire dans l’évolution des mentalités, sa mission n’est pas seulement d’accueillir des sensibilités différentes, mais de les unir dans le Christ. Ce qui me semble exclure la multiplicité de communautés ad hoc avec chacunes leur propres rites et leur propres enseignements, car quelle progression vers le Christ et quelle communion peuvent naitre de dénominations qui conforment leur discours et leur rituel à la volonté des fidèles? Ne s’agit-il pas au contraire de conformer cette dernière à celle de Dieu, en contribuant à l’édifice d’un contenu de foi et de pratiques qui soit commune entre les différentes sensibilités et les différents parcours de vie, et dans lesquels celles-ci peuvent se rencontrer et s’unir, au lieu de rester chacune de leur côté dans leur apporche de la prière et de la rencontre avec le Christ, l’occasion de faire en quelque sorte violence à notre volonté individuelle, pour transformer celle-ci à l’image du Christ et accueillir notre prochain, avec ses différences et sa sensibilité, non suivant notre pensée mais suivant Son Amour?

« I. L’Église est une
 » Le mystère sacré de l’Unité de l’Église  » (UR 2)

813 L’Église est une de par sa source :  » De ce mystère, le modèle suprême et le principe est dans la trinité des personnes l’unité d’un seul Dieu Père, et Fils, en ‘l’Esprit Saint  » (UR 2). L’Église est une de par son Fondateur :  » Car le Fils incarné en personne a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa Croix, rétablissant l’unité de tous en un seul Peuple et un seul Corps  » (GS 78, §3). L’Église est une de par son  » âme  » :  » L’Esprit Saint qui habite dans les croyants, qui remplit et régit toute l’Église, réalise cette admirable communion des fidèles et les unit tous si intimement dans le Christ, qu’il est le principe de l’Unité de l’Église  » (UR 2). Il est donc de l’essence même de l’Église d’être une :

Quel étonnant mystère ! Il y a un seul Père de l’univers, un seul Logos de l’univers et aussi un seul Esprit Saint, partout identique ; il y a aussi une seule vierge devenue mère, et j’aime l’appeler l’Église (S. Clément d’Alexandrie, pæd. 1, 6).

814 Dès l’origine, cette Église une se présente cependant avec une grande diversité qui provient à la fois de la variété des dons de Dieu et de la multiplicité des personnes qui les reçoivent. Dans l’unité du Peuple de Dieu se rassemblent les diversités des peuples et des cultures. Entre les membres de l’Église existe une diversité de dons, de charges, de conditions et de modes de vie ;  » au sein de la communion de l’Église il existe légitimement des Églises particulières, jouissant de leurs traditions propres  » (LG 13). La grande richesse de cette diversité ne s’oppose pas à l’unité de l’Église. Cependant, le péché et le poids de ses conséquences menacent sans cesse le don de l’unité. Aussi l’apôtre doit-il exhorter à  » garder l’unité de l’Esprit par le lien de la paix  » (Ep 4, 3).

815 Quels sont ces liens de l’unité ?  » Par-dessus tout [c’est] la charité, qui est le lien de la perfection  » (Col 3, 14). Mais l’unité de l’Église pérégrinante est assurée aussi par des liens visibles de communion :

– la profession d’une seule foi reçue des apôtres ;

– la célébration commune du culte divin, surtout des sacrements ;

– la succession apostolique par le sacrement de l’ordre, maintenant la concorde fraternelle de la famille de Dieu (cf. UR 2 ; LG 14 ; ⇒ CIC, can. 205). » (Catéchisme de l’Eglise catholique, 813 à 815)

A ce titre, beaucoup de catholiques se reconnaitront dans les critiques formulées par un paroissien d’une communauté évangélique, et citées par l’article de la BBC:

« « We hold very firmly to classical biblical morality on issues of sex and marriage, » Edwards says.« It’s brilliant that they want the Church to be open to all sorts of different people, but my question would be ‘are they making the challenges of Jesus clear to people?’ Like the challenge that sex should only be between one man and one woman for life. »« 

Mais cette réaction est-elle même à mon avis un peu rapide. Autant par bien des aspects, ces « metal churches » me laissent sceptiques, autant je crois qu’elles interrogent également la conception de l’unité de l’Eglise des adeptes de communautés plus « mainstream« , pour rester dans le vocabulaire de la contre-culture…

Ce qui m’a frappé en tout premier lieu dans ces articles, ce sont les témoignages des paroissiens de ces communautés chrétiennes métalliques qu’ils citaient:

– The Order of the Black Sheep:

« Two of its members explain the church’s unique appeal: « I was brought up in a charismatic, happy clappy church, and I honestly wish I hadn’t been, » says Rees Monteiro. « There’s no standing around here, listening to someone waffle on. »

He shares Broomhead’s taste in music too. « I’m into really heavy metal. The more dark and twisted the better. » »

«  »I’m not a very conventional person, and found the traditional Church quite difficult. I think there’s a growing disconnect between the Church of England and what people can relate to. » »

– The Asylum Fellowship:

« Britain Stelly, a trustee, says: « You can be honest about anything going on in your life here, having sex, being gay, doing drugs, or even being into vampires. There’s no judgement here.

« I want to present faith in more intelligent ways to encourage people to get inspiration and go on their own spiritual journeys. » »

« One Asylum member, Catherine Field, recalls her first encounter with the group. « I remember being at Sunday school wearing black lipstick and thinking ‘can I still be a Christian and be all the other things I am?’, and then I came here and realised that I can. » »

«  »Many people in subcultures have been hurt by the insensitive actions of many churches, they say, adding, « We are trying our best to undo some of that damage. » »

« His view is confirmed by Pastor Bob Beeman, who runs Sanctuary International from Nashville, Tennessee, a ministry aimed at metal fans.

« A lot of people were getting rejected by the Church, especially in the 80s and early 90s. I didn’t want to see that kind of dogma and legalism and so I founded Sanctuary, » he says. « Today there are major Christian metal communities in really surprising places, from India to Lebanon. There are literally thousands of bands. » »

Le plus choquant, ce n’est pas pour moi que ces chrétiens metalleux aient pris l’initiative de créer leurs propres communautés, leurs propres rites, voire leurs propres enseignements, mais qu’ils l’aient fait parce qu’ils se sentaient exclus des Eglises plus traditionnelles…

Certes, aucun de ces témoignages ne semble venir de catholiques ni d’anciens catholiques. Et des metalleux arrivent à s’intégrer dans l’Eglise et à s’y sentir chez eux: j’en suis la preuve vivante. Mais la prolifération de ces communautés pose pour moi une question importante à tous chétiens: qu’est ce qui dans notre manière de vivre en Eglise, de l’incarner, de lui donner corps, de la rendre visible au monde, témoigne du Mystère de l’unité dans et par le Christ, et qu’est-ce qui y relève de conditionnements sociaux et culturels, de « superstructures idéologiques », pour reprendre de manière libre un concept marxiste, qui nous font donner pour des évidences ou des vérités universelles, voire des énoncés implicites de la foi, des prises de positions et des discours qui sont en fait des stratégies de défense de nos intérêts et de nos inclinations contingents?

