Archive pour metal

[Brève] Parution du livre White Metal: Du bruit pour l’homme en croix

Posted in Actualité et perspectives du black metal, Christianisme et culture, Unblack Metal with tags , , , , , , on 22 juin 2014 by Darth Manu

 

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[Full disclosure: j’ai été interviewé l’an dernier par l’auteur du livre dont il question, qui m’a par ailleurs indiqué par mail il y a quelque jours que le présent blog y est mentionné.]

Un très rapide rapide billet, en guise de résurrection de ce blog (pure coïncidence: pendant le Hellfest, auquel je n’ai pu malheureusement assister cette année 😦   ), pour signaler la parution mercredi dernier, aux éditions du Camion Blanc, d’un livre sur le metal chrétien, signé par Esychia Pneuma (l’ésychia , si j’ai bien compris, est un mot grec qui désigne la tranquilllité intérieure, par exemple, en contexte chrétien, celle obtenue parfois par la prière, et de pneuma le souffle ou l’esprit: un pseudo qui renvoie donc , par sa sonorité étrange aux oreilles des non héllénisants, à la tradition pseudonymique, déréalisante, onirique du black metal, mais aussi, par sa signification, à la spiritualité chrétienne), qui se présente comme une ancien musicien de metal:

« In Nomine Metallus ! Le White Metal, ou Metal Chrétien est, sans aucun doute, le sous-genre de Metal le moins connu et le plus sous-estimé. Les rares personnes a en avoir entendu parler ne se rappellent que de la période « paillettes » de Stryper, et ont gardé une vision Hard FM gentillet. Cette histoire, cette aventure dont vous allez parcourir les pages, va vous emmener de surprise en surprise. Nous commencerons par les années 60 et le Jesus Movement, une bande de rockers freaks chrétiens allumés et, pas à pas, nous arriverons jusqu’à nos jours, en faisant connaissance avec des groupes de Black Metal, grindcore ou Death Metal chrétien, aussi extrêmes que leurs homologues séculiers ou satanistes. Bienvenue dans l’univers de Horde, Antestor, Crimson Moonlight, Mortification et les autres. La scène underground d’Amérique du Sud, absolument fascinante, sera également du voyage. Vous n’allez pas reconnaître le jardin d’Eden… À propos de l’auteur : Esychia Pneuma est un ancien musicien de Metal reconverti dans l’écriture. Son propos n’est pas de convertir les masses au christianisme, mais de faire découvrir un genre musical incroyablement riche et vivant, loin des feux médiatiques… de faire découvrir des artistes talentueux, ouverts d’esprit, fans de Metal autant que de spiritualité, et souvent en rupture avec les institutions religieuses traditionnelles car trop rebelles pour s’adapter. Des hommes et des femmes qui n’ont de compte à rendre qu’à Dieu lui-même. Bref, un voyage dans un underground fascinant et regorgeant de merveilles triées dans la partie « Anthologie » du présent ouvrage. » (présentation de l’éditeur).

 

Je n’ai pas encore lu ce livre, et y reviendrai sans doute beaucoup plus longuement dans un billet ultérieur. Je me réjouis cependant de lire, dans cette courte présentation, que l’auteur ne réduit pas le metal à un simple support d’une démarche d’évangélisation (ou, pire, de prosélytisme) mais qu’il aborde le metal chrétien, de manière prioritaire, en tant que musique. L’iintérêt du metal chrétien n’est pas, comme certains, chrétiens et/ou métalleux, le croient encore trop souvent, de plaquer sur tel ou tel style (rock, metal, rap, classique, boys band) un message d’inspiration chrétienne, sans égard pour les spécificité musicale de chacun d’entre eux, qui permettent l’expression de certaines émotions, de certaines idées, mais pas de toutes les émotions, de toutes les idées, mais de montrer les synergies éventuelles, les tonalités peut-être communes, de la musique metal et de la foi chrétienne, et interroger la possibilité de leur enrichissement mutuel: le christianisme peut-il être une source d’inspiration positive (pas forcément négative, par rejet ou négation), pour le compositeur de musique metal, et inversement, les univers musicaux propres à ce courant musical peuvent-ils éclairer d’une autre lumière la foi chrétienne, rendre témoignage d’une manière nouvelle des enseignements du Christ? Plusieurs groupes, plus nombreux et variés dans leur musique comme dans leurs objectifs et leurs opinions, que beaucoup ne le croient, ont répondu par l’affirmative.

L’auteur de ce livre se propose de nous faire connaitre leur production musicale, nourrie, il est vrai, par leur foi, mais également par leur amour du metal, … De même qu’il existe du metal chrétien parce que ses auteurs ont su écouter et apprécier du metal non chrétien/ satanique / païen, peut-être que des metalleux non chrétiens sauront, par ce livre, dépasser de possibles idées toutes faites sur la qualité musicale du metal chrétien (il est vrai un peu mieux connu qu’il y a quelques années) et en tirer profit, pas forcément dans le cadre d’un cheminement personnel de conversion, mais ne serait-ce que pour accroître et approfondir leur culture metallique.

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Les trois bougies d’Inner Light

Posted in Actualité et perspectives du black metal, Christianisme et culture with tags , , , , , , , , , , , on 14 décembre 2013 by Darth Manu

Godkiller – The Rebirth of the Middle Ages
La nostalgie d’un Moyen-Age largement fantasmé: point de convergence significatif entre ces « ennemis culturels » que seraient les catholiques et black metalleux engagés politiquement?

Aujourd’hui, le présent blog fête ses trois ans.

Je l’ai créé le 14 décembre 2010 sur un coup de tête, sans trop savoir si j’allais le faire durer ni même oser le diffuser sur ma page FB et mon compte twitter.

Il s’agissait d’approfondir la question des relations entre musique black metal et foi, que j’avais déjà abordée plusieurs fois sur mon précédent blog Aigreurs administratives (version 1.0), mais qui méritait à mon avis un traitement et un affichage spécifiques. Ce blog, qui devait être une expérience ponctuelle (et, croyais-je, beaucoup trop ambitieuse pour mes moyens propres) est rapidement devenu mon principal lieu d’expression, au profit duquel je délaissais en quelques semaines, et pour longtemps, Aigreurs administrative.

Deux ans plus tard, mon identité numérique reposait clairement sur une spécialisation en lien avec les rapports entre culture et foi, et plus spécifiquement entre « contre-culture » metal et foi. Je n’étais plus complètement anonyme et isolé, mais était connu, au moins de nom, dans le petit cercle des catholiques blogueurs et twittos, et en particulier de ceux gravitant plus ou moins vers son centre politique (en gros, le habitués dela FASM). J’avais été nominé (quoiqu’arrivé bon dernier, au premier Prix Pélerin du blog catho, j’avais été convié à un colloqu organisé par le Diocèse de Lyon sur la musique metal, etc.

Mais comme beaucoup d’autres, j’étais en train de me laisser aspirer par la polémique autour du mariage pour les personnes de même sexe et des études de genre. Frustré de me pas pouvoir les aborder autrement que sous formes de digressions, dans des billets centrés sur la culture metal, j’ai rouvert une nouvelle version d’Aigreurs administratives, chez un nouvel hébergeur. Là encore, ce ne devait être qu’un blog d’appoint. Là encore, c’st devenu mon moyen d’expression privilégié, qui m’a progressivement conduit à prendre parti pour la loi Taubira et les études de genre, contre la Manif pour tous et ses dérivés.

Il peut donc sembler incongru de fêter cette troisième année, qui a marqué un très fort ralentissement dans l’activité de publication d’Inner Light.

Il m’a été en effet particulièrement difficile d e publier sur un blog qui réfléchit sur la foi -alors que la manière dont je vis et conçois la mienne a été profondément transformée par un polémique qui a déchiré beaucoup de catholiques, avec forme de violence culturelle et symbolique dont les conséquences sont à mon avis encore à venir pour l’Eglise et ses rapports au monde contemporain- et sur la culture (alors que la découverte des études de genre, et au travers d’elles des études culturelles, m’obligeait à repenser en profondeur les présupposés sur les quels j fonctionnais jusqu’alors).

Au terme de cette année, je pense avoir suffisamment digéré ces bouleversements pour recommencer la réflexion qui est l’objet de ce blog. J’ai pu prendre suffisamment de recul pour publier mon bilan de ces nombreux mois de Manif pour tous, qui a eu la bonne fortune d’être relayé sur twitter par des blogueurs extrêmement influents (Embruns, Eolas), puis d’être repris sur Rue 89 (ironie: le plus gros pic de fréquentation d’Inner Light est intervenu pendant sa plus longue période d’inactivité). J’ai également suffisamment approfondi, me semble-t-il, ma réflexion sur le fait culturel pour commencer à formuler une réflexion sur les points qui me gênaient ces derniers mois.

Je les dévoilerai progressivement, mais je commencerai en janvier par un billet qui précisera le cadre méthodologique et conceptuel dans lequel j’essaie désormais de penser (à mon niveau il est vrai limité d’amateur autodidacte) les relations culturelles entre black metal et christianisme.  J’y emprunterai entre autre une partie de la réflexion de l’intellectuel marxiste Antonio Gramsci sur le concept d’hégémonie culturelle (avant cela, je présenterai la pensée de cet auteur, en lien avec un autre sujet que le metal, sur Aigreurs administratives, en début de semaine prochaine).

En gros, la question que tentera de poser ce billet sera celle des fluctuations d’origine social, culturelles et politiques, qui au fil du temps et des époques change le contenu et les enjeux des rapports entre metal et christianisme. L’une des limites d mes précédents billets était à mon sens d’envisager de façon trop abstraite les rapports entre chrétiens et metalleux, comme deux blocs minoritaires, mais opposés, au milieu des quels les chrétiens metalleux étaient pris, et que j’analysai d’une manière sans doute un peu trop détachée des évolutions sociales et culturelles. Lorsque le metal est né, le christianisme conservait encore dans de nombreux pays une position d’hégémonie culturelle, sociale t politique qui a beaucoup reculé depuis. Inversement, le metal se voulait une musique d marginaux, de rebelles, une contre-culture. Même sous ses formes les plus extrêmes, telles que le black metal, il est aujourd’hui diffusé dans toutes les catégories de la population occidentale (y compris chez les cadres en costard cravate, y compris chez les cathos les plus intransigeants vis à vis de notre époque). Il ne s’agit pas pour moi, contrairement à certains de mes lecteurs critiques envers un certain festival, d’y voir les effets d’une ‘guerre culturelle », mais de penser l’historicité de la culture: comment les éléments les plus porteurs de sens et d’innovation des contre-cultures les plus agressives et les plus élitistes deviennent des composantes à part entière de la culture dominante (on a vu l’été dernier , aux réactions à l’arrestation de Varg Vikernes, combien le souvenir du « black metal inner circle  » avait du mal à faire encore peur pour de vrai, y compris dans les sphères médiatiques, et combien les accusations portées contre lui ont vite rencontré le scepticisme et la dérision). Pourquoi par exemple une musique telle que le black metal, qui s’est voulu « antichrétienne » et nihiliste par excellence, peut aussi bien avoir ses bacs dédiés à la FNAC qu’être défendue aussi bien par des « gauchistes » que des messieurs « tout le monde » que par des représentants des sphères cathos les plus réactionnaires (je pense par exemple à Ambroise qui avait publié deux billets sur Inner Light et qui milite chez les Hommen, l’Action Française et le Printemps Français, et publie des tribunes chez Nouvelles de France  sous l nom d’Athanase Ducayla Sur un registre moins extrémiste politiquement, je pense à cette photographie, publiée fièrement par la Manif pour Tous sur son site, d’un metalleux qui portait un T Shirt du groupe de power metal Manowar, et tenait à la main un drapeau « Un papa, Une maman!). Alors qu’on voit bien que les catholiques, même modérés sont capable de mobilisations extrêmement impressionnantes, aussi bien quantitativement que dans la variété et l’inventivité des modes de contestations, que dans la durée, pour défendre ce qu’ils considèrent être leurs fondamentaux culturels. Quand on compare l’ampleur de la Manif pour tous à la mobilisation tellement plus limitée (quoique ni petite, ni dénuée de significations culturelles t politiques) contre le Hellfest, on voit combien le metal, même le black metal, n’est plus vraiment perçu comme une menace contre ces fondamentaux (je le mesure aussi à l’accueil beaucoup plus tiède, voire glacial, de la part de certains catholiques, à mes billets sur Aigreurs administratives, comparés à ceux d’Inner Light). Inversement, beaucoup de black metalleux parmi les plus extrémistes et contestataires et situés à l’extrême-droite semblent délaisser de plus en plus le combat contre le christianisme, pour se recentrer contre l’Islam et le multiculturalisme. Quitte à s’allier avec des cathos à l’occasion (par exemple, le bloc identitaires semble avoir beaucoup de metalleux dans ses rangs, et fait partie des appuis les plus importants du Printemps français, des Antigones, etc.). J’essaierai aussi de voir si le concept d’intersectionnalité (la situation des minorités des minorités: par exemple la féministe voilée qui est minoritaire et au regard du féminisme, et au regard de l’Islam), qui ne vient pas de Gramsci mais des études de genre, et que j’ai évoqué en troisième parti d’un billet récent sur Aigreurs administratives, peut être opérationnel pour penser la situation des croyants metalleux (qu’ils soient cathos, protestants, musulmans, etc.).

