Archive pour satanisme

Fire de Elgibbor: du satanisme au black metal chrétien

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , , on 19 janvier 2011 by Darth Manu

 

Groupe sympathique sans être totalement incontournable au sein du BM chrétien, Elgibbor a deux particularités: c’est un one man band à la manière de Burzum, et c’est le projet d’un ancien sataniste, converti au christianisme, qui utilise sa musique pour diffuser le message qui a transformé sa vie.

« Fire » (alias Jarek…) également membre de Fire Throne, explique dans une interview comment sa conversion a transformé sa vie pour le meilleur:

« – You were known to be a Satanist in the past, but you have converted to Christianity. That’s quite a different take on life, any particular event that caused this change? Was it a sudden change, or a slow transition? How is it to be a Christian and live with a satanic past?

My life was on a downward spiral. I was pretty deep in to drugs and alcohol and had lost all sense and reason in life. A lot of my friends had committed suicide and I knew I was on the same road. The day came when I did try to commit suicide and a friend of mine found me and told me that God had changed his life and that there really was hope and sense in this life. I had hit rock bottom and had nowhere else to turn… so I listened to him and made the decision to give my life to Christ. I realized that God could rebuild everything that I had torn down in my life. I gave up the drugs and alcohol immediately. I finally saw past the “religion” and saw God as someone I could have a true friendship with » (Interview sur le site Metal Storm).

Il précise les circonstances de celle-ci dans une interview accordée au site Christian Metal Fellowship:

« I asked the Lord to be my Savior around 12 years ago. A drummer and great friend in my band got saved and he witnessed to me over and over again. He never gave up on me and still cared for me like a brother even when I didn’t see things his way. He invited me to a Christian conference and I decided to go because I didn’t have anything better to do. God met me there in a mighty way and I ran forward during the altar call and threw up my hands and surrendered my life to Him. The next night He delivered me from drugs, alcohol, cigarettes and black magic! We serve an awesome God ».

Nous avons là le portrait type du black metalleux pris dans une spirale de désespoir et d’autodestruction,tellement stéréotypé qu’il est en fait plutôt rare dans ce milieu, qui rencontre un jour Dieu et abandonne tout ce qui était source de perdition dans sa vie. A ce titre, son parcours rappelle beaucoup quelques témoignages allègrement diffusés sur certains sites catholiques (celui-ci par exemple), qui sont présentés comme des mises en garde contre les dangers supposés du métal extrême.

Jarek se distingue cependant de ces derniers sur un point important: s’il abandonne immédiatement et de manière spectaculaire tous les comportements mortifères qu’il associait jusqu’ici à son écoute et à sa pratique du black metal, il ne va pas se détourner de ce dernier, et va même jusqu’à créer son propre groupe, avec pour objectif d’évangéliser son ancien milieu:

« Alex:
What is Elgibbors goal as a band?
Jarek:
To let people in the « metal world » know that God loves them right where they are no matter what they look like or how they feel. And to infiltrate the « enemy’s territory » with the Light, Love, Grace, Mercy and Forgiveness that only comes with a saving knowledge of Christ!!! » (Christian Metal Fellowship).

La formulation du projet peut paraitre un peu naïve, mais celui-ci me fascine par deux aspects:

1) Le black metal, avec l’alcool, la drogue, la magie noire, etc. était l’un des éléments centraux de l’ancienne vie de Jarek. Après sa conversion, non seulement il retire de cette musique une satisfaction qui parait tout aussi grande (tout au plus il privilégie désormais l’écoute de groupes de black metal avec des paroles chrétiennes, et n’écoute plus les « autres » groupes que dans des festivals comme Wacken) , mais il y voit le terrain et l’instrument privilégiés de sa nouvelle mission de baptisé.

« Alex:
What are some of your favorite bands? Christian then secular
Jarek:
DC Talk, Toby Mac, Newsboys, Amy Grant…haha….just kidding! (Those are great bands, just not my style!) I like Narnia, Arvinger, Slechtvalk, Antestor, Horde etc. Too many to list! The only secular music I listen to is Vivaldi! Other than that, I only listen to music that exalts the Lord » (Christian Metal Fellowship).

