A propos de la vidéo: « Du Death Metal à Jésus Christ »

Le Collectif Provocs Hellfest ça suffit a rappelé récemment  l’existence d’un témoignage, posté sur DailyMotion et Youtube, qui émane d’un ancien amateur de metal extrême, dont l’expérience largement atypique de cette musique semble avoir été l’occasion de grandes souffrances psychiques et spirituelles, et qui s’est par la suite converti au christianisme, ce qui lui a permis de trouver une forme de paix intérieure.

Il se trouve que je connais cette vidéo depuis l’été 2009, lorsque j’ai pris connaissance de la polémique autour du Hellfest. J’ai alors été profondément  troublé par la manière dont son titre  semblait monter en épingle un témoignage magnifique, mais isolé, pour stigmatiser une communauté toute entière. Cela n’a pas été pour rien dans ma décision l’année d’après de m’engager dans ce débat, et je lui ai consacré sur mon précédent blog, Aigreurs Administratives, le tout premier article que j’ai écrit sur le métal. Ce billet est intitulé: « Du metal à Jeus Christ au metal ( à Jésus Christ) » et a été publié le samedi 20 février 2010. Je le reproduis ci-dessous:

 » « Du death metal à Jésus Christ« : j’ai découvert ce témoignage en surfant sur Google l’été dernier, lorsque la polémique autour du Hellfest commençait à retomber. Il m’a laissé une impression très mitigée.

En tant que chrétien, je me réjouis évidemment de cette conversion, de la Grâce qui a été faite à ce jeune homme, qui a découvert l’amour que Dieu lui porte et qui y a puisé la force de renoncer à tout ce qui était source de souffrance pour lui et qui brouillait ses relations avec se proches, l’enfermait dans une forme de mensonge permanent à lui-même et à autrui. C’est un très beau témoignage, au travers duquel je perçois très nettement l’action de l’Esprit Saint.

Par contre, l’usage qui semble en être fait sur un certain nombre de sites cathos me trouble profondément. S’il est certain que la musique metal n’est nullement étrangère à plusieurs comportements nuisibles à ses émules (alcoolisme, scarifications, discours hostiles au christianisme) et à autrui (provocations gratuites, une poignée de faits divers largement médiatisés), c’est à mon sens de façon incidente et ne met pas en cause sa nature, ni sa finalité.

En sens contraire en effet on peut évoquer le témoignage de jeunes que l’écoute du metal a détournés de leurs pulsions auto-destructrices. Le père Robert Culat, dans son livre L’Age du metal (Editions du Camion Blanc, septembre 2007), en cite plusieurs:

« Le metal m’aide à purger mon agressivité.L’écoute du Death metal m’apaise ». (p. 187)

« Personnellement le metal me renforce, me régénère, il me permet de ne pas sombrer dans une dépression en voyant dans quel monde nous vivons ». (p. 188)

« Cette musique m’a servi d’exutoire à l’époque où j’avais besoin de défouler une violence contenue qui aurait pu déboucher sur des actes autrement rédhibitoires ». (p. 189)

Et si je puis me permettre d’apporter mon propre témoignage, je ne suis pas d’accord du tout non plus pour décrire le metal comme une musique par nature source de colère et de souffrance.

Il est vrai que lorsque j’ai commencé à écouter du metal (surtout du heavy et du black), je sortais de l’adolescence et me suis détourné de mon éducation chrétienne et de ma foi par des attitudes et des opinions néfastes et courantes chez certains métalleux. Il est tout aussi vrai que lorsque je suis retourné dans l’Eglise, j’ai arrêté d’écouter pendant plusieurs années des groupes de metal, et j’ai essayé de faire une croix sur cette période de ma vie.

Et j’en ai ressenti de la souffrance. J’avais l’impression de me couper d’une certaine forme de beauté dont l’expérience m’avait été donnée. Je n’arrivais pas à faire le lien entre ce que je concevais comme mon devoir de chrétien et le souvenir que je gardais de mes amis métalleux. J’avais l’impression d’être écartelé entre deux vérités dont j’avais été témoin, aussi incontournables l’une que l’autre et pourtant apparemment incompatibles.

J’ai recommencé à écouter du metal, en choisissant des groupes chrétiens pas trop méchants comme Stryper. Puis je suis passé au unblack metal, avec des groupes comme Antestor. J’ai découvert que des chrétiens essayaient de réconcilier leur passion du metal avec leur foi, comme les groupes de metal chrétien, comme le père Culat, comme les membres du groupe facebook « Je suis chrétien, j’écoute du metal et ce n’est pas contradictoire ».

