Archive pour janvier, 2011

Discerner en chrétiens à l’épreuve des blasphèmes parfois présents dans le black metal

Posted in Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal with tags , , , , , , , on 28 janvier 2011 by Darth Manu

(Disclaimer: je ne suis pas théologien et j’espère ne pas commettre trop d’erreurs dans mon exposé sur le blasphème).

Les paroles de beaucoup de groupes de black metal sont blasphématoires. Ceci au moins fait l’unanimité.

Quest-ce qu’un blasphème, cela dit, et quelles conséquences un black metalleux chrétien doit-il en tirer?

L’Eglise Catholique définit le blasphème de la manière suivante:

« 2161 Le deuxième commandement prescrit de respecter le nom du Seigneur. Le nom du Seigneur est saint.

2162 Le second commandement interdit tout usage inconvenant du Nom de Dieu. Le blasphème consiste à user du Nom de Dieu, de Jésus Christ, de la Vierge Marie et des saints d’une façon injurieuse » (Catéchisme de l’Eglise Catholique).

Le blasphème est un péché grave, au sens où il y a matière grave:

« Certains péchés sont toujours graves comme le meurtre, l’avortement, l’euthanasie, le blasphème, les péchés contre la pureté et la chasteté (non seulement les actes mais aussi le consentement les désirs impurs dans la mesure où on a pleinement consenti (cf Mt 5 ; 28) (ne pas confondre consentement et tentation)), l’omission de la messe le dimanche sans cause raisonnable, le spiritisme, communion et confession sacrilège, etc… »  (Source www.serviam.net).

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique caractérise ainsi le péché:

« 1849Le péché est une faute contre la raison, la vérité, la conscience droite; il est un manquement à l’amour véritable, envers Dieu et envers le prochain, à cause d’un attachement pervers à certains biens. Il blesse la nature de l’homme et porte atteinte à la solidarité humaine. Il a été défini comme « une parole, un acte ou un désir contraires à la loi éternelle ». S. Augustin, Faust. 22, 27: PL 42, 418; S. Thomas d’A., s. th. 1-2, 71, 6.
1850 Le péché est une offense faite à Dieu: « Contre toi, toi seul, j’ai péché. Ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait » (Ps 51, 6). Le péché se dresse contre l’amour de Dieu pour nous et en détourne nos coeurs. Comme le péché premier, il est une désobéissance, une révolte contre Dieu, par la volonté de devenir « comme des dieux », connaissant et déterminant le bien et le mal (Gn 3, 5). Le péché est ainsi « amour de soi jusqu’au mépris de Dieu ». S. Augustin, civ. 14, 28. Par cette exaltation orgueilleuse de soi, le péché est diamétralement contraire à l’obéissance de Jésus qui accomplit le salut. Cf. Ph 2, 6-9. »

Le péché n’est pas synonyme de faute morale: la faute est dirigée contre autrui; le péché, lui, est toujours contre Dieu. Il est matérialisé par tous les actes que nous commettons qui atténuent en nous la relation à Dieu et à Son amour.

Il existe deux types de péchés: le péché véniel, qui diminue en nous la grâce sans la faire disparaitre, et le péché mortel, qui nous en coupe totalement.

Le péché mortel, pour être remis, nécessite de recevoir le sacrement de réconciliation.

Pour qu’il y ait péché mortel, trois éléments doivent être rassemblés: il faut qu’il y ait matière grave (c’est le cas pour le blasphème, comme nous l’avons vu), pleine conscience et propos délibéré.

Dansle cas des paroles et représentations blasphématoires dans le black metal, il parait évident d’après ce qui précède qu’il y a matière grave et propos délibéré. Le débat porte davantage sur la question de la pleine conscience. Le site www.serviam.net nous rappelle les termes généraux dans lesquels elle se pose:

« Rôle de la conscience

Les deux autres conditions (pleine connaissance et entier consentement (cf CEC n° 1859) montrent l’importance de la conscience dans l’acte du péché (cf CEC, n° 1776 et sq) ; C’est la conscience de l’homme qui en définitive porte le jugement moral sur ses actes (cf CEC 1776 et sq). D’où l’importance d’avoir une conscience droite (c’est-à-dire tournée vers le bien) et vraie (c’est-à-dire qui sache ce qui est conforme à la loi divine), (cf. tout le chapitre du CEC sur la conscience).
L’homme a le devoir de bien former sa conscience : un médecin qui refuserait de continuer ou perfectionner sa formation, même après l’obtention de son diplôme, ou qui se serait insuffisamment formé dans la période antécédente, porterait de graves responsabilités sur les fautes professionnelles commises dans l’exercice de son métier. De même tout homme qui néglige la formation de sa conscience, est responsable des fautes commises dans sa vie humaine et chrétienne.
La personne dont la conscience est bien formée, verra en fonction de la gravité des avertissements de celle-ci, ce qui est une faute grave ; et comme elle est bien formée cette gravité qu’elle perçoit sera effectivement ce qui est conforme à la réalité, c’est à dire à la loi divine ».

Je pense que cette question, pour ce qui concerne les groupes de black metal qui utilisent une thématique blasphématoire dans les paroles de leurs morceaux et la mise en scène de leurs concerts, doit être abordée sous deux angles:

1) La responsabilité des groupes de black metal « problématiques »:

Sur ce point, je pense que tout en restant ferme sur les principes, il convient de ne pas trop dramatiser.