Il est de coutume chez les catholiques, depuis Jean-Paul II, d’opposer une « culture de vie » à une « culture de mort »:

« 11. Mais nous entendons concentrer spécialement notre attention sur un autre genre d’attentats, concernant la vie naissante et la vie à ses derniers instants, qui présentent des caractéristiques nouvelles par rapport au passé et qui soulèvent des problèmes d’une particulière gravité: par le fait qu’ils tendent à perdre, dans la conscience collective, leur caractère de « crime » et à prendre paradoxalement celui de « droit », au point que l’on prétend à une véritable et réelle reconnaissance légale de la part de l’Etat et, par suite, à leur mise en œuvre grâce à l’intervention gratuite des personnels de santé eux-mêmes. […]
Comment a-t-on pu en arriver à une telle situation? Il faut prendre en considération de multiples facteurs. A l’arrière-plan, il y a une crise profonde de la culture qui engendre le scepticisme sur les fondements mêmes du savoir et de l’éthique, et qui rend toujours plus difficile la perception claire du sens de l’homme, de ses droits et de ses devoirs. A cela s’ajoutent les difficultés existentielles et relationnelles les plus diverses, accentuées par la réalité d’une société complexe dans laquelle les personnes, les couples et les familles restent souvent seuls face à leurs problèmes. Il existe même des situations critiques de pauvreté, d’angoisse ou d’exacerbation, dans lesquelles l’effort harassant pour survivre, la souffrance à la limite du supportable, les violences subies, spécialement celles qui atteignent les femmes, rendent exigeants, parfois jusqu’à l’héroïsme, les choix en faveur de la défense et de la promotion de la vie.

Tout cela explique, au moins en partie, que la valeur de la vie puisse connaître aujourd’hui une sorte d’« éclipse », bien que la conscience ne cesse pas de la présenter comme sacrée et intangible; on le constate par le fait même que l’on tend à couvrir certaines fautes contre la vie naissante ou à ses derniers instants par des expressions empruntées au vocabulaire de la santé, qui détournent le regard du fait qu’est en jeu le droit à l’existence d’une personne humaine concrète.

12. En réalité, si de nombreux et graves aspects de la problématique sociale actuelle peuvent de quelque manière expliquer le climat d’incertitude morale diffuse et parfois atténuer chez les individus la responsabilité personnelle, il n’en est pas moins vrai que nous sommes face à une réalité plus vaste, que l’on peut considérer comme une véritable structure de péché, caractérisée par la prépondérance d’une culture contraire à la solidarité, qui se présente dans de nombreux cas comme une réelle « culture de mort ». Celle-ci est activement encouragée par de forts courants culturels, économiques et politiques, porteurs d’une certaine conception utilitariste de la société.

En envisageant les choses de ce point de vue, on peut, d’une certaine manière, parler d’une guerre des puissants contre les faibles: la vie qui nécessiterait le plus d’accueil, d’amour et de soin est jugée inutile, ou considérée comme un poids insupportable, et elle est donc refusée de multiples façons. Par sa maladie, par son handicap ou, beaucoup plus simplement, par sa présence même, celui qui met en cause le bien-être ou les habitudes de vie de ceux qui sont plus favorisés tend à être considéré comme un ennemi dont il faut se défendre ou qu’il faut éliminer. Il se déchaîne ainsi une sorte de « conspiration contre la vie ». Elle ne concerne pas uniquement les personnes dans leurs rapports individuels, familiaux ou de groupe, mais elle va bien au-delà, jusqu’à ébranler et déformer, au niveau mondial, les relations entre les peuples et entre les Etats. » (Encyclique Evangelium Vitae, 11 et 12).

Sans rentrer dans ce billet dans les questions liées à l’avortement et à l’euthanasie, je remarque à la relecture de ce passage que Jean-Paul II définit « d’une certaine manière » cette « culture de mort » comme ce qui a rendu possible, et même invisible et comme allant de soi aux consiences contemporaines, une « guerre des puissants contre les faibles »: tous les discours, favorisés par les rapports de pouvoir au sein de nos sociétés contemporaines, qui ont amené à considérer comme des évidences morales des idées et des pratiques en fait contraires au bien commun.

Le problème qui se pose, dans ces temes de « culture de mort » et de « culture de vie », c’est que dès lors qu’on parle de « culture », on a vite fait d’y associer, de manière indissociable, des signes extérieurs d’appartenance: habits, courants artistiques, manifestes, coutumes, etc. Parce que la culture est tout d’abord une réalité historique certes (la culture d’une civilisation, d’un pays…), mais de manière plus visible, sociologique: tout ce qui permet aux membres de telle ou telle « tribu », de tel ou tel sous-groupe de notre société, d’affirmer leurs goûts et leurs convictions, et de faire corps, de se reconnaitre et de se faire reconnaitre: les metalleux, les cadres sup, les cathos, les geeks, etc. etc.

Alors que dans le texte de Jean-Paul II, le mot culture prend un sens philosophique: la culture de mort, ce sont les structures de notre société qui nous poussent, souvent à notre insu, à agir contre les plus faibles, et la « culture de vie », celles qui nous poussent au contraire à les défendre.

Même en étant conscients de leur différence, il est aisé de confondre, au quotidien, ces deux significations du mot « culture ». Ainsi, s’il est évident que le message de l’Eglise catholique s’adresse à l’ensemble des personnes de bonne volonté, et qu’elle accueille en son sein des fidèles de toutes origines sociales et culturelles, il existe de manière tout aussi certaine des groupes sociologiques dans lesquels la plupart des cathos se reconnaissent plus facilement, et qui sont identifiables par un certain niveau social, certains comportements au quotidien, certains parcours, certaines habitudes vestimentaires. Il est facile, à un niveau plus ou moins instinctif et lié à l’habitude, de les associer à la « culture de vie », donnant un contenu sociologique à celle-ci. Et inversement, quand on voit des personnes habillées en noir, qui portent sur elles des images qui renvoient explicitement à la mort et à la négation de Dieu, et qui semblent manifester, pour certaines, certaines blessures par rapport à la religion, il est facile, si facile de voir en elles des personnifications de la « culture de mort ».

Et c’est ainsi qu’on assigne au quotidien, sans forcément bien le réaliser, des contenus d’ordre moral à des phénomènes en réalité sociologiques et neutres. Par exemple, mardi dernier, lors d’un « twittapéro » catho, un autre blogueur catholique, lui-même ancien amateur de metal, m’a demandé si ça ne me faisait pas « bizarre » de cotoyer tous ces cathos. L’an dernier, d’autres habitués de ces rencontres ont exprimé leur étonnement de me voir sans tatouages ni T-Shirt noir, etl’une a évoqué les colliers et les bracelets à pointes, et leur caractère « agressif ». Toutes ces personnes étaient bienveillantes, et m’ont très sincèrement et pleinement accueilli: il n’empêche que même avec les meilleurs intention, on voit que dans un milieu catho, la présence de metalleux, ou de gothiques, ou de diverses autres minorités culturelles, fait « bizarre ». Et inversement, certes,  un catho versaillais typique dans un rassemblement de metalleux fairait aussi un peu décalé… Car être catholique, sur le plan de l’appartenance religieuse, c’est confesser sa foi en l’Eglise en en le Christ, mais sur le plan culturel, sociologique, c’est appartenir à une certaine communauté d’individus, avec ses codes, ses références artistiques et philosophiques, ses réseaux, ses dominantes politiques, etc. D’un point de vue sémantique, ces deux significations du mot « catholiques » sont distinctes, tout le monde ou presque en convient, mais au quotidien, nous les confondons très facilement.

Et c’est à mon avis comme ça qu’il est rendu possible des témoignages tels que celui-là:

 » One Asylum member, Catherine Field, recalls her first encounter with the group. « I remember being at Sunday school wearing black lipstick and thinking ‘can I still be a Christian and be all the other things I am? »

Une personne qui ne se reconnait pas chrétienne au sens sociologique et en vient à se demander si elle peut l’être au sens religieux…

Ou encore celui-là:

« Two of its members explain the church’s unique appeal: « I was brought up in a charismatic, happy clappy church, and I honestly wish I hadn’t been, » says Rees Monteiro. « There’s no standing around here, listening to someone waffle on. »

L’imprégnation de nombreux rassemblements chrétiens par les codes et les signes de reconnaissance de la majorité sociologique donne un sentiment de rejet à certains fidèles qui partagent une même foi, mais des repères culturels différents (autre exemple: si j’ai beaucoup reçu spirituellement des Frat et des JMJ auxquels j’ai participé, on y trouve parfois une forme de « joie obligatoire » qui suscite chez moi la mélancolie, voire une certaine irritation, sans parler de la musique…).

