Archive pour christianisme

Matthieu 21, 28-32 (Kiss the Devil)

Posted in Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal with tags , , , , , on 19 novembre 2015 by Darth Manu

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« En ce temps-là,
Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Quel est votre avis ?
Un homme avait deux fils.
Il vint trouver le premier et lui dit :
‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.’
Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’
Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière.
Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’
et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
Ils lui répondent :
« Le premier. »
Jésus leur dit :
« Amen, je vous le déclare :
les publicains et les prostituées
vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice,
et vous n’avez pas cru à sa parole ;
mais les publicains et les prostituées y ont cru.
Tandis que vous, après avoir vu cela,
vous ne vous êtes même pas repentis plus tard
pour croire à sa parole. » »

Sur les événements tragiques de vendredi dernier, je n’ai rien à dire d’utile ou d’intéressant, et je vais donc me taire, pour laisser la parole aux victimes survivantes et aux nombreuses personnes beaucoup plus qualifiées que moi sur les questions qu’ils soulèvent.

La coïncidence de deux épisodes dérisoires, en marge de ces attentats, me conduit cependant à revenir, des années après, à ce blog, que j’ai longtemps délaissé au bénéfice d’Aigreurs administratives, pour une très rapide réaction à chaud, rien de bien transcendant:

  • L’opportunisme idéologique du « Collectif pour un festival respectueux de tous »:

Ce collectif, composé majoritairement de catholiques membres ou proches du réseau Ichtus, a jugé utile, même pas trois jours après les attentats, alors que de nombreux metalleux étaient encore en deuil (même si, contrairement à ce que son nom suggère, Eagles of Death Metal , dont un membre est par ailleurs pasteur protestant, n’est pas un groupe de metal, et encore moins de death metal, il y avait des metalleux , ou des proches de metalleux, dans le public, y compris un journaliste des Inrocks, et le Bataclan est une salle que cette communauté connait bien, et dont elle garde beaucoup de souvenirs heureux) , de publier un article liant cet attentat à son petit combat personnel, en soulignant que le groupe jouait « Kiss the Devil » et qu’il avait récemment partagé un concert avec une formation dénommée « JC Satan ». Après avoir cité in extenso le communiqué de l’OEI, quasiment comme un texte appuyant certaines de leurs analyses sur le rock, ses membres écrivaient:

« Par ailleurs, chacun(e) est en mesure de le comprendre, au moins les bonnes volontés : plaisanter et/ou diner avec Satan, même avec une grande cuillère ;  diffuser et légitimer l’antichristianisme au nom, nous le redisons à nouveau,  d’une conception dévoyée de la liberté d’expression,  c’est tout simplement irresponsable et la manifestation d’un individualisme destructeur du bien commun et de la concorde. Merci à « Libération » pour cet article ! Non, décidemment, nous ne serons JAMAIS cet « ESPRIT CHARLIE LA ! »
A l’occasion de cette infâmie perpétrée par qui l’on sait, on mesure la distance qu’il y a entre la violence de ces extrèmistes dépourvus de toute humanité et la protestation que nous manifestons / Hellfest qui pourtant nous taxe justement, avec d’autres, d’extrémistes : il devient plus qu’urgent d’utiliser les mots à bon escient.

Depuis le temps que nous dénonçons la programmation sataniste et antichrétienne du Hellfest diffusant des messages de haine avec le concours des autorités publiques mais aussi l’argent public, Hellfest comme pouvoirs publics seraient bien inspirés de tirer toutes les leçons de cette tragédie et par conséquent de faire enfin preuve de responsabilité et, par conséquent encore, de faire le tri dans la programmation 2016. »

 

Je ne me suis jamais senti, moi non plus, spécialement « Charlie », comme je l’indiquais dans un billet sur Aigreurs administratives. Et je ne pense pas que le deuil et /ou la compassion fonctionnent comme des réfutations a priori d’un éventuel arrière-plan politique , culturel ou philosophique qui poserait éventuellement question. Je n’aime pas le discours de Charlie Hebdo sur l’Islam. Je ne pense pas que les morts rendent caduques le débat sur l’islamophobie. Je ne me souviens cependant pas m’être précipité pour instrumentaliser leur mort au profit de la dénonciation de l’islamophobie, du racisme ou du post-colonialisme (même si certains l’ont sans doute fait, et même si je suis profondément convaincu que de telles questions se posent dans notre société française).  Et j’essaie, sans toujours y parvenir, de penser sur plusieurs niveaux, et de prendre en considération parallèlement, sans les opposer ni minimiser l’un par l’autre, les questions « systémiques » globales, et les rapports individuels victimes/agresseurs, qui ne reproduisent pas toujours les premières, loin de là (il n’y a d’ailleurs jamais qu’une seule cause, même systémique, à un événement, et partir d’un seul angle de vue  ou d’une seul grille, que ce soit l’économie, la géopolitique, la religion, la responsabilité individuelle etc., pour en rendre compte ne me parait jamais fructueux). Et d’observer un temps, sinon de silence, du moins de réserve, par rapport aux tragédies individuelles, qui débordent toujours des rapports sociaux/politiques,/de pouvoir etc., sans non plus jamais s’en détacher totalement. C’est du moins ce que j’ai essayé de faire en janvier, peut-être de manière insuffisante, et cette semaine encore, confronté aux statuts de contacts qui étaient conduits par un choc bien compréhensible à tenir des discours à mon sens excessifs, voire déraisonnables et politiquement dangereux.

J’ai donc été quelque peu étonné de lire cet empressement à faire de cette tragédie une nouvelle flèche à rajouter au carquois de leur arsenal anti-metal et « contre-culture », de cette manière de reprendre quasiment à leur compte le jugement (mais non les méthodes, on est bien d’accord) de l’OEI sur le rock, de tirer parti de ce massacre pour se défendre d’être extrémiste (« vous voyez, il y a pire que nous! »). J’ai interpellé leur compte Twitter sur ce que j’ai d’abord considéré comme une maladresse, et la conversation s’est mal … passée, au point que j’ai fini par les bloquer. Loin de nuancer ou tempérer leurs propos, ou même de convenir que le moment était un peu délicat, ils m’ont sommé de prendre position sur les propos et l’imagerie satanistes de certains groupes invités au Hellfest, tels que Watain ou Archgoat.

Ce qui, au regard du second événement que je souhaitais évoquer dans ce billet, prend une résonance assez ironique.

  • La solidarité et la compassion du Temple de Satan:

Le chapitre de Minneapolis du Temple Satanique a publié ce mercredi sur son site et sa page Facebook le communiqué suivant:

If there is anyone in the Minneapolis area who is Muslim and afraid to leave their home out of fear for some kind of backlash, don’t hesitate to reach out to us. We would be glad to escort you where you need to go without advertising our presence – just big dudes walking you where you need to be. We would also happily accompany you so you can get some groceries. Our offer to the Muslims of the Twin Cities comes from a place of genuine compassion for our fellow human beings. It’s not to ride the tide of sentiment or capitalize on people for further name recognition. Let us know if you or someone you know need the sort of assistance we are offering. If you have contact with the Muslim community, make them aware of our service as well. They can contact us at: curt@thesatanictempleminneapolis.com or our facebook page: https://www.facebook.com/tstmsp/

Ces satanistes, dont on aurait pu penser qu’ils tireraient de l’attentat un nouveau prétexte pour justifier leur hostilité aux religions monothéistes qui se réclament d’Abraham et de son alliance avec Dieu, proposent aux musulmans qui redouteraient de sortir seuls de chez eux de les escorter, de la manière la plus discrète et la moins intrusive possible. De cette manifestation de solidarité, dont beaucoup, beaucoup, beaucoup de chrétiens seraient bien avisés de s’inspirer, je retire les réflexions suivantes:

  1. Je n’ai jamais vraiment compris les réactions extrêmes que semblent susciter chez de nombreux chrétiens les groupuscules satanistes. Ou plutôt, j’ai toujours plus ou moins assimilé ces réactions à une forme de superstition. Il ne viendrait à (presque) personne de suggérer que parce qu’on est chrétien, on est gentil ou dans une relation authentique et profonde avec Dieu. Il me parait assez évident qu’en sens inverse, se dire sataniste n’implique pas une profonde dureté de coeur, et encore moins des liens surnaturels avec des entités maléfiques. J’ai eu ma période où j’ai visité un certain nombre de sites satanistes, où j’ai lu des livres de et sur des satanistes, et l’épithète qui m’est venue à l’esprit est moins « maléfique » qu' »excentrique ».  Entendons-nous bien: tout ce que j’ai lu ou entendu de « sataniste » oscillait pour moi entre un peu ridicule et franchement nocif, et je ne troquerais pas ma foi chrétienne pour aucun de ces discours. Mais cette initiative de membres du Satanic Temple me confirme que l’Esprit souffle où il veut, et que les satanistes ne sont pas moins susceptibles d’annoncer le Christ aux chrétiens que les collecteurs d’impôts et les prostituées des évangiles aux docteurs de la loi, même sans passer par une « conversion » formelle et explicite et un changement de religion. Le coeur (ou le déficit de coeur) déborde les opinions et les engagements idéologiques, même les plus provocants. Il n’y a pas d’essence religieuse qui vient prédéterminer les actes d’une personne. Les actions  individuelles des personnes donnent sa consistance à cette essence religieuse, ou au contraire la vident de sens, quelle que soit cette religion et la réalité et la nature de sa relation à Dieu. Car Dieu s’adresse à des personnes individuelles, aime des personnes individuelles, et non des essences.

