Archive pour décembre, 2011

Inner Light a un an…

Posted in Rions avec le black metal with tags , , , on 14 décembre 2011 by Darth Manu

Aujourd’hui, Inner Light fête son premier anniversaire. J’avais créé ce blog sur un coup de tête, un peu pour tromper l’ennui d’une après-midi morne. N’étant ni l’un des plus grands spécialistes qui soient du black metal, ni un musicologue, ni un expert en théologie, ni (cela va sans dire) un chrétien parfait, je n’étais pas sûr d’avoir des choses intéressantes à écrire, ni de réussir à faire durer ce site.

Pourtant, ce blog a jusqu’ici été accueilli avec semble-t-il grand intérêt par des métalleux comme des chrétiens, par des musiciens comme des non musiciens, par des « prohellfest » comme des « antihellfest ».

Je remercie tous ceux, cathos, métalleux, cathométalleux, amis, « ennemis », qui ont aidé à le faire vivre par leurs commentaires, leurs encouragements, leurs témoignages, ou leurs critiques…  Vos contributions m’ont été d’une grande aide pour approfondir ma propre réflexion et pour trouver la motivation de mettre à jour ce site régulièrement.

Enfin, pour rester dans la thématique de ce blog, je vous propose cette vidéo qui me semble adaptée aux circonstance, découverte sur Youtube et réalisée par le groupe de black metal chrétien Erlösung:

Merci encore et à bientôt! 🙂

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Haine partout, justice nulle part?

Posted in Hellfest with tags , , , on 9 décembre 2011 by Darth Manu

Bon, sans doûte pas nulle part, heureusement, mais je n’ai pas pu me retenir, vu la propension apparente de certains à voir la haine toujours chez l’autre, jamais chez eux-mêmes…

Doooonc… Mardi dernier, après un premier feu nourri la semaine précédente contre la programmation 2012 du Hellfest, le blog du Collectif Provocs Hellfest a été supprimé purement et simplement par son hébergeur. Il est réapparu aujourd’hui en ligne.

Le Collectif donne l’explication suivante à cette suppression intempestive et momentanée:

« On a voulu nous faire disparaitre…
En début de semaine, notre blog a été supprimé par notre hébergeur, au motif qu' »il ne respecte pas les conditions d’utilisation suivantes : HATE » !!
Ayant aussitôt réagi, le blog vient d’être rétabli: « l’équipe légale a vérifié votre blog et l’a remis en ligne. »
Blogger le reconnaît: pas de haine sur nos pages ! Il faut aller la chercher ailleurs !
Voilà donc la réponse que nous pouvons apporter à tous ceux que notre blog dérange, et qu’ils auraient bien vu disparaître… » 

Mes lecteurs réguliers savent que je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le combat du Collectif, et que j’ai consacré de nombreux billets à réfuter ses arguments et ses thèses.

Ce que je leur reproche principalement, c’est d’annoncer la fin du dialogue et de faire oeuvre de lobbying pour pousser les autorités publics et les organisateurs du festival à censurer le contenu de celui-ci, en n’invitant plus de groupes hostiles au christianisme, ou qui utilisent des thématiques liées à l’occultisme ou au satanisme dans leurs textes et dans la mise en scène de leurs concerts. Non pas que j’apprécie les paroles des groupes de black ou de death ou autres ouvertement hostiles au christianisme, loin s’en faut, mais parce que je pense que le respect se gagne par le témoignage, le respect de la parole d’autrui, aussi déplaisante et erronée soit-elle, et par la contradiction sereine, et jamais par la contrainte.

Je m’en suis expliqué dans de nombreux billets, où je montrais notamment les limites de l’approche judiciaire (inciter à la haine, ce n’est pas simplement critiquer, même de façon injuste, mais pousser à des actions violentes ou discriminatoires contre une catégorie de personne) et de la confrontation directe, qui nourrit les communautarismes et enferment les deux camps dans les certitudes plutôt que de les apprenre à se connaitre et à se respecter:

« A lutter contre la christianophobie, les catholiques finissent par n’avoir que des choses à combattre dans notre société et aucune à proposer. S’enfermer dans une posture d’auto défense permanente, sans rien donner qui puisse avoir du sens et de l’intérêt pour les membres de notre société déchristianisée, c’est nous condamner à court terme à ne plus du tout être entendus, voire à être combattus à vue, et à ne plus pouvoir transmettre l’évangile, ce qui est pourtant beaucoup plus au coeur de notre mission que la lutte contre la “christianophobie”.

