Archive pour création artistique

Le black metal, entre magie, art, et soif d’absolu

Posted in Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal with tags , , , , , , , , , , , , , , , on 15 mars 2012 by Darth Manu

A la lecture de diverses interviews de black métalleux dans la presse spécialisée, je me suis fait la réflexion il y a quelques semaines que tout de même, ils sont quelques uns dans ce milieu qui semblent fascinés par l’occultisme et la magie noire, et je me suis demandé si des liens existaient entre cette attirance avérée pour le surnaturel et l’occulte et le regard sur la création artistique et sa signification qui est spécifique au black metal.

Lorsqu’on est chrétien et qu’on s’intéresse à cette relation entre thématique occultiste et musique black metal, deux tentations peuvent surgir, suivant notre antipathie ou notre sympathie pour ce registre musical: soit minimiser la référence à la magie, pour en faire une inspiration parmi beaucoup d’autres, pas particulièrement significative en elle-même, soit au contraire lui accorder une importance tout à fait centrale, pour tenter de démontrer le caractère morbide et contre-nature de l’esthétique du BM.

 « Est-ce que vous savez s’il y avait des alliances (par exemple A. LaVey) avec ces groupes, ou simplement s’il ne faisait que les conseiller? Autrement dit, est-ce que ces groupes étaient au service de ce « monsieur » ou d’autres? Est-ce qu’il y avait des ponts, une complicité ou une alliance ou est-ce que c’était complètement indépendant?

  En fait, ces différents groupes ne sont pas forcément affiliés directement à Anton LaVey mais plutôt à ces oeuvres comme la « Bible Satanique » ou The Satanic Rituals mais il est également vrai que plusieurs groupes peuvent côtoyer des cercles de magie noire, voir des Satanic Churchs comme celle de San Francisco. C’est très probablement le film de Roman Polanski, Rose Mary’s Baby, tourné à la fin des années soixante, qui est à l’origine de ce que j’appellerais le « satanisme moderne ». On se souvient de cette terrible mésaventure qui mêla de nombreux acteurs comme A. LaVey lui-même. Au cours du tournage de ce film, Charles Manson et des complices accomplirent plusieurs sacrifices rituels, dont la femme (enceinte) de R. Polanski. Ce fut un carnage sordide. À l’époque, LaVey était apprécié, ainsi que l’esprit très décadent d’Aleister Crowley; tous deux ont participé à développer ce que l’on appelle le Thélémisme: le culte de la chair, de l’outrance et du blasphème. De nombreux groupes de musique Metal en particulier, connaissent relativement bien ces épisodes » (Interview du Père Benoit Domergue sur S.O.S. Paranormal).

Je passe sur le fait que le Père Domergue semble mélanger des phénomènes assez divers, et notamment que les meurtres perpétrés par la « Manson Family » n’étaient pas des sacrifices rituels et n’obéissaient pas à des mobiles satanistes ou occultistes (meurtres racistes et de célébrités, sous l’influence croisée d’un chapitre de l’Apocalypse et de l’écoute des Beatles: http://law2.umkc.edu/faculty/projects/ftrials/manson/manson.html donc influence musicale, certes, mais sans liens directs avec le thélémisme ou l’Eglise de Satan). Mais on voit dans cet extrait combien la référence à l’occultisme et à la magie noire, présente dans la plupart des dérivés du rock, mais particulièrement explicite et liée à une pratique active de la magie chez certains groupes de black, est l’une des clés de voute de l’argumentation des catholiques critiques envers le metal: les paroles de cette musique évoquent la magie et le surnaturel, elle est donc selon eux malsaine dans son inspiration et pour ses auditeurs, qu’ils en soient conscients ou non.

Revenons aux black metalleux eux-mêmes, avec quelques exemples de musiciens fascinés par la magie et l’occultisme:

« Peux-tu revenir à présent sur les paroles et les thématiques abordées dans ce nouvel album?

Le concept d’Obsidium s’inscrit dans la continuité de Tetra Karcist et Pentagrammaton, un peu comme un troisième chapitre. Tetra Karcist parle de la réalité de l’occultisme tel qu’il est, sans artifices ni présupposés. Pentagrammaton retrace des expériences réelles vécues à travers les pratiques et les doctrines évoquées dans Tetra Karcist. Obsidium parle de ce que nous avons appris, nos aboutissements atteints à travers ces expériences et décrit, d’une manière, d’une manière que seuls ceux qui sont  impliqués dans l’occultisme peuvent vraiment comprendre. Certaines paroles ont d’ailleurs été co-écrites avec Frater Kerval, un disciple du célèbre Kenneth Grant (NDLR: occultiste anglais et chef de file de l’Ordo Templ Orientis, décédé en 2011) qui nous a donné sa vision externe sur notre évolution et notre progression à partir de quelques expériences dont il a eu connaissance » (Metallian 70 p. 76, interview d’Enthroned par Maxime Bourdier).

« Reinkaos signifie « le retour au chaos », c’est la cinquième étape des théories énoncées par le Misanthropic Luciferian Order: « Je crois en la discipline et la loyauté. Car pour atteindre notre but qu’est le Chaos, l’ordre doit régner dans nos rangs… ». Les textes ont été écrits comme des invocations et évocations aux Dieux des ténèbres et reposent sur des formules sataniques utilisées dans la tradition satanique et anti-cosmique. Il s’agit là d’une forme magique qui porte le nom de  » Voces Magicae » et qui peut se traduire par « chant magique » ou « la magie du mot prononcé ». Ce procédé affectera non seulement l’auditeur dans son inconscient, mais l’univers dans son ensemble ». En énonçant ces formules ou en les chantant, les pouvoirs qui y sont rattachés se répandront… » (Jon Nödtveit de Dissection à propos de son album Reinkaos, quelques temps avant son suicide en 2006, propos rapportés par Laurent Michelland dans Metallian 69, p. 49).

Ce qui frappe dans ces deux témoignages, c’est que la magie y est implicitement décrite comme le prolongement et l’aboutissement de la recherche musicale, de l’art. Ce qui rejoint le mélange récurrent des champs lexicaux et sémantiques de l’art et de la magie dans nombre d’interviews de groupes, et de chroniques d’albums de black metal  y compris pas du tout liés directement à l’occultisme  :

 » C’est certainement pour ça qu’il y a deux niveaux d’écoute effectivement : un niveau instinctif et brut, avec un groove et des riffs et un niveau plus fin et sophistiqué, lié aux arrangements et aux structures plus complexes.

Ah, je suis heureux de voir que tu as perçu l’album comme on l’a imaginé. C’est tout à fait notre objectif, ça me fait penser à cette classe particulière du genre Black représentée par Ulver ou Kvist. C’est ce qui fait aussi que c’est le seul style qui me fascine totalement. Le Black Metal a quelque chose de magique, une alliance du physique et du métaphysique. D’un côté, tu as la force archaïque et brutale de la musique et de l’autre, une nostalgie et une atmosphère spirituelle. C’est très important pour ma vision artistique. Quand j’écoute du Black Metal, je ne vois pas des musiciens, mais des scènes d’interaction d’éléments de la nature dans leur expression la plus pure » (interview de Eviga de Dornenreich sur Noiseweb).

« Summoning!!! Un groupe Autrichien qui a renouvelé tout un style, tout un art, et d’une manière plus que poétique…

C’est en tirant  ses origines de l’univers du Seigneur des Anneaux que Silenius et Protector nous énivreront de leur épopée musicale venant des terres du milieu.