J’y vois une cause forte de cette méfiance à l’égard des dogmes et des rituels observable, à des degrés divers, chez les trois communautés de chrétiens metalleux cités plus haut. Leur exclusion de fait semble relever d’une certaine confusion, entretenue plus ou moins consciemment par beaucoup de fidèles, entre les signes d’appartenance au groupe sociologique « chrétien » et la profession d’une foi commune. De manière parallèle, ces chrétiens minoritaires qui souffre de cette ambiguité assimilent à leur tour les manifestations visibles de cette foi, les dogmes et les rites, à des signes d’appartenance sociologiques et les minimisent, voire les rejettent comme tels.

Or, comme nous l’avons vu, la « culture de mort » telle que définie par Jean-Paul II, au sens strict, signifie la « guerre des puissants contre les faibles » et la « culture de vie » la protection de ces derniers. Il est remarquable de constater que l’une des communautés citées par l’article de la BBC a choisi de s’appeler « l’ordre du mouton noir« :

« Why the name?

Black sheep were traditionally considered undesirable, their wool of little value, even considered by some as a mark of the devil. We really want the order to be a home for the marginalised, those who feel maybe a bit like the black sheep of society, even the black sheep of the church. It is slightly tongue in cheek and we don’t want to create a community of people moping about licking their wounds, more a community of people proud to wear their scars as a sign of God’s grace and healing.
We recognise that we are all on a journey and that we always have something to learn from one another.
Even if you do not share our beliefs we hope you can find a place with us to feel at home, no obligation. » (site de l’ordre)

Cette communauté se place donc du côté de l’agneau mis à part du troupeau, de la pierre d’angle rejetée par les batisseurs, du marginal, du plus faible… Sous les atours de la mort, elle revendique la culture de vie comme son charisme propre…

Et inversement, dans ce regard jeté par les chrétiens sociologiques sur leurs frères minoritaires dans la communauté, dans ce substrat culturel qui ne laisse pas toujours d’espace d’expression aux repères de ces derniers, n’y a t-il pas parfois, à des degré de gravité divers, des formes de confiscation de la foi et d’opression, pas toujours intentionnelle loin s’en faut, mais de fait,  des plus nombreux sur les plus marginaux, qui pourrait s’apparenter à une certaine forme de « culture de mort »?

Il n’est pas inintéressant en ce sens de souligner qu’il s’agit de phénomènes qui ont lieu au Royaume Uni, où, en 2007, la jeune gothique Sophie Lancaster fut battue à mort du fait de son apparence hors normes. Un fait divers qui ébranla fortement les consciences dans ce pays, et  qui poussa la mère de la victime à fonder l’association S.O.P.H.I.E. ( « Stamp Out Prejudice Hatred and Intolerance Everywhere »)  qui combat les discriminations contre les minorités culturelles et les personnes qui ont l’air « bizarre ». Ce crime n’avait aucun mobile religieux, mais il montre parmi d’autres exemples, qu’il existe dans notre société une mentalité de méfiance et de violence, rarement physique mais souvent verbale, sociologique et institutionnelle vis-à-vis des « contre-cultures », qui constitue un conditionnement qui imprègne la plupart de nos concitoyens, dans les communautés et églises chrétiennes inclus, qui a pu pousser certains déséquilibrés au meurtre, et qui semble donc constituer une culture de mort

Si je suis convaincu qu’aucun catholique que je connais, y compris parmi ceux très virulents contre le metal, n’approuverait en conscience de telles extrémités, il n’en reste pas moins qu’à côté des dogmes et des rites qui la structurent, et qui constituent son héritage spirituel et à proprement chrétien, d’origine surnaturelle, l’Eglise catholique, comme toute communauté, fonctionne comme un groupe sociologique, avec ses signes d’appartenance et ses repères sans rapport réel avec le dépot de la foi, sa majorité et ses minorités, ses luttes de pouvoir et d’influence.

Considérant donc la situation des représentants visibles de certaines cultures minoritaires en son sein, et le regard d’exclusion qu’ils sentent parfois peser sur eux, je pense que l’on peut mettre en évidence trois enjeux pour l’Eglise:

– Le premier lié à l’évangélisation: comment faire entendre la parole du Christ, au delà des signe visibles d’appartenance culturelle qui structurent l’Eglise en tant que groupe sociologique, à ceux qui se reconnaissent membres d’autres « tribus », avec des signes de reconnaissance différents, voire antagonistes?

– Le deuxième pastoral; comment accueillir ces derniers malgré leurs repères sociaux et culturels parfois si différents, et leur laisser un espace de parole qui puisse éventuellement imprégner le groupe majoritaire de tout ce au travers de quoi, dans leur culture apparemment contestataire ou « underground », l’Esprit s’exprime pour faire connaitre autrement la Bonne Nouvelle de Jésus Christ?

– Le troisième spirituel et écclésial: dans notre façon de faire Eglise, comment faire progresser l’unité de celle-ci, en nous défaisant de tous nos conditionnements d’origine  culturelle sociale pour contribuer à faire transparaitre, par delà son caractère immanent de groupe sociologique, de tribu, sa dimension transcendante et surnaturelle d' »épouse du Christ »?

Lors de la messe du mercredi des cendres, il y a deux jours, au Vatican, le pape Benoit XVI déclarait dans son homélie:

« Le prophète, pour finir, s’arrête sur la prière des prêtres, lesquels, les larmes aux yeux, s’adressent à Dieu pour lui dire : : « N’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : ‘Où donc est leur Dieu ?’ » (2, 17). Cette prière nous fait réfléchir sur l’importance du témoignage de foi et de vie chrétienne de chacun d’entre nous et de nos communautés pour exprimer le visage de l’Église et comment ce visage peut être parfois défiguré. Je pense en particulier aux fautes contre l’unité, aux divisions dans le corps ecclésial. Vivre le Carême dans une communion ecclésiale plus intense et plus évidente, en surmontant les individualismes et les rivalités, est un signe humble et précieux en direction de ceux qui loin de la foi ou indifférents. » (Cité dans La Croix)

Si le Saint Père ne pensait sans doute pas, pas de manière prioritaire en tout cas,  à l’exemple qui est le sujet de ce billet, je pense que dans le prolongement de cette homélie, réfléchir dans notre coeur à la part de conditionnement culturel et d’attachement au formes mondaines de reconnaissance communautaires dans notre compréhension de ce que signifie être chrétien et membre de l’Eglise, et à tous ces jugements implicites ou explicites que nous portons sur notre prochain  parce qu’il ne rentre pas dans le moule de cette compréhension biaisée, parce qu’il nous semble défigurer l’image que nous nous faisons de l’Eglise, alors que c’est en fait nous qui la défigurons par une vision humaine, trop humaine, voilà qui pourrait constituer un bel effort pour ce Carême 2013 qui commence…

Metal et Islam

Posted in Actualité et perspectives du black metal with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 5 mars 2012 by Darth Manu

Les rapports entre musique metal et monde musulman semblent d’actualité.

D’une part, le magazine Metallian vient de publier dans deux de ses trois derniers numéros des dossiers sur le metal dans les pays musulmans.

D’autre part, on entend de plus en plus de metalleux s’interroger sur l’existence de groupes de black metal spécifiquement hostiles à l’islam. Un groupe de black metal, Taake (par ailleurs prévu au Hellfest cette année) a déclenché une polémique lorsqu’il a été nominé aux grammy awwards norvégiens (le Spelleman Prize), en raison de certaines de ses paroles jugées islamophobes.

