Du «droit au blasphème»…

Entre la condamnation des Pussy Riot cet été, et ces dernières semaines les polémiques autour de ce qui a été présenté comme un film américain qui caricature le vie du prophète Mohammed et de la dernière couverture provocante de Charlie Hebdo sur l’Islam, on entend fréquemment ces temps derniers l’expression « droit au blasphème », pour la défendre ou pour la réfuter:

« Le blasphème est un droit

 La réalité, c’est qu’en France, dans notre République, et il n’y a aucune raison que cela change, le blasphème est un droit. Je dirais même plus que, face à la connerie des intégristes qui veulent museler tout rapport critique avec la religion, il est un devoir.

 Aussi, les interventions de Jean-Marc Ayrault et de Laurent Fabius sur la question, avant même la publication du numéro de « Charlie », sont tout proprement indignes de notre République.

 […] Mais de quel droit le gouvernement s’offusque-t-il de la pleine jouissance de la liberté d’expression et de la presse en France ? Quel scandale !

 Ces réactions rappellent en substance la position inacceptable qu’avait eue Jacques Chirac en son temps, quand « Charlie » avait publié les caricatures danoises, affirmant :

 « Les provocations manifestes susceptibles d’attiser dangereusement les passions. Tout ce qui peut blesser les convictions d’autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d’expression doit s’exercer dans un esprit de responsabilité. »

 Très laïque, ce Monsieur Chirac, qui avait déjà fêté en grande pompe en 1996 la très laïque elle aussi célébration des 1500 ans du baptême de Clovis. » («  »Charlie Hebdo » caricature Mahomet: le blasphème n’est pas un droit, c’est un devoir! », par Yves Delahaye, Nouvel observateur « Le + »)

« Mais l’expression « droit au blasphème » ne semble guère opportune. D »abord parce qu’elle reprend à son compte l’idée même de blasphème – notion ignorée par la loi, laquelle ne sanctionne que des délits définis en dehors de toute référence religieuse (injures, diffamation, propagation de fausses nouvelles, etc.). Ensuite parce qu’elle introduit subrepticement l’idée qu’on pourrait revendiquer spécifiquement un tel « droit au blasphème ». Or on ne peut que revendiquer la liberté d’expression, laquelle s’exerce sans autorisation, sans avoir à se référer à un droit explicite précis, dans le silence de la loi, et n’est encadrée explicitement que par des interdits – tout ce qui n’est pas expressément interdit par la loi ne peut être empêché et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas. » (« Y a-t-il un « droit au blasphème »? » Mezetulle, le blog-revue de Catherine Kintzler).

Comme la seconde citation y fait allusion,  la juxtaposition des mots « droit » et « blasphème » est paradoxale. D’une part, effectivement, parce qu’on relie ainsi une notion juridique, le « droit » et une notion religieuse, le « blasphème ». Ensuite parce que la première a habituellement une connotation positive, et la seconde une connotation négative. Enfin, parce que le terme de « droit » exprime quelque chose d’inhérent à l’être de chacun, quelque chose qui peut se déduire de sa nature ou de son essence, alors que le blasphème implique un certain mode de rapport à quelque chose qui se réclame du divin, et donc au Tout Autre. Le premier se vit d’abord sur le mode de l’être: « je suis… et donc j’ai droit à … » et de l’immédiateté « le droit ne m’est pas concédé mais est indissociable de mon être, de ma dignité » et le second sur le mode de la relation: « je dis ceci de Dieu, du Prophète, de la Vierge Marie, … » et sur celui de la réaction: « je me révolte… ».

Donc, première remarque, la revendication du « droit au blasphème » présente dans ses propres termes une tension interne. Reste à savoir si celle-ci est l’expression d’une contradiction insurmontable, qui fait de cette revendication un non-sens, ou si elle est susceptible d’être féconde.

Seconde remarque: la contradiction interne exprimée par l’expression « droit au blasphème » est  une chose, les différentes intentions, les différentes connotations portées dans l’usage par les uns et les autres une autre chose encore. Et ces deux réalités, le sens dénotatif paradoxal de cette association, et le caractère pluriel des connotations dévoilées par les différentes interprétations, en général polémiques, dont elle est l’objet, une fois mises en regard, rendent plus complexe encore une approche sereine et exhaustive des débats enflammés (parfois littéralement) que notre objet de réflexion suscite.

En parcourant les réactions aux différentes polémiques suscités par des blasphèmes, je ne puis m’empêcher de remarque que, non seulement elles suscitent des réactions très divergentes, mais que, de façon récurrente, un même média ou une même personne réagit de manière très différente à un blasphème, suivant son contexte. Par exemple, sur Twitter:

« @Netchys  Pourquoi @CecileDuflot la femme-ado n’a-t-elle pas apporté son soutien a #CharlieHebdo comme avec les #PussyRiot ?#jeposelaquestion @EELV« 

D’un côté, nous avons des féministes certes militantes, qui opère une manifestation artistique, certes influencée par l’actionnisme viennois, qui n’emballe pas la sensibilité de tout un chacun, dans une église, certes de manière impromptue et blasphématoire, dans une perspective politique, certes très contestataire, dans un pays dont les gouvernants ne font pas non plus l’unanimité dans la conception qu’ils proposent d’un « démocratie ».J’aurai compris qu’elles prennent quelques semaines, à la rigueur quelques mois, pour exhibitionnisme ou outrage ou tel autre délit de droit commun qu’elles ont accomplis ouvertement. Je m’inquiète d’une condamnation à deux ans de camps (certes très légérement plus douce que de la prison ferme) pour ce que le Président russe a ouvertement présenté comme un délit de blasphème.