J’essaie actuellement de faire oeuvre de discernement à la façon ignatienne, en prêtant attention à ce que le metal me fait, aux mouvements qu’il suscite dans mon coeur. Et malgré tout ce que certains peuvent dire sur l’incompatibilité apparente entre les ambiances nihilistes et désespérées propres au black metal et la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, je rejoins le témoignage cité plus haut qui mentionnait l’influence apaisante du death metal. En donnant une structure (si déstructurante soit-elle par rapport aux styles musicaux plus répandus) et un rythme (parfois à la limite du supportable mais évocateur et rempli de signifiants) à des angoisses et des fantasmes jusqu’alors non formulés, le metal extrême les exorcise et leur donne de la beauté, une source de significations potentiellement positives et créatrices d’espoir dans la vie et l’âme de l’amateur de black metal que je suis. Et si personnellement je ne suis pas musicien, cette beauté qui surgit dans leur vie, là où ils voyaient peut-être un peu trop de laideur, incite les amateurs de cette musique qui jouent d’un instrument à créer plutôt que détruire.

Je n’ai pas fini mon discernement, mais ce point où j’en suis me paraissait suffisamment important pour le partager avec vous.

Pour finir, je voudrais vous fournir une dernière piste de réflexion: l’aumônerie de ma paroisse, où je suis animateur, a organisé la projection du film D’une seule voix, qui montre la tournée en France d’un orchestre composé d’iraeliens juifs et arabes, et de palestiniens. On y trouve des musiciens de hip hop, style parfois aussi contesté que le metal. Tout le monde a trouvé ce film très beau, très proche du message de l’Evangile. Et bien le groupe israélien Orphaned Land, qui a certes développé une identité très singulière, mais qui est parti du death metal, ne cesse au fil de ses albums de chercher à promouvoir la paix entre chrétiens, juifs et musulmans, et revendique avec fierté son succès auprès des jeunes palestiniens.

Où est la différence? »

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7 Réponses to “A propos de la vidéo: « Du Death Metal à Jésus Christ »”

  1. Bonjour Manu.
    Je ne puis m’empêcher de rebondir sur ton témoignage, qui est un véritable cri du cœur, et qui démontre que les chemins vers la grâce que nous montrent le Seigneur sont différents pour chacun… Dans le témoignage que tu viens de donner, il y a des similitudes avec ma propre expérience.
    Moi aussi, j’ai commencé à écouter du heavy dans l’adolescence… Moi aussi, je me suis détourné des chemins de l’éducation de mes parents à l’écoute de cette musique.
    Moi aussi, fut une période, j’ai détruit de ma discothèque tout ce qui ressemblait à du rock.
    Puis… moi aussi, j’y suis revenu… Lorsque j’expliquai à mon propre père que j’avais détruit toute ma discothèque (à l’époque, je devais avoir environ 20 ans), il m’a répondu : « tu as probablement tort… » Et vrai, cet univers musical me manquait… Une drogue, diraient certain (et qu’importe ce que les gens peuvent dire de mon expérience…). Réponse surprenante de mon père… Parce que c’est bien mes parents qui furent les premiers à fustiger cette musique, ce qui ne fit qu’en définitive qu’accroître en moi, mon sentiment de révolte.
    Mais voilà… Je suis têtu. Lorsque je veux savoir quelque chose, lorsque je veux comprendre quelque chose, je suis un vrai chien enragé. Je ne lâche jamais ma proie. Je voulais comprendre pourquoi mes parents s’étaient tant acharnés contre ma musique. Ce sont d’ailleurs eux qui m’ont donné les premiers éléments de réponse : la cassette du Père Jean-Paul Regimbald « Le Rock n’roll, Viol de la Conscience par les Messages subliminaux ». L’écoute de cette conférence m’a dans un premier temps déstabilisé, puis révolté. Certes, je devais admettre que les recherches de ce prêtre qui était loin d’être un rockeux étaient impressionnantes. Mais j’étais persuadé qu’au fond, il se trompait, mais je ne savais pas pourquoi. Et j’ai donc commencé à chercher, puis à comprendre. Il y a des erreurs philosophiques dans les théories du Père Regimbald… Erreurs philosophiques qui se trouvent dans le propre titre de son exposé… Car comment une musique pourrait violer la conscience d’un individu par des procédés déloyaux ? Ne serait ce pas admettre la lobotomisation des auditeurs en leur faisant écouter de la musique ? Mais il y a un élément là dedans que la philosophie ne peut pas admettre : la Volonté. Personne ne m’a empêché à écouter du rock. Personne ne sais réellement pourquoi deux jeunes se sont suicidés après avoir écouter une chanson de Judas Priest qui contiendrait un message subliminal… Et si un jour je venais avoir des tendances suicidaires parce que j’écoute trop de rock (ce qui est impossible… mais supposons…) le fais d’appuyer sur la gâchette n’appartiendrait qu’à moi, et à moi seul. L’écoute de la musique peut certes nous influencer, mais pas au point de nous déposséder de notre propre volonté, et ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout ce que dit le père Regimbald.
    Mais dans tout ce travail de ce bon père Regimbald, que j’ai d’abord écouter avec intérêt, puis rejeté, puis j’y suis revenu, il y avait des éléments troublants que j’ai cherché à vérifier : les origines du rock tout d’abord… Cette musique est elle une révolution, ou pas ? Recherches faites, elle n’est pas une révolution… Là encore, ce n’est pas ce que dit le Père Regimbald… Puis cette fascination par le satanisme dans le rock… Le rock, est ce une musique satanique ? Non, ça n’en n’est pas une…
    Etc, etc…
    Finalement, et en définitive, ce qui m’a sauvé des excès du rock, des modèles de ses stars, c’est de le comprendre… J ‘en écoute toujours, évidemment, mais avec une autre oreille, parce que je suis plus averti, plus aguerri, mais ça, c’est mon parcours personnel. Je souhaite faire partager cette expérience avec qui cela peut avoir une utilité. Les risques de déviances existent dans cette musique, et si cela peut aider certaines personnes de les en avertir, je ne vois pas pourquoi je m’en priverai.
    De même, et pour rejoindre les témoignages rencontrés dans l’ouvrage du Père Culat, et que tu cites, la musique peut avoir d’autres effet, plus bénéfiques… Ils ne doivent pas occulter ceux qui sont maléfiques (ceux que je dénonce), comme quoi, le ressenti des gens à l’écoute de la musique peut être perçu différemment en fonction des contextes, de l’éducation, etc, et ce qui rend les recherches sur la musique complexe, car finalement la perception de la musique est subjective.
    Lorsque j’ai annoncé à certains de mes amis fan de metal, métaleux et musiciens eux mêmes (ce que je ne suis pas) de la démarche de mon association (Anne-Lise et Julien), aucun ne m’a sauté dessus en me disant que c’était n’importe quoi… Au contraire, ils comprennent la démarche. Ils la trouvent intéressante, utile. Car après tout, si ça peut aider les gens à écouter leur propre musique, ça ne peut être que bénéfique.

