Archive pour Censure

Pourquoi je défends le Hellfest: F.A.Q.

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , , , on 19 novembre 2012 by Darth Manu

A quelques jours des premières annonces de groupes pour l’édition 2013 du Hellfest (qui seront diffuséesen principe le jeudi 29 novembre 2012 à 14h sur le site de celui-ci), et alors que ses critiques habituels fourbissent déjà leurs armes, il me parait utile de rappeler les grands axes de ma position sur le Hellfest.

Je le fais cette fois sous forme d’un FAQ, tant pour mettre à disposition des lecteurs, cathos et/ou metalleux, et/ou curieux, une synthèse plus générale que d’habitude de mon point de vue, que pour préparer la table ronde autour des relations entre christianisme et metal, qui aura lieu ce dimanche à l’initiative du diocèse de Lyon, et où des questions en relation avec cette polémique seront certainement posées.

– Le Hellfest est-il christianophobe?

« Christianophobe » est un néologisme qui désigne l’hostilité ou l’aversion envers le christianisme. Au dela de la simple antipathie, ou de l’opinion hostile, il exprime de par son étymologie (« -phobe ») un sentiment intense qui peut aller jusqu’à la peur iraisonnée ou à la haine.

Dire que le Hellfest est christianophobe, ce n’est pas seulement constater que certains des groupes qu’il invite, ou certains des festivaliers qu’il accueille, semblent hostiles au christianisme. C’est impliquer que ce festival dans sa finalité même, dans sa raison d’être, constitue une offensive délibérée contre le christianisme en tant qu’institution et en tant que sentiment religieux.

Or rien ne permet de l’affirmer. Le Hellfest est un festival de musique spécialisé dans le metal, ce qui l’amène certes dans les choix qui sont les siens à recueillir l’héritage d’une tradition musicale longtemps marquée par des relations tumultueuses avec le christianisme, qui transparaissent dans les paroles et les thématiques de nombreux groupes de premier plan. Pourtant, le Hellfest a également à plusieurs reprises invité des groupes chrétiens, dans des registres où ils percent actuellement, comme le metalcore. Ainsi, Betraying the Martyrs s’y est produit l’an dernier, et August burns Red en 2012 et en 2009 (et a donc été invité avant que la polémique prenne une ampleur sérieuse). Sa direction a également accepté en 2010 de participer à une table ronde entre métalleux et chrétiens à l’initiative de la radio catholique nantaise Radio Fidélité, même si elle s’y est cantonnée à des considérations de type artistique et financier.

De manière générale, je suis très réservé sur le terme « christianophobie », qui de même que la plupart des mots en « -phobie », me parait avoir des connotations plus polémiques que descriptive, et enfermer « l’adversaire » dans une position stigmatisée d’emblée comme irrationnelle, plutôt que de donner une intelligence plus précise et exacte de ses positions, des arguments qu’elles font valoir et de leurs limites.

– Pourtant son nom peut se traduire par « fête de l’enfer »!

« Fête de l’enfer » n’est pas la seule traduction possible de ce terme, mais est mise en avant par certaines associations catholiques parce qu’elle illustre davantage leurs craintes. De manière très naturelle, « Hellfest » peut aussi se traduire par « fête d’enfer », au sens de pleine d’entrain. Le prêtre traditionnaliste Guillaume de Tanoüarn avait proposé en 2011 la traduction « putain de fête ».

Avant le Hellfest, il y avait en 2002 le Hardcore Furyfest, renommé par la suite Furyfest, à Rezé puis au Mans. En 2005, l’entreprise à l’origine de ce festival déposa le bilan à la suite de très grosses difficultés financières et matérielles. En 2006, l’un des organisateurs du Furyfest, Ben Barbaud, lance le Hellfest à Clisson, avec une affiche moins centrée sur le hardcore, et ouverte à de nombreux groupes de metal. L’appellation « Hellfest » n’est pas choisie ex nihilo. Elle fait référence au festival canadien du même nom. Il s’agissait de profiter de la renommée de ce dernier, avec l’accord de son orga, tout en trouvant un nom proche sémantiquement du Hellfest, comme Ben Barbaud le confiait à l’époque à Metalorgie:

 » il a été en effet question de partir sur un projet similaire et donc en discutant avec keith du hellfest us, il ne voyait pas de problèmes à ce que nous prenions le même nom, étant sur 2 continents différent, la concurrence est nulle et non avenue donc on trouvait ce nom facile, agressif et le plus proche de celui qui avait été donné avec le furyfest, on ne voulait pas non plus tout reprendre à zéro, donc on a essayé de repartir sur un truc établissant un lien plus ou moins évident…« 

Il apparait clairement, à la lueur de ces propos, que le terme « Hellfest » n’a pas été choisi en fonction de sa connotation « religieuse », mais de sa proximité sémantique avec « fury ». Et que donc la traduction la plus adéquate n’est pas « fête de l’enfer », mais « fête d’enfer ». Après, il est possible que le choix de ce terme par le festival canadien d’origine ait aussi constitué un clin d’oeil à la réputation sulfureuse qui est donnée par certains chrétiens au métal, et plus largement à l’ensemble des dérivés du rock, mais il ne s’agirait alors que d’un clin d’oeil.

En conclusion, on voit qu’il n’y a aucune preuve que ce terme est été choisi pour blesser le sentiment des chrétiens, et de nombreux éléments qui tendent à prouver qu’il a été choisi pour des raisons qui n’ont rien à voir avec un agenda « christianophobe ».

– Oui, mais il invite pourtant des groupes dont les paroles et/ou la mise en scène sont violemment anti-chrétiennes!

Le Hellfest est un festival de metal, et il est vrai que ce dernier a longtemps eu des rapports très difficiles avec les milieux chrétiens. Cela se ressent dans les paroles de nombreux groupes de premier plan, qui ont fait l’histoire de ce registre musical. La question qui est posée ici dépasse le seul Hellfest, et nécessite d’être ramené, de façon beaucoup plus large, à celle des rapports entre christianisme et metal.

Tout d’abord, un peu d’Histoire: loin de constituer une singularité du metal, ses thématiques « diaboliques » s’inscrivent dans l’histoire des musiques actuelles dérivées du blues. Le guitariste Robert Johnson avait la réputation d’avoir signé un pacte avec le diable pour devenir un virtuose du blues. De nombreux groupes de rock ont flirté dans leurs paroles ou leur attitude avec une certaine imagerie satanique, l’un des plus emblématiques étant les Rolling Stones, qui sort en décembre 1967 un album intitulé « Their Satanic Majesties » et qui entretient une réputation sulfureuse, mais qui prend ses distances avec ces provocations après le festival d’Altamont, qui, organisé de manière catastrophique, fit quatre morts en 1969. On constate aujourd’hui que ces courants, le blues, le rock, qui ne scandalisaient pas moins les générations précédentes que le metal extrême aujourd’hui, bien loin de sombrer de plus en plus dans la transgression, se sont au fil du temps rangés et intégrés. Ils se sont assagis à mesure que les musiciens vieillissaient, que la musique était mieux connue et davantage partagée.

De même, si on considère les quarante ans depuis lesquels le metal existe, on constate que les vingt premières années ont vu se succéder des styles de plus en plus radicaux, à mesure que ceux qui défrayaient tout d’abord la chronique finissaient par rentrer dans le rang et paraitre acceptables. Se sont ainsi succédés dans la mise en scène d’une révolte de plus en plus radicale le heavy metal, le thrash, le death metal, le black metal… Après le début des années 1990 et les polémiques provoquées par les agissements de certains groupes de black metal, on n’assiste plus à une telle escalade. Si certains groupes de metal extrême maintiennent un discours jusqu’au boutiste, leur public s’est diversifié, comptant même de nombreux chrétiens, et a largement pris ses distances avec le discours sataniste et occultiste pour centrer son intérêt sur la dimension musicale de ces courants. En témoigne le glissement sémantique du terme « black metal » au fil du temps, qui dans les années 1980-début des années 1990, désignait  des groupes de metal avec des paroles sataniques, et qui maintenant se réfère à une certaine identité musicale (chant crié, tremolo pickings, blast beats, …), quand bien même les paroles déploieraient un imaginaire non pas nécessairement blasphématoire ou antichrétien, mais fantastique, naturaliste, onirique, ou même chrétien. Ce qui ne signifie pas qu’il n’est pas intéressant de s’interroger sur les liens éventuels entre la création musicale et l’inspiration « ténébreuse » qui a présidé à celle-ci, au contraire, mais c’est une question beaucoup plus subtile et nuancée et moins violemment à charge contre les personnes et le metal en lui-même que de poser sommairement l’équation: groupe déployant un imaginaire d’inspiration satanique = satanistes.

Alors certes, on voit chaque année dans les groupes invités au Hellfest, au côté de ceux qui comme Slayer, utilisent l’imagerie satanique uniquement pour son caractère spectaculaire, sans conviction personnelle derrière, d’autres formations qui expriment de manière sincère des convictions et/ou satanistes, et/ou antichrétiennes, et/ou occultistes, comme Marduk, par exemple. Cela ne signifie pas que le festival les invite pour ces convictions, ni ques les festivaliers qui assistent à leur prestation les partagent nécessairement. Comme je le montrais dans un article précédent, la signification littérale, dénotative, des paroles et de la mise en scène d’un groupe prend des connotations différentes, subit des dépalcement de sens, suivant le cadre de la représentation et son public, a fortiori quand les paroles sont inaudibles sur scène comme c’est le cas de la plupart des groupes « polémiques »:

 » »Le lecteur apporte lui-même ses propres connotations: il apporte aux textes sa propre expérience et ses autres lectures, en déplace les significations grâce à son imaginaire » (Espace français .com, La dénotation et la connotation).

De même que l’auditeur ou le spectateur, dirais-je.

Une svastika prend une certaine signification dans un contexte européen, et un autre radicalement différent en contexte hindou. D’ une manière analogue, on pourrait dire qu’un concert de Marduk, mis en scène de la même façon, avec les mêmes paroles, aurait une certaine signification dans le cadre d’une messe noire, où chaque participant aurait un livret avec les paroles, une autre signification lors du Hellfest, au milieu de groupes beaucoup moins engagés religieusement, dans un contexte festif où personne n’entend clairement les paroles et où la bière coule à flot, et encore un autre dans une assemblée de musiciens, qui seraient beaucoup plus attentifs à la performance musiclae qu’aux paroles ou à la mise en scène. De même que si on transposait la liturgie d’une messe catholique sur une estrade du Hellfest au milieu d’un public éméché, sa signification pour les specteurs serait sans doute profondément différente qu’au sein d’une église (et pour le coup sans doute proche du blasphème).« 

Si je puis me permettre d’apporter mon témoignage personnel, j’ai assisté à une partie du Hellfest 2011, et à la totalité du Hellfest 2012. Lors de ce dernier, je portais durant l’intégralité des trois jours le crucifix des dernières JMJ en évidence sur un T-Shirt de metal. J’ai eu droit à quelques regards furtifs sur ma poitrine, mais personne ne m’a fait de réflexion ou créé des problèmes, bien que je me sois cantonné l’essentiel du temps aux scènes spécialisées dans le death et le black metal. Et bien que j’ai assisté aux concerts de plusieurs groupes très controversés, comme Nécros Christos, Taake, etc., pas un instant je n’ai eu l’impression que ce qui rassemblait l’auditoire était d’ordre idéologique et non musical. Pour tout dire, j’ai vu coup sur coup le vendredi matin la prestation du groupe chrétien Betraying the martyrs sur le Main Stage 2, et celle du groupe de black d’inspiration satanique Merrimack sur la scène The Temple, et au dela des différences musicales, si je n’avais pas connu ces groupes au préalable, je ne pense pas que j’aurais été capable de deviner de manière certaine leurs a priori respectifs sur la religion. C’est donc bien pour leur musique que ces groupes sont invités et applaudis aux Hellfest, et non pour un hypothétique assentiment des organisateurs ou du public dans son ensemble au discours de certains d’entre eux. Se fonder sur leur présence pour déduire que le Hellfest dans son ensemble est satanique ou antichrétien, c’est prendre la partie pour le tout, ce qui en bonne logique est un sophisme.

– N’y at-il pas eu certaines années des groupes invités qui versaient quelque peu dans le néo-nazisme?

En 2011, le Hellfest a invité le groupe de black metal Satanic Warmaster, qui n’est pas à proprement parler un groupe de NSBM (National Socialist Black Metal), mais dont le leader, Satanic Tyrant Werewolf, ne cache pas ses sympathies pour le nazisme, et qui a fait en 2008 une tournée avec deux groupes de NSBM, Absurd et Der Stürmer. Plusieurs autres groupes invités et des festivaliers ont fortement contesté ce choix de programmation, ce qui a conduit la direction du festival a annulé Satanic Warmaster, en les termes suivants:

« Le Hellfest a décidé seul et en âme et conscience d’annuler la prestation de Satanic Warmaster. Il ne s’agit aucunement d’une décision prise suite à des pressions reçues par différents groupuscules hostiles à la manifestation. Nous avions décidé de confirmer cet artiste lorsque nous nous sommes aperçus qu’il y avait une forte demande. L’idéologie et la politique menées par certains artistes n’ont jamais été des critères de sélections pour le festival, nous laissons tout à chacun le droit de se faire une opinion sur les artistes présents au festival et il n’est pas question d’amener notre manifestation sur des terrains de cet ordre qui n’ont plus rien à voir avec la musique.