Certains groupes, tels que Gorgoroth, Marduk, Godseed,… confessent certes ouvertement des convictions satanistes, et le blasphème est une thématique omniprésente et essentielle dans leurs morceaux et l’imagerie de leurs albums et de leurs concerts. Ils définissent eux-même l’hostilité au christianisme et aux valeurs qu’il représente comme l’essence même de leur engagement musical et idéologique:

« CoC: Marduk are renowned for extreme Satanic lyrics; are the lyrics on _Panzer Division Marduk_ going to be in the same vein as on _Heaven Shall Burn…_ and your latest releases?

L: Yeah, they will, for sure. If the only supernatural Evil that ever existed on Earth was in the dark ages, in 1300 or something, then why would we be around doing what we do, if we didn’t believe that thing still exists? We’re looking at it from a different point of view, in a different century, but the lyrics regarding Marduk will always have a Satanic base, because that is what this band is really all about. It will be the same lyrics as always, but with a different touch, you could say. […] L: Just because you don’t believe that the trolls are running around in the forest anymore doesn’t really mean to me that there is no higher power. I believe in an [incomprehensible] divinity, a force so great our brains cannot get the whole picture, we can only see fractions of it. And it’s so powerful, you are -nothing-, you’re like a tiny little shit compared to that power, and that is what we believe in. That is our aim, with our lyrics, to hammer the last nail in the coffin of Christianity, and give praise to something which we feel is better » (Interview de Legion de Marduk par le site Chronicles of Chaos).

De telles positions, bien qu’elles n’aient rien d’illégal en soi du point de vue du droit français, sont bien sûr inacceptables pour tout chrétien, et il me parait être, à mon modeste avis, du devoir de tout croyant de les désapprouver et les combattre.

Ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas de discernement à opérer en parallèle sur les personnes et sur l’équation personnelle ou la vie intérieure qu’elles essaient de traduire par le satanisme. J’ai montré dans un précédent article que pour Nergal de Béhémoth, par exemple, le christianisme représentait l’hypocrisie et l’asservissement et le satanisme la liberté. Dans un autre article, un morceau d’Emperor illustrait combien le satanisme explicite laissait transparaitre un désir d’éternité et une certaine forme de nostalgie inconsciente de Dieu. Si l’adoption du satanisme comme philosophie ou religion personnelle n’est vraisemblablement pas sans conséquence sur l’évolution spirituelle et le jugement moral des black metalleux concernés, il n’en résulte pas nécessairement que le mal véhiculé par leur discours soit le reflet d’une inclination sincère et profonde pour ce dernier, ni d’une relation particulière avec Satan himself, dont l’Eglise catholique affirme certes l’existence personnelle.  On peut penser d’une manière qui me parait assez légitime que l’action de ce dernier est sans doute un peu plus subtile que soutenir unilatéralement tous les groupes qui se réclament de lui, et qu’elle peut être présente aussi, au moins en germe, dans les réactions de peur et de haine que ces provocations grossières suscitent trop souvent dans certains milieux chrétiens. D’où la nécessité de discerner derrière les propos de chacun les motivations et les sentiments réellement à l’oeuvre:

« Avoir un esprit large, ce n’est pas avoir un esprit libéral et laxiste, mais avoir un esprit qui prenne en compte toute la réalité et qui ne réduise pas la réalité à ce qu’il perçoit et à ce qu’il comprend. Tout n’est pas noir, tout n’est pas blanc. Il y a du bien partout et en toutes choses. Il y a aussi du mal qui vient vicier ce bien mais sans pour autant le pervertir complètement. La réalité étant très complexe, il ne faut pas la réduire à des schémas simplistes. En d’autres termes, il faut bien étudier et se renseigner sur un sujet ou une personne, prendre en compte tous les éléments possibles, avant de porter un jugement et être prêt à le réformer dès que les informations nouvelles nous parviennent. Un esprit large est aussi un esprit qui ne se limite pas à son cadre de vie habituel, mais qui s’intéresse à tout. Pour élargir notre esprit, il faut un intelligence qui aime et qui vive dans l’instant présent en étant attentive à l’ensemble de la réalité » (Marc-Antoine Fontelle Construire la civilisation de l’Amour, « Méthode de réflexion de la doctrine sociale de l’Eglise, Editions Pierre Téqui, 1998)

Les black métalleux qui blasphèment abondamment dans leurs chansons ont une conception généralement erronnée du christianisme, qui assimile souvent son enseignement à un mal qu’ils ont constaté. Si leurs actes en eux-mêmes sont graves, ils ont donc rarement conscience de cette réalité, et au contraire croient combattre pour ce qui est juste. Ce qui signifie, d’une part, que leur âme n’est pas nécessairement coupée de la Grâce divine, d’autre part, qu’il peut demeurer une part de bien, par exemple de critique vraie de telle ou telle injustice ou hypocrisie ou d’expression d’un désir sincère d’élevation spirituelle, dissimulée en germe derrière le blasphème explicite. Leur discours, s’il est à rejeter dans son contenu littéral, doit donc faire l’objet d’un discernement systématique sur ses intentions et motivations réelles. Ce qui m’amène au deuxième point:

2) La responsabilité des black métalleux chrétiens (et des chrétiens en général):

Pour les black métalleux chrétiens, la question de la pleine conscience se pose un peu différemment. En tant que chrétiens, nous savons que nous avons le devoir de « bien former [notre] conscience ». Notre baptême nous engage à rejeter le péché, et Satan qui en est l’auteur. il ne nous est donc pas possible, me semble-t-il, ni de cautionner des blasphèmes en se réfugiant derrière les arguments de la licence artistique ou de l’ignorance de leurs auteurs, ni de rester silencieux face à tout discours qui tend à assimiler notre musique à l’expression de convictions satanistes.