2. Le collectif Provocs Hellfest me reproche de ne pas suffisamment m’indigner de la présence de symboles satanistes au Hellfest. Quelques dizaines d’heures après, je tombe sur une organisation authentiquement sataniste (contrairement à plusieurs des groupes qu’ils dénoncent) qui fait preuve d’un sens des responsabilités et d’une solidarité dont ce collectif m’a paru cruellement manquer cette semaine, que ce soit par son instrumentalisation militante de l’attentat, ou par son discours sur l’Islam. Après avoir souligné sur son blog la présence de groupes « anti-Islam » au Hellfest, sans que je parvienne complètement à déterminer si c’est pour s’en féliciter (ces groupes s’opposeraient au « politiquement correct ») ou pour les dénoncer ( les contacts avec les médias etc.), il en tire sur Twitter un certain nombre d’affirmations générales sur l’Islam et le « multiculturalisme »:

J’avais déjà relevé dans un précédent billet, en 2012, la contradiction entre leur dénonciation de l’islamophobie du groupe de black metal Taake et leurs sympathies avérées pour nombre de sites catholiques très hostiles à l’Islam. Je constate aujourd’hui aujourd’hui que leur très haute idée de la culture chrétienne et de la lutte contre le « relativisme » et le satanisme leur fait envisager les questions liées à l’Islam ou aux minorités exclusivement en termes de divergences idéologiques, là où des satanistes, pas plus suspects de sympathies particulières envers l’Islam, et sans engagement devant Dieu, se soucient des conséquences, potentiellement graves, de ces divergences idéologiques sur les personnes, même de leurs adversaires présumés. Ce qui m’a fait irrésistiblement penser au passage de l’Evangile de Matthieu que je cite en titre et en exergue: un fils dit oui au Christ et refuse de se laisser déplacer pour le guetter dans son prochain. Un autre dit non au Christ, et pourtant donne de lui-même pour son prochain (il est vrai que si j’en crois son site principal, cette dénomination sataniste semble reconnaître plus que d’autres une certaine valeur à l’empathie et la compassion). Tout cela me confirme dans ma conviction que le combat du collectif contre le « satanisme » et la « contre-culture » n’a rien de sérieux ni de légitime, et est motivé par des arrière-pensées politiques et non par une authentique démarche évangélique.

3. A ceux qui s’étonneraient que j’accorde tellement de cas au bien être de la communauté musulmane, dans le contexte de l’attentat de vendredi dernier, je réponds que je les invite à lire le témoignage d’un journaliste qui a été pendant 10 mois l’otage de l’OEI, qui a fréquenté quotidiennement ses membres pendant toute cette période, et qui témoigne de leur volonté de cliver musulmans et non-musulmans, et de l’importance de leur refuser cette tentation et de tout faire pour encourager au contraire la coexistence et le dialogue:

« With their news and social media interest, they will be noting everything that follows their murderous assault on Paris, and my guess is that right now the chant among them will be “We are winning”. They will be heartened by every sign of overreaction, of division, of fear, of racism, of xenophobia; they will be drawn to any examples of ugliness on social media.

Central to their world view is the belief that communities cannot live together with Muslims, and every day their antennae will be tuned towards finding supporting evidence. The pictures from Germany of people welcoming migrants will have been particularly troubling to them. Cohesion, tolerance – it is not what they want to see. »

Qui, je le demande, a fait cette semaine, véritablement, le jeu du Diable, des satanistes ou des bons catholiques?

4. Quand je fais référence au passage de l’Evangile ci-dessus, j’ai bien conscience que je ne suis pas pure extériorité par rapport à son message, et qu’il est très possible que je puisse être le fils qui dit oui et ne fait pas, et le collectif celui qui dit non et fait, dans les années, mois, semaines ou jours qui viennent. Ce que je reproche à ce collectif, ce n’est pas tant d’exprimer des opinions avec lesquelles je suis en désaccord, que de sembler aveugle à la complexité du monde, de se contenter d’une grille d’analyse simple et abstraite, une construction intellectuelle, avec laquelle ils analysent et interprètent tout, sans jamais se préoccuper de vérifier et d’éprouver la solidité de leurs principe à la lumière de la réalité concrète des expériences singulières (ce qui les distingue profondément, quoiqu’ils en pensent, du réalisme aristotélicien dont ils se réclament sans doute). Tout dans l’actualité du metal, du satanisme, du rock, de la culture populaire et /ou contemporaine, est une confirmation de leur discours ou est passé sous silence. Même l’assassinat de fans de rock par un groupuscule religieux devient une preuve de la nocivité de l’irréligiosité supposée du rock. Le problème est à mon sens de cultiver les idées et les grands principes, dans leur simplicité séduisante, au détriment des ambiguïtés et des nuances des individus réels. J’ai conscience en écrivant ces mots que je m’attaque moi-même à un discours, au détriment de leurs personnalités réelles dont je ne sais pas grand chose, même si j’ai rencontré certains d’entre eux IRL. Et que cette tentation de l’abstraction jugeante me guette tout autant dans mes échanges avec les tradis, les cathos LMPT, les militants de droite etc. Je pars de leur exemple pour méditer un danger qui me guette tout autant qu’eux: celui de cultiver les divergences idéologiques au détriment d’une certaine capacité d’empathie, de perdre la capacité de se laisser surprendre ou d’être curieux des ressources morales insoupçonnées d’autrui. De se demander si quelqu’un qui semble contredire tout ce que je considère comme bon et beau et vrai est quand même capable de me surprendre et de témoigner en acte d’un bien que j’avais à peine, ou pas du tout, entrevu. De réaliser que derrière le « combat culturel », il y a des individus qui certes, s’inscrivent dans une histoire et dans des rapports de pouvoir, mais qui n’y sont jamais complètement réductibles, ou plutôt, les déplacent sans cesse, d’une manière qui peut être surprenante. J’ai conscience en écrivant ces lignes que certains lecteurs beaucoup plus proches de mes idées que le Collectif Provocs Hellfest pourraient y voir une forme de « dépolitisation », voire de démission face aux injustices sociales. Et cela me parait effectivement une difficulté. Il me semble cependant que l’angle politique, non seulement ne prime pas, mais que c’est précisément dans ses failles, dans les réalités individuelles à la marge, les « exceptions », qu’il n’arrive pas à englober ou résoudre ou dépasser, que se situe l’enjeu principal des luttes sociales/politiques, son enjeu principal. Et j’ai conscience aussi que les personnes du Collectif peuvent aussi bien me surprendre,  et m’ébranler, à tout instant, que je leur demande de se laisser ébranler ou surprendre par des metalleux ou des satanistes ou des musulmans.

5. Il existe en France une initiative, d’origine laïque et non sataniste, qui est née en janvier dernier, après la précédente vague d’attentats, qui a été lancée sous la forme d’un hashtag, #voyageavecmoi, sur twitter, et qui permet à chacun d’entre nous de proposer à des personnes musulmanes qui prennent seules les transports en commun d’être accompagnées. Quelqu’un vient de créer une application (que je n’ai pas encore réussi à faire fonctionner mais je n’ai pas encore suffisamment essayé). J’invite tous mes lecteurs/toutes mes lectrices à reprendre à leur compte cette démarche.

Et quoiqu’il en soit, après une semaine qui a été, comme pour l’immense majorité d’entre nous, bien lugubre, l’initiative sataniste que je citais plus haut a suscité en moi de la joie, et un peu d’espoir. Et me donne envie, rempli que je suis de reconnaissance et d’espérance, d' »embrasser le diable ».

[Brève] Parution du livre White Metal: Du bruit pour l’homme en croix

Posted in Actualité et perspectives du black metal, Christianisme et culture, Unblack Metal with tags , , , , , , on 22 juin 2014 by Darth Manu

 

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[Full disclosure: j’ai été interviewé l’an dernier par l’auteur du livre dont il question, qui m’a par ailleurs indiqué par mail il y a quelque jours que le présent blog y est mentionné.]

Un très rapide rapide billet, en guise de résurrection de ce blog (pure coïncidence: pendant le Hellfest, auquel je n’ai pu malheureusement assister cette année 😦   ), pour signaler la parution mercredi dernier, aux éditions du Camion Blanc, d’un livre sur le metal chrétien, signé par Esychia Pneuma (l’ésychia , si j’ai bien compris, est un mot grec qui désigne la tranquilllité intérieure, par exemple, en contexte chrétien, celle obtenue parfois par la prière, et de pneuma le souffle ou l’esprit: un pseudo qui renvoie donc , par sa sonorité étrange aux oreilles des non héllénisants, à la tradition pseudonymique, déréalisante, onirique du black metal, mais aussi, par sa signification, à la spiritualité chrétienne), qui se présente comme une ancien musicien de metal:

« In Nomine Metallus ! Le White Metal, ou Metal Chrétien est, sans aucun doute, le sous-genre de Metal le moins connu et le plus sous-estimé. Les rares personnes a en avoir entendu parler ne se rappellent que de la période « paillettes » de Stryper, et ont gardé une vision Hard FM gentillet. Cette histoire, cette aventure dont vous allez parcourir les pages, va vous emmener de surprise en surprise. Nous commencerons par les années 60 et le Jesus Movement, une bande de rockers freaks chrétiens allumés et, pas à pas, nous arriverons jusqu’à nos jours, en faisant connaissance avec des groupes de Black Metal, grindcore ou Death Metal chrétien, aussi extrêmes que leurs homologues séculiers ou satanistes. Bienvenue dans l’univers de Horde, Antestor, Crimson Moonlight, Mortification et les autres. La scène underground d’Amérique du Sud, absolument fascinante, sera également du voyage. Vous n’allez pas reconnaître le jardin d’Eden… À propos de l’auteur : Esychia Pneuma est un ancien musicien de Metal reconverti dans l’écriture. Son propos n’est pas de convertir les masses au christianisme, mais de faire découvrir un genre musical incroyablement riche et vivant, loin des feux médiatiques… de faire découvrir des artistes talentueux, ouverts d’esprit, fans de Metal autant que de spiritualité, et souvent en rupture avec les institutions religieuses traditionnelles car trop rebelles pour s’adapter. Des hommes et des femmes qui n’ont de compte à rendre qu’à Dieu lui-même. Bref, un voyage dans un underground fascinant et regorgeant de merveilles triées dans la partie « Anthologie » du présent ouvrage. » (présentation de l’éditeur).