« The notorious vocalist of Gorgoroth, Ghaal, once said in a video: « Black metal is a message ». Does your music contain a message too, and if so, what is your message?
Yes my music always contains a very strong message. The main messages in my music are about the spiritual battles that we all go through and the relationship between humankind and their Creator » (Metal Storm).

2) Jarek ne perçoit pas son background de black metalleux anciennement sataniste comme un simple égarement de jeunesse heureusement rectifié, mais comme une opportunité:

« I think that coming from a satanic background makes me even stronger. I saw the side of life that was filled with hopelessness and despair and stepped in to a life full of hope and grace. I also think God allowed me to go through what I went through so that I could have a better understanding of where people are coming from when they too get to a point where life doesn’t make sense anymore. No matter how hard you try to understand someone, you can never fully understand what they’re going through unless you’ve been there yourself and I’ve been there too… I can totally relate and understand what it’s like to live without hope… something that not many Christians can truly do » (Metal Storm).

La communauté constituée par les black metalleux n’est pas la source du mal, mais ce qui doit être sauvé de celui-ci. Fire s’est converti, a abandonné miraculeusement toutes ses addictions, et pourtant sa passion pour le black metal n’a pas faibli. Non seulement elle est devenue à son tour un germe d’espérance, à travers son projet musical: Elgibbor, mais la fréquentation de ce style musical préserve sa sensibilité à une forme de souffrance qui passe souvent inaperçue, et qu’il a expérimentée intimement lorsqu’il était sataniste. Le black metal lui permet de ne pas oublier cette absence apparente de Dieu qui, sans qu’il le sache, était la cause de ses souffrances et de son désespoir, de témoigner pour toutes ces personnes qui au travers de leur engagement dans le milieu du BM expriment la frustration de leur désir d’absolu, par le cynisme, la provocation, le blasphème, pour qui la formulation usuelle de l’espérance chrétienne ne fonctionne pas  …

A travers sa musique, il dénonce bien sûr l’idéologie du satanisme, mais souligne aussi certaines insuffisances du discours que nous chrétiens, tenons aujourd’hui sur notre foi, qui non seulement échoue à toucher certains, mais passe parfois tellement à coté de leurs souffrances et de ce qui leur tient à coeur qu’elle les insupporte et suscite leur révolte et leur colère. Faire le choix de ne pas les condamner d’emblée, mais de comprendre leur logique et leur démarche intérieure permet de discerner ce qui a pu décevoir leurs attentes dans l’annonce de l’Evangile et de reformuler celle-ci d’une manière qui correspond à leur histoire personnelle et leur vie intérieure. Jarek, en ce sens, est la preuve vivante que non seulement le black metal n’est pas opposé par essence au christianisme, mais qu’il a quelque chose à lui apporter.

Le black metal n’est donc ni tout à fait indissociable de l’idéologie mortifère qui lui est généralement associée, ni tout à fait distinct de celle-ci, mais constitue un point de passage entre désespoir et espérance, entre blasphème et conversion, révolte et adhésion… Pour le désespéré et le cynique, il est, en tant que musique, création artistique, une ouverture vers l’éternité et la transcendance. Et au chrétien, à l’homme qui essaie de faire grandir en lui la foi, l’espérance et la charité, il est un rappel de la douleur que l’on éprouve lorsqu’on manque de tout cela, une mémoire de la souffrance et du péché qui permet de prendre davantage conscience encore de la vie nouvelle apportée par le souffle de l’Esprit,  tout en conservant de la sympathie et une forme de proximité envers ceux qui errent encore

Dans les interviews précédemment citées, Fire témoigne des réticences de beaucoup de chrétiens et de métalleux devant ce message, et j’y retrouve la souffrance que je ressens quand je vois mes deux communautés d’appartenance s’entre-déchirer et se déclarer mutuellement l’ultime ennemi de tout ce qui est bon, beau et vrai, ce qui motive d’ailleurs l’existence du présent blog.  Et s’il m’arrive de trouver que  son discours sur le christianisme manque parfois de nuances et de subtilités théologiques, pour le peu que j’en connais, je trouve que les paroles qui suivent traduisent bien la profondeur et la sincérité de la vie spirituelle et de la démarche de Fire:

« Heaven or Hell

I was the one who condemned him to die,
I was one of them who blasphemed his name,
I was the one who laughed when I saw evil on the Earth,
I thought I was strong and that others didn’t matter.
When I saw the place I was blindly headed, Fear gripped my soul.
I saw that hell existed! But when I hear your name, a door opened to heaven.
I saw that heaven existed! I want to live there forever.
With your life is easier. I know you are always close when I need you.
You are mightier than Lucifer the liar. Many souls are still in prison,
Only you give true freedom » (« Heaven or Hell », Repent or Perish, paroles sur Encyclopaedia Metallum).

A propos des paroles du groupe Béhémoth: retour sur la pétition 2010 de Catholiques en Campagne

Posted in Hellfest, La "philosophie" du black metal with tags , , , , , , , on 11 janvier 2011 by Darth Manu

                                                                                                                  

A l’occasion du Hellfest 2010, les catholiques antihellfest épluchèrent comme chaque année la programmation du festival, et l’un des groupes qui suscita le plus leur ire cette année-là fut Béhémoth.

En bonne place dans la pétition de Catholiques en Campagne, on pouvait en effet trouver cette citation, parmi un florilège d’extraits de morceaux joués par des groupes invités au festival:

« A mon commandement, inondez les rues de Bethlehem du sang des enfants !
(At my command: Let the blood of the infants flood the streets of Bethelehem !)

Shemaforash, musique du groupe BEHEMOTH tirée de l’album Evangelion ».

Ce florilège était suivi du commentaire suivant:

« Au Hellfest, on entend des groupes de musique dite « heavy metal ». La valeur artistique de ces producteurs de décibels est laissée à l’appréciation de chacun. En revanche, ce qui ne peut l’être, c’est le contenu objectif des paroles de certaines chansons de certains groupes de cette mouvance, qui s’y sont produits dans le passé ou le feront cette année.

Cruauté envers les animaux, nihilisme, scatologie, sexisme, insultes en tout genre, incitation au viol des femmes, à la violence, à l’atteinte à l’intégrité physique, appel à l’incendie d’églises, au viol de sépulture, à la nécrophagie et au meurtre, apologie du morbide, blasphèmes, menaces de mort et de génocide, et la liste n’est pas exhaustive …, tels sont quelques uns des thèmes fédérateurs de cette anti-culture. Une partie d’entre eux tombent d’ailleurs sous le coup de la loi pénale« .

Voilà de quoi faire trembler dans les chaumières. A la lecture de cette pétition, on a vraiment l’impression que la folie meurtrière et la haine deviennent des objets de consommation courante de notre bonne société française, après le sexe et les scandales financiers. D’où les accents de panique que l’on peut déceler dans la réaction de certains sites chrétiens:

« Bonjour,

MERCI beaucoup pour cette terrible info.

Nous diffusons, transmettrons sur le site et consacrerons le courrier partagé du Dimanche 06 juin jour de la Fête du St Sacrement à ce terrible évènement afin que nous soyons encore plus nombreux à prier pour ces jeunes et contrer les forces du mal. Amen

Unissons nos prières, offrons au SEIGNEUR des pénitences et controns les forces du mal par toutes formes de privations. Amen » (Groupe Saint Michel Archange). 

Il ne s’agit pas dans ce billet de nier les problèmes soulevés par le contenu des paroles. La raison d’être d’Inner Light est de prendre précisément cette question à bras le corps. Mais il me parait intéressant d’examiner à partir d’un groupe précis la correspondance entre les paroles des morceaux et le comportement général des musiciens, afin de déterminer les raisons objectives qui les poussent à écrire des textes si violents, et leurs motivations réelles.

Tout d’abord, comment le groupe lui-même analyse-t-il les paroles de Shemhamforash (et non « shemaforash« )?