Je développerai plus avant, et de manière plus précisément argumentée et illustrée, ces questions dans mon prochain billet sur ce blog. D’ici là, joyeuses fêtes de fin d’année, bonne montée vers Noël à ceux pour qui cette fête à un sens, et à en janvier! 🙂

« Guerre culturelle », communautés et rapports de pouvoir 1/2

Posted in Christianisme et culture with tags , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , on 19 mars 2013 by Darth Manu

Mayhem - Grand Declaration of War

Je repousse une fois de plus, provisoirement, mes brouillons de billets en cours, pour livrer quelques réflexions générales sur les affrontements de pouvoirs entre communautés, sous l’angle culturel, à partir de la lecture d’un impressionnant dossier sur le sexisme chez les « geeks », écrit par la « gameuse » féministe Mar_Lard pour le blog Genre!, et des tweets qui suivent dont elle est l’auteure, et qui répondent à certaines critiques de sa démarche:

Je ne vais dans ce billet, pas plus que dans  celui qui lui fera suite,  ni commenter sa critique de la culture geek, étant loin d’être spécialiste des exemples qu’elle donne, ni m’étendre, sur le fond du moins, sur la question du féminisme et du mouvement LGBT  (j’en parlerai longuement, mais sans juger dans un sens ou dans l’autre leur combat), qu’il m’arrive d’évoquer sur mon autre blog, mais sur lesquels j’ai un regard très extérieur. Je précise également que si je dresse un parallèle entre deux combats très différents et souvents opposés, je ne mets pas sur le même plan toutes les oppressions qu’ils dénoncent… J’ai pour seule ambition dans les lignes qui suivent d’exposer les réflexions que je tire, pour « mon combat » à moi qui concerne les relations entre les communautés métalleuse(s) et chrétienne(s) et les enjeux culturels et sociaux qui y sont liés, de la lecture de son article et de ses tweets, de la polémique qui y est liée, et de ce que cela m’apprend sur les conflits de pouvoir  dans le contexte de la culture… Pour cela, dans le présent article, je traiterai de la notion de guerre  culturelle, à partir des exemples opposés de la conception proposée par les catholiques engagés contre « la culture de mort », et de celle théorisée par les militants féministes et LGBT, et des pratiques qui ont été développées de part et d’autres pour la mener, puis, dans un second billet, je développerai une crtique de son caractère aporétique, voire contradictoire à son objet qui est, dans les deux cas, la lutte contre l’oppression par le dominant du dominé, puis tenterai d’expliciter ce qui constitue mon éthique personnelle de la coexistence et du dialogue (qui n’implique pas de renoncer à ce combat mais de poser un certain regard sur lui)…

1) sur les notions de « communauté » et d' »oppression »:

Les milieux catholiques opposés au mariage pour les personnes de même sexe et les militants pro mariage pour tous, au delà de leurs vastes et semble-t-il insurmontables divergences culturelles, politiques et philosophiques, ont en commun une intuition commune: celle du pouvoir insidieusement normatif de la culture dominante, qui fait tenir pour « évidents » et « de bon sens » des discours et des usages éminemment critiquables sur les plans historique, philosophique, et parfois moral.

Les catholiques, comme je le rappelai dans un article récent, parleront volontiers, à la suite du pape Jean-Paul II, de « culture de mort », et de « structures de péché »:

« Comment a-t-on pu en arriver à une telle situation? Il faut prendre en considération de multiples facteurs. A l’arrière-plan, il y a une crise profonde de la culture qui engendre le scepticisme sur les fondements mêmes du savoir et de l’éthique, et qui rend toujours plus difficile la perception claire du sens de l’homme, de ses droits et de ses devoirs. 

[…] 12. En réalité, si de nombreux et graves aspects de la problématique sociale actuelle peuvent de quelque manière expliquer le climat d’incertitude morale diffuse et parfois atténuer chez les individus la responsabilité personnelle, il n’en est pas moins vrai que nous sommes face à une réalité plus vaste, que l’on peut considérer comme une véritable structure de péché, caractérisée par la prépondérance d’une culture contraire à la solidarité, qui se présente dans de nombreux cas comme une réelle « culture de mort ». Celle-ci est activement encouragée par de forts courants culturels, économiques et politiques, porteurs d’une certaine conception utilitariste de la société.

En envisageant les choses de ce point de vue, on peut, d’une certaine manière, parler d’une guerre des puissants contre les faibles […]. » (Encyclique Evangelium Vitae, 11 et 12).

Certains catholiques (dont les membres du Collectif Provocs Hellfest qui sont, au moins pour certains, des activistes d’ICHTUS) à partir de là n’hésitent pas à parler d’une « guerre culturelle »:

« La guerre culturelle est pourtant une réalité, un moyen détourné et moderne de mener une guerre de conquête classique, ou encore une lutte idéologique, mais en passant par les cœurs et les émotions avant de passer par les territoires.

Voici la définition qu’en donnait le général Arnaud de Foïard [4] au cours des années 1980 : « La guerre culturelle est un moyen de domination et de conquête par perversion de l’équilibre culturel de l’adversaire. Certes, de tous temps et plus particulièrement en Orient, les affrontements humains s’accompagnèrent d’actions de dégradation du moral de l’adversaire, mais la guerre culturelle revêt une toute autre ampleur et trouve son efficacité en dehors du choc des armes. Il s’agit d’un moyen de combat des temps modernes, qui agit sur la perception qu’ont les individus du monde et de la société dans lesquels ils vivent, afin de créer des courants d’opinion et d’orienter les comportements individuels et collectifs vers la déstructuration interne et le rejet de cette société. Le but de la guerre culturelle est la conquête pacifique du pouvoir politique par la prise de contrôle des esprits des citoyens ».Cette méthode d’agression a été mise en place à sa plus grande échelle par l’URSS, du temps de sa puissance. Mais aujourd’hui que son appareil militaire, politique et idéologique s’est effondré, les ravages de la guerre culturelle se font encore sentir. L’adage qui veut que « morte la bête, mort le venin », ne s’applique hélas ici qu’imparfaitement, et bien imprudent serait celui qui sous-estimerait la capacité de nuisance que conserve encore le poison de la guerre culturelle.[…]

C’est une œuvre de discorde systématique, un travail volontairement dévastateur dont les conséquences sont considérables.

La première d’entre elles est la perte des repères, et le rejet du passé et des héritages. Dans les pays occidentaux, cela s’est traduit par une forte déchristianisation, un flou des identités de plus en plus accentué, une dislocation du lien social, l’oubli du sens du réel, et pour finir, le développement d’un individualisme de plus en plus massif.

La guerre culturelle inaugure par ailleurs la formation de sous-cultures (culture de masse, culture de la nouveauté, culture du plaisir), qui produisent des « sous-hommes ».

Au final, la subversion de la société civile déstabilise complètement la société politique. Un sentiment de culpabilité, de haine de soi, de son pays, de son passé, engendre de la méfiance et le rejet des corps et des organisations. La famille, l’Etat, l’entreprise, l’Eglise sont les victimes de cette défiance instillée peu à peu. L’homme ainsi coupé de tout ce qui lui donnait sens un profond se retrouve pour finir seul, oppressé par un sentiment de détresse dont il ne peut se défaire.

On comprend alors aisément qu’une société ainsi contaminée devienne une proie beaucoup plus accessible pour un totalitarisme qui se présente comme la solution aux maux qu’il a lui-même engendrés. Et si l’Union Soviétique ne parvint pas intégralement à ses fins vis-à-vis du monde occidental, nul ne pourra contester que le schéma de subversion que nous venons d’évoquer corresponde exactement à la débâcle culturelle qu’a connue la seconde moitié du XXème siècle.[…]

Les chrétiens ne peuvent se contenter d’être des témoins ou des consommateurs culturels. Il leur faut devenir des acteurs complets, pour prendre des responsabilités dans les réseaux et les relais de la culture, et pourquoi pas, participer à l’émergence des nouvelles formes de la culture, et les faire prospérer.

Il ne faut pas se contenter de conserver, de faire mémoire, de se plonger dans ce qui fut, de nous réfugier dans le révolu ; il faut faire en sorte que ce qui vient du passé reprenne vie, et délivre aujourd’hui la vérité pleine de dynamisme dont les hommes d’aujourd’hui ont cruellement soif.

Entendons-nous bien pour finir : le but à poursuivre n’est pas de prendre le pouvoir culturel afin de manipuler les intelligences, les personnes et les sociétés, mais pour restaurer une vraie culture qui libère et qui élève, une culture qui rapproche de Dieu. Les deux réalités définies plus haut sous le terme de « culture » doivent donc être converties. Il y a un climat à reconstituer dans la société même, et cela au service des personnes et de leur vie intérieure. La société doit servir les cœurs et les âmes, la culture doit servir la culture.

Restons aussi bien conscients que la guerre culturelle, d’une certaine façon, n’aura jamais de fin, parce que la lutte des idées continuera toujours. La vérité devra toujours être défendue, soutenue, et illustrée contre le mensonge. Le venin de la subversion marxiste n’est pas mort, mais au moins n’y a-t-il plus de glandes venimeuses pour le produire. Ne croyons pas pour autant que l’esprit de Révolution en tant que tel soit éteint : il restera au contraire toujours à l’œuvre. » (ICHTUS, dossier « les enjeux de la culture »).