L’arc des deux compères vise juste sur Minas Morgul,  leur deuxième album, plantant la flêche en plein coeur d’une nouvelle cible, le Black Metal aux influences magiques et aux ambiances mystiques. Ici pas question d’abuser d’instruments aux riffs sales et dépressifs et de distorsions aiguisées dans le but de déclarer la guerre, tout se passe au synthétiseur et à la guitare électrique.

L’introduction annonce tout de suite le ton sur le côté magique et sombre du groupe avec des percussions atypiques et un synthé qui vous glace le sang » (Chronique de l’album Minas Morgul de Summoning par Les Accros du Metal).

 La magie et l’art ont en effet ce point commun de vouloir recréer le réel, le transfigurer. Dans mon article sur « l’usage des pseudonymes dans le black metal« , j’avais souligné que ce dernier se veut un « art total », qui transfigure le réel non seulement par la création musicale, mais également par le travestissement (« look black metalleux », corpse paint, pseudonymes) l’ambiance irréelle et fantastique de la mise en scène, des pochettes, des textes, etc. Pas étonnant donc, que quelques artistes de black metal aient voulu pousser jusqu’au bout les limites de leur art, de la transfiguration symbolique du monde à sa transformation réelle, par l’union de leur pratique musicale à une initiation dans différentes écoles occultistes:

 « A côté de [l’] imaginaire satanique fondateur, d’autres écoles, comme le néo-paganisme, le fantastique, l’athéisme, une frange politique radicale (minoritaire), composent le mouvement [black metal]. De multiples concepts d’albums proviennent d’œuvres aussi variées que Le Seigneur des anneaux de Tolkien, le vampirisme d’Anne Rice, l’occultisme d’Aleister Crowley, le surréalisme de Lautréamont, les écrits du marquis de Sade, l’atavisme, le naturisme (dans le sens d’ode à la nature), la fascination lunaire, la mélancolie, la tristesse, le désespoir. Un conditionnement relatif à une longue expérience musicale du black metal amène certains fans à s’imaginer des mondes atemporels où règnent des apparats conceptuels comme la guerre, la dimension épique, le vampirisme, la communion avec la nature ou l’histoire de l’Europe. Le black metal, avec toutes ses écoles, présente cependant des incohérences : une condamnation souvent irréfléchie et frustrée du christianisme, fruit d’une inculture religieuse, une reprise tronquée de certain ouvrages (Tolkien, Nietzsche), un conformisme régnant dans un mouvement qui se prétend anticonformiste. Soulignons que ce courant musical est entouré de nombreux clichés et fantasmes médiatiques, tout comme sa source d’inspiration première, le satanisme. D’une manière générale, les nombreux ouvrages et articles qui fleurissent aujourd’hui sont le fait de journalistes peu scrupuleux, incultes musicalement et avides d’accroître leur lectorat. Ils voient dans le black metal (qu’ils confondent avec le gothic, le rock ou d’autres genres de metal) tantôt le Diable incarné, tantôt une mode adolescente puérile, une branche politique radicale, du « bruit » ou encore un exutoire. Au départ essentiellement subversif, ce mouvement est pourtant aujourd’hui avant tout une musique onirique qui ne vit que parce qu’elle est idéalisée. Elle est le contraire d’une musique urbaine (comme le hardcore ou le rap) puisque la visée est de s’arracher du bitume de la quotidienneté. L’occultisme, prisé par les fans, leur permet justement ce voyage onirique vers les ténèbres qu’ils mythifient de manière métaphorique » (Nicolas Walzer, « Black Metal, la subversion extrême », lu sur le blog Bouddhanar, La Liberté inconcevable).

 Cette association de l’occultisme et de l’art sous différentes formes pour transfigurer le réel, le dérouter de sa quotidienneté , de sa banalité, qui va jusqu’à l’intuition, voire la mise en oeuvre radicale, d’un « art magique », il me parait utile de la rapprocher des propos suivants d’André Breton, le fondateur du courant surréaliste:

 » Au départ, ce à quoi je m’étais engagé me paraissait des plus simples. Je ne manquais pas tout à fait de lueurs sur ce qu’avait pu être la magie ni sur ce qui pouvait en rester de nos jours et j’avais été assez mêlé aux controverses artistiques de mon temps pour apprécier
ce qui pouvait être compris dans la catégorie de l’art
magique. J’avais immédiatement en vue un art disposant
d’un pouvoir secret, que l’artiste soit conscient ou non de ce
pouvoir, et qui agit à la façon d’un philtre, ou d’un charme.
Il ne me paraissait pas diffi cile de mettre en avant un certain
nombre d’oeuvres répondant à cette qualifi cation particulière,
depuis les temps les plus reculés jusqu’à nous. Je ne
me défends pas d’avoir rencontré dans l’exécution de mon
projet d’extrêmes diffi cultés ; peut-être tiennent-elles à la
quasi-impossibilité de circonscrire, dès qu’on y prend garde,
le concept d’un art magique qui ne demande qu’à déborder
de toutes parts — il est bien entendu que tout art authentique
est magique — ou à se rétrécir démesurément : quelle
oeuvre d’art peut se targuer, ne disons pas d’avoir changé la
face du monde, mais même d’avoir transfi guré la vie de son
auteur ? Non, pas même Rimbaud. […]

Certes, tout art authentique est magique. Et quelle est, à votre avis, l’importance de la tradition magique dans l’art moderne ?
L’importance de cette tradition, il s’en faut de beaucoup que
la plupart des artistes d’aujourd’hui en soient conscients. Et
pourtant leur aspiration majeure paraît bien répondre à une
nostalgie, au souci de retrouver ce que l’homme visait et,
d’aventure, parvenait à atteindre plus loin, dans les temps
reculés. Les oeuvres qui depuis trente à quarante ans jouissent
du plus haut prestige sont celles qui offrent le moins de  prise à l’interprétation rationnelle, celles qui déroutent, celles
qui nous engagent presque sans repère sur une voie autre
que celle qui, à partir de la prétendue Renaissance, nous
avait été assignée. Voyez la brusque ascension de Jérôme
Bosch, la récente irruption d’Antoine Caron, le fi nal triomphe
d’Henri Rousseau. Voyez aussi, dans les esprits comme
dans le goût, l’effondrement de l’art gréco-romain et en
revanche l’irrésistible mouvement qui a porté les artistes du
xxe siècle vers les oeuvres des peuples dits primitifs, mouvement
dont, entre parenthèses, l’initiateur ne saurait être tel
ou tel peintre fauve de 1905 mais bien uniquement Gauguin,
artiste magique au plein sens où je l’entends et homme de
toutes les presciences. Toujours en réaction contre l’art de
l’Antiquité classique, longtemps considéré comme parangon
de la beauté, voyez enfi n la toute nouvelle, mais combien
éclatante, révélation de l’art celtique, et, par suite, de
la symbolique qu’il met en oeuvre, laquelle nous introduit au
coeur même de l’ésotérisme.
Ceci dit, je répète que peu d’artistes, à l’exception des surréalistes,
songent encore à renouer avec la tradition magique
telle qu’elle peut leur apparaître, c’est-à-dire de façon nécessairement
ambiguë. On ne peut nier qu’il existe un art issu de
la magie, d’une part, et que, d’autre part, il soit assez licite de
parler de la magie de l’art. Il ne saurait y avoir confusion entre
eux » (André Breton, Entretien sur l’art magique, lu sur le site Arcane 17).