Pour mémoire, voici le texte complet du morceau:

« Shemhamforash

[Music and lyrics by Nergal]

« What we need is hatred. From it our ideas are born. » [Jean Genet]

Consumed by tongues ov fire
Burning like Phlegethon
Holy gardens reduced to ash
Extinguishing light ov hope
Bringing the end ov the days

Words ov my gospel scattered
Sacrilegious scorn spat in pale creeds
Thin is the line between pure being and pure nothing
My sole companion
Woe to Thee!

At my command:
Let the blood ov the infants flood the streets ov Bethlehem!

O ye ov little faith
With ethics rotten in a moral cage
Dead meat thrown down to the worms
To feed religious tumor
Corrupting marrow ov repugnant swirl

At my command:
Let the blood ov the infants flood the streets ov Bethlehem!
At my command:
Let the heads ov Samaritan pave my ways!

Shemhamforash!!! » (Paroles sur Dark Lyrics, une traduction en français est disponible ici).

Voici donc un texte qui, lu littéralement, semble faire l’apologie de la haine (la citation de Genet), et du meurtre de masse (« Let the blood ov the infants flood the streets ov Bethlehem! »).

Arrivés à ce point, certains chrétiens sont tentés de se demander ce qui peut passer par la tête de l’auteur du morceau pour écrire de telles horreurs. Est-il fou, est-il un psychopathe?

Mais laissons-lui la parole, plutôt que de nous précipiter sur les conclusions. A propos de l’album tout entier, Nergal (l’auteur donc) déclare:

« ‘Evangelion’ combines a pure art form with a direct message. […] The picture is of The Great Harlot of Babylon riding the seven-headed beast. Saints bow before her in worship whilst the tablets of the Ten Commandments lie broken at her feet. It represents our vision and the interpretation of the New Testament parable where the ‘Whore of Babylon’ is a symbol of rebellion and resistance against God. I am fascinated by stories whose source lies in the Bible and we have used biblical symbolism, coupled with my own experience and outlook, in our lyrics or on the covers of previous BEHEMOTH records. I love to juggle with meanings and play around with symbolism which is exactly what I have done in this case. The main character of our new cover is an archetype of disobedience, individualism, self-determination and a free, unfettered will — these are universal keywords which are typical and crucial in understanding the character of our works, life as a whole and the true nature of man » (Cité sur le blog Gelappekat).

Les paroles de cet album ont donc pour but de célébrer par une représentation symbolique du combat de l’individu contre la religion la liberté, comprise comme « [le droit à] la désobéissance, l’individualisme, l’autodétermination et le libre-arbitre sans aucune entrave« . Ce que Nergal confirme dans une autre interview, où il explique que ce qui l’intéresse dans la thématique sataniste, c’est la revendication de la liberté:

« Vos albums sont basés sur des thèmes satanistes inspirés par des auteurs comme Lovecraft. Pour toi quelle est la vraie définition du satanisme ?

La liberté. C’est un moyen d’expression. La libération, ne pas être limité. C’est un symbole. Toi en tant qu’être humain, tu peux décider par toi-même. Voilà ce qu’est le Satanisme pour moi. Et ça a toujours été comme ça » (Interview sur Radio Metal).

Ce n’est certainement pas la philosophie la plus originale qui soit, ni la critique la plus profonde et la plus juste qui ait jamais été formulée contre le christianisme. Mais elle nous permet de relire le texte de Shemhamforash d’une manière bien moins dramatique que Catholiques en campagne ne le suggère…

La citation de Jean Genet en exergue donne bien le ton, et constitue une véritable clé de lecture. Mauvais garçon, homosexuel, en guerre contre la morale bien-pensante de son époque, un temps suspecté à tort de sympathies pour le nazisme, il n’est pas sans rappeler par beaucoup d’aspects les groupes de black metal qui font scandale aujourd’hui:

« La haine a joué un rôle important dans la vie de Genet. Il s’est construit sur cela, il s’est construit sur le rapport l’opposition à la société, au monde bourgeois, au monde des gens de bien. Cependant, une fois qu’on a dit ça, il faut voir aussi l’autre côté. Ce n’était pas une haine généralisée, c’était une haine contre un certain monde, un certain mode de vie, un certain mode de penser qu’il a conservée pendant toute sa vie » (Interview de Albert Dichy, directeur littéraire de l’Institut Mémoires de L’Edition Contemporaine (IMEC), par Radio Prague).