Les féministes et militants LGBT, pour un certain nombre d’entre eux, se réfèreront volontiers aux travaux de recherche universitaire récentes en sociologie, en anthropologie, en neurologie, en philosophie, en histoire, en littérature, en linguistique et ailleurs pour mettre en évidence le caractère construit d’un certain nombre de normes sociales tenues communément pour naturelle, par exemple la différence des sexes ou encore « l’hétérosexualité obligatoire »:

« Le corps est le lieu où se cristallise des rapports sociaux de
sexe, des représentations, des pratiques. Toutes les sociétés
tendent à vouloir finalement socialiser ce corps en lui donnant des orientations pour être conforme à ce qu’elles en entendent. Une des règles principales autour desquels les individus organisent le vécu de leur corps est celle de la différence des sexes. Rappelons que c’est une des grandes règles sur laquelle repose l’organisation sociale de la plupart des sociétés (Héritier, 1996). Notre corps sexué, parce que nous naissons avec des caractères sexuels primaires, selon que nous sommes homme ou femme,
ferait l’objet d’un processus de genrisation et, deviendrait ainsi un corps genré.

Dès la naissance la personne fait l’objet d’une sexualisation. On sexualise ces autres choses, qui ne sont plus biologiques, mais qui sont ces manières d’être, de penser en société selon entre autres une catégorisation sexuée. On donne finalement des caractéristiques sexuelles à du social et, cela s’inscrit dans le vécu de l’individu au quotidien. On renforce son appartenance au groupe masculin ou à celui féminin selon les modèles proposés par la sociétédans laquelle il vit. L’appropriation par la société a lieu, le corps est socialisé. Le genre féminin et le genre masculin, en tant que constructions sociales, sont nés. Les poupées aux petites filles et les camions aux garçons ! Il n’y a pas de doute le genre est un construit social qui s’est nourrit au creuset de différences sexuelles biologiques, posant ainsi le sexe biologique comme catégorie sociale, et qui s’en est servi comme alibis pour instaurer des inégalités sociales de sexe. Comme le souligne Marina Burakova-Lorgnier, le point de vue essentialiste cautionne cette
catégorisation selon le sexe et explique les différences genrées du fait de différences biologiques. En effet, le fait même de dire que nous naissons avec un corps sexué peut être pensé comme une construction sociale.

Face à cette attente de normativité de la part des sociétés, gare à ceux qui n’ont pas voulu choisir les voies des modèles proposés par celles-ci. Jugés déviants, ils ont bien souvent fait l’objet de stigmatisation, voire de mise à l’écart de la société où ils sont nés. » (« Corps et sociétés à l’épreuve du changement: du corps sexué au corps genré », Chrystelle Grenier-TorresSociologue, chercheure associée au laboratoire SSD-ADES,Pôle Grand Sud Ouest-Genre en Action, Bulletin « Genre en action » n°4).

L’essentialisation de contructions sociales (l’hétéronormativité ou le modèle cis genre, par exemple)est menée, de manière insidieuse, par l’éducation, par une certaine recherche universitaire (la scientifique féministe Anne Fausto-Sterling parle du rôle social normatif de la biologie, qui a longtemps construit deux sexes homogènes à partir de données biologiques parfois beaucoup plus diffuses: cf mon article sur les études de genre sur mon autre blog), mais aussi par la culture. Ainsi, dans le cas de la culture « geek », Mar_Lard montre comment le point de vue du mâle blanc hétéro cis genre est posé, tant dans les représentations culturelles en elles-mêmes que dans le discours porté sur elles par la communauté, comme un passage obligé, une forme de « vérité » obligatoire,  au point de rendre possibles et mêmes banals les pires phénomènes d’exclusion et de harcèlement.

Au delà de cette prise de conscience commune d’une « guerre culturelle », il est clair que ces deux visions présentent de vastes différences. La première présente le caractère normatif insidieux de la culture comme un phénomène historique récent (conséquence du communisme pour Ichtus) et la conséquence d’une volonté consciente (du moins à l’origine) de subversion, en vue d’une « révolution » des valeurs. La seconde le présente comme une propriété structurelle de toute société, la manière dont tout groupe dominant, va, le plus souvent inconsciemment, essentialiser les raisons contingentes de sa prise de pouvoir pour les rendre invisibles et incritiquables. La première va se présenter comme une restauration, celle de valeurs qui sont déjà connues, nous sont données de manière immuable et éternelle par l’Eglise, mais ont été subverties et rendues méconnaissables. La seconde va plutôt se ranger du côté de la subversion, non pas d’un ordre établi en tant qu’il est un ordre établi, mais parce qu’il apparait comme un instrument d’oppression des plus faibles par les plus forts. Enfin, il est clair qu’en terme de contenu, chacune tend à considérer comme bon ce que l’autre considère comme mauvais, mauvais ce qu’il considère comme bon, et « évident » ce que l’autre remet fondamentalement en cause: ainsi, pour les catholiques, la « complémentarité des sexes est une évidence pour la droite raison », et l’égalité « réelle » n’est pas une finalité en soi, ni même un objectif qui fait sens.

Au delà de ces très fortes divergences, restent en commun, outre le fait de la guerre culturelle elle-même, la revendication de la défense des plus faibles contre les plus forts, la conviction que « l’adversaire » n’est pas tant le désaccord de l’autre en lui-même que des pseudo évidences implantés de manière structurelle dans notre culture commune par des rapports de pouvoir qui rendent invisibles des formes d’oppression et d’injustice, et la conviction que cette guerre est un travail de longue haleine, sans doute toujours à renouveler:

 » Restons aussi bien conscients que la guerre culturelle, d’une certaine façon, n’aura jamais de fin, parce que la lutte des idées continuera toujours. La vérité devra toujours être défendue, soutenue, et illustrée contre le mensonge. Le venin de la subversion marxiste n’est pas mort, mais au moins n’y a-t-il plus de glandes venimeuses pour le produire. Ne croyons pas pour autant que l’esprit de Révolution en tant que tel soit éteint : il restera au contraire toujours à l’œuvre. » (Ichtus, idem).

L’approche que les études de genre donnent de la culture comme « invisibilisation » et essentialisation de rapports de pouvoirs construits socialement, me parait particulièrement féconde, en ce qu’elle permettent, par exemple dans le conteste des rapports entre christianisme et metal, qui est l’objet principal de ce blog, de démonter certaines évidences suspectes. Ainsi, le fameux « le black metal est par nature satanique et anti-chrétien » est faux historiquement ( il existe des groupes de black metal chrétien dès le début des années 1990 et dans plusieurs pays, et la scène s’éloigne peu à peu au fil du temps de ses racines satanistes) et ne veut pas dire grand chose sur le plan littéral (le black metal est un courant musical, le christianisme une religion, et le lien d’opposition entre les deux parait malaisé à expliciter: cf. mon billet « Holy Unblack Metal?« ). Par contre, cet énoncé arrange un groupe considéré comme plus important numériquement et plus ancien dans le black metal, qui choisit d’exprimer par cette musique les difficultés personnelles de certains de ses membres avec la religion chrétienne, et également certaines factions du christianisme, pour qui une « culture de mort » visible et spectaculaire constitue un vecteur efficace de motivation et de mobilisation.  Malgré son caractère inintelligible et intrinsèquement contradictoire, il est présenté comme une évidence (et symétriquement le « black metal chrétien » comme un « oxymore ») parce qu’il essentialise et rend invisible les convictions contingentes des groupes dominants au sein de chacune des deux communautés.

2) sur le « militantisme », le lobbying, et « l’indignation »:

Un autre point commun pour le coup très visible des défenseurs de ces deux visions, ce sont les moyens d’action par lesquels ils choisissent souvent de mener cette « guerre culturelle »: le militantisme politique, et lobbying, et « l’indignation ». En effet, si l’ennemi est une normativité culturelle insidieuse, qui ne cesse de rendre invisibles des phénomènes d’oppression et d’essentialiser des rapports de force contingents, d’endormir chacun d’entre nous, en somme, l’enjeu, pour le militant, va être de réveiller la société, et de rendre visible, par une veille constante, ce qui ne cesse de se dérober à nos regards et à notre pensée.

Il va nommer ce qui est rendu innommable, par la mise en place d’ une veille de tous les signes discrets (ou non) d’oppression (les stéréotypes de genre dans la culture, les initiatives laïques type interdiction de crèches, etc.), par la création de néologisme qui permettent de mettre une appelation sur des discours et des pratiques rendues évidentes et invisibles par la pensée dominante (homophobie, hétéronormativité, ou encore homosexualisme, christianophobie), par la mise en évidence théorique d’un système d’occultation de la vérité .

Il va alerter, par des blogs, par des pétitions, par la sollicitation des politiques, par des campagnes de presse, par des pressions sur les actuers de la société et de la culture (pouvoirs publics, entreprises…) , des détournements, des parodies (on songe aussi bien à Superman en costume « traditionnel » de super héroïne qu’au clip parodiant Inquisitio l’été dernier)… Jouer sur l’émotion aussi bien que sur la raison, en « indignant », en montrant les conséquences injustes, inégalitaires, mortifères, de certains discours et certains usages…

Il va combattre, en intentant des procès, en demandant des lois plus restrictive de la liberté d’expression sur certains sujets, etc.

Bref, sans se faire d’illusion sur un hypothétique « grand soir », il va chercher à opérer une prise de conscience dans les mentalités, à rendre davantage visible son combat pour que l’évidence morale de celui-ci passe du statut d’invisible à celui de visible, et soit intégré progressivement dans le point de vue du groupe dominant.

Et il est évident, pour prendre par exemple le cas du féminisme, qu’une telle démarche permet de changer des choses: droit de vote pour les femmes, généralisation de l’accès à toutes les catégories professionnelles, effacement de la conception hiérarchique du rapport homme/femme. Côté catholique, beaucoup de personnes estiment qu’un relatif manque de combativité de l’Eglise dans les années 1970, une certaine stratégie de « l’enfouissement », a largement contribué à la déchristianisation de la société, et la transformation graduelle des catholiques en minorité (une grosse minorité quand même, comme leur pouvoir de mobilisation ces derniers mois le démontre).

Il reste que cette guerre culturelle transforme la société en un champ de bataille permanent, générateur à son tour d’exclusions et de confiscations de paroles, pour les personnes se situant entre les partis ou à la fois dans différents partis, ou hors de ceux-ci.