Cependant nous avons reçu un nombre importants de plaintes émanant d’une partie des festivaliers mais également d’une partie des artistes jugeant cet artiste contraire à l’état d’esprit du festival et prêt à en découdre lors du festival pour faire valoir leurs opinions contraires. Nous ne sommes pas là pour prendre position dans ce débat. Le Hellfest est une fête avant tout, il ne cherche pas à diviser mais plutôt à rassembler un public sous une même bannière, la passion pour les musiques extrêmes. Dès lors il nous est apparu impossible de trouver une solution adéquate sans risquer d’arriver à un point de non retour et de risquer des débordements lors du festival qui se déroulera en juin prochain.

Le Hellfest n’est pas là pour juger les opinions des uns et des autres mais pour assurer à tous un rassemblement amical et pacifique. Nous avons donc pris seuls la décision d’annuler la prestation de Satanic Warmaster et ce afin de garantir la bonne tenue du festival. Les guerres de clans sous fond d’idéologie contraire n’ont pas leur place au Hellfest.

Le festival tient à s’excuser auprès des fans de cet artiste mais tient à réaffirmer sa position apolitique et indépendante de toute idéologie. Nous ne mettrons pas l’événement, que nous avons mis des années à mettre en place, en danger pour des raisons extra musicales qui n’ont rien à voir avec ce pourquoi le festival existe.

Pour le festival,
 Ben Barbaud« 

Cet épisode, qui fut montré par certains catholiques comme un exemple de « deux poids, deux mesures », me parait au contraire montrer que les métalleux sont aussi capables que les chrétiens de juger en conscience de l’arrière plan idéologique d’un groupe, et n’on pas besoin qu’on les tiennent par la main pour se mobiliser en cas de dérive apparente, un groupe affilié à une mouvance politique militante n’étant pas comparable  à ceux qui énoncent un discours d’inspiration sataniste sans mettre les idées qu’ils énoncent en pratique, n’en déplaise à certains.

La même année, juste après cette annulation, le blogueur catholique les Yeux Ouverts a épluché la programmation du Hellfest, et découvert que le groupe de grindcore Anal Cunt comportait dans sa discographie des morceaux tels que « Hitler was a sensitive man » ou « I hope you will be deported ». Il a contacté une association d’anciens résistants, qui a fait pression sur la mairie de Clisson et la direction du Hellfest pour que ce groupe soit déprogrammé. Après une petite période d’hésitation, j’ai personnellement regretté cette issue, qui aété très mal prise par la majorité des festivaliers. Anal Cunt, contrairement à Satanic Warmaster, n’a pas d’engagement politique en faveur du nazisme (ni de quoique ce soit d’ailleurs) mais pratique une forme d’humour acide à la manière de la série South Park. On peut certes exprimer de fortes réserves sur le goût contestable de celui-ci, et sur certains des thèmes abordés. La question qui était celle-posée par la programmation d’Anal Cunt, et qui est distincte d’une apologie du nazisme telle que pratiquée par les groupes de NSBM, est la suivante: « peut-on rire de tout? ». Elle est complexe, car elle pose le risque de deux dérives: la banalisation de certaines formes de cruauté et de barbarie d’un côté,  la difficulté de donner des bornes qui s’impose à tous en matière d’humour et la tentation d’instituer une sorte de police de la pensée de l’autre. Cela aurait mérité un vrai débat, qui a malheureusement été étouffé dans l’oeuf par le lobbying et la pression institutionnelle. Une seconde question me parait pouvoir être posée par cette polémique, qui est celle de la sacralisation des crimes du nazisme: , en portant le soupçon sur tout ce qui en rit ou en détourne la référence, ne court-on pas le risque, dans une certaine mesure, de le mythifier et de l’esthétiser, avec le risque de le rendre attirant aux yeux de certains?

En 2012, l’invitation du groupe Taake a également fait polémique. En effet, les paroles de l’un de ses morceaux pourraient être interpréter dans un sens hostile à l’Islam. Plus significatif, son chanteur, Hoest, s’était signalé quelques mois plus tôt en Norvège en arborant lors d’un concert un tatouage en forme de croix gammée (ce qu’il n’a pas fait lors de son concert au Hellfest, auquel j’ai assisté) etpour avoir réagi de la manière suivante à l’annulation qui s’en est suivie d’une de leurs tournées:

 » Nous présentons nos plus sincères excuses à tous nos collaborateurs qui ont pu éventuellement avoir des problèmes suite au scandale provoqué par la croix gammée, mais pas à l’Untermensch (ndlr : « sous-homme » en Allemand, un concept fort apprécié au temps du IIIe Reich) propriétaire de cette salle : tu peux aller sucer un Musulman « .

Il convient cependant de noter que contrairement à Satanic Warmaster, Taake ne semble pas avoir de lien avec le milieu NSBM, ni faire de militantisme politique, et que l’affaire s’apparente à un ensemble de provocations de mauvais goût, condamnables certes, mais qui n’engagent pas vraiment la responsabilité du Hellfest, puisqu’elles se sont placées hors de l’enceinte de celui-ci, et que le groupe n’a pas récidivé au sein du festival. Il apparait également que l’attitude intransigeante de la direction du festival face au plaintes dont ce choix de programmation a fait l’objet sont la conséquence directe des annulations de l’année précédente et de la manière polémique dont elles ont été récupérées par des associations catholiques qui se sont, de fait, tiré une balle dans le pied sur le moyen terme.

Enfin, l’affiche de l’an dernier a suscité l’ire aussi bien des journaux L’Humanité et Le Canard Enchaîné que de l’association « antiraciste » l’AGRIF, fondée par d’anciens cadres du Front National, parce qu’elle représentait des soldats dans des tranchées.Ils ont cru y voir des nazis, en dépit de l’absence de symboles renvoyant à cette idéologie, et du fait que le modèle des casques semblait emprunté à l’armée française et non à celle allemande. L’ AGRIF a été jusqu’à demander l’interdiction du Hellfest sur cette base:

« Du 15 au 17 juin 2012 doit se tenir sur la commune de CLISSON, en Loire-Atlantique, le concert intitulé « HELLFEST » et qui est violemment anti-chrétien.

En effet, certains groupes de musique s’appellent « Death Angel », « Suicidal Angels », « Benediction », « Jesus Crost », « Necros Christos », « The Devil’s Blood ».

Par ailleurs, les organisateurs du « Hellfest » n’hésitent pas à affirmer que « le black metal est par nature anti-chrétien et sataniste ». 

Enfin, lors des différents concerts, certains groupes n’hésitent pas à appeler au meurtre des chrétiens.

De plus, ce spectacle fait l’apologie du nazisme. Les affiches représentent un soldat allemand de la Deuxième Guerre Mondiale et un groupe se produit sous le nom de « Sacred Reich ».

Devant l’inertie des pouvoirs publics, l’AGRIF a mandaté ses avocats pour demander l’interdiction de cette manifestation qui constitue un trouble à l’ordre public« .

Le Hellfest s’étant bel et bien produit, et n’ayant plus entendu parler de cette plainte depuis, je suppose que l’AGRIF a été déboutée. Ce qui donne à mon avis une indication éclairante de ce que la justice pense des soit-disant évidences de néo-nazisme dans la programmation du Hellfest.

– Pourtant, des groupes ont déjà été annulés par les organisateurs du Hellfest en raison du contenu de leur paroles, bien que comme par hasard ce ne soient pas ceux qui s’en prennent aux chrétiens!!!

En réalité, le Hellfest a commencé son histoire en annulant un groupe antichrétien de son propre chef, plusieurs années avant les polémiques. Le groupe de death metal satanique Deicide était l’une des têtes d’affiche de la première édition, en 2006. A la suite d’une affaire de profanation en bretagne, où des graffitis qui se référaient au groupe ont été trouvés, la direction du festival a décidé, de sa propre initiative, d’annuler la participation de ce groupe. Ben Barbaud justifiait alors cette décision de la manière suivante, dans une interview accordée à VS-webzine:

« On a jamais eu de censures nous ici mais bon c’est moi qui l’ai voulu. Organiser un événement de 30,000 personnes dans un bled de 6 000 qui est connu pour son patrimoine et ses visiteurs du dimanche après midi et bien c’est pas facile. La politique n’est pas la même que dans une
grande métropole ou l’activité artistique est débordante, non là on est à la campagne qui accueille pour la première fois de son histoire un festival de cet ampleur !
 Vous devez donc vous douter des craintes de tout le monde ici, entre les ragots sur la consommation de stupéfiants, de vandalisme il y a aussi évidemment cette image « sataniste » du hard rock (le mot black métal n’étant même pas connu de leur vocabulaire…) et donc on a le droit à aucune erreur, j’ai donc préféré prévenir que guérir en ne laissant à personne l’opportunité de nous enfoncer et donc de déstabiliser l’organisation du festival… sachant que de nombreux actes de vandalismes et diverses profanations avaient été constaté dans notre région et que celles ci prenait en partie le groupe DEICIDE nous avons préféré l’annuler afin de ne pas créer de trouble dans une ville (je le rappelle) qui éprouve de grosses craintes et qui pour l’instant vit sur des préjugés quand au public qui va y participer… à nous, à vous tous donc de leur prouver le contraire… on en revient au même sujet, il faut vraiment que les metalleux de tous bords se sert les coudes pour former un vrai mouvement unis de façon à ce que les institutions nous prennent au sérieux et que donc les musiques extrêmes puissent se développer de façon sereine et sans préjugés !« 

Or, depuis que le festival est devenu chaque année la cible de polémiques, on peut constater que le même Ben Barbaud tient ferme contre toute tentative de le dissuader de programmer des groupes satanistes, occultistes ou antichrétiens. A ce propos, certains catholiques hostiles au Hellfest aiment à rappeler une parole de l’un de ses collaborateurs, au cours d’une interview: « on ne déprogramme pas les groupes antichrétiens », pour y lire une forme d’aveu quant aux principes de programmation supposément « christianophobes » de ce festival.

Mais l’épisode de 2006 démontre le contraire. Si véritablement les choix de la direction du Hellfest sont dictés par une forme d’hostilité au christianisme, pourquoi ont-ils déprogrammé Deicide à une époque où personne ne le leur demandait? Et si c’était la seule crainte des réactions de chrétiens qui les y a poussés, pourquoi ne modèrent-ils pas la programmation du festival, après plusieurs années de pressions beaucoup plus réelles  et importantes?

Il semble en fait que la direction du festival n’était pas fermée d’emblée à l’écoute des sensibilités chrétiennes inquiète face aux paroles de certains groupes invités, mais que les violentes attaques dont elle est la cible de la part d’associations catholiques depuis 2008 l’ont conduit à durcir sa position.  Si on replace dans son contexte la phrase « on ne déprogramme pas les groupes antichrétiens », on constate qu’elle a été dite peu de temps après les annulations de Satanic Warmaster et d’Anal Cunt, que certains festivaliers ont très mal prises, notamment la seconde, et qui ont valu au Hellfest de se faire accuser de brader sa programmation et son intégrité musicale sous la pression des associations catholiques. Même Radio Metal, qui pourtant à été à l’originel’année précédente de plusieurs initiatives de dialogues avec des catholiques, s’est inquiété d’une possible dérive vers l’autocensure et le politiquement correcte. La phrase précédemment citée n’est donc pas à lire comme l’aveu d’une conviction intérieure, mais comme un gage d’indépendance, en direction des vives inquiétudes alors exprimées par une partie de la base des festivaliers.

Car toute l’ambiguité de cette polémique est qu’elle a fait du Hellfest un symbole: celui d’une culture contemporaine christianophobe aux yeux de certains catholiques, mais aussi de la liberté d’expression du point de vue de nombreux observateurs et participants. Elle a pris la direction du festival entre deux feux, et il lui est paradoxalement, maintenant qu’elle subit toute sortes de pressions de la part de catholiques, beaucoup plus difficile de déprogrammer des groupes polémiques que du temps où le Hellfest était inconnu du grand public. Car désormais, chacune de ses décisions est scrutée, disséquée, grossie, réinterprétée, surinterprétée, déformée… A trop vouloir éclairer et influencer ses choix, les catholiques ont fini par , non pas quand même la paralyser, mais considérablement réduire ses options et sa marge d’ouverture au dialogue.

