Le sentiment de puissance dans le black metal

J’ai jusqu’ici traité d’un certain nombre d’émotions véhiculées par la musicalité propre au black metal: la colère, le désespoir, la haine, la mélancolie… Je voudrai aborder aujourd’hui un sentiment qui est exprimé par l’immense majorité des albums du genre: celui de puissance.

« Dans le Black Metal, la dépression est le sentiment négatif, c’est du désespoir et de la torture à l’état pur. Toutefois, ce n’est pas la sensation dominante, contrairement au Dark Ambient plus équilibré. Les sentiments positifs sont plus dominants dans le Black, l’énergie et la puissance, qui se traduisent dans des Black Metal plutôt épiques ou symphoniques entre autres, procurent des sensations d’importance, d’authenticité, de fierté. Ou encore la haine transmise par le Black Metal True et Brutal est également plutôt positif car c’est de l’énergie et de la puissance. Pas une puissance dominatrice, simplement un sentiment d’invincibilité. » (Metalship, dossier « Black Metal et Datk Ambiant », par « Int »).

Selon cet auteur, la puissance est dans le black un sentiment « positif », orienté non pas vers la domination mais vers l’invincibilité, et qui transfigure d’une certaine manière la haine et toute la noirceur exprimées par de nombreux morceaux, en les rendant positives, énergétiques.

Cette notion de puissance est récurrente dans les chroniques d’albums de black, et est souvent un indice d’efficacité de tel ou tel morceau:

« Sauron est très brutal, cela ne fait aucun doute, avec un batteur époustouflant qui déroule du blast à des vitesses hallucinantes, des vocaux très puissants et franchement haineux, des riffs occultes dans la lignée de Dark Funeral, le tout servi par un son aussi roots et crado qu’intelligible : efficacité et puissance black metal garanties. » (Chronique de l’album For a dead race de Sauron par Sheer Kan sur Guts of Darkness).

« Marduk sest fait connaître mondialement comme étant lun des leaders de la scène black métal. Ceci dû aux nombreuses tournées et peut être à la constance de leurs albums sortis au cours de ces deux dernières décennies. Avec “Panzer division” considéré comme un des albums les plus violents du black métal, Marduk montrait toute sa puissance.  » (Notice du Hatefest 2011 sur Rebirth).

« But I’ll be damned if « Frozen Storm Apocalypse » isn’t one of the most brutal sounding black metal albums out there in either scene, secular or Christian. makes Dimmu’s latest offerings sound a little bit…trite.

 Highly recommended. » (Chronique de Frozen Storm Apocalypse de Wintersoul par « the joker » sur Encyclopaedia Metallum).

Il est à noter que la « violence » si souvent décriée par les détracteurs du metal se confond bien souvent avec cette notion de puissance.

Pour comprendre cette caractéristique musicale du black, qu’il partage d’ailleurs avec d’autres styles comme le death metal, mettons nous dans un premier temps d’accord sur la définition du mot puissance:

« puissance
nom féminin
(de puissant)
Force, intensité d’un phénomène : La puissance du vent.
Intensité, efficacité, force d’un appareil, d’un produit : Puissance d’une arme.
Efficacité de quelque chose en rapport avec les moyens disponibles : Puissance d’un syndicat.
Force, vigueur d’une aptitude, capacité : Puissance de l’imagination. Puissance de travail.
Pouvoir, autorité dans le domaine politique, social : État au sommet de sa puissance.
Personne ou chose qui exerce une grande influence : Lutter contre les puissances de l’argent.
État considéré du point de vue de sa force économique, politique, de sa suprématie dans un domaine essentiel : Les grandes puissances.[…] » (définition du mot puissance par le dictionnaire Larousse) .

Le mot qui me parait être le plus petit dénominateur commun dans ces définitions est le suivant: « force ». Le black metal est donc une musique qui donne un sentiment de force.

Elle n’est pas la seule, mais elle a l’originalité d’associer ce sentiment « positif » de force ou de puissance à des thématiques « négatives », qui nous renvoient généralement à nos faiblesses: la mort, la maladie, la nuit, le froid, le désespoir, la haine, la colère, le mal, etc. D’où « l’invincibilité »: ce qui devrait m’affaiblir ou me tuer me donne au contraire de la force, me rend plus fort (pas étonnant en ce sens que les black metalleux aiment bien Nietzsche: n’a-t-il pas pas écrit: « ce qui ne me tue pas me rend plus fort? »).

D’où sans doute cette curieuse revendication de la « haine » chez certains groupes: le black a pour originalité d’associer à des émotions négatives, pessimistes, désespérantes un sentiment de force, de puissance. Plutôt que de déplorer ou redouter le mal, tout ce qui nous affaiblit ou nous menace, le black métalleux transforme cette vulnérabilité, constitutive de notre finitude, en « invincibilité ». Et ce faisant, il semble dans les albums de certains groupes se mettre du côté du mal: « tout ce qui constitue un danger pour l’homme, est au contraire mon rempart, parce que je ne suis pas une victime du mal: je m’en nourris, je l’accompagne dans son expansion au lieu d’être balayé par lui ».

C’est en tout cas le genre d’idées qui a pu nourrir l’inspiration d’un certain nombre d’artistes (« Warmachine : Ce qui me plait dans le fait d’être sur scène, c’est le fait de sentir la force de l’ambiance qui se dégage de ce que nous sommes en train de jouer. J’aime percevoir la puissance de l’obscurité qui envahi la salle, et le fait de pouvoir corrompre des esprits peut-être encore trop bien pensants. Lorsque je joue, je me laisse porter dans une orgie de négativité créatrice.« . Interview de Warmachine du groupe Alasthor sur Spirit of Metal). Et c’est sans doute aussi l’une des principales raisons pour lesquelles tant de personnes sont encore sceptiques face au projet d’un black metal chrétien.

Cette ambivalence puissance/faiblesse au coeur de la musicalité du BM est pourtant plus complexe que cela, si l’on considère l’ensemble de la production musicale au sein de ce courant. Pour reprendre la citation initiale, la puissance dégagée par le black n’est le plus souvent pas dirigée contre un objet précis: elle donne  »  des sensations d’importance, d’authenticité, de fierté ». Malgré son agressivité, elle n’est pas nécessairement dominatrice mais remplit l’intériorité du musicien ou de l’auditeur. Elle lui donne de l’assurance, une solidité, mais sans nécessairement que celle-ci s’exerce au détriment d’autrui. Paradoxalement, elle peut m^me être joyeuse ou épique, porteuse d’une certaine forme d’espérance.