 

Je n’ai pas encore lu ce livre, et y reviendrai sans doute beaucoup plus longuement dans un billet ultérieur. Je me réjouis cependant de lire, dans cette courte présentation, que l’auteur ne réduit pas le metal à un simple support d’une démarche d’évangélisation (ou, pire, de prosélytisme) mais qu’il aborde le metal chrétien, de manière prioritaire, en tant que musique. L’iintérêt du metal chrétien n’est pas, comme certains, chrétiens et/ou métalleux, le croient encore trop souvent, de plaquer sur tel ou tel style (rock, metal, rap, classique, boys band) un message d’inspiration chrétienne, sans égard pour les spécificité musicale de chacun d’entre eux, qui permettent l’expression de certaines émotions, de certaines idées, mais pas de toutes les émotions, de toutes les idées, mais de montrer les synergies éventuelles, les tonalités peut-être communes, de la musique metal et de la foi chrétienne, et interroger la possibilité de leur enrichissement mutuel: le christianisme peut-il être une source d’inspiration positive (pas forcément négative, par rejet ou négation), pour le compositeur de musique metal, et inversement, les univers musicaux propres à ce courant musical peuvent-ils éclairer d’une autre lumière la foi chrétienne, rendre témoignage d’une manière nouvelle des enseignements du Christ? Plusieurs groupes, plus nombreux et variés dans leur musique comme dans leurs objectifs et leurs opinions, que beaucoup ne le croient, ont répondu par l’affirmative.

L’auteur de ce livre se propose de nous faire connaitre leur production musicale, nourrie, il est vrai, par leur foi, mais également par leur amour du metal, … De même qu’il existe du metal chrétien parce que ses auteurs ont su écouter et apprécier du metal non chrétien/ satanique / païen, peut-être que des metalleux non chrétiens sauront, par ce livre, dépasser de possibles idées toutes faites sur la qualité musicale du metal chrétien (il est vrai un peu mieux connu qu’il y a quelques années) et en tirer profit, pas forcément dans le cadre d’un cheminement personnel de conversion, mais ne serait-ce que pour accroître et approfondir leur culture metallique.

« Christians Against Black Metal »: le retour de la vengeance de la mort qui tue!

Posted in Christianisme et culture, Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal, Unblack Metal with tags , , , , , , , , , , , , on 28 mai 2013 by Darth Manu

christians against black metal

J’ai été pas mal absent de ce blog ces derniers mois, du fait, d’une part, d’un alourdissement de ma charge de travail qui devrait se résoudre dans les prochaines semaines, et d’autre part parce que le débat sur le « mariage pour tous » m’a beaucoup préoccupé, pour les raisons que j’ai exprimées sur Aigreurs administratives, et ne m’a pas laissé beaucoup de temps ni de disponibilité d’esprit pour écrire sur le black metal (ni même pour en écouter 😦  ). Ce court billet, sur un sujet relativement anecdotique, se veut donc un coup d’envoi, en attendant que je finisse mes brouillons en court (un billet sur black metal et santé en réponse à un article publié par Etienneweb sur le site du Collectif Provocs Hellfest, un sur la place qu’il convient de donner à mon sens à l’imaginaire sataniste dans l’évaluation du rayonnement culturel du black metal, un sur la fonction du « morbide » dans ce même courant musical, et la suite de mon avant-dernier billet, sur la « guerre culturelle »). Venons-en maintenant au sujet du jour: un de mes contacts facebook a signalé sur son mur la page suivante (Correctif du 5/07/2013: un commentateur me signale qu’il s’agirait d’un fake):

« Christians Against Black Metal. BAN this sick form of « music »

Black Metal is a Perverse, Blasphemous type of music from Scandanavia. It degrades children into Homosexuals, Arsonists and Sodomites. It MUST be banned. »

Je passe rapidement sur l’usage abusif des majuscules, qui donne l’impression que l’auteur partage a minima avec ceux qu’il dénoncent un goût certain pour la dramatisation à l’excès et le spectaculaire, et sur sa fixation évidente (quoique d’actualité) sur l’homosexualité, qui monopolise pas moins de deux des trois conséquences supposées, sur nos chères têtes blondes, du black metal (on trouve quelques figures célèbres d’homosexuels dans le black metal: je pense notamment à l’ancien membre de Gorgoroth puis Godseed, Ghaal. Cependant, il me semble que le milieu du black metal, et plus généralement celui du metal, sont encore loin d’être « gay friendly« , et qu’il y aurait pour les chercheurs en études de genre matière à réflexion sur les stéréotypes sur l’homosexualité, et plus généralement sur la sexualité dans son ensemble, véhiculés par ces msuiques, leur iconographie, leurs textes, etc.).

Je voudrais faire trois remarques sur cette page, non pas parce qu’elle aurait une quelconque originalité qui aurait attiré mon attention, mais au contraire parce qu’elle me parait pour ainsi dire archétypique d’une méthode et d’une vision du monde que la quasi totalité des initiatives chrétiennes de dénonciation du metal ont en commun:

1) un rapport naïf, unilatéral et hégémonique au multiculturalisme:

– Pourquoi naïf? Ce qui frappe dans ce type d’initiative, c’est l’importance donnée à l’intuition fondatrice, qui devient le critère définitif de toute appréciation du sujet, de manière quasi dogmatique. Ainsi, des personnes qui ignoraient tout du metal, n’en ont jamais écouté, ne se sont jamais rendu à des concerts ou des festivals, ne fréquentent pas ou très rarement des métalleux, s’improvisent en quelques mois, voire quelques semaines, des spécialistes, capables d' »alerter » leurs concitoyens sur la « réalité » de cette musique, et d’en remonter aux metalleux les plus aguerris. Il y  là une forme de confiance absolue en son jugement propre et en sa vision du monde bien à soi qui ne me parait pas si commune, et me frappe de plus en plus au fil des années. Comme si tout phénomène s’offrait d’emblée en totalité à notre perception et à notre jugement. Comme si juger du bien et du mal était évident, sans contre-exemples, sans situations trompeuses, sans complexité des réalités observées. Comme si discerner se limitait à constater.

– Pourquoi unilatéral? Lorsqu’on voit des milliers de personnes s’enthousiasmer pour quelque chose qui nous choque et nous parait « contre nature », on pourrait prendre le temps d’essayer de comprendre ce qu’une personne rationnelle peut trouver à quelque chose qui nous parait si détestable, essayer de mieux le connaitre, d’en délimiter les niveaux de discours, de signification, les objectifs réels, l’impact esthétique, la genèse historique. D’essayer de trouver tout ce positif que tant de personnes puisent dans le négatif, de saisir comment elles peuvent prétendre trouver de la joie, voire un sens à leur vie dans l’exaltation apparente de la maladie, du désespoir et de la mort, par exemple. Quitte le cas échéant à en souligner les limites et les contradictions, ou les illusions, éventuelles, d’une manière d’autant plus précise qu’elle est informée et l’aboutissement d’un dialogue en profondeur.

L’auteur de la page qui nous occupe, ainsi que nombre de ses prédecesseurs, adopte clairement une démarche symétriquement inverse. Il montre ce qui le choque (ainsi une interview provocante de Dark Funeral) ou ce qu’il considère élever les âmes (ainsi des exemples de « vraie musique » à ses oreilles), et situe ainsi le gros du travail de comparaison, de hiérarchisation, de compréhension et de discernement du côté de ses contradicteurs. Le post suivant me parait à ce titre exemplaire:

« Y’all are saying that you’re open minded, decent folk. Well, go prove it and go to Church, tomorrow. Attend the Sunday service, and see if it’ll change your view on Christians.
Maybe then you’ll start understanding that we aren’t children raping , crusading monsters. A lot of bad things can be said about the things Black Metal has done in the past, too. And continues to do. »

On pourrait le prendre au mot et renverser sa remarque, en lui suggérant d’aller à des concerts et des festivals, et de discuter IRL avec des metalleux. Ce qui lui permettrait peut-être de constater qu’ils ne sont pas tous des pyromanes, des tueurs ni même haineux envers les chrétiens. Mais il ne semble même pas réaliser une seule seconde la possibilité de cette réciprocité. Parce qu’il ne se situe pas dans un rapport réciproque: il ne mène pas un dialogue, mais donne un enseignement.