Un exemple parmi tant d’autres des raisons pour lesquelles je ne crois pas à l’efficacité du lobbying en matière de « combat culturel » et d’évangélisation… (je rappelle que lobbying n’est pas un terme péjoratif en soi: il y a des domaines où il s’applique à mon avis de manière très pertienente, mais pas celui-là).

– Est-il normal qu’une manifestation culturelle qui accueille de tels groupes bénéficie de subventions publiques?

Préalablement à cette question, je pense qu’on doit s’interroger sur deux points:

* On peut certes rappeler que les collectivités publiques ont une responsabilité de garantes de l’ordre public, et éventuellement des moeurs quand leur non respect risque de porter atteinte à ce dernier. On peut également poser la question de la légitimité des subventions publiques dans le domaine culturel. Sur ce second point, je pense que l’alternative raisonnable est la suivante: soit on subventionne la culture dans son ensemble, soit on ne subventionne rien. Concernant le premier point, je pense que dans la mesure où une manifestation culurelle ne trouble pas l’ordre public, et je pense avoir montré dans mes indication précédentes que le Hellfest satisfait à ce critère, ce n’est pas le rôle de l’Etat de déterminer ce qui est pertinent ou non dans les domaines de l’art, de la religion, ou même de la morale. L’alternative serait un art d’Etat, dont la définition changerait à mesure que les majorités se succéderaient ou que l’opinion publique évoluerait, et qui pourrait très bien exclure de son champ des oeuvres chrétiennes, si tant est par exemple qu’elles toucheraient à des aspects impopulaires de l’enseignement de l’Eglise en matière de morale, par exemple. De manière générale, cette lutte sur les subventions en fonction du contenu des oeuvres d’art ne peut que conduire à fractionner le monde de la culture en clans divers, qui insisteraient chacun sur la plus grande légitimité artistique de leur courant, et à agraver les divisions sociales.

* Derrière cette question se pose celle du poids du Hellfest sur la dépense publique. Or, force est de constater que celui-ci n’a jamais été exprimé clairement. Le Collectif Provocs Hellfest ça suffit a certes publié une estimation des subventions, directes ou indirectes, dont le Hellfest a bénéficié de la part de diverses administrations publiques. Mais on ne dresse pas un bilan comptable sur la base des seules dépenses. Ce qui compte, c’est le solde entre les dépenses et les recettes. Et personne jusqu’ici n’a donné une estimation précise de l’apport du festival à la région et à la ville, en terme de retombées commerciales, de rayonnement culturel, de tourisme, etc. Cela viendra probablement. De toute façon la chambre régionale des comptes fera tôt ou tard l’examen de l’usage par le Hellfest des subventions dont il bénéficie, et de leur bien-fondé à l’origine. Mais je regrette que l’on pose de manière souvent péremptoire l’argument du poids qu’il représenterait sur la dépense publique, en n’acceptant de ne prendre en considération que les éléments à charge, alors qu’il est devenu l’an dernier le troisième festival français en terme de fréquentation, et pas nécessairement l’un des plus gourmands en matière d’aides.

-Vous parlez du respect et du dialogue avec les métalleux y compris les plus extrêmes, mais que faites-vous du respect des chrétiens blessés dans leur foi par ce festival? 

Au fil de conversations que j’ai pu avoir avec des catholiques qui se disent blessés par le Hellfest, il m’a semblé qu’ils se répartissaient globalement en deux catégories: ceux qui ignorent tout du metal, ne connaissent pasde métalleux, et croient sur paroles les informations alarmantes publiées sur certains sites. Et ceux dont la position sur le Hellfest s’articule avec des convictions philosophiques ou politiques, qui les amènent à considérer le Hellfest comme l’expression d’un mouvement plus gnénral de « contre-culture », qui saperait les racines chrétiennes de notre civilisation. Engénéral, les premiers sont heureux de discuter avec moi, car je leur apporte un point de vue plus étayé et informé que le leur, et leur montre par l’exemple que tous les metalleux ne sont pas satanistes ou hostiles au christianisme. Précisément parce que leur réaction a pour origine une blessure, un ressenti, ils sont souvent content de pouvoir poser des mots et des idées dessus, quand bien même ils sont en désaccord avec moi. Avec les seconds, la conversation est moins évidente, même si elle peut être cordiale, mais on est moins dans le ressenti que dans le débat d’idées.

De manière générale, je pense que l’indignation, même sincère et profonde,  n’est pas un critère suffisant pour justifierd’une position, que ce soit sur le Hellfest, en politique, ou ailleurs. Certains catholiques sont sincèrement blessés par les textes de morceaux chantés au Hellfest. Certains métalleux ont écrit ces textes parce qu’ils étaient sincèrement blessés par le contre-témoignage de chrétiens qu’ils ont connus personnellement, ou par telle actualité impliquant l’Eglise, ou tel fait historique, etc. Je ne vais pas m’établir en juge des blessures des uns et des autres. Par contre, en tant que chrétien, je recherche la paix civile et la justice. Qui pour moi n’est pas garantie par la priorisation de telle blessure personnelle, ou de tel type de blessure personnelle, sur tel autre, mais par la création d’un espace de dialogue où les victimes de ces blessures peuvent se rencontrer,échanger et apprendre à mieux se connaitre. S’il est vrai que les démarches de lobbying contre le hellfest ont permis un dialogue parfois approfondi entre les éléments les plus motivés et/ ou les plus modérés des deux bords, je pense que celui-ci n’est pas encore optimal, dans la mesure où il ne mobilise qu’un petit cercle de connaisseurs, et que pour le grand public, tant côté catholique que métalleux, les préjugés mutuels continuent à être plarisés par la polémique. C’est pourquoi je pense que la clé se trouvent dans un débat plus général sur les relations historiques et thématiques entre la musique metal et la religion christianisme, et les questions qui y sont liées: inculturation, effets d la musique sur la vie intérieure de l’auditeur, etc. Le Hellfest n’étant qu’un festival, certes, particulièrement populaire, parmi tant d’autres, ni particulièrement influent ni particulièrement positionné sur cette question.

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Haine partout, justice nulle part?

Posted in Hellfest with tags , , , on 9 décembre 2011 by Darth Manu

Bon, sans doûte pas nulle part, heureusement, mais je n’ai pas pu me retenir, vu la propension apparente de certains à voir la haine toujours chez l’autre, jamais chez eux-mêmes…

Doooonc… Mardi dernier, après un premier feu nourri la semaine précédente contre la programmation 2012 du Hellfest, le blog du Collectif Provocs Hellfest a été supprimé purement et simplement par son hébergeur. Il est réapparu aujourd’hui en ligne.

Le Collectif donne l’explication suivante à cette suppression intempestive et momentanée:

« On a voulu nous faire disparaitre…
En début de semaine, notre blog a été supprimé par notre hébergeur, au motif qu' »il ne respecte pas les conditions d’utilisation suivantes : HATE » !!
Ayant aussitôt réagi, le blog vient d’être rétabli: « l’équipe légale a vérifié votre blog et l’a remis en ligne. »
Blogger le reconnaît: pas de haine sur nos pages ! Il faut aller la chercher ailleurs !
Voilà donc la réponse que nous pouvons apporter à tous ceux que notre blog dérange, et qu’ils auraient bien vu disparaître… » 

Mes lecteurs réguliers savent que je n’ai pas beaucoup de sympathie pour le combat du Collectif, et que j’ai consacré de nombreux billets à réfuter ses arguments et ses thèses.

Ce que je leur reproche principalement, c’est d’annoncer la fin du dialogue et de faire oeuvre de lobbying pour pousser les autorités publics et les organisateurs du festival à censurer le contenu de celui-ci, en n’invitant plus de groupes hostiles au christianisme, ou qui utilisent des thématiques liées à l’occultisme ou au satanisme dans leurs textes et dans la mise en scène de leurs concerts. Non pas que j’apprécie les paroles des groupes de black ou de death ou autres ouvertement hostiles au christianisme, loin s’en faut, mais parce que je pense que le respect se gagne par le témoignage, le respect de la parole d’autrui, aussi déplaisante et erronée soit-elle, et par la contradiction sereine, et jamais par la contrainte.

Je m’en suis expliqué dans de nombreux billets, où je montrais notamment les limites de l’approche judiciaire (inciter à la haine, ce n’est pas simplement critiquer, même de façon injuste, mais pousser à des actions violentes ou discriminatoires contre une catégorie de personne) et de la confrontation directe, qui nourrit les communautarismes et enferment les deux camps dans les certitudes plutôt que de les apprenre à se connaitre et à se respecter:

« A lutter contre la christianophobie, les catholiques finissent par n’avoir que des choses à combattre dans notre société et aucune à proposer. S’enfermer dans une posture d’auto défense permanente, sans rien donner qui puisse avoir du sens et de l’intérêt pour les membres de notre société déchristianisée, c’est nous condamner à court terme à ne plus du tout être entendus, voire à être combattus à vue, et à ne plus pouvoir transmettre l’évangile, ce qui est pourtant beaucoup plus au coeur de notre mission que la lutte contre la “christianophobie”.

A force de traiter la culture contemporaine comme une maladie plutôt que comme un terrain d’échange, de dialogue et de construction, nous nous marginalisons et augmentons le ressentiment à notre égard. » (« Christianophobie », christianofolie?).

« C’est pourquoi entre la voie préventive face à l’injure publique (censure préalable: par exemple faire pression sur les collectivités pour interdire la représentation, ou chercher à l’entraver en gênant son financement) et la voie répressive (le procès pour undélit constitué: injure, diffamation, discrimination…) je choisis résolument la seconde. Je reconnais qu’elle est très difficile à appliquer, comme ce billet de Nicolas Mathey tend à le démontrer, et je dis “tant pis!”: la liberté d’expression a plus de prix pour moi que l’interdiction d’une ou deux pièces obscures jouant la provo facile. » (Faut-il dissuader l’Etat et les collectivités territoriales de subventionner les oeuvres antichrétiennes?).

« Pour prouver qu’un groupe incite à la haine contre les chrétiens, il ne suffit donc pas de citer des textes à consonnance satanistes ou des propos qui condamnent le christianisme dans son ensemble, ou de dénoncer des métaphores morbides et blasphématoires. Il faut démontrer que les artistes incitent activement leurs auditeurs à passer à l’acte. En l’absence de cet élément, toute pression sur les autorités ou les organisateurs du festival pour censurer des groupes hostiles au christianisme est en elle-même une atteinte scandaleuse à la liberté d’expression, quand même garantie par notre Constitution et dont nous chrétiens nous réclamons nous-mêmes pour notre propre protection.  » (Hellfest: respecter autrui dans mon expression… comme dans la sienne).

Il est donc clair que je comprends et partage l’irritation de beaucoup de métalleux face aux attaques incessantes du Collectif contre le festival qui chaque année leur donne certaines des meilleurs journées, et certains des meilleurs souvenirs, de leur vie (leur « pélerinage », m’ont dit certains, et ayant participé à nombre de pélerinages catholiques ainsi qu’au Hellfest, s’il est vrai que ces manifestations portent sur des réalités d’ordre très différents, je trouve que l’analogie a du sens, dans une certaine ambiance, une certaine expérience de la communauté…).

Je me demande pourtant par quel processus de pensée rancunier et délirant certains ont pu penser que demander à l’hébergeur du Collectif de le censurer purement et simplement constituait une réponse adaptée à ses « provocs ».

Je suis catholique, et je n’aime pas les paroles satanistes ou blasphématoires de certains groupes. Pourtant, je peux comprendre que pour certains, elles puissent constituer un défouloir par rapport à ce qui leur parait constituer des points « noirs » de l’Eglise: les affaires de pédophilie, l’Inquisition, certains aspects de son enseignement moral, etc. Je ne suis pas d’accord avec eux sur la plupart de ces aspects « controversés » de l’Eglise, mais je respecte leur sincérité et leur souffrance.

De même, en tant que métalleux, je n’aime pas les amalgames, les erreurs et les caricatures portées dans les dénonciations des catholiques anti Hellfest.  Pourtant, je peux comprendre qu’un catholique qui a une foi et une vie spirituelle quotidiennes et fécondes, et qui ne connait le metal que par le ouï-dire et les postures et les textes de certains groupes, puisse être choqué, voire effrayé par l’image qui lui est renvoyée du Hellfest. Je les désapprouve, je pense qu’ils ont tort, mais je respecte tout autant leur souffrance et leur sincérité (de beaucoup d’entre eux en tout cas).

Les anti hellfest ne comprennent pas grand chose à la réalité du festival, mais ils existent, leur engagement est parti pour durer, et contrairement à ce que certains croient, ils ne sont pas qu’une poignée. En octobre dernier, pour protester contre deux pièces de théâtre obscures, Civitas, qui incarne une tendance infiniment plus dure que le Collectif,  a réussi à rassembler à Paris plusieurs milliers de personnes. Les jeunes catholiques qui ont fait de la garde à vue pour avoir jeté des oeufs ou de l’huile de vidange sur des spectateurs ou autres actions d’éclat dépassent la centaine.Je le déplore, mais ils constituent désormais une force de nuisance conséquente, et on est bien forcés de faire avec.