Ce qui mène vers deux types d’actions: d’une part nous faire connaitre, pour mettre en évidence la possibilité de thématiques différentes et plus riches pour le black metal que celles empruntées au satanisme et au néo-paganisme, thématiques qui ne sont pas nécessairement explicitement chrétiennes ou prosélytes mais qui conribuent à séparer l’identité de ce courant du metal extrême de ses racines antichrétiennes. D’autre part déconstruire systématiquement l’idéologie revendiquée par certains black metalleux, par exemple ceux de la mouvance du « true black metal » , qui conduit à réduire l’expression musicale  du BM à la mise en forme artistique d’une opposition radicale aux valeurs chrétiennes, suivant le mot de Morgan de Marduk: « Black Metal is meant to be Satanic » (interview par Terrorizer), tant pour libérer le BM en lui-même de celle-ci que pour faire prendre conscience aux auteurs de la gravité de leurs actes. Ce qui suppose à mon avis de bien cerner aussi les apports éventuellement positifs de ces groupes, afin de bien distinger l’essence du BM des thématiques satanistes qui lui sont superposées.

C’est ce que j’essaie de faire sur ce blog. C’est également la démarche de beaucoup de groupes de BM chrétien, qui semble plus constructive que les polémiques déclenchées chaque année par les initiatives antihellfest qui s’attaquent finalement aux personnes sans analyser en profondeur les idées. Car il s’agit d’un combat sur le terrain des idées et des symboles, et non d’un rapport de force entre lobbies, comme « l’ennemi » lui-même le rappelle:

« –There will always be a problem with Christianity.

-Will there comme a time when there will be an actual conflict?

-No, I think Christianity will eventually end by itself. But when I say we are waging a war against Christianity, I mean a symbolic war. You can never go to war against Christianity. Of course, you could try, but it’d be pointless. You can only do it symbolically and awaken people’s mind. At least if 20,000 people buy our records they will be inspired to do something about it. Spreading the message is about as much you can do for the time being » (interview par Terrorizer de Morgan).

Remarque qui a le double mérite, antichristianisme mis à part, de très bien cerner le lieu et les enjeux réels de la polémique, et de dédramatiser les soit disant « appels au meurtres des chrétiens » et agissements répréhensibles devant la loi dénoncés par certains.

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Fire de Elgibbor: du satanisme au black metal chrétien

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , , on 19 janvier 2011 by Darth Manu

 

Groupe sympathique sans être totalement incontournable au sein du BM chrétien, Elgibbor a deux particularités: c’est un one man band à la manière de Burzum, et c’est le projet d’un ancien sataniste, converti au christianisme, qui utilise sa musique pour diffuser le message qui a transformé sa vie.

« Fire » (alias Jarek…) également membre de Fire Throne, explique dans une interview comment sa conversion a transformé sa vie pour le meilleur:

« – You were known to be a Satanist in the past, but you have converted to Christianity. That’s quite a different take on life, any particular event that caused this change? Was it a sudden change, or a slow transition? How is it to be a Christian and live with a satanic past?

My life was on a downward spiral. I was pretty deep in to drugs and alcohol and had lost all sense and reason in life. A lot of my friends had committed suicide and I knew I was on the same road. The day came when I did try to commit suicide and a friend of mine found me and told me that God had changed his life and that there really was hope and sense in this life. I had hit rock bottom and had nowhere else to turn… so I listened to him and made the decision to give my life to Christ. I realized that God could rebuild everything that I had torn down in my life. I gave up the drugs and alcohol immediately. I finally saw past the “religion” and saw God as someone I could have a true friendship with » (Interview sur le site Metal Storm).

Il précise les circonstances de celle-ci dans une interview accordée au site Christian Metal Fellowship:

« I asked the Lord to be my Savior around 12 years ago. A drummer and great friend in my band got saved and he witnessed to me over and over again. He never gave up on me and still cared for me like a brother even when I didn’t see things his way. He invited me to a Christian conference and I decided to go because I didn’t have anything better to do. God met me there in a mighty way and I ran forward during the altar call and threw up my hands and surrendered my life to Him. The next night He delivered me from drugs, alcohol, cigarettes and black magic! We serve an awesome God ».

Nous avons là le portrait type du black metalleux pris dans une spirale de désespoir et d’autodestruction,tellement stéréotypé qu’il est en fait plutôt rare dans ce milieu, qui rencontre un jour Dieu et abandonne tout ce qui était source de perdition dans sa vie. A ce titre, son parcours rappelle beaucoup quelques témoignages allègrement diffusés sur certains sites catholiques (celui-ci par exemple), qui sont présentés comme des mises en garde contre les dangers supposés du métal extrême.

Jarek se distingue cependant de ces derniers sur un point important: s’il abandonne immédiatement et de manière spectaculaire tous les comportements mortifères qu’il associait jusqu’ici à son écoute et à sa pratique du black metal, il ne va pas se détourner de ce dernier, et va même jusqu’à créer son propre groupe, avec pour objectif d’évangéliser son ancien milieu:

« Alex:
What is Elgibbors goal as a band?
Jarek:
To let people in the « metal world » know that God loves them right where they are no matter what they look like or how they feel. And to infiltrate the « enemy’s territory » with the Light, Love, Grace, Mercy and Forgiveness that only comes with a saving knowledge of Christ!!! » (Christian Metal Fellowship).