A force de traiter la culture contemporaine comme une maladie plutôt que comme un terrain d’échange, de dialogue et de construction, nous nous marginalisons et augmentons le ressentiment à notre égard. » (« Christianophobie », christianofolie?).

« C’est pourquoi entre la voie préventive face à l’injure publique (censure préalable: par exemple faire pression sur les collectivités pour interdire la représentation, ou chercher à l’entraver en gênant son financement) et la voie répressive (le procès pour undélit constitué: injure, diffamation, discrimination…) je choisis résolument la seconde. Je reconnais qu’elle est très difficile à appliquer, comme ce billet de Nicolas Mathey tend à le démontrer, et je dis “tant pis!”: la liberté d’expression a plus de prix pour moi que l’interdiction d’une ou deux pièces obscures jouant la provo facile. » (Faut-il dissuader l’Etat et les collectivités territoriales de subventionner les oeuvres antichrétiennes?).

« Pour prouver qu’un groupe incite à la haine contre les chrétiens, il ne suffit donc pas de citer des textes à consonnance satanistes ou des propos qui condamnent le christianisme dans son ensemble, ou de dénoncer des métaphores morbides et blasphématoires. Il faut démontrer que les artistes incitent activement leurs auditeurs à passer à l’acte. En l’absence de cet élément, toute pression sur les autorités ou les organisateurs du festival pour censurer des groupes hostiles au christianisme est en elle-même une atteinte scandaleuse à la liberté d’expression, quand même garantie par notre Constitution et dont nous chrétiens nous réclamons nous-mêmes pour notre propre protection.  » (Hellfest: respecter autrui dans mon expression… comme dans la sienne).

Il est donc clair que je comprends et partage l’irritation de beaucoup de métalleux face aux attaques incessantes du Collectif contre le festival qui chaque année leur donne certaines des meilleurs journées, et certains des meilleurs souvenirs, de leur vie (leur « pélerinage », m’ont dit certains, et ayant participé à nombre de pélerinages catholiques ainsi qu’au Hellfest, s’il est vrai que ces manifestations portent sur des réalités d’ordre très différents, je trouve que l’analogie a du sens, dans une certaine ambiance, une certaine expérience de la communauté…).

Je me demande pourtant par quel processus de pensée rancunier et délirant certains ont pu penser que demander à l’hébergeur du Collectif de le censurer purement et simplement constituait une réponse adaptée à ses « provocs ».

Je suis catholique, et je n’aime pas les paroles satanistes ou blasphématoires de certains groupes. Pourtant, je peux comprendre que pour certains, elles puissent constituer un défouloir par rapport à ce qui leur parait constituer des points « noirs » de l’Eglise: les affaires de pédophilie, l’Inquisition, certains aspects de son enseignement moral, etc. Je ne suis pas d’accord avec eux sur la plupart de ces aspects « controversés » de l’Eglise, mais je respecte leur sincérité et leur souffrance.

De même, en tant que métalleux, je n’aime pas les amalgames, les erreurs et les caricatures portées dans les dénonciations des catholiques anti Hellfest.  Pourtant, je peux comprendre qu’un catholique qui a une foi et une vie spirituelle quotidiennes et fécondes, et qui ne connait le metal que par le ouï-dire et les postures et les textes de certains groupes, puisse être choqué, voire effrayé par l’image qui lui est renvoyée du Hellfest. Je les désapprouve, je pense qu’ils ont tort, mais je respecte tout autant leur souffrance et leur sincérité (de beaucoup d’entre eux en tout cas).

Les anti hellfest ne comprennent pas grand chose à la réalité du festival, mais ils existent, leur engagement est parti pour durer, et contrairement à ce que certains croient, ils ne sont pas qu’une poignée. En octobre dernier, pour protester contre deux pièces de théâtre obscures, Civitas, qui incarne une tendance infiniment plus dure que le Collectif,  a réussi à rassembler à Paris plusieurs milliers de personnes. Les jeunes catholiques qui ont fait de la garde à vue pour avoir jeté des oeufs ou de l’huile de vidange sur des spectateurs ou autres actions d’éclat dépassent la centaine.Je le déplore, mais ils constituent désormais une force de nuisance conséquente, et on est bien forcés de faire avec.