De l’autre côté, nous avons un journal, qui a certes fait l’expérience d’un incendie de ses locaux, apparemment par des islamistes, qui lui a valu cependant une grande vague de soutien, qui blasphème dans un pays qui protège la liberté d’expression, où ses cibles sont minoritaires et font l’objet d’une hostilité selon moi plus grande et largement partagée que le christianisme en France et à fortiori en Russie, juste après qu’une vidéo sur Youtube, elle-même blasphématoire, ait certes créé le buzz, mais ait surtout donné un prétexte à des djihadistes pour tuer une centaine de personnes dans les pays à majorité musulmane.

Alors certes cette différence d’attitude de Cécile Duflot pose une question, à laquelle je répondrai pour ma part de manière bien différente de ce que @Nechtys suggère, et sans doute de façon plus proche du choix de la ministre en cause.

De manière plus nuancée, le Père Grosjean nous propose l’approche suivante (son confrère et co blogueur l’abbé Seguin vient d’ailleurs de publier un article assez équilibré à ce sujet sur Padreblog):

« @abbegrosjean Aucune violence contre #charliehebdo ne serait admissible. Cela n’empêche pas de questionner leur volonté de provoquer gratuitement« 

Certes, une apologie publique du blasphème ne peut que susciter des questions de la part des chrétiens, comme de toute personne qui s’engage dans une démarche de foi. Mais alors que nous réagissons au blasphème, quel qu’il soit, je pense que celui-ci, dans un mouvement inverse, nous questionne également.

Tout d’abord, suivant les situations et les personnes, si le blasphème se présente tout d’abord comme une insulte au Divin, et dans toutes les religions, comme un péché grave, il n’a pas toujours la même signification, ni la même gravité, suivant les auteurs et les contextes.

Quelques exemples théoriques:

– La personne qui a souffert de manière apparemment injuste, et qui se révolte contre les épreuves que Dieu lui a fait subir, et son silence apparent (Job par exemple).

– La personne qui est victime d’un contre-témoignage de la part d’un croyant, et qui par son blasphème exprime sa réprobation de celui-ci.

– La personne qui va blasphèmer par jeu et/ou conformisme, sans mesurer la signification de ses actes.

– La personne  qui est politiquement engagée contre un sytéme de gouvernement culturellement ou idéologiquement associé à une religion, et qui espère en attaquent la seconde toucher le premier.

– La personne qui, via le blasphème, se livre moins à une vision religieuse qu’à une spéculation à caractère auto-promotionnel.

– La personne qui associe une défense apparente de la foi, dans une démarche d’enseignement,  à des visées d’ordre profane, au point de contredire la première par les secondes.

– La personne qui méprise ou réprouve les valeurs portées par une religion.

La plupart de ces personnes (moins l’avant-dernière, à part pour une religion différente de la sienne) peuvent se retrouver à commettre ou célébrer tel ou tel blasphème: une croix plongée dans l’urine, une représentation du Christ couverte d’excréments, un concert de black metal insultant envers telle ou telle religion dans ses paroles et/ou sa mise en scène. Avec pourtant des glissements parfois important de sens, concernant la signification du blasphème en lui-même, et une gravité très variable de l’acte en lui-même.

Certains me répondront: « le pécheur doit être aimé, mais le péché doit être haï. Un blasphème est un blasphème, et doit être combattu pareillement, quel qu’il soit, et quel qu’en soit l’auteur! ».

Si tout blasphème, d’un point de vue strictement chrétien, est condamnable en lui-même, et constitue d’un point de vue sacramentel un péché grave, il me semble cependant que le Christ nous enseigne une manière un peu plus nuancée de les recevoir, qui distingue entre des cas de figure qui relève encore d’une certaine forme de recherche de Dieu, et d’autres qui constituent au contraire une rupture:

« 31 C’est pourquoi je vous dis : tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes ; mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas pardonné aux hommes. 32 Et quiconque aura parlé, contre le fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir.  » (Mat.12:31, source: Lecture de l’Evangile).

Bien loin de moi de prétendre définir le « blasphème contre l’Esprit Saint », et plus encore de dire si tel ou tel des exemples que j’ai cités en relève. Cependant, je relève dans ce passage, attribué par les premiers chrétiens à Jésus, et présent non seulement dans les évangiles canoniques mais également dans certains apocryphes, comme l’Evangile de Thomas, une distinction entre différents degrés de gravité du blasphème: certains, contre le Père ou le Fils, qui laissent ouverte la possibilité du pardon, et d’autres, contre le Saint Esprit, qui la ferment.