Les ignorer reviendrait à laisser tout le champ de la parole publique à ceux qui jouent sur leur peurs et leurs préjugés, ou qui attaquent la « christianophobie » en toute ignorance.

Les faire taire  par la contrainte, c’est les conforter dans dans leur sentiment de victimisation et de persécution, dans la thèse fausse suivant laquelle l’opinion et les pouvoirs publics persécuterait les chrétiens, comme dans certains pays arabes, comme dans la Rome antique.

Et puis il est ridicule de soutenir simultanément que le Collectif, qui, c’est d’ailleurs triste à dire, est beaucoup plus modéré dans ses positions que la plupart d’entre eux, incite à la haine d’une manière qui doit conduire leur hébergeur ou les pouvoirs publics à les faire taire, et que les textes de Marduk, de Belphégor, ou autres groupes qui ont été invités au Hellfest ou qui le seront un jour doivent être défendues au nom de la liberté d’expression. Soit on tient ce principe de la liberté d’expression pour tous, dans les limites définies par la loi, soit on ne le tient pour personne. Outre que les textes du Collectif, malgré les erreurs consternantes qu’ils diffusent, ne sont, ni moralement, ni juridiquement, des appels à la haine, vouloir les censurer, c’est leur donner raison, en admettant que la contrainte institutionnelle est la réponse la plus juste et la plus efficace aux conflits entre communauté. C’est transformer la polémique en pur rapport de force, en lutte frontale et ouverte, ce qui ne s’achève jamais vraiment et peut se renverser. Vouloir anéantir la parole de l’autre, c’est une illusion qui alimente le ressentiment. C’est donner raison aux extrêmistes du type Civitas, qui n’hésitent pas à prendre des libertés avec la démocratie et avec la loi, là ou le Collectif joue encore le jeu de l’opposition démocratique.

Plutôt que de renverser les « phobies », d’intenter au Collectif un procès en « metallophobie » comme il nous intente un procès  en « christianophobie », en attribuant ses arguments à la « haine », plutôt qu’au malentendu, à l’incompréhension, ou au manque de discernement, faisons lui justice de ce qui est réellement sa démarche, ne la discréditons pas par des qualificatifs tous faits, qui l’enferment dans une irrationalité supposée mais pas démontrée. Ne lui donnons pas la justice qu’il nous administre, mais celle que nous attendons de lui. Sinon comment le faire douter de sa démarche et lui montrer l’erreur de son engagement?

Face à certaines manifestations culturelles anti chrétiennes, le blogeur Koz a aujourd’hui appelé les cathos à trouver « la note juste »:

« En tant que catholiques ordinaires, il faut que nous trouvions la note juste. C’est très difficile car on risque de tomber dans deux pièges : le piège de la provocation gratuite de certains artistes qui savent que ça marchera toujours de cogner sur le Christ, ça fait venir des visiteurs. Le deuxième piège, c’est le piège de Civitas dont un des objectifs est de se poser en défenseur du Christ et de gagner une légitimité de ce côté-là et de mettre en porte-à-faux le reste de l’Église en disant qu’ils n’ont pas le courage de réagir. Cela déstabilise beaucoup de chrétiens.  » (Entretien avec Atlantico).

Il me semble que cela peut valoir aussi pour les partisans du Hellfest. Il faut pour nous aussi trouver la note juste: non pas se taire, au risque que la seule parole publique sur cette polémique soit une parole de condamnation. Non pas chercher à faire taire, au prix d’ajouter de l’eau au moulin de ceux qui crient à la persécution des cathos. Mais  contredire fermement, mais dans l’écoute, le dialogue et la sérénité. Quand je vois les commentaires sur mon blog, sur celui des Yeux Ouverts, ou ailleurs, je suis heureux de constater que c’est la voie choisie par de plus en plus de métalleux. Et je suis convaincu que sur le long terme, elle porte des fruits: les arguments se nuancent peu à peu de part et d’autre et le ton se fait plus cordial (je remarque d’ailleurs que Les Yeux Ouverts est passé d’un système de modération a priori de ses commentaires à un système a posteriori, ce qui suggère qu’il a davantage confiance que par le passé en ses interlocuteurs métalleux). Continuons sur cette bonne voie, au lieu de donner de bons arguments à ceux qui nous critiquent et qui en avaient jusqu’ici le plus souvent de mauvais…

A propos de la pétition « Provocs Hellfest, ça suffit » 2/2

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , , on 20 avril 2011 by Darth Manu

Je tiens en premier lieu à présenter à tous mes excuses pour le retard de cette seconde partie de mon billet sur le Hellfest, et plus particulièrement à mon confrère blogueur Les Yeux ouverts, qui attendait la publication de cette suite pour me répondre.

Cela dit:

2) Les demandes de la pétition:

« L’examen approfondi des groupes et des chansons de ceux-ci et à la non programmation de tout groupe et/ou chanson incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit »:

OK là dessus, àla réserve près qu’inciter à la haine, ce n’est pas la même chose que critiquer ou qu’exprimer une aversion pour, comme je le montrais dans la première partie de mon billet.

A noter qu’historiquement, l’interdiction pure et simple de groupes de métal a généralement des incidences très faibles sur leur popularité, quand elle n’est pas récupérée purement et simplement à des fins publicitaires par leurs promoteurs:

Dans le cas par exemple du groupe de death metal Cannibal Corpse:

« Cannibal Corpse est considéré comme l’un des groupes phares du brutal death metal, bien que leur renommée vienne plus de leurs ventes, de leurs pochettes ultra-gores et de la polémique qu’il suscite un peu partout. Le groupe est notamment interdit en Corée, en Australie et en Nouvelle-Zélande. En Allemagne les chansons des trois premiers albums du groupe sont interdites de concerts et les compilations contenant ces chansons sont tout simplement supprimées, ainsi que les pochettes de tous leurs albums. Malgré cela, Cannibal Corpse est un des seuls groupes de death metal a être rentré au billboard américain… » (MetalOrgie).

Quels ont été les résultats concrets de leur interdiction dans ces différents pays?

« Stemming from that, what are your views on censorship in general today?
Paul: Well it sucks. Censorship, it’s not good. It shouldn’t be there, it’s just one of those things, if you don’t like it, you don’t have to look at it, you don’t have to buy it. If you’re brought up right it all comes down to the parents. It’s also on the other hand something we know that we can’t let bother us. We know it’s going to be there, and if we sit there and try and fight it, there’s really no point to waste time on it. Worry about what we do is obviously what we’ve been doing. We had those problems in Germany for years. The first three records are banned, we can’t play songs off the first three CDs and everything. That didn’t make us think, hmm we aren’t going to go there then, or what do we do now, we just find a way to work around it. You’re not stopping us, we won’t play songs from the first 3 CDs then, we’re still playing, making CDs, fans are coming. You know, so you just take it in stride and work around it. It’s a lot better now. Last tour we did in Europe we were allowed to play the songs. I don’t know what happened, whether it’s a statute of limitations or they just don’t care anymore or something. But now we’re allowed to go and play the songs. So we just stuck to it. Stuck to what we’ve done, don’t play some songs, and now we’re able to. So yeah, you just can’t let it bother you. It’s unfortunate that it exists. What can you do? I guess, just do your thing and work around it. » (puregrainaudio).

« On vous a interdit de jouer des chansons des trois premiers albums en Allemagne mais cette interdiction s’est éventuellement expirée et vous avez pu jouer de ces chansons lors de votre passage au Wacken… comment étaient les réactions?

  Pat O’Brien :: Cannibal Corpse
R C’était vraiment dément. Les fans de Cannibal Corpse là-bas veulent entendre Hammer Smashed Face depuis toujours! La dernière fois que nous avons joué au Wacken, nous avons pu le faire alors les réactions s’en sont suivies! Ces gens ne veulent pas que le gouvernement choisisse pour eux quoi écouter. Ils ne veulent pas de censure. C’est ridicule tout cela… Pendant des années, nous allions jouer dans des petits bars ou des petites salles et nous devions signer des papiers comme quoi aucun titre des trois premiers albums ne serait joué. De temps en temps, nous en échappions une sans faire trop exprès (rires) et, je te le jure, les exécutifs de la compagnie de disques en Allemagne en entendaient parler le lendemain. De temps en temps, un gars aucunement subtil s’approchait de nous en nous demandant si nous avions joué Hammer Smashed Face à Leipzig, par exemple. Évidemment, si nous avions joué une chanson des trois premiers albums dans un contexte comme un festival ou quelque chose du genre, nous aurions tous étés arrêtés. Il arrivait très fréquemment que des officiers de police se pointaient à nos spectacles avec une expression de « Que diable fais-je ici » au visage, alors que nous étions en train de jouer. Comment veux-tu qu’ils sachent la différence entre Hammer Smashed Face et Fucked With a Knife? Et ne me laisse pas te parler d’à quel point je trouve cela aberrant d’avoir dit cela moi-même… penses-y, nous pouvions jouer Fucked With a Knife, mais pas question de jouer Hammer Smashed Face…
  Fred Laroche :: CDM
Q J’ai décidément du mal à imaginer qu’ils puissent différencier les chansons des 3 premiers albums des autres chansons…

  Pat O’Brien :: Cannibal Corpse

R

Pfff… bien sur qu’ils ne sont pas capables! Voyons! A moins que l’un d’eux soit un fan de notre musique en secret… De toute façon, ils l’ont dans le cul aujourd’hui puisque cette censure a fait en sorte que les fans ont voulu entendre les chansons encore plus. Ça a fait en sorte que les fans étaient encore plus intéressés à acheter ces albums puisqu’ils étaient difficiles à trouver et qu’ils étaient en fait des items de collection. » (Capitale du Metal)

Non seulement les résultats concrets de la censure sont généralement très discutables (publicité paradoxale, contournement des décisions de justice éventuelles, piratage) mais ils passent complètement à côté du problème très légitime auquel celle-ci vise à répondre. Non seulement en effet la plupart des fans de metal les plus hostiles au christianisme ne se sentent pas particulièrement poussés à se remettre en cause, mais ils se braquent et tirent de ce type d’action la confirmation de leur vision des chrétiens comme bornés et intolérants: ou comment le repli communautaire des deux côtés tue le dialogue et ne fait qu’alimenter la popularité et l’argumentation des groupes les plus hostiles au christianisme.

Le refus de mettre en avant et/ou de proposer à la vente tout support de quelque forme que ce soit et incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit »

Reprenons l’exemple de Cannibal Corpse:

« As of October 23, 1996, the sale of any Cannibal Corpse audio recording then available was banned in Australia and all copies of such had been removed from music shops. At the time, the Australian Recording Industry Association and the Australian Music Retailers Association were implementing a system for identifying potentially offensive records, known as the « labelling code of practice. »

As a result, until April 1, 2006, only one Cannibal Corpse album, Gallery of Suicide, was listed in even the most explicit class of records allowed to be sold in Australia, and even that one disappeared from all legal classification after 2001. Thus, from at least April 1, 2003 to March 31, 2006, it was illegal for Australian music retailers to sell any audio recording produced by Cannibal Corpse. However, from April 1, 2006 to March 31, 2007, it became legal to sell all ten of the studio albums that the band had recorded by them, as well as the live album Live Cannibalism, the boxed set 15 Year Killing Spree, the EP Worm Infested, and the single « Hammer Smashed Face. » » (Corpseclothing).

La censure, comme souvent (cf. par exemple le destin du Comic Code Authority aux Etats-Unis, ou de la censure cinématographique en France), n’a duré qu’un temps. A-t-elle réduit le succès de Cannibal Corpse? Non. A-t-elle incité le groupe a adoucir les textes de ces morceaux? Non. A-t-elle suscité une prise de conscience dans le milieu du métal sur le contenu des paroles? Non. A-t-elle contribué à l’essort de la christianophobie chez une partie des métalleux? Manifestement oui, si j’en crois les réactions sur les sites de metal à chaque occurrence de ce type de censure.