Dans la seconde et dernière partie de cette série de billets, à paraitre d’ici le courant de la semaine prochaine, j’analyserai la manière dont les normes ne cessent d’évoluer et de réapparaitre par là où elles emblaient s’anéantir, à partir de la réflexion de Judith Butler sur le pouvoir et la norme. A partir de là, (en quittant la philosophie de J. Butler) j’essaierai de montrer que les mécanismes de cette guerre culturelle, qui ne cesse de se rallumer et de reconstruire des oppositions et des casus belli, n’a pour seul horizon que la coexistence des différentes parties, qu’elle soit pacifique ou belliqueuse, et j’essaierai à partir de là d’exprimer et de défendre mon éthique personnelle du dialogue et de l’entre-deux, que je souhaite attentive aux principes qui dirige mon action, mais aussi aux exclusions que celle-ci crée inévitablement à son tour par la transformation des normes à laquelle elle contribue nécessairement, et d’en proposer une application au débat metal/christianisme…

De l’usage des témoignages de convertis en milieu chrétien: grandeur et fragilités

Posted in Christianisme et culture, Témoignages with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 23 janvier 2013 by Darth Manu

Upheaval- Testimony to the Atrocities

Ce sujet peut sembler un peu trop large et christiano-centré pour le présent blog. Il est cependant inspiré en partie par l’usage de témoignages de metalleux convertis par certains sites chrétiens pour induire des jugements de valeurs généraux sur le metal. A cela s’ajoute l’usage polémique de témoignages par des catholiques, de manière récurrente, sur diverses questions d’actualité: ainsi, ces derniers mois, les témoignages d’homosexuels défavorables au « mariage pour tous » (le plus connu et à mon avis le plus emblématique étant celui de Philippe Ariño), ou encore, depuis un peu plus longtemps, ceux d’anciens musulmans convertis au christianisme (en France Joseph Fadelle, par exemple)…

Tout d’abord qu’est-ce qu’un témoignage? Nous allons voir qu’il peut revêtir différentes significations, suivant qu’il est énoncé dans un contexte de foi, juridique, etc. et que suivant ses derniers, il n’a pas nécessairement le même poids, ni la même valeur, et ne doit pas nécessairement être reçu de la même façon pour prendre tout son sens.

Le Larousse donne les définitions suivantes du verbe « témoigner« :

verbe transitif indirect

Définitions de témoigner

Se porter garant de quelque chose, être en mesure de l’affirmer : Je suis prêt à témoigner de sa probité.

Être la preuve, la confirmation de quelque chose d’autre : Ses réponses témoignaient de sa parfaite connaissance du sujet.

Et du nom « témoignage« :

« nom masculin 

Définitions de témoignage

Action de témoigner, de rapporter ce qu’on a vu, entendu, ce qu’on sait : Le témoignage des journalistes.

Déclaration, déposition d’un témoin en justice : Les témoignages sont accablants pour l’accusé.

Déclaration orale ou écrite attestant les qualités de quelqu’un : J’ai besoin d’un témoignage de bonne conduite.

Acte qui témoigne d’un sentiment, d’une qualité, etc. : Recevoir des témoignages de sympathie.

Texte, propos racontant des faits vécus : Ce livre est un excellent témoignage sur notre époque. »

Témoigner, c’est donc communiquer, par écrit ou par oral, une connaissance que l’on a à un public qui ne l’a pas, ou n’est pas supposé l’avoir. C ‘est partager une expérience, un sentiment, un savoir, un constat, en s’engageant, en se portant garant par sa personne…

La signification de ce témoignage n’est pas la même suivant l’occasion pour laquelle il est donné, et son public: témoigner de son alcoolisme devant un cercle d’alcooliques anonymes peut avoir une connotation édifiante, voire être signe de courage et d’humilité. Faire la même chose à l’occasion d’une garde à vue peut être au contraire incriminant.

Considérons plus particulièrement deux exemples de témoignages, dont la confrontation me parait très éclairante:

– Le témoignage dans un contexte de foi, comme signe:

Selon Wikipédia:

« Le témoignage est un concept religieux qui se décline de deux façons :

Recevoir un témoignage : le témoignage est une connaissance spirituelle donnée par le Saint-Esprit (voir Mt 16:17 ; Jn 15:26 ; Ro 8:16 ; 1 Jn 5:6).

Porter témoignage : le témoignage consiste, à l’exemple des apôtres, à aller porter la bonne nouvelle. Il peut prendre soit la forme de l’évangélisation, soit la forme de récits de conversion où le témoin s’implique personnellement, racontant ce que la foi a changé dans sa vie (voir Mt 24:14 ; 2 Ti 1:8).

Dans le décret sur l’apostolat des laïcs, il est souvent fait allusion au témoignage : « Le témoignage même de la vie chrétienne et les œuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à la foi et à Dieu ». »

Le témoignage de foi est celui d’une rencontre, celle de Dieu, qu’il s’agisse des apôtres sillonnant la Palestine deux par deux pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, de Saint Paul qui donne le récit de sa transformation après sa révélation sur le chemin de Damas un signe de laGloire de Dieu et de Sa Miséricorde, ou de l’un de ces très nombreux chrétiens qui racontent comment le Christ a changé leur vie pour le meilleur.

Il est l’expression d’une conversion: le témoin s’est détourné de son amour-propre et de son égoïsme pour s’abandonner à Dieu, et y a expérimenté, au moins sur le moment,  une espérance et une paix qui ont transformé  sa vie pour le meilleur.

Le témoignage, enfin, est l’expression d’une subjectivité transfigurée: le témoin a trouvé un fondement sur lequel assoir son existence, plus solide que tous ceux sur lequel il avait auparavant tenté de construire sa vie, et en même temps indémontrable objectivement, communiquable uniquement de sujet à sujet, par le récit d’une expérience vécue, qui porte des interrogations et des réponses dans lesquelles son public peut retrouver, au moins en partie, les siennes propres. Il s’agit non pas de prouver des faits, établis de manière objective et au dela du doute, mais de relier des subjectivités, en faisant de sa propre vie un signe qui pointe vers ce qui est susceptible de donner un sens à toute vie.

En ce sens, le témoin de foi atteint par le récit de son vécu subjectif une Vérité qui est susceptible d’être nourriture pour le vécu subjectif de toute autre personne. En engageant son intériorité dans son témoignage il touche l’intériorité d’autrui. Et par sa personne, il engage son existence propre, et la Grâce qui lui a été donnée, pour lui et pour le monde, et qui donne une légitimité nouvelle à sa parole.

– Le témoignage dans un contexte juridique, comme preuve: 

Selon le site www.vie-publique.fr:

« Le témoignage désigne au sens large la déclaration par laquelle un individu communique à autrui la connaissance personnelle qu’il possède d’un fait ou d’un évènement. Dans le domaine juridique, si le témoignage est parfois utilisé pour l’établissement d’actes authentiques, comme à l’occasion de la célébration du mariage, le recours au témoignage constitue sans doute le mode de preuve le plus fréquent. Le témoin est en effet celui qui vientsolennellement attester par sa déclaration de la véracité d’un fait ou d’une situation.

L’importance de la preuve testimoniale au cours de la procédure varie selon que l’on se trouve dans un système de preuve légale, où la loi détermine les différentes preuves admissibles et leur force probante, ou de preuve libre, où le juge apprécie souverainement les divers éléments de preuve qui lui sont présentés.En matière civile, où domine le modèle de la légalité des preuves, le système français ménage une place limitée au témoignage : il est en principe seulement admissible pour prouver l’existence des faits juridiques, tandis que la preuve écrite est considérée comme obligatoire en matière d’acte juridique. En outre, le témoignage étant considéré comme une preuve fragile et imparfaite, sa force probante est expressément subordonnée par la loi à celle des preuves écrites.En matière pénale, caractérisée par une liberté de la preuve, le témoignage joue un rôle beaucoup plus fondamental, puisqu’il constitue souvent le seul élément permettant de caractériser qu’un individu a commis une infraction. Le droit français ne distingue pas entre les témoins à charge et à décharge, pas plus qu’entre les témoins entendus sur les faits et ceux, dits de « moralité », dontl’audition porte sur la personnalité du prévenu. Le juge est libre d’apprécier, dans le cadre de son intime conviction, la valeur qu’il convient d’apporter à ce mode de preuve. »

Au contraire du témoignage de foi, celui au sens juridique n’a pas pour finalité de faire signe, par l’intermédiaire du récit d’une intériorité, vers une autre intériorité, mais de prouver la réalité objective de faits allégués. Dans un témoignage de foi, le vécu intérieur est fondamental, puisque c’est sa transformation qui manifeste l’effort de conversion et la rencontre avec Dieu qui l’a rendue possible, alors que l’occasion de cette rencontre est secondaire, est ce qui a rendu le message possible mais n’est pas en soi le message. Dans un témoignage au sens juridique, si la sincérité d’un témoin me semble un élément important, ce qui est primordial, ce sont les faits qui l’ont conduit à être témoin, et non son intériorité: une personne mauvaise peut donner un témoignage fiable, et un saint un autre qui serait biaisé, erroné, voire tout simplement faux suivant leur implication, leur situation psychologique et émotionnelle, leur connaissance ou non d’éléments susceptibles d’éclairer les faits constatés, leur recul, etc.

A ce titre, alors que la dimension de point de vue personnel, marqué par un vécu, une histoire, et une intériorité, est ce qui donne sa force au témoignage de foi, car c’est là, au plus profond du coeur du témoin, que Dieu vient le toucher et le rencontrer, elle est au contraire une source de fragilité et d’erreur pour un témoignage factuel, auquel on demande de contribuer à prouver des faits.

« L’histoire de la jurisprudence révèle que des condamnations ont été prononcées sur la foi de témoignages faux ou erronés sur l’identité de l’inculpé ou de l’accusé. La variation de la perception de faits, les soubresauts de la mémoire et ses trahisons ne doivent jamais être oubliés quand on soupèse un témoignage.

L’étude psychologique d’un témoignage est forcément complexe. Pour apprécier convenablement la valeur d’un témoignage, il faudrait reconstituer toutes les réactions qui ont été celles du témoin, depuis le moment où en tant qu’homme ordinaire, il a assisté à un événement ou un incident qui d’abord lu a paru banal, alors qu’il était inquiet, préoccupé, anxieux, ou simplement distrait, jusqu’au moment, où, pourvu du rôle de témoin officiel, il fait appel à sa mémoire pour restituer, à sa façon, ce même événement reconstitué par sa mémoire.

La valeur d’un témoignage dépend de deux facteurs : l’objet du témoignage qui est lanature des faits et les aptitudes et les réactions du témoin. » (  La fragilité du témoignage, par Régis Poujet,Académie des sciences et les lettres de Montpellier, séance du 18/03/2002, conférence n°3776)

Dans le témoignage de foi, si bien sûr il est sincère, le témoin est sa propre preuve pour ainsi dire, dans la mesure où les transformations opérées dans sa vie sont la mesure de la Grâce qu’il a reçu. Alors qu’un témoignage qui porte sur une réalité factuelle, même sincère, est généralement sujet à caution et à vérifications (ou au moins confontation avec d’autres points de vue), dans la mesure où le témoin donne un point de vue particulier et situé sur une réalité qui ne luis sera jamais entièrement réductible, au contraire du premier où il a la connaissance immédiate et intime des changements opérés par la conversion, même s’il a toute sa vie ensuite pour en approfondir les tenants et les aboutissants, puisque c’est de son propre être qu’il s’agit… Dans le premier cas, le vécu, l’histoire de la personne contribuent à la certitude… Dans le second, elles sont potentiellement source d’erreurs et de préventions…

« Le témoin fiable est celui qui prend de la distance par rapport à l’événement, qui avance prudemment en ne perdant pas de vue qu’il peut se tromper, qui ne se prend pas pour la loi et ne se considère pas comme investi de la mission de rendre la justice. Chaque être
humain a sa propre vérité. Elle ne rend pas obligatoirement compte de la réalité. J’entends la question que vous me poserez « Que penser du témoignage que j’apporte ce soir ? »

Il n’est qu’un témoignage et, comme tel, il doit être écouté et entendu avec prudence, enregistré avec réservé et confronté à d’autres témoignage, mais la réalité ne sera jamais atteinte. Gardons présent à l’esprit ce qu’avait écrit sur le mur de sa cellule le condamné à mort
retrouvé plusieurs siècles plus tard sous les cendres de Pompéi « Dans ce monde, rien n’est éternel ».