Une telle distinction m’évoque immédiatement un texte du Premier Testament qui m’a beaucoup marqué, et sur lequel je me suis déjà précédemment appuyé sur ce blog: le Livre de Job.

Dans ce livre, Dieu accepte la proposition du diable d’éprouver Job, un homme profondément pieux, mais comblé, tant dans ses possessions matérielles que par une famille nombreuse.

Ses possessions disparaissent. Sa femme et ses enfants meurent. Poussé à bout, il se révolte contre Dieu:

« 9.13 Dieu ne retire point sa colère; Sous lui s’inclinent les appuis de l’orgueil.

9.14 Et moi, comment lui répondre? Quelles paroles choisir?

9.15 Quand je serais juste, je ne répondrais pas; Je ne puis qu’implorer mon juge.

9.16 Et quand il m’exaucerait, si je l’invoque, Je ne croirais pas qu’il eût écouté ma voix,

9.17 Lui qui m’assaille comme par une tempête, Qui multiplie sans raison mes blessures,

9.18 Qui ne me laisse pas respirer, Qui me rassasie d’amertume.

9.19 Recourir à la force? Il est Tout Puissant. A la justice? Qui me fera comparaître?

9.20 Suis-je juste, ma bouche me condamnera; Suis-je innocent, il me déclarera coupable.

9.21 Innocent! Je le suis; mais je ne tiens pas à la vie, Je méprise mon existence.

9.22 Qu’importe après tout? Car, j’ose le dire, Il détruit l’innocent comme le coupable.

9.23 Si du moins le fléau donnait soudain la mort!… Mais il se rit des épreuves de l’innocent.

9.24 La terre est livrée aux mains de l’impie; Il voile la face des juges. Si ce n’est pas lui, qui est-ce donc?

9.25 Mes jours sont plus rapides qu’un courrier; Ils fuient sans avoir vu le bonheur;

9.26 Ils passent comme les navires de jonc, Comme l’aigle qui fond sur sa proie.

9.27 Si je dis: Je veux oublier mes souffrances, Laisser ma tristesse, reprendre courage,

9.28 Je suis effrayé de toutes mes douleurs. Je sais que tu ne me tiendras pas pour innocent.

9.29 Je serai jugé coupable; Pourquoi me fatiguer en vain?

9.30 Quand je me laverais dans la neige, Quand je purifierais mes mains avec du savon,

9.31 Tu me plongerais dans la fange, Et mes vêtements m’auraient en horreur.

9.32 Il n’est pas un homme comme moi, pour que je lui réponde, Pour que nous allions ensemble en justice.

9.33 Il n’y a pas entre nous d’arbitre, Qui pose sa main sur nous deux.

9.34 Qu’il retire sa verge de dessus moi, Que ses terreurs ne me troublent plus;

9.35 Alors je parlerai et je ne le craindrai pas. Autrement, je ne suis point à moi-même. » (Job, 9, 14-35)

Accablé, Job en vient à nier que Dieu est juste, ce qui me semble revenir à un blasphème.

Ses amis indignés tentent de lui faire retirer ses paroles, et s’attachent à lui démontrer en long, en large et en travers que Dieu est juste:

8.1   Bildad de Schuach prit la parole et dit:

8.2   Jusqu’à quand veux-tu discourir de la sorte, Et les paroles de ta bouche seront-elles un vent impétueux?

8.3   Dieu renverserait-il le droit? Le Tout Puissant renverserait-il la justice?

8.4   Si tes fils ont péché contre lui, Il les a livrés à leur péché.

8.5   Mais toi, si tu as recours à Dieu, Si tu implores le Tout Puissant;

8.6   Si tu es juste et droit, Certainement alors il veillera sur toi, Et rendra le bonheur à ton innocente demeure;

8.7   Ton ancienne prospérité semblera peu de chose, Celle qui t’est réservée sera bien plus grande. (Job, 8, 1-7)

Mais rien n’y fait, Job persiste dans sa révolte. Dieu finit par intervenir, et convaincre Job, non par des justifications, comme ses amis avant Lui, mais en lui manifestant son Être dans toute Son incommensurabilité, et toute Sa présence. Job se convertit à nouveau, et Dieu lui pardonne, mais est curieusement est beaucoup plus critique vis à vis de trois des quatre amis qui pourtant ne cessaient de le ramener à Lui:

« Après que l’Éternel eut adressé ces paroles à Job, il dit à Éliphaz de Théman: Ma colère est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n’avez pas parlé de moi avec droiture comme l’a fait mon serviteur Job.

42.8   Prenez maintenant sept taureaux et sept béliers, allez auprès de mon serviteur Job, et offrez pour vous un holocauste. Job, mon serviteur, priera pour vous, et c’est par égard pour lui seul que je ne vous traiterai pas selon votre folie; car vous n’avez pas parlé de moi avec droiture, comme l’a fait mon serviteur Job.