En effet, la censure n’est pas efficace contre le metal pour la raison suivante: le métal y a été confronté tout au long de son histoire, et la plupart de ses courants les plus extrêmes se sont définis et ont trouvé leur audience en réaction à ses exigences:

« Un autre point, sur lequel nous avons déjà quelque peu discuté précédemment, a également contribué à la solidarité du milieu: nous faisons ici allusion à l’union du milieu Metal contre la censure. Contre le PRMC (cf. supra), contre les opprobres faites u Metal par certaines associations religieuses ou parentales, le Metal s’est retrouvé d’autant plus soudé au sein de la micro-famille qu’il forme. Il est pourtant à noter que ses réponses aux diverses accusations furent souvent de minces stratégies de défense, le Metal ne reniant pas son côté ostentatoire et parfois amoral. A cela notre question précédente refait surface: la liberté de tout dire que nombreux de ses protagonistes s’octroient peut-elle coexister avec le système en vigueur et ses valeurs? Nous ne pouvons donner présentement une réponse claire à cette question. Néanmoins ces deux facteurs-statut de paria, censure- que nous venons d’évoquer permettent de mieux saisir la force unitaire dans laquelle le Metal s’est formé. En cela les acteurs du milieu Metal s’avèrent engagés et solidaires, attributs qu’ils expriment au travers de leur distinction sociale-visuelles ou autres-, au travers de leur connaissance partagée du genre et qui circule par une médiation passionnelle, mais surtout par une forme de rebellion qui consiste à aller contre le courant principal (en anglais: le mainstream), contre le socialement ou le politiquement correct, ou d’une manière générale à se tourner vers ce qui leur semble le plus proche de l’authenticité » (Le Metal: étude d’un genre ambigu, extrême, protéiforme, mémoire de DEA par David Moussion, sous la direction de Jean-Paul Olive, PU à l’Université Paris VIII, p. 47).

Le métal est né de la confrontation à la censure, et en chercher les failles est l’une des raisons d’être de ses variantes les plus extrêmes, comme le grindcore, le death ou le BM. Comment croire que ce qui a suscité initialement ces provocations va parvenir à les museler sur le long terme? Le blogueur hostile au Hellfest Les Yeux Ouverts s’est plaint récemment du communautarisme des métalleux (dans une interview accordée au site Liberté Politique) , mais il ne semble pas se rendre compte que celui-ci est né historiquement d’une réaction contre la censure mainte fois exercée et dès l’origine du genre sur certains groupes de métal, et qu’en appelant lui-même à la censure du festival, il ne fait que l’alimenter et confirmer la raison d’être de groupes tels Belphégor ou Mayhem. C’est en montrant que nous sommes capable de dialoguer et de nous remettre en cause que nous infirmerons l’idéologie de ces groupes, et non en répétant à l’infini les maladresses qui les ont fait naître et leur ont donné leur popularité.

« La non promotion sous quelque forme que ce soit à l’intérieur de l’enceinte du festival : de la violence y compris à caractère sexuel ; des transgressions contre nature ( nécrophagie, profanation…) ; des comportements dommageables pour l’intégrité physique des personnes ( mutilation, suicide, appel au meurtre…) ; du satanisme. « 

L’ajout du satanisme à cette liste est révélatrice de la confusion d’esprit des auteurs de cette pétition, qui mêlent en une même approche apologétique et argumentation juridique. Si le satanisme est bien évidemment condamnable dans une perspective chrétienne, et doit être combattu sur le terrain des idées, comment justifier son interdiction sur le plan du droit positif au nom d’une démarche qui entend combattre « la haine contre quelque communauté que ce soit »:

N’importe quelle personne hostile à l’Eglise et sachant additionner « 2+2 » aura tôt fait de retourner l’argument contre les auteurs de cette pétition, et de les accuser de tentative de discrimination contre les minorités religieuses qu’ils désapprouvent. C’est ce qui arrive quand on tente de retourner soit-même le discours victimaire des minorités hostiles au christianisme: on finit par s’enfermer dans des contradictions logiques.

En effet, il est possible: soit de mener le combat sur la terrain juridique, donc dans une perspective éventuellement contraignante,  et de défendre le respect de toutes religions, sans préjudice de leur enseignement, soit de le faire sur le terrain doctrinal, et donc de se donner les moyens de critiquer ce contenu, mais dans une démarche qui est une démarche de dialogue et non de contrainte politique et juridique, soit d’essayer éventuellement de tenir ces démarches de manière parallèle. Mais les confondre au sein d’une même demande, une même phrase a fortiori,  est très maladroit, et donne une impression de sectarisme et de logique partisane.

3)L’esprit de la pétition:

Le collectif auteur de cette pétition entend marquer la fin du dialogue:

« Le dialogue instauré depuis des années avec les organisateurs et qui s’est traduit l’année dernière par une table ronde n’a pas porté les fruits escomptés puisque les organisateurs et les pouvoirs publics n’ont tenu aucun compte des alertes et des appels à la responsabilité.

Avec les programmations d’une quinzaine de groupes de la même veine, voire pire que l’édition 2010, la fête de l’Enfer continue les provocations et la promotion du satanisme.
Le temps du dialogue est donc arrivé à son terme.
C’est pourquoi le collectif de lutte contre toutes les provocations violentes et haineuses« Provocshellfestcasuffit » a été constitué.
 A-confessionnel au sens de son autonomie par rapport aux instances religieuses et a-politique au sens de son indépendance par rapport aux partis politiques, le collectif a pour objectifs :
Continuer d’alerter
Faire pression afin que les provocations évoquées plus haut cessent
Son action n’est donc en aucun cas dirigée contre les métalleux en tant que personne, tout en soulignant tout de même leur propre responsabilité.
Le collectif « Provocshellfestcasuffit » est par conséquent ouvert à toute personne, physique et/ou morale, qui souhaiterait apporter sa pierre à cette démarche qui s’inscrit dans le temps » (« Qui sommes nous?« ).
On peut se demander si le dialogue a effectivement commencé, tant les échanges sur certains sites sont parfois violents et péremptoires des deux côtés. On peut également s’interroger sur l’étrange conception du dialogue qu’a ce collectif, qui semble placer la remise en question d’un seul côté, et ne juger les fruits du dialogue qu’en fonction des concessions obtenues sur le court terme (alors que le collectif inscrit sa propre démarche « dans le temps ».
Je m’interroge pour ma part sur les fruits qu’espèrent obtenir à long terme les auteurs de cette pétition: on ne change pas les mentalités par la contrainte, l’Histoire l’a assez prouvé. Et quel sens donnent-ils à leur engagement de chrétien dans la cité?
Etre chrétien, ce n’est pas la même chose qu’être homosexuel, femme, membre d’une minorité ethnique, etc. Il ne s’agit pas simplement de revendiquer d’être ce que l’on est sans être embêté par personne, ce n’est pas juste une question d’identité à affirmer et à défendre. Le sens de notre baptême, c’est certes de refuser le mal, mais plus profondément encore  de répandre le bien, d’annoncer une Bonne Nouvelle, d’évangéliser, de convertir les coeurs des païens, de les disposer  à entendre  l’Evangile… C’est non seulement l’une des significations primordiales de notre engagement de baptisés, mais également une revendication très actuelle de notre communauté. J’assistais hier soir à la messe chrismale de mon diocèse. Lors de l’homélie, l’évèque fit le bilan des remontées des différentes équipes paroissiales qui ont participé au synode lancé en septembre dernier (je suis paroissien du diocèse de Versailles). L’une d’elles était la suivante: que la nouvelle évangélisation soit moins dans les paroles et davantage dans les actes.
Quel est l’apport de cette pétition à cet impératif de l’évangélisation? Il est à mon avis égal à zéro. Comment disposer en effet à l’écoute et à la conversion des gens à qui on commence par dire « le temps du dialogue est révolu », qu’on tente de faire céder sous la pression du nombre et des menaces de procès? Le Hellfest attend en moyenne chaque année autour de 70 000 festivaliers: et bien cela fait 70 000 personnes que cette pétition risque de dégoûter durablement du christianisme. Bravo pour l’effort d’évangélisation: c’est bien la peine qu’on se casse le c… dans nos paroisses, avec notre famille, nos amis ou au travail pour essayer de faire évoluer la vision de l’Eglise, si c’est pour se faire pointer que les catholiques sont les premiers à proclamer la fin du dialogue dès que le cours de celui-ci n’évolue pas comme ils l’auraient souhaité!
Je ne résiste pas à ce sujet à la tentation de faire le parallèle avec cette polémique autour de l’exposition à Avignon d’une oeuvre intitulée Piss Christ, qui représente un crucifix plongé dans de l’urine, et qui a suscité la vindicte de diverses organisations catholiques.
Les similitudes avec la polémique autour du Hellfest sont nombreuses: une manifestation artistique semble verser dans le blasphème: en réponse, une association catho, Civitas, au demeurant très liée à Catholiques en campagne qui était l’auteur de la pétition anti-Hellfest de l’an dernier, lance une pétition demandant aux pouvoirs publics d’interdire cette oeuvre, avec des arguments très proches de ceux habituellement invoqués contre le Hellfest. Les résultats à ce jour sont édifiants: une oeuvre relativement confidentielle acquit une notoriété extraordinaire, quelques jeunes crurent bons de la détruire, pour rien puisqu’elle est à nouveau exposée, si ce n’est qu’ils ont faipasser par leur acte les catholiques du statut de victimes à celui d’agresseurs, et les responsables de l’exposition de celui d’agresseurs à celui de victimes.
Ce fait divers déplorable me parait lourd d’enseignement pour la polémique autour du Hellfest. En effet:
-On parle beaucoup de la responsabilité des groupes et des organisateurs du Hellfest, et de leur influence éventuelle sur les jeunes les moins aptes à discerner. Cette interrogation me parait pouvoir s’appliquer également aux collectifs anti-Hellfest: à force de présenter l’Eglise comme une citadelle assiégée, victime des pires discriminations et exactions, il parait peu étonnant que des jeunes soient poussés à des actes de révoltes, voire à des délits, et (pourquoi pas un jour prochain?), à des crimes, en croyant protéger leur foi contre une société corrompue et les maneuvres du démon. La christianophobie croissante de certains milieux, et les outrances de certains sites et associations cathos sont les deux versant d’un même problème, qui est la dissolution du tissu social et le repli derrière les belles idéologies communautaires. Ne nous laissons pas gagner par ce cancer en cherchant à l’opérer chez l’autre.
-Pour éviter d’être des victimes, certains catholiques décident de se faire des agresseurs, par des pétitions, des menaces, des manifs, … et, nous l’avons vu, parfois par la violence. Voilà qui renverse dramatiquement l’enseignement de l’Evangile, qui incite à tendre l’autre joue et à se faire serviteur . Je sais bien que dans certains milieux on aime à parler de la « Sainte Colère » et à citer abondamment l’épisode des marchands du temple. Je suis peu convaincu: cette scène ne décrit pas Jésus appelant ses disciples à la résistance civile, mais un Fils chassant des intrus de la maison de SON Père. Hors de cette maison, point de « Sainte Colère », mais les humiliations et les tortures subies, en restant ferme sur le message, mais dans l’humilité,  de la Passion. Nous ne sommes pas le Christ, et je ne pense pas que nous sommes à même de juger avec la même autorité des pécheurs tels que nous, et de les chasser de semblable façon. Le Christ nous appelle en effet à nous juger nous mêmes avant de juger autrui, et à porter notre propre croix. Il nous appelle à vivre par cette dernière plutôt que par l’épée, et c’est donc à mon avis sur notre imitation de sa Passion que nous serons jugés, de préférence à celle de sa Sainte Colère. Dans le cas du Hellfest, vivons notre Passion en répondant aux outrages de certains groupes par le témoignage de tout ce que notre foi nous a apporté de Bon, de Beau et de Vrai, et ainsi nous changerons les coeurs avec succès, de même que le Christ a préféré la Croix et la promesse du rachat des péchés aux condamnations et aux menaces (même s’il a toujours veillé à rappeler les conséquences d’un refus de la Grâce proposée, mais sans chercher à contraindre quiconque). Même lorsqu’il a envoyé ces disciples annoncer l’Evangile, il ne leur a pas demandé de menacer ceux qui refuseraient de les accueillir, ou de lancer des campagnes contre eux, mais de secouer la poussière de leurs semelles et de s’en aller.
-Certains disent que ces pétitions ont au moins le mérite d' »être là » pour défendre l’Eglise, et que « c’est toujours mieux que de ne rien faire ». Quel a été le résultat de la pétition de Civitas: une oeuvre qui était connue de peu de catholiques (elle date de 1987 et c’est seulement maintenant que la polémique surgit!), et qui donc en choquait peu, est devenue connue de tous, et en a donc choqué un nombre beaucoup plus importants. Et les catholiques, qui étaient les victimes et qui à se titre pouvaient demander la sympathie, sont devenus les  agresseurs et ont suscité l’opprobre. Je vais peut-être passer aux yeux de certains pour un « tiède » (et franchement je m’en moque bien), mais je pense que pour le coup, ne rien faire aurait été beaucoup mieux…
Voilà donc pourquoi je ne signerai pas cette nouvelle pétition contre le Hellfest, et déconseille de le faire, même si je salue un certain effort d’information et de nuance par rapport à celle de Catholiques en Campagne l’an dernier.
Pour conclure et ouvrir le débat, je signale l’information suivante:
« À l’occasion du 40è anniversaire de la dissolution des Beatles, le Vatican a rendu hommage samedi aux quatre garçons dans le vent dans son hebdomadaire l’Osservatore Romano. Dans un article, le Vatican déclare qu’il pardonne aux Beatles pour leurs commentaires « sataniques » et notamment ceux de John Lennon qui déclarait en 1966 que son groupe était plus populaire que Jésus Christ. Le Vatican a également déclaré que les Beatles était « un joyau » de la musique. « Il est vrai que le groupe consommait de la drogue, qu’ils vivaient dans l’excès à cause de leur succès. Ils ont même dit qu’ils étaient plus connus que Jésus Christ et on fait passer d’autres messages mystérieux à connotation satanique. Ils n’ont peut-être pas été le meilleur exemple qui puisse être pour la jeunesse de l’époque, mais ils n’étaient pas les pires. Leurs belles mélodies ont changé le monde de la musique et continue encore aujourd’hui à donner du plaisir », écrit l’Église Catholique.  John Lennon avait également déclaré lors de cette fameuse interview que la chrétienté finirait par disparaître. « Elle va s’éteindre et sombrer. Je n’ai même pas besoin de le prouver…Je ne sais pas qui du rock and roll ou de la chrétienté des disparaîtra le premier » avait-il affirmé, choquant le Vatican. Une page est donc tournée aujourd’hui et l’Eglise Catholique semble définitivement réconciliée avec les Beatles. Interviewé sur la chaîne américaine CNN, l’ancien batteur du groupe, Ringo Starr, qui vient de sortir un nouvel album intitulé « Y Not », a déclaré mardi qu’il se fichait du pardon du Vatican. « Ils ont déclaré à l’époque que nous étions sataniques et ils ont quand même réussi à nous pardonner ? Je pense qu’ils ont mieux à faire que de parler des Beatles », a-t-il expliqué » (Le Parisien).
Si on peut pardonner à certains groupes leurs « messages mystérieux à connotations sataniques » au nom de la musique, pourquoi pas à tous?