De même dans les paroles de Shemhamforash, l’appel à la haine ne semble pas dirigé contre des personnes réelles mais contre ce que l’auteur perçoit comme une forme d’hypocrisie de la morale religieuse:

« O ye ov little faith
With ethics rotten in a moral cage
Dead meat thrown down to the worms
To feed religious tumor
Corrupting marrow ov repugnant swirl »

A travers l’image du christianisme, l’auteur n’entend pas combattre le Bien en lui-même, mais la « petite foi« , « l’éthique moisissant dans une cage de morale« , c’est-à-dire non pas les valeurs de l’Evangile en soi, mais l’hypocrisie bien pensante. Quand à l’incitation à inonder les rues de Bethléem du sang des enfants, il ne s’agit clairement pas d’un appel objectif au meurtre, mais du retournement de la mythologie du christianisme contre lui-même: cette utilisation du massacre des Saints Innocents à contre-emploi n’est pas sans rappeler en même temps le dernier fléau d’Egypte, une forme de punition divine ironiquement déchaînée contre la « tumeur religieuse ». Même si les images sont barbares, l’auteur n’appelle pas ici au massacre d’humains réels mais d’idées à ses yeux représentatrices de la réalité du mal, c’est à dire la médiocrité et l’oppression sous l’apparence du Bien.

Dans l’interview précédemment citée de Radio Metal, Nergal en effet, s’il parle assez maladroitement des raisons de tuer dans certaines circonstances (« Tu vois, si une personne essaie de défendre sa famille et si le seul moyen pour le faire est de devoir tuer, je le ferai »), se prononce clairement contre la  tentation de prendre au pied de la lettre les paroles de ses chansons  « Je n’essaie pas d’excuser qui que ce soit. Tout le monde devrait être responsable de ce qu’il fait. Je ne peux pas prendre la responsabilité de gens qui tuent sans raison« .

En tant que chrétien, je n’approuve bien évidemment pas toutes ses thèses, ni les paroles de ses chansons, et je trouve certaines images qu’il utilise choquantes et de très mauvais goût. Mais son discours est finalement assez banal et ne justifie à mon avis ni des poursuites judiciaires, ni de l’accuser d’incitation au meurtre et à la haine en présentant les citations de certains de ses morceaux hors contexte. Le christianisme est innocent de ce dont Béhémoth l’accuse, mais Béhémoth est à son tour innocent de ce dont Catholiques en campagne l’accuse. Le manque de discernement des uns ne saurait justifier celui des autres. Après tout, on trouve des images toutes aussi choquantes et blasphèmatoires dans Les chants de Maldoror de Lautréamont ou dans l’oeuvre de Jean Genet par exemple, qui peuvent tout à fait être étudiées en lycée, sans que personne ne trouve rien à y redire… De même, on rencontre couramment chez des auteurs comme Michel Onfray des attaques bien plus ridicules encore contre le christianisme, mais qui songerait à lancer contre lui des campagnes aussi violentes et menaçantes que celles dirigées contre les groupes de black metal. La justice passe aussi par l’équité.

L’exemple de Béhémoth montre par ailleurs que cette haine que les black metalleux croient diriger contre le christianisme vise en fait l’hypocrisie, et que la rage qui anime leur musique n’est finalement pas si incompatible que certains le croient avec une thématique chrétienne.