42.9   Éliphaz de Théman, Bildad de Schuach, et Tsophar de Naama allèrent et firent comme l’Éternel leur avait dit: et l’Éternel eut égard à la prière de Job. » (Job, 42, 7-9)

Pourquoi cette colère, contre ceux qui avaient reproché à Job son blasphème et exigé son repentir? Sans être exégète, et en faisant sûrement des contresens importants, je le comprends de la manière suivante:

Au plus profond de sa révolte, Job ne cesse de maintenir la relation à Dieu, de le chercher, de l’interpeller, de chercher à restaurer sa foi. Il renvoie à la figure de ses amis l’existence du Mal, dans toute sa radicalité et sa quotidienneté, mais c’est parce qu’il ne peut plus se contenter d’une foi fragile et illusoire, qui fait de ce dernier une possibilité abstraite, minime et lointaine. Il veut davantage: une foi qui dépasse l’épreuve immédiate du Mal, qui la transcende, qui endure au travers lui. Alors que ses trois premiers contradicteurs se contentent d’une foi superficielle, n’hésitent pas à dire du mal des justes en proie au malheur pour ne pas ébranler leur conception confortable de la Parole de Dieu, et sont tellement occupés à justifier ce dernier, pour ne pas douter, qu’il en finissent par oublier leur relation à Lui, tellement ils évacuent la radicalité de Sa présence au sein même d’un monde pécheur, et c’est pourquoi ils finissent par ne plus rien avoir à dire face au témoignage de Job. Parfois, nous catholiques qui cherchons légitimement à défendre l’enseignement moral de l’Eglise, avons parfois tendance à minimiser les épreuves que subissent les divorcés-remariés et les homosexuels dans l’Eglise, ou encore certaines femmes face à une grossesse non-désirée, pour rendre plus rationnelle, plus simple, notre adhésion à celui-ci.  Sans doute gagnerions-nous à méditer le Livre de Job, pour trouver des mots plus convaincants, et moins blessants ou condescendants que ceux que nous employons parfois.

Pour revenir à la question du blasphème, nous voyons donc qu’un même acte blasphématoire peut exprimer derrière l’insulte aussi bien un réel mépris q’une forme paradoxal de désir d’être plus près de Dieu, par delà la souffrance et la réalité évidente du Mal. Un blasphème qui refuse le pardon, ou un autre blasphème qui le recherche de manière contradictoire. Dans les deux cas c’est mal, c’est un péché, mais qui n’appelle pas la même réponse nécessairement de notre part: la condamnation pure et simple dans le cas du mépris, l’écoute et la remise en question de notre propre relation à Dieu et du témoignage que nous en donnons dans le second cas.

Et quand je vois les débats enflammés en 2011 sur l’interprétation du Piss Christ ou de la pièce de Castellucci, je me dis qu’il n’est pas si facile que ça de faire la différence.

C’est pourquoi je suis contre un traitement englobant, autre qu’au cas par cas,  des oeuvres blasphématoires, ou d’apparence blasphématoire, et une réaction qui reposerait systématiquement sur le lobbying et la contestation (et a fortiori sur l’interdiction pure et simple de l’oeuvre en cause). Je pense que le blasphème, n’est certes pas un droit, parce qu’un droit touche à ma propre dignité, et que le blasphème est une interpellation d’autrui, dans certains aspects qui touchent à sa propre dignité. On n’a pas de droit sur la dignité d’autrui. Par contre, il peut exprimer une souffrance ou une interrogation, et je crois qu’il y a un droit à exprimer une souffrance, même de manière verbalement violente ou blessante. Et qu’il est du devoir d’un chrétien, de discerner ce qu’il y a derrière un blasphème apparent, avant d’en condamner l’auteur, et de vérifier s’il ne se cache pas derrière l’expression d’un désir de conversion, et éventuellement une remise en cause d’une expression par nous peuple de Dieu encore trop imparfaite, voire à contresens, de Sa Parole. Car la souffrance et la révolte sont elles mêmes l’expression d’une dignité blessée, et il n’y a pas non plus de droit à faire taire l’expression d’une dignité.

Le blasphème est avant tout une parole qui nous interpelle, parfois pour clore la discussion, s’il n’est qu’une insulte gratuite, mais souvent aussi dans l’attente de réponse, tel Job qui provoque Dieu pour finalement le pousser à répondre. Et si éprouver Dieu est un péché (et même l’une des trois tentations auxquelles Jésus résiste dans le désert), nous ne pouvons pas ne pas répondre à cette parole de violence par une parole de douceur.

Ce qui pour moi rend le dialogue avec les formes d’art blasphématoires incontournables, et prioritaire sur toute démarche de lobbying qui pourrait l’entraver et radicaliser  la révolte de « blasphémateurs » jusque là « en recherche ». Ce dialogue enlevant par ailleurs leurs excuses à ceux des  amateurs de « droit au blasphème » (à mon avis souvent beaucoup plus minoritaires qu’on ne le croit) qui sont animés d’une haine authentique de la foi et des valeurs qu’elle porte et qui refusent eux-mêmes le dialogue, ou qui exploite cyniquement les opportunités commerciales liées à la polémique,et les démasquant, y compris aux yeux des non croyants.