 L’art dispose « d’un pouvoir secret ». Il peut « dérouter », nous engager « presque sans repère » sur des voies « autres ». « Tout art authentique est magique », voire peut, « par la symbolique qu’il met en oeuvre », nous « introduire au coeur même de l’ésotérisme ».

On peut cependant mettre en regard les finalités respectives de la magie et de l’art, pour s’interroger sur la compatibilité de ces deux démarches de transfiguration du réel.

Sans être un grand connaisseur de la magie, il m’a semblé comprendre qu’elle a pour finalité la transformation du réel à l’image de la volonté du magicien.

Quelques définitions « classiques »:

« La magie est un art fondé sur la croyance en l’existence d’êtres ou de pouvoirs surnaturels et de lois naturelles occultes permettant d’agir sur le monde matériel par le biais de rituels spécifiques.[…]

Aleister Crowley : « La Magie est la Science et l’Art d’occasionner des Changements en accord avec la Volonté. »

Papus : « La Magie est l’étude et la pratique du maniement des forces secrètes de la nature ». […]

 Définition d’un dictionnaire (Hachette) : « Science occulte qui permet d’obtenir des effets merveilleux à l’aide de moyens surnaturels. » L’idée de magie requiert d’admettre l’existence de forces surnaturelles et secrètes, contraindre les puissances du ciel ou de la nature, recourir à des moyens d’action qui ne sont ni religieux ni techniques mais occultes » (article « Magie » de Wikipedia).

Ce qui est radicalement, au passage, l’inverse de ce à quoi l’Eglise appelle les chrétiens: convertir leur volonté à l’image de la Volonté divine, de telle sorte qu’ils veulent ce que Dieu veut, et rejettent ce qui les éloigne de Dieu.

C’est pourquoi l’Eglise a condamné de manière constante tout ce qui de près ou de loin s’apparente à la magie:

 »  » Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi « […]
2117 Toutes les pratiques de magie ou de sorcellerie par lesquelles on prétend domestiquer les puissances occultes pour les mettre à son service et obtenir un pouvoir surnaturel sur le prochain, – fût-ce pour lui procurer la santé -, sont gravement contraires à la vertu de religion. Ces pratiques sont plus condamnables encore quant elles s’accompagnent d’une intention de nuire à autrui ou qu’elles recourent ou non à l’intervention des démons. Le port des amulettes est lui aussi répréhensible. Le spiritisme implique souvent des pratiques divinatoires ou magiques. Aussi l’Église avertit-elle les fidèles de s’en garder. Le recours aux médecines dites traditionnelles ne légitime ni l’invocation des puissances mauvaises, ni l’exploitation de la crédulité d’autrui » (Catéchisme de l’Eglise Catholique).

La question de la finalité de l’art a fait l’objet de bien des débats au cours des siècles, mais il me semble que le consensus général tourne autour de l’idée qu’il la trouve dans l’acte de création lui-même, de manière désintéressée:

 » L’art ne se conçoit pas comme la mise en œuvre d’un savoir théorique dont il serait la pratique. Dans son principe, la technique est fondamentalement intéressée, tandis que dès son origine, l’art se veut désintéressé, parce que tourné d’emblée vers la création, plus que vers le champ de l’action. Peut-on d’ailleurs parler d’un « progrès dans l’art » comme on parle de progrès de la technique ? Les étapes de l’art ne sont pas un « progrès », l’art change, l’art se transforme, on ne peut pas dire qu’il évolue, en sous-entendant par là que nous aurions aujourd’hui, par effet d’accumulation, de plus grands artistes que ceux d’autrefois. Le génie, qui préside à la création artistique, n’est pas quelque chose qui se puisse enseigner comme on enseigne la physique ou la technologie. C’est avant tout un don. Ce que l’on peut enseigner justement ce sont seulement des techniques pour copier, imiter, répéter ce qui est original. Tout artiste commence d’ailleurs par le plagiat, car c’est ainsi que l’on acquiert la maîtrise des règles de l’art. Il y a dans l’art, -comme dans la philosophie-, un perpétuel recommencement, qui fait que l’artiste se doit de reprendre entièrement toutes les méthodes, pour arriver au sommet de son art et en gagner la maîtrise. Faire des gammes, des esquisses, des études, tailler le bois et la pierre en essayant d’imiter Bach, Picasso ou Rodin, recommencer des aquarelles, chercher à imiter Rembrandt etc. c’est apprendre. Sur ce qu’il a de plus essentiel, le geste de la création, il n’est pas sûr que l’art puisse s’enseigner quoi que ce soit, et en tout cas, il ne repose pas sur un savoir maîtrisé par concepts que l’on pourrait apprendre pour devenir artiste, comme on apprend à devenir un technicien. Kant compare à ce propos Homère à Newton. Newton était capable de montrer toute la logique de ses découvertes, à partir des éléments d’Euclide et de les exposer. Mais Homère ne pouvait pas dire comment s’assemblaient dans sa tête toutes ses idées poétiques, toutes les fantaisies de son art. L’imagination ne se met pas en formules » (Philosophie et spiritualité, leçon 46, » La création artistique » 2002, Serge Carfantan).

« L’imagination ne se met pas en formules »… au contraire de la magie pourrait-on dire également, en faisant subir un léger glissement de sens au mot « formules ». La magie est fondamentalement un ensemble de techniques, qui se transmettent, généralement par voie initiatiques, et qui visent à transformer le monde à l’image de la volonté d’un seul. Elle est foncièrement utilitaire. En sens inverse, l’acte créateur de l’artiste, s’il utilise pour se déployer un certain nombre de techniques de composition, et manifeste une plus ou moins grande virtuosité dans leur exécution, nait de l’inspiration qui vient donner son sens et sa valeur à l’oeuvre achevée, qui ne s’apprend pas, ne se transmet pas, échappe à la volonté consciente, et transfigure celle-ci le temps d’une fulgurance de génie. La magie est appropriation, l’art est don. En ce sens, dans sa démarche, l’oeuvre d’art est le contraire de la magie, comme j’ai pu entrouver la confirmation au hasar de mes recherches sur Google, dans un article d’André Savoret, à la fois occultiste et poète, en réaction à L’Art magique d’André Breton:

 » Un mage authentique ne peut s’abandonner à l’onirisme sans se disqualifïer. Ni sans perdre ses moyens d’action et d’expression sur le plan qui est le sien : le plan  » magique « . Dans votre enquête, vous entendez par  » magique  » tout ce qui est ou semble  » supra-normal « . C’est un point de vue très honorablement défendable, mais que je n’arrive point à partager intégralement. Lorsqu’un poète, par exemple, met dans son oeuvre, abstraction faite de sa signification cérébrale et de sa réussite esthétique, un  » quelque chose  » difficile à définir niais immédiatement perceptible à un autre  » quelque chose  » qui existe, irrévélé, en chacun de nous, c’est ou que son intuition poétique lui a fait retrouver quelque application des lois magiques, ou qu’il a eu quelque aperception directe d’un monde  » autre  » (je ne dis pas forcément  » supérieur « ) ou, plus rarement, qu’il a consciemment oeuvré selon le rite magique, en pleine connaissance de cause (comme il me semble que le firent, dans une autre forme d’art, les créateurs de certains vitraux de Chartres). Se laisser guidler par le fil d’Ariane de l’association des sons, des idées, des images, ce n’est pas oeuvrer : c’est subir ! Et ceci, j’en ai la conviction, est antimagique au premier chef ! » (L’art magique d’André Breton & G. Legrand – 1957 Réponse d’André Savoret à une enquête des auteurs).