La formulation du projet peut paraitre un peu naïve, mais celui-ci me fascine par deux aspects:

1) Le black metal, avec l’alcool, la drogue, la magie noire, etc. était l’un des éléments centraux de l’ancienne vie de Jarek. Après sa conversion, non seulement il retire de cette musique une satisfaction qui parait tout aussi grande (tout au plus il privilégie désormais l’écoute de groupes de black metal avec des paroles chrétiennes, et n’écoute plus les « autres » groupes que dans des festivals comme Wacken) , mais il y voit le terrain et l’instrument privilégiés de sa nouvelle mission de baptisé.

« Alex:
What are some of your favorite bands? Christian then secular
Jarek:
DC Talk, Toby Mac, Newsboys, Amy Grant…haha….just kidding! (Those are great bands, just not my style!) I like Narnia, Arvinger, Slechtvalk, Antestor, Horde etc. Too many to list! The only secular music I listen to is Vivaldi! Other than that, I only listen to music that exalts the Lord » (Christian Metal Fellowship).

« The notorious vocalist of Gorgoroth, Ghaal, once said in a video: « Black metal is a message ». Does your music contain a message too, and if so, what is your message?
Yes my music always contains a very strong message. The main messages in my music are about the spiritual battles that we all go through and the relationship between humankind and their Creator » (Metal Storm).

2) Jarek ne perçoit pas son background de black metalleux anciennement sataniste comme un simple égarement de jeunesse heureusement rectifié, mais comme une opportunité:

« I think that coming from a satanic background makes me even stronger. I saw the side of life that was filled with hopelessness and despair and stepped in to a life full of hope and grace. I also think God allowed me to go through what I went through so that I could have a better understanding of where people are coming from when they too get to a point where life doesn’t make sense anymore. No matter how hard you try to understand someone, you can never fully understand what they’re going through unless you’ve been there yourself and I’ve been there too… I can totally relate and understand what it’s like to live without hope… something that not many Christians can truly do » (Metal Storm).

La communauté constituée par les black metalleux n’est pas la source du mal, mais ce qui doit être sauvé de celui-ci. Fire s’est converti, a abandonné miraculeusement toutes ses addictions, et pourtant sa passion pour le black metal n’a pas faibli. Non seulement elle est devenue à son tour un germe d’espérance, à travers son projet musical: Elgibbor, mais la fréquentation de ce style musical préserve sa sensibilité à une forme de souffrance qui passe souvent inaperçue, et qu’il a expérimentée intimement lorsqu’il était sataniste. Le black metal lui permet de ne pas oublier cette absence apparente de Dieu qui, sans qu’il le sache, était la cause de ses souffrances et de son désespoir, de témoigner pour toutes ces personnes qui au travers de leur engagement dans le milieu du BM expriment la frustration de leur désir d’absolu, par le cynisme, la provocation, le blasphème, pour qui la formulation usuelle de l’espérance chrétienne ne fonctionne pas  …

A travers sa musique, il dénonce bien sûr l’idéologie du satanisme, mais souligne aussi certaines insuffisances du discours que nous chrétiens, tenons aujourd’hui sur notre foi, qui non seulement échoue à toucher certains, mais passe parfois tellement à coté de leurs souffrances et de ce qui leur tient à coeur qu’elle les insupporte et suscite leur révolte et leur colère. Faire le choix de ne pas les condamner d’emblée, mais de comprendre leur logique et leur démarche intérieure permet de discerner ce qui a pu décevoir leurs attentes dans l’annonce de l’Evangile et de reformuler celle-ci d’une manière qui correspond à leur histoire personnelle et leur vie intérieure. Jarek, en ce sens, est la preuve vivante que non seulement le black metal n’est pas opposé par essence au christianisme, mais qu’il a quelque chose à lui apporter.

Le black metal n’est donc ni tout à fait indissociable de l’idéologie mortifère qui lui est généralement associée, ni tout à fait distinct de celle-ci, mais constitue un point de passage entre désespoir et espérance, entre blasphème et conversion, révolte et adhésion… Pour le désespéré et le cynique, il est, en tant que musique, création artistique, une ouverture vers l’éternité et la transcendance. Et au chrétien, à l’homme qui essaie de faire grandir en lui la foi, l’espérance et la charité, il est un rappel de la douleur que l’on éprouve lorsqu’on manque de tout cela, une mémoire de la souffrance et du péché qui permet de prendre davantage conscience encore de la vie nouvelle apportée par le souffle de l’Esprit,  tout en conservant de la sympathie et une forme de proximité envers ceux qui errent encore

Dans les interviews précédemment citées, Fire témoigne des réticences de beaucoup de chrétiens et de métalleux devant ce message, et j’y retrouve la souffrance que je ressens quand je vois mes deux communautés d’appartenance s’entre-déchirer et se déclarer mutuellement l’ultime ennemi de tout ce qui est bon, beau et vrai, ce qui motive d’ailleurs l’existence du présent blog.  Et s’il m’arrive de trouver que  son discours sur le christianisme manque parfois de nuances et de subtilités théologiques, pour le peu que j’en connais, je trouve que les paroles qui suivent traduisent bien la profondeur et la sincérité de la vie spirituelle et de la démarche de Fire:

« Heaven or Hell

I was the one who condemned him to die,
I was one of them who blasphemed his name,
I was the one who laughed when I saw evil on the Earth,
I thought I was strong and that others didn’t matter.
When I saw the place I was blindly headed, Fear gripped my soul.
I saw that hell existed! But when I hear your name, a door opened to heaven.
I saw that heaven existed! I want to live there forever.
With your life is easier. I know you are always close when I need you.
You are mightier than Lucifer the liar. Many souls are still in prison,
Only you give true freedom » (« Heaven or Hell », Repent or Perish, paroles sur Encyclopaedia Metallum).