  2. Comme je n’ai pas posté au bon endroit :

    Que de la musique ? Ce n’est pas ce qui ressort de cette vidéo” du death à Jésus” me semble t-il. Je n’ai pas entendu ou lu que le chant grégorien ou la musique classique pousse un être en souffrance à de telles extrémités.
    Et pas non plus ce qui ressort des déclarations de Behemoth ou de Déicide / David Mustaine ou encore celles de Marduck et dont le blog PHCS rend compte.

    • « Que de la musique ? Ce n’est pas ce qui ressort de cette vidéo” du death à Jésus” me semble t-il. Je n’ai pas entendu ou lu que le chant grégorien ou la musique classique pousse un être en souffrance à de telles extrémités. »

      Mais la musique est-elle à l’origine de ce mal-être, ou un phénomène connexe parmi d’autre, qui a pu ou non jouer un rôle dans un certain contexte, joint à d’autres facteurs, et interprété à tort comme la cause principale? Je te renvoie au témoignage de l’unique membre de groupe Elgibbor, qui traversait une crise encore plus grave que celle du jeune de cette vidéo, et dont la conversion lui a permis d’abandonner du jour au lendemain ses nombreuses addictions, et qui, POURTANT, a continué à jouer et écouter du black metal et qui a choisi de donner à cette musique une place importante dans sa manière de témoigner de sa foi: https://innerlightofblackmetal.wordpress.com/2011/01/19/fire-de-elgibbor-du-satanisme-au-black-metal-chretien/

      Comme Etienne le souligne à juste titre, la même musique n’a pas forcément le même effet sur des personnes différentes. Elle peut aider à en sauver certains, et à en perdre d’autres. La vidéo « du death metal à Jésus Christ » semble construire une affirmation générale à partir d’un exemple isolé, par ailleurs tout à fait admirable, auquel on peut opposer de nombreux exemples. Cela ne semble pas acceptable intellectuellement, ni respectueux du témoignage des metalleux à qui cette musique a fait du bien.

      « Et pas non plus ce qui ressort des déclarations de Behemoth ou de Déicide / David Mustaine ou encore celles de Marduck et dont le blog PHCS rend compte. »

      Je t’ai répondu tellement de fois, notamment dans mon billet sur les textes chantés au Hellfest, sans prise en compte réelle de ta part de mes arguments, que je n’ai pas le courage de le faire une nouvelle fois.

      Peut-être à ce we. Bonne fin de semaine d’ici là…

    • Marduck ? Jamais entendu parler… Tu parles de « la danse des canards » de J.J. Lionel ? Parce que sinon c’est MARDUK qu’on dit. Rien à voir avec une quelconque mare aux canards.

  3. […] eu l’occasion de confronter dans un précédent billet mon témoignage, qui est celui d’un équilibre entre ma foi et mon intérêt pour le metal, […]

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