Pour conclure, si certains lecteurs continuent à trouver que seul un monstre ou un fou, un meurtrier en puissance pour tout dire, peut composer de telles paroles, je leur recommande vivement de se référer à l’interview de Nergal dans le numéro 63  de Metallian. Le musicien, qui récupère actuellement d’une greffe de moelle osseuse après avoir combattu plusieurs mois contre la leucémie, y dit par exemple: « […]je suis heureux que mon cas ait permis une prise de conscience de ma maladie chez des gens, qui ont voulu donner leur sang ou leur moelle osseuse.[…]La scène metal est très petite et confidentielle, mais tous ces gens ont été incroyables et je suis très touché et impressionné par l’humanité de ce milieu. […] Ma perception des choses a changé, je ne sais pas vraiment à quel degré, mais j’ai surtout envie de profiter de la vie.[…]je veux passer du temps avec mes amis et mes proches et faire attention à ce qui arrive aux autres parce qu’ils ne m’ont jamais déçu. Le soutien auquel j’ai eu droit me permet de me remettre en cause, de me demander si à leur place, j’aurais été aussi présent, avec la même attitude qu’ils ont eu envers moi » (Metalliann°63, décembre 2010, page 20).

Catholiques en campagne nous avait cité quelques paroles hors contexte… Maintenant, voici l’homme…

Le black metal chrétien: quel intérêt?

Posted in Unblack Metal with tags , , , , , , , on 6 janvier 2011 by Darth Manu

Dans la plupart des forums ou des sites fréquentés par des black métalleux, dès qu’on a le malheur de prononcer le  mot « unblack metal »,des réactions du type de celles qui suivent pleuvent:

« Christian Black Metal is an oxymoron« . (Utilisateur JudasChrist de Last.fm à propos de Horde)

« i always thought ,that growling is something like demons voice. I’m christian , and i think still , this band is stupid :/« .(Utilisateur Przybyly de Last.fm à propos de Horde également)

« unblack metal (christian) bands are influenced by black metal (antichristian) which means they listen to or listened to black metal which means they are hypocrites« . (Utilisateur Ilovepod sur la même page que la citation précédente)

« I associate black metal with brutality and hate because those are the emotions the music conveys – hardly Christian values. I think the problem fans of black metal have with this band is that the tone of the music opposes the lyrical content which are fundamentally irreconcilable. In the words of Avather of Thyrane: « […]many people doesn’t seem to realise what is BLACK Metal itself… Black Metal is metal music with Satanic lyrics. There is no other way to describe it. » » (Utilisateur LostArk de Last.fm à propos de Crimson Moonlight).

« Black Metal is anti-christian by nature (obviously they don’t just attack christan ideas but they do propose an alternate world different from the one christian ideals propose)… so a band with pro christian ideals is completely paradoxical, thats why they often called unblack metal which is totally absurd… » (Utilisateur Jzep de Last.fm à propos d’Antestor).

Faire du black metal avec des paroles chrétiennes serait contradictoire, parce que le BM en tant que genre musical aurait été conçu pour exprimer des émotions et des idées antithétiques de celles valorisées par le christianisme.

En effet:

– Le terme black metal a été utilisé à l’origine pour désigner des groupes au message sataniste ou anti chrétien: ainsi, au début des années 1990, Deicide ou Venom, dont la musique n’est pas du black metal, ont pu être appelés comme tels du fait de leurs paroles.

– la plupart des fondateurs effectifs du genre, et la majorité des groupes, expriment dans leurs morceaux et leurs interviews une aversion violente pour le christianisme. Plusieurs membres de groupes de black metal ont de surcroit été condamnés pour des incendies d’églises, des profanations, etc.

– Musicalement, le black metal parait inapproprié pour exprimer des émotions « positives ». Le chant est hurlé, froid, et évoque la haine, le désespoir, le mépris ou la colère, et non l’amour, l’espoir, la foi et tout ce qui caractériserait une musique « chrétienne ». Les sons saturés, les blast beats de la batterie, la déstructuration des morceaux participent également de cette vision nihiliste et « haineuse » du monde et brisent délibérément l’harmonie qui semble indissociable de toute musique qui se propose de louer Dieu etc.

– Le black metal valorise l’individualisme et une certaine forme de solitude et d’élitisme, tant dans ses paroles que par son caractère peu accessible en tant que musique, puisqu’il faut une certaine éducation de l’oreille et du goût pour l’apprécier. En ce sens, il ne se prête pas à la démarche de « propagande » qui serait celle de groupes de metal chrétien tels Stryper, pour prendre un nom de groupe de heavy metal chrétien particulièrement connu.