Art et magie sont deux démarches différentes, que certains artistes, black metalleux ou autres, essaient de tenir simultanément, mais qui ne peuvent coïncider totalement, ce qui met à mon avis les black metalleux qui cherchent à aller jusqu’au bout de l’affinité qui existe au sein de leur courant musical de prédilection, via la prégnance de l’onirisme, entre magie et recherche d’un art total, en face de trois choix:

– continuer à exploiter la thématique de la magie, mais au travers d’une compréhension essentiellement symbolique, qui exalte le pouvoir de transfiguration du réel de l’imagination créatrice, sans pour autant trop s’attacher à la pratique effective de l’occultisme, ainsi que ce musicien de death metal  (mais le témoignage me parait valoir aussi pour le black metal) en donne l’exemple:

« L’univers de Spawn of Possession est-il lié à d’autres sujets non musicaux? Je sais, par exemple, que Bryss s’intéresse de près au paranormal…

Je pourrais aisément le prendre de façon prétentieuse et partir dans une réflexion profonde, mais le fait est que personnellement, je ne me sens pas vraiment connecté à ce que la plupart des gens appellent le « monde réel ». Bryssling agit de même. Nous utilisons notre esprit avant que quelqu’un le fasse à notre place. La clé est l’imagination, une composante dont beaucoup ignorent la réelle essence. Nous réfléchissons sur la musique, sur la vie et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles nous sonnons comme cela dans nos compositions. Spawn of Possession c’est plus que de la musique!  Toutefois, pour ce qui est du paranormal, ceci est plus du ressort de Bryss. Pour résumer la chose, nous aimons nous enfoncer dans le pur inconnu et y puiser notre imagination« . (Metallian 70 p. 47, interview de Spawn of Possession par  Arnaud Vansteenkiste) ».

– Soit subordonner la pratique musicale à la recherche occultiste, ce qui me parait finalement conduire à mettre le black metal en tant que tel entre parenthèses, et à faire prévaloir sur la recherche artistique une activité qui lui est au fond complètement extérieure. Cela me parait être le cas de Jon Nödtveit que je citais en début de billet, certes manifestement schizophrène, qui après avoir achevé l’album Reinkaos qu’il avait voulu l’aboutissement ultime d’une utilisation magique du black metal, a interrompu brutalement sa carrière de musicien et a dissous son groupe (et s’est suicidé peu après):

« En Février 2005 Dissection entre en studio après avoir travaillé les morceaux composés par Jon Nödtveidt en prison. Le 30 Avril 2006 sort « Reinkaos ». Album controversé qui déçu beaucoup par l’absence de l’atmosphère glaciale propre à Dissection jusqu’ici mais qui n’en comporte pas moins la marque si caractéristique du groupe dans ses compositions malgré un côté général moins complexe que pour les précédents albums. Reinkaos signifie « le retour au chaos » et Jon explique que les textes de cet album ont été écrits comme des invocations et évocations aux Dieux des ténèbres et reposent sur des formules sataniques utilisées dans la tradition satanique et anti-cosmique. Jon affirme avoir eu recours au « chant magique » ou « Voces Magicae » afin que les titres de Reinkaos affectent non seulement l’auditeur dans son inconscient mais également l’univers dans son ensemble. « En énonçant ces formules ou en les chantant,les pouvoirs qui y sont rattachés se répandront… » Reinkaos clôt l’Histoire de Dissection, selon Jon, et celui-ci entame un rituel de destruction de cet outil du MLO [Misanthropic Luciferian Order] dont le slogan est « Rien n’est vrai, tout est permis ». Le 23 Mai 2006 Jon Nödtveidt annonce la fin de Dissection et un dernier concert aura lieu le 24 Juin 2006, au cours de ce concert le charismatique leader du groupe détruira la flying V avec laquelle il fit toute sa carrière, un symbole et un signe de ce qui allait se produire moins d’un mois plus tard. « Tout a été fait et dit avec Reinkaos, je n’éprouve désormais plus aucun désir de continuer Dissection car tout ce que j’ai toujours voulu exprimer se trouve sur cet album.C’est une grande victoire pour moi de dépasser ce stade d’achèvement personnel.C’était le chapitre de la fin et ce sera notre testament… » Le 16 Août 2006 Jon Nödtveidt se donne la mort dans son appartement de Stockholm avec une arme à feu. Son corps est retrouvé entouré de bougies.Jon avait envoyé plusieurs lettres à ses proches en leur signifiant « Je m’en vais pour longtemps,très longtemps.Je pars en Transylvanie… » « J’ai atteint les limites de mon exploration musicale en tant qu’outil pour exprimer ce que je voulais,pour moi même et pour la poignée d’âme que je porte dans mon coeur. Je vais à présent me tourner vers d’autres royaumes de pratiques » (www.dissection.fr).

-Soit se détacher progressivement de l’intérêt pour l’occultisme et la magie pour se consacrer pleinement à l’activité musicale, ainsi que la musicienne de black metal Cadaveria (même si son engouement pour ces thématiques demeure) me semble le faire d’après ce témoignage:

« L’occultisme a toujours eu une place importante dans vos textes, est-ce toujours d’actualité avec Horror Metal?

Oui, mais d’une manière plus introspective. J’ai abandonné les stéréotypes de l’occultisme depuis pas mal de temps maintenant. J’ai mûri et fait de nouvelles expériences qui m’ont amenée à pouvoir observer la lumière et l’obscurité de manière différente avec plus de recul. Je suis toujours intéressée par le côté noir de l’univers, mais j’ai un regard un peu désabusé à présent.

Les titres des chansons ne sont pas très optimistes: « Death Vision », « Apocalypse », « Requiem »… Est-ce votre façon à vous d’appréhender le monde? Un exhutoire en réponse à la dureté de la vie?

Difficile question… Je dirais qu’en général, j’écris mes textes quand je suis triste, ou quand quelque chose d’important se passe: quelque chose capable de frapper profondément mon esprit. « Apocalypse » est clairement inspiré du film de Mel Gibson, Apocalypto, donc rien à voir avec la vie ordinaire. Mais oui « Death Vision » et « Requiem » sont des témoignages d’une énergie sombre. Cela va te paraitre étrange, mais en fait, je perçois ces chansons comme quelque chose de très positif, sans doute parce que pour moi, elles sont une vraie thérapie. Je parle de la mort, certes, mais aussi de la vie, de notre force intérieure, d’orgueil, de sensualité, de désir…

Ce dernier album est comme tu dis très introspectif, très posé dans ses émotions. Plutôt que l’affrontement physique, il préfère la poésie du chaos. Quel est ton sentiment là dessus?

Je suis d’accord! C’est le chaos généré par un esprit pensant et vivant (le mien) qui se pose sans cesse des questions sur lui-même. Pathologique, mais nécessaire… » (Metallian 69, p. 92, Interview de Cadaveria par Vincent Zasiadczyk).