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8 Réponses to “Du «droit au blasphème»…”

  1. Pour troller un petit peu ton post, je vais récriminer – sans jouer l’avocat de qui-tu-sais, enfin, juste à la marge.

    Il me semble que tu éludes, ici, dans la problématique telle qu’elle se présente concrètement, le fait que le blasphème perçu (j’insiste sur ce terme) provienne de personnes qui ne partagent pas la foi de ceux qui crient au blasphème (sans jugement de valeur derrière cette formulation connotée).
    Comment soupçonner des punkettes féministes (peut-être lesbiennes) d’être de ferventes chrétiennes? « L’innocence des musulmans » est le fait d’un type tantôt copte, tantôt juif, mais jamais musulman; et les caricatures dans Charlie me paraissent l’oeuvre de parfaits impies.
    Dès lors, quelle est la valeur même du jugement « ceci est un blasphème »? Pour le locuteur, ça ne fait aucun doute, mais pour l’autre? Le locuteur lui-même peut se sentir offensé, mais ne peut-il se contenter de répondre par le mépris au blasphème émanant de quelqu’un à qui sa foi comme expérience et mode de vie demeureront à jamais inaccessibles?
    Finalement, tout ça, c’est que du gros troll, et les flame wars qui en découlent. Les fidèles qui se mettent en colère se contentent de se comporter exactement comme l’espéraient les auteurs dudit blasphème, au risque de se décrédibiliser en apparaissant à travers le prisme d’un débat qui est tout sauf dépassionné.

    Alors, ok, il faut être responsable dans son exercice de la liberté d’expression, mais le fidèle lui-même qui va brûler des drapeaux, menacer de décapiter des occidentaux ou même simplement tenter de faire interdire une exposition n’est-il pas lui-même responsable vis-à-vis de la communauté des croyants de l’image qu’il va en renvoyer?
    J’ai du mal à croire que de telles provocations existeraient si leurs auteurs n’étaient pas assurés des réactions outrées et indistanciées des fidèles visés.

    • « Il me semble que tu éludes, ici, dans la problématique telle qu’elle se présente concrètement, le fait que le blasphème perçu (j’insiste sur ce terme) provienne de personnes qui ne partagent pas la foi de ceux qui crient au blasphème (sans jugement de valeur derrière cette formulation connotée). »

      Je ne l’élude pas, puisque je cite par exemple les cas de figure suivants:

      « – La personne qui est victime d’un contre-témoignage de la part d’un croyant, et qui par son blasphème exprime sa réprobation de celui-ci.

      – La personne qui va blasphèmer par jeu et/ou conformisme, sans mesurer la signification de ses actes.

      – La personne qui est politiquement engagée contre un sytéme de gouvernement culturellement ou idéologiquement associé à une religion, et qui espère en attaquent la seconde toucher le premier. »

      Simplement, le blasphème n’est pas qu’une affaire d’intention. Comme tout péché, sa gravité s’apprécie suivant trois critères: l’auteur a -t-il pleinement conscience de la gravité de son acte, l’at-il commis de propos délibéré, et la gravité objective de l’acte en lui-même? (voir à ce sujet mon billet: https://innerlightofblackmetal.wordpress.com/2011/01/28/discerner-en-chretiens-a-lepreuve-des-blasphemes-parfois-presents-dans-le-black-metal/ où je rappelle la signification du blasphème dans la théologie catholique)

      Ce qui semble te gêner, c’est que la gravité d’un blasphème n’est établie objectivement que du point de vue d’un croyant, qu’elle n’a de sens qu’en acceptant les présupposés de la foi. Mais justement, mon billet, tout particulièrement dans sa seconde partie, pose la question de la réception du blasphème d’un « point de vue strictement  » chrétien: comment accueillir la négation radicale de notre foi qu’est l’insulte délibérée de ce que nous tenons pour sacré?

      Quand à la question de l’accueil du blasphème dans nos sociétés laïques et pluriculturelles, telle qu’elle pourrait se poser du point de vue d’un non croyant, je pense qu’elle tourne autour de l’élaboration d’un vivre-ensemble. Jusqu’à quel point les non croyants peuvent vivre en paix avec ceux qui ont une foi tout en se réservant le droit de dire de celle ci ce qu’ils en pensent, sans nier aux croyants leur propre liberté de dire et croire ce sur quoi il fondent leur vie? Jusqu’à quel point les croyants peuvent-ils demander le respect de leur foi sans imposer une forme de violence aux non croyants, au moins psychologique? Je pense que la réponse à ces questions est moins dans les grands principes (« liberté d’expression », « bien commun », « lutte contre la christianophobie », « lutte contre l’intégrisme ») que dans la recherche d’un équilibre, qui à mon avis a pour voie privilégiée une meilleure connaissance mutuelle et le dialogue.

      « Alors, ok, il faut être responsable dans son exercice de la liberté d’expression, mais le fidèle lui-même qui va brûler des drapeaux, menacer de décapiter des occidentaux ou même simplement tenter de faire interdire une exposition n’est-il pas lui-même responsable vis-à-vis de la communauté des croyants de l’image qu’il va en renvoyer?
      J’ai du mal à croire que de telles provocations existeraient si leurs auteurs n’étaient pas assurés des réactions outrées et indistanciées des fidèles visés.
       »

      Pas sûr: certaines actions extrêmes, telles que celles des salafistes, ou dans une moindre mesure, de Civitas, ne font rien pour arranger les choses. Mais je connais le cas de nombreux jeunes qui à l’école sont raillés pour leur foi de manière tout à fait gratuite, et la provocation contre la religion tend chez certains depuis pas mal d’années quand même à devenir une forme de fonds de commerce assez facile… Il y a des tords et des dérives des deux côtés, et se renvoyer la balle ne peut qu’aggraver les communautarismes et les rancoeurs, à mon avis.