– Pourquoi hégémonique? Précisément parce qu’il place la quête de la vérité du côté de ceux auxquels il s’adresse, et le contenu de celle-ci dans son discours propre. Ce faisant, il ne se positionne pas en tant que chercheur, ou même en temps que partisan (qui assumerait le caractère partial et inachevé de son point de vue, tout en l’admettant par là même) mais comme prédicateur. Il ne donne pas sa vérité (qu’il ne comprend pas l’engouement pour le black metal, que celui-ci le choque), mais la Vérité (que le black metal blasphèmerait contre le Saint Esprit, seul péché irrémissible pour les chrétiens, qu’il pervertirait les enfants, pour les transformer en homosexuels, pyromanes, ou encore sodomites, qu’il existe une vraie musique, avec laquelle il n’aurait aucun rapport, etc.). On comprend donc pourquoi il se soucie si peu de discerner la vérité (ou les vérités) du black metal: il vient lui apporter la Vérité. Il se considère comme un messager, plutôt que comme un chercheur. Les prophètes ont-ils étudié les ressorts économiques et sociaux des civilisations sont ils dénonçaient la corruption. Non, ils sont venus apporter non pas leur parole, leurs impressions subjectives, mais la Parole de Dieu qui leur a été confiée. Mais notre compréhension de ce que sont l’amour de Dieu et le blasphème rejoignent-elle celle de Dieu? En imitant la démarche des prophètes du premier testament,ne risquons-nous pas d’oublier ce qui nous en différencie: que nous n’avons pas de mandat explicite et donné d’avance contre telle ou telle situation de corruption? Et qu’étant nous aussi prophètes par notre baptème, mais de manière souvent plus invisible, plus quotidienne, ordinaire, cette parole de Dieu, nous avons à la chercher tout autant qu’à la prédire, et autant dans ce qui nous choque, et pourtant réjouit notre prochain, en cherchant à comprendre cette positivité apparement incompréhensible et paradoxale du négatif

2) un manque de perspective sur la diversité des cheminements et des points de vue individuels:

Que fait cette page? Elle alterne entre dénonciation et évangélisation: elle montre ce qui choque l’auteur dans le black metal, et ce qui le rend heureux dans le christianisme. Elle se veut un témoignage. En soi, c’est très bien. Ce qui me dérange ici, c’est la forme que prend ce témoignage, son caractère purement exemplaire et pour tout dire, subjectif. On a un peu l’impression que l’auteur pense que si ses lecteurs, et l’ensemble des black metalleux, voyaient comme s’ils étaient dans sa tête, s’ils écoutaient la musique comme il l’écoute et voyaient le metal comme il le voit, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.Or, tout le monde n’est pas touché de la même manière par une même musique, que ce soit par rapport à d’autres auditeurs, ou bien suivant le moment de sa vie, et de son cheminement personnel. Certains chrétiens, de toutes sensibilités, sont touchés par le black metal. Ainsi le membre unique du groupe Elgibbor, à sa conversion, a renoncé à son satanisme passé, mais également à toutes ses addictions, mais a persévéré dans le black metal, parce que, à la lumière de sa conversion, il y a vu un moyen puissant d’évangélisation et de témoignage. Inversement, si j’en crois le « révérend » de l’Eglise de Satan Gavin Baddeley, dans son livre L’essort de Lucifer, Anton LaVey, le fondateur de cete dernière, n’aimait aucun groupe de metal, à l’exeption (si je me souviens bien, je n’ai pas le livre sous les yeux) de Mercyful Fate. Il ne suffit pas de dire que les paroles et l’iconographie du black metal sont souvent choquantes, que son son est violent et morbide, mais de faire la cartographie de ses auditeurs, de comprendre qui l’aime et pourquoi, ce que j’ai essayé de commencer dans quelques billets ( le plus approfondi ici), sans avoir encore thématisé cette idée de cartographie qui vient de me venir à l’esprit. Et en partant de ce public et de sa diversité, et non plus des seuls paroles, on commence à appréhender la diversité des personnes et des états intérieurs de vie , y compris pour pour certains profondément spirituels et chrétiens, avec lesquels cette musique a pour effet d’entrer en résonance, ce qui permet d’en dresser un portrait et une compréhension beaucoup plus nuancés que de prime abord.  Et de sortir d’une confrontation binaire des points de vue, entre « pros » et « antis » metal, pour commencer à appréhender les interactions complexes entre les cheminements individuels et les phénomènes culturels, ce qui permet par exemple de proposer des éléments de discernement du multiculturalisme qui ne tombent ni dans le relativisme ni dans la dénonciation, mais qui permettent, pour chaque intersection entre groupes culturels, de mettre en évidence des points de dialogue et de rencontre, voire d' »élevation » commune, et au contraire d’autres qui constituent des ruptures, des clôtures, ou des casus belli. C’est pourquoi je trouve si intéressant (goûts personnels mis à part) d’examiner de manière privilégiée le cas du black metal chrétien, qui, précisément parce qu’il est ouvertement paradoxal et apparemment contradictoire, permet de poser avec netteté et précision les enjeux, les tenants et les aboutissements de la révolte supposée du black metal contre le christianisme, et plus largement contre tout ce qui peut apparaitre comme des idéaux positifs faisant largement consensus dans nos sociétés.

3) la figure imposée de l’enfance en péril:

C’est sans doûte la conjonction avec les « manif pour tous » qui m’y fait penser, mais je suis frappé par cette récurrence de la figure de « l’enfance en danger » chez les pourfendeurs des « contre cultures ». L’enfant, objet malléable à merci, aussi exposé aux influences culturelles « extérieures » qu’il semble bardé de défenses très difficilement pénétrables contre l’enseignement de ses parents et de ses enseignants, serait perverti au jour le jour par le metal, les jeux vidéos, les séries trop violentes, etc. Ainsi dans notre exemple, il risquerait au contact du black metal de développer des prédispositions « perverses » pour les incendies volontaires et la sexualité anale. Je ne dis pas que certains divertissement culturels n’ont aucun impact, et il est tout à fait du ressort des éducateurs de développer chez ceux dont ils ont la charge une conscience claire de ce qui est bien et de ce qui est mal, et le goût du beau et du vrai. Et au préalable, de se former soi-même à ces enjeux. Cela dit, cela semble une curieuse façon de mettre au centre le bien des jeunes générations, que d’accueillir avec méfiance tout ce qui semble nouveau et inhabituel. Eduquer au beau et au vrai, c’est aussi s’éduquer soi-même avec les enfants (ou les adolescents) et découvrir de nouvelles formes de beauté et de nouvelles perspectives sur la vérité et le bien. Non pas que tout est acceptable (et on peut s’interrogerselon moi légitimement sur le « photoréalisme » de certains FPS, sur l’hypersexualisation d’icônes de dessins animés, de bandes dessinées, ou de jeux vidéos). Mais je pense qu’au souci parfaitement légitime de préserver les enfants d’influences nocives peuvent se mêler un certain nombre d’injonctions de nature sociale et comportementale, qui viseraient à valoriser les loisirs qui sont dominants dans leur groupe d’appartenance, et à les dissuader de pratiquer ceux qui y apparaissent dissonnant: ainsi certains vont valoriser des activités « saines » telles que le théâtre, certains sports, la danse, sur les jeux vidéos, les jeux de rôle. D’autres vont suggérer à leur enfant de faire du piano ou de la guitare électrique plutôt que de la basse ou de la guitare électrique. Je caricature un peu, mais je pense que nous sommes tous tentés de valoriser des modèles qui ne sont pas seulement de nature morale, mais qui s’inscrivent dans des rapports sociaux liés à l’habitude et à la perception des rapports de pouvoir dans la société (quelles activités sont associées à la réussite, à une meilleure intégration et quelles autres semblent liées à des formes de marginalités, voire de révolte?). Or, que nous enseigne souvent notre propre histoire: qu’il est dans la nature même de ces normes d’évoluer, instituant leur propre obsolescence à force de répétition et de décalage avec les besoins de chaque génération: ainsi les jeux vidéos, les dessins animés japonais ou le metal lui-même ne suscitent pas la même opprobe que pour la génération précédente, qui elle-même avait lutté pour faire accepter comme des divertissements « convenables » le rock et la lecture de bandes dessinées. Plutôt que de nous braquer, apprenons donc à anticiper ces déplacements, qui constituent des apports de chaque générations par rapport aux précédentes, et prenons conscience que, sans renoncer bien sûr à notre jugement d’éducateur adultes, ce dernier a tout à gagner à se laisser éduquer par les formes nouvelles de culture ou de contre-culture qui choque notre sensibilité, parfois parce qu’elles sont intrinsèquement contestable, mais souvent parce qu’elles annoncent quelque chose de nouveau qui nous parait étranger par rapport à nos valeurs, mais qui anticipe partiellement le génie futur des générations nouvelles. Et demandons si ce qui nous choque fait obstacle à notre perception du bien et du mal, ou bien à notre désir de reconduire sous forme d’injonction culturelle nos critères propres d’identification  à tel ou tel groupe et telle ou telle situation au sein d’une hiérarchie sociale.

Conclusion:

Je me suis un peu éloigné, dans ma troisième remarque, du black metal qui n’est plus si jeune, et dont les initiateurs sont quadragénaires et, pour nombre d’entre eux, eux-mêmes pères de famille (mais tout en m’étant efforcé de rester dans cette thématique enseignement – dialogue / enseignement-prédication). Ces trois brèves remarques avaient surtout pour objet de saisir, sans les approfondir ici-même, ce qui m’apparait de plus en plus comme des types psychologiques et sociaux cohérents de la dénonciation chrétienne des « contre-cultures ». Sans y réduire ou y enfermer tous les discours ni tous les arguments de cette dernière, je commence à me dire qu’une étude de la psychologie, de la sociologie, des cadres intellectuels et des représentations (pour ne pas dire des mythes) des groupes et des particuliers chrétiens qui luttent contre les différents avatars récents de la culture populaire serait, non seulement d’une lecture tout à fait passionnante, mais très intéressantes pour comprendre les positionnements proprement culturels et temporels qui interagissent, dans l’Eglise, avec ce dépôt de la foi qui unit ses membres, et qui conditionnent en partie la manière dont elle aborde, à une époque donnée, les combats qui sont les siens, et l’image qu’elle donne d’elle-même et de son message à la société profane. Ce qui a sans doute été fait par des gens beaucoup plus compétents que moi, mais dont je prends de plus en plus conscience de l’importance dans les enjeux d’évangélisation et de témoignage: qu’est-ce qui dans notre compréhension du Beau, du Bien et du Vrai, nous vient de l’esprit, et qu’est-ce qui nous vient des usages et des intéressements qui nous sont légués, socialement et culturellement, par notre époque, notre lieu de vie et notre milieu? L’opportunité de la question est évidente; le contenu de la répons sans doute moins…

Les catholiques, Ayn Rand, et l’Eglise de Satan…

Posted in Christianisme et culture, Hellfest, Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal with tags , , , , , , , , , , , , on 3 avril 2013 by Darth Manu

Ayn Rand

Venant de perdre le brouillon de mon second billet sur la « guerre culturelle » à la suite d’une erreur de sauvegarde, et dans l’attente de le réécrire, j’en profite pour rédiger ce billet sur un sujet qui n’est sans doute pas central, mais qui me fait sourire depuis des mois: l’attachement de nombre de catholiques de la tradisphère, parmis les plus engagés contre le Hellfest et tout ce qui pourrait être interprété comme du satanisme, à la pensée d’Ayn Rand. Qui est Ayn Rand?

