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Les catholiques, Ayn Rand, et l’Eglise de Satan…

Posted in Christianisme et culture, Hellfest, Regard chrétien sur les influences ésotériques, satanistes et païennes du black metal with tags , , , , , , , , , , , , on 3 avril 2013 by Darth Manu

Ayn Rand

Venant de perdre le brouillon de mon second billet sur la « guerre culturelle » à la suite d’une erreur de sauvegarde, et dans l’attente de le réécrire, j’en profite pour rédiger ce billet sur un sujet qui n’est sans doute pas central, mais qui me fait sourire depuis des mois: l’attachement de nombre de catholiques de la tradisphère, parmis les plus engagés contre le Hellfest et tout ce qui pourrait être interprété comme du satanisme, à la pensée d’Ayn Rand. Qui est Ayn Rand?

« Ayn Rand (prononcé [ˈaɪn ˈrænd]), née Alissa Zinovievna Rosenbaum (en cyrillique russe : Алиса Зиновьевна Розенбаум), est une philosophe, scénariste et romancière2 américaine d’origine russe, juive athée, née le 2 février 1905 à Saint-Pétersbourg et morte le 6 mars 1982 à New York.

Ayn Rand est connue pour sa philosophie rationaliste, proche de celle du mouvement politique libertarien, à laquelle elle a donné le nom d’« objectivisme ». Elle a écrit de nombreux essais philosophiques sur des concepts tenant de la pensée libérale, comme la liberté, la justice sociale, la propriété ou l’État et dont le principal (et l’un des seuls de ses textes traduits en français, avec La Grève), est La Vertu d’égoïsme (The Virtue of Selfishness en langue originale). Ses contributions principales s’inscrivent dans les domaines de l’éthique, de la philosophie politique et de l’épistémologie. Cependant, malgré sa considérable popularité hors du champ académique, ses travaux ne sont généralement pas pris au sérieux par la plupart des philosophes.

Ayn Rand a également publié des œuvres de fiction telles que La Grève (Atlas Shrugged), La Source vive (The Fountainhead) et Nous, les vivants (We the Living), qui figurent parmi les plus vendues aux États-Unis. Elle a par ailleurs écrit de nombreux scénarios pour le cinéma, dont des adaptations de ses propres œuvres de fiction.

Ayn Rand est considérée comme la théoricienne d’un capitalisme individualiste ainsi que d’un libertarianisme refusant toute forme de coercition et prônant les valeurs de la raison, du travail et de l’« égoïsme rationnel », son concept central. Figure de l’anti-communisme radical, Ayn Rand prône également l’indépendance et le « laissez-faire » face à toute forme de collectivisme ou de religion établis. » (Wikipédia, « Ayn Rand »).

Il a beaucoup été question d’elle l’an dernier dans les médias généralistes, dans le contexte de la campagne présidentielle américaine. En effet, Paul Ryan, le co-listier de Mitt Romney, catholique pratiquant, s’est publiquement réclamé de son influence:

« Tranchées au couteau, les idées d’Ayn Rand inspirent Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney. Adepte des coupes budgétaires et de la réduction des impôts, cet ultra-conservateur président de la commission du Budget à la Chambre des représentants veut réinjecter du rêve américain – dopé au P90X, un brutal programme de fitness que le possible futur vice-président pratique tous les matins dans une salle de gym du Capitole… – dans le ventre mou d’une Amérique en perte de vitesse :« Si je devais rendre hommage à une personne pour m’avoir fait entrer en politique, ce serait Ayn Rand. Car, ne vous trompez pas, le combat que nous menons est une lutte de l’individualisme contre le collectivisme », a révélé la jeune star du parti républicain devant d’autres disciples de Rand. La sécurité sociale ? Collectiviste. A privatiser entièrement… La haine de la religion professée par Ayn Rand ? S’en démarquer coûte que coûte.