      • « Je pense que la réponse à ces questions est moins dans les grands principes (“liberté d’expression”, “bien commun”, “lutte contre la christianophobie”, “lutte contre l’intégrisme”) que dans la recherche d’un équilibre, qui à mon avis a pour voie privilégiée une meilleure connaissance mutuelle et le dialogue. »
        C’est l’évidence même – mais je me montrerai pessimiste pour deux raisons:
        1/ tout ça supposerait un dialogue oecuménique dépassionné à tous les niveaux, ce qui, tu en conviendras, est difficilement imaginable, étant donné l’instrumentalisation qui est faite des différentes fois par une multitude d’acteurs, parfois influents.
        2/ l’idée du « cas par cas » (car ce type de dialogue, souple et évolutif, peut-être vu ainsi) bat en brèche le présupposé de « une seule et même loi pour tous », fondement d’un état occidental. Nombreux sont ceux qui crieront au risque de laisser proliférer l’extrémisme, ou simplement la violation potentielle de la laïcité.
        Ca pose la question de la viabilité d’un système lorsqu’on touche aux limites.
        « Il y a des tords et des dérives des deux côtés, et se renvoyer la balle ne peut qu’aggraver les communautarismes et les rancoeurs, à mon avis. »
        C’est vrai, et – je me suis mal exprimé – mais je n’entendais pas dire autre chose. Le problème, c’est que la visibilité des provocateurs et des extrémistes réduit la perception de chaque communauté (y compris les athées), et donc, du discours afférent, à ce « trollage », qui échappe à tous (et surtout les modérés et ceux qui s’en foutent). Par ailleurs, l’impact sur la vie séculière est tel que le débat en devient incontournable (pour des raisons peut-être plus alléguées que réelles, mais l’important, c’est la perception), légitimant, d’une certaine façon, le troll.
        Par ailleurs, les diverses subjectivités, déformant l’image de chaque communauté – parfois à travers un vécu plus ou moins traumatisant – peut poser des barrières individuelles à tout dialogue. Faut-il blâmer ces personnes pour leur incapacité à surmonter leurs blocages?
        Voilà, tout plein de questions qui à mon avis soulèveront autant d’autres questions, le matériau étant humain…

  2. Pas mal, intéressant et documenté…

    J’aurai une interprétation quelque peu différente de la tienne du péché contre l’esprit. Moi non plus, je ne suis pas exégète, mais une certitude thomiste est que Dieu Esprit est indissociable du Père et du Fils. On peut d’ailleurs arriver à ce résultat via le fameux « cogito » cartésien. Lorsque Descartes pose son raisonnement « cogito, ergo sum », il commet une « erreur », celle de la cause première : qu’est qui permet à Descartes de dire « Je pense donc je suis »? En fait, ce n’est pas de lui-même qu’il peut dire cela. Réellement, c’est parce qu’on lui a appris à penser… Et qui lui a appris à penser ? Ce sont ses parents, et le corps social qui l’entoure.
    Et donc, qui peut poser réellement un cogito de lui-même ? Seul un être immanent, qui se définit tant par la pensée que par son existence… Un ange pourrait le dire, mais même un ange, qui se définit forcément par la pensée n’existe que parce que Dieu l’a créé.
    Et donc, en réalité, seul un être qui n’a jamais été créé peut dire cela, c’est à dire Dieu. Je me rappelle encore de mes cours de philo de terminale! Mon professeur (qui n’était à l’époque ni plus ni moins que l’abbé Patrick de Laroque) m’a fait cette remarque que le Cogito cartésien tel que perçu par Saint Thomas (car en fait, Descartes n’a pas inventé le « Cogito », c’est seulement sa démarche de prise de conscience qui est originale) correspond à la personnification de la pensée, personnification de l’être, et… personnification du lien entre l’être et la pensée.
    Concrètement : Cogito = Père, Sum = Fils, et Ergo = Saint Esprit.
    Ergo : c’est la personnification de l’amour du Père pour le Flis et du Fils pour le Père. Ces trois personnes ne peuvent donc être qu’indissociables. Et ce qui est original avec le lien entre le fils et le Père, c’est qu’il est réciproque.
    Je ne sais pas trop ce qu’on peut concrètement exprimer par le péché contre l’esprit. L’homme est fait pour servir (donc aimer) Dieu. Bien sûr que si l’on refuse d’aimer Dieu (Non Serviam, le péché de Lucifer), l’on se damne… C’est évident. Sauf que la nature humaine est ainsi faite que tantôt elle peut refuser de servir, tantôt se convertir. C’est notre libre arbitre qui « fou la merde » chez Satan (pour employer l’expression de Al Paccino dans « l’Associé du Diable »)… Mais il arrivera forcément un moment (notre jugement particulier) ou notre choix de servir ou ne pas servir sera définitif. Ce sera effectivement un péché contre l’amour, refuser d’aimer Dieu qui nous a créé à son image… Un péché contre l’Esprit… et donc un cri de haine et de désespoir… Il est certain que ce dernier péché ne pourra pas être pardonné et nous mènera tout droit en enfer, car Dieu ne nous forcera pas à l’aimer contre notre gré, et il respectera donc notre liberté jusqu’au bout, même si c’est pour notre malheur, malheur dont on ferra librement et définitivement le choix.