Les ignorer reviendrait à laisser tout le champ de la parole publique à ceux qui jouent sur leur peurs et leurs préjugés, ou qui attaquent la « christianophobie » en toute ignorance.

Les faire taire  par la contrainte, c’est les conforter dans dans leur sentiment de victimisation et de persécution, dans la thèse fausse suivant laquelle l’opinion et les pouvoirs publics persécuterait les chrétiens, comme dans certains pays arabes, comme dans la Rome antique.

Et puis il est ridicule de soutenir simultanément que le Collectif, qui, c’est d’ailleurs triste à dire, est beaucoup plus modéré dans ses positions que la plupart d’entre eux, incite à la haine d’une manière qui doit conduire leur hébergeur ou les pouvoirs publics à les faire taire, et que les textes de Marduk, de Belphégor, ou autres groupes qui ont été invités au Hellfest ou qui le seront un jour doivent être défendues au nom de la liberté d’expression. Soit on tient ce principe de la liberté d’expression pour tous, dans les limites définies par la loi, soit on ne le tient pour personne. Outre que les textes du Collectif, malgré les erreurs consternantes qu’ils diffusent, ne sont, ni moralement, ni juridiquement, des appels à la haine, vouloir les censurer, c’est leur donner raison, en admettant que la contrainte institutionnelle est la réponse la plus juste et la plus efficace aux conflits entre communauté. C’est transformer la polémique en pur rapport de force, en lutte frontale et ouverte, ce qui ne s’achève jamais vraiment et peut se renverser. Vouloir anéantir la parole de l’autre, c’est une illusion qui alimente le ressentiment. C’est donner raison aux extrêmistes du type Civitas, qui n’hésitent pas à prendre des libertés avec la démocratie et avec la loi, là ou le Collectif joue encore le jeu de l’opposition démocratique.

Plutôt que de renverser les « phobies », d’intenter au Collectif un procès en « metallophobie » comme il nous intente un procès  en « christianophobie », en attribuant ses arguments à la « haine », plutôt qu’au malentendu, à l’incompréhension, ou au manque de discernement, faisons lui justice de ce qui est réellement sa démarche, ne la discréditons pas par des qualificatifs tous faits, qui l’enferment dans une irrationalité supposée mais pas démontrée. Ne lui donnons pas la justice qu’il nous administre, mais celle que nous attendons de lui. Sinon comment le faire douter de sa démarche et lui montrer l’erreur de son engagement?

Face à certaines manifestations culturelles anti chrétiennes, le blogeur Koz a aujourd’hui appelé les cathos à trouver « la note juste »:

« En tant que catholiques ordinaires, il faut que nous trouvions la note juste. C’est très difficile car on risque de tomber dans deux pièges : le piège de la provocation gratuite de certains artistes qui savent que ça marchera toujours de cogner sur le Christ, ça fait venir des visiteurs. Le deuxième piège, c’est le piège de Civitas dont un des objectifs est de se poser en défenseur du Christ et de gagner une légitimité de ce côté-là et de mettre en porte-à-faux le reste de l’Église en disant qu’ils n’ont pas le courage de réagir. Cela déstabilise beaucoup de chrétiens.  » (Entretien avec Atlantico).

Il me semble que cela peut valoir aussi pour les partisans du Hellfest. Il faut pour nous aussi trouver la note juste: non pas se taire, au risque que la seule parole publique sur cette polémique soit une parole de condamnation. Non pas chercher à faire taire, au prix d’ajouter de l’eau au moulin de ceux qui crient à la persécution des cathos. Mais  contredire fermement, mais dans l’écoute, le dialogue et la sérénité. Quand je vois les commentaires sur mon blog, sur celui des Yeux Ouverts, ou ailleurs, je suis heureux de constater que c’est la voie choisie par de plus en plus de métalleux. Et je suis convaincu que sur le long terme, elle porte des fruits: les arguments se nuancent peu à peu de part et d’autre et le ton se fait plus cordial (je remarque d’ailleurs que Les Yeux Ouverts est passé d’un système de modération a priori de ses commentaires à un système a posteriori, ce qui suggère qu’il a davantage confiance que par le passé en ses interlocuteurs métalleux). Continuons sur cette bonne voie, au lieu de donner de bons arguments à ceux qui nous critiquent et qui en avaient jusqu’ici le plus souvent de mauvais…