A propos des paroles du groupe Béhémoth: retour sur la pétition 2010 de Catholiques en Campagne

Posted in Hellfest, La "philosophie" du black metal with tags , , , , , , , on 11 janvier 2011 by Darth Manu

                                                                                                                  

A l’occasion du Hellfest 2010, les catholiques antihellfest épluchèrent comme chaque année la programmation du festival, et l’un des groupes qui suscita le plus leur ire cette année-là fut Béhémoth.

En bonne place dans la pétition de Catholiques en Campagne, on pouvait en effet trouver cette citation, parmi un florilège d’extraits de morceaux joués par des groupes invités au festival:

« A mon commandement, inondez les rues de Bethlehem du sang des enfants !
(At my command: Let the blood of the infants flood the streets of Bethelehem !)

Shemaforash, musique du groupe BEHEMOTH tirée de l’album Evangelion ».

Ce florilège était suivi du commentaire suivant:

« Au Hellfest, on entend des groupes de musique dite « heavy metal ». La valeur artistique de ces producteurs de décibels est laissée à l’appréciation de chacun. En revanche, ce qui ne peut l’être, c’est le contenu objectif des paroles de certaines chansons de certains groupes de cette mouvance, qui s’y sont produits dans le passé ou le feront cette année.

Cruauté envers les animaux, nihilisme, scatologie, sexisme, insultes en tout genre, incitation au viol des femmes, à la violence, à l’atteinte à l’intégrité physique, appel à l’incendie d’églises, au viol de sépulture, à la nécrophagie et au meurtre, apologie du morbide, blasphèmes, menaces de mort et de génocide, et la liste n’est pas exhaustive …, tels sont quelques uns des thèmes fédérateurs de cette anti-culture. Une partie d’entre eux tombent d’ailleurs sous le coup de la loi pénale« .

Voilà de quoi faire trembler dans les chaumières. A la lecture de cette pétition, on a vraiment l’impression que la folie meurtrière et la haine deviennent des objets de consommation courante de notre bonne société française, après le sexe et les scandales financiers. D’où les accents de panique que l’on peut déceler dans la réaction de certains sites chrétiens:

« Bonjour,

MERCI beaucoup pour cette terrible info.

Nous diffusons, transmettrons sur le site et consacrerons le courrier partagé du Dimanche 06 juin jour de la Fête du St Sacrement à ce terrible évènement afin que nous soyons encore plus nombreux à prier pour ces jeunes et contrer les forces du mal. Amen

Unissons nos prières, offrons au SEIGNEUR des pénitences et controns les forces du mal par toutes formes de privations. Amen » (Groupe Saint Michel Archange). 

Il ne s’agit pas dans ce billet de nier les problèmes soulevés par le contenu des paroles. La raison d’être d’Inner Light est de prendre précisément cette question à bras le corps. Mais il me parait intéressant d’examiner à partir d’un groupe précis la correspondance entre les paroles des morceaux et le comportement général des musiciens, afin de déterminer les raisons objectives qui les poussent à écrire des textes si violents, et leurs motivations réelles.

Tout d’abord, comment le groupe lui-même analyse-t-il les paroles de Shemhamforash (et non « shemaforash« )?

Pour mémoire, voici le texte complet du morceau:

« Shemhamforash

[Music and lyrics by Nergal]

« What we need is hatred. From it our ideas are born. » [Jean Genet]

Consumed by tongues ov fire
Burning like Phlegethon
Holy gardens reduced to ash
Extinguishing light ov hope
Bringing the end ov the days

Words ov my gospel scattered
Sacrilegious scorn spat in pale creeds
Thin is the line between pure being and pure nothing
My sole companion
Woe to Thee!

At my command:
Let the blood ov the infants flood the streets ov Bethlehem!

O ye ov little faith
With ethics rotten in a moral cage
Dead meat thrown down to the worms
To feed religious tumor
Corrupting marrow ov repugnant swirl

At my command:
Let the blood ov the infants flood the streets ov Bethlehem!
At my command:
Let the heads ov Samaritan pave my ways!

Shemhamforash!!! » (Paroles sur Dark Lyrics, une traduction en français est disponible ici).

Voici donc un texte qui, lu littéralement, semble faire l’apologie de la haine (la citation de Genet), et du meurtre de masse (« Let the blood ov the infants flood the streets ov Bethlehem! »).

Arrivés à ce point, certains chrétiens sont tentés de se demander ce qui peut passer par la tête de l’auteur du morceau pour écrire de telles horreurs. Est-il fou, est-il un psychopathe?

Mais laissons-lui la parole, plutôt que de nous précipiter sur les conclusions. A propos de l’album tout entier, Nergal (l’auteur donc) déclare:

« ‘Evangelion’ combines a pure art form with a direct message. […] The picture is of The Great Harlot of Babylon riding the seven-headed beast. Saints bow before her in worship whilst the tablets of the Ten Commandments lie broken at her feet. It represents our vision and the interpretation of the New Testament parable where the ‘Whore of Babylon’ is a symbol of rebellion and resistance against God. I am fascinated by stories whose source lies in the Bible and we have used biblical symbolism, coupled with my own experience and outlook, in our lyrics or on the covers of previous BEHEMOTH records. I love to juggle with meanings and play around with symbolism which is exactly what I have done in this case. The main character of our new cover is an archetype of disobedience, individualism, self-determination and a free, unfettered will — these are universal keywords which are typical and crucial in understanding the character of our works, life as a whole and the true nature of man » (Cité sur le blog Gelappekat).