L’étude de cette question a surtout été portée en Occident par Heavy Metal Islam, un livre de Mark LeVine, professeur de sciences politiques à l’Université de Californie, mais aussi guitariste:

 » C’est en entendant mentionner l’existence de punks marocains que Mark LeVine a décidé d’entreprendre ce voyage à la recherche des fans de metal, de hard rock et de hip-hop qui trouvent dans ces musiques un moyen d’échapper à des sociétés de plus en plus répressives et bloquées.

Professeur de sciences politiques, spécialiste du Moyen-Orient mais aussi guitariste ayant joué, entre autres, avec Mick Jagger et le légendaire Dr John, Mark LeVine improvise avec la plupart des musiciens qu’il rencontre, participant à des festivals rassemblant des milliers de spectateurs, comme le Dubai Desert Festival.

 Ce faisant, il découvre un univers insoupçonné de « metalheads » (« métalleux »), rockers et rappeurs. Son séjour au Maroc lui permet ainsi de découvrir une scène métal bien vivante, représentée annuellement par le festival Boulevard des jeunes musiciens.

Il s’efforce de comprendre comment peuvent s’articuler deux types de contestation : celle, implicite, des fans de metal et celle de l’opposition politiquement articulée des mouvements islamistes » (« Heavy Metal Islam » : rock around the monde musulman, par Thomas Fourquet, Rue 89 Culture).

A partir de ce livre et de quelques autres travaux, le site de metal La Horde Noire nous propose une synthèse (pré « printemps arabe ») de la situation des groupes de metal par pays du proche et du moyen orient.

A noter que l’ouvrage de Mark LeVine, contrairement à ce que son titre suggère, explore la situation de groupes issus de courants musicaux bien plus larges que le seul metal (ainsi le rock, le rap, le punk, …).

Bien que l’ouvrage mette en évidence une forte méfiance des autorités des pays musulmans à l’encontre du metal, et de nombreuses pressions policières et institutionnelles sur les groupes et les organisateurs de concerts, les conclusions de l’auteur sont assez optimistes, et soulignent le rôle joué par les metalleux et autres adeptes de msusique populaire occidentale dans une transformation progressive des consciences vers un plus grand désir de liberté et de démocratie:

 » Among the surprising observations are:Rock, metal and hiphop festivals regular draw hundreds of thousands of fans each year across the region.Heavy metal and hiphop have become central arenas for the struggles for social and political freedom across the Muslim world. Below the media radar, young religious and secular activists are using their shared love of metal and hiphop to help break down the barriers that less than a decade ago saw senior officials call for the death penalty for metalheads, during a wave of « Satanic Metal affairs » across the region. Iranian metal bands, driven underground, have attained wide popularity, despite a public ban on their music, Jordanian and Saudi fans of the Israeli death metal group Orphaned Land have had the band’s logo tattooed on their bodies. Many leading metal and rap artists in the region have MD, PhD, MBA, Law and other advanced degrees and are among the most politicized
artists in the world. The teenage sons of jailed Egyptian presidential contender Ayman Nour, use their love of heavy metal to cope with their father’s imprisonment, and have become among the best metal musicians in Egypt. Peshawar, the Taliban-infested capital of Pakistan’s lawless Northwest Frontier Province, is home to a vibrant rock scene and the
 country’s best record shop. You haven’t experienced heavy metal till you’ve witnessed Iron Maiden play their anti-impieralist anthem « Trooper » in Dubai, in front of a crowd of 20,000 screaming Muslim metal heads, less than an hour’s flight from Iraq.The same forces that have led Ossama bin Laden to claim authority to issue fatwas have led young artists and activists to challenge the Quran’s supposed ban on most forms of music.The internet is considered the driving force of the emerging Muslim public sphere, but it is the real communities created by young musicians, fans and activists that are most fiercely pushing the boundaries of free expression and association across the Muslim world, despite the risks of arrest, imprisonment, and worse… » (notice du livre sur le site Heavy Metal Islam)

Pour autant, la vie d’un métalleux au proche et moyen orient est difficile, et demande du courage et de la persévérance, comme nous le montrent le documentaire Heavy Metal in Baghdad :

« Heavy Metal in Baghdad est un long-métrage documentaire qui suit le groupe de heavy métal irakien, Acrassicauda, depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 à aujourd’hui. Faire du heavy métal dans un pays musulman a toujours été une proposition difficile (sinon impraticable), mais après que le régime de Saddam Hussein est tombé, le groupe a cru, l’espace de quelques semaines, que la véritable liberté était possible. Cet espoir s’est vite évanoui alors qu’une insurrection sanglante s’est mise à gangréner le pays. De 2003 à 2006, l’Irak s’est désintégré tandis que les membres d’Acrassicauda luttaient pour rester groupés et en vie, refusant de laisser mourir leurs rêves de métalleux » (notice du documentaire sur vice.com).

Ou encore ce témoignage d’un métalleux marocain, Amine Hamma, depuis devenu étudiant en France, qui fit partie d’un groupe de 14 métalleux arrêtés, inculpés et emprisonnés en 2003 au Maroc, pour outrage aux bonnes mœurs, ébranlement de la foi des musulmans et satanisme:

 « Quand on a été jugé, on a dû réciter la « Chahada » (déclaration de foi) devant le juge pour prouver notre croyance en Dieu, c’était le côté ubuesque de l’affaire. On devait le faire pour ne pas subir la foudre des conservateurs. D’ailleurs, il ne faut pas oublier qu’ils remettaient en cause l’aspect laïque de la FOL qui nous permettait de jouer. Pourtant, un croyant peut être laïc. Il y avait parmi nous des non-pratiquants, des agnostiques, des pratiquants, des juifs… mais cela ne nous empêchait pas de partager les mêmes passions, de jouer ensemble et plus généralement de vivre ensemble. Ça peut sembler un discours contradictoire avec certaines mentalités de chez nous, mais il ne faut pas oublier qu’au Maroc la musique est liée à la politique, donc au religieux, étant donné que ce pays n’est pas un État laïc » (De l’Internationale-metal au conflit sociétal local : la scène de Casablanca, entretien avec Amine Hamma, Amine Hamma et Gérôme Guibert).

Mais ce type de conflits, loin de se réduire à une chappe de plomb qui rendrait quasiment impossible le développement d’une scène metal dans les pays arabe, peut contribuer à l’émancipation des mentalités et à une meilleure connaissance locale de cette musique, la sortant progressivement de ses racines underground:

« Je suis plutôt venu en France pour continuer mes études que pour fuir une justice « folle », parce qu’après notre libération, le metal s’est joué dans des endroits impensables avant cette affaire. On a été récupérés par certains partis pour les élections communales. On a pu jouer devant toutes les couches sociales et passer à la télé, avec une médaille « bouc émissaire » acquitté. Ça a permis au Boulevard (qui nous a soutenus tout au long de cette affaire) de se transposer dans un stade de rugby au lieu de la salle de la FOL (400 personnes) et donc d’accroître de manière très importante l’influence du festival. Ça a donné une crédibilité aux organisateurs de festivals et une légitimité à l’esthétique la plus bruyante et incomprise de ce festival. En même temps, j’avais besoin de sortir et ça m’intéressait de voir comment fonctionnait le secteur musical dans le Nord, en l’occurrence en France. Je suis d’abord venu dans le Nord Pas de Calais, région qui bouge bien au niveau metal. J’ai pu rencontrer des groupes, mais je me suis rendu compte que la France était très hétérogène en termes de culture metal, et que le metal était moins présent que dans d’autres pays voisins d’Europe. Le combat pour sortir de l’underground est plus ou moins similaire au Maroc, même si les conditions structurelles sont différentes […]

Si l’association organisatrice du Boulevard (la FOL Casablanca, qui est devenue l’EAS, « Éducation Artistique et Culturelle » en 2005, http://www.boulevard.ma/eac.htm) s’est détachée de son petit lieu et est maintenant dans un stade pour le festival, qu’elle défende aussi toujours le metal, c’est parce qu’il y a une très grande demande pour ce genre au Maroc. Les kids savent qu’il n’y a qu’une seule occasion pendant toute l’année de voir un groupe étranger se produire chez nous, et, de surcroît, avec des moyens techniques importants (Moonspell, Kreator, Gojira et Paradise Lost). À la base c’était un tremplin pour les rockers, car il faut le dire, ceux qui étaient investis dans ce courant musical étaient les premiers à s’auto-organiser pour faire des concerts. De ce fait, les organisateurs ne trahiront pas le premier esprit du festival, même si la scène world-fusion prend de plus en plus d’importance en termes d’auditeurs et de spectateurs. Il y a donc un net intérêt médiatique aussi pour le 3e jour du festival, qui est consacré à la « fusion ». » (id.).