« Arntor tient un rythme fou tout du long, assuré par la richesse des arrangements, les changements de tempo et la diversité des ambiances. Les chansons évoluent, aussi bien les riffs qui varient légèrement durant un titre que les tempos. « Saknet », le grand moment de l’album avec la chanson « Arntor, ein Windir », oscille entre onirisme aérien, violence et grandeur, sans jamais pouvoir totalement dissocier les trois. « Kampen », judicieusement placé entre les deux pièces épiques de l’album, est une montée en puissance commençant par un mid tempo pour se terminer sur un rythme galopant, passant du magnifique chant clair de Steinarson au chant black, chant clair qui prend d’ailleurs une plus grande importance. Les choeurs oscillent entre le glorieux appel à la bataille (« Arntor, ein Windir ») et la sombre tristesse en hommage au roi tombé durant la bataille (« Kong Hydnes Haug »). Et que dire de « Ending », qui termine l’album en apothéose sur une violence brute, la rage au cœur explosant pour mieux nous en irradier.

Jamais l’histoire Viking ne fut aussi belle, jamais les sagas de Scandinavie ne furent aussi bien rendues en musique. La signature et le son si typique de Windir sont matures, les compositions sans temps mort et riches, pour un résultat final magnifique et beau, ainsi que la vision sonore d’une période précise de l’histoire d’une région de Norvège. Arntor est un album indispensable, unique en son genre, un exploit qui fait rentrer Valfar dans la légende et le rend immortel« . (Chronique de Arntor de Windir sur le site Les Eternels, par Wotan).

L’alliance entre puissance et noirceur propre au black metal peut symboliser l’allégeance au mal et la misanthropie dans certains albums, mais dans d’autres, nous ressentons la « grandeur » du héros qui endure les épreuves, le courage et la persévérance aux prises avec l’adversité et la tragédie.

Plus généralement, et pour sortir du black épique, il me semble que la puissance sombre, froide, nocturne qui caractérise la musique black metal a exprimé de moins en moins, au fil des années, la soumission au mal, et de plus en plus la reconnaissance de forces qui nous dépassent dans la Nature, et dans notre propre nature, l’intuition d’une certaine forme de transcendance.

« In The Nightside Eclipse ce sont 8 chansons dominés par l’Unique. Un peu comme dans le Seigneur des Anneaux avec son précieux Unique fait pour dominer tous les autres. « Into the Infinity of Thoughts » est cette Unique, cette précieuse qu’on vénère sans poser de question et qu’on écoute religieusement pour en saisir la plus infime parcelle de musique. Oui, car cette chanson est un miracle de 9 minutes. Intense comme jamais il n’en était avant dans le black métal, céleste et spatiale, servie par un son d’une froideur arctique et géniale, elle démarre par une intro presque mécanique, avant … Avant. Oui, avant LE riff. Celui qui a défini Emperor comme un groupe phénoménal. Un riff monumental qui sera repris à l’envi durant toute la chanson. Et des claviers parcimonieusement utilisés pour napper la composition de leur douceur. Ce sont aussi des variations subtiles et évidentes. Et enfin un final divin aux relents d’appel à Dieu. Sauf que Dieu n’existe pas malheureusement pour vous. Et encore moins pour Emperor » (Chronique de In The Nightside Eclipse d’Emperor sur le site Les Eternels, par The Decline 01).

Le black metalleux est traversé, « galvanisé » (Nicolas Walzer) par la puissance de la musique. Par elle, il communie avec ce qui parait Tout Autre, tout ce qui échappe à notre contrôle, à notre éducation, à notre culture, à notre civilisation, et pourtant les dépasse et peut les anéantir. Le temps du morceau, aussi bien par la force dégagée par la musique que par l’imaginaire convoqué par les paroles, la pochette ou les ambiances des morceaux, il oublie sa finitude pour se sentir « surexister »:

« Je vais te dresser un parallèle : tu prends ta moto, une sportive, le soir sur le périph (je suis motard), tu roules à 300, tu sens la puissance. C’est la vitesse ça, non ? La vitesse, les limites quoi, la force, l’adrénaline. Dans un blast de black metal, y a de la force et de la vitesse. Tu te sens « surexister ». Oui tu te sens puissant, mais pas forcément pour dominer quelqu’un (Hingard) » (Cité par Nicolas Walzer dans La recomposition religieuse black metal: Parcours et influx religieux des musiciens de black metal dans Sociétés n°88, 2005/2, Editeur De Boeck Université).

Dans mon propre cas, ce sentiment de puissance me donne l’impression de faire corps avec, d’être porté par une force qui me dépasse.

Cela peut aller jusqu’à des phénomènes comparable à une transe, sur lesquels je reviendrai dans un billet qui leur sera spécifiquement dédié:

« En définitive, le black metal prend ici la forme d’une corporéité dans le sens où il prend vie dans la galvanisation, la puissance qu’il confère à l’initié. Le blackist conquis, traversé par la musique, met simplement des mots sur des sensations. La violence sonore a pour lui comme définition : le metal extrême. Il suscite chez ses auditeurs un peu particuliers une sorte de « transe » qu’on serait en peine de définir avec précision autrement que par les figures métaphoriques.

[…]

Le fameux headbanging (secouer la tête de bas en haut en rythme en faisant participer parfois le corps entier) et le pogo (se percuter dans toutes les directions au milieu d’un concert) en sont la résultante visuelle la plus flagrante. Il est une constante : la musique metal galvanise les métalleux. Un sentiment de puissance est engendré dans la tête de l’auditeur, dont est responsable pour une grande part le volume sonore. Sur ces sensations qui, pour certains, font participer le corps entier, les fans mettent des mots qui sont leurs mots à eux, leur langage. À leur tour, les musiciens inscrivent leur création dans ce cadre puissant et violent. Ils ont vécu leur black metal de cette manière, ils adressent aux auditeurs leur propre interprétation de la musique violente« . (Nicolas Walzer, ibid.).