A propos de la pétition « Provocs Hellfest, ça suffit » 1/2

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , on 4 avril 2011 by Darth Manu

(Merci à Panouf de m’en avoir signalé l’existence)

Cette pétition, qui émane du « collectif pour un festival respectueux de tous« , s’adresse aux différents partenaires du festival.

Elle commence par dire sa satisfaction de l’annulation d’Anal Cunt et de Satanic Warmaster, et enchaine sur la dénonciation du « manque de vigilance » supposé des organisateurs du Hellfest.

Puis elle analyse les paroles et/ou l’historique de trois groupes: Mayhem, Belphégor et Triptykon, tous présents sur l’affiche 2011 du Hellfest, pour tenter de montrer que chacun de ces groupes est coupable de discrimination religieuse.

Enfin, elle demande aux différents partenaires du festival de faire pression sur celui-ci afin de déprogrammer « tout groupe et/ou chanson incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit », de refuser « tout groupe et/ou chanson incitant à la haine contre quelque communauté que ce soit », et d’assurer « La non promotion sous quelque forme que ce soit à l’intérieur de l’enceinte du festival : de la violence y compris à caractère sexuel ; des transgressions contre nature ( nécrophagie, profanation…) ; des comportements dommageables pour l’intégrité physique des personnes ( mutilation, suicide, appel au meurtre…) ; du satanisme ».

Mes remarques sur cette pétition:

1) A propos des trois groupes cités:

Mayhem:

La pétition dit: « Mahyem (sic) revendique et encourage très explicitement la haine des chrétiens« . Comme je le montrais dans un précédent billet, dire du mal du christianisme ou blasphémer, même de façon virulente, ce n’est pas la même chose qu’inciter à la haine. Celle-ci en effet passe par l’appel à des actions concrètes. Il est vrai que certains des membres  du groupe ont participé au début des années 1990 à des incendies d’églises (et l’un d’eux a été victime de meurtre). Mais loin de monter en puissance depuis ces actes dont les auteurs ont tous été poursuivis, condamnés et ont purgé leur peine depuis longtemps, les membres actuels se sont assagis.

Hellhammer (batteur du groupe) est si peu antichrétien qu’il a été batteur de session pour le groupe d’unblack Antestor, et porte un jugement très favorable, tant sur le plan personnel que musical, sur les membres du groupe de death/black metal chrétien Extol sur son forum. Par ailleurs, il affirme dans une interview que la musique était dès le départ la finalité principale de Mayhem, et non l’antichristianisme: « In my opinion, black metal today is just music. I will tell you that neither I nor other members of Mayhem never really were against religion or anything else. We are primarily interested in music » (Interview sur Metal Library).

Il est vrai qu’il a souvent joué à brouiller son image dans les médias, et ses déclarations peuvent être sujettes à caution, mais s’il est peut-être un manipulateur, il n’est clairement ni un sataniste convanicu, ni a fortiori un antichrétien militant et haineux.

Attila (chanteur) est certes personnellement opposé au christianisme, mais fait explicitement la différence entre les croyances et les personnes, et n’incite donc pas à la haine:

« Attila : C’est assez complexe… Dans les grandes lignes, l’album a pour thème central les éléments logiques qui relient l’ordre au chaos dans notre monde, dans notre quotidien. Pour illustrer cela, je fais référence dans ces textes à de nombreux grands textes et mythes de l’histoire, plus précisément, à la représentation que l’homme se fait du chaos depuis l’antiquité. (le vocaliste part alors dans une explication particulièrement longue et riche, en évoquant les tablettes sumériennes, la ceinture d’Orion, nombre de mythes chrétiens, les pyramides de Guizeh…).
Tous ces mythes, tous ces éléments historiques ont été réinterprétés de toutes les façons possibles par les religieux du monde entier, qui refusaient toute autre explication de l’existence des hommes sur cette terre que leur création par un Dieu unique. Au travers de ces textes, j’ai tenté d’amener une réflexion sur ce refus… Mais je suis bien conscient que cela ne reflète pas le point de vue de tous les croyants, je n’ai aucun problème avec le fait que tu sois juif, chrétien ou musulman…j’ai simplement voulu proposer ma vision des choses par rapport aux positions des différentes institutions religieuses sur la vie, l’ordre et le chaos et ce tout au long de l’histoire…

Joff : Mais dès lors, pourquoi uses-tu d’artifices comme un crucifix inversé sur scène ?

Attila : Parce que cela renvoie à une idée de contestation de cette institution religieuse, il ne faut pas forcément prendre ce que je fais sur scène au pied de la lettre.

Joff : Mais ne regrette tu pas qu’une partie du public ne vois alors pas plus de ta part qu’une simple reproduction de tous les clichés satanistes utilisés dans le mouvement Black Metal depuis sa création ?

Attila : A vrai dire cela m’importe peu… j’ai mes idées, et je ne suis pas sur scène pour faire de la propagande. Pour ce qui est du satanisme en soi, ma vision de la chose est assez simple: si Dieu existe, alors que quelqu’un me le prouve, en attendant, je demande simplement:  « Si Dieu existe, alors pourquoi pas Satan ? » (interview par Metalorgie).

Necrobutcher (bassiste) quitta Mayhem  en 1991, lors des premières polémiques autour du black metal norvégien, parce qu’il ne supportait plus la pression médiatique et les excès d’Euronymous. Ce dernier tint en son temps des propos assez méprisants sur sa « normalité »: « Yes, Necro Butcher is out of the band, because he’s become a totally normal person with his own family (spit), and he has no longer anything to do with the black metal/death metal lifestyle » (Interview par Angelfire). Il ne réintégra le groupe qu’en 1995, après les meutres et les incendies d’églises. Il parait donc difficile de lui faire grief d’actes dont il s’est clairement démarqué dès qu’il prit conscience de leur gravité.

Le line up actuel de Mayhem apparait donc beaucoup plus modéré dans son antichristianisme que la pétition ne le suggère. Cela ne fait pas nécessairement de ses membres des personnes absolument intègres: ils ont été poursuivi aux Pays-Bas en 2009 pour la destruction d’une chambre d’hôtel. Mais si ce type d’actes devaient motiver une telle pétition, ce sont tous les festivals de musique sans exception qu’il faudrait censurer, et non le seul Hellfest, tant de tels comportements sont courants en dehors du metal.

Belphégor:

Le satanisme de ce groupe semble de type LaVeyen, c’est-à-dire qu’il nie l’existence personnelle de Satan, et y voit le symbole de la liberté humaine face à l’opression religieuse supposée:

« Il y a des attitudes très différentes dans le black metal concernant le Satanisme : certains groupes le prennent très au sérieux et d’autres se servent juste des images pour le fun. Vous semblez vous tenir entre les deux…

Belphegor représente la magie, la liberté et la rébellion. Le message est très clair, faites ce que vous voulez, prenez vos propres décisions et suivez votre propre chemin » (Interview sur Radio Metal).

En réalité, les membres sont justes des athées très remontés contre les religions organisés, et non des satanistes théistes:

« Noticeably, your lyrics, tiles, and your website are very out-spoken. I have just recently read an article (on anus.com) about boycotting Christian metal, and shortly after that a metal fan approached me with some heavy criticism who finds that Black metal is no longer acceptable because the satanic content most albums have. As an atheist he sees this as a form of religion. What’s your take on this?

I consider myself as an atheist. I’m not a slave of any kneeling-crawling-praying shit-sect » (interview par Metalcrypt).

L’examen de leurs paroles met  en évidence l’une des faiblesses majeures de la démarche de beaucoup d’antihellfest. Ces derniers s’opposent au festival sur une base morale (dénonciation des paroles semblant faire l’apologie du mal, des pratiques sexuelles déviantes, etc.) et religieuse (dénonciation du satanisme et de l’antichristianisme) mais argumentent sur le terrain juridique (dénonciation de l’appel à la haine) dans l’espoir qu’une victoire dans ce dernier domaine permettra une avancée dans les deux premiers. Mais l’appel à la haine, comme je le montrais dans un précédent billet, n’est pas constitué de manière suffisante par des paroles blasphématoires ou qui manisfestent une hostilité virulente contre le christianisme, mais par l’appel à des actes concrets contre la personne des chrétiens et contre l’institution catholique.

Ainsi, s’il me semble que la chanson suivante peut être interprétée comme un appel à la haine:

Cremation Of Holiness
Christ has died – squealing like a pig
Hellish torment – seething flesh
Mocked and spitted at – his lies now ignored
Kill his minions – exterminate ’em all

Behead the disciples of god…

Turn their churches into abattoirs
Wade in desecrated blood
Bomb the vatican – crucify the (polish) whore
Cremation of holiness – destruction of faith

Profanation – Blasphemation
Fornication – Bloodperversion (Album Necrodaemon Terrorsathan, paroles sur Dark Lyrics).

Celle qui suit n’en est manifestement pas un, et si Belphégor devait être condamné pour la première, il resterait donc libre de jouer la seconde au Hellfest ou ailleurs:

Sanctus Perversum

Whorehouse temple – orgasmic hell
Sado fuckfest – unholy mass
Sin triumphant – vomit the soul

Ass for an ass – cunt for a cunt

Sacramental – Coitus in Anum
Sacrificial – Bukkake delight

Gaping cornholes – raining cum

Kyrie eleison
Dominus
Christe eleison
Sanctus

[Lead: Sigurd]

Ass for an ass – cunt for a cunt

Sacramental – Coitus in Anum
Sacrificial – Bukkake delight

Glorification of flesh above spirit

Sanctus…
(Album Pestapokalypse VI, paroles sur Dark Lyrics).

Le problème de la censure, c’est qu’elle place la morale sur le terrain de la loi. Et celle-ci, contrairement à la première, est restrictive dans son application, et susceptible d’interprétations et de contournements. Ainsi, même si Belphégor était condamné ou censuré pour ses morceaux les plus violents, il pourrait continuer à jouer ceux simplements blasphématoires ou obscènes sans difficulté. Ce qui montre combien choisir l’interdiction pure et simple plutôt que le dialogue est illusoire, et n’apportera dans le meilleur des cas qu’un bénéfice extrêmement minime.

Même dans les pays les plus répressifs en matière de morale, on observe en effet combien il est facile de contourner l’esprit de la loi pour justifier son contraire:

« Comme on a pu le voir dans les travaux de recherche français (Lapassade, 1996 ; Monceau, 1997) et anglo‑saxons (Woods, 1990 ; Berthier, 1996) sur l’école, les mécanismes de contrôle imposés par l’institution produisent des effets opposés à ceux qu’ils sont censés produire. L’école iranienne en est un exemple inédit. La déviance n’a certes pas forcément la même signification que dans d’autres contextes, puisque certaines conduites, acceptées ailleurs, sont considérées en Iran comme illicites. Les élèves s’efforcent de trouver des solutions adaptées qui leur permettent de contourner les normes et de faire face aux humiliations subies : porter tel ou tel habit non autorisé sans se faire remarquer, cacher les objets interdits, se maquiller discrètement, avoir des relations avec le sexe opposé, regarder un magazine étranger pendant le cours, déserter les manifestations idéologiques, apprendre et pratiquer superficiellement des savoirs religieux et idéologiques.