Un hebdomadaire égyptien n’hésite pas à mettre en parallèle les conflits entre les métalleux arabes et les autorités de leurs pays, avec ceux qui opposent ou ont opposé leurs homologues occidentaux à diverses associations chrétiennes:

 « Sans entrer dans le détail et l’issue de ces procès, rappelons que le metal a toujours été auréolé d’une réputation « maléfique », que beaucoup considèrent néfaste pour la jeunesse. Sur ce plan, l’Orient et l’Occident sont pour une fois d’accord. Aux Etats-Unis, l’un des plus grands groupes du genre, Judas Priest, a été inculpé pour incitation au suicide en 1990, et le chanteur Ozzy Osbourne, fondateur des mythiques Black Sabbath, accusé pour des raisons similaires. Dans les deux cas, les procédures judiciaires ont démontré leur innocence. Les religieux fondamentalistes aux Etats-Unis et en Europe partent encore aujourd’hui régulièrement en croisade contre le metal, dont l’esthétique joue sur des codes provocateurs et anti-establishment. Très récemment en France, plusieurs personnalités politiques et catholiques ont lancé des campagnes de diffamation visant à annuler le plus grand rassemblement metal européen, le HellFest à Clisson, près de Bordeaux (sic), qui rassemble sur trois jours quelque 80 000 fans venus écouter environ 120 groupes à l’affiche. 

Si dans le monde arabe ce genre musical pour le moins contesté ne jouit pas de la même popularité qu’en Occident, il fait pourtant des émules. La Jordanie, la Tunisie, la Syrie, l’Algérie, le Maroc et l’Iraq notamment, aucun pays n’échappe depuis quelques années à cette déferlante qui a vu naître de nombreux groupes locaux. Mais dans le contexte de ces régimes autoritaires, jouer et afficher son amour du metal a une résonance plus dangereuse. Pour mettre un frein à ce qu’ils considèrent comme une forme de subversion sociale, voire politique, le gouvernement jordanien a banni en 2001 tous les albums du groupe américain Metallica et, en 2003, à l’image de l’Egypte, la police marocaine a procédé à des arrestations violentes lors d’un concert. Le seul pays qui échappe à la règle est Dubaï, considéré comme une terre d’asile pour les fans de metal, où se déroule un grand festival, le Desert Rock Festival » (« La malédiction « metal » », Al – Ahram hebdo, Semaine du 14 au 20 septembre 2011, numéro 888).

Et de même qu’en Occident, on trouve en miroir des organisations religieuses hostiles au metal des groupes blasphèmatoires qui n’hésitent pas à s’attaquer dans leurs textes et dans leur imagerie en termes très violents aux religions organisées. On peut citer notamment la « Arabic Anti-Islamic Legion« , un regroupement de sept musiciens de black metal, qui vivent en Irak et en Arabie Saoudite, dont l’une des membres, Janaza, décrit l’engagement dans une interview rapportée dans le forum Metalship (Correction du 27/07/2012: Selon le site Metalluminati, les groupes de l’ Arabic Anti Islamic Legion, Janaza en tête, seraient peut-être des fake…) :

 » Q. Qu’elle est la signification et votre vision du nom Janaza ?

Janaza est un mot arabe qui signifie Funérailles. C’est ma façon de débuter un nouveau mouvement de la scène black metal, un mouvement anti-islamique. Mon but est de créer une base de fans black metal anti-islamique dans le monde entier.

Q. Vous jouez un black metal anti-islamique et vous vivez en Irak. Vous êtes immergé dans ce conflit. Votre haine envers cette religion doit être très personnelle.

C’est personnel et général en même temps.

Pour ce qui est de ma vie personnelle, j’ai perdu mes parents et ma soeur à cause d’un attentat terroriste islamique, un grand choque pour moi car j’y ai perdu les personnes qui étaient les plus proches de moi…

En général, la mannière que l’islam traite les femmes est atroce, aucun respect, aucune liberté. Nous devons toujours nous promener dans la rue avec un voile pour que personne ne puisse nous voir ou nous reconnaitre…

Q. Avez-vous des ennuies avec les authorités à cause de votre art?

Non et je pense que c’est du au fait que le gouvernement est pris avec des problèmes internes, ils sont trop occupés à s’entre-déchirer pour savoir qui aura le pouvoir…

Q. Quel est votre background musical

Je suis dans un band de heavy metal depuis 1999, avant la guerre en Irak et j’étais la vocaliste d’un band de black metal underground  »Black Dijla ». Nous avons d’ailleurs fait quelques concerts. Mais la vie nous a forcé à nous séparer. La haine qui nous habite nous amène un nouvel espoir, c’est ainsi que je suis récussitée.

Q. Avez-vous besoin d’une atmosphère précise ou d’être dans un état d’esprit particulier pour composer ? Qu’est-ce qui vous inspire?

La situation en Irak est une grande inspiration pour tout les musiciens pour écrire et composer, tout le monde ici s’attaquent entre eux et se tuent pour le pouvoir et l’argent…

Q. Avez-vous une philosophie occulte ou spirituelle dans votre art? Quelle est votre vision du monde?

Je suis une Athée, je ne crois en aucune religion. Le monde est peuplé d’une race intélligente qui s’auto-détruira.

Q. Le Blasphème: qu’est-ce que ce mot signifie pour vous?

C’est un mot qui est l’antithèse des stupides religions anciennes, le blasphème est donc toute ma vie.

Q. En tant que one-woman band, planifiez-vous des concerts (si cela est possible en Irak…)?

Bien sur, je ferai des concerts underground et si un jour il m’est possible de participer à un évenement majeur, je le ferais!

Q. Qu’est-ce que  »The Arabic Anti Islamic Legion » ( Légion Arabe Anti-Islamique )

C’est une légion de compositeurs, auteurs, guitaristes, bassistes, vocalistes… Nous partageons le même esprit et la même vision de l’islam et sur la vie en générale.
Nous avons commencé notre travail à couvert et nous avons du fermer notre site web car des pirates Islamiques veulent nous avoir… Nous enregistrerons des chansons contre l’islam toute notre vie.

Q. Vous avez sorti une démo, « Burning Quran Ceremony »…

Burning Quran Ceremony représente ma naissance dans la scène black metal Irakienne depuis la fin de la guerre. J’ai eut de très bons commentaires sur les pièces et le propo. Avec cette démo, j’ai commencé ma carrière comme si c’était le dernier jour de ma vie…

Q. Et pour Seeds of Iblis?

Seeds Of Iblis est aujourd’hui mon projet prioritaire. Nous avons enregistré un albulm dont le titre est  »Jihad Against Islam » qui sera disponible bientôt. Les musiciens qui ont co-écrits le matérial font aussi partie de la Legion Arabe Anti-Islamique et cet album sera le premier véritable album de black metal  »Asiatique/Arabe/Moyen-Orientale/Anti-Islamique, ainsi que le premier album black metal Irakien.