    Voila… Pour ce qui est du blasphème à ce sujet, il faudrait donc comprendre que les paroles sont suivi des faits : »je dis que je hais Dieu Amour, et non seulement je le dis, mais je le fais réellement ». C’est franchement terrible, mais derrière un blasphème, se cache une intention, et cette intention, nul ne la connais si ce n’est celui qui profère le blasphème. On ne peut donc pas juger que quelqu’un blasphème ou pas… A ce titre, je n’irai même pas dire que Dimmu Borgir, Taake, Mayhem etc… blasphèment, mais plutôt cette nuance qu’ils prononcent des propos christianophobes innacceptables pour les chrétiens que nous sommes. Et en cela, il ne s’agit même pas de « droit au blasphème » tant revendiqué par Charlie Hebdo, mais tout simplement que dans notre démocratie, il est un principe de droit que la liberté s’arrête là ou commence celle des autres. Le fait de permettre des propos christianophobes dans notre société, c’est tout simplement nier la liberté des chrétiens que nous sommes et qui avons le DROIT que nous respections notre Dieu.
    Après… J’espère ne pas avoir exposé des hérésies 🙂

    • « Moi non plus, je ne suis pas exégète, mais une certitude thomiste est que Dieu Esprit est indissociable du Père et du Fils. On peut d’ailleurs arriver à ce résultat via le fameux “cogito” cartésien. Lorsque Descartes pose son raisonnement “cogito, ergo sum”, il commet une “erreur”, celle de la cause première : qu’est qui permet à Descartes de dire “Je pense donc je suis”? En fait, ce n’est pas de lui-même qu’il peut dire cela. Réellement, c’est parce qu’on lui a appris à penser… Et qui lui a appris à penser ? Ce sont ses parents, et le corps social qui l’entoure.
      Et donc, qui peut poser réellement un cogito de lui-même ? Seul un être immanent, qui se définit tant par la pensée que par son existence… Un ange pourrait le dire, mais même un ange, qui se définit forcément par la pensée n’existe que parce que Dieu l’a créé.
       »

      Je n’ai jamais été super fort sur Descartes, et mes souvenirs se font un peu lointains, mais j’ai du mal à comprendre la lecture que tu en fais. Le doute hyperbolique et méthodique que Descartes opère au début des Méditations métaphysiques ne vise pas pas à remonter à la cause première, ce qui est davantage une démarche de type aristotélicienne, mais à fonder la métaphysique sur un noyau irréductible de certitude. D’après ce que j’en ai compris et mes vagues souvenirs, le sens du « Je pense donc je suis », rendu dans les Méditations Métaphysiques par « je suis, j’existe » est le suivant: l’acte-même de douter, aussi radical soit-il, porte en lui une certitude irréductible: pour douter, il faut au moins une pensée qui doute. A partir de cette certitude première, Descartes trouve un point d’appui à partir duquel construire une métaphysique certaine. Après la démonstration de la certitude de l’étendu, l’existence de Dieu est l’une des toutes premières certitudes (et dans l’ordre ontologique, il me parait évident que pour Descartes, Dieu est premier par rapport à la pensée individuelle. C’est juste dans l’ordre de la démonstration qu’elle arrive avant) que Descartes déduit de ce « je suis j’existe », à la manière de Saint Anselme (ce que Kant appellera « l’argument ontologique »: http://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_ontologique, en déduisant son existence de sa perfection, si je me souviens bien) que Saint Thomas, soit dit en passant, n’admettait pas pour sa part.
      Après, ton professeur de philosophie connaissait sans nul doute beaucoup mieux que moi Descartes, et je ne doute pas qu’on puisse faire une critique thomiste très éclairante de Descartes sur la question de la Trinité, mais tel quel, j’ai un peu de mal à voir l’apport de la référence à Descartes pour une réflexion sur cette dernière (et la référence à l’entourage familial ne me parait pas pertinente dans une relecture du cogito, qui survient justement au terme d’une réflexion qui commence justement par suspendre méthodologiquement tout ce qui est apporté à la pensée « du dehors » (pas pertinente du moins si on veut mettre en évidence une tension interne dans sa pensée: après, on peut de manière tout à fait libre être davantage convaincu par ce type de démarche que par la recherche de certitudes rationnelles propre à Descartes, mais d’un point de vue philosophique, je ne pense pas qu’on puisse remettre en cause aussi facielement sa démarche et ses conclusions).