A noter cependant que ce phénomène n’est pas une particularité du black metal ou du metal en général, mais se retrouve dans tous les courants musicaux, y compris la musique classique:

« La transe est généralement perçue comme permettant une meilleure communication avec les dieux en même temps qu’elle accroit le pouvoir des instrumentistes; c’est là une ambiguité et une ambivalence fondamentale de la musique.  L’orchestre en service a quelque chose de proche de la cérémonie de transe telle qu’elle a été étudiée par Gilbert Rouget dans certaines populations africaines. Le chef d’orchestre peut être associé au chamane qui dirige la cérémonie, l’orchestre est son instrument. C’est en dirigeant qu’il se met en transe tandis que les instrumentistes sont les possédés: la transe leur vient parce que le collectif, la force sociale est en oeuvre, caractéristique générale de la mise en transe. 

Pendant ce que les instrumentistes appellent un concert réussi, ils parviennent parfois à entrer dans un état qui présente des similitudes avec la transe[…]

Pour notre propos, il est important de faire une distinstion entre la transe et l’extase que le sens commun tend à associer. La transe, qui est, selon nous, proche de l’état des instrumentistes ne s’obtient que dans un environnement sonore et en compagnie d’autres individus. L’extase en revanche s’obtient dans le silence et dans l’immobilité. Il est intéressant de noter que si on peut parler de transe pour les instrumentistes, il semble que l’extase soit l’état des auditeurs/spectateurs de la représentation musicale. […]

Les spectateurs d’un concert seraient ainsi hypnotisés et soumis aux instrumentistes, comme le seraient des possédés. Il n’y a pas que la sensibilité externe qui soit en jeu pour les auditeurs: la musique pénètre aussi le corps,elle agit sur lui. La musique a un impact physique sur l’auditeur et modifie sensoriellement sa façon d’être. L’exemple le plus édifiant est celui des musiques populaires amplifiées qui recherchent très clairement cet impact physique, donnant des effets sonores jamais atteinds parce que impossible à  atteindre autrement que par l’amplification. On voit bien ici l’aspect subversif que peut revêtir l’écoute musicale et comment on peut en venir à qualifier certaines musiques d’immorales » (Les musiciens d’orchestre symphonique: de la vocation au désenchantement, par Pauline Adenot, ed. L’Harmattan, p. 250 – 251).

Il est donc clair que l’écoute du black metal, comme celle de toute musique, n’est pas innocente et doit faire l’objet d’un discernement individuel au cas par cas. Mais cela n’en fait pas pour autant une musique « diabolique ». Les conséquences psychophysiologiques de son écoute sont à étudier sérieusement, mais elles ne sont pas nécessairement négatives. Si une écoute abusive et sans discernement sur son ambivalence a pu conduire certains à la désocialisation, au suicide ou au meurtre, la majorité des black metalleux ne semblent pas souffrir d’altérations de comportement radicales, soit qu’ils l’écoutent avec modération, ou en alternance avec d’autres styles musicaux, soit que ce qu’ils y recherchent et y trouvent n’est pas la violence et le satanisme de l’inspiration revendiquée s par certains groupes, mais une image de la souffrance et de la solitude qui sont des composantes fondamentales de notre existence à tous, et en même temps, une force, une puissance qui perce au delà de ce rappel de notre impuissance ontologique. Cette  puisssance peut certes être représentée, interprétée, comme une exaltation de l’omniprésence du mal, ou d’une volonté individuelle de pouvoir et de domination, mais également comme l’enracinement dans une transcendance, une force qui nous est incompréhensible, mais qui nous protège et nous rend plus confiants, nous donne de l’assurance, mais aussi de l’être, nous fait « surexister ».

Les deux approches sont donc possibles: celle « diabolique », qui est celle des pionniers du black metal, et celle rédemptrice, que cherchent à définir les partisans du black chrétien sais pas seulement. Tout se joue non pas au niveau des spécificités sonores mais de l’inspiration et de la manière dont elle est perçu par l’auditeur. Ce qui explique que l’écoute du métal ait pu aussi sauver des vies. Comme le rappelle le Père Robert Culat à propos d’un musicien vedette d’un autre courant du métal:

« James Hetfield, du groupe de thrash Metallica, a fait une déclaration allant dans ce sens, suite à la cure de désintoxication qu’il a dû suivre en 2001: « ma musique et mes textes ont toujours été une thérapie pour moi. Sans ce don de Dieu, je ne sais pas où j’en serais«  » (L’Age du Metal, p. 193).

Alors oui, le black metal, comme toute musique, influe sur notre comportement. Oui, il traite d’émotions et d’états existentiels forts, puissants, profonds et sombres, qui touchent d’une certaine manière à l’âme de l’auditeur. Et oui, certains métalleux fragiles ont pu être emportés par la puissance de cette musique. Mais en même temps, elle est le révélateur de réalités constitutives de notre âme. Elle nous fait percevoir une vérité sur nous même et notre nature.  Pour reprendre la belle expression d’un métalleux cité par le Père Culat dans son livre (P. 180):

« [ce que je trouve de plus important dans le metal] La noirceur, la force, la mélancolie, l’atmosphère le monde que cette  musique décrit. Elle correspond au plus profond de mon âme« 

Selon ma propre expérience, le black metal exprime par le sentiment de puissance et en même temps d’obscurité qui le définit musicalement la dichotomie de l’âme humaine, déchirée entre l’expérience du péché et la possibilité de la Grâce. Et cette musique est habitée par cette dichotomie au sens où elle peut tout à la fois perdre ou sauver. L’enjeu du black metal chrétien est de l’orienter autant que possible dans la seconde direction. Mais de par cette ambivalence qui reflète celle de l’homme, créature de Dieu habitée par la Grâce mais en même temps libre d’accueillir ou de refuser celle-ci, et entravée par le péché, il s’agit d’une musique belle, digne d’être jugée comme une forme authentique d’expression artistique et d’être défendue.

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16 Réponses to “Le sentiment de puissance dans le black metal”

  1. Ma petite réflexion sur la christianophobie…

    J’aimerai juste préciser, avec mon regard de juriste, que la loi n’interdit pas aux chrétiens de se scandaliser de la montée de la christianophobie dans notre pays, et qu’il est un droit constitutionnel de manifester contre les dérives de la culture qui choquent les « minorités » (hélas) chrétienne.