Cependant, le fait historique demeure que le black metal chrétien existe depuis 1992 avec Crush Evil, qu’il a des représentants dans la plupart des pays européens, aux Etats-Unis, en Amérique Latine, etc., et que même des métalleux athés ou hostiles au christianisme saluent la compétence musicale de Crimson Moonlight, Horde, Antestor, Slechtvalk, Frost Like Ashes, Lengsel et d’autres représentants connus du unblack metal.

Ces groupes poursuivent-ils donc une illusion, en associant des paroles chrétiennes à une musique « satanique », sont-ils des hypocrites qui récupèrent un genre inspiré des valeurs mêmes qu’ils entendent dénoncer dans leurs morceaux, ou ont-ils su percevoir dans l’identité musicale du black metal l’expression d’un fond d’émotions et de valeurs similaires à celles qui nourrissent l’espérance chrétienne?

Pour répondre à cette question, je voudrais mettre en évidence deux présupposés des critiques ci-dessus du BM chrétien qui me paraissent erronés:

1) Le black metal serait indissociable de ses origines anti chrétiennes…

Le black metal est un courant musical et comme tel l’expression d’une recherche artistique. Il est par essence un acte de création, et avant de soutenir ou contredire telle ou telle doctrine ou idéologie, il a pour finalité première de manifester de nouvelles formes musicales et de nouvelles significations en harmonie avec la vie intérieure, les émotions et les interrogations et convictions de l’artiste ou des artistes qui sont à l’origine de tel morceau, de tel album, etc. On peut être attiré par cette musique à cause de sa réputation sulfureuse et des thématiques blasphématoires ou satanistes de certains groupes, mais on y adhère parce que la musique correspond à un évènement de notre vie intérieure. Ainsi, dans son livre L’Age du Metal, paru aux éditions du Camion Blanc, le père Robert Culat rapporte les témoignages de nombreux métalleux qui initialement attirés par les dehors provocants et morbides du BM, ont rapidement dépassés ceux-ci pour ne plus s’intéresser qu’à sa dimension musicale.

Il n’a pas vocation à se figer dans l’expression de tel ou tel courant de pensée ou dans la dénonciation de tel ou tel autre, mais chaque groupe, chaque album, chaque morceau, s’efforce de mettre à jour de la manière la plus fine possible les émotions et les sensations que le compositeur tient à coeur, et de toucher du doigt ce fond de vérité qu’il lui a semblé trouver dans l’écoute d’une telle musique et qui lui a fait désirer créer.

Le black metal, comme tout courant artistique, puise son sens dans l’évolution des formes qui le composent, n’en déplaise aux doctrinaires du « True Black Metal« , et s’il a pu faire ses premières armes dans l’expression de thématiques satanistes, néo-paiennes ou athées, la palette de sentiments « sombres » qui lui donnent sa force musicale, si elle trouve une correspondance dans un imaginaire chrétien, musulman, juif, bouddhiste, etc., ne peut qu’y trouver l’occasion de nuancer et de renouveler son identité musicale, de lui donner une nouvelle actualité, de la redynamiser…

2) Le christianisme ne valoriserait que les émotions « positives », telles la joie, l’amour, etc. Le black metal serait donc une musique beaucoup trop sombre pour servir de support de manière convaincante à un message chrétien…

Un tel argument me parait méconnaitre la  réalité de la pratique chrétienne. Chaque croyant, baptisé ou non, clerc ou laïc, qui s’est essayé quotidiennement à l’imitation du Christ, s’il a été par moments ou de façon régulière touché par la Présence perceptible de l’Esprit Saint en lui, doit le plus souvent persévérer en proie au doute, à l’angoisse, au désespoir, voire à l’incompréhension, à la révolte, à la colère… L’Ecclesiaste, le Livre de Job, de nombreux psaumes, les supplications des prophètes à Dieu, le récit dans les évangiles de la Passion du Christ, sont remplis d’images, de questionnements et de supplications qui trouvent tout autant leur place dans les thématiques du black metal, voire de manière beaucoup plus vraie et profonde, que les provocations de tant de groupes satanistes ou qui affectent de l’être.