Les paroles de cet album ont donc pour but de célébrer par une représentation symbolique du combat de l’individu contre la religion la liberté, comprise comme « [le droit à] la désobéissance, l’individualisme, l’autodétermination et le libre-arbitre sans aucune entrave« . Ce que Nergal confirme dans une autre interview, où il explique que ce qui l’intéresse dans la thématique sataniste, c’est la revendication de la liberté:

« Vos albums sont basés sur des thèmes satanistes inspirés par des auteurs comme Lovecraft. Pour toi quelle est la vraie définition du satanisme ?

La liberté. C’est un moyen d’expression. La libération, ne pas être limité. C’est un symbole. Toi en tant qu’être humain, tu peux décider par toi-même. Voilà ce qu’est le Satanisme pour moi. Et ça a toujours été comme ça » (Interview sur Radio Metal).

Ce n’est certainement pas la philosophie la plus originale qui soit, ni la critique la plus profonde et la plus juste qui ait jamais été formulée contre le christianisme. Mais elle nous permet de relire le texte de Shemhamforash d’une manière bien moins dramatique que Catholiques en campagne ne le suggère…

La citation de Jean Genet en exergue donne bien le ton, et constitue une véritable clé de lecture. Mauvais garçon, homosexuel, en guerre contre la morale bien-pensante de son époque, un temps suspecté à tort de sympathies pour le nazisme, il n’est pas sans rappeler par beaucoup d’aspects les groupes de black metal qui font scandale aujourd’hui:

« La haine a joué un rôle important dans la vie de Genet. Il s’est construit sur cela, il s’est construit sur le rapport l’opposition à la société, au monde bourgeois, au monde des gens de bien. Cependant, une fois qu’on a dit ça, il faut voir aussi l’autre côté. Ce n’était pas une haine généralisée, c’était une haine contre un certain monde, un certain mode de vie, un certain mode de penser qu’il a conservée pendant toute sa vie » (Interview de Albert Dichy, directeur littéraire de l’Institut Mémoires de L’Edition Contemporaine (IMEC), par Radio Prague).

De même dans les paroles de Shemhamforash, l’appel à la haine ne semble pas dirigé contre des personnes réelles mais contre ce que l’auteur perçoit comme une forme d’hypocrisie de la morale religieuse:

« O ye ov little faith
With ethics rotten in a moral cage
Dead meat thrown down to the worms
To feed religious tumor
Corrupting marrow ov repugnant swirl »

A travers l’image du christianisme, l’auteur n’entend pas combattre le Bien en lui-même, mais la « petite foi« , « l’éthique moisissant dans une cage de morale« , c’est-à-dire non pas les valeurs de l’Evangile en soi, mais l’hypocrisie bien pensante. Quand à l’incitation à inonder les rues de Bethléem du sang des enfants, il ne s’agit clairement pas d’un appel objectif au meurtre, mais du retournement de la mythologie du christianisme contre lui-même: cette utilisation du massacre des Saints Innocents à contre-emploi n’est pas sans rappeler en même temps le dernier fléau d’Egypte, une forme de punition divine ironiquement déchaînée contre la « tumeur religieuse ». Même si les images sont barbares, l’auteur n’appelle pas ici au massacre d’humains réels mais d’idées à ses yeux représentatrices de la réalité du mal, c’est à dire la médiocrité et l’oppression sous l’apparence du Bien.

Dans l’interview précédemment citée de Radio Metal, Nergal en effet, s’il parle assez maladroitement des raisons de tuer dans certaines circonstances (« Tu vois, si une personne essaie de défendre sa famille et si le seul moyen pour le faire est de devoir tuer, je le ferai »), se prononce clairement contre la  tentation de prendre au pied de la lettre les paroles de ses chansons  « Je n’essaie pas d’excuser qui que ce soit. Tout le monde devrait être responsable de ce qu’il fait. Je ne peux pas prendre la responsabilité de gens qui tuent sans raison« .

En tant que chrétien, je n’approuve bien évidemment pas toutes ses thèses, ni les paroles de ses chansons, et je trouve certaines images qu’il utilise choquantes et de très mauvais goût. Mais son discours est finalement assez banal et ne justifie à mon avis ni des poursuites judiciaires, ni de l’accuser d’incitation au meurtre et à la haine en présentant les citations de certains de ses morceaux hors contexte. Le christianisme est innocent de ce dont Béhémoth l’accuse, mais Béhémoth est à son tour innocent de ce dont Catholiques en campagne l’accuse. Le manque de discernement des uns ne saurait justifier celui des autres. Après tout, on trouve des images toutes aussi choquantes et blasphèmatoires dans Les chants de Maldoror de Lautréamont ou dans l’oeuvre de Jean Genet par exemple, qui peuvent tout à fait être étudiées en lycée, sans que personne ne trouve rien à y redire… De même, on rencontre couramment chez des auteurs comme Michel Onfray des attaques bien plus ridicules encore contre le christianisme, mais qui songerait à lancer contre lui des campagnes aussi violentes et menaçantes que celles dirigées contre les groupes de black metal. La justice passe aussi par l’équité.

L’exemple de Béhémoth montre par ailleurs que cette haine que les black metalleux croient diriger contre le christianisme vise en fait l’hypocrisie, et que la rage qui anime leur musique n’est finalement pas si incompatible que certains le croient avec une thématique chrétienne.