33Les élèves considèrent certaines normes comme une ingérence « illégitime » atteignant leur liberté et l’infraction est alors jugée comme nécessaire et juste. Des fractions importantes d’élèves sont en désaccord profond avec l’institution qui crée ces normes et cette perception est largement partagée par les familles (Monadi, 1997). Une élève proteste ainsi : « Regardez le lycée des autres pays ou celui d’avant la révolution, nous n’avons aucun droit, on se permet de fouiller notre sac ou notre cartable et de vérifier les objets personnels comme les photos, le carnet d’adresses, l’agenda… »

34La répression de la culture juvénile par les pratiques humiliantes et des discours hautains et agressifs blessent les élèves et les encouragent à ignorer, à contourner ou à déformer certaines normes : « J’ai connu l’école des années 1980, la version la plus dure de l’école iranienne. Les enseignants hezbollah nous traitaient comme des animaux, leur agressivité était intolérable, nous subissions quotidiennement les humiliations qui nous blessaient. Les élèves cherchaient à tout prix à les venger, par exemple, on ne répétait pas les slogans lors de la cérémonie matinale, on regardait les films interdits, on sortait avec les garçons, on buvait des boissons alcooliques, on écrivait des insultes contre les mollahs sur le tableau, on posait des questions insensées sur la religion ou la moralité » ( La religion d’Etat à l’école: l’expérience de l’islamisation de l’école en Iran, in Journal des anthropologues).

Il s’agit certes d’une censure et d’une répression beaucoup plus extrêmes que celles proposées par les antihellfest, mais qui montre combien il est illusoire et contreproductif de prétendre changer les coeurs par la contrainte. Et comment ne pas faire le rapprochement avec le témoignage suivant de Marilyn Manson?

« Mon autre source imperturbable d’information (sur le rock)a été l’école chrétienne. Tandis que Nick me branchait sur le heavy metal, l’école organisait des séminaires sur les messages subliminaux. Ils apportaient des disques de Led Zeppelin, de Black Sabbath et d’Alice Cooper et les passaient à fond sur la sono. Différents professeurs se mettaient à tour de rôle devant la platine pour, de l’index, faire tourner les disques à l’envers afin de nous expliquer le contenu de ces messages cachés. Bien évidemment, la musique la plus extrême, celle qui contenait les messages les plus sataniques, était exactement celle que je voulais entendre… puisque c’était interdit. Ils brandissaient des photos de groupes pour nous faire peur, mais tout ce qu’ils ont réussi à obtenir, c’est de me décider à porter les cheveux longs et une boucle d’oreille pour ressembler aux musiciens des pochettes » (Mémoires de l’enfer p. 26, cité dans L’Age du Metal p. 283).

 

Cet exemple édifiant montre combien la morale et le respect ne sauraient se gagner par la contrainte, au risque d’obtenir l’effet inverse et d’accélérer la déchristianisation de notre société. En ce sens, les antihellfest seraient bien inspirés de méditer la pensée suivante de Pascal: « L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête« .

Triptycon:

La dénonciation de ce groupe par la pétition qui fait l’objet de cet article est très étonnante, pour ne pas dire aberrante, et illustre combien les antiHellfest ont une connaissance superficielle du métal, et une méthodologie défaillante, qui se borne à relever les occurences d’une thématique sataniste ou antichrétienne dans les paroles d’un groupe, plutôt que d’analyser ce dernier en profondeur et en contexte. Voici en effet comment le fondateur de Tryptikon, ancien de Celtic Frost, analyse son rapport personnel à la religion:

« Occulte. Un mot à la signification aux multiples facettes. Quelle en est la signification chez Triptykon ?

Une signification extrêmement personnelle, qui vient de mes origines et de mon chemin de vie. Satanisme, occultisme sont des mots qui, particulièrement dans la scène metal, sont infiniment mis à contribution pour plusieurs raisons. Ils sont devenus des clichés, des parts d’une imagerie et des arguments de vente. Je ne veux prendre part à cela.

Tryptikon traite de thèmes historiques et occultes, lesquels ?

Histoire, religion, occultisme, la psyché de l’homme et tous les points qui s’y rapportent. Dans ma jeunesse, c’était les thèmes que j’ai utilisés pour fuir la réalité très sombre de ma vraie vie. Mais je ne suis pas le partisan d’une religion ou d’un culte, bien au contraire. Il s’agit plutôt d’une sorte de dispute intellectuelle avec ces thèmes » (Interview par Daily-rock, p.6).

Déjà, du temps de Celtic Frost, Tom Gabriel Fischer insistait bien sur le caractère non militant de sa critique du christianisme:

« A lot of the band’s early work had a lot of Satanic imagery. Is that something you believe or believed in, or was it simply a writing tool?
To deal with the topic of occultism or Satanism or Christianity doesn’t mean you have to be a part of it or a follower. Martin used religion as a means of revolution against his environment, his family, his upbringing, which was a forceful introduction to the Catholic Church. His youth to him was a huge restriction. It was a darkness, the exact opposite of what his parents intended, to be forced into these rigid religious ceremonies and beliefs without any choice from a very early age. It made him grasp for anything to leave this, to challenge this, to conduct his own mini-revolution against his parents. Dealing with occultism, even though he was never a Satanist and neither was the band, these topics alone shocked his parents and his environment. Martin became an expert on all these topics because he’s been studying them since he was a little kid. So it was obvious that this would be a topic of most of our lyrics at the time, even nowadays on the new album. But I can assure you that we have never followed any man-made religion. We are very critical of any religion, be it Satanic or Christian or whatever. I don’t think anybody in the band believes anything. We are simply musicians and we deal with topics that are of interest to us » (Interview sur About.com Heavy Metal).

A propos des paroles de ce groupe, la pétition affirme:

« Enfin, Triptykon, un groupe helvétique dont l’emblème est une croix renversée. Leurs titres sont tout aussi explicites, comme la chanson « Crucifixus » ou « I am The Twilight », dans laquelle ils invitent à « Persécutez les serviteurs de Dieu, les esclaves doivent finir comme des esclaves, pataugeant dans les ruisseaux en mourant, dans l’obscurité vers leurs tombes. » »

Crucifixus est un instrumental (sans paroles donc: merci l’exactitude de cette pétition). Voici le texte complet du second morceau:

I Am The Twilight

Yield, I am the twilight
Three, three days of darkness
Love has turned to hatred
Why have I been chosen?

Chaos, let chaos reign
Repent, in fear repent
Chaos, let chaos reign
Die, die as you pray

Persecute the servants of god
Slaves shall end as slaves
Wading through dying creeks
In gloom towards their graves

Chaos, let chaos reign
Repent, in fear repent
Chaos, let chaos reign
Die, die as you pray

I rise above
In light divine

As you sow
You shall reap

Chaos, let chaos reign
Repent, in fear repent
Chaos, let chaos reign
Die, die as you pray

Lord god of Sebaoth
Black are the heavens
Mine is the face of enmity
Blessed those who suffer

Chaos, let chaos reign
Repent, in fear repent
Chaos, let chaos reign
Die, die as you pray » (sur Dark Lyrics).

Il s’agit manifestement d’une allégorie qui vise à exprimer la souffrance d’une foi et d’une espérance déçues, et non d’un appel littéral au meurtre des chrétiens. Seule une personne complètement biaisée ou malhonnête pourrait prétendre le contraire , et je défie bien les auteurs de cette pétition de gagner un procès sur la base d’un tel texte. Mais qu’importent la vérité ou l’honnêteté intellectuelle au regard de la grande cause du combat contre le Hellfest!

Il est évident que Triptykon, si ses paroles sont très critiques à l’encontre du christianisme (mais n’est ce pas notre devoir de chrétiens de répondre aux espoirs déçus, plutôt que de les museler?), n’est pas un groupe haineux. Son inclusion dans la pétition est quasiment une faute des anti Hellfest, et montre combien Ben Barbaud n’est pas seul à parfois manquer de vigilance.

Hellfest: respecter autrui, dans mon expression… comme dans la sienne

Posted in Hellfest with tags , , , , , on 17 mars 2011 by Darth Manu

Préambule:

La polémique autour du Hellfest, qui oppose chaque année des milliers de métalleux (parfois catholiques), tous passionnés, à des milliers de catholiques (parfois métalleux), également tous passionnés, donne lieu, comme tout débat de cette ampleur, à des approches unilatérales et à des réactions partisanes. Pour certains, une minorité de fanatiques chercheraient à entraver la liberté d’expression, et plus spécifiquement celle de création artistique, pour interdire toute critique contre leur vision du monde subjective et partiale. Pour d’autres, le Hellfest, et les subventions publiques dont il est bénéficiaire, consacreraient d’une manière inadmissible une tribune pour la discrimination d’une religion entière, à l’heure où les communautarismes sont en pleine croissance, et serait un dérapage de la liberté d’expression au profit de discours de haine et d’exclusion.

Schopenhauer, dans L’art d’avoir toujours raison, soulignait déjà l’intérêt, à cet effet, de caricaturer la position de l’adversaire, et j’imagine que c’est de bonne guerre. A l’autre finalement de se débrouiller pour assurer sa défense.

Ma propre expérience des conflits, quoique modeste, m’enseigne que la vérité est rarement unilatérale, et qu’il y a souvent de l’erreur et de la vérité mêlées des deux côtés d’un débat. L’enjeu est de les démêler, par une problématique qui englobe les deux positions du débat, et d’en dégager les proportions, par l’examen des arguments objectifs en présence.

L’objet de cet article est de contribuer à la formulation de cette problématique commune, afin de donner un cadre non polémique aux arguments des deux côtés, et d’en finir avec les dialogues de sourds.

Le problème ici est la question de la liberté d’expression, avec son corrélat: faut-il censurer, ou dans le cas des organisteurs du festival, s’auto-censurer, et si oui, jusqu’à quel point? Deux écueils semblent possibles, chacun plus ou moins valorisé suivant la partie concernée. Le premier: ne rien faire, tout permettre. Difficile à avaler pour les catholiques, alors que le moindre propos vaguement ambigu du pape ou d’un évêque peut susciter des campagnes très violentes sur internet et dans les médias. Des lois protègent les convictions religieuses de chacun, et la moindre des choses est d’en demander le respect. La seconde: tomber dans le politiquement correct et la censure de toute oeuvre un tant soit peu dérangeante ou choquante. D’une part parce que c’est une entrave manifeste à la liberté d’expression, d’autre part parce que c’est la mort de tout dialogue réelle, et donc de toute possibilité authentique d’une transformation effective des mentalités et des préjugés.

1) La nécessaire entrave à la liberté d’expression apportée par la censure:

Rappelons tout d’abord la définition de la censure:

 « La censure est la limitation arbitraire ou doctrinale de la liberté d’expression de chacun. Elle passe par l’examen du détenteur d’un pouvoir (étatique ou religieux par exemple) sur des livres, journaux, bulletins d’informations, pièces de théâtre et films, etc. — et ce — avant d’en permettre la diffusion au public. Par extension, la censure désigne différentes formes d’atteintes à la liberté d’expression, avant et/ou après leur diffusion (censure a priori et a posteriori). On distingue la censure politique (limitation par le gouvernement de la liberté d’expression) de la censure indirecte, non officielle, mais sous forme de pression, en particulier une forme de censure économique (due notamment à la concentration des médias, etc.) ; on peut aussi ajouter les phénomènes d’autocensure.

La censure peut aussi être institutionnelle ou sociale par la privation de l’information disponible à des particuliers ou à un groupe. Cette forme de censure peut se justifier dans certains cas pour des raisons médicales (voir psychiatrie)[réf. nécessaire] mais elle prend majoritairement une forme négative. La censure positive peut prendre aussi la forme de censure liée à l’âge. Un tel type de censure positive comporte par exemple la classification de film selon la thématique. (voir pornographie et violence) » (Article « censure » sur Wikipédia).

Toute censure n’est pas nécessairement mauvaise. Elle est même garante de la liberté de chacun, dans la mesure où elle nous protège contre la diffamation, l’outrage, ou les campagnes de haine. Ainsi mon hébergeur vénéré peut-il écrire dans son règlement:

« Responsibility of Contributors. If you operate a blog, comment on a blog, post material to the Website, post links on the Website, or otherwise make (or allow any third party to make) material available by means of the Website (any such material, “Content”), You are entirely responsible for the content of, and any harm resulting from, that Content. That is the case regardless of whether the Content in question constitutes text, graphics, an audio file, or computer software. By making Content available, you represent and warrant that:[…]

the Content is not pornographic, does not contain threats or incite violence towards individuals or entities, and does not violate the privacy or publicity rights of any third party […]

Without limiting any of those representations or warranties, Automattic has the right (though not the obligation) to, in Automattic’s sole discretion (i) refuse or remove any content that, in Automattic’s reasonable opinion, violates any Automattic policy or is in any way harmful or objectionable » (WordPress terms of service).