Pour conclure, je reprendrai la réponse du vieux médecin alcoolique et tellement humain, mis en scène par John FORD dans « La chevauchée fantastique ». A la jeune femme de moeurs légères qui lui demande s’il est bien d’accepter d’épouser l’homme qui l’aime et qu’elle
aime, il répond avec l’humilité que confère l’âge, l’expérience et la connaissance des faiblesses humaines :

« Mais qui suis-je pour dire où est le bien et où est le mal ».« 

Il arrive que ces deux types de témoignages, celui de foi et celui qui porte sur une réalité factuelle (dont celui au sens juridique était un exemple), soient confondus en une seule et même parole: ainsi le cas des convertis qui au travers du récit de leur histoire personnelle, vont non seulement rendre compte de la Grâce qu’ils ont reçue, mais également mettre en garde contre certaines réalités auxquelles ils étaient attachés auparavant, et dont ils estiment qu’elles ont mis en péril leur âme.

Il me semble que la valeur d’un témoignage en tant que récit de conversion, aussi réelle, miraculeuse, et authentique que soit la Grâce reçue, n’implique pas nécessairement l’opportunité et la lucidité de la mise en garde qui y est mêlée, même si bien sûr elle n’interdit pas cette dernière, et si il est parfaitement concevable que la dénonciation de tel ou tel méfait ou comportement soit un effet de cette Grâce et voulu par Dieu.

Je pense en fait que ce type de témoignage demande de la prudence et un discernement au cas par cas, ce qui ne diminue en rien la valeur de la conversion en elle-même sur le plan spirituel.

Trois exemples qui me laissent dubitatif, non pas sur la sincérité des témoins et la réalité de la Grâce qui leur a été donnée, mais sur la suite à donner à l’extension qu’ils font du constat d’une souffrance qu’ils ont expérimentée à l’occasion de tel ou tel mode de vie, religion, culture, à  la formulation d’un jugement de valeur sur ces réalités considérées dans leur essence et leur globalité:

– un homosexuel catholique qui définit l’essence de l’homosexualité en relation avec le « fantasme de viol »:

Philippe Ariño n’est pas le seul homosexuel qui s’oppose en France au mariage pour tous (quoique ceux qui s’expriment en ce sens ne paraissent pas bien nombreux, contributeurs d’Homovox inclus). C’est cependant le plus emblématique, et celui qui a partir de l’expérience de sa sexualité et des milieux « gays », a voulu théoriser l’essence du désir homosexuel et les revendications sociales qui y sont attachées.

Par exemple:

« Alors pour commencer, si vous le voulez bien, je vais lâcher cette bombe: Et si le secret de l’homosexualité, c’était minoritairement le viol, et majoritairement le fantasme de viol ? Ne vous inquiétez pas. Au début, ça choque ; et une fois qu’on regarde les faits, on arrête de s’offusquer, on respire, on boit frais, et tout le flou artistique qui entourait le concept d’homosexualité se dissipe. » (Araignée du désert, Dico online, Code n° 178 : Viol)

Ou encore:

« Même si, juste avant de se donner la mort, certains ont prétendu expliquer leur acte suicidaire par le rejet social de leur orientation sexuelle afin de camoufler les nombreuses raisons étrangères à l’homosexualité qu’ils n’ont pas souhaité affronter de leur vivant, cela ne prouve en rien que l’homophobie ou la société soient les uniques causes du suicide chez les personnes homosexuelles. […]

Ce qui empêche les personnes homosexuelles de désigner l’ennemi homophobe, ce n’est pas seulement le voile de mystère entourant l’acte homophobe : c’est surtout la découverte que les principaux ennemis des personnes homosexuelles, ce sont elles-mêmes. La plupart des personnes homosexuelles qui se font assassiner le sont par leurs pairs ou leurs partenaires amoureux. Si les anciennes dictatures traditionnellement connues comme telles maquillaient les meurtres en suicides, la nouvelle dictature homosexuelle, quant à elle, maquille les suicides en meurtres, et les règlements de compte entre communautaires en assassinats venus de l’extérieur. Ce n’est guère mieux… » (Araignée du désert, Le Phil de l’Araignée 2: On n’a rien compris à l’homophobie…)

Ou enfin:

« Ce baiser, en apparence beau, victorieux, et anodin (« Arrête ! Ça n’est rien, un p’tit kissou ! C’est mimi ! C’est culoté ! » me dira-t-on) ne fait que symboliser la superficialité, la prétention et l’homophobie de l’acte homosexuel en lui-même. Celui-ci, de par son éloignement du Réel et son expulsion de Son roc principal qu’est la différence des sexes (une différence qui concerne l’existence de toute l’Humanité), fait violence, et ce, universellement, car elle contredit la présence de n’importe quel être humain. » (Collectif pour la famille, « Le Kissing lesbien contre le Happening marseillais de VITA ou l’imposture bobo bisexuelle ») Rien que ça!!!

Son témoignage personnel, en ce qu’il nous montre ses difficultés à conjuguer son homosexualité et son éducation catholique, et son cheminement, d’une sexualité débridée et papillonnante, jusqu’au choix de la chasteté dans la continence totale, est admirable, et semble le signe d’une vraie conversion, et place l’unité retrouvée de son existence sous le signe de la confiance en Dieu et en son Eglise. En ce sens, du point de vue de la foi, il semble qu’il s’agisse d’un témoignage vrai, dont il est normal et même souhaitable qu’il soit diffusé largement par les médias et les institutions catholiques, comme c’est déjà le cas.

Par contre, on peut s’interroger sur la manière dont il semble engager par son témoignage, non seulement le désir homosexuel tel qu’il l’a vécu et avec lequel le Seigneur l’a trouvé, mais le désir homosexuel dans son essence, et avec lui l’ensemble des homosexuels.

Comme Régis Poujet le rappelle dans le texte cité précédemment, quand il s’agit d’une réalité extérieure, objective, le témoignage donne un point de vue sur elle, mais ne l’atteint jamais dans son essence, ne la réduit pas à ce qu’il en dit (de même qu’on peut analyser un ensemble de faits et en donner une interprétation, éclairée par certaines prises de positions philosophiques, scientifiques, religieuses, mais qui peut dire ce qu’est le réel, pour ne pas parler du « Réel »?). Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est susceptible d’apporter aucun éclairage. Mais il doit être relu avec distance et esprit critique. Ainsi, un sociologue du metal qui est aussi metalleux ne peut pas ne pas avoir un point de vue déterminé en partie par son expérience personnelle, mais il opère par rapport à celle-ci une mise à distance critique, en faisant recours à une étude de terrains, à des choix méthodologiques préalablement définis, à des modèles d’interprétation universitairement éprouvés et reconnus, etc.

Force est de constater que Philippe Ariño ne prend nullement de telles précautions, et a généralement recours à une approche très empirique, voire profondément subjective:

« Dire que ces codes ont une histoire qui m’est propre, cela encouragera peut-être certaines personnes à les vider d’universel, à s’en désolidariser, pour dire que j’ai projeté dans mon Dictionnaire ma propre vie et fais de mon cas une généralité. Certes, je suis aussi parti de mon vécu et de mes références personnelles pour élaborer mon écrit ; mais cela n’est vrai que dans un second mouvement. C’est d’abord mon observation innocente et néanmoins attentive de toutes les œuvres artistiques parlant de près ou de loin d’homosexualité qui a donné naissance à mon Dictionnaire. Ma vie et mes goûts de personne homosexuelle m’ont assurément aidé à les reconnaître, souvent dans l’émerveillement et l’amusement. Mais si ces codes n’étaient que le fruit de ma propre imagination et l’expression d’une vision du monde très égocentrée, je ne les verrais pas dans autant de fictions, de pièces de théâtre, et de films, qui me sont encore inconnus, que je découvre peu à peu aujourd’hui, et qui sont réalisés par des gens qui ne connaissent même pas l’existence de mon Dictionnaire. Les échos entre mes écrits et ces œuvres, qu’on le veuille ou non, sont troublants. Je n’aurai pas assez de toute ma vie pour les découvrir! » (Le Phil de l’Araignée 14 : Les Secrets de mon Dictionnaire des Codes homosexuels)

La répétition des expériences est un aspect de la recherche de terrain, la clarification de la méthodologie et les principes employés pour les interpréter en est un autre, primordial, mais qui semble purement et simplement esquivé par Philippe Ariño.

Dans certains passages, il recourt même à une forme de confiscation de la parole en prétendant savoir mieux que d’autres homosexuels qui expriment des positions en contradiction avec les siennes ce qu’ils ont vécu et ressenti. Ainsi, dans l’une des citations ci-dessus:

« Même si, juste avant de se donner la mort, certains ont prétendu expliquer leur acte suicidaire par le rejet social de leur orientation sexuelle afin de camoufler les nombreuses raisons étrangères à l’homosexualité qu’ils n’ont pas souhaité affronter de leur vivant »

Et c’est bien là le problème: son témoignage est précieux en tant qu’il est une parole, qui exprime un parcours personnel. Son discours sur l’homosexualité, profondément subjectif sous couvert de conceptualisation, est précieux en ce qu’il nous montre comment elle a été source de souffrance pour lui, et comment sa rencontre avec Dieu a mis un terme à cette souffrance. Il nous donne son point de vue sur l’homosexualité. Mais il ne nous donne pas l’homosexualité en elle-même. Pour cela, il faut écouter tous les témoignages et les confronter. Et au nom de quoi sa parole prendrait le pas dans mon esprit  sur celle contraire de cet homosexuel favorable au « mariage pour tous » et profondément blessé par la « manif pour tous », par exemple? Parce que je suis catholique et qu’elle m’arrange davantage? Qu’elle soit rassurante pour des chrétiens qui ont du mal à assumer l’intransigeance de certains enseignements de l’Eglise sur l’homosexualité, c’est bien normal, mais cela ne veut pas dire qu’elle en a établi la vérité. il faut entendre toutes les paroles, toutes les souffrances, toutes les joies en lien avec l’homosexualité, ou tout du moins un échantillon représentatif, avant de dire qu’on a vu la vérité. Et de manière méthodique, en examinant les témoignages de manière rationnelle, à la manière d’une enquête. Et malheureusement je pense que ce n’est pas ce qui est fait aujourd’hui dans l’Eglise à partir du témoignage de Philippe Ariño, ce qui , encore une fois, ne diminue nullment sa valeur et sa beauté en tant que témoignage de conversion, mais empêche d’en déduire des vérités générales sur l’homosexualité et les homosexuels.

– un musulman converti qui projette de « détruire l’Islam »:

J’ai assisté samedi dernier, dans le cadre de mon service d’animateur d’aumônerie, à un témoignage de Joseph Fadelle, ce musulman irakien qui s’est converti au christianisme, que sa famille a tenté de tuer pour cela, et qui fait aujourd’hui l’objet d’une fatwa le condamnant à mort. Il a écrit un livre désormais célèbre, Le Prix à Payer, que je n’ai pas encore lu.

Si son histoire personnelle m’a bouleversé, et sa conversion m’a paru très belle et très courageuse, j’ai été très gêné, et même très choqué, à mesure que j’écoutais, par le grand nombre d’affirmations définitives et sans nuances qu’il portait, non seulement sur l’Islam tel qu’il l’a connu, ce qui serait bien normal, mais sur cette religion tel qu’il prétend l’avoir comprise dans son essence, et sur la personne du Prophète Mohammed, qu’il présente comme un pervers et un meurtrier.