    Ceci dit, il serait intéressant de lire les décisions de justice qui pourraient être rendues sur le thème… Encore une fois, je tiens à préciser que la christianophobie n’est pas juridiquement définie. Elle peut effectivement l’être sur un plan étymologique (la peur du chrétien par des non chrétiens), et le juge peut se servir de cette signification pour définir la christianophobie. D’ailleurs, en fait, le terme est mal choisi, puisqu’en réalité, il ne s’agit pas de « peur », mais de « haine ». Or le problème juridique est à mon sens très épineux… Car en fait ce n’est pas tant le terme christianophobie qu’il est important de définir, mais SURTOUT, c’est de savoir qui va le définir.

    Qui donc juridiquement peut définir un tel terme ? Le chrétien ? Le non chrétien ? Ni l’un, ni l’autre… C’est le juge…qui par définition d’ailleurs, n’est pas chrétien, puisqu’il est juriste. Son rôle est de se situer hors compétence religieuse, et dans une compétence juridique. Or, comme chacun le sait, depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, le pouvoir judiciaire se doit de respecter également le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat et ne peut donc pas donner une définition religieuse de la christianophobie, qui est pourtant la seule qui vaille… En effet, qui donc a intérêt à dénoncer la christianophobie, sinon le chrétien ?

    Aussi, je pense très sincèrement que le problème de la christianophobie (mais on pourrait l’élargir à l’islamophobie et toutes les formes de discriminations religieuses) est bien plus profond qu’une simple manifestation pour que les chrétiens soient respectés dans notre pays. Il s’agit à mon sens d’une remise en cause certaine de l’ordre établi dans notre société qui ne veut pas reconnaître que la seule et vrai religion est le christianisme. Vous connaissez le dicton : « De Dieu, on ne se moque pas. » C’est ce que veulent dire les chrétiens… Mais si l’Etat ne veut pas reconnaître l’existence d’une primauté du spirituel sur le temporel, il n’y a absolument aucune raison pour que l’on interdise de se moquer des dieux (celui des musulmans, celui des chrétiens, etc…), et de façon plus générale, puisque les religions prétendent toutes détenir la vérité (« Je suis la voie, la Vérité et la Vie », dit le Christ), de Dieu.

    Enfin, et cela ressort plus de mon opinion personnelle, je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller manifester contre la christianophobie, parce que, étant chrétien moi même, j’estime que je n’ai pas à jeter la pierre sur les christianophobes (« que celui qui n’a jamais pêché lui lance la première pierre », dit le Christ aux juifs qui proposaient de lapider une femme prise en flagrant délit d’adultère). Je serais en outre mal placé pour répondre à un journaliste qui me poserait une question du style : « est ce que vous écouter Madonna, est ce que vous aimez Dimmu Borgir ?… Très clairement, si ce devait être le cas, je ferai comme les juifs : je m’en irai en reconnaissant que je suis pêcheur… Mais bien entendu, cela relève de mon opinion personnelle, et je laisse volontiers les personnes qui se sentent capable de le faire d’aller manifester pour cette cause tout à fait louable, tout comme l’a rappelé l’évêque de Vannes, Monseigneur Centène ; en outre, cela n’a rien d’illégal.

    • Tu sembles t’être trompé d’article à commenter… 😉

      Par ailleurs, je pense que tu passes quelque peu à côté de mon propos dans mon article sur la christianophobie. Le problème n’est pas de définir la christianophobie, et il n’est pas non plus de nature juridique, mais philosophique.

      Mon probllème n’est pas de savoir si telle ou telle manifestation culturelle est ou non « christianophobe », c’est le terme en lui même auquel j’objecte, parce qu’il prétend décrire un fait objectif alors qu’il est déjà dans l’interprétation et le procès d’intention idéologique. Tu me dis que le mot est mal choisi parce qu’il s’agit plus de haine que de peur. Je lui reproche de ne pas se borner à décrire un phénomène, mais de l’interpréter en lui attribuant des origines qu’il n’a pas forcément. Comme je le rappelle dans mon article sur la christianophobie, je connais bon nombre de personnes hostiles au christianisme, dont certaines ont des activités culturelles qui s’inscrivent dans ce que Civitas appelle la « christianophobie » (pas seulement des métalleux). La plupart de ces personnes n’agissent ni par haine ni par peur, je peux en témoigner, mais par ignorance ou indifférence, et parce qu’elles aiment bien le topos de l’Eglise intolérante dan sl’art, parce qu’il leur parle non pas sur l’Eglise en tant que telle, mais par rapport à leur vécu personnel. Je pense que ces personnes sont disposées pour beaucoup à dialoguer ou à être informées, tant que cela n’est pas présenté d’une manière qui leuur apparait contraignante, au contraire de pétitions ou de jets d’oeufs ou d’huile de vidange.

      L’enjeu n’est pas de combattre la « christianophobie », mais de promouvoir l’évangélisation. Evangélise t-on mieux en menaçant ou en discutant? L’ironie de la situation est qu’elle m’a rappelé cet argument du « on ne dit pas je t’aime en hurlant », que diverses personnes, dont toi, avez opposé à ma démarche de promotion du metal chrétien. Dire je t’aime en hurlant, n’est-ce pas précisément ce qu’essaient de faire tous ces jeunes qui tentent de faire davantage respecter le christianisme par le rapport de force (qui n’est pas en leur faveur par dessus le marché)?

      J’ai du mal à comprendre ton paragraphe sur l’Etat. Que désires-tu: le retour à un christianisme d’Etat (sachant que cela n’a jamis empêché les conflits entre le spirituel et le temporel, dès Pépin le bref)? Ou une théocracie? Ne serait-il pas plus simple et à la fois plus au centre du problème de réfléchir à un moyen de coexister avec autant de communautés pour qui le christianisme est étranger, en promouvant d’une part la liberté religieuse, et en réfléchissant d’autre part à une manière de leur montrer tout ce que notre foi peut leur apporter, par le service, à la manière de Saint Paul qui travaillait pour son prochain, et témoignait ainsi de l’Evangile qu’il avait pour mission d’annoncer?