De même que ses concurrents d’ailleurs:

« Incitation à la haine¬: nous mettons Blogger à votre disposition pour vous permettre d’exprimer vos opinions, même si elles suscitent la polémique. Mais vous ne devez en aucun cas publier du contenu qui incite à la haine envers des groupes en fonction de la race ou de l’origine ethnique, de la religion, du handicap, du sexe, de l’âge, du statut de vétéran et de l’orientation/identité sexuelle. Par exemple, il est interdit de rédiger un blog affirmant que les individus d’une race donnée sont des criminels ou d’inciter à la violence contre les individus pratiquant une religion particulière » (Règlement relatif au contenu Blogger).

Et pour cause, ces hébergeurs s’exposent aux mêmes à des poursuites s’ils n’opèrent pas cette censure:

« Article 23 En savoir plus sur cet article…

Seront punis comme complices d’une action qualifiée crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics, soit par des écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l’écrit, de la parole ou de l’image vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics, soit par des placards ou des affiches exposés au regard du public, soit par tout moyen de communication au public par voie électronique, auront directement provoqué l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d’effet.

Cette disposition sera également applicable lorsque la provocation n’aura été suivie que d’une tentative de crime prévue par l’article 2 du code pénal.

Seront punis de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article précédent, auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes :[…]

Ceux qui, par l’un des moyens énoncés à l’article 23, auront provoqué à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, seront punis d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ou de l’une de ces deux peines seulement.

Seront punis des peines prévues à l’alinéa précédent ceux qui, par ces mêmes moyens, auront provoqué à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap ou auront provoqué, à l’égard des mêmes personnes, aux discriminations prévues par les articles 225-2 et 432-7 du code pénal » (Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse , Version consolidée au 24 juillet 2010, articles 23 et 24).

 Le Hellfest s’est lui-même auto-censuré, sous la pression de certains groupes invités, en déprogrammant Satanic Warmaster, réputé proche du NSBM, mouvance effectivement connue pour pratiquer l’incitation à la haine.

L’an dernier, le groupe Sexion d’Assaut a eu de gros problèmes après avoir été suspecté de propos homophobes:

« Selon le site Internet du magazine Têtu, NRJ a décidé de suspendre son partenariat avec la Sexion d’Assaut. La radio a justifié sa décision auprès de Têtu et déclare ne pas souhaiter « alimenter la polémique ». NRJ avait lancé un concours, NRJ @ School, afin d’offrir à un jeune auditeur un concert privé du groupe dans son collège ou lycée.[24]

À la suite de cette polémique, fin septembre et début octobre 2010, plusieurs villes françaises ( Angoulême, Clermont-Ferrand, Strasbourg, Saint-Étienne, Marseille, Nancy, Angers, Le Mans, Caen, Guivapas (Brest), Saint-Cyr sur Loire (Tours)) ont annulé les spectacles de Sexion d’assaut.[25]

Afin de faire diminuer la polémique, les membres du groupe ont rencontré, selon leur manageur, des associations de lutte contre l’homophobie et ont affirmé avoir pris conscience de la gravité des propos de Lefa.[26] « On n’est pas là pour parler de ça, on s’est expliqué et maintenant on préfère agir. On a rencontré des associations de lutte contre les homosexuels (sic). On comprend la polémique, même si beaucoup de choses ont été déformées et sorties de leur contexte. Mais si les villes nous annulent par peur, qu’elles sachent qu’il n’y a jamais eu aucun problème à nos concerts. »[27] » (Article Wikipédia « Sexion d’assaut).

Le point fort de l’argumentaire catholique contre le Hellfest réside dans la dénonciation du déséquilibre entre les différentes minorités et convictions religieuses, lorsqu’il s’agit d’apprécier ‘l’incitation à la haine« . Les propos les plus violents contre le christianisme semblent faire sourire ceux là même qui montent au créneau lorsqu’il s’agit de dénoncer les propos anti-sémites ou homophobes de tels ou tels groupes. En ce sens, que Satanic Warmaster ou Anal Cunt soient très facilement déprogrammés sur la suspicion de propos antisémites, alors qu’il semble quasiment impossible de faire annuler les concerts de groupes avec des propos anti-chrétiens, donne à beaucoup de catholiques une impression légitime de « deux poids deux mesures« .

2) Problèmes juridiques et moraux d’une censure dans le domaine artistique:

Pour nécessaire qu’elle soit dans certains cas pour assurer la liberté d’opinion et la sécurité de chacun, la censure est quand même par nature une atteinte à cette autre liberté humaine fondamentale qu’est la liberté d’expression. En ce sens, à propos de l’affaire Orelsan, le blogueur et avocat (et par ailleurs catholique et amateur de metal) Eolas pouvait écrire:

« Per­sonne n’est obligé d’écou­ter, nul n’a à inter­dire.

Car c’est quel­que chose qu’on ne répé­tera jamais assez. La liberté d’expres­sion est tou­jours la pre­mière atta­quée, parce que c’est la plus fra­gile. Il y a tou­jours une bonne cause qui jus­ti­fie que ÇA, non, déci­dé­ment, on ne peut pas le lais­ser dire. Le res­pect dû aux morts tués à l’ennemi, le res­pect dû à la jus­tice, le res­pect dû à la femme. Tout ça, ça l’emporte sur le res­pect dû à la liberté, cette sale pute. Et les attein­tes qu’elle a d’ores et déjà subies, au nom de cau­ses infi­ni­ment nobles (comme la lutte con­tre le néga­tio­nisme), me parais­sent déjà exces­si­ves.

Lais­sez tom­ber Orel­san, et un jour, c’est votre dis­cours qui déran­gera. » (Journal d’un avocat, Quelques mots sur l’affaire Orelsan).

En sens, l’initiative l’an dernier de la Confédération des associations catholiques (CNAFC) de saisir en référé le tribunal de Nantes pour que lui soient communiqué systématiquement les textes des groupes invités pour « vérifier qu’ils ne portaient pas atteinte aux intérêts spirituels et moraux des familles » était bien imprudente. La demande, dépourvue de tout fondement juridique sérieux, a été déboutée sans surprise aucune, mais si elle avait abouti, qu’est-ce qui aurait empêché toutes ces associations de défense de la laicité, des droits de la femme, de défense des homosexuels, d’exiger la même chose de l’Eglise en préalable à tout rassemblement de catholiques? Le problème, quand on commence à toucher aux libertés fondamentales, c’est que les conséquences sont pour tout le monde.

Il convient donc d’être très prudent lorsqu’on commence à toucher à la liberté d’expression, et c’est précisément cette prudence qui caractérise la loi ci-dessus.

En effet:

« L’incitation est donc le fait de poursuivre des personnes ou un groupe de personnes qui sera suivi d’effets. L’incitation à la haine, discrimination ou violence est l’intention donnée par le ou les auteurs, il y a un désir que cela se produise par des faits ou des actes.

L’incitation à la haine, discrimination ou violence doit avoir un désir pour que cela soit suivie d’effets et non d’inciter qui ne soit pas suivi d’effets. C’est généralement un mouvement brutal contre un individu ou un groupe d’individu » (LégiBlog, « L’incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence »).

 

Pour prouver qu’un groupe incite à la haine contre les chrétiens, il ne suffit donc pas de citer des textes à consonnance satanistes ou des propos qui condamnent le christianisme dans son ensemble, ou de dénoncer des métaphores morbides et blasphématoires. Il faut démontrer que les artistes incitent activement leurs auditeurs à passer à l’acte. En l’absence de cet élément, toute pression sur les autorités ou les organisateurs du festival pour censurer des groupes hostiles au christianisme est en elle-même une atteinte scandaleuse à la liberté d’expression, quand même garantie par notre Constitution et dont nous chrétiens nous réclamons nous-mêmes pour notre propre protection. En ce sens, les défenseurs du Hellfest ont parfaitement raison de souligner que tenir des propos satanistes pour le « fun » ou par tradition musicale, ce n’est pas la même chose qu' »inciter à la haine« .

Il est important de noter que s’abstenir de telles pressions, à l’encontre par exemple de groupes tenant des propos satanistes mais qui ne cherchent pas activement à provoquer des actions de haine, de discrimination ou de violence contre les chrétiens, n’est pas exclusif de dialoguer avec eux et leurs fans pour essayer de démontrer les limites et les dangers de leur propre discours. Mais lutter pour le bien commun, c’est aussi respecter et faire respecter les cadres établis par notre Constitution, établie pour protéger ce bien commun, et que nous chrétiens sommes appelés à respecter, comme toute autorité temporelle accordée par Dieu aux gouvernants humains.

3) S’exprimer dans le respect d’autrui, et aussi respecter l’expression d’autrui:

On m’objectera peut-être que même si l’expression de certains groupes est légale, elle n’est pas pour autant morale, et qu’il reste du devoir de tout chrétien citoyen de faire pression sur le festival pour qu’il se dote d’un « cahier des charges éthique ». Personnellement, je ne crois pas que la morale soit quelque chose qui ait vocation à être imposée, non seulement d’un point de vue juridique, mais également moral, précisément, ou même religieux.

« Tout le monde connaît l’adage : à celui qui meurt de faim au bord d’une rivière, il vaut mieux donner une canne à pêche que des poissons. Le premier cas résout le fond du problème, alors que dans la seconde option l’individu reste dépendant et passif. Pour neutraliser les idéologies dangereuses, il faut veiller à leur mise en perspective et à leur confrontation critique. Il s’agit donc de favoriser non pas une tutelle des citoyens par des instances régulatrices, mais plutôt la création d’espaces de débats qui permettent de démasquer les faiseurs d’illusions. C’est grâce à l’existence de structures et de règles de discussions contradictoires et rigoureuses, que nous pouvons désamorcer les manipulations dans le champ politique et médiatique » (« Faut-il tuer la liberté d’expression? », L’homme réseau: penser et agir dans la complexité, par Emmanuel-Juste Duits).

L’ordre public s’impose par la loi, et au besoin le recours à la force publique. La morale nait de la conversion des coeurs. Et celle-ci ne se suscite pas du dehors, mais provient d’une transformation intérieure. Or, pour qu’une telle transformation puisse être opérée, il faut que l’individu puisse faire retour sur l’état de son âme, ce qui suppose qu’il soit en mesure d’énoncer les troubles qui l’agitent éventuellement. De nombreux métalleux ont un rapport à la foi catholique qui est marqué par la méfiance, voire la souffrance. Ces dernières trouvent un exutoire dans les paroles des groupes qui blasphèment, dénoncent le christianisme comme force d’oppression, ou encore exaltent des thématiques morbides ou nihilistes. Ils sont comme nous créature de Dieu, comme nous marqués par le péché, et comme nous ils connaissent leurs moments de nuit. Et comme nous, ils ont le droit de témoigner de cette nuit et de crier leur souffrance et leur colère. Notre rôle de chrétiens, d’annonciateurs d’une Bonne Nouvelle, n’est pas de faire taire cette parole qui est la leur et qui exprime l’état présent de leur vie intérieure, mais de l’accueillir et de l’écouter, ce qui présuppose qu’elle puisse être dite librement, y compris dans l’espace public, pour ensuite proposer une autre parole, qui les prenne dans leur état actuel pour les amener éventuellement, s’ils acceptent de l’écouter à leur tour, vers plus de bonheur et de force intérieure. C’est seulement de cette manière que nous pourrons être convainquants, au lieu de nous contenter de créer notre propre communautarisme dans notre coin.

Lorsque Job a tout perdu, et qu’il a prononcé des paroles très dures de révolte contre Dieu, dans le livre du Premier Testament qui porte son nom, certains de ses amis lui ont fait la morale, et ont quand même un petit peu cherché à le faire taire. Dieu l’a laissé parlé avant de lui répondre. Et une fois que Job eut retrouvé à nouveau la foi et la confiance, Dieu fit reproche à ses amis de leur attitude simpliste de reproche, pourtant si semblable à ce dont certains milieux de l’Eglise font abusivement l’éloge sous le nom dévoyé par eux de « correction fraternelle ». On n’impose pas la conversion des coeurs, en faisant taire la parole de l’autre, si choquante soit-elle, au profit de la notre, mais on l’accompagne, en écoutant cette parole ennemie, en la laissant s’exprimer et se développer, puis en y répondant.

Conclusion:

C’est pourquoi, si je suis d’accord pour lutter par la censure contre les groupes qui incitent effectivement à la haine (encore faut-il le prouver au cas par cas, par l’examen non seulement des paroles mais également des intentions réelles de leurs auteurs), si je suis d’accord pour répondre par l’écoute et le dialogue aux groupes qui blasphèment contre Dieu et l’Eglise ou qui mettent en cause de manière virulente le christianisme sans toutefois menacer les personnes, je NE suis PAS  d’accord pour mélanger ces deux approches et chercher à censurer les groupes simplement blasphématoires, morbides, ou opposés au christianisme. Car cette troisième démarche, loin d’être une attitude chrétienne ou même morale, me parait intrusive et dégradante pour l’âme humaine, tant celle de son auteur que celle de ses victimes.