Pour conclure, si certains lecteurs continuent à trouver que seul un monstre ou un fou, un meurtrier en puissance pour tout dire, peut composer de telles paroles, je leur recommande vivement de se référer à l’interview de Nergal dans le numéro 63  de Metallian. Le musicien, qui récupère actuellement d’une greffe de moelle osseuse après avoir combattu plusieurs mois contre la leucémie, y dit par exemple: « […]je suis heureux que mon cas ait permis une prise de conscience de ma maladie chez des gens, qui ont voulu donner leur sang ou leur moelle osseuse.[…]La scène metal est très petite et confidentielle, mais tous ces gens ont été incroyables et je suis très touché et impressionné par l’humanité de ce milieu. […] Ma perception des choses a changé, je ne sais pas vraiment à quel degré, mais j’ai surtout envie de profiter de la vie.[…]je veux passer du temps avec mes amis et mes proches et faire attention à ce qui arrive aux autres parce qu’ils ne m’ont jamais déçu. Le soutien auquel j’ai eu droit me permet de me remettre en cause, de me demander si à leur place, j’aurais été aussi présent, avec la même attitude qu’ils ont eu envers moi » (Metalliann°63, décembre 2010, page 20).

Catholiques en campagne nous avait cité quelques paroles hors contexte… Maintenant, voici l’homme…

Le black metal chrétien: quel intérêt?

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , on 6 janvier 2011 by Darth Manu

Dans la plupart des forums ou des sites fréquentés par des black métalleux, dès qu’on a le malheur de prononcer le  mot « unblack metal »,des réactions du type de celles qui suivent pleuvent:

« Christian Black Metal is an oxymoron« . (Utilisateur JudasChrist de Last.fm à propos de Horde)

« i always thought ,that growling is something like demons voice. I’m christian , and i think still , this band is stupid :/« .(Utilisateur Przybyly de Last.fm à propos de Horde également)

« unblack metal (christian) bands are influenced by black metal (antichristian) which means they listen to or listened to black metal which means they are hypocrites« . (Utilisateur Ilovepod sur la même page que la citation précédente)

« I associate black metal with brutality and hate because those are the emotions the music conveys – hardly Christian values. I think the problem fans of black metal have with this band is that the tone of the music opposes the lyrical content which are fundamentally irreconcilable. In the words of Avather of Thyrane: « […]many people doesn’t seem to realise what is BLACK Metal itself… Black Metal is metal music with Satanic lyrics. There is no other way to describe it. » » (Utilisateur LostArk de Last.fm à propos de Crimson Moonlight).

« Black Metal is anti-christian by nature (obviously they don’t just attack christan ideas but they do propose an alternate world different from the one christian ideals propose)… so a band with pro christian ideals is completely paradoxical, thats why they often called unblack metal which is totally absurd… » (Utilisateur Jzep de Last.fm à propos d’Antestor).

Faire du black metal avec des paroles chrétiennes serait contradictoire, parce que le BM en tant que genre musical aurait été conçu pour exprimer des émotions et des idées antithétiques de celles valorisées par le christianisme.

En effet:

– Le terme black metal a été utilisé à l’origine pour désigner des groupes au message sataniste ou anti chrétien: ainsi, au début des années 1990, Deicide ou Venom, dont la musique n’est pas du black metal, ont pu être appelés comme tels du fait de leurs paroles.

– la plupart des fondateurs effectifs du genre, et la majorité des groupes, expriment dans leurs morceaux et leurs interviews une aversion violente pour le christianisme. Plusieurs membres de groupes de black metal ont de surcroit été condamnés pour des incendies d’églises, des profanations, etc.

– Musicalement, le black metal parait inapproprié pour exprimer des émotions « positives ». Le chant est hurlé, froid, et évoque la haine, le désespoir, le mépris ou la colère, et non l’amour, l’espoir, la foi et tout ce qui caractériserait une musique « chrétienne ». Les sons saturés, les blast beats de la batterie, la déstructuration des morceaux participent également de cette vision nihiliste et « haineuse » du monde et brisent délibérément l’harmonie qui semble indissociable de toute musique qui se propose de louer Dieu etc.

– Le black metal valorise l’individualisme et une certaine forme de solitude et d’élitisme, tant dans ses paroles que par son caractère peu accessible en tant que musique, puisqu’il faut une certaine éducation de l’oreille et du goût pour l’apprécier. En ce sens, il ne se prête pas à la démarche de « propagande » qui serait celle de groupes de metal chrétien tels Stryper, pour prendre un nom de groupe de heavy metal chrétien particulièrement connu.

Cependant, le fait historique demeure que le black metal chrétien existe depuis 1992 avec Crush Evil, qu’il a des représentants dans la plupart des pays européens, aux Etats-Unis, en Amérique Latine, etc., et que même des métalleux athés ou hostiles au christianisme saluent la compétence musicale de Crimson Moonlight, Horde, Antestor, Slechtvalk, Frost Like Ashes, Lengsel et d’autres représentants connus du unblack metal.

Ces groupes poursuivent-ils donc une illusion, en associant des paroles chrétiennes à une musique « satanique », sont-ils des hypocrites qui récupèrent un genre inspiré des valeurs mêmes qu’ils entendent dénoncer dans leurs morceaux, ou ont-ils su percevoir dans l’identité musicale du black metal l’expression d’un fond d’émotions et de valeurs similaires à celles qui nourrissent l’espérance chrétienne?