Il est clair que dans une perspective chrétienne, la seconde option est inacceptable et la première contestable. La troisième option nous rappelle que le black metal, dans son essence, est un mode de création artistique et non un courant de l’occultisme, et qu’en tant que tel sa démarche n’est pas pleinement compatible avec l’esprit de ce dernier. S’il est vrai que la revendication de la subversion, la recherche d’un art total qui transforme le réel et l’expression d’une approche onirique et si j’ose dire « surréaliste » de la réalité vécue ont pu rendre certains de ses pionniers perméables à la fascination pour l’occultisme et la magie, condamnés par l’Eglise, ce qui est un critère de discernement pour les metalleux catholiques, il reste que la plupart des amateurs de cette musique sont réticents et ironique face à la perspective d’une pratique réelle de la magie,   et préfèrent valoriser le pouvoir de création artistique d’ambiances sombres et oniriques. A la lumière de ce parcours, je pense que la création musicale est dans le black metal du côté de la substance, et la référence à la magie du côté de l’accident, et en ce sens, bien que cette dernière soit en elle-même incompatible avec une démarche chrétienne, je suis convaincu que les efforts de nombreux groupes depuis le début des années 1990 pour créer un registre d’expression chrétienne du black metal sont légitimes et dignes d’encouragement. En effet:

« Au total, comme les autres musiques «sombres » (gothic, metal, industriel), le black metal manifeste toute la recherche de transcendance qui anime une catégorie «alternative» de la jeunesse d’aujourd’hui en rupture avec une homogénéisation culturelle castratrice. Parmi les diverses recompositions religieuses de grande envergure dans notre société, les musiciens et les fans illustrent toute la force du « croire » qui anime une certaine frange de la jeunesse actuelle. Si les églises se vident, le «croire» n’a jamais été aussi présent dans notre postmodernité. Le black metal devient plus que jamais une voie prisée pour cultiver la transcendance, le religieux, l’extatique. Ce qui retient au premier abord l’attention de l’observateur est la ritualisation et le recours à la symbolique et à l’ornementation religieuses. Ainsi voit-on, lors des concerts ou sur les supports audiovisuels, des croix chrétiennes et des pentagrammes inversés, le chiffre 666 ou des tee-shirts portant les slogans «Fuck me Jesus» (du groupe Marduk) ou « Cut your fleesh and worship Satan » (des Français d’Antaeus). Lors des concerts, des phénomènes de transe combinés à la présence de musiciens charismatiques galvanisent le public. Une théâtralisation de pratiques cathartiques (représentations sacrificielles) s’effectue selon des codifications prédéterminées. La dimension religieuse dépasse ici la simple passion pour une musique et ses pourvoyeurs de charisme, comme pouvait l’engendrer le rock Elle est inscrite au plus profond de l’imaginaire satanique, néo-païen, nietzschéen, négativiste déployé par les musiciens et les fans » (Nicolas Walzer, op. cit.).

Lorsqu’elle s’aventure sur les territoires de la magie et des religions recomposées (satanisme, néo-paganisme…) cette recherche de transcendance prend bien évidemment des formes bien éloignée du chemin que propose l’Eglise vers Dieu, mais il reste que le black metal est foncièrement habitée par cette soif, ce désir d’Absolu. Quelle réponse plus approppriée donc (bien plus que la magie qui finalement détourne ce désir vers l’exaltation de la volonté immanente) à cette quête de la transcendance que sous-tend la recherche musicale propre au black metal,  que ce témoignage de l’activité du Transcendant dans notre monde que pourrait lui proposer (que lui proposent déjà certains groupes) une inspiration proprement chrétienne?

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Création, black metal et christianisme

Posted in La "philosophie" du black metal with tags , , , , , , , , , on 14 mai 2011 by Darth Manu

Dans de précédents articles, je soulignais le paradoxe inhérent au black metal, nihiliste dans son message et ses intentions, et pourtant par nature acte de création.

A ce sujet, le compositeur Frédérick Martin pouvait écrire:

« Enfin, en accumulant les couches de déni, en inversant les pôles de la séduction musicale, les compositeurs de cette musique tentent ultimement de masquer leur geste créateur. On entend effectivement quelque chose, identifiable, analysable ; il appartient à la « chose » de ne se livrer pas toute. Un créateur se met en avant dans ses œuvres. L’œuvre, dans le BM, ne met rien ni personne en avant (je ne parle pas de l’ego des artistes) puisqu’elle est comme telle le dégoût de tout ce qui pourrait primer – en dehors du Maître, dont certains de ces artistes se réclament. Le BM comme musique impose au musicien une création accablée et qui ne transmet pas son humanité ; la sphère personnelle n’entre pas en jeu dans la composition, à part peut-être les dimensions de la souffrance, du chagrin, de la haine ; le trait artistique rejette le créateur et le nie comme humanité ni plus ni moins que le reste.

25 Il n’y a donc aucun moyen de savoir d’où vient cette musique sinon en expérimentant la fusion de ces données dans son geste de création. Bien qu’on puisse le transcrire, le BM refuse aussi de s’écrire. Il ne doit pas s’écrire, afin de laisser le moins de traces possible. D’ailleurs, les faibles tirages d’un album de BM éclairent bien l’intention de toucher peu de public et que ce public demeure marginal » (« Pour une approche musicologique du black metal », Sociétés 2005/2 (n°88) La religion metal, Ed. De Boeck Université).

Pourquoi masquer ce geste créateur?  La création artistique vise d’ordinaire à extérioriser ce qui était initialement de l’ordre de l’intériorité, à donner une forme contemplable par tous à ce qui était ressenti confusément, à dévoiler l’invisible:

« En effet, en montrant l’invisible, en faisant écouter ce qui ne s’entend pas, [l’art] ouvre l’homme à lui-meme, il lui redonne espoir et ce faisant, lui redonne l’envie de créer, de vivre. Il le sort de cet enfermement dans lequel paraît le maintenir ce qui s’occulte pour aller au-delà de lui et se faisant il permet à l’homme d’aller outre-lui-même dans l’outre de son être, au delà de lui-meme pour mieux se rencontrer, mieux être et mieux vivre et ainsi pour mieux créer. On parle donc à juste titre de création artistique car lorsque l’artiste crée un oeuvre, il crée la vie. En d’autres termes, il permet à la vie d’être dans toute sa  plénitude, dans toute sa dimension et d’être présence ce même dans ce qui ne se donne pas en toute clarté. Il crée car il redécouvre ce qui vivait dans l’ombre. Il crée car il éclaire ce qui se dissimule. Or donner la lumière c’est commencer la vie, c’est créer. » (Philosophies, « Pourquoi parle-t-on de création artistique? »).

Dans le cas du black metal, c’est tout l’inverse. Il s’agit précisément de retourner à cette ombre, à cet indifférencié, cet incommunicable originel auquel l’art vise normalement à nous arracher. Il ne s’agit pas d’humaniser, de créer la vie, mais de déshumaniser, d’anéantir toute espérance, tout accomplissement positif, toute ouverture vers autrui et vers le monde. Ainsi, dans le cas de l’oeuvre fondatrice de Darkthrone, Transilvanian Hunger:

« C’est une musique purement minimaliste, qui s’affranchit de toute frioriture pour atteindre une sorte de quintessence musicale. Construit en une succession de riffs (motifs), avec une rythmique ultra-régulière et une permanence de la distorsion, Transilvanian Hunger réfère sur le plan conceptuel aux plus belles oeuvres du minimalisme comme la Music for 18 musicians de Steve Reich pour sa faculté à créer une atmosphère hypnotique, une densité sonore invitant au plongeon et à l’abandon des repères. Le lien, il est dans le refus de la mélodie et dans l’investissement demandé à l’auditeur qui doit effectuer un travail d’interiorisation conséquent.

La large différence entre les deux oeuvres, qui découle des choix initiaux antagonistes – esthétiques et idéologiques -, est la voix gutturale de Nocturno Culto qui fait basculer l’album de Darkthrone dans les profondeurs ténébreuses de l’âme.