Et autant je suis intimement convaincu de la grande valeur de sa parole en tant que témoignage de foi, autant je suis profondément sceptique quand au crédit à lui apporter en tant que témoignage au sens « juridique » contre l’Islam.

Joseph Fadelle dit qu’il a compris que l’Islam était une religion mauvaise lorsqu’il a lu le Coran. Mais ce type de texte religieux fondateur peut-il se comprendre par une simple lecture littérale, comme un roman ou un essai? J’ai rencontré quantité de metalleux qui aiment à rappeler tous les passages moralement choquants dans la Bible: le marchand et son épouse qui tombent raides morts dans les Actes des Apôtres après avoir tenté d’escroquer la communauté chrétienne, le Christ qui enseigne que les blasphèmes contre l’Esprit Saint ne seront pardonnés ni sur terre ni au ciel, les menaces à la fin de l’Apocalypse contre ceux qui interprèteraient un peu trop ce livre… Alors certes, ces passages ne sont pas à lire naïvement, mais à interpréter suivant les traditions littéraires de l’époque, le sens spirituel que l’auteur a voulu transmettre, les questions théologiques qui se posaient… Mais n’en est-il pas de même de l’Islam? Il existe plusieurs écoles « juridiques » d’interprétation souvent très éloignées les unes des autres, des querelles sur des versets qui abrogeraient ou non d’autres versets, des centaines de « hâdith » des paroles du Prophète qui éclaireraient la lecture du Coran et l’authenticité, pour certains d’entre eux, fait l’objet d’un large consensus, mais pour d’autres est âprement discutée… Rien qu’à lire la page wikipedia consacrée au Coran, on perçoit combien sa lecture est difficile d’accès et combien il est aventureux de prendre le sens des verset au pied de la lettre (ce qui est aussi le cas des textes de la Bible, mais c’est toujours plus facile de se concentrer sur le sens littéral quand il s’agit des textes et de la foi des autres).

Lors du témoignage auquel j’ai assisté, il nous a dit que suite à l’exhortation de son ami chrétien Massoud, il est allé voir un Imam pour savoir comment lire le Coran. L’Imam lui a conseillé un grand nombre de relectures préalables, ce qui l’a fait reculé. Il a alors décidé, comme « voie de contournement », de lire directement le Coran, et juste le Coran. Le conseil de l’Imam n’était sans doute pas très pédagogique, mais avait selon moi un fond de sagesse.

« Au contraire, l’une des caractéristiques du Coran est justement son invitation continuelle à la réflexion et à la compréhension : « [Voici] un Livre béni que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent sur ses versets et que les doués d’intelligence réfléchissent ! » (38:29) ; « Très certainement Nous avons exposé [tout ceci] dans ce Coran afin que [les gens] réfléchissent. » (17:41) ; « En effet, Nous avons rendu le Coran facile pour la méditation. Y a-t-il quelqu’un pour réfléchir ? » (54:17), etc.

Une simple étude de l’histoire de l’islam permet également de se rendre compte de la masse de commentaires écrits à propos du Coran et des différents aspects de la religion en vue d’en comprendre les différentes significations, et ce tant dans les milieux chiites que sunnites. L’immense littérature d’ouvrages religieux et de commentaires ne s’est pas tarie et continue de constituer le sujet de nombreux écrits jusqu’à aujourd’hui. La source principale de dissension en islam n’a donc pas été le caractère licite de la réflexion à propos de la religion ou du Coran, acceptée par tous sauf à de rares moments de l’histoire, mais bien la façon et la méthode utilisée pour commenter le Coran ou plus généralement pour mener une vraie réflexion religieuse.  » ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Quelques autres exemples: Joseph Fadelle s’appuie beaucoup sur la description des femmes dans le Coran, mais celle donnée par Saint Paul  (qu’il oppose pourtant à la personne du Prophète Mohammed) est également très dure, et guère acceptable pour la plupart des contemporains, y compris catholiques. Elle est à interpréter, on est d’accord. Mais il en va de même du Coran: sur la question de la récompense des femmes au paradis, des réponses humaines ont été données, sur celle de leur intelligence relativement à celle des hommes, on trouve assez facilement sur Google des interprétations qui nuancent fortement le sens littéral. Peut-être sont-elles fausses, peut-être sont-elles vraies, mais elles existent, elles sont des paroles, auxquelles confronter le témoignage de Joseph Fadelle, avant de penser que celui-ci atteint l’essence de l’Islam.

« M. Fadelle évoque ensuite la question du statut de la femme en islam, point qui lui pose problème : « Autre point conflictuel pour moi, je ne saisis pas l’insistance du Coran à définir la supériorité et le pouvoir des hommes sur les femmes, considérées la plupart du temps comme des inférieures, possédant la moitié du cerveau d’un homme, et parfois impures, quand elles ont leurs règles. » (p. 28). Le type d’expression utilisée, c’est-à-dire ici, « la moitié d’un cerveau », confirme la tendance de l’auteur à utiliser un procédé de simplification tournant à la caricature comme base de son argumentaire contre l’islam. On pourrait aussi objecter à l’auteur que le christianisme même est exposé à sa critique. Dans la Première Epître de Paul aux Corinthiens, nous pouvons lire : « Je veux cependant que vous sachiez que Christ est le chef de tout homme, que l’homme est le chef de la femme […] Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef : c’est comme si elle était rasée. […]L’homme ne doit pas se couvrir la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme a été créée à cause de l’homme. C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend » (11:3-10) ou encore dans l’Epître de Paul aux Ephésiens : « Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Eglise » (5:23), ou la Première Epître de Paul à Timothée : « Que la femme écoute l’instruction en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme ; mais elle doit demeurer dans le silence. Car Adam a été formé le premier, Eve ensuite ; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. Elle sera néanmoins sauvée en devenant mère, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté » (2:11-15). Il n’est pas ici question d’établir la moindre comparaison entre islam et christianisme ni de nous lancer dans de l’exégèse comparée, mais simplement de souligner les incohérences, les raccourcis et le regard mutilé que porte l’auteur tant sur l’islam que sur le christianisme, en n’y puisant que ce qui lui permet d’agrémenter au mieux son réquisitoire sur l’islam. » (« Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise).

Il insiste beaucoup sur l’idée que la fréquentation des chrétiens serait source d’impureté pour un musulman. Sans doute est-ce vrai dans la pratique des chiites irakiens qu’ila fréquentés… Cela dit, pour voir des dizaines de musulmans y compris « rigoureux » dans mon travail, et avoir été ami avec d’autres, je n’ai jamais observé le degré de rigueur qu’il décrit, bien au contraire.

« Comme nous l’avons évoqué, la conversion de Joseph Fadelle se déroule à la suite d’une rencontre avec un chrétien avec qui il partagea sa chambre durant son service militaire. En filigrane d’une démarche personnelle que nous ne cherchons encore une fois aucunement à juger, nous découvrons tout au long de l’ouvrage de nombreuses incohérences et mêmes idées fausses sur l’islam, notamment concernant la question de la relation avec l’autre. A titre d’exemple, lorsqu’il comprend avec qui il va partager sa chambre, M. Fadelle évoque qu’il est pris d’un sentiment d’horreur soi-disant né de ce que sa religion lui aurait inculqué : « – Tu crois que moi, un Moussaoui, je vais dormir avec un chrétien ? La frayeur m’envahit et m’ôte toute raison. Chez moi, les chrétiens sont considérés comme des parias impurs, des moins que rien avec qui il faut éviter à tout prix de se mélanger. » (pp. 13-14). Après avoir passé quelques jours auprès de lui, il écrit : « Je suis même surpris de ne pas être incommodé par l’odeur car dans ma famille, c’est une chose acquise : un chrétien se reconnaît à ce qu’il sent mauvais. » (pp. 15-16). Cette position est de nouveau clairement exprimée dans l’un de ses entretiens où il affirme plus clairement que le Coran même (et non pas seulement des traditions familiales) est la source d’un tel comportement : « Avant de rencontrer le Christ, je voyais les chrétiens à travers le Coran, je les considérais comme on me demandait de les considérer. C’est-à-dire comme des impurs qu’il faut combattre et tuer. » 

L’idée que l’islam enjoindrait à ses adeptes de ne pas se mélanger avec les chrétiens, qu’ils seraient impurs, sentiraient mauvais ou, pire encore, qu’il faudrait les tuer, est absolument fausse et éminemment dangereuse. Concernant tout d’abord la supposée « impureté », l’écrasante majorité des autorités musulmanes actuelles rejette une telle position. En outre, le Coran souligne expressément que les musulmans peuvent consommer la nourriture des « Gens du livre » (c’est-à-dire notamment des juifs et des chrétiens) : « Vous est permise la nourriture des gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. » (5:5). Comment donc serait-il permis de consommer la nourriture préparée et donc touchée par une personne en soi impure ? [6] En outre, si les chrétiens sont des « parias impurs », comment expliquer le désir de M. Fadelle de le convertir, et donc de le compter parmi les siens (pp. 16-17) ? Une conversion ferait-elle miraculeusement disparaître la supposée « mauvaise odeur » qu’il évoque ?!

Entre ces deux attitudes extrêmes – c’est-à-dire rejet absolu de l’autre ou volonté de le rendre identique à soi-même en lui niant le droit à toute altérité -, l’islam invite au contraire à cohabiter avec les « Gens du livre » dont font partie les chrétiens, et souligne que les croyants vertueux parmi eux seront sauvés : « Ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens, et les Chrétiens, ceux parmi eux qui croient en Dieu, au Jour dernier et qui accomplissent les bonnes œuvres, pas de crainte sur eux, et ils ne seront point affligés » (5:69).  Le Coran pose également les bases d’un respect mutuel invitant à une coexistence : « Que l’animosité pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété » (5:8) ; « Quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. » (5:32). Le Coran reconnaît aussi la valeur de la diversité des communautés religieuses, diversité voulue par Dieu afin qu’elles puissent rivaliser en charité et en bonnes actions : « Si Dieu avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver en ce qu’Il vous donne. Concurrencez donc dans les bonnes œuvres. C’est vers Dieu qu’est votre retour à tous ; alors Il vous informera de ce en quoi vous divergiez. » (5:48). Au lieu de souligner les traits d’union et ce qui rassemble, l’auteur du Prix à payer semble vouloir attiser les antagonismes et rendre tout dialogue impossible. » ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Etc., etc. Cela n’enlève rien à la valeur de son témoignage personnel, que je crois profondément vrai. Et compte tenu de son parcours, je comprends tout à fait qu’il éprouve un très fort ressentiment à l’encontre de son ancienne religion. Sans doute ferais-je de même à sa place. Mais si son témoignage est tout à fait précieux en tant que témoignage de conversion, et est très éclairant sur les abus dans sa pratique dans certains pays du Proche et Moyen Orient, il n’atteint pas,  je suis désolé de le dire, justement en tant qu’il est un témoignage, un point de vue individuel,  l’essence de l’Islam, et je ne vois pas pourquoi je prendrais davantage en compte sa parole que celle de tous les musulmans que j’ai rencontrés et qui ont puisé dans l’Islam la motivation et la force pour faire le bien, même si je ne crois pas, en tant que chrétien à la véracité de cette religion, car ce n’est pas parce que certaines de ses croyances sont fausses qu’elle rend pour autant mauvais.