      Enfin, je te recommande les trois réactions suivantes à propos des dernières actions de Civitas,les deux premières émanant d’un antihellfest célèbre, qui est en principe du côté des manifestations anti blasphèmes mais semble avoir trouvé ses limites:

      http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=613077

      http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=613184

      http://plunkett.hautetfort.com/archive/2011/10/29/le-cardinal-vingt-trois-condamne-les-manifestations-contre-l.html

  2. Au fait, Dimmu Borgir est au Hellfest cet année: on s’y retrouve? 😉

  3. Effectivement, je me suis trompé d’article… Je m’en suis aperçu une fois publié… J’étais pourtant persuadé d’être sur le bon sujet. Désolé…

    j’ai bien lu ton article sur la christianophobie, et je suis d’accord avec sur le fond. J’ai bien compris ton point de vue philosophique. Je voulais juste donner un point de vue juridique.

    C’est pour cela que j’ai écris :

    « J’aimerai juste préciser, avec mon regard de juriste, que la loi n’interdit pas aux chrétiens de se scandaliser de la montée de la christianophobie dans notre pays… »

    Tu écris :

    « J’ai du mal à comprendre ton paragraphe sur l’Etat. Que désires-tu: le retour à un christianisme d’Etat (sachant que cela n’a jamis empêché les conflits entre le spirituel et le temporel, dès Pépin le bref) »

    Oui effectivement, je crois au règne social du Christ Roi.

    Pour la distinction du spirituel et du temporel, il est entendu que ça ne résoudra effectivement pas tous les conflits, car là ou il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Néanmoins, il me semble que si l’Etat reconnaissait la primauté du spirituel sur le temporel, des solutions juridiques pourraient être trouvées. En voici une illustration récente de cela pour ce qui s’est passé en Australie.

    http://www.europe-israel.org/2010/12/ce-sont-les-immigres-et-non-les-australiens-qui-doivent-sadapter/#axzz1cSRnRiR5

    Mais en France, nous sommes plus attachés à défendre une culture des droits de l’homme que la culture de la France, Fille ainée de l’Eglise (il n’y a qu’à lire les programmes scolaires pour s’en rendre compte)… Et en ma qualité de chargé d’enseignement à la Fac de droit, j’en ai également pu faire l’expérience. Il y a un « vide » culturel incroyable dans notre pays! La plupart de mes étudiants ne savent même pas pourquoi chaque village en France a son église! Et ils ont leur bac! Comment voulez vous alors qu’ils comprennent ce qu’est la christianophobie! Et inversement, quel mal peuvent ils voir dans les représentations artistiques que nous, chrétiens, nous jugeons christianophobes, puisqu’ils ne sont pas chrétiens ?

    tu écris encore :
    L’enjeu n’est pas de combattre la « christianophobie », mais de promouvoir l’évangélisation. Evangélise t-on mieux en menaçant ou en discutant? L’ironie de la situation est qu’elle m’a rappelé cet argument du « on ne dit pas je t’aime en hurlant », que diverses personnes, dont toi, avez opposé à ma démarche de promotion du metal chrétien.

    Mais… je suis complètement d’accord avec toi, et c’est pour cela que j’écris : « je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’aller manifester contre la christianophobie, parce que, étant chrétien moi même, j’estime que je n’ai pas à jeter la pierre sur les christianophobes (« que celui qui n’a jamais pêché lui lance la première pierre », dit le Christ aux juifs qui proposaient de lapider une femme prise en flagrant délit d’adultère) »…

    Je pense donc être logique avec moi-même, et donc, je n’irai pas manifester contre la christianophobie…

    Tu écris
    « Au fait, Dimmu Borgir est au Hellfest cet année: on s’y retrouve? »
    Franchement ?…. Je me tâte… Si GNR vient, il est plus que probable que je prenne un pass! Prie pour qu’ils viennent 🙂

    • « j’ai bien lu ton article sur la christianophobie, et je suis d’accord avec sur le fond. J’ai bien compris ton point de vue philosophique. Je voulais juste donner un point de vue juridique. »

      OK. 🙂

      « Oui effectivement, je crois au règne social du Christ Roi.

      Pour la distinction du spirituel et du temporel, il est entendu que ça ne résoudra effectivement pas tous les conflits, car là ou il y a de l’homme, il y a de l’hommerie. Néanmoins, il me semble que si l’Etat reconnaissait la primauté du spirituel sur le temporel, des solutions juridiques pourraient être trouvées. »

      On sort un peu du sujet et je ne suis pas sûr de te suivre jusque là. J’admets que pour ma part, une « laïcité positive » me conviendrait davantage a priori.

      « La plupart de mes étudiants ne savent même pas pourquoi chaque village en France a son église! Et ils ont leur bac! Comment voulez vous alors qu’ils comprennent ce qu’est la christianophobie! »

      Précisément! Si c’est un oubli des racines chrétiennes de notre culture et non une révolte, ce n’est pas de la « christianophobie » (une révolte ne serait d’ailleurs pas nécessairement « christianophobique »: elle pourrait avoir des arguments respectables et dignes de considération). Le rôle des catholiques est alors d’informer, d’éduquer et d’inspirer par un renouveau de l’art et de la culture chrétienne, et pas de repousser par des pétitions et des opérations de lobbying ou des manifestations plus ou moins bien encadrées.

      « « Au fait, Dimmu Borgir est au Hellfest cet année: on s’y retrouve? »
      Franchement ?…. Je me tâte… Si GNR vient, il est plus que probable que je prenne un pass! Prie pour qu’ils viennent « 

      Je prie, je prie… 😉

      • Nooonnn ! GNR au HellFest… Je rêve!!!
        Ne me dis pas que tu as prié exprès pour que je vienne !!! 😉
        Pour le coup, je me tâte vraiment…

  4. Revenons au sujet !

    Je viens de lire ton article sur le sentiment de puissance dans le black metal.

    Plus je lis tes commentaires, et plus je me pose des questions sur ta vision de la musique… Et inconsciemment quelque part, sur ma vision de la musique.

    C’est qu’en quelque sorte, je pense (comme Rameau) qu’il existe peut être une musique objective. Rousseau quelque part s’en fait l’écho dans l’essai sur l’origine des langues, même s’il ne croit pas en la musique objective (il s’oppose à Rameau et estime que la musique est avant tout émotionnelle – les sons proviennent des passions -), justement parce que quelque part, la musique est un langage, et que le langage, en ce qu’il nous permet de communiquer est par essence objectif.

    Disons que je vais donner raison à ces deux auteurs : la musique est objective en ce sens que le son qu’elle produit relève d’un fait sensible extérieurement. Mais la perception de ce son reste subjective. Ainsi, mon goût s’oriente plus vers le son metal que le son classique, et j’ai tendance à détester le rap de bas étage… Question donc subjective que celle de la perception du monde extérieur, et donc du son…

    Mais cependant, je ne peux pas m’empêcher de penser que, même dans la perception du son, il y a quelque chose d’objectif. Ainsi les sons sur basse fréquence se propagent de façon horizontale, alors que les sons sur haute fréquence vont se propager verticalement. J’en ai fait une nuit l’expérience malheureuse. Le lendemain, j’étais assez irascible à cause de cela. C’était un jeudi soir, en fin d’année, à l’époque de la fin des examens d’étudiants. Dans un immeuble voisin, la fin de l’année était fêtée avec force alcool et techno. Le musicien avait intégré dans sa musique des sons sur basse fréquence que moi, j’entendais. Ils étaient assourdissants. J’avais la sensation qu’on jouait de la double pédale au fond de mon crâne, et cela m’empêchait de dormir. J’aurai mis des boules quies que j’aurai encore senti cette basse. Par contre, je suis quasiment certain que les fêtards ne ressentaient pas ce que je ressentais, car trop proches de la musique. Je pense en cette hypothèse que la basse qui était rendue par le musicien était voulue, ne serait ce que pour tenir les auditeurs éveillés.
    Donc le musicien qui connaît ça utilisera probablement des techniques musicales différentes selon le message qu’il souhaite faire passer.

    Pour le sentiment de puissance que tu évoques, tu sembles admettre que plus une musique est rapide, plus l’auditeur va la trouver violente. Est ce que ça nous calmera ou est ce que cela nous rendra violent ? Une chose est sûre, c’est que nous penserons que la musique est violente, et c’est donc probablement un sentiment de violence que veut faire passer le musicien. De la violence à la puissance, il y a certainement un dosage à effectuer… Mais est ce si sûrement la puissance que souhaite dégager le musicien à travers une musique violente ? Quel est son VERITABLE sentiment ? Est il aussi bienveillant qu’il le dit ou pense ? C’est juste une question, comme ça… Je n’ai pas la réponse.

    Je pense que TOI, comme MOI, comme le PERE CULAT (particulièrement lui) jouons un jeu qui est de plus en plus dangereux. Nous souhaitons tous avoir notre part de vérité dans notre vision de la musique… Nous avons tendance à penser, les uns que black metal peut (surtout toi) être compatible avec la foi chrétienne, les autres (surtout moi), penser que toutes les musiques issues du rock ne sont pas compatibles avec un message évangélique, et d’autres encore (le PERE CULAT), estimer que ce n’est au final pas tant la musique qui est importante, mais le salut des âmes, et alors, sou prétexte (inconscient ?) que le salut des âmes est plus important que la musique, pardonner (ignorer peut être ?) l’inacceptable dans la musique…

    Nous sommes, dans ce genre d’exemple, et quoique en pense, trois fans de metal. Moi, je me donne bonne conscience en en écoutant et prétextant qu’il n’est qu’un sujet d’étude ; mais en fait, il est une passion. Il me fait ressentir des tas de choses qu’aucune autre forme d’art me fait ressentir… Je peux me laisser envahir par la colère, la haine, la violence… Comme je le sais, cela n’arrive jamais… Je pense que c’est le message objectif du metal, et que ce message est probablement voulu. Chez certains sociologues (comme Alain Lambert), on a perçu ce genre de message, et on l’a justifié en l’appelant « Catharsis ». Ca n’est pas très honnête d’ailleurs, et surtout, ça n’est pas très chrétien. Je pourrais m’en expliquer dans un prochain post, si tu le souhaites.

    • @ Etienneweb,

      Rameau?

      Rousseau?

      C’est marrant parce qu’ils sont exactement des contraires, mais dans deux ordres différents.

      Rameau c’est un compositeur qui va du baroque vers le classicisme. Du bordel vers l’organisation.

      Rousseau, c’est un théoricien qui, partant du classicisme philosophique est devenu baroque. De l’organisation qui, finalement, devient bordel.

      Et vous, vous êtes pile au milieu.

      Et dans ce milieu, qu’on sent provisoire et changeant, vous donnez rendez vous à la religion, à travers la musique.

      Vous n’avez pas exactement l’état d’esprit d’un auditeur. Vous jouez d’un instrument? Et vous composez?

      • Je rejoins votre analyse sur Rousseau et Rameau ; pas trop sur la conclusion. Les deux sont à la fois musiciens et théoriciens de la musique. Rousseau gagnait sa vie en faisant de la musique. Elle n’est pas entrée dans la postérité, mais sa pensée, elle, a influencé beaucoup de musiciens et de philosophes (Mozart, Beethoven, Schopenhauer, Nietzsche). Rameau, quant à lui, n’a que peu (comparativement à Rousseau) influencé les musiciens et les philosophes, mais sa musique est entrée dans la postérité.
        En fait, je pense que les deux auteurs sont tous deux des précurseurs de nos temps modernes, et de notre conception de la musique. Vous dites que Rameau est un compositeur qui va du baroque vers le classique… Ce n’est pas tout à fait exact. Je pense que Rameau « sonne » baroque (dans la lignée de Lully), alors qu’il « pense » classique ; quoique… ça se discute aussi… Car l’esthétique classique est assez indéfinissable, vu que les trois grands auteurs classiques sont aussi qualifiés de préromantiques (Beethoven, Haydn et Mozart). Rousseau « sonne » classique, mais « pense » romantique. Mais je ne pense pas vraiment qu’il soit baroqueux, quoique, effectivement, il prône une certaine simplicité de la musique en indiquant quelque part que l’harmonie idéale est celle de l’unisson. Mais ça, c’est plus pour s’opposer à Rameau qui fait de l’harmonie, la pièce maîtresse en musique (cf sa lettre à Malesherbe). C’est peut être cela le « Bordel » dont vous parlez chez Rousseau.

        Ou je me situe ? Je n’y avais pas pensé, mais c’est effectivement possible que mon esthétique musicale se situe entre celle de Rousseau et Rameau.

        Vous dites également :
        « Vous n’avez pas exactement l’état d’esprit d’un auditeur. Vous jouez d’un instrument? Et vous composez? »

        C’est possible que je déforme l’audition… Effectivement, je passe plus mon temps à disséquer la musique qu’à l’écouter. Mais je ne suis pas musicien, et je compose uniquement dans ma tête!

    • @Etienne:

      Merci de ce commentaire intéressant. Mon emploi du temps chargé de cette fin de semaine ne me permet pas d’y répondre tout de suite en détail. Je le ferai ce we.

    • @Etienne

      Toute mes excuses pour le retard de cette réponse, en partie liée à une surcharge d’activités ce we.

      « Mais cependant, je ne peux pas m’empêcher de penser que, même dans la perception du son, il y a quelque chose d’objectif. »

      Ce que tu dis là me semble assez en accord avec mon article, qui évoque des phénomènes de transe et des conséquences psychophysiologiques éventuelles d’une écoute importante du black metal pour certains auditeurs, donc une causalité objective du son sur notre corps et notre comportement.

      « Pour le sentiment de puissance que tu évoques, tu sembles admettre que plus une musique est rapide, plus l’auditeur va la trouver violente. »

      Non, je distingue puissance et violence, même si je reconnais que je ne le développe pas vraiment dans l’article. Par exemple le morceau d’Emperor ci-dessus me parait procurer un sentiment de puissance, mais pas nécessairement de violence.

      « Quel est son VERITABLE sentiment ? »

      je ne suis pas sûr que je poserai la question ainsi. Je définis le sentiment du musicien est un état relativement éphémère, dont il a conscience de manière immédiate; alors que l’inspiration traduit une position existentielle et esthétique dont il ne perçoit pas frocément tous les tenants et aboutissants. Tel black metalleux qui pense exprimer sa haine du christianisme va plus profondément mettre en musique l’expression d’une angoisse ou d’un mal être dont il va à tort attribuer la source à l’oprression supposée de l’Eglise, de la société, etc. alors qu’elle prend sa source dans notre état de péché, ou la souffrance d’une époque etc. Ce qu’il fait qu’il va rejoindre par sa musique le vécu et les interrogations de personnes qu’il pensait combattre, et qu’lles vont s’y retrouver là où il pensait les repousser. Ce qui explique que le black metal, musique « satanique », a pu séduire dès 1992 et de manière constante quoique minoritaire depuis des chrétiens. Cette distinction entre le sentiment et l’inspiration distingue également le génie de l’oeuvre médiocre: tout le monde a des sentiments, c’est quelque chose de purement subjectif. Alors que l’inspiration, quoique subjective, traduit une aspiration à l’universel, a quelque chose qui fait sens pour tout le monde. Le génie ne traduit pas simplement son sentiment, mais, de manière plus ou moins consciente, touche à un sentiment universel, un subjectif objectif en quelque sorte. Si le black metal a touché rtant de personnes, malgré les revendication de nihilisme et de misanthropie de ses créateurs, c’est que derrière les sentiments exprimés ouvertement: la haine, le nihilisme, le désir de domination, se cachaient des aspirations plus communément partagées, et plus compatibles avec une dimension chrétienne, telle que la soif d’absolu, l’angoisse face à une certaine forme de finitude existentielle, etc.

      D’où un travail de discernement au cas par cas: certaines personnes seront davantage sensibles à la violence ou au désespoir communiqués par certains morceaux, d’autre à la quête d’absolu et de beauté qui apparait en filigrane derrière.

      A ce propos:

      « Je pense que TOI, comme MOI, comme le PERE CULAT
      (particulièrement lui) jouons un jeu qui est de plus en plus dangereux. « 

      Le Père Culat est celui d’entre nous trois qui écoute le plus volontier du métal « laïque », mais c’est aussi vraisemblablementcelui de nous trois qui a le cadre le plus solide, en terme de vie de prière, de formation théologique, accompagnement spirituelle et de fréquentation du sacrement de réconciliation. Son discernement est donc à prendre tout à fait au sérieux. Je pense d’aileurs qu’il ne s’agit pas pour lui de dire que le salut des âmes est plus important que la musique, mais que la finalité de celle-ci est le Beau, qui ne s’appréhende pas purement avec des critères empruntés à la morale. Ce qui ne veut pas dire (petit développement perso que je risque) que l’art est immoral ou amoral, mais qu’il a sa propre morale (esthétique) qui ne peut être transposée directement de celle d’un catéchisme.

      « Chez certains sociologues (comme Alain Lambert), on a perçu ce genre de message, et on l’a justifié en l’appelant « Catharsis ». Ca n’est pas très honnête d’ailleurs, et surtout, ça n’est pas très chrétien. Je pourrais m’en expliquer dans un prochain post, si tu le souhaites. »

      Ce serait bien en effet que tu développes (et ça me donne l’idée d’un article sur la catharsis, puisque c’est vrai que c’est un concept souvent invoqué à propos du metal, et dont je n’ai pas encore traité sur ce blog). 😉

  5. Bonsoir Darth Manu?

    (j’ai toujours l’impression de me gourer de lieu dans les blogs cathos)

    Verbatim: « Il s’agit d’une musique belle, digne d’être jugée comme une forme authentique d’expression artistique et d’être défendue. »

    Voilà une très belle phrase qui opère en elle-même.

    C’est simple, c’est dit, c’est pensé.

    Maintenant, à moi de le faire.

    Bon, je vous avoue que le dark métal est pas tout à fait dans mes cordes.

    Je vais avoir besoin de temps, je crois bien.

    • C’est bien moi…

      Personne n’aime le black metal (le dark c’est un autre courant) à la première écoute, ni le death ni le grind ni l’ensemble du metal extrême d’ailleurs.

      Le sociiologue Nicolax Walzer en donne une explication qui rejoint mon expérience d’auditeur (je ne suis malheureusement pas musicien, comme vous l’avez deviné sans doute, et m^me si à mesure que j’écris pour ce blog l’envie m’en vient de plus en plus, à mesure que je réalise tout ce qui m’échappe):

      « Les blackists ont une oreille conditionnée, formée par la musique. De l’avis du musicologue de la Sorbonne François Madurell, expert de l’oreille musicale, que nous avons contacté pour l’occasion, ce que l’on a tendance à appeler le sentiment de puissance s’explique davantage par le fort volume sonore auquel s’écoute la musique que par sa structure propre. Le metal extrême n’est pas ce que l’on peut appeler une musique easy listening ; et donc, comme pour les mélomanes d’horizon jazz, par exemple, il faut un certain temps avant de comprendre et d’apprécier la musique. Au premier abord, il est très difficile de la décomposer (un mélange assourdissant et cacophonique, selon l’avis habituel des profanes). Il semble qu’il faille pouvoir la décomposer et identifier chaque instrument pour pouvoir l’apprécier par la suite » (dans l’étude que je mets en lien dans mon billet).

      Par ailleurs, après avoir lu vos commentaires sur les blogs Cathoreve, Les Yeux Ouverts, Koztoujours, Penumatis,… Je dois dire que je les aime beaucoup. Ils sont percutants (et je dois dire que j’encaisse un peu le « qui opère en elle-même », si j’y lis bien ce que vous avez voulu dire) mais ils vont vraiment au coeur des problèmes, et le fait que vous soyez étranger au milieu catho vous fait les aborder d’une manière à laquelle je n’aurais pas pensé. Je ne sais pas pour les autres, mais moi ils me font bien réfléchir et avancer..

  6. @ Etienneweb,

    D’abord, moi-aussi, excusez moi pour le retard à la réponse: j’ai la très mauvaise habitude de repousser au lendemain ce qui m’intéresse vraiment, parce que je me laisse prendre par des contingences que je ne me vois pas vous infligez en vous les explicitant.

    Je préfère vous lire.

    Et là, je dois vous dire que vous m’en apprenez sur Rousseau, dont la dimension musicale m’a à peu près totalement échappée.

    Sujet que je vais creuser (prévoir un GROS retard en réponse).

    Rameau, lui, que je connais un peu, fait une très belle musique que je rechigne toujours à écouter et pour laquelle je n’ai pas l’oreille assez éduquée, bien qu’elle soit d’accès facile et qu’elle soit aussi plaisante à l’écoute que profonde à la réflexion (méditation serait peut être un poil plus indiqué). C’est en tout cas une musique qui s’écoute « plaisamment » (état d’esprit assez éloigné a priori du sentiment de puissance dont parle Darth Manu).

    Ce que vous dites me semble très juste: il sonne baroque, mais pense classique. Cela n’est d’ailleurs pas aussi antinomique qu’on le dit et vos oreilles ont d’ailleurs du mal à se déterminer, d’après ce que je comprends.

    Ainsi, le vieux père Haydn passe aussi bien pour un baroque que pour un classique ou, par analogie avec le trio Mozart beethoven Schubert, pour un préromantique.

    Tout cela est très bien.

    Mais ce sont de vieux modèles pour penser avec, issus d’un apprentissages théoriques qui faisait la part belle à la subjectivité de maîtres à penser cadenassés dans des règles étroites.

    Or, ces maître à penser la musique sont morts aujourd’hui. Et la musique leur a survécu. Et nous pouvons la découvrir, l’écouter, la réinventer par le travail d’interprètes, d’historiens de la musique, de producteurs ou de découvreurs en tout genre, de critiques, d’amateurs. Luxe extraordinaire!

    je ne veux pas vous dire que vos oreilles sont usées parce qu’elle se sont usées à la musique en se soumettant à une discipline trop académique, mais plutôt vous avouer que je n’escomptais pas discuter musique avec vous, chose qui mêle trop l’orgueil du savoir à la subjectivité. En fait, l’objet de mon intervention était de vous faire part de ma surprise en lisant vos échanges avec Darth Manu sur le contenu même de la musique: vous entreprenez, hors du tumulte, de définir l’effet qu’elle vous fait. Avec un espèce de sérénité et d’ironie (de distanciation, sans mise à distance dégradante).

    Je pense que c’est une base. Voilà l’effet que me fait telle musique, dites vous en substance. Parlons de l’effet, et de ses causes.

    Il n’y a sur ce blog pas une seule note de musique qu’on puisse lire (mais il y en a à écouter) et vous discutez de l’effet qu’elle produit en vous-même, en vous éloignant l’un et l’autre d’une vision morale, construite de la musique au point qu’on peut penser, en vous lisant l’un et l’autre, à divers degrés, que la musique que vous écoutez et que, visiblement vous aimez, aurait normalement dû vous dégouter.

  7. @ darth Manu,

    Compliment pour compliment, j’ai beaucoup aimé la précision de votre analyse, son mélange d’intransigeance et de modération, sa lucidité et pour finir sa sagesse, à propos de ce psychodrame, aussi improbable qu’important que peut l’être une pièce de théâtre sur le concept du visage du Christ.

    Je crois que je partage certains de vos points de vue sur l’art, ou au moins sur certaines parties de l’art (si tant est qu’il puisse être sécable).

    Je dis juste que je le crois, non par modestie déguisant de la flagornerie ou de la pusillanimité, mais seulement parce que je ne suis pas sûr de ce que je dis.

    Quand vous dites:

    « Je pense d’aileurs qu’il ne s’agit pas pour lui de dire que le salut des âmes est plus important que la musique, mais que la finalité de celle-ci est le Beau, qui ne s’appréhende pas purement avec des critères empruntés à la morale. Ce qui ne veut pas dire (petit développement perso que je risque) que l’art est immoral ou amoral, mais qu’il a sa propre morale (esthétique) qui ne peut être transposée directement de celle d’un catéchisme. »

    Je me revois batailler pour faire comprendre à un Le Barde chez Yeux Ouverts que l’art tel qu’il le conçoit est une version resucée de l’art officiel tel que le concevait le parti communiste d’URSS, mais adapté à une pensée unique christano-coincée, assez stupide (au sens de la stupeur que nous inspire ce monde, en nous laissant stupide, au sens strict) et intellectuellement pauvre au point d’en devenir navrante.

    Donc, si je vous ai bien compris, alors, je vous suis bien.

  8. @Etienne:

    « Nooonnn ! GNR au HellFest… Je rêve!!!
    Ne me dis pas que tu as prié exprès pour que je vienne !!!
    Pour le coup, je me tâte vraiment… »

    Hé oui! La foi des cathos métalleux, presque aussi grande qu’un grain de moutarde… Soulever les montagnes, c’est encore trop dur pour moi, mais les collines, ça devient la routine (dans le même ordre d’idées, la modestie et l’humilité des cathos métalleux…)… 😉

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