« Ayn Rand (prononcé [ˈaɪn ˈrænd]), née Alissa Zinovievna Rosenbaum (en cyrillique russe : Алиса Зиновьевна Розенбаум), est une philosophe, scénariste et romancière2 américaine d’origine russe, juive athée, née le 2 février 1905 à Saint-Pétersbourg et morte le 6 mars 1982 à New York.

Ayn Rand est connue pour sa philosophie rationaliste, proche de celle du mouvement politique libertarien, à laquelle elle a donné le nom d’« objectivisme ». Elle a écrit de nombreux essais philosophiques sur des concepts tenant de la pensée libérale, comme la liberté, la justice sociale, la propriété ou l’État et dont le principal (et l’un des seuls de ses textes traduits en français, avec La Grève), est La Vertu d’égoïsme (The Virtue of Selfishness en langue originale). Ses contributions principales s’inscrivent dans les domaines de l’éthique, de la philosophie politique et de l’épistémologie. Cependant, malgré sa considérable popularité hors du champ académique, ses travaux ne sont généralement pas pris au sérieux par la plupart des philosophes.

Ayn Rand a également publié des œuvres de fiction telles que La Grève (Atlas Shrugged), La Source vive (The Fountainhead) et Nous, les vivants (We the Living), qui figurent parmi les plus vendues aux États-Unis. Elle a par ailleurs écrit de nombreux scénarios pour le cinéma, dont des adaptations de ses propres œuvres de fiction.

Ayn Rand est considérée comme la théoricienne d’un capitalisme individualiste ainsi que d’un libertarianisme refusant toute forme de coercition et prônant les valeurs de la raison, du travail et de l’« égoïsme rationnel », son concept central. Figure de l’anti-communisme radical, Ayn Rand prône également l’indépendance et le « laissez-faire » face à toute forme de collectivisme ou de religion établis. » (Wikipédia, « Ayn Rand »).

Il a beaucoup été question d’elle l’an dernier dans les médias généralistes, dans le contexte de la campagne présidentielle américaine. En effet, Paul Ryan, le co-listier de Mitt Romney, catholique pratiquant, s’est publiquement réclamé de son influence:

« Tranchées au couteau, les idées d’Ayn Rand inspirent Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney. Adepte des coupes budgétaires et de la réduction des impôts, cet ultra-conservateur président de la commission du Budget à la Chambre des représentants veut réinjecter du rêve américain – dopé au P90X, un brutal programme de fitness que le possible futur vice-président pratique tous les matins dans une salle de gym du Capitole… – dans le ventre mou d’une Amérique en perte de vitesse :« Si je devais rendre hommage à une personne pour m’avoir fait entrer en politique, ce serait Ayn Rand. Car, ne vous trompez pas, le combat que nous menons est une lutte de l’individualisme contre le collectivisme », a révélé la jeune star du parti républicain devant d’autres disciples de Rand. La sécurité sociale ? Collectiviste. A privatiser entièrement… La haine de la religion professée par Ayn Rand ? S’en démarquer coûte que coûte.

« Avant de minimiser son influence à cause de son athéisme viscéral et de ses positions pro-avortement, très gênants en période électorale, Paul Ryan a encensé Ayn Rand à l’Atlas Society en 2005, à l’occasion du centenaire de sa naissance », se souvient David Kelley, philosophe qui a fondé cette organisation à Washington pour faire vivre les idées objectivistes et concurrencer le plus orthodoxe Ayn Rand Institute, situé en Californie.  » (Télérama, « Ayn Rand, l’apôtre de l’égoïsme qui inspire la droite américaine »).

Dans les termes employés par Paul Ryan lui-même (source: « Paul Ryan’s Favorite Philosopher Inspired « The Satanic Bible », Experts Say », sur Daily Kos):

« « Ayn Rand, more than anyone else, did a fantastic job of explaining the morality of capitalism, the morality of individualism. » — Congressman Paul Ryan, 2009 official Ryan For Congress video ad. »

« « I just want to speak to you a little bit about Ayn Rand and what she meant to me in my life and [in] the fight we’re engaged here in Congress. I grew up on Ayn Rand, that’s what I tell people..you know everybody does their soul-searching, and trying to find out who they are and what they believe, and you learn about yourself.

I grew up reading Ayn Rand and it taught me quite a bit about who I am and what my value systems are, and what my beliefs are. It’s inspired me so much that it’s required reading in my office for all my interns and my staff. We start with Atlas Shrugged. »
— U.S. Congressional Representative Paul Ryan (R-WI), 2005 keynote speech in honor of Ayn Rand’s birthday, held by the Atlas Society.« 

La question s’est posée, jusque dans les milieux catholiques français, de la compatibibilité de la pensée d’Ayn Rand avec la doctrine sociale de l’Eglise. Deux lignes très opposées (pas seulement sur ce sujet d’ailleurs), se sont affrontées:

– Celle de Patrice de Plunkett et des « chrétiens indignés », très engagés dans la critique du modèle économique libéral:

« Cinquante ans plus tard, Paul Ryan, candidat républicain à la vice-présidence des Etats-Unis, se réclame ouvertement d’Ayn Rand tout en se disant catholique, incompatibilité qui semble ne plus gêner personne à droite. Le niveau intellectuel et moral est tombé si bas qu’on ne sait plus faire la différence entre philosophie « conservatrice » et matérialisme mercantile. Cette confusion sévit aussi en France. Il y a trois semaines, un site libéral-traditionaliste célébrait un gros patron du Sud-Est qui venait d’annoncer sa décision de créer une entreprise au Maroc plutôt que dans sa propre région (qui aurait eu bien besoin de ces emplois) ; couvert de blâmes pour son cynisme par ses concitoyens, ce patron était présenté par le site bien-pensant comme un héros de l’antisocialisme ! Ayn Rand aussi aurait aimé ce type-là. » (« Quand des conservateurs US « exorcisaient » Ayn Rand, future ghost-inspiratrice de Paul Ryan »)

– Celle de nombreux représentants de la tradisphère, défenseurs de l’économie de marché  et du non interventionnisme de l’Etat, au premier rang desquels le Salon Beige, dont l’un des animateurs, Michel Janva, répond de la sorte à un commentateur qui ironise sur un billet qui partage l’argumentaire d’un site américain appelant les catholiques à voter Romney:

« Commentaires

Et le fait que le vice président du Romey se déclare ouvertement d’Ayn Rand, ça ne leurs (et vous) fout pas un peut les miches?

[Aucunement. Lisez plutôt ceci :

http://www.riposte-catholique.fr/americatho/paul-ryan-un-vice-president-attache-a-la-doctrine-sociale-de-leglise-et-a-la-defense-de-la-vie#.UF3TB1Gefxg

http://www.riposte-catholique.fr/americatho/pour-larcheveque-aquila-paul-ryan-ne-soppose-pas-a-la-doctrine-sociale-de-leglise#.UF3SyVGefxg

http://www.riposte-catholique.fr/americatho/leveque-robert-morlino-sur-paul-ryan#.UF3S0VGefxg

MJ]

Rédigé par : Alex | 22 sep 2012 16:56:08« 

Si les liens donnés par Michel Janva ne mentionnent ni le nom, ni la pensée de Rand, sa réponse indique explicitement que l’influence éventuelle de sa pensée sur un candidat, soutenu par des catholiques, à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, ne le gêne « aucunement ».