C’est pourquoi c’est à mon avis à juste titre que le Père Roucou, responsable du Service National pour les relations avec l’Islam (SRI), qui est l’organe officiel de l’Eglise en charge de cette question,  s’est inquiété de l’usage fait de son témoignage, remarquable sur le plan de son cheminement de foi mais très contestable dans ses affirmations sur l’Islam en général, dans de nombreux lieux de l’Eglise:

 » Les prêtres conseillent ce livre à leurs paroissiens. Fadelle lui-même est invité à donner des conférences partout. Et pas simplement pour parler de son itinéraire qui est tout à fait respectable, mais pour dire que l’islam est l’œuvre du diable. On sent se renforcer chez les catholiques – comme chez l’ensemble des Français – un courant d’hostilité à l’islam. Nous sommes attaqués comme naïfs vis-à-vis des musulmans parce que nous discutons avec eux, alors que c’est notre mission. Ma position, en tant que SRI, c’est de dire que je n’ai pas à choisir entre ma solidarité avec les chrétiens du Proche-Orient et l’amitié avec les musulmans d’ici. » (cité sur L’observatoire de la Christianophobie).

En ces temps de repli communautaire de tout côté, il parait néfaste et contre-productif d’alimenter les divisions et les haines, comme de nombreux sites catholiques politisés très à droite et réticents aux réformes du dernier Concile semble le faire, en instrumentalisant de manière évident le témoignage de Joseph Fadelle en vue de durcir la position catholique contre l’Islam et les musulmans, par des propos inutilement alarmistes et insultants pour les partisans du dialogue interreligieux:

 » Par cette déclaration, le père Roucou laisse entendre que les musulmans d’ici sont victimes d’un terrorisme comparable à celui enduré par les chrétiens d’Orient. C’est une posture absolument scandaleuse. A le lire, on a l’impression qu’il souhaiterait que Joseph Fadelle soit éliminé, plutôt que de remettre en cause l’action du SRI. Car c’est bien ce qui risque d’arriver : Joseph Fadelle, par son témoignage, ses conférences publiques, pourrait être assassiné demain. » (Maximilien Bernard de Perepiscopus, cité sur L’observatoire de la Christianophobie ).

En effet:

« Pour conclure, nous souhaitions de nouveau insister sur ce point essentiel : ceux qui prétendent dénoncer l’intolérance et la violence ne font souvent que l’alimenter et la renforcer. Qu’apporte un tel ouvrage à part un renforcement de l’incompréhension et des pires préjugés pouvant exister sur une religion ? L’acharnement dont Joseph Fadelle fait preuve contre l’islam n’est-il pas à comparer avec ce qu’il prétend dénoncer ? Prouve-t-on le bien-fondé de sa religion en détruisant celle de l’autre ? Car c’est bien à cela qu’aspire l’auteur du Prix à payer : « Je veux détruire l’islam, d’abord pour sauver les musulmans. La distinction entre les deux est encore une fois primordiale. C’est le salut des musulmans qui m’importe. »  ( « Critique de l’ouvrage Le prix à payer* de Joseph Fadelle », Cahiers de Téhéran, Amélie Neuve-Eglise)

Réjouissons-nous de la belle conversion de Joseph Fadelle, mais accueillons son témoignage sur l’Islam avec un esprit de discernement et de paix. Et profitons-en pour méditer l’enseignement de l’Eglise sur cette religion:

« 3. La religion musulmane

L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre [5], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.

Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. (Déclaration Nostra Aetate). »

– Des metalleux convertis qui témoignent contre leur ancien milieu:

J’ai eu l’occasion de confronter dans un précédent billet mon témoignage, qui est celui d’un équilibre entre ma foi et mon intérêt pour le metal, à celui d’un ancien metalleux converti, qui voyait au contraire dans sa vie, entre les deux, une relation d’opposition.

Par ailleurs, j’ai publié récemment plusieurs témoignages de chrétiens metalleux qui vivaient positivement leur double appartenance, et le Collectif en a de son côté mis d’autres en ligne qui exprimaient au contraire une forme d’incompatibilité vécue entre les deux, le metal apportant la souffrance, et la conversion la joie.

Si on prend ces témoignages pour ce qu’ils sont au départ, c’est à dire comme des paroles qui décrivent une rencontre individuelle, personnelle avec Dieu, il n’y a pas lieu de les opposer, car Dieu vient nous rencontrer chacun où nous sommes, nous n’écoutons pas tous le metal de la même manière, et il ne nous touche pas de manière identique. Chaque témoignage sur ces deux sites, est en ce sens de valeur comparable, puisque pris isolément, chacun décrit une vraie rencontre avec Dieu, et pris tous ensemble, démontre la diversité des parcours de conversion possibles, l’Amour de Dieu qui vient sauver tout le monde. C’est d’ailleurs là tout l’intérêt des témoignages de foi.

Par contre, à vouloir voir dans tel ou tel une description de l’essence du metal, on risque de les opposer, et de chercher à déterminer lesquels sont les vrais témoignages, et lesquels sont les faux, ce qui n’a pas de sens, car la conversion nous apporte une connaissance sur Dieu et sur nous-mêmes, mais pas nécessairement sur des réalités contingentes (le Collectif ne semble pas jusqu’ici tomber dans ce travers, que j’essaie également d’éviter). Elle nous dit si le metal est bon pour nous, mais pas néssairment s’il est bon ou mauvais en général.

C’est pourquoi j’écrivais, dans mon propre témoignage:

« En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l’amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l’enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C’est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l’action de l’Esprit Saint.

Par contre, l’usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S’il est certain que la musique metal n’est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c’est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l’écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices.« 

Il est donc nécessaire, pour se faire une idée du metal (ou de l’Islam, ou de l’homosexualité), de ne pas prendre en considération que ceux qui nous arrange, ou d’opposer frontalement, suivant une axiologie binaire (vrai/faux, bon/mauvais), ceux en sens contraire, mais de les faire résonner chacun pour ce qu’ils sont en les confrontant, les faire se parler les uns les autres pour se nuancer et s’approfondir, et non pas s’annihiler, les uns les autres. Et faire se rencontrer de la la sorte deux paroles, cela s’appelle un dialogue

Conclusion:

L’historien catholique et spécialiste des études de genre Anthony Favier soulignait dans un billet récent sur son blog les dérives polémiques d’une certaines utilisation des témoignages en milieu chrétien:

« De manière générale, je m’interroge désormais sur cette pratique du témoignage public et répété, presque en roue libre et sans garde-fou. Elle me semble relever d’une importation d’un des aspects les plus criticables du protestantisme nord-américain: à savoir la figure du repenti balloté de salles paroissiales en aumônerie étudiante à des fins édifiantes dont la parole est tellement conforme à la norme religieuse qu’on se demande si elle n’est pas pur marketing. Est-ce que la pratique brutale de l’expérience personnelle et religieuse dans l’espace public et médiatisé est potentiellement dangereuse pour l’individu qui s’y livre? Ce dernier n’est jamais à l’abri de manipulations de la part de personnes bien contentes de réduire son expérience à des fins qui leur sont propres, mais surtout, jamais à l’abri, lui-même, de se trouver piégé dans le récit qu’il fait. La fable à la première personne piège toujours son principal protagoniste. Qui s’enfonce dans un récit trop lisse de sa vie risque de s’y sentir un jour piégé sans réelle possibilité de douter ou de changer de direction. Peut-on penser plus chaste que de parler publiquement de sa chasteté? Sûrement… La pertinence de la tradition chrétienne de la relecture de vie — qu’elle se pratique dans le cadre d’exercices spirituels ou de retraites religieuses — c’est qu’elle se fait demanièreplus exigeante: dans une durée relativement longue, et surtout, sans ce tiers si particulier à gérer lorsqu’on parle de soi intimement: le public.  » (Penser le genre catholique, « Élaborer une éthique chrétienne de l’homosexualité: interroger sereinement les thèses de Philippe Ariño »)

Au delà du risque de poser en tant que témoin un cheminement en devenir comme une histoire achevée, et d’aliéner par son témoignage son propre discernement, qui existe effectivement à la marge pour chacun d’entre nous, la pratique du témoignage à des fins polémiques me parait poser au moins deux autres problèmes, l’un de nature morale, et l’autre de nature religieuse:

1) Nous avons vu qu’un témoignage de foi s’adresse d’un vécu intérieur à d’autres vécus intérieurs, qu’il est éminemment subjectif. A ce titre, il s’adresse moins à l’intelligence rationnelle qu’à une sorte d’intelligence affective (éclairée il est vrai par l’intelligence de notre foi), en provoquant un certain nombre de sentiments, associés à une réflexion sur la nature de ces derniers et leur signification. A ce titre, l’utiliser, non pas seulement pour faire connaitre un exemple de rencontre avec le Seigneur, mais également pour faire passer un jugement sur une réalité distincte de celle-ci, n’est-ce pas solliciter l’émotion plutôt que la réflexion, chercher à persuader plutôt que convaincre, et en ce sens inciter les auditeurs à privilégier les injonctions de la passion dans leur discernement plutôt que la mesure et l’écoute, ce qui est non seulement dangereux sur les plans de la recherches de la vérité et de la justice, mais les rend en outre vulnérabls à toutes sortes de manipulations et d’instrumentalisations?

2) Le témoignage de foi me semble être dans son essence le récit d’une parole que Dieu nous a adressé, à nous, personnellement, et qui remplit notre existence d’une nouvelle légitimité. L’utiliser pour émettre des jugements d’ordre général sur telle ou telle réalité qui nous a fait souffrir, non pas en tant qu’elle nous a fait souffrir, mais dans son essence, sans prendre le temps de la nuance, de recherches objectives et d’un dialogue, éventuellement éclairés par notre conversion, n’est-ce pas souvent, d’une certaine manière, renverser la logique du témoignage, et plutôt que de laisser Dieu parler à travers nous, parler nous-mêmes au travers de l’évocation de Sa propre Parole?

« Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris (…), m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit » (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités, Témoignages with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Demon Hunter - True Defiance South America

Troisième témoignage à me parvenir depuis deux jours: celui de Luce, métalleuse et chrétienne, que je vous laisse découvrir ci-dessous…

Par ailleurs, je viens de créer une nouvelle catégorie: « témoignages », qui commence à devenir utile…

J’ai été bercée pendant mon enfance par la musique de Deep Purple et d’Aerosmith, groupes qu’écoutaient mes parents. C’est au collège que je suis devenue une fan inconditionnelle de groupes comme Linkin Park, Skillet, Within Temptation… ce qui agaçait beaucoup mon entourage parce qu’il ne comprenait pas comment je pouvais étudier correctement à l’école et faire mes devoirs avec cette « musique d’ours » comme mon père dit toujours.

A cet âge-là, je ne me posais pas la question de l’importance du témoignage de ma foi, qui a toujours été pourtant très présente, et je ne priais que pour demander des choses, souvent futiles, comme tout le monde à l’âge de l’insouciance ! Néanmoins, je ne parlais jamais de ma foi, car j’étais l’une des rares de ma classe à faire du catéchisme et je souffrais des moqueries continuelles de mes camarades. C’est difficile de témoigner de ce que nous ressentons, lorsque les athées nous perçoivent comme des gens coincés qui perdent leur temps à aller à la messe, à faire la queue pour manger un petit bout de pain sans gout tout rond qui ne représente rien pour eux, qui parlons tout seul à quelqu’un que l’on ne peut pas voir… Il fallait bien trouver quelque chose qu’ils pourraient comprendre, et je crois que le métal est la solution idéale!