« Avant de minimiser son influence à cause de son athéisme viscéral et de ses positions pro-avortement, très gênants en période électorale, Paul Ryan a encensé Ayn Rand à l’Atlas Society en 2005, à l’occasion du centenaire de sa naissance », se souvient David Kelley, philosophe qui a fondé cette organisation à Washington pour faire vivre les idées objectivistes et concurrencer le plus orthodoxe Ayn Rand Institute, situé en Californie.  » (Télérama, « Ayn Rand, l’apôtre de l’égoïsme qui inspire la droite américaine »).

Dans les termes employés par Paul Ryan lui-même (source: « Paul Ryan’s Favorite Philosopher Inspired « The Satanic Bible », Experts Say », sur Daily Kos):

« « Ayn Rand, more than anyone else, did a fantastic job of explaining the morality of capitalism, the morality of individualism. » — Congressman Paul Ryan, 2009 official Ryan For Congress video ad. »

« « I just want to speak to you a little bit about Ayn Rand and what she meant to me in my life and [in] the fight we’re engaged here in Congress. I grew up on Ayn Rand, that’s what I tell people..you know everybody does their soul-searching, and trying to find out who they are and what they believe, and you learn about yourself.

I grew up reading Ayn Rand and it taught me quite a bit about who I am and what my value systems are, and what my beliefs are. It’s inspired me so much that it’s required reading in my office for all my interns and my staff. We start with Atlas Shrugged. »
— U.S. Congressional Representative Paul Ryan (R-WI), 2005 keynote speech in honor of Ayn Rand’s birthday, held by the Atlas Society.« 

La question s’est posée, jusque dans les milieux catholiques français, de la compatibibilité de la pensée d’Ayn Rand avec la doctrine sociale de l’Eglise. Deux lignes très opposées (pas seulement sur ce sujet d’ailleurs), se sont affrontées:

– Celle de Patrice de Plunkett et des « chrétiens indignés », très engagés dans la critique du modèle économique libéral:

« Cinquante ans plus tard, Paul Ryan, candidat républicain à la vice-présidence des Etats-Unis, se réclame ouvertement d’Ayn Rand tout en se disant catholique, incompatibilité qui semble ne plus gêner personne à droite. Le niveau intellectuel et moral est tombé si bas qu’on ne sait plus faire la différence entre philosophie « conservatrice » et matérialisme mercantile. Cette confusion sévit aussi en France. Il y a trois semaines, un site libéral-traditionaliste célébrait un gros patron du Sud-Est qui venait d’annoncer sa décision de créer une entreprise au Maroc plutôt que dans sa propre région (qui aurait eu bien besoin de ces emplois) ; couvert de blâmes pour son cynisme par ses concitoyens, ce patron était présenté par le site bien-pensant comme un héros de l’antisocialisme ! Ayn Rand aussi aurait aimé ce type-là. » (« Quand des conservateurs US « exorcisaient » Ayn Rand, future ghost-inspiratrice de Paul Ryan »)

– Celle de nombreux représentants de la tradisphère, défenseurs de l’économie de marché  et du non interventionnisme de l’Etat, au premier rang desquels le Salon Beige, dont l’un des animateurs, Michel Janva, répond de la sorte à un commentateur qui ironise sur un billet qui partage l’argumentaire d’un site américain appelant les catholiques à voter Romney:

« Commentaires

Et le fait que le vice président du Romey se déclare ouvertement d’Ayn Rand, ça ne leurs (et vous) fout pas un peut les miches?

[Aucunement. Lisez plutôt ceci :

http://www.riposte-catholique.fr/americatho/paul-ryan-un-vice-president-attache-a-la-doctrine-sociale-de-leglise-et-a-la-defense-de-la-vie#.UF3TB1Gefxg

http://www.riposte-catholique.fr/americatho/pour-larcheveque-aquila-paul-ryan-ne-soppose-pas-a-la-doctrine-sociale-de-leglise#.UF3SyVGefxg

http://www.riposte-catholique.fr/americatho/leveque-robert-morlino-sur-paul-ryan#.UF3S0VGefxg

MJ]

Rédigé par : Alex | 22 sep 2012 16:56:08« 

Si les liens donnés par Michel Janva ne mentionnent ni le nom, ni la pensée de Rand, sa réponse indique explicitement que l’influence éventuelle de sa pensée sur un candidat, soutenu par des catholiques, à la présidence des Etats-Unis d’Amérique, ne le gêne « aucunement ».