Q. Vous avez le mot de la fin…

 Mon dernier mot… Si un jour ils me tuent, je n’oublirai jamais tout ceux qui se sont tenu à mes côtés et qui ont aidé a l’épanouissement de mon art » (source).

Pourtant, à l’exception de quelques groupes de black metal, et de même qu’en Occident, il semble que la plupart des métalleux arabes, s’il leur arrive de donner un rôle politique à leur musique, ne se considèrent pas engagés contre l’islam, ni contre la religion en général:

 » Concernant plus spécifiquement le black metal, j’ai eu une phase où je me suis penché sur ce phénomène pour le découvrir et même acheter des albums (Burzum, Immortal, Cradle of Filth, Dimmu Borgir,…), sans pour autant m’investir dans le satanisme  ! D’ailleurs j’estime que la plupart des groupes précurseurs dans le black ne sont pas satanistes, loin s’en faut. On a toujours fait la différence entre la musique, les paroles, l’imagerie et les messages véhiculés par ces musiques, tout en ayant connaissance des amalgames qui peuvent exister dans ces courants. Nos groupes respectifs évitaient toute association avec le phénomène black, juste pour ne pas tomber dans les clichés déclarés par une certaine presse arabophone six mois avant notre arrestation, et même avant. On ne faisait pas partie des kids qui débarquaient dans le monde metal juste pour arborer des tee-shirts avec des pentagrammes, ou écouter du black pour choquer sans connaître la véritable base de ce style, constituée à mes yeux par les fondateurs que sont des groupes tels que Venom ou Slayer. D’ailleurs écoute ce que déclare Tom Araya (chanteur de Slayer)… Il dit que les textes de ses morceaux peuvent être considérés comme de courts scénarios de fiction (série B ou Z), et, de surcroit, il est catholique » (Amine Hamma, op. cit.).

« En Europe, pas mal de pays souffrent encore du phénomène de diabolisation du metal, une telle fausse propagande est-elle possible en pays musulman?

DJ Storm: Bien, je suis moi-même musulman et j’écoute du metal depuis 1991. De plus, mon groupe favori est Deicide, je n’ai cependant ni piercing, ni tatouages et je ne consomme pas d’alcool.  J’aime cette musique car elle m’aide à évacuer ma haine ou ma colère! De toute façon, à la fin, il n’y a qu’un seul Dieu, libre à toi de l’honorer ou pas! » (Metallian n°70, Dossier spécial « Du metal au pays des émirs », entretien avec DJ Storm par Franck Segard, p.15).

De même qu’en Occident, la musique semble prendre le dessus sur l’idéologie. Des webzines spécialisés se développent, ainsi jorzine ou Metality.net, et une approche locale novatrice du metal a pris forme, l' »Oriental metal », dont le blog français d’ultra-gauche Article 11 nous propose une analyse intéressante:

« De fait, une vague metal a déferlé au milieu des années 1980 sur les quatre continents, y compris dans des lieux a priori inattendus : l’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte) et le Proche et Moyen-Orient (péninsule arabique, émirats du Golfe, Israël, Palestine, Jordanie, Syrie, Liban, Iran, Irak, Turquie, Pakistan, Inde).

C’est suite à cette explosion qu’est né, entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000, un nouveau courant musical original et novateur que les fans ont rapidement baptisé « oriental metal ». Parmi les principaux groupes du genre, citons les « vétérans » d’Orphaned Land (fondé en 1992 en Israël) et de Litham (1994 – Algérie), Melechesh (1993 – Israël), Salem (1994 – Israël), Distorted (1996 – Israël. Toujours en activité), Odious (1998 – Égypte), Kimaera (2000 – Liban), Arallu (2001 – Israël), Myrath (2001 – Tunisie), Nu-Clear-Dawn (2002 – Syrie), Amaseffer (2004 – Israël). Sans oublier les fabuleux « petits nouveaux » d’Arkan, un groupe algéro-français fondé en 2005. […]

 l’oriental metal est l’un des styles les plus inventifs de tous les courants qui agitent le metal « extrême », ces groupes ayant très vite dépassé le cadre strict des riffs thrash, death ou doom, pour y adapter des mélodies orientales traditionnelles. Une démarche adoptée dès la naissance de cette scène par les Israéliens d’Orphaned Land ou les Algériens de Litham. Certains esprits chagrins souligneront que ces groupes ne font que reprendre, avec ce mélange de rock et de sons orientalisants issus d’instruments traditionnels arabes ou nord-africains, une vieille recette éprouvée par de grand artistes rock proche-orientaux des sixties, comme Erkin Koray, Mogollar et Baris Manco en Turquie ; comme Kourosh Yaghmae – l’un des principaux pionniers du rock en Iran – ; ou encore comme le légendaire compositeur et guitariste égyptien Omar Korshid. À cette remarque justifiée, on peut rétorquer que les groupes de la scène oriental metal apportent avec ce mélange extrême un son aussi moderne et novateur que celui de leurs illustres prédécesseurs des années 1960 et 1970.[…]

 Il ne semble pas exagéré d’affirmer que des groupes comme Litham et Orphaned Land, au-delà du message de paix dont ils sont porteurs, ont aidé, à leur mesure, à éclairer d’un jour nouveau le conflit israëlo-palestinien. Le fait que des jeunes musiciens juifs et musulmans puissent jouer et organiser des tournées ensemble de manière fraternelle prouve que la musique peut parfois faire plus pour le rapprochement entres les peuples que la plupart des « politiques » qui débattent de ce sujet dans les salons.[…]

 N’en déplaise aux bellicistes aigris, les musique, messages et chansons de groupes comme Arkan et Orphaned Land font beaucoup pour faire évoluer les mentalités et repousser les interdits. Voilà pourquoi les régimes en place dans ces pays n’ont jamais aimé ces jeunes incontrôlables qui leur donnent de l’urticaire à coups de guitares et de décibels. Les soulèvements populaires et les révolutions qui ont agité le monde arabe depuis le début de l’année s’inscrivent au final dans le même refus de sociétés mortifères9. Ce que disait Foued Moudkin, dans la conclusion de son interview pour Hard Rock Magasine. À la question de savoir ce qu’il pensait des événements récents du Printemps arabe, il répondait : « On voit qu’un peuple aussi opprimé que le peuple Arabe […] est capable d’aller chercher là ou il le faut sa liberté. J’espère juste que cela donnera des idées a d’autres et que l’on ne volera pas cette liberté si chèrement payée sous couvert de fausses promesses, comme on a pu le voir en Iran, par exemple. »« 

Alors que certains metalleux et catholiques occidentaux, d’ordinaire à couteaux tirés, semblent se retrouver dans une peur commune du spectre d’une supposée islamisation de l’Occident, une fraction significative des groupes juifs et musulmans des pays du Proche et Moyen Orient, et de leur public, dépassent par leur passion commune du metal leurs différences religieuses pour construire ensemble une nouvelle manière de vivre en paix.

Bien qu’ils soient confrontés quotidiennement à certains aspects de l’extrémisme religieux musulman particulièrement inquiétants, ils ne se laissent pas enfermer par la peur et les préjugés.