      « Je ne sais pas trop ce qu’on peut concrètement exprimer par le péché contre l’esprit.  »

      Moi-non plus à vrai dire, comme je l’indique dans mon billet, et la référence que j’y fait visait surtout à fonder une réflexion libre sur les différents degrés de gravité du blasphème, sans prétendre répondre trop directement et définitivement à la question: « qu’est ce que le blasphème contre le Saint Esprit? »

      « Voila… Pour ce qui est du blasphème à ce sujet, il faudrait donc comprendre que les paroles sont suivi des faits :”je dis que je hais Dieu Amour, et non seulement je le dis, mais je le fais réellement”. C’est franchement terrible, mais derrière un blasphème, se cache une intention, et cette intention, nul ne la connais si ce n’est celui qui profère le blasphème. On ne peut donc pas juger que quelqu’un blasphème ou pas… A ce titre, je n’irai même pas dire que Dimmu Borgir, Taake, Mayhem etc… blasphèment, mais plutôt cette nuance qu’ils prononcent des propos christianophobes innacceptables pour les chrétiens que nous sommes. Et en cela, il ne s’agit même pas de “droit au blasphème” tant revendiqué par Charlie Hebdo, mais tout simplement que dans notre démocratie, il est un principe de droit que la liberté s’arrête là ou commence celle des autres. Le fait de permettre des propos christianophobes dans notre société, c’est tout simplement nier la liberté des chrétiens que nous sommes et qui avons le DROIT que nous respections notre Dieu.
      Après… J’espère ne pas avoir exposé des hérésies
       »

      Ce qui m’amuse, c’est que Café-clope et toi semblez, si je vous ai bien compris, réduire tous les deux le blasphème à l’intention, , bien que vous veniez d’horizons radicalement différents, alors qu’il y a une gravité objective irréductible du blasphème, d’un point de vue chrétien, effectivement tempéré par l’intention à l’origine de l’acte, dans ses motivations comme dans ses origines. Donc, souiller une croix par exemple, que cela vienne de Mayhem, des pussy Riot,ou de ton petit voisin de quatorze ans, dans la mesure où il y a une intention manifeste de défiance par rapport à un symbole religieux, quelles qu’en soient les motivations ou ce que l’auteur met derrière ce symbole, est un blasphème de toute façon. Cependant, la gravité de ce blasphème, et la réponse à y apporter (dialogue, condamnation…) change du tout au tout suivant le contenu de ces deux paramètres. Et il faut d’abord déterminer s’il y a vraiment intention de blasphémer. Car si ce n’est pas le cas, il n’y a rien qui soit de nature à « blesser » les croyants, mais une simple erreur d’appréciation qui peut se corriger sereinnement, dans le dialogue. C’est pourquoi, compte tenu, de la diversité des cas de figures, et de leur gradualité, je pense que cette question n’est pas à résoudre sur des questions de principe (genre liberté d’expression vs droit au respect et à la liberté religieuse) mais en trouvant un point d’équilibre, certes délicats, entre ces différentes revendications, qui sont certes abusables et abusées, mais qui contiennent chacune un noyau irréductible (c’est ma journée « noyau irréductible » 😉 ) de légitimIté, du point de vue du vivre-ensemble et de la paix civile.

      Rien à voir, mais j’ai enfin commencé mes cours de guitare électrique. J’ai pris mon premier cours jeudi dernier. 🙂

      • Pour faire court….

        J’ai effectivement proférer une « hérésie » en appliquant le « Cogito » à Saint Tomas… d’autant qu’en appliquant la philosophie aristotélicienne et thomiste, il apparaît effectivement difficile d’arriver au cogito, puisque, comme tu le précise, cette philosophie se base beaucoup sur la cause première… Je bas ma coulpe et fais amende honorable! Du temps de l’inquisition, j’aurai mérité d’être mis au pilori et écartelé vif sur la place du marché, et mes restes jetés dans la fosse commune!
        Mais Saint Augustin y était arrivé et l’avait appliqué à l’homme et par analogie à la Trinité. Je n’ai pas eu le temps de tout lire, mais deux liens qui me semblent l’expliquer :
        http://www.philosophie.ac-versailles.fr/bibliotheque/Augustin.PhT.cogito.pdf
        http://fr.wikipedia.org/wiki/Cogito_ergo_sum
        Certes le raisonnement de Saint Augustin est platonicien, (de même que celui de Descartes je pense). Il me semble de plus que le « Discours de la Méthode » dans lequel se trouve le « Cogito » avait plus pour objet une critique de l’ultramontanisme en démontrant que l’on pouvait penser autrement que « thomiste ». Descartes y est arrivé sans aucun doute.

        Mais en fait, j’ai du mal t’aiguiller sur le « Cogito » que tout le monde à tendance à attribuer à Descartes… Je souhaitais juste attirer ton attention sur l’application de ce cogito à la Trinité, et au final, et en l’espèce, Descartes, on s’en fout!

  3. Merci à vous deux pour vos réactions. J’essaie de vous répondre demain.

  4. […] Inner Light Pour une relecture et une réinterprétation chrétiennes des thématiques du black metal et des genres culturels qui lui sont associés « Du «droit au blasphème»… […]

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