Toujours sur le Salon Beige, j’ai trouvé deux autres mentions, dans un contexte plutôt favorable, de l’oeuvre d’Ayn Rand:

– Dans un article partagé par Michel Janva et issu du site Contrepoints, un passage, graissé par lui, invoquant l’autorité d’Ayn Rand contre les décroissants:

« Ce que les décroissants cherchent à obtenir de nous c’est ce qu’Ayn Rand appelait la « caution de la victime » : pour nous faire accepter leur projet et ses conséquences, ils doivent nous convaincre non seulement de l’urgence d’une intervention gouvernementale massive mais surtout de notre culpabilité.« 

– Dans un autre billet, là encore cité par Michel Janva, et qui provient du blog, tradi,  de l’Amiral Woland, et qui mentionne Ayn Rand pour nuancer la critique faite par certains catholiques des méfaits, réels ou supposés, du libéralisme:

« Quand je lis et entends que la crise est la faute du libéralisme et du manque de régulations alors qu’elle est due au capitalisme d’état (déjà dénoncé par Ayn Rand et qui consiste en un copinage consanguin, voir pire, entre gouvernement et grandes entreprises) et à l’hyper-régulation (par exemple le gouvernement fédéral US forçant les banques à prêter de l’argent à des gens qui ne pouvaient en aucun cas le rembourser, ce qui a fini par déclencher la crise en 2008) j’ai envie de sortir les catapultes.« 

Tout cela est très bien: j’imagine qu’on a le droit d’aimer Ayn Rand (ce n’est pas ma tasse de thé, mais je l’ai assez peu lue j’en conviens). Et je ne vais pas rentrer ici dans le débat « décroissants vs libéraux »: ce n’est pas le sujet de ce blog, ni de cet article, et je n’ai pas une connaissance suffisante des questions qui y sont disputées pour le trancher… Non, ce qui m’amuse, c’est la sympathie que ce blog, qui par ailleurs est très mobilisé contre le Hellfest (avec des arguments parfois à la limite de la malhonnêteté intellectuelle, comme je le montrai l’été dernier à partir de leur traitement du décès d’un employé du festival), montre envers une auteure qui  compte parmi les inspirations principales de la doctrine de l’Eglise de Satan, telle que formulée par Anton LaVey dans la Bible de Satan ( avant d’aller voir sur le SB, cet article m’a en grande partie inspiré par le spectacle d’un de mes contacts facebook qui parlait l’an dernier du « scandale du Hellfest », et qui partage régulièrement des articles à la gloire d’Ayn Rand). D’autres catholiques ont par contre relevé cette difficulté, ainsi le site Liberté politique, également engagé contre le Hellfest:

« Autre coïncidence, Ayn Rand est l’un des principaux auteurs cités dans la Bible de Satan d’Anton Lavey, qui explique que sa religion est uniquement la philosophie d’Ayn Rand à laquelle a été ajoutée des cérémonials et des rituels . » (« René Girard et Ayn Rand : éthique du sacrifice et de l’anti-sacrifice », par Thierry Paulmier).

Anton LaVey lui-même n’a jamais caché l’influence qu’a eu la lecture de l’oeuvre d’Ayn Rand sur sa conception du satanisme, ainsi que l’ont rappelé certains sites chrétiens inquiets lors de la campagne présidentielle américaine, auwquels j’emprunte les citations qui suivent, ainsi que celles de Paul Ryan citées plus haut dans l’article:

« « I give people Ayn Rand, with trappings »  — Anton LaVey, founder of the Church of Satan (to Kim Klein of the Washington Post, 1970), as cited on page 2 of Contemporary Religious Satanism: A Critical Anthology, by Jesper Aagaard Peterson (Ashgate Publishing Limited, 2009)« 

« « As for his ‘religion,’ he called it ‘just Ayn Rand’s philosophy with ceremony and rituals added’  » — Bill Ellis, quoting Anton LaVey on the intellectual source of his form of satanism, from page 180, Raising the Devil: Satanism, New Religions and The Media (2000, the University Press of Kentucky) »

« « To imply or state that the Church of Satan was the first to clearly state the Satanic ethic is to ignore the continuing impact of Ayn Rand…
To illustrate this historical precedent, let us examine the Nine Satanic Statements [from The Satanic Bible] in view of the Rand work Atlas Shrugged. In Galt’s speech (pages #936-993) is the written source of most of the philosophical ideas expressed in the Satanic Bible… Note that the sequential order of these Atlas Shrugged quotations parallels the order of the Nine Satanic Statements. »
 — Essay by George C. Smith, « The Hidden Source of the Satanic Philosophy », republished in The Satanic Bible (link to PDF file of Anton LaVey’s book)« 

Pour ceux qui veulent comparer, les 9 affirmations sataniques, qui constituent le coeur de doctrine de l’Eglise de Satan, sont consultables ici, et le discours de Galt . A les lire à la suite, on réalise combien LaVey, loin d’opérer une quelconque révolution idéologique, s’est contenté de régurgiter sous une forme appauvrie certaines lectures à la mode de son époque (cela me parait aussi vrai pour son approche de l’occultisme).

First Things, un journal néoconservateur fondé par le catholique Richard John Neuhaus et très hostile à la pensée de Rand, est allé jusqu’à affirmer dans un article intitulé « The Fountainhead of Satanism« :

« « [P]erhaps instead of recommending Atlas Shrugged, we should simply hand out copies of The Satanic Bible. If they’re going to align with a satanic cult, they might as well join the one that has the better holidays.« 

Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas de différence entre la pensée de Rand et celle de LaVey. On en trouve une intéressante énumération sur le site de l’Eglise de Satan, et elles ne sont pas toutes anecdotiques:

« First, Objectivism holds that metaphysics, that branch of philosophy which concerns itself with the nature of reality, determines the nature of epistemology (which is concerned with how man acquires knowledge) as well as ethics (which is concerned with valuing human action), politics (social ethics) and art. Current philosophical disagreement on this issue still continues. It is, in fact, an unproven assertion by Rand that one’s metaphysical assumptions determine one’s ethics.

[…]
Second, Satanism does not hold that “a life appropriate to a rational being” is the sole standard of ethical right as does Objectivism. If anything, Satanism holds that indulgence in life or “fun” as perceived by the individual is the highest standard of ethics. Satanists see that Objectivism has enthroned reason above the individual as opposed to utilizing this sole means to knowledge as a tool to achieve a purpose. Satanism enthrones the individual as a whole, not reason, as the supreme standard to determine the value of actions (ethics).

Third, Rand’s philosophy rejects as ethical accepting the sacrifice of another to one’s self (to paraphrase the end of Galt’s oath from Atlas Shrugged). The Satanic view sees as ethical the reality of domination of the weak by the strong. The assertion in Objectivism is that the use of force to cause others to submit to the will of the stronger or cleverer individual is « wrong » for the individual. This is a second major assertion which Satanism finds unproven by the Objectivists. Consequently, the Satanist is far more flexible in the choice of actions available than is the Objectivist who cannot simply accept his personal needs as absolutely reliable to determine the best course of action in any circumstance.

Fourth, Objectivism is purely atheistic with a complete rejection of the value of a god in their metaphysics. The Satanic view of this is in pure agreement except in two areas. The Satanist holds that the meaning of god is useful when one holds it to mean the most important person in an individual’s universe and chooses that person to be himself. The Satanist also ascribes magical god-like qualities to himself when indulging in the alternate view of reality enjoyed in ritual. In both instances, Satanism sees the cultural effect of religion and god as an emotional asset to be tapped rather than simply rejected. In other words Satanism is a religion (with the individual as God) and Objectism isn’t. » (Church of Satan, « Satanism and objectivism », par Nemo).

D’un point de vue chrétien, la transition de l’égoïsme éclairé à la domination du fort sur le faible est certes une aggravation considérable de la doctrine initiale de Rand. Cependant, si on peut considérer le satanisme comme « encore pire » que l’objectivisme, la dette du premier au second reste évidente:

« Let me conclude this brief overview by adding that Satanism has far more in common with Objectivism than with any other religion or philosophy. Objectivists endorse reason, selfishness, greed and atheism. Objectivism sees Christianity, Islam and Judaism as anti-human and evil. The writings of Ayn Rand are inspiring and powerful. » (idem).

Ceci dit, mon but n’est pas de faire le procès d’Ayn Rand ni des catholiques qui se reconnaissent dans sa pensée. Et je n’ai pas nécessairement une grande confiance dans la rigueur intellectuelle de LaVey et la fidélité de sa lecture de Rand. Je m’amuse cependant de voir certains des mêmes catholiques qui hurlent contre le Hellfest parceque celui-ci invite des groupes dont les noms et/ou les paroles s’opposent violemment au christianisme ou évoquent des thématiques satanistes, sympathiser pour une oeuvre dont les liens idéologiques avec la doctrine de l’Eglise de Satan sont beaucoup plus forts et avérés, mais n’apparaissent pas de manière explicite. Comme si le nom que se donne un phénomène ou un mouvement était plus important que le contenu de ses idées, à leurs yeux.

Car de deux choses l’une:

– Soit ces catholiques considèrent vraiment le satanisme comme une menace importante, au point de combattre toute référence à ce dernier dans la culture, indépendamment des idées très diverses, et pas toujours au premier degré ou contraire au christianisme, qui se cachent derrière son nom, dans les phénomènes et les manifestations qu’ils dénoncent. Dans ce cas, comment ne pas s’interroger sur l’intérêt porté en milieu catholique pour une oeuvre dont les idées, pour le coup, ont eu une influence décisive sur la constitution idéologique du satanisme contemporain?

– Soit ils sont relativement sûrs de leur coup pour ce qui concerne la catho compatibilité de la pensée d’Ayn Rand, et estiment que son influence sur l’idéologie de LaVey, qui est il est vrai très superficielle et opportuniste, est anecdotique. Mais dans ce cas, porquoi faire tant de cas de l’imaginaire satanique dans le metal (imaginaire qui de surcroit y est en déclin, comme je l’ai rappelé dans d’autres articles)?

Toujours est-il que ce genre d’incohérence amène à mettre en doute « l’indignation » de certains catholiques, qui est brandie avec force contre des images et des étiquettes sans liens réels avec la réalité du satanisme cultuel, mais qui s’estompe comme par miracle quand les idées exprimées par tel ou tel en sont proches, mais de manière non explicite, et les arrangent politiquement. Comme si au fond les doctrines étaient interchangeables et que les appelations seules avaient de l’importance, tels autant dépouvantail alimentant l’auto-intoxication des catholiques partisans d’une riposte culturelle, qui semblent tant avoir besoin de la « cathophobie » pour s’expliquer la déchristianisation, comme s’il n’y avait pas d’autres causes plus complexes et parfois plus porteuses de remises en questions pour nous chrétiens…

Pour finir, une citation  sur Ayn Rand, qui n’est pas liée au satanisme, qu’il est sans doute un peu limite de ma part de partager compte tenu de ma faible connaissance de son oeuvre , mais dont la formulation me fait rire:

« « There are two novels that can change a bookish 14-year-old’s life: The Lord of the Rings and Atlas Shrugged. One is a childish fantasy that often engenders a lifelong obsession with its unbelievable heroes, leading to an emotionally stunted, socially crippled adulthood, unable to deal with the real world. The other, of course, involves orcs. »
–– John Rogers, screenwriter and comic » ( « Paul Ryan’s Favorite Philosopher Inspired « The Satanic Bible », Experts Say », sur Daily Kos).

Salon Beige, Hellfest, etc.

Posted in Hellfest with tags , , , , , , , on 24 août 2012 by Darth Manu

Je viens de tomber par hasard (que voulez-vous, je ne lis pas l’un des plus gros blogs cathos: même dans la foi j’essaie de garder un certain sens critique) sur un billet de juin dernier du Salon Beige sur le Hellfest édition 2012.

Mais d’abord, une page de pub Wikipédia:

« Couramment, le terme amalgame désigne une combinaison de deux éléments différents. De là, il peut également désigner la confusion, souvent volontaire, de deux idées différentes. Plus simplement, faire un amalgame entre deux choses, c’est « rapprocher » ces deux choses sans qu’elles soient liées naturellement, et sans qu’il soit raisonnablement possible de les lier entre elles. C’est une technique de désinformation simple et efficace. Voir amalgame (communication). En sémantique, l’amalgame désigne une confusion d’ordre sémantique. » (Wikipédia, article « amalgame sémantique »)

Cette citation, que j’avais très innocemment lue avant d’aborder l’article du Salon Beige, en tête, venons-en à l’article de ce célèbre blog:

« Un mort au Hellfest Le WE dernier, le festival « fête de l’enfer » Hellfest a fait le plein à Clisson. Cela n’apparaît pas dans la presse, mais d’après nos informations, un décès a été enregistré sur le site samedi matin. Il s’agirait d’un homme, Mexicain, qui tenait un stand. Il serait mort officiellement des suites d’un cancer ou de nodules. Le bilan des interpellations pour trafic de drogue n’est pas connu. La Radio locale Alouette FMa annoncé 112 000 participants. Or le site ne peut accueillir « que » 35 000 personnes. Il ne s’agit donc pas de personnes, mais de places vendues.« 

Absolument horrifié que je suis à l’idée que cet héroïque blog anti « christianophobie » puisse être taxé de diffamation ou autre malveillance par tel ou tel « cathomou », « laïcard » ou « cathophobe », je ne puis m’empêcher de lui demander, en vue de mieux préparer les esprits les plus éclairés (c’est à dire les plus « ardents » des catholiques) à sa défense, quel rapport établit-il entre les trois paragraphes de cet article.

Un esprit beaucoup moins brillant que celui du rédacteur de l’ article du SB, tel que le mien, abruti que je suis par l’écoute de musiques trop bruyantes et violentes, pourrait penser après une première lecture superficielle q’un lien de causalité implicite relie ces trois parties, et que donc, une personne est morte au Hellfest, les satatistiques de consommation de drogue ne sont pas encore connues (ah ces junkies qui ne viennent pas se dénoncer spontanément aux orga et à la police…!), qu’il ya un flou entre le nombre de personnes effectivement présentes et le nombre de places vendues, et que l’on pourrait dès lors penser que le Hellfest gère mal l’entrée des festivaliers, que doncs il ne gère pas l’import éventuel de drogues diverses, et que par conséquent, on ne peut s’empêcher d’observer qu’il y a eu un mort.

Un tel raisonnement serait bien sûr complètement fantaisiste et contraire aux faits tels qu’ils sont actuellement connus:

– Sur le décès:

ce que j’ai pu trouver de plus précis est la mention d’un article de Radio Metal, ci-dessous:

« Nous sommes extrêmement tristes de vous annoncer qu’un homme qui travaillait sur l’extreme market est décédé à la suite d’un arrêt cardiaque. Ben Barbaud, le programmateur du festival, vient de nous confirmer cette information. Toutes nos pensées vont à la famille et aux proches de la victime de 37 ans qui est décédée, selon Ben, « avant l’ouverture du festival ».  » (source)

A priori rien à voir avec la polémique entre diverses organisations cathos et la direction du Hellfest, ni avec une quelconque responsabilité des organisateurs du festival. Bien sûr, si diverses personnes, opposées au Hellfest ou non, ont d’autres sources à proposer, notamment de source policère et judiaciare officielle, elles sont les binvenues. Mais en attendant, il n’ya dans ce fait divers rien qui permette de nourrir le débat, dans un sens ou dans l’autre, et tout ce qui nous est opportun de faire , à nous catholiques, est de prier pour le défunt et ses proches. Tout le reste, en absence d’éléments matériels, ne me parait que spéculations et rumeurs malsaines.

– Sur la consommation de drogue:

Etant personnellement présent au Hellfest, j’ai été témoin d’une grande consommation d’alcool. Par contre je n’ai pas été témoin de consommation de drogues. Je ne suis pas partout, je n’étais pas là pour ça et aucune organisation à cette échelle, quelque soit sa sévérité et sa rigueur, ne peut prétendre au risque zéro en la matière.

Pour ce qui est de la prévention, la direction du Hellfest a fait valoir les points suivants:

« Vu le monstre d’organisation que peut représenter un festival comme le Hellfest, il est évident que les big boss ne peuvent aussi gérer les actions de prévention et de sécurité. Pourtant, cet aspect n’est ni écarté, ni négligé car ils ont fait appel à des associations qui se chargent d’informer les festivaliers sur les différents risques, qu’ils soient d’ordre sexuel, de drogue, d’alcool ou même d’audition. Yoann Le Nevé, l’adjoint de Ben Barbaud, rappelle que « cela fait déjà plusieurs années que nous travaillons avec des associations telles que Take Care (collectif) ou Dico LSF. Nous leur mettons à disposition la place nécessaire afin qu’ils informent nos festivaliers. Cette année, avec le changement, ils seront en bordure du couloir d’entrée dans 2 stands de 10 m X 5 m. C’est un soulagement pour nous d’avoir à faire à des spécialistes vu l’importance qu’a pris notre festival. » Pas des moralisateurs Take Care est un collectif qui regroupe l’ANPAA 44 (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie), Avenir Santé et le SIS (Sida info service). « Notre rôle, tout au long du festival, n’est pas d’être des moralisateurs mais d’informer et échanger avec ceux qui le voudront pour réduire les risques liés aux drogues de toutes sortes mais aussi au sexe. Nous ne nous contenterons pas de rester au stand, mais nous déambulerons également sur le site du festival et sur le camping attenant », souligne Carine Soulard, déléguée régionale du SIS. Des préservatifs seront bien évidemment distribués, et des éthylotests seront disponibles particulièrement la dernière nuit, de dimanche à lundi, jusqu’à 3 h du matin. » (Ouest-France, Hellfest: la prévention sécurité n’est pas négligée au festival métal de Clisson)

Je n’ai pas personnellement fréquenté le stand de ces associations (il faut dire que je ne les ai pas cherchées non plus…). Par contre j’ai pu constaté l’important dispositif de police et de sécurité autour et à l’intérieur du festival. Si j’ai pu voir des personnes en très fort état d’hébriété, et que j’ai entendu ça et là des rumeurs de vols et de bagarre propre à tout festival de cette envergure (même chrétien) je n’ai pas eu d’échos d’acte mettant gravement en cause l’organisation du festival dans son ensemble. Là encore, si des personnes ont des éléments matériels à apporter une foi encore de source officielle, policière ou judiciaire de préférence, elles sont les bienvenues. Mais en les attendant, toute généralité montée sur la base de désordre supposés se produire au Hellfest ne me parait relever que de la rumeur et/ou de la spéculation, et, en tant que chrétien, je préfère la vérité établie par les faits aux affabulations de l’imagination.

– Sur la fréquentation du Hellfest:

D’après les articles que j’ai pu lire sur le Hellfest, le chiffre de 35 000 par jour relevait moins d’une limite stricte que d’une estimation:

« Nous avons fait en sorte d’accueillir 35 000 personnes par jour. Et au vu des préventes (NDLR : avoisinant les 20 000 pour le moment), ce sera 35 000 personnes par jour ».  (Radio Metal)

Dans les faits, cette évaluation déjà optimiste semble avoir été dépassée:

« Avec une moyenne de 37000 personnes par jour, le Hellfest 2012 fait mieux que les Eurockéennes de Belfort ou que Rock en seine à Paris, entre autres. » (L’Alsace, « le Hellfest âsse dans la catégorie des poids lourds »)

Et s’il est vrai que le pass 3 jours est l’offre la plus séduisante pour n’importe quel festivalier normalement constitué, il n’en reste pas moins que le festival ouvre ses portes du jeudi soir au lundi matin, et, qu’à la mi-juin, pour beaucoup de personnes, il n’est pas possible de choisir cette option, pour des raisons scolaires ou professionnelles, voire familiales, et qu’elles sont donc obliggées de ne rester qu’un ou deux jours (sachant que le pass trois jours coute le même pris que deux billets un jour, à quelques euros près). Et de fait, moi qui suis resté l’intégralité du festival, j’ai pu constater plusieurs vas et viens de tentes.

Ce chiffre de 112 000 avancé par le Salon Beige ne me choque nullement. A vrai dire, et même s’il y avait pas mal de queue le jeudi soir pour accéder au camping et le vendredi matin pour écouter les premiers concerts (et dans une moindre mesure, pour accéder aux douches à certaines heures) je me suis beaucoup moins senti compréssé au Hellfest qe lors dès JMJ de Madrid l’été dernier, en particulier le samedi à l’aéroport (sérieusement, rien que les queues au Mc Do, avec les gars qui arrivaient derrière et qui donnaient à ceux qui étaient devant 10 tickets « menus du pélerin », j’ai failli une fois faire un  malaise… Mais les JMJ c’était aussi bien sympa, malgré la foule et la chaleur…).

Bien sûr, si la encore des blogueurs catholiques ont des preuves matérielles concernant une éventuelle surcharge de l’accueil au Hellfest, eu égard à la réglementation en matière de sécurité, ils sont bien sûrs les bienvenus, mais en attendant, je préfère m’en tenir à mon souvenir, qui est beaucoup plus positif.

En conclusion, si le Salon Beige a bien sûr parfaitement le droit d’émettre des opinions sur tel ou tel fait produit au Hellfest, ne serait-il pas souhaitable de les séparer clairement, en leur attribuant des billets distincts? Car à lire comme ça l’article, une âme malveillante pourrait être tentée de penser que le SB regroupe des rumeurs et des incidents disparates, sans preuve d’une responsabilité directe des organisateurs du Hellfest dans tel ou tel d’entre eux, pour substituer à l’absence de problèmes graves effectivement constatés lors du festival des insinuations, dans un  but de propagande contre celui-ci. Je n’affirme rien pour ma part:je ne connais pas l’auteur du billet et je ne sais rien de ses intentions.  Je trouve simplement que l’article manque singulièrement de clarté. Et je cite en début d’article une définition de l’amalgame pour montrer que juxtaposer des faits sans expliciter leur lien suffit à rendre suspect de celui-ci, à mon sens. C’es pourquoi mieux vaut distinguer par des billets distincts des éléments disparates.

Ah oui, et quand en plus de rapporter tel ou tel fait, ou tel ou tel bruit entendu, on l’accompagne de quelques paragraphes explicatifs, voire d’une démonstration, c’est toujours plus clair que de suggérer, ou de paraitre suggérer…

Personnellement, j’ai fait dans mon précédent billet le compte-rendu de ma présence à ce festival, qui m’a laissé un souvenir bien plus positif. Cetains s’y retrouveront, d’autres non. Mais de grâce, argumentons sur des faits et des souvenirs concrets, et non sur des rumeurs et des spéculations!

A bon entendeur Salut!

(Prochain billet normalement sur les Pussy Riot… teasing de ouf)