En sens inverse, certains metalleux occidentaux semblent s’intéresser à l’existence de groupes de black metal avec des paroles spécifiquement anti – islam, pour s’en réjouir:

« Bien trop souvent le black metal n’est pratiqué que par d’auto-proclamés « guerriers » qui luttent contre un ennemi qui n’existe plus, ou alors en prenant bien peu de risque. Il n’en est pas de même avec les trois groupes réunis ici sous l’étendard de Narcotized. En effet, ces trois formations proviennent toutes de pays musulmans et sont ouvertement anti-islam, comme nous le précise explicitement le croissant barré au dos, et cette pochette avec des musulmans agenouillés dans une mosquée. La pochette est surplombée par le titre « Narcotized » nous rappelant que la religion dans les pays non-laïques reste un opium pour le peuple et qu’elle est oppressante lorsqu’elle se mélange à la politique comme c’est le cas dans ces pays. Ce split résonne comme un véritable manifeste du black metal oriental et de son combat envers la religion, notamment au nom de l’histoire pre-islamique de ces terres. Si le black metal est chez nous un style à la mode qui a perdu authenticité et intégrité, se muant souvent en une simple expression d’une pseudo rébellion ou encore traduisant la recherche d’une personnalité, la scène black metal dans les pays musulmans semble porter fièrement l’étendard du black metal. On peut désormais parler de scène car bien qu’encore peu nombreux, des formations ont émergé des quatre coins de l’Orient ces dernières années. Ces groupes sont dans la clandestinité et sont doublement coupables aux yeux de l’Etat, coupable d’une part d’importer une musique occidentale, mais évidemment surtout de critiquer violemment la religion et d’y opposer, non pas tant une vision d’émancipation à l’image de l’Occident déspiritualisé agenouillé devant le dieu de la consommation, mais une certaine conception métaphysique à partir de leur racine pre-islamique. Ces groupes adaptent donc le folklore black metal avec brio à leur culture qui ne se résume absolument pas à l’Islam » (chronique sur le site Nausea du split Narcotized, des groupes Al-Namrood, Dhul Quarnayn et Ayyur).


Cette apologie du black metal anti – islam, qui serait courageux, par opposition au black metal anti -chrétien, qui tirerait une victoire facile, trop facile, de ses critiques d’une religion considérée par certains des métalleux les plus hostiles aux religions organisées comme moribonde, on la retrouve dans divers propos de certains metalleux, sur lesquels Radio Metal ironise justement, dans un article qui revient sur la polémique suscitée par Taake:

« Mais, malgré tout, pour tenter de comprendre ce qui peut se passer dans le (petit) cerveau d’Hoest, nous avons choisi d’aller chercher quelques No Comment Collection 2010/2011 liés au sujet. Ainsi nous nous rappellerons au bon souvenir de Wolgangr qui s’était exprimé à propos des protestations de Rotting Christ à l’encontre des chrétiens (Acte 34) pour un point de vue assez savoureux :

« Critiquer les chrétiens ? Bravo, des vrais mecs… LOL Si ces cons avaient des couilles, ils se seraient appelés Rotting Mahomet. Quelle bande de tapettes. »

Merci à Wolgangr qui nous donne ici une première piste de réflexion pour comprendre la posture intellectuelle du frontman de Taake. Ainsi dire à quelqu’un d’aller « sucer un Musulman », comme l’affirme Hoest, ce serait donc cela prendre des risques et « avoir des couilles ». Intéressant. Cependant l’internaute Baby-Eater va, pour sa part, encore plus loin en faisant plus que marcher sur les plates-bandes du chanteur de Taake. En effet, Baby-Eater s’adressait ci-dessous à un autre internaute qui trouvait le look et les paroles du groupe de black metal Satanic Warmaster ridicules (Acte 22). Et il avait donc fait partager son opinion de la manière suivante (l’orthographe est d’origine) :

« lol tu trouve que ce sont des poseurs alors que c’est toi le pédé de poseur qui écoute la merde qui a fait du metal une mode va te faire foutre, toi et tous les gens comme toi pour avoir ruiné ce style de musique et l’avoir transformé en truc de merde ‘bon à écouter’ et acceptable donc va sucer un musulman grosse merde. »

Eh bien voilà, avec la citation ci-dessus nous avons probablement trouvé ensemble la clé de voûte du raisonnement d’Hoest et de certains extrémistes et/ou provocateurs bas du front qui font parfois l’actu du metal comme le fait Taake en ce moment. En effet, apparemment être « in » quand tu joues à être extrémiste dans notre milieu, et quand tu souhaites faire preuve de violence verbale, c’est affirmer à son interlocuteur en guise d’insulte qu’il faut aller« sucer un musulman ». Olala, c’est sûr, il faut vraiment en avoir « une grosse paire », comme Hoest et ses amis, pour aller aussi loin dans la provocation… » (Taake aime la provoc’ mais aimez-vous la provoc’ de Taake?, par Doc’).

Pour ce qui est de l’islam comme pour d’autres domaines, le metal en général, et le black metal en particulier, ont tout à gagner à prendre leurs distances avec l’angle confrontationnel, pour se consacrer pleinement à tout ce qui peut être créateur de forme et de sens dans la référence à la culture oriental, dans ses influences islamiques et pré islamiques. Le travail que font des groupes de black metal oriental sur le croisement musical et culturel avec des influences traditionnelles de leurs pays de naissance est intéressant. Leur transposition à l’islam des thématiques blasphématoires du black metal occidental l’est moins, même si l’itinéraire personnel qui a conduit certains de ses représentants, ainsi Janaza, à haïr la religion sous toutes ses formes, ainsi que leur courage, peuvent être respectables.

Comme toute musique, toute expression artistique, le metal s’épanouit dans la création. Et le black metal lui-même, si nihiliste qu’il soit voulu par ses compositeurs, ou certains d’entre eux, est créateur d’états d’âmes, de sensations, et de significations. Il culmine donc non pas dans la critique de telle ou telle culture, ou telle ou telle religion, mais dans la manière dont il transfigure l’héritage de celles-ci, pour permettre de jeter un regard neuf, et une pensée neuve, sur celles-ci.

Dans cet esprit, et pour conclure, je voudrais citer une dernière fois Amine Hamma, metalleux en pays musulman, qui a souffert personnellement de la répression d’inspiration religieuse, qui est amateur de black metal, et qui pourtant ne semble pas vouloir de la guerre contre l’islam, et qui nous dit que la vraie révolution, tant celle qui nous délivre de l’extrémisme religieux ou politique que celle que celle qui est au fondement de l’esprit du metal, est une révolution qui vise en son coeur à créer ou à transfigurer, plutôt qu’à critiquer ou à détruire:

« Je pense que, d’une certaine manière, le metal a toujours eu une image diabolique, choquante ou provocatrice, aux USA, même, Bon Jovi est considéré sataniste parce qu’il fait du rock… Peut-être que plus une société est laïque et démocratique et plus le metal est toléré, étant donné le rapport à la liberté d’expression. En tout cas on fabule moins sur le compte du metal dans les pays scandinaves et en Allemagne… On ne peut se tromper sur un mode de vie si on le connaît bien, tout dépend du degré de tolérance et de culture de l’environnement dans lequel on vit. Je pense que le metal restera toujours une musique révolutionnaire de par sa créativité, les recherches musicales qu’il implique, mais aussi l’état d’âme que ça représente.

14 est un chiffre qui me marquera toute ma vie, c’est sûr, comme le metal d’ailleurs… une musique que j’ai aimé par hasard et qui m’a faite découvrir énormément de choses. Par exemple l’humanisme de certaines personnes impliquées dans cette musique, malgré le fait qu’elle soit non tolérée et incomprise par la masse… Une question d’ouverture d’esprit peut être » (op. cit.).