Le métal a déjà un statut particulier, de pouvoir faire passer tout un déchaînement de passions que ce soit la colère, la peur, l’envie de liberté, la joie, l’amour, l’espérance… à travers des styles variés pour tous les goûts et je m’en suis rendue compte au début, seulement dans les mauvais moments de ma vie quand je me suis mise à vraiment en écouter au lycée. Le fait qu’il en existe de beaucoup de genre permet d’en faire une musique universelle, et la musique est la « langue » parlée dans tous les pays du monde. C’est le même alphabet, 7 pauvres petites notes, qui appelées Do, Ré, Mi… ou C, D, E… peuvent créer un moyen d’expression que TOUT LE MONDE peut utiliser à tout âge.

Je ne pense pas que j’imaginais à l’époque que je pourrais concilier ma passion pour la musique et la foi, non seulement pour en témoigner mais aussi pour l’exprimer, la sentir, la transmettre, la vivre… C’est un moyen de communiquer à d’autres ce que l’on a au plus profond de nous, en plus de permettre à nos âmes de s’exprimer sans difficulté, comme si elles pouvaient prendre la parole et transpercer les âmes de ceux qui l’écoute. C’est en tout cas ce que je ressens quand je chante du métal, quand j’en écoute… De plus, en participant aux discussions du groupe « Vive le métal chrétien » sur Facebook, j’ai encore plus appris de cette musique et le réseau social qui se crée autour est absolument grandiose. On est tous là pour la même raison, et la transmission de cette passion est à mon avis un devoir d’état ! (ou du moins une noble cause^^)
Je peux témoigner en toute sincérité du fait que le métal, chargé du message chrétien de mes groupes favoris tels Demon Hunter ou Oh Sleeper, m’a sauvé la vie, m’a sortie de la nuit, m’a permis de « ne pas être seule dans l’œil de la sombre tempête » comme dirait Micah Kinard.

Au passage, j’en profite d’ailleurs pour remercier Lou Tou de m’avoir fait découvrir cette facette du métal et de m’avoir transmis cette dévorante passion !

Témoignage d’un métalleux chrétien (Auteur invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 11 janvier 2013 by Darth Manu

Diminishing Diabolical Strongholds Vol. 1

Après Elie, c’est maintenant Lou Tou qui vient nous apporter son témoignage, et en profite pour nous présenter le groupe facebook « Vive le metal chrétien! » qu’il a créé, qui en plus d’être une communauté pour les métalleux chrétiens, met à jour régulièrement une liste des groupes de metal chrétiens en activité, par styles de musique.

J’en profite pour dire que si je me réjouis bien évidement de cette mobilisation de « cathos métalleux », cette rubrique est également ouverte à des points de vue contraires, et que si par exemple un metalleux non chrétien veut exposer de manière argumentée, comme un essai,  ou sous forme de témoignage ses réticences (ou sa colère, ou son indifférence…) à l’encontre du metal chrétien, voire du christianisme en général, il est le bienvenu. De même, la forme du témoignage et la question metal/foi ne sont que des possibilités, des analyses sur tel ou tel aspects du metal pouvant par exemple en être une autre.

J’ai découvert le hard rock quand j’était en 5ème avec Aerosmith c’est à dire à l’âge où on ne se pose pas beaucoup de questions spirituelles…Pourtant, je me rappelle que nous étions 3 à écouter du hard rock /neo metal (ce qui était pour nous le plus extrême de la musique ^^), cependant j’était choqué par l’imagerie des T-shirts de Marilyn Manson que portait un des élèves de ma classe.

J’ai continué à écouter Aerosmith et quelques groupes de néo jusqu’en fin de 3ème où j’ai fait une dépression…J’était envahi de questions entre autres spirituelles et affectives.

C’est alors que j’ai commencé à écouter d’autres groupes qui pour moi étaient encore plus extrêmes tels Apocalyptica ou System of a Down…).

Sur le moment ces groupes m’aidaient à exterioriser une rage que je ne pouvais plus contenir. Cependant dans l’esprit de l’éducation que j’avais reçu, metal rimait avec satanisme. Au point culminant de ma depression, lors d’appels au secours, je me suis donc cru « sataniste ».

Inutile de préciser que ma famille a immédiatement détruit tous les cds de metal que je possédais « pour mon bien ». Je vous raconte cela pas pour leur jeter la pierre mais pour montrer ce que les clichés peuvent engendrer .

Ma depression a duré toute l’année qui a suivi et j’ai alors découvert le metal chrétien avec le groupe de neo metal chrétien français Space in your Face. Cependant j’étais en croisade assez violente contre les groupes de metal que je considérais comme « satanistes », tels Slipknot etc..

C’est aussi durant cette année que j’ai découvert l’amour de Dieu à travers du rock chrétien (le groupe français P.U.S.H.), et differents groupes de prières… Mais plus intérieurement en m’appropriant le sacrifice du Christ à la Croix (cette folie de la Croix dont parle Paul dans ses épitres.) En me disant, « Jésus est mort pour moi, par amour, pour me sauver ».

Ma redécouverte de l’amour de Dieu s’est donc opérée en même temps que celle du metal (et cela continue chaque jour).

Mais j’ai vraiment découvert un aspect plus profond du metal en m’y jetant la tête la première ! J’ai donc passé un an à découvrir la richesse de chaque style et en référençant sur une page facebook ( « Vive le metal chretien! » note de Darth Manu ) tous les groupes chrétiens que je trouvais !

En même temps j’ai découvert que le metal non chrétien pouvait aussi être porteur d’un message profond et me rejoindre dans ma vie quotidienne.

Enfin j’ai découvert qu’une véritable fraternité rassemble les metalleux lors de concerts etc… et qu’ils vivent cette communion avec beaucoup de simplicité.

Je crois que le metal peut vraiment apporter « un supplément d’âme » comme dit le père Robert Culat. Ce qu’on expérimente dans le metal est transcendant, ce qui rapproche cette musique de la spiritualité. C’est pourquoi je vous invite tous à rentrer à fond dans la profondeur de cette musique en dépassant l’aspect « gros bruit », et à aussi à rentrer à fond dans le mystère chrétien ! L’un et l’autre vous ferons certainement grandir en humanité !

Ps: J’ai conscience du côté très brouillon de mon témoignage et m’en excuse très humblement …

Metal et bible (Auteur Invité)

Posted in Auteurs invités with tags , , , , , , , , , on 10 janvier 2013 by Darth Manu

On entend souvent tant des metalleux que des chrétiens s’étonner, parfois en termes très vifs, de l’existence d’un « metal chrétien », et a fortiori d’un black metal chrétien. Le metal est une musique souvent violente, et la foi chrétienne un appel constant à la paix et à l’amour: ne s’agit-il pas de plaquer sur elle une esthétique qui lui est inconciliable? Elie, catholique, metalleux, témoigne de sa méditation personnelle sur cette question, nourrie par son expérience musicale, mais également par une vie de prière quotidienne et par l’année de discernement spirituel qu’il a vécue à la maison Saint François de Sales de Paray le Monial, lorsqu’il s’interrogeait sur l’éventualité d’une vocation de prêtre.

Mon pilier biblique fondateur, pour expliquer comment le métal extrême, dans sa violence, est compatible avec la foi, et peut même être une prière : le psaume 88(87).

Seigneur, mon Dieu et mon salut, dans cette nuit où je crie en ta présence, que ma prière parvienne jusqu’à toi, ouvre l’oreille à ma plainte.
Car mon âme est rassasiée de malheur, ma vie est au bord de l’abîme ;
on me voit déjà descendre à la fosse, je suis comme un homme fini.
Ma place est parmi les morts, avec ceux que l’on a tués, enterrés, ceux dont tu n’as plus souvenir, qui sont exclus, et loin de ta main.
Tu m’as mis au plus profond de la fosse, en des lieux engloutis, ténébreux ;
le poids de ta colère m’écrase, tu déverses tes flots contre moi.
Tu éloignes de moi mes amis, tu m’as rendu abominable pour eux ; enfermé, je n’ai pas d’issue :
à force de souffrir, mes yeux s’éteignent. Je t’appelle, Seigneur, tout le jour, je tends les mains vers toi :
fais-tu des miracles pour les morts ? Leur ombre se dresse-t-elle pour t’acclamer ?
Qui parlera de ton amour dans la tombe, de ta fidélité au royaume de la mort ?
Connaît-on dans les ténèbres tes miracles, et ta justice, au pays de l’oubli ?
Moi, je crie vers toi, Seigneur ; dès le matin, ma prière te cherche :
pourquoi me rejeter, Seigneur, pourquoi me cacher ta face ?
Malheureux, frappé à mort depuis l’enfance, je n’en peux plus d’endurer tes fléaux ;
sur moi, ont déferlé tes orages : tes effrois m’ont réduit au silence.
Ils me cernent comme l’eau tout le jour, ensemble ils se referment sur moi.
Tu éloignes de moi amis et familiers ; ma compagne, c’est la ténèbre.

Pas un mot de confiance, pas une dose d’espoir, ni même d’espérance ; juste un coeur lourd et en peine qui crie, hurle, vers Dieu. Le psalmiste n’hésite même pas à rendre Dieu responsable de ses souffrances. N’en déplaise à ceux qui pensent qu’être croyant, c’est être un bon toutou à son maître ; nous pouvons agresser Dieu par rage et colère, et c’est pas pour autant que les flammes de l’Enfer nous dévorerons dans d’atroces souffrances.

J’entends de la part de certains chrétiens : « Dieu est Amour, Tendresse et Pitié, nul violence ne vient de Dieu« . C’est pas faux, mais la Passion du Christ, n’est-il pas un message salvateur d’une rare violence? (Si vous trouver que se faire flageller presque à mort et se faire crucifié à coup de clou c’est pas très violent, je vous conseille de trouver un bon psy ^^.)
Alors, oui, tout les chrétiens ne sont pas fait pour prier sur du gros black/death, ni sur du dark/doom ni même du post-métal. C’est normal. Pour ceux qui ne comprendrais pas cette normalité, je laisserais Saint Paul nous l’expliquer : « Car, tout comme un seul corps nous avons nombre de membres et que les membres n’ont pas tous la même fonction, pareillement, malgré notre nombre, nous ne sommes qu’un seul corps dans le Christ, alors qu’individuellement nous sommes membres les uns des autres » (1 Rom. 12;4-5).

A tout ceux qui n’osent pas aller à Dieu, parce qu’Il n’existe pas, parce que c’est l’ « enculé » qui est responsable de ma vie de merde, de la mort de mes proches, ou toute autre bonne raison de Lui en vouloir… je vous laisse une parole qui date de presque 2000 ans, et qui m’a permis de sauter le pas, et de découvrir quelque chose qui me dépasse, qui m’habite en profondeur, tout en me laissant être moi-même : «Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. » (Mt 11;28-30). Et causez-lui bordel !!! Au pire, Il n’existe pas, et comme moi, vous vivrez plus léger, plus vivant, et vous n’aurez rien perdu. Au mieux… je vous laisse découvrir…