Ce qui aurait pu en effet rester un album post-rock de type « cold wave », vire avec ces cris de malédiction pour quelque chose qui travaille l’humanité dans son expression la plus brute, en direction de rites et de prophéties paiens ancestraux.
Cet acte passe par le cri avant tout, étouffé, bestialisé par la société moderne. Le cri, c’est la douleur, c’est la violence, c’est le corps et la vie.
Puis cette scansion, récitative, chargée en colère, paraît être celle d’invoquations mystiques, de poêmes ténébreux, de malédictions interdites ou de prédications apocalyptiques.
Transilvanian Hunger est le véhicule d’une idéologie d’épure, en cherchant à faire surgir par son minimalisme une essence d’Humanité, rendre à l’homme sa puissance originelle. Détruire ce qui nous est artificiel et nous éloigne de notre nature profonde. » (Présentation de Transilvanian Hunger » de Darkthrone sur le site Culturopoing).

Il s’agirait en ce sens d’un art à rebours, qui renverse le geste créateur pour retourner de l’être au néant. D’un art contre l’art, qui  retourne les instruments contre la musique elle-même, qui opacifie ce qu’elle vise à révéler et dévoile ce qu’elle dissimule ordinairement.

« Car il ne faut pas s’y tromper, si Transilvanian Hunger défraye et ébahit l’amateur de black metal, c’est non seulement par ses riffs hantés mais aussi par ce jeu scandaleusement robotique, et néanmoins tellement imparfaitement humain, de batterie. Fenriz joue à l’absolu manchot et il le fait diaboliquement bien. Son compagnon Nocturno Culto l’accompagne avec majesté à la guitare en arrivant presque à baisser d’autant son jeu. Ses riffs jouables par le fœtus de 4 mois sont cependant d’une inspiration inimaginable. Touchés par la grâce. Oui, les reproches du style « il n’y a aucune recherche musicale » sont fondés et recevables. Mais ce que ces 2 là créent avec rien, personne n’arrive à le faire avec tout. L’ambiance littéralement mortuaire et glacée qui se dégage de la musique du groupe prend au plus profond des tripes et ne lâche pas l’auditeur fan de black metal. » (chronique de Transilvanian Hunger sur les site Les Eternels).

En retournant l’activité créatrice du musicien contre la musique elle-même telle qu’on la définit ordinairement, en la subvertissant, le black metal ne fait finalement que prolonger ce dévoilement qui est le propre de l’art. « Ce que ces 2 là créent avec rien, personne n’arrive à le faire avec tout« : l’acte de création de l’artiste, par la manifestation qu’il opère d’une beauté nouvelle, d’une vie nouvelle, où il n’y avait que ténèbres, occulte à son tour ces ténèbres originelles. Le projet du black metal est de les dévoiler alors qu’elles étaient cachées. L’art en effet libère l’homme de son enfermement, de son isolement, donne une forme et une vie à ce qui n’était qui était embryonnaire et confus. Mais l’aliénation, l’enfermement, le désespoir, les ténèbres sont aussi des éléments constitutifs de notre humanité: n’y-t-il pas quelque chose d’aliénant à son tour à les dissimuler, les recouvrir par de la beauté et de l’espérance?

 « On peut effet faire création, non pas en faisant sensation, mais plutôt en permettant un rappel de ce qui était enfoui et que l’on voulait oublier ou de ce que l’artiste lui-même voulait oublier. La création devient alors ici simplement redécouverte ou découverte de ce que nous savons tous et que nous ne voulons pas toujours voir ou comprendre ou entendre. » (Philosophies, « Pourquoi parle-t-on de création artistique? »).

L’esthétique propre au black metal, qui tire son originalité de la recherche du morbide et du malsain, et de la création d’ambiances noires, désespérées ou qui expriment la révolte, la souffrance ou la colère, si décriée car elle touche aux aspects les moins appréciables, les plus tragiques de notre existence humaine, ceux précisément que nous aimerions cacher et oublier, a donc justement ceci de positif, de créateur, qu’elle nous rappelle les ambiguités de notre être, la fragilité de tout ce sur quoi nous avons construit notre vie: jeunesse, argent, possessions matérielles, amour pour et de la part de nos proches, … Tout ce qui donne un cadre à notre vie, nous permet de surmonter les épreuves de notre quotidien, de créer notre propre destinée, et sans quoi toutes nos certitudes, notre moralité même, pourraient basculer. Ce que fait le black metal, c’est nous rappeler la fragilité de notre existence, et détruire toutes les illusions que nous avons construites pour lui donner une apparence de stabilité et de sécurité, de normalité… Par l’inversion des « pôles de la séduction musicale », le black metal brise les illusions créées par cette même séduction musicale, nous force à relire tous les aspects enfouis en nous que l’art a souvent pour effet de nous faire oublier. Il nous rappelle le tragique de notre existence, de nos désirs, leur presanteur, qui nous tourne si souvent non pas vers l’espoir et la vie, mais vers le repli et la mort.  Ce qui me parait être une conception de la création artistique tout à fait recevable par un chrétien, à condition de ne pas s’y complaire, de ne pas remplacer une forme d’illusion par une autre.

Le black metal nous confronte à tout ce qu’il y a de bestial, d’inhumain, au fond de notre être. Nous ne sommes en effet « ni anges ni bêtes », pour reprendre le mot de Pascal. Mais pas plus des bêtes que des anges. Même le plus misanthrope, dérangé et criminel des black métalleux, si extrême qu’il n’existe pour ainsi dire pas, a quelques proches, quelques amis, et trouve dans sa musique une passion, quelque chose qui l’arrache à son isolement, à sa souffrance.

Il y a quelque chose dans cette musique qui m’évoque le Tohu Bohu, le néant originel hors duquel Dieu a fait surgir la Création, dans le Livre de la Genèse:

« La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’Esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. »

(Genèse 1.2)

a) Le sens des mots : « tôhou » (informe) et « bôhou » (vide).

« La terre était déserte et vide »

 (Genèse 1.2, traduction oecuménique de la Bible)

Le mot tôhou, est traduit dans Esaïe 45.18 par « désert », dans le sens de lieu inhabité par l’homme :

« Car ainsi parle l’Éternel, le créateur des cieux, le seul Dieu, qui a formé la terre, qui l’a faite et qui l’a affermie, qui l’a créée pour qu’elle ne soit pas déserte, qui l’a formée pour qu’elle soit habitée : je suis l’Éternel, et il n’y en point d’autre. »

Le mot « tôhou » est aussi employé dans Psaume 107.40 où il est également rendu par désert :

« Il verse le mépris sur les grands, et les faits errer dans les déserts sans chemin. »

Le désert est ici un lieu où il n’y a pas de chemin, donc c’est un endroit où on ne peut pas s’orienter.

Par conséquent on peut dire que le « tôhou » est un monde inorganisé, sans vie, sans direction.

Le mot « bôhou » indique l’idée de vide, comme le mot abîme qui le suit dans le texte. Le vide du « bôhou » n’est pas un vide physique mais plutôt une absence de présence, dans le sens où personne ne vit dans ce « tôhou » et « bôhou ».

A cet état de la création, notre monde est un monde de ténèbres, inhabité et inhabitable, aucune vie, aucune organisation. » (Bible et Histoire, « Dieu se dévoile en créant »).

Elle pointe l’inachèvement de la Création, la survivance du mal.