Toujours sur le Salon Beige, j’ai trouvé deux autres mentions, dans un contexte plutôt favorable, de l’oeuvre d’Ayn Rand:

– Dans un article partagé par Michel Janva et issu du site Contrepoints, un passage, graissé par lui, invoquant l’autorité d’Ayn Rand contre les décroissants:

« Ce que les décroissants cherchent à obtenir de nous c’est ce qu’Ayn Rand appelait la « caution de la victime » : pour nous faire accepter leur projet et ses conséquences, ils doivent nous convaincre non seulement de l’urgence d’une intervention gouvernementale massive mais surtout de notre culpabilité.« 

– Dans un autre billet, là encore cité par Michel Janva, et qui provient du blog, tradi,  de l’Amiral Woland, et qui mentionne Ayn Rand pour nuancer la critique faite par certains catholiques des méfaits, réels ou supposés, du libéralisme:

« Quand je lis et entends que la crise est la faute du libéralisme et du manque de régulations alors qu’elle est due au capitalisme d’état (déjà dénoncé par Ayn Rand et qui consiste en un copinage consanguin, voir pire, entre gouvernement et grandes entreprises) et à l’hyper-régulation (par exemple le gouvernement fédéral US forçant les banques à prêter de l’argent à des gens qui ne pouvaient en aucun cas le rembourser, ce qui a fini par déclencher la crise en 2008) j’ai envie de sortir les catapultes.« 

Tout cela est très bien: j’imagine qu’on a le droit d’aimer Ayn Rand (ce n’est pas ma tasse de thé, mais je l’ai assez peu lue j’en conviens). Et je ne vais pas rentrer ici dans le débat « décroissants vs libéraux »: ce n’est pas le sujet de ce blog, ni de cet article, et je n’ai pas une connaissance suffisante des questions qui y sont disputées pour le trancher… Non, ce qui m’amuse, c’est la sympathie que ce blog, qui par ailleurs est très mobilisé contre le Hellfest (avec des arguments parfois à la limite de la malhonnêteté intellectuelle, comme je le montrai l’été dernier à partir de leur traitement du décès d’un employé du festival), montre envers une auteure qui  compte parmi les inspirations principales de la doctrine de l’Eglise de Satan, telle que formulée par Anton LaVey dans la Bible de Satan ( avant d’aller voir sur le SB, cet article m’a en grande partie inspiré par le spectacle d’un de mes contacts facebook qui parlait l’an dernier du « scandale du Hellfest », et qui partage régulièrement des articles à la gloire d’Ayn Rand). D’autres catholiques ont par contre relevé cette difficulté, ainsi le site Liberté politique, également engagé contre le Hellfest:

« Autre coïncidence, Ayn Rand est l’un des principaux auteurs cités dans la Bible de Satan d’Anton Lavey, qui explique que sa religion est uniquement la philosophie d’Ayn Rand à laquelle a été ajoutée des cérémonials et des rituels . » (« René Girard et Ayn Rand : éthique du sacrifice et de l’anti-sacrifice », par Thierry Paulmier).

Anton LaVey lui-même n’a jamais caché l’influence qu’a eu la lecture de l’oeuvre d’Ayn Rand sur sa conception du satanisme, ainsi que l’ont rappelé certains sites chrétiens inquiets lors de la campagne présidentielle américaine, auwquels j’emprunte les citations qui suivent, ainsi que celles de Paul Ryan citées plus haut dans l’article:

« « I give people Ayn Rand, with trappings »  — Anton LaVey, founder of the Church of Satan (to Kim Klein of the Washington Post, 1970), as cited on page 2 of Contemporary Religious Satanism: A Critical Anthology, by Jesper Aagaard Peterson (Ashgate Publishing Limited, 2009)« 

« « As for his ‘religion,’ he called it ‘just Ayn Rand’s philosophy with ceremony and rituals added’  » — Bill Ellis, quoting Anton LaVey on the intellectual source of his form of satanism, from page 180, Raising the Devil: Satanism, New Religions and The Media (2000, the University Press of Kentucky) »

« « To imply or state that the Church of Satan was the first to clearly state the Satanic ethic is to ignore the continuing impact of Ayn Rand…
To illustrate this historical precedent, let us examine the Nine Satanic Statements [from The Satanic Bible] in view of the Rand work Atlas Shrugged. In Galt’s speech (pages #936-993) is the written source of most of the philosophical ideas expressed in the Satanic Bible… Note that the sequential order of these Atlas Shrugged quotations parallels the order of the Nine Satanic Statements. »
 — Essay by George C. Smith, « The Hidden Source of the Satanic Philosophy », republished in The Satanic Bible (link to PDF file of Anton LaVey’s book)« 

Pour ceux qui veulent comparer, les 9 affirmations sataniques, qui constituent le coeur de doctrine de l’Eglise de Satan, sont consultables ici, et le discours de Galt . A les lire à la suite, on réalise combien LaVey, loin d’opérer une quelconque révolution idéologique, s’est contenté de régurgiter sous une forme appauvrie certaines lectures à la mode de son époque (cela me parait aussi vrai pour son approche de l’occultisme).

First Things, un journal néoconservateur fondé par le catholique Richard John Neuhaus et très hostile à la pensée de Rand, est allé jusqu’à affirmer dans un article intitulé « The Fountainhead of Satanism« :

« « [P]erhaps instead of recommending Atlas Shrugged, we should simply hand out copies of The Satanic Bible. If they’re going to align with a satanic cult, they might as well join the one that has the better holidays.« 

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différence entre la pensée de Rand et celle de LaVey. On en trouve une intéressante énumération sur le site de l’Eglise de Satan, et elles ne sont pas toutes anecdotiques:

« First, Objectivism holds that metaphysics, that branch of philosophy which concerns itself with the nature of reality, determines the nature of epistemology (which is concerned with how man acquires knowledge) as well as ethics (which is concerned with valuing human action), politics (social ethics) and art. Current philosophical disagreement on this issue still continues. It is, in fact, an unproven assertion by Rand that one’s metaphysical assumptions determine one’s ethics.

[…]
Second, Satanism does not hold that “a life appropriate to a rational being” is the sole standard of ethical right as does Objectivism. If anything, Satanism holds that indulgence in life or “fun” as perceived by the individual is the highest standard of ethics. Satanists see that Objectivism has enthroned reason above the individual as opposed to utilizing this sole means to knowledge as a tool to achieve a purpose. Satanism enthrones the individual as a whole, not reason, as the supreme standard to determine the value of actions (ethics).

Third, Rand’s philosophy rejects as ethical accepting the sacrifice of another to one’s self (to paraphrase the end of Galt’s oath from Atlas Shrugged). The Satanic view sees as ethical the reality of domination of the weak by the strong. The assertion in Objectivism is that the use of force to cause others to submit to the will of the stronger or cleverer individual is « wrong » for the individual. This is a second major assertion which Satanism finds unproven by the Objectivists. Consequently, the Satanist is far more flexible in the choice of actions available than is the Objectivist who cannot simply accept his personal needs as absolutely reliable to determine the best course of action in any circumstance.

Fourth, Objectivism is purely atheistic with a complete rejection of the value of a god in their metaphysics. The Satanic view of this is in pure agreement except in two areas. The Satanist holds that the meaning of god is useful when one holds it to mean the most important person in an individual’s universe and chooses that person to be himself. The Satanist also ascribes magical god-like qualities to himself when indulging in the alternate view of reality enjoyed in ritual. In both instances, Satanism sees the cultural effect of religion and god as an emotional asset to be tapped rather than simply rejected. In other words Satanism is a religion (with the individual as God) and Objectism isn’t. » (Church of Satan, « Satanism and objectivism », par Nemo).

D’un point de vue chrétien, la transition de l’égoïsme éclairé à la domination du fort sur le faible est certes une aggravation considérable de la doctrine initiale de Rand. Cependant, si on peut considérer le satanisme comme « encore pire » que l’objectivisme, la dette du premier au second reste évidente:

« Let me conclude this brief overview by adding that Satanism has far more in common with Objectivism than with any other religion or philosophy. Objectivists endorse reason, selfishness, greed and atheism. Objectivism sees Christianity, Islam and Judaism as anti-human and evil. The writings of Ayn Rand are inspiring and powerful. » (idem).

Ceci dit, mon but n’est pas de faire le procès d’Ayn Rand ni des catholiques qui se reconnaissent dans sa pensée. Et je n’ai pas nécessairement une grande confiance dans la rigueur intellectuelle de LaVey et la fidélité de sa lecture de Rand. Je m’amuse cependant de voir certains des mêmes catholiques qui hurlent contre le Hellfest parceque celui-ci invite des groupes dont les noms et/ou les paroles s’opposent violemment au christianisme ou évoquent des thématiques satanistes, sympathiser pour une oeuvre dont les liens idéologiques avec la doctrine de l’Eglise de Satan sont beaucoup plus forts et avérés, mais n’apparaissent pas de manière explicite. Comme si le nom que se donne un phénomène ou un mouvement était plus important que le contenu de ses idées, à leurs yeux.

Car de deux choses l’une:

– Soit ces catholiques considèrent vraiment le satanisme comme une menace importante, au point de combattre toute référence à ce dernier dans la culture, indépendamment des idées très diverses, et pas toujours au premier degré ou contraire au christianisme, qui se cachent derrière son nom, dans les phénomènes et les manifestations qu’ils dénoncent. Dans ce cas, comment ne pas s’interroger sur l’intérêt porté en milieu catholique pour une oeuvre dont les idées, pour le coup, ont eu une influence décisive sur la constitution idéologique du satanisme contemporain?

– Soit ils sont relativement sûrs de leur coup pour ce qui concerne la catho compatibilité de la pensée d’Ayn Rand, et estiment que son influence sur l’idéologie de LaVey, qui est il est vrai très superficielle et opportuniste, est anecdotique. Mais dans ce cas, porquoi faire tant de cas de l’imaginaire satanique dans le metal (imaginaire qui de surcroit y est en déclin, comme je l’ai rappelé dans d’autres articles)?

Toujours est-il que ce genre d’incohérence amène à mettre en doute « l’indignation » de certains catholiques, qui est brandie avec force contre des images et des étiquettes sans liens réels avec la réalité du satanisme cultuel, mais qui s’estompe comme par miracle quand les idées exprimées par tel ou tel en sont proches, mais de manière non explicite, et les arrangent politiquement. Comme si au fond les doctrines étaient interchangeables et que les appelations seules avaient de l’importance, tels autant dépouvantail alimentant l’auto-intoxication des catholiques partisans d’une riposte culturelle, qui semblent tant avoir besoin de la « cathophobie » pour s’expliquer la déchristianisation, comme s’il n’y avait pas d’autres causes plus complexes et parfois plus porteuses de remises en questions pour nous chrétiens…

Pour finir, une citation  sur Ayn Rand, qui n’est pas liée au satanisme, qu’il est sans doute un peu limite de ma part de partager compte tenu de ma faible connaissance de son oeuvre , mais dont la formulation me fait rire:

« « There are two novels that can change a bookish 14-year-old’s life: The Lord of the Rings and Atlas Shrugged. One is a childish fantasy that often engenders a lifelong obsession with its unbelievable heroes, leading to an emotionally stunted, socially crippled adulthood, unable to deal with the real world. The other, of course, involves orcs. »
–– John Rogers, screenwriter and comic » ( « Paul Ryan’s Favorite Philosopher Inspired « The Satanic Bible », Experts Say », sur Daily Kos).