Petite question comme ça en passant…

Posted in Actualité et perspectives du black metal with tags , , , , , , , on 4 novembre 2011 by Darth Manu

Je parcourais ce matin dans le métro le dernier numéro de Metallian (qui comporte un dossier sur le metal en Afghanistan et en Syrie sur lequel je compte revenir prochainement) lorsque je suis tombé sur la question suivante, dans l’interview du groupe de christiancore As I Lay Dying:

 » En Europe le metalcore, le « christiancore » sont des styles de plus en plus a la mode. Avouer sa foi n’est plus vraiment une heresie danle rock,vous-même avez un message d’inspiration chrétienne. Que vous inspire ce changement dans les mentalités? » (Metallian n°68, p. 68, interview par Vincent Zasiadcyk).

Alors OK, le black metal et le metalcore ce n’est pas vraiment la même chose musicalement et les deux milieux ne s’apprécient pas forcément, mais cette micro-analyse du jourrnaliste qui interviewe As I Lay Dying confirme mes propres intuitions: l’anti-christianisme des métalleux, loin de progresser, tend à s’estomper avec les années.

Les black metalleux de la première heure, qui avaient la vingtaine au début des années 1990 et qui rêvaient de conduire la révolte contre le christianisme et de mettre les églises à feu et à sang tournent autour de la quarantaine actuellement et ont pour beaucoup nuancé et assagi leur jugement du christianisme, d’après les propos de certains d’entre eux sur des forums, dans des chroniques d’albums chrétiens, etc. Le satanisme et l’antichristianisme, sincères chez certains, apparaissent de plus en plus aux yeux du plus grand nombre comme des clichés. L’existence du metal chrétien, y compris du unblack, est de mieux en mieux connue, et après de longues années de réactions épidermiques de rejet ou de dérision, il commence à être  jugé sur la valeur musicale des groupes et non d’après leurs croyances. Il m’arrive aussi de temps en temps d’apercevoir tel ou tel prêtre en clergyman dans des bars ou des rassemblements de métalleux (et pas seulement le Père Culat) et ils semblent bien accueillis et intégrés à la communauté.

La réponse de As I Lay Dying semble traduire que les musiciens chrétiens sont conscients de cette évolution, et semblent désormais soucieux (beaucoup d’entre eux en tout cas) de s’intégrer à la scène metal « mainstream » (la « secular scene« , comme disent les metalleux chrétiens anglo-saxons) et non de se définir en opposition à elle:

 » Tout d’abord, je ne suis pas très familier avec le terme « christiancore ». Je dirais que la popularité du style dont tu parles est due au fait que les gens sont de plus en plus ouverts à des idées et à des styles différents au sein du metal, et c’est vraiment une très bonne chose! As I Lay Dying est simplement un groupe de metal et rien d’autre. Il est vrai que nos croyances peuvent inspirer nos textes, mais jamais un riff, jamais notre musique! Je ne suis pas certain qu’il soit possible de faire sonner un accord de guitare de façon chrétienne… Si? (Rires)… »

S’il me semble personnellement que l’inspiration des textes peut avoir un lien avec l’inspiration musicale (quoique certes pas de façon systématique), et s’il est vrai que les chrétiens semblent encore relativement minoritaires au sein du metal, et que ce même numéro de Metallian comporte plusieurs interviews de groupes qui professent leurs croyances occultistes, voire satanistes, il est clair que les vieilles rancoeurs finissent par s’amoindrir avec le temps et qu’une main nous est tendue.

Alors, plutôt que de risquer de raviver les vieilles haines en intentant un procès en « christianophobie » au metal sur la base de citations de morceaux hors contexte, sans connaissance ni compréhension réelle du milieu, et en clamant y voir une évolution contraire de celle qui est en train véritablement de se produire, pourquoi ne pas prendre cette main, et initier une fois pour toute un dialogue constructif sur les relations entre metal et christianisme?

Les diplomates norvégiens à l’école du black metal

Posted in Actualité et perspectives du black metal with tags , , , , , , , on 10 juin 2011 by Darth Manu

Dans sa malhonnête étude « Satanisme et dérive sectaire: quels sont les risques, comment les prévenir » (2004), la Miviludes s’interrogeait « Le black metal: la voix des satanistes? », et écrivait:

« […] Edités par des labels indépendants qui font circuler leurs titres, les dates et les lieux de leurs concerts par de petites feuilles d’actualité, fanzines et webzines aux tirages limités, ils se produisent sur les scènes confidentielles de l’underground musical. […]dans la nébuleuse des spectateurs fans des idoles du Black Metal, évoluent le plus souvent de fervents satanistes parfois prosélytes. »

Confidentialité et marginalité, telles étaient les caractéristiques supposées du black metal qui permettaient jusqu’ici aux théoriciens du complot sataniste de laisser libre cours à leurs fantasmes et de suggérer le pire.

Je découvre aujourd’hui une actualité qui semble montrer combien le black metal s’est sécularisé au fil des années et est en train de devenir un genre musical comme un autre:

« Du black metal dans les salons feutrés de la diplomatie ? Ce n’est plus à exclure depuis que la Norvège a décidé d’inclure dans le curriculum de ses futurs diplomates l’étude de ce genre musical, longtemps associé aux mouvements satanistes et à la destruction d’églises. Dans le cadre de leur formation, une vingtaine d’apprentis-diplomates ont consacré cette année une session entière à s’initier au black metal, à son histoire et aux circonstances qui ont fait de la Norvège un haut-lieu du genre, a-t-on appris vendredi auprès de l’Académie diplomatique norvégienne. « L’objectif, c’est de montrer la culture norvégienne dans toute sa diversité. Dans le domaine musical, l’éventail va d’Edvard Grieg (1843-1907 – compositeur de la période romantique, ndlr) au black metal », a déclaré à l’AFP le directeur adjoint de l’Académie, Steinar Lindberg, qui a dit vouloir renouveler l’expérience.

« En Italie, au Japon ou en France, des jeunes apprennent le norvégien pour décrypter les paroles des chansons. Le black metal est un produit d’exportation et il est donc important que les futurs diplomates s’y intéressent », a-t-il expliqué. Au fil du temps, la sage Norvège a accouché de groupes qui ont obtenu une belle notoriété dans les milieux spécialisés, tels que Mayhem, Darkthrone, Satyricon, Emperor, Enslaved, Burzum, Dimmu Borgir ou encore Gorgoroth. Parallèlement, cette vague largement inspirée par le paganisme et la mythologie norroise a été associée à des crimes et à une série d’incendies d’églises dans les années 1990. « Le genre a gagné en respectabilité depuis », a toutefois estimé Steinar Lindberg. » (Europe1.fr avec AFP).

Certains catholiques aiment décrire le black metal comme un vecteur de contre-culture (ce que cela signifie d’ailleurs précisément, j’ai bien du mal à le comprendre). Va-t-il avec le temps susciter un intérêt plus large des jeunes pour la culture scandinave qui l’a vu naître, de même que la popularité des mangas et des jeux vidéos a donné envie à des milliers de lycéens et d’étudiants à se passionner pour la langue et la civilisation du Japon, sa cuisine, sa musique, son histoire, … (avec certes des réussites variables: le taux d’échec en licence de japonais dans les établissements d’enseignement supérieur français est assez élevé)? C’est ce que je me prends parfois à rêver, et c’est manifestement un espoir que j’ai en commun avec le gouvernement norvégien…

Quoiqu’il en soit, ce succès démontre que le black metal n’est plus depuis longtemps la chasse gardée d’une poignée de marginaux et d’asociaux passionnés de sciences occultes et de satanisme et mus par la haine du christianisme, mais qu’il séduit très largement par sa musique une population pas forcément captivée par ses thématiques satanistes ou blasphématoires. Il est en train de se banaliser et de perdre sa charge idéologique initiale. Autant en profiter pour dialoguer avec ses artistes et auditeurs, au lieu de les couvrir de reproches et de chercher à les censurer, pour partager avec eux tout ce que l’Evangile a apporté de beau dans notre vie, et leur donner le désir de traduire cette beauté à leur tour par celle de leur musique…