En effet, suivant l’Eglise Catholique:

« 310 Mais pourquoi Dieu n’a-t-il pas créé un monde aussi parfait qu’aucun mal ne puisse y exister ? Selon sa puissance infinie, Dieu pourrait toujours créer quelque chose de meilleur (cf. S. Thomas d’A., s. th. 1, 25, 6). Cependant dans sa sagesse et sa bonté infinies, Dieu a voulu librement créer un monde  » en état de voie  » vers sa perfection ultime. Ce devenir comporte, dans le dessein de Dieu, avec l’apparition de certains êtres, la disparition d’autres, avec le plus parfait aussi le moins parfait, avec les constructions de la nature aussi les destructions. Avec le bien physique existe donc aussi le mal physique, aussi longtemps que la création n’a pas atteint sa perfection (cf. S. Thomas d’A., s. gent. 3, 71). » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 310).

Mais de même que la création n’est pas destinée à atteindre la perfection de ses propres forces, que ce soit par l’art ou par d’autres voies, il n’est pas possible non plus d’effacer complètement par la musique ce don de la vie que Dieu nous a fait, cette part d’espérance qui habite même le pire des hommes ou le plus fou. Le mal scandalise, choque, parce que chacun d’entre nous ressent que ce n’est pas là ce qui devrait être. Et de même, en pointant la destruction des harmonies et des significations, le black metal amène le musicien à en rechercher et à en créer de nouvelles. Ce qui explique que des morceaux très minimalistes comme Transilvanian Hunger coexistent au sein de ce genre avec des titres beaucoup plus grandioses et expressifs, comme ceux du black metal symphonique, n’en déplaise aux défenseurs du « True Black Metal », ou encore que les fondateurs du genre, y compris les plus « intégristes », se livrent à des oeuvres plus expérimentales: ainsi le récent détour de Darkthrone par le punk.

C’est pourquoi la vraie richesse du black metal ne réside à mon avis pas seulement dans le minimalisme ou l’extrêmisme de certaines de ses oeuvres fondatrices, mais dans la profonde ambiguitée de celles-ci, entre destruction et création, régression et élevation. Il révèle dans de nombreux morceaux certains des aspects les plus sombres de l’existence, mais en leur donnant une dimension esthétique, il les déréalise et les domestique, d’une certaine manière. A ce titre il fait sien le mot de Nietzsche:

« La tragédie est belle dans la mesure où le mouvement instinctif qui dans la vie crée l’horrible se manifeste ici comme pulsion artistique, avec son sourire, comme un enfant qui joue. Ce qu’il y a c’est que nous voyons l’instinct effroyable devenir devant nous instinct d’art et de jeu. La même chose vaut pour la musique; c’est une image de la volonté en un sens encore plus universel que la tragédie. » (cité ici).

Le black metal anéantit les thématiques nihilistes et destructrices qu’il vise à exprimer, au moment même où il les dévoile, en leur donnant la forme d’un morceau, avec un début, une fin et une structure (si déstructurée et destructurante que celle-ci essaie d’être). Il les dissipe également dans la recherche qui est celle de chaque groupe d’exprimer son intériorité au travers de nouveaux morceaux, de nouveaux albums, de nouveaux sons, de nouveaux sous-genres parfois, d’une manière toujours plus riche et plus authentique, plus profonde, ce qui correspond bien à une démarche de création, et non de destruction, à un refus de la stagnation (certes  revendiquée par l’idéologie True Black; mais même les grands groupes de cette mouvance cherchent à enrichir le répertoire de sonorités de leurs morceaux au fil des albums). En ce sens, la complaisance de certains discours et de certaines attitudes coexiste avec une certaine recherche d’élevation de l’âme, par la relecture en musique des états d’être et des sentiments qui habitent le ou les compositeur(s). Si le black metal n’est sans doute pas une musique qui convient à tout le monde, il a donc le pouvoir de manifester, aussi bien que le repli complaisant dans le mal et le néant, la sortie de ceux-ci, et la victoire finale de la création sur la destruction, de la vie sur la mort. C’est pourquoi cette musique ne saurait être que sataniste, et se prête parfaitement à une relecture chrétienne, une fois ses ambiguités bien définies. En dévoilant le fond de désespoir et de mort au fond de chacun de nous, et en l’élevant au statut de création et d’oeuvre d’art, elle pointe vers une forme d’espérance et de manifestation de la liberté créatrice de l’homme face à son destin qui correspond pleinement à cette démarche de manifestation de la vie dans toute sa plénitude, donc y compris ses aspects les plus tragiques, qui est le propre de l’art.

« Créer c’est en effet aussi élever car, son contraire, détruire est bien rabaisser. Le contraire de la création est la destruction ou la stagnation dans le néant. Seul celui qui élève évite la destruction ou la stagnation car il nous rappelle ce qui se doit de l’être, ce qui est au-dessus et cet audessus n’est autre que la liberté.  Or ne dit-on pas de l’art qu’il est création parce qu’il ouvre un nouveau champ à la liberté, c’est ce qu’il convient de se demander à présent ? » (Philosophies, « Pourquoi parle-t-on de création artistique? »)

Le black metal chrétien: quel intérêt?

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , on 6 janvier 2011 by Darth Manu

Dans la plupart des forums ou des sites fréquentés par des black métalleux, dès qu’on a le malheur de prononcer le  mot « unblack metal »,des réactions du type de celles qui suivent pleuvent:

« Christian Black Metal is an oxymoron« . (Utilisateur JudasChrist de Last.fm à propos de Horde)

« i always thought ,that growling is something like demons voice. I’m christian , and i think still , this band is stupid :/« .(Utilisateur Przybyly de Last.fm à propos de Horde également)

« unblack metal (christian) bands are influenced by black metal (antichristian) which means they listen to or listened to black metal which means they are hypocrites« . (Utilisateur Ilovepod sur la même page que la citation précédente)

« I associate black metal with brutality and hate because those are the emotions the music conveys – hardly Christian values. I think the problem fans of black metal have with this band is that the tone of the music opposes the lyrical content which are fundamentally irreconcilable. In the words of Avather of Thyrane: « […]many people doesn’t seem to realise what is BLACK Metal itself… Black Metal is metal music with Satanic lyrics. There is no other way to describe it. » » (Utilisateur LostArk de Last.fm à propos de Crimson Moonlight).

« Black Metal is anti-christian by nature (obviously they don’t just attack christan ideas but they do propose an alternate world different from the one christian ideals propose)… so a band with pro christian ideals is completely paradoxical, thats why they often called unblack metal which is totally absurd… » (Utilisateur Jzep de Last.fm à propos d’Antestor).

Faire du black metal avec des paroles chrétiennes serait contradictoire, parce que le BM en tant que genre musical aurait été conçu pour exprimer des émotions et des idées antithétiques de celles valorisées par le christianisme.

En effet:

– Le terme black metal a été utilisé à l’origine pour désigner des groupes au message sataniste ou anti chrétien: ainsi, au début des années 1990, Deicide ou Venom, dont la musique n’est pas du black metal, ont pu être appelés comme tels du fait de leurs paroles.

– la plupart des fondateurs effectifs du genre, et la majorité des groupes, expriment dans leurs morceaux et leurs interviews une aversion violente pour le christianisme. Plusieurs membres de groupes de black metal ont de surcroit été condamnés pour des incendies d’églises, des profanations, etc.

– Musicalement, le black metal parait inapproprié pour exprimer des émotions « positives ». Le chant est hurlé, froid, et évoque la haine, le désespoir, le mépris ou la colère, et non l’amour, l’espoir, la foi et tout ce qui caractériserait une musique « chrétienne ». Les sons saturés, les blast beats de la batterie, la déstructuration des morceaux participent également de cette vision nihiliste et « haineuse » du monde et brisent délibérément l’harmonie qui semble indissociable de toute musique qui se propose de louer Dieu etc.