Rétrospective: mon premier billet sur l’unblack metal

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , on 5 mars 2013 by Darth Manu

Crimson Moonlight - Veil of Remembrance

En attendant mon prochain « vrai » billet, qui devrait être publié d’ici vendredi et qui, contrairement à ce que j’indiquai dans mon programme prévisionnel de publication, portera sur les critiques d’ordre « médical » adressées au metal, en réaction à un article récent d’Etienneweb  paru sur le blog du Collectif « Provocs Hellfest ça suffit! », je vous propose aujourd’hui de lire (ou relire), mes toutes premières réflexions sur le black metal chrétien, que j’ai publiées, deux mois avant la création d’Inner Light, sur Aigreurs administratives, le 9 octobre 2010…

A la relecture de ce billet, et des autres que j’ai écrits à l’époque sur le metal, je m’amuse de constater que si mes positions sur l’unblack ont bien sûr évolué au fil des 29 mois qui s’en sont suivis, dans le sens d’un affinement, d’un approfondissement, de formulations plus nuancées (voire mon article « Holy Unblack Metal? »  pour connaitre l’état actuel de mes réflexions sur ce sujet) et aussi d’une plus grande ouverture au black metal « séculier » (c’est-à-dire non chrétien: je traduis ici un terme souvent utilisé par les métalleux chrétiens anglophones: « secular metal »), l’intuition centrale est globalement restée inchangée. Alors qu’en ce qui concerne la polémique autour du Hellfest, je constate que mon point de vue s’est beaucoup modifié: je ne l’interprète plus depuis longtemps , contrairement à mes premiers billets sur Aigreurs administratives, comme l’expression d’ un affrontement frontal binaire, et à investissement égal,  entre des metalleux anti chrétiens et des chrétiens anti metalleux (du moins dans le contexte de la France entre 2008 et 2013), mais, de plus en plus, comme une forme de malentendu, né d’une radicalisation culturelle et politique d’une certaine partie des catholiques qui se sentent devenir une minorité, face à un milieu du metal qui me semble de moins en moins authentiquement contestataire (même le black) mais qui a en partie conservé l’imagerie sulfureuse des débuts, quoique pas nécessairement la signification première de celle-ci (même si évidemment des exceptions notables subsistent), et qui s’intègre de façon de plus en plus évidente et harmonieuse dans une évolution plus large et plus consensuelle des courants artistiques contemporains, musicaux mais pas seulement… J’y reviendrai sans doute…

« Disclaimer: mes compétences musicales sont proches de zéro. Je vais donc aborder la question sur le terrain très empirique et théorique de mon ressenti de chrétien et d’amateur de black metal, et non sur ceux de la composition musicale ou de son instrumentation, a fortiori de la musicologie.

 

Le black metal peut-il se prêter à une approche d’inspiration chrétienne, ou exprimer des valeurs dans lesquels un chrétien pourrait se reconnaitre? Certains avis tendraient à nous faire répondre par la négative:

 

« Selon LHN, le black métal est un tout, et l’on ne peut dissocier la musique et l’esprit du black : le black est un combat, est une guerre contre ce bluff historique qu’est la peste religieuse ».(Site La Horde Noire, en réaction à l’interview du père Culat par vs-webzine).

 

« Faut en vouloir aux groupes de pseudo-black metal … perso, quelques mots qui peuvent définir le black, sont la haine, l’angoisse, la mélancolie, le sombre …. et non l’amour et la joie ! je n’ai rien contre ce dernier, mais ce n’est pas non plus son élément (qu’est le black metal), ni la bonne façon de s’exprimer (qui est de passer par la composition de musique), ni même les bon outils (la structure de la musique black metal … comme par ex le chant U_u !) si j’ai envie d’un peu de rose dans ma vie, j’écouterais du B.Marley … de m’eclater avec la techtonique ou autre ! ce qui conclu par : je suis contre le unblack ! » (Trouvé sur un forum au cours d’une recherche sur Google).

 

« – Qu’est ce qui fait, selon toi et en termes généraux, le Black Metal ?

– Le Black se distingue par le refus, le refus d’un peu tout, santé – gloire – argent – business, mais plus particulièrement le refus de la chrétienté ; c’est pourquoi, ainsi que je l’explique dans l’avant-propos, le « noli » figurant dans le titre s’applique parfaitement. Mais surtout le Black met en lumière la volonté d’abandonner le christianisme, coupable de tant d’abjections (et je me suis renseigné à ce sujet) depuis pratiquement sa fondation. » (Site Obsküre – Entretien avec Frédérick Martin A propos de l’ouvrage « Eunolie – Conditions d’émergence du Black Metal » (éd. Musica Falsa, 2003, janvier2004)).

 

   Le black metal, comme son nom le suggère, et comme la deuxième citation le rappelle, met en scène des émotions obscures, négatives, telles qu’effectivement la haine, l’angoisse et la mélancolie, ou encore la terreur, le désespoir, etc. En ce sens, il serait opposé à la « Bonne Nouvelle » du christianisme, qui célèbre l’amour, l’espérance, la joie, etc.

 En sens contraire, on pourrait observer que le christianisme accorde dans son message une place importante aux aspects les plus sombres ou les plus douloureux de la condition humaine.  Dieu nous accueille dans la globalité de notre être, avec nos aspirations les plus nobles, mais également avec tout ce qui alourdit notre vie intérieure, nous fait souffrir ou nous incline à faire souffrir autrui. Les Psaumes, qui en tant dans d’endroits célèbrent l’amour du Seigneur ou la joie d’être sauvé, comportent également des passages beaucoup plus sombres, voire morbides, tel celui où les corps des enfants du peuple enemi sont brisés sur des rochers (ce qui ne signifie pas que le psalmiste approuve nécessairement un tel acte, mais est sans doute une métaphore à partir d’une coutume commune à beaucoup de peuples à l’époque). Autre exemple, chaque Eucharistie rappelle, outre la résurrection du Christ et son retour dans la Gloire, sa mort. Ce qui pris tout ensemble représente le kérygme, le centre de notre foi.

    Le champ d’expérimentation du black metal, sa thématique, fait donc tout à fait sens dans la vie de foi d’un chrétien. Tout pratiquant sincère connait la place du désespoir, du doute, de la colère, de la haine parfois, au sein de la vie spirituelle. Tout être qui cherche à se présenter devant Dieu se trouve en retour confronté à son péché, à tout ce qui le coupe de la pleine communion avec le Créateur.

    Et cette affinité possible entre le black metal et le christianisme, contrairement à ce que la deuxième citation suggère, a été très bien perçue par les musiciens de unblack metal. Un titre de morceau tel que The Cold Grip of Terror (de Crimson Moonlight) ne parait pas particulièrement vouloir mettre « un peu de rose dans la vie » (pas de façon bisounours en tout cas).

    Le Père Domergue, lors d’un chat animé par le forum de La Cité Catholique, a donné une lecture plus fine de ce qui peut distinguer la thématique du black metal de l’approche chrétienne, en réponse à une question que je lui avais posée:

    « Je voudrais également souligner le fait que — toujours Marduk et Dark Funeral qui vont venir à Clisson dans qques jours — font souvent référence à la mort, au désespoir etc. et ceci peut être commun avec le christianisme. Mais la différence notable avec le message de l’Évangile, c’est que la Bonne Nouvelle parle de ces thèmes avec une ouverture qui aboutit vers la Résurrection, pour ne parler que de ce thème. Sauf exception, les chansons en question n’y font pratiquement jamais réf. et donc je ne peux pas comparer ces différents textes directement. L’Évangile donne un sens à la mort, là où le Death ou le Black M n’en font qu’une exaltation, sans chercher forcément à donner une porte de sortie ».

    La porte de sortie, voilà la différence. Le black metal enferme son auditeur dans le désespoir, alors que le christianisme invite chacun à vivre la souffrance, le doute, le désespoir, tout ce que notre vie comporte de négatif, dans l’espérance. En ce sens, là où un musicien de black metal « traditionnel » cherche par sa musique à couper tout horizon, vise le point maximal d’oppression, le climat le plus malsain possible, l’unblack metalleux  essaie de toucher l’instant où le désespoir le plus absolu se mue en espérance, où les ténèbres se découvrent de façon preque imperceptible pour laisser percer la lumière à venir. La musicalité du black metal, qui exprime de façon si efficace l’absence de Dieu, pour trop souvent s’enfermer dans le constat de cette absence et en venir à maudire Celui qui ne vient toujours pas (en apparence du moins) peut tout autant révéler en miroir le désir qui est à la racine de la souffrance exprimée.