Pour répondre à cette question, je voudrais mettre en évidence deux présupposés des critiques ci-dessus du BM chrétien qui me paraissent erronés:

1) Le black metal serait indissociable de ses origines anti chrétiennes…

Le black metal est un courant musical et comme tel l’expression d’une recherche artistique. Il est par essence un acte de création, et avant de soutenir ou contredire telle ou telle doctrine ou idéologie, il a pour finalité première de manifester de nouvelles formes musicales et de nouvelles significations en harmonie avec la vie intérieure, les émotions et les interrogations et convictions de l’artiste ou des artistes qui sont à l’origine de tel morceau, de tel album, etc. On peut être attiré par cette musique à cause de sa réputation sulfureuse et des thématiques blasphématoires ou satanistes de certains groupes, mais on y adhère parce que la musique correspond à un évènement de notre vie intérieure. Ainsi, dans son livre L’Age du Metal, paru aux éditions du Camion Blanc, le père Robert Culat rapporte les témoignages de nombreux métalleux qui initialement attirés par les dehors provocants et morbides du BM, ont rapidement dépassés ceux-ci pour ne plus s’intéresser qu’à sa dimension musicale.

Il n’a pas vocation à se figer dans l’expression de tel ou tel courant de pensée ou dans la dénonciation de tel ou tel autre, mais chaque groupe, chaque album, chaque morceau, s’efforce de mettre à jour de la manière la plus fine possible les émotions et les sensations que le compositeur tient à coeur, et de toucher du doigt ce fond de vérité qu’il lui a semblé trouver dans l’écoute d’une telle musique et qui lui a fait désirer créer.

Le black metal, comme tout courant artistique, puise son sens dans l’évolution des formes qui le composent, n’en déplaise aux doctrinaires du « True Black Metal« , et s’il a pu faire ses premières armes dans l’expression de thématiques satanistes, néo-paiennes ou athées, la palette de sentiments « sombres » qui lui donnent sa force musicale, si elle trouve une correspondance dans un imaginaire chrétien, musulman, juif, bouddhiste, etc., ne peut qu’y trouver l’occasion de nuancer et de renouveler son identité musicale, de lui donner une nouvelle actualité, de la redynamiser…

2) Le christianisme ne valoriserait que les émotions « positives », telles la joie, l’amour, etc. Le black metal serait donc une musique beaucoup trop sombre pour servir de support de manière convaincante à un message chrétien…

Un tel argument me parait méconnaitre la  réalité de la pratique chrétienne. Chaque croyant, baptisé ou non, clerc ou laïc, qui s’est essayé quotidiennement à l’imitation du Christ, s’il a été par moments ou de façon régulière touché par la Présence perceptible de l’Esprit Saint en lui, doit le plus souvent persévérer en proie au doute, à l’angoisse, au désespoir, voire à l’incompréhension, à la révolte, à la colère… L’Ecclesiaste, le Livre de Job, de nombreux psaumes, les supplications des prophètes à Dieu, le récit dans les évangiles de la Passion du Christ, sont remplis d’images, de questionnements et de supplications qui trouvent tout autant leur place dans les thématiques du black metal, voire de manière beaucoup plus vraie et profonde, que les provocations de tant de groupes satanistes ou qui affectent de l’être.

Il est vrai que ces thématiques ne constituent pas l’horizon définitif du croyant, mais sont vécues à la lumière de l’espérance pascale. La souffrance, le doute, le désespoir, ne sont pas valorisés en soi mais endurés dans l’attente de la Grâce et d’une vie nouvelle, mais elle sont quand même le quotidien de tout croyant, y compris les plus éminents, comme en témoignent par exemples les récits autobiographiques de Sainte Thérèse d’Avila et de Sainte Thérèse de Lisieux. Et il me semble qu’il y a également une forme de désir d’éternité, voire d’espérance, qui est en germe dans le black metal tel qu’il existe actuellement, comme j’ai essayé de le montrer dans un précédent article.

Pour apporter mon témoignage de catholique pratiquant et d’amateur de black metal, non seulement l’écoute régulière de cette musique ne me parait pas faire obstacle à mon cheminement spirituel, mais j’ai été souvent surpris de constater à quelle point elle m’apaisait et me permettait de prendre de la distance par rapport à mes doutes et mes moments de souffrance, de colère, ou de désespoir.

Pour résumer, l’intérêt du black metal chrétien (qu’on approuve ou pas l’opportunité du terme « unblack metal » pour le désigner: je ne suis moi-même pas complètement fixé sur cette question) pour le black metal est de renouveler et d’approfondir l’éventail de thématiques et d’émotions qui nourrit et donne sens aux choix musicaux qui le définissent, et pour le christianisme d’exprimer musicalement de manière inédite et profonde des expériences indissociables de toute vie spirituelle, mais douloureuses et difficiles à cerner et à dépasser.

Et pour conclure je voudrais partager avec vous la musique et les paroles d’un morceau de black metal chrétien qui m’a personnellement touché (plus d’informations sur le groupe Deborah ici: http://www.myspace.com/deborahband):

Soteria The key to bring salvation
The gate to give redemption
The access to be free

Soteria The bless who came to heal you
To give the peace and safety
To prosper, to preserve,
Your soul

There are so many wealth,
Prepared for you

The miracle,
Doesn’t come from witchcraft
The answers,
Doesn’t come from a ouija board
Your destiny,
Doesn’t come from tarot…no…
The solution,
Doesn’t come from rituals or suicide

There was a man,
Who came to set free your soul

His sacrifice was the price,
For you and me

The world,
The world is lost in wrong ways
Is lost,
Is lost in vanities of mind
Searching,
Searching for answers but
Don’t want,
Don’t want to hear the only true

There are,
There are so many souls
Confused,
Confused and destroyed by
Themselves,
Themselves they can not see
That the, solution,
Solution is at hand

Receive…your health
Receive…the light
Open…your eyes
Is time…to fly

Oh Son of God
Come fill their hearts
Come heal thie lifes
They need your sign (source: http://www.metal-archives.com/release.php?id=169814)