– Le black metal valorise l’individualisme et une certaine forme de solitude et d’élitisme, tant dans ses paroles que par son caractère peu accessible en tant que musique, puisqu’il faut une certaine éducation de l’oreille et du goût pour l’apprécier. En ce sens, il ne se prête pas à la démarche de « propagande » qui serait celle de groupes de metal chrétien tels Stryper, pour prendre un nom de groupe de heavy metal chrétien particulièrement connu.

Cependant, le fait historique demeure que le black metal chrétien existe depuis 1992 avec Crush Evil, qu’il a des représentants dans la plupart des pays européens, aux Etats-Unis, en Amérique Latine, etc., et que même des métalleux athés ou hostiles au christianisme saluent la compétence musicale de Crimson Moonlight, Horde, Antestor, Slechtvalk, Frost Like Ashes, Lengsel et d’autres représentants connus du unblack metal.

Ces groupes poursuivent-ils donc une illusion, en associant des paroles chrétiennes à une musique « satanique », sont-ils des hypocrites qui récupèrent un genre inspiré des valeurs mêmes qu’ils entendent dénoncer dans leurs morceaux, ou ont-ils su percevoir dans l’identité musicale du black metal l’expression d’un fond d’émotions et de valeurs similaires à celles qui nourrissent l’espérance chrétienne?

Pour répondre à cette question, je voudrais mettre en évidence deux présupposés des critiques ci-dessus du BM chrétien qui me paraissent erronés:

1) Le black metal serait indissociable de ses origines anti chrétiennes…

Le black metal est un courant musical et comme tel l’expression d’une recherche artistique. Il est par essence un acte de création, et avant de soutenir ou contredire telle ou telle doctrine ou idéologie, il a pour finalité première de manifester de nouvelles formes musicales et de nouvelles significations en harmonie avec la vie intérieure, les émotions et les interrogations et convictions de l’artiste ou des artistes qui sont à l’origine de tel morceau, de tel album, etc. On peut être attiré par cette musique à cause de sa réputation sulfureuse et des thématiques blasphématoires ou satanistes de certains groupes, mais on y adhère parce que la musique correspond à un évènement de notre vie intérieure. Ainsi, dans son livre L’Age du Metal, paru aux éditions du Camion Blanc, le père Robert Culat rapporte les témoignages de nombreux métalleux qui initialement attirés par les dehors provocants et morbides du BM, ont rapidement dépassés ceux-ci pour ne plus s’intéresser qu’à sa dimension musicale.

Il n’a pas vocation à se figer dans l’expression de tel ou tel courant de pensée ou dans la dénonciation de tel ou tel autre, mais chaque groupe, chaque album, chaque morceau, s’efforce de mettre à jour de la manière la plus fine possible les émotions et les sensations que le compositeur tient à coeur, et de toucher du doigt ce fond de vérité qu’il lui a semblé trouver dans l’écoute d’une telle musique et qui lui a fait désirer créer.

Le black metal, comme tout courant artistique, puise son sens dans l’évolution des formes qui le composent, n’en déplaise aux doctrinaires du « True Black Metal« , et s’il a pu faire ses premières armes dans l’expression de thématiques satanistes, néo-paiennes ou athées, la palette de sentiments « sombres » qui lui donnent sa force musicale, si elle trouve une correspondance dans un imaginaire chrétien, musulman, juif, bouddhiste, etc., ne peut qu’y trouver l’occasion de nuancer et de renouveler son identité musicale, de lui donner une nouvelle actualité, de la redynamiser…

2) Le christianisme ne valoriserait que les émotions « positives », telles la joie, l’amour, etc. Le black metal serait donc une musique beaucoup trop sombre pour servir de support de manière convaincante à un message chrétien…

Un tel argument me parait méconnaitre la  réalité de la pratique chrétienne. Chaque croyant, baptisé ou non, clerc ou laïc, qui s’est essayé quotidiennement à l’imitation du Christ, s’il a été par moments ou de façon régulière touché par la Présence perceptible de l’Esprit Saint en lui, doit le plus souvent persévérer en proie au doute, à l’angoisse, au désespoir, voire à l’incompréhension, à la révolte, à la colère… L’Ecclesiaste, le Livre de Job, de nombreux psaumes, les supplications des prophètes à Dieu, le récit dans les évangiles de la Passion du Christ, sont remplis d’images, de questionnements et de supplications qui trouvent tout autant leur place dans les thématiques du black metal, voire de manière beaucoup plus vraie et profonde, que les provocations de tant de groupes satanistes ou qui affectent de l’être.

Il est vrai que ces thématiques ne constituent pas l’horizon définitif du croyant, mais sont vécues à la lumière de l’espérance pascale. La souffrance, le doute, le désespoir, ne sont pas valorisés en soi mais endurés dans l’attente de la Grâce et d’une vie nouvelle, mais elle sont quand même le quotidien de tout croyant, y compris les plus éminents, comme en témoignent par exemples les récits autobiographiques de Sainte Thérèse d’Avila et de Sainte Thérèse de Lisieux. Et il me semble qu’il y a également une forme de désir d’éternité, voire d’espérance, qui est en germe dans le black metal tel qu’il existe actuellement, comme j’ai essayé de le montrer dans un précédent article.

Pour apporter mon témoignage de catholique pratiquant et d’amateur de black metal, non seulement l’écoute régulière de cette musique ne me parait pas faire obstacle à mon cheminement spirituel, mais j’ai été souvent surpris de constater à quelle point elle m’apaisait et me permettait de prendre de la distance par rapport à mes doutes et mes moments de souffrance, de colère, ou de désespoir.

Pour résumer, l’intérêt du black metal chrétien (qu’on approuve ou pas l’opportunité du terme « unblack metal » pour le désigner: je ne suis moi-même pas complètement fixé sur cette question) pour le black metal est de renouveler et d’approfondir l’éventail de thématiques et d’émotions qui nourrit et donne sens aux choix musicaux qui le définissent, et pour le christianisme d’exprimer musicalement de manière inédite et profonde des expériences indissociables de toute vie spirituelle, mais douloureuses et difficiles à cerner et à dépasser.

Et pour conclure je voudrais partager avec vous la musique et les paroles d’un morceau de black metal chrétien qui m’a personnellement touché (plus d’informations sur le groupe Deborah ici: http://www.myspace.com/deborahband):

Soteria The key to bring salvation
The gate to give redemption
The access to be free

Soteria The bless who came to heal you
To give the peace and safety
To prosper, to preserve,
Your soul

There are so many wealth,
Prepared for you

The miracle,
Doesn’t come from witchcraft
The answers,
Doesn’t come from a ouija board
Your destiny,
Doesn’t come from tarot…no…
The solution,
Doesn’t come from rituals or suicide

There was a man,
Who came to set free your soul

His sacrifice was the price,
For you and me

The world,
The world is lost in wrong ways
Is lost,
Is lost in vanities of mind
Searching,
Searching for answers but
Don’t want,
Don’t want to hear the only true

There are,
There are so many souls
Confused,
Confused and destroyed by
Themselves,
Themselves they can not see
That the, solution,
Solution is at hand

Receive…your health
Receive…the light
Open…your eyes
Is time…to fly

Oh Son of God
Come fill their hearts
Come heal thie lifes
They need your sign (source: http://www.metal-archives.com/release.php?id=169814)