    Ce que Crimson Moonlight me parait exprimer, pour ne prendre qu’un exemple, dans les paroles de The Cold Grip of Terror:

       « I carry a longing, a yearning stronger than words can tell.. I carry my sword, my emblem of victory, in this chaos I flourish… I believe. My dream is the loveliest dream. Just the wish to have it fulfilled is enough. I watched my step when I entered the narrow path.. I saw and I understood… Its goal lies beyond the black fog, beyond the cold grip of terror. To reach the goal I have to walk a long way, have to tear my flesh on the sharpest thorns, have to squeeze my staff so my hand gets cramped… Through weird depths of bloody tranquility, through darkness, pain and chaos.. through still, serene silence… through the lashings of icy rains… Suffering…Is it a challenge, a divine trumpet? Day and night I lay there knocked to the ground. Scars and wounds were my constant company… The taste of cold blood woke me up from my restless sleep. The heat of fire burnt my hands, stiff with cold, when I tried to make them warm. Sackcloth covers my body And I’ve had to lower my horn in the dust. My face is flaming red with tears, and death has painted my eyelids shadowy black. And this although my hands are free from violence and my prayer is pure! My days are gone, my plans are shattered, gone what was once my heart’s desire. I wish to change night for day. Daylight would be near now when darkness breaks in. No, I know Thou will carry me, Thy presence is greater than the darkest agony. Thou, the only one. My fortress. Thou alone are immortal… Covered in glorious majesty Thou alone are the Lord’s anointed. The darkness recedes, ’cause the true light is already shining… « 

 

   Nous faisons généralement le choix d’une vie de foi, ou y retournons, après avoir eu l’expérience profonde de l’Amour de Dieu, ou de la Beauté de Sa Création, etc. Intuitions exaltantes du Divin que la musique plus traditionnelle peut célébrer. Mais nous éprouvons cette foi dans la nuit de telles expériences, dans la banalité désespérante du quotidien, ou dans l’horreur et la cruauté qui sont trop souvent la signature de notre réalité terrestre. Et le destin de notre âme se joue dans la façon dont elle assume cette nuit: dans le désespoir ou dans l’attente.

    Le black metal me parait exprimer d’une façon particulièrement pure et évocatrice cette croisée des chemins. En ce sens, s’il lui arrive d’accompagner un chemin de damnation, il peut aussi, d’une façon très puissante, exprimer l’espérance dans la nuit, qui est le lot de tout chrétien… »

« Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris (…), m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit » (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités, Témoignages with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Demon Hunter - True Defiance South America

Troisième témoignage à me parvenir depuis deux jours: celui de Luce, métalleuse et chrétienne, que je vous laisse découvrir ci-dessous…

Par ailleurs, je viens de créer une nouvelle catégorie: « témoignages », qui commence à devenir utile…

J’ai été bercée pendant mon enfance par la musique de Deep Purple et d’Aerosmith, groupes qu’écoutaient mes parents. C’est au collège que je suis devenue une fan inconditionnelle de groupes comme Linkin Park, Skillet, Within Temptation… ce qui agaçait beaucoup mon entourage parce qu’il ne comprenait pas comment je pouvais étudier correctement à l’école et faire mes devoirs avec cette « musique d’ours » comme mon père dit toujours.

A cet âge-là, je ne me posais pas la question de l’importance du témoignage de ma foi, qui a toujours été pourtant très présente, et je ne priais que pour demander des choses, souvent futiles, comme tout le monde à l’âge de l’insouciance ! Néanmoins, je ne parlais jamais de ma foi, car j’étais l’une des rares de ma classe à faire du catéchisme et je souffrais des moqueries continuelles de mes camarades. C’est difficile de témoigner de ce que nous ressentons, lorsque les athées nous perçoivent comme des gens coincés qui perdent leur temps à aller à la messe, à faire la queue pour manger un petit bout de pain sans gout tout rond qui ne représente rien pour eux, qui parlons tout seul à quelqu’un que l’on ne peut pas voir… Il fallait bien trouver quelque chose qu’ils pourraient comprendre, et je crois que le métal est la solution idéale!

Le métal a déjà un statut particulier, de pouvoir faire passer tout un déchaînement de passions que ce soit la colère, la peur, l’envie de liberté, la joie, l’amour, l’espérance… à travers des styles variés pour tous les goûts et je m’en suis rendue compte au début, seulement dans les mauvais moments de ma vie quand je me suis mise à vraiment en écouter au lycée. Le fait qu’il en existe de beaucoup de genre permet d’en faire une musique universelle, et la musique est la « langue » parlée dans tous les pays du monde. C’est le même alphabet, 7 pauvres petites notes, qui appelées Do, Ré, Mi… ou C, D, E… peuvent créer un moyen d’expression que TOUT LE MONDE peut utiliser à tout âge.

Je ne pense pas que j’imaginais à l’époque que je pourrais concilier ma passion pour la musique et la foi, non seulement pour en témoigner mais aussi pour l’exprimer, la sentir, la transmettre, la vivre… C’est un moyen de communiquer à d’autres ce que l’on a au plus profond de nous, en plus de permettre à nos âmes de s’exprimer sans difficulté, comme si elles pouvaient prendre la parole et transpercer les âmes de ceux qui l’écoute. C’est en tout cas ce que je ressens quand je chante du métal, quand j’en écoute… De plus, en participant aux discussions du groupe « Vive le métal chrétien » sur Facebook, j’ai encore plus appris de cette musique et le réseau social qui se crée autour est absolument grandiose. On est tous là pour la même raison, et la transmission de cette passion est à mon avis un devoir d’état ! (ou du moins une noble cause^^)
Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris tels Demon Hunter ou Oh Sleeper, m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit, m’a permis de « ne pas être seule dans l’œil de la sombre tempête » comme dirait Micah Kinard.

Au passage, j’en profite d’ailleurs pour remercier Lou Tou de m’avoir fait découvrir cette facette du métal et de m’avoir transmis cette dévorante passion !

Témoignage d’un métalleux chrétien (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Diminishing Diabolical Strongholds Vol. 1

Après Elie, c’est maintenant Lou Tou qui vient nous apporter son témoignage, et en profite pour nous présenter le groupe facebook « Vive le metal chrétien! » qu’il a créé, qui en plus d’être une communauté pour les métalleux chrétiens, met à jour régulièrement une liste des groupes de metal chrétiens en activité, par styles de musique.

J’en profite pour dire que si je me réjouis bien évidement de cette mobilisation de « cathos métalleux », cette rubrique est également ouverte à des points de vue contraires, et que si par exemple un metalleux non chrétien veut exposer de manière argumentée, comme un essai,  ou sous forme de témoignage ses réticences (ou sa colère, ou son indifférence…) à l’encontre du metal chrétien, voire du christianisme en général, il est le bienvenu. De même, la forme du témoignage et la question metal/foi ne sont que des possibilités, des analyses sur tel ou tel aspects du metal pouvant par exemple en être une autre.

J’ai découvert le hard rock quand j’était en 5ème avec Aerosmith c’est à dire à l’âge où on ne se pose pas beaucoup de questions spirituelles…Pourtant, je me rappelle que nous étions 3 à écouter du hard rock /neo metal (ce qui était pour nous le plus extrême de la musique ^^), cependant j’était choqué par l’imagerie des T-shirts de Marilyn Manson que portait un des élèves de ma classe.

J’ai continué à écouter Aerosmith et quelques groupes de néo jusqu’en fin de 3ème où j’ai fait une dépression…J’était envahi de questions entre autres spirituelles et affectives.

C’est alors que j’ai commencé à écouter d’autres groupes qui pour moi étaient encore plus extrêmes tels Apocalyptica ou System of a Down…).

Sur le moment ces groupes m’aidaient à exterioriser une rage que je ne pouvais plus contenir. Cependant dans l’esprit de l’éducation que j’avais reçu, metal rimait avec satanisme. Au point culminant de ma depression, lors d’appels au secours, je me suis donc cru « sataniste ».

Inutile de préciser que ma famille a immédiatement détruit tous les cds de metal que je possédais « pour mon bien ». Je vous raconte cela pas pour leur jeter la pierre mais pour montrer ce que les clichés peuvent engendrer .

Ma depression a duré toute l’année qui a suivi et j’ai alors découvert le metal chrétien avec le groupe de neo metal chrétien français Space in your Face. Cependant j’étais en croisade assez violente contre les groupes de metal que je considérais comme « satanistes », tels Slipknot etc..

C’est aussi durant cette année que j’ai découvert l’amour de Dieu à travers du rock chrétien (le groupe français P.U.S.H.), et differents groupes de prières… Mais plus intérieurement en m’appropriant le sacrifice du Christ à la Croix (cette folie de la Croix dont parle Paul dans ses épitres.) En me disant, « Jésus est mort pour moi, par amour, pour me sauver ».

Ma redécouverte de l’amour de Dieu s’est donc opérée en même temps que celle du metal (et cela continue chaque jour).

Mais j’ai vraiment découvert un aspect plus profond du metal en m’y jetant la tête la première ! J’ai donc passé un an à découvrir la richesse de chaque style et en référençant sur une page facebook ( « Vive le metal chretien! » note de Darth Manu ) tous les groupes chrétiens que je trouvais !

En même temps j’ai découvert que le metal non chrétien pouvait aussi être porteur d’un message profond et me rejoindre dans ma vie quotidienne.

Enfin j’ai découvert qu’une véritable fraternité rassemble les metalleux lors de concerts etc… et qu’ils vivent cette communion avec beaucoup de simplicité.

Je crois que le metal peut vraiment apporter « un supplément d’âme » comme dit le père Robert Culat. Ce qu’on expérimente dans le metal est transcendant, ce qui rapproche cette musique de la spiritualité. C’est pourquoi je vous invite tous à rentrer à fond dans la profondeur de cette musique en dépassant l’aspect « gros bruit », et à aussi à rentrer à fond dans le mystère chrétien ! L’un et l’autre vous ferons certainement grandir en humanité !

Ps: J’ai conscience du côté très brouillon de mon témoignage et m’en excuse très humblement …