Il est vrai que ces thématiques ne constituent pas l’horizon définitif du croyant, mais sont vécues à la lumière de l’espérance pascale. La souffrance, le doute, le désespoir, ne sont pas valorisés en soi mais endurés dans l’attente de la Grâce et d’une vie nouvelle, mais elle sont quand même le quotidien de tout croyant, y compris les plus éminents, comme en témoignent par exemples les récits autobiographiques de Sainte Thérèse d’Avila et de Sainte Thérèse de Lisieux. Et il me semble qu’il y a également une forme de désir d’éternité, voire d’espérance, qui est en germe dans le black metal tel qu’il existe actuellement, comme j’ai essayé de le montrer dans un précédent article.

Pour apporter mon témoignage de catholique pratiquant et d’amateur de black metal, non seulement l’écoute régulière de cette musique ne me parait pas faire obstacle à mon cheminement spirituel, mais j’ai été souvent surpris de constater à quelle point elle m’apaisait et me permettait de prendre de la distance par rapport à mes doutes et mes moments de souffrance, de colère, ou de désespoir.

Pour résumer, l’intérêt du black metal chrétien (qu’on approuve ou pas l’opportunité du terme « unblack metal » pour le désigner: je ne suis moi-même pas complètement fixé sur cette question) pour le black metal est de renouveler et d’approfondir l’éventail de thématiques et d’émotions qui nourrit et donne sens aux choix musicaux qui le définissent, et pour le christianisme d’exprimer musicalement de manière inédite et profonde des expériences indissociables de toute vie spirituelle, mais douloureuses et difficiles à cerner et à dépasser.

Et pour conclure je voudrais partager avec vous la musique et les paroles d’un morceau de black metal chrétien qui m’a personnellement touché (plus d’informations sur le groupe Deborah ici: http://www.myspace.com/deborahband):

Soteria The key to bring salvation
The gate to give redemption
The access to be free

Soteria The bless who came to heal you
To give the peace and safety
To prosper, to preserve,
Your soul

There are so many wealth,
Prepared for you

The miracle,
Doesn’t come from witchcraft
The answers,
Doesn’t come from a ouija board
Your destiny,
Doesn’t come from tarot…no…
The solution,
Doesn’t come from rituals or suicide

There was a man,
Who came to set free your soul

His sacrifice was the price,
For you and me

The world,
The world is lost in wrong ways
Is lost,
Is lost in vanities of mind
Searching,
Searching for answers but
Don’t want,
Don’t want to hear the only true

There are,
There are so many souls
Confused,
Confused and destroyed by
Themselves,
Themselves they can not see
That the, solution,
Solution is at hand

Receive…your health
Receive…the light
Open…your eyes
Is time…to fly

Oh Son of God
Come fill their hearts
Come heal thie lifes
They need your sign (source: http://www.metal-archives.com/release.php?id=169814)

Qu’est-ce que l’unblack metal?

Posted in Unblack Metal with tags , , , on 14 décembre 2010 by Darth Manu

L’unblack metal n’est pas un genre musical en soi, mais désigne la production d’un (encore trop) petit nombre de groupes de black metal qui ont choisi d’exprimer dans leurs textes des thématiques explicitement chrétiennes ou antisatanistes, par réaction aux textes blasphématoires ou antireligieux qui sont souvent associés étroitement à l’identité musicale de ce genre.

Les partisans de cette « école » du black metal, qui d’ailleurs ne sont pas unanimes sur l’opportunité du terme « unblack metal » pour les désigner, espèrent démontrer que cette musique n’est pas en elle-même incompatible avec l’expression de la foi chrétienne, et que c’est à tort et de façon purement conjoncturelle que les excès de certains groupes fondateurs du genre ont conduit beaucoup d’observateurs, métalleux et non métalleux, à l’y opposer.

Pour une introduction générale au unblack metal, on peut se reporter avec profit à l’article en anglais de Wikipédia.

De mon modeste côté, j’ai mené une première réflexion personnelle sur l’unblack metal dans l’article « Unblack Metal: évangéliser l’enfer » de mon autre blog.

C’est tout pour aujourd’